Piège de l’empathie [fr]

Je l’ai fait de nouveau. Je voulais poster quelque chose ici, et pour faire bien, vous savez, écrire un peu sérieusement, j’ai commencé à réfléchir, je me suis perdue dans un terrier de lapin, et je n’ai pas écrit l’article, parce que mes idées ne me satisfaisaient pas.

A ma décharge, j’ai envoyé une newsletter de liens, ce que je n’avais pas fait depuis longtemps.

C’est ceci dont je voulais vous parler:

Ça parle d’empathie, de compassion, et c’est l que je me suis perdue, car ces mots sont utilisés pour dire tout et son contraire (si si quasi) par plein de personnes différentes. La compassion de l’un est l’empathie de l’autre, et vice-versa. Bref.

Vous savez, il y a quelque temps, je parlais des gens aimant les animaux qui se permettaient d’être détestable et hyper jugeants avec les humains. Et en écoutant le début de cette conférence, je crois que j’ai trouvé la clé pour comprendre ce qui se passe.

L’empathie, au sens de “sentir/souffrir AVEC”, ne nous rend pas meilleurs. Quand on souffre, parce qu’on s’identifie à la souffrance de l’autre (ce qui correspond assez bien à ce profil “d’ami des animaux” vindicatif qui me dépasse), on réagit en être qui souffre. On attaque, on juge, on blesse, on veut faire mal.

La compassion, au contraire, implique une certaine distance. Comprendre, être à l’écoute, mais sans voir s’effondrer la frontière entre soi-même et l’autre.

L’excès d’empathie (dans ce sens, hein), nous associe à ceux qui nous ressemblent au détriment de ceux qui nous sont plus distants. C’est comme ça qu’on se retrouve à tuer des médecins pratiquant les avortements aux Etats-Unis, à justifier la haine de l’autre par le fait qu’il y a “d’abord une victime”. La perspective et la vision grand angle sont absentes. Une politique basée sur l’empathie “à vif” est catastrophique.

Même s’il s’agit “juste” de prendre soin des animaux, il faut réussir à trouver cette posture qui reconnaît la souffrance mais ne se laisse pas envahir par elle au point de ne plus voir que la victime, et de faire sienne sa détresse.

Un autre exemple très pertinent que donne le chercheur est celui du thérapeute. Si je vais chez mon thérapeute et que je suis angoissée, déprimée, en souffrance, je ne veux surtout pas que celui-ci, par empathie, sente en lui mon angoisse, ma dépression, ma souffrance. Il serait bien en peine de faire ainsi son travail. Au contraire, j’ai besoin de sa part d’écoute, de compassion, de compréhension, et de sérénité pour qu’il puisse m’accompagner.

Bref, je vous invite à écouter cette vidéo, au moins les dix premières minutes, si l’anglais n’est pas votre zone de confort.

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Animaux, humains [fr]

Ce n’est un secret pour personne que j’aime les animaux. Bon, j’aime les gens aussi. J’aime comprendre comment on fonctionne, “on les humains”, mais aussi “on les êtres du monde”.  J’aime comprendre comment tourne le monde, de façon générale. Une quête qui ne risque pas de s’épuiser, pour nourrir mon besoin insatiable de stimulation intellectuelle.

Alors, sur Facebook, je suis dans pas mal de groupes “animaux”. De chats surtout, vu que je suis une mamy à chats. Il y a celui que j’ai l’honneur de co-administrer, celui du refuge où j’avais adopté Tounsi, et une poignée d’autres.

Laissez-moi vous dire que la plupart des groupes “animaux” sont terribles. Je ne compte plus le nombre de ceux que j’ai quittés. Parmi d’autres choses qui m’égratignent, je suis effarée de voir avec quelle violence certaines personnes (malheureusement pas rares) “amies des animaux” se saisissent du moindre prétexte pour accuser les êtres humains de tous les maux.

S’il arrive quoi que ce soit à un animal, ou même si on le soupçonne, il y a systématiquement derrière un être humain malveillant ou irresponsable, sur lequel on ne perd pas de temps à déverser tout son fiel, invitant les autres au lynchage public. Un chat se promène dehors et semble avoir faim? C’est sans aucun doute que ses maîtres l’ont lâchement mis dehors et abandonné. (Si vous avez des chats qui sortent, vous saisirez tout de suite à quel point ce raisonnement est… contraire à la nature féline.)

Pour ces personnes, les erreurs n’existent pas. Les accidents “la faute à pas de chance” non plus. Il y a toujours un coupable. On connaît ce mécanisme, qui se retrouve un peu partout: un mal est toujours “la faute à quelqu’un”. C’est ce mécanisme qui est d’ailleurs à la racine des excès sécuritaires du monde d’aujourd’hui. Ça ne vous étonnera pas que je vous dise que ma vision du monde ne va pas du tout dans ce sens.

Parfois, cette compassion poussée à l’extrême pour les animaux ne semble servir que de prétexte pour la haine de l’humain. Et je finis par me poser la question: ces personnes accusent-elles sans cesse les humains car elles aiment les animaux, ou bien aiment-elles les animaux car ceux-ci leur donnent en toute bonne conscience une raison pour vomir sur les humains?

On est des animaux, après tout. Les humains sont nos amis, il faut les aimer aussi… (Je sais, Les Inconnus, ça date!)

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Laisser tourner ma tête [fr]

Ces derniers mois, j’ai réalisé que… (J’ai toujours l’impression que c’est ces derniers mois. Mais ça vient sournoisement. Ça doit mettre des années. Bref.)

J’ai besoin de pouvoir laisser ma tête tourner à vide. Au ralenti. Au point mort. En roues libres. Être constamment soit en train de lire, de discuter, ou d’écouter des podcasts, ça ne laisse pas de temps à ma tête pour juste divaguer. J’ai pris conscience de ça de façon aiguë dans les semaines avant de partir en Inde.

Alors en Inde, j’ai fait un gros effort de déconnexion. Lecture de mon livre, oui. Facebook: très minimal. Trier des photos, oui. Podcast: lors des insomnies du décalage horaire. Ne rien faire. Laisser mes pensées se balader.

Ces jours, alors qu’il se passe plein de trucs dont je vous parlerai plus tard, je sens fortement ce besoin. J’ai arrêté d’écouter des podcasts en conduisant, en faisant la vaisselle, en mangeant. A plus forte raison vu que je ne peux pas faire de sport (repos complet pour ma hanche, toujours), à peu près la seule activité que j’avais “sans input ni cogitations intellectuelles”.

Ma tête a besoin de bande passante, elle aussi.

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Choice [en]

Earlier today, I was listening to Malcolm Gladwell on the TED Radio Hour podcast. He was talking about choice architecture. In short, how the way we frame the available choices influences decisions (think: opt-in or opt-out, for organ donors for example). James Clear has made me think about this a lot, under the title of “environment design”.

A podcast or two later I’m listening to Fresh Air, about Bannon and Sessions vision for remaking America. Terry Gross and her guest are talking about Breitbart and the kind of coverage it puts forward, namely crimes committed by immigrants.

Do you see the link?

The media landscape we float in, the ideas we’re exposed to, the articles we read — they are the environment in which we make our decisions about what to believe. They are the choice architecture of our beliefs. They follow the path of least resistance. That is why things repeated often enough become truth. Choice architecture.

Note: don’t see a title? Normal, this is my first aside.

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Tounsi: Hope Is Easier Than Grief [en]

[fr]

Une réflexion sur l'espoir et le deuil. Souvent, l'espoir est ce à quoi l'on s'accroche par peur de souffrir. Il vaut mieux faire face à cette souffrance, mais garder de l'espoir dans nos actions. Par exemple, en acceptant qu'un chat malade risque de mourir, mais en faisant tout ce qui est possible pour le sauver. Ou qu'un chat disparu est peut-être mort, tout en étant actif dans nos recherches.

On n'aime pas que les gens soient en peine, on veut leur proposer un remède pour les en sortir. L'espoir semble pouvoir jouer ce rôle. Mais il vaut mieux peut-être simplement les accueillir dans leur peine.

This is what I was thinking, after dropping off Tounsi at the Tierspital, our national animal hospital and veterinary school, at 3am just before New Year’s Eve.

I have noticed that in the face of hardship and pain, many want to offer hope. But I think we need encouragement to grieve, rather than hope. Even though I am pessimistic by nature, I find it easy to hope. It’s something you can cling to to avoid the pain. Depending on the shape it takes, it can even be fodder for denial.

Grief, on the other hand, is hard. It takes courage to dive into the pain. You need to trust that it is the way out, or at least forward.

When I got the preliminary diagnosis for Tounsi, I knew it was very bad. I know there were high chances he was going to die. There was still hope, though. Sometimes it is possible to dissolve the clot, and depending on how far along the underlying heart condition is, the cat can go on to have a few more months or years with decent quality of life.

I could have refused to grieve and hang on to this hope with all my might. This is what people around me wanted me to do. Don’t be sad! Don’t consider him dead already! You have to hope!

Let’s get one thing out of the way: I’m not superstition. I don’t think that hoping or giving up hope per se has any incidence on an outcome. I don’t think telling your friends about a job or flat you’re hoping to get will jinx it. I do accept, however, that our internal state (hope or not) influences our actions, and can in this way have an impact on an outcome.

Understanding this, I did what I think is the most sane thing to do in this kind of situation: separate emotions from actions. Let me explain what I mean by that.

  • Emotions: there was a high chance Tounsi wasn’t going to make it. I knew it. So I grieved, already. Trying to suppress my grief and hold on to the meagre hope he would be OK would have made me extremely anxious. Often, it’s better to face the pain and deal with it than have to deal with the anxiety that comes out of trying desperately to avoid it because you’re scared.
    I cried so much in those two days Tounsi was in the hospital. I stopped on the motorway to cry. I cried at home, along with Quintus. I cried when I visited Tounsi, and when I got news that there was no real improvement. All this crying helped bring some acceptance to the very serious situation Tounsi was in.
  • Actions: there was a hope that Tounsi could beat the clot, with the help of the medications he was getting. This chance was not so small that it was not worth putting him through the discomfort he was in. So when it came to my actions and decisions about him, I bet on hope. I could have put him down immediately, and we discussed this with the vet. As his pain was under control, we decided it was worth it (and ethical) to give him a chance. To hope.
    And when the situation changed (another clot to the kidneys that sent him into kidney failure), I was more capable of accepting it, because I’d been processing my grief in parallel, and making the decision to end his suffering, although it ripped my heart out. I did not find myself in the situation I have seen some cat owners, where the decision to end the cat’s life is the obvious one, because there is no hope left, but they just can’t let go, because they are unprepared.

A parallel “cat situation” is when a cat is missing. Emotionally, it is important to process fears that something bad has happened to the cat. These fears may be rational or not, it doesn’t matter: they are there. They are the fears of pain and loss and grief, and the earlier one faces them, I think, the better off one is.

It doesn’t mean that one should consider one’s cat dead as soon as it doesn’t show up one evening. But if a missing cat puts one in an immediate panic, as it used to do to me, it might be worse facing the fact that pretty much whatever happens, we’re at some point going to have to deal with the cat’s death. I remember the time when I couldn’t even entertain this idea.

Cats are there so we can love them, and they die so we can grieve them.

When it comes to actions, however, one must hope that the cat is not dead: call the shelters, the vets, put up flyers, talk to neighbours, call, search, ask people to open garages and cellars. Even if the place one is emotionally is facing the possibility the cat is dead.

I think loving a pet can teach us a lot about grief and loss, if we’re willing to listen.

So, next time you see somebody who seems to have abandoned hope – maybe they don’t need to be encouraged to hope more, but supported in their grief, so that they can free their actions from the weight of fear.

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Les jours passent sans Tounsi [fr]

[en] Days without Tounsi are going by. Less tears by the day. I learned a lot about grief when Bagha died, and I am reaping the benefits today. I think we should be able to wish each other "good grieving", when the time comes. Because knowing how to grieve is such an important skill.

Tounsi en hautUn jour il y aura un jour sans larmes. C’est bête, mais je le redoute. Chaque matin passe un peu plus de temps avant que je pleure mon chat. Je suis en train de me faire à son absence. Et alors que je sais bien que c’est nécessaire, me faire à son absence signifie l’accepter – et je ne suis pas encore prête. Alors je pleure encore.

Je vais bien, compte tenu des circonstances. Vous êtes nombreux, nombreux, à m’avoir fait part de votre sympathie, sur Facebook et ailleurs. Je l’apprécie infiniment. C’est con, hein, mais je vais m’en rappeler: en temps de deuil, ce ne sont pas vraiment les mots qui comptent, mais le fait qu’il y ait des mots. Même les formules convenues font du bien.

Mon appartement est plein de rappels de Tounsi. Je n’ai pas touché à grand chose. J’ai ôté l’élastique qui l’empêchait d’ouvrir le frigo. Petit à petit, je rangerai. Le carton au milieu du salon disparaîtra. Les perchoirs d’observation se rempliront de plantes. Les taches laissées par sa truffe sur la fenêtre seront nettoyées. Les derniers marquages aussi. Je trouverai quoi faire de ses croquettes, des médicaments qui restent, des jouets. Quintus et moi retrouverons un nouvel équilibre, pour le temps qu’il nous reste ensemble.

Avec la mort de Tounsi, je me prépare aussi à me retrouver “sans chat” quand ce sera au tour de Quintus. Le plus tard possible, j’espère. Mais il a quand même 16 ans.

Tounsi et Quintus

Quintus ne semble pas souffrir outre mesure de la disparition de Tounsi, si ce n’est que son absence change le déroulement de son quotidien. Je crois que la présence de Tounsi le stimulait à bouger – je dois donc prendre plus sur moi.

Je repense à Bagha, ces jours. Et je me retrouve parfois à vouloir dire Bagha pour Tounsi. Bagha était jusqu’ici mon chat mort. Maintenant j’en ai deux. Comme je l’avais fait pour Bagha, je veux raconter Tounsi. Mettre par écrit qui il était, ce qui le rendait si spécial pour moi. A la mort de Bagha j’avais un gros regret: ne pas avoir plus de vidéos de lui. C’était en 2010. Avec Tounsi, c’est presque le contraire. J’ai des milliers de photos et certainement des heures de vidéo. Le temps du deuil, pour moi, c’est aussi le temps de prendre le temps d’en faire quelque chose. On verra quelle forme ça prend.

J’avais prévu de monter au chalet lundi. Je vais retarder de quelques jours, histoire d’avoir retrouvé un peu de stabilité ici avant de partir. Ça va être dur à nouveau quand je serai là-haut sans Tounsi.

tounsi au chalet

Bien entendu, ces jours, je réfléchis beaucoup au deuil. Le grand cadeau de la mort de Bagha avait été de pouvoir vivre pleinement son deuil – si vous connaissez mon histoire personnelle vous saisirez l’importance que ça a pu avoir. Maintenant, le deuil me fait moins peur, et c’est peut-être aussi pour ça que j’ai l’impression que ça va “vite” pour Tounsi. C’est un peu déstabilisant.

Je regrette qu’on ne souhaite pas “bon deuil” aux gens. On devrait. Il faut arrêter de voir le deuil comme quelque chose à éviter, dont il faut sortir le plus vite possible, voire fuir en se perdant dans autre chose. Alors certes, c’est nécessaire parfois par moments pour continuer de fonctionner, mais mon expérience est que plus on accepte de s’y plonger, et de sentir les émotions que le deuil nous amène, plus on est justement capable de fonctionner en dehors de ces “montées de peine”, et plus celles-ci sont gérables.

On peut choisir ces moments pour se laisser sentir. J’ai dû le faire ce week-end, totalisant passé 8 heures de route en moins de 48 heures. On ne peut pas conduire quand on est pris par le chagrin. Mais on peut s’arrêter, le temps qu’il faut, s’abandonner au chagrin, et ensuite vient un moment de répit où l’on peut fonctionner. Si on accepte de pleurer, vient un moment où ça se calme.

A l’époque de la mort de Bagha, mon psy m’avait dit qu’une bonne crise de larmes, où l’on pleure sans retenue à grands sanglots, ça dure (physiologiquement) max 20 minutes. En cherchant une source pour ce chiffre, je suis tombée sur cette page “comment pleurer pour vous soulager” qui semble plutôt bien faite (ça me fait un peu mal de mettre en avant une page de WikiHow mais elle me paraît utile). J’avais trouvé rassurant de savoir que ça s’arrête, parce que quand on est au fond de notre peine, on a le sentiment que ça ne va jamais s’arrêter.

sleepy tounsi

Le deuil fait partie de la vie. C’est quelque chose qu’on traverse tous à un moment ou un autre. Lorsque j’ai lu “Apprendre à vivre”, de Luc Ferry, un livre qui m’a beaucoup aidée par rapport à ma quête de sens dans la vie à la lumière de l’inévitabilité de la mort, l’essentiel que j’en avais retiré était qu’apprivoiser le deuil, pouvoir accepter les “jamais plus” de la vie, petits ou grands, était le travail d’une vie. Le sens, c’est ça.

On devrait se souhaiter bon deuil. Car le deuil peut être bon, ou moins bon. Et on le souhaite bon pour ceux qu’on aime.

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Isolation, Shame, and Guilt. And Grief. [en]

[fr] Réflexions sur la honte, la culpabilité, l'isolement et le deuil. La honte nous isole et nous laisse seuls avec nos peines et nos problèmes, nous privant de l'apport extérieur qui est souvent la clé pour avancer.

A few weeks back, I wrote a post about the professional turning-point I’m at. What allowed me to write it (and by doing that, become “unstuck” about it) was that in the course of my phone call with Deb, I realised that the situation I was in was not my fault. This freed me of the guilt and shame I was feeling, which allowed me to break my isolation. On a different scale, this is very similar to what I went through regarding childlessness.

So, a few words on how I see this relationship between guilt, shame, and isolation (and grief, too, actually).

Threatening storm and lonely tree

I’m sure I’ve talked about this before (but where, oh where): in today’s world, we are in charge of our lives. Overall, I think it is a good thing. What happens to us is our doing. We are not hapless puppets in the hands of God or Destiny.

But it is not the whole truth. There are forces in this world that are bigger than us, and to deny it is to give ourselves more power over the world, others, and ourselves than we actually have. Accidents happen, and there isn’t always somebody to blame. This is also where the difference between “things I can change, and things I can’t” comes in. The things we can’t change can be part of who we are, but they can also be bigger than us as individuals: social, political, economic contexts and the like.

Some people think they are more powerless than they are. Others feel responsible for things that are out of their reach. For the former, recognising that they are responsible for things and make choices they were blind to can be empowering. For the latter (I count myself among them), it is the opposite: feeling responsible for things you are powerless against is guilt-inducing.

Unhealthy guilt is something else again.  This occurs when we establish unreasonably high standards for ourselves with the result that we feel guilty at absolutely understandable failure to maintain these standard.  This kind of guilt is rooted in low self-esteem and can also involve a form of distorted self-importance where we assume that anything that happens is our responsibility; it may come down hard on anything perceived as a mistake in our lives and has the added anti-benefit of often applying to other people too, so that we expect too much from family and colleagues as well as ourselves.

Source (emphasis mine)

Failing at something you believe should be in your control to succeed at. This is what it’s about. Failing to find a partner. Failing to conceive a child. Failing to sustain your business.

Guilt and her sister shame step in, and with them, isolation. Shame shuts you up.

So, discovering that the dating field may very well be stacked against you, that being single doesn’t have to be your fault or a sign that you’re broken, that 1 in 4 women of your age group do not have children (not by choice for 90% of them), that other pioneering freelancers in your line of work are facing an increasingly competitive and specialised market requiring them to adjust their positioning and sales strategy, well, it kind of shifts the picture from “gosh, I’m failing everywhere” to “oh, maybe I’m not actually doing anything deeply wrong after all”.

Now, “not my fault” does not imply giving up all agency. We remain responsible of our lives — of what we do with what is given to us. I may not be able to make my ovaries any younger, but I could think about whether I want to adopt (I don’t). I can think about how involved I want to get in finding a partner (move? go through a matchmaking agency?) or if I’m actually happy enough on my own to take my chances with the opportunities life (and Tinder) might throw at me. I cannot change the market I work in, but I can work on my sales and marketing skills to make sure I communicate efficiently to my clients what value I can bring them (not my strong suit so far).

Solutions to challenging situations rarely appear spontaneously in the vacuum of isolation. They require interacting with other human beings. Often, the first step out of the isolation shame and guilt bring about is opening up to a friend. And another. And another.

Blogging and Facebook are optional 😉

A word about being “out”, however. When shame and guilt wrap themselves around something, there is often some kind of loss at stake. Even when it is something the do with our professional lives: it can be the loss of a job, of a career, or even of face, in a way, when something we believed in doesn’t work out the way we hoped.

We deal with loss through grief. Grieving requires company. And company doesn’t come knocking when you lock yourself up.

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The Danger of Backup Plans. And Choice. [en]

[fr] Avoir un plan B nous rassure, mais nous empêche aussi souvent de mettre autant d'énergie qu'il le faudrait dans notre plan A. Parfois, ne pas avoir le choix est une bonne chose.

Being rather pessimistic by nature and risk-averse, I love my backup plans. I really like knowing what I’ll do “if something goes wrong”.

The only way to go is forward.
No plan B here!
Photo by Anita Bora, taken on one of our hikes a couple of years ago.

These last ten years as a self-employed professional are no exception. In the back of my mind I’ve always “known” that, if things go awry:

  • I have savings I can dip into
  • I can borrow money
  • I can always “find a job”
  • maybe I’ll shack up with somebody who has a stable situation and there won’t be so much pressure on my income anymore.

I have always had the nagging feeling that these backup plans kept me from giving my fullest to the current one, the one I was actually living. Why struggle and work like crazy when it might not be necessary?

Like our modern western world, I like the idea that we are responsible, that the way we lead our life is through choices. We always have a choice. I’ve been brought up to believe that we always choose, even when we think we don’t. I don’t think it was drilled into me on purpose — it just reflects the ambient beliefs of our time. If you say you don’t have a choice, you’re in some ways painting yourself as a hapless victim with less agency than you actually have.

But reality is more complex than that, as all we women of the 60s and 70s who ended up not having children due to the circumstances of life rather than our desire not to have any very well know. (I hope.) Not everything that happens to you is a choice.

Looking at the future (and present) rather than the past, absence of choice can actually be a good thing. Absence of a plan B. A series of recent discussions brought that to light for me: professionally, there isn’t really a plan B for me. In the long run, I need to stay self-employed (more about this in another post at some point). And so I have to make my business more successful than in the past (not just by wishful thinking, there is a lot of work to be done, actually — more about that in another post).

Saying “I have to do this” is, again, something I’ve been taught to avoid. Because it makes one powerless to have to do something, rather than want, choose, decide. But an episode of the podcast Hidden Brain presents research that points to another phenomenon: if we have a fallback plan, our motivation or drive to make our main plan succeed diminishes.

Not having a choice can actually be an advantage!

This might be one reason I like action/thriller movies, in which characters very often have no choice but to do what they are doing. Trying to stay alive or save the world definitely gives one a sense of purpose, something I sometimes feel I am lacking in my life.

There could also be a link to my love of physical activities like skiing, sailing, judo, kitesurfing, and even cycling and driving: when you’re moving or in action, you have to do what you have to do, or you can hurt or even kill yourself. In that moment, there is no backup plan. Come to think of it, that is true of public speaking too, though there is of course no physical danger there.

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Faire preuve de courage face au deuil [fr]

[en] Being brave in grief is not hiding outward displays of pain or sadness. It is, quite on the contrary, daring to face the full extent of our pain. That is way more scary than sticking a lid on things and pretending it's ok. (Inspired to write by this article).

Quand on parle de courage dans le contexte du deuil, on entend généralement ça dans le sens d’être “fort”, à savoir ne pas montrer à l’extérieur l’étendue de sa peine ou de sa détresse.

Mais le vrai courage, face à un décès ou une perte qui bouleverse notre existence, c’est d’oser sentir combien ça fait mal, combien on souffre, combien on est triste et désespéré. D’oser sentir le trou béant de l’absence, que la vie a perdu tout son goût, qu’on ne peut pas imaginer aller de l’avant ainsi. Sans.

Neige et chalet 126 2015-01-18 17h40

Notre douleur est à la mesure de notre attachement. Et c’est uniquement en prenant la mesure de celle-ci, en seaux de larmes, qu’on peut espérer accepter cette inacceptable absence.

La tristesse, c’est en fait le signe qu’on accepte un peu plus. Le refus de faire face, le couvercle qu’on met sur nos émotions, c’est ce qu’on appelle le “déni”. C’est essayer de faire semblant qu’on ne souffre pas tant que ça. Et c’est cette attitude, justement, qui risque fort de nous empêcher de retrouver goût à la vie, voire même de laisser des séquelles.

J’entends parfois des personnes en deuil me dire qu’elles n’arrivent pas à pleurer. J’ai passé par là aussi. L’antidote est plutôt simple, en fait: il s’agit de prendre conscience que la force de notre “refus” (“je ne veux pas qu’il/elle soit mort, je ne veux pas qu’il en soit ainsi, je ne veux pas vivre avec cette absence”) est le reflet de notre peine. Dans ces moments de refus ou de rejet, on peut rentrer en contact avec sa peine simplement: “si, il va falloir…”

Le courage, c’est ça. C’est oser sentir sa tristesse, oser plonger dans ce puit sans fond qui, nous le croyons, va nous anéantir, avec la conscience que c’est à travers cette tristesse que l’on va finir par accepter l’absence que l’on refuse absolument d’accepter.

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Comprendre mon cerveau: un pas de plus [fr]

[en] One step further in understanding my flaky brain (which is much-less-flaky as of late). Our brain puts ressources where our motivation and intention is. If I'm super involved in an online community, that's where my energy will go, rather than on cooking. When we feel sucked into Facebook or incapable of focusing anymore, well, it's because we like candy.

Vous savez que ça fait un moment que mon cerveau me préoccupe. J’ai passé une année avec assez peu de “temps de repos” pour mon cerveau, et je me demandais si le foisonnement d’activités avec lesquelles je jonglais pouvait expliquer oublis, zappings, et autres difficultés à me concentrer. Etais-je en train de devenir sénile à 40 ans, de perdre la boule? Est-ce que Facebook, Google Hangouts et Ingress m’avaient grillé les neurones?

J’avais gentiment pris les décisions suivantes:

  • j’allais faire un effort conscient pour prendre des temps morts (ne pas être tout le temps en train d’écouter un truc ou de pianoter sur mon téléphone durant mes trajets et activités quotidiennes)
  • idem pour être moins “éparpillée” en travaillant, faire des efforts de concentration et ne pas passer d’un onglet à l’autre toutes les dix secondes, ou ne pas vérifier mon téléphone quand je lis un livre ou regarde un film (plus de “monotâche”)
  • mettre plus de “conscience” dans mes actes: par exemple, allumer une plaque en prenant note que j’allais devoir l’éteindre, ou faire un effort “d’impression mentale” quand je dis que je vais faire quelque chose

Avec les semaines et les mois qui passaient, j’ai senti un retour à la normale. Ouf, je n’étais pas en train de devenir sénile, et mes neurones n’étaient pas irrémédiablement grillés!

Cygne

Ma conclusion à ce stade était que, en effet, “trop” d’activités dans tous les sens avait eu un effet délétère sur ma façon de fonctionner. Mais j’ai aujourd’hui révisé cette conclusion — je ne crois pas qu’elle était tout à fait correcte.

Deux éléments ont fait évoluer ma réflexion:

  1. La lecture d’un article expliquant (neurosciences) que se plaindre à répétition crée des connexions qui facilitent par la suite la “génération” d’idées négatives. C’est très logique, en fait, on met en place par nos actions et mouvements de pensée des connexions neurales qui rendent plus facile la répétition de ces mêmes mouvements.
    Et je connais bien ce phénomène dans sa version positive, que je pratique sous forme de l’exercice des “trois bonnes choses” quotidiennes. On peut entrainer son cerveau à être plus optimiste/positif, comme on peut l’entraîner à être négatif. J’avais d’ailleurs rencontré cette idée pour la première fois il y a plus de 15 ans maintenant, en lisant le livre “L’intelligence émotionnelle” — quand on est dans un certain état émotionnel, on va naturellement chercher autour de soi ce qui le confirme et l’entretient.
  2. A l’occasion d’une journée pédagogique où j’étais invitée à intervenir, j’ai eu la chance de parler un peu avec le pédopsychiatre Philippe Stephan, qui venait de donner une excellente et très instructive conférence sur le cerveau des adolescents, et ce que son développement nous apprenait par rapport à la relation des ados au monde numérique.
    On parlait du “non-danger” des écrans (le problème est l’absence de limites plutôt que l’écran lui-même — un défaut de cadre plus qu’une activité néfaste), et je faisais part tout de même de mes doutes, me basant sur ma propre expérience récente et des articles comme celui-ci, qui semblaient mettre en rapport temps d’écran et troubles d’attention chez les enfants. Je ne sais plus exactement comment il a formulé ça, mais j’ai retenu l’idée suivante: c’est une question d’investissement/de motivation plus que, de nouveau, la nature de l’activité.
    Si je suis très investie dans ma “vie Facebook”, par exemple, ou ma “vie Ingress”, mon cerveau va “délaisser” en quelque sorte les autres pans de ma vie. On met l’énergie là où “c’est important”, du point de vue de notre motivation. Et là où c’est délicat, c’est que Facebook et cie sont faits pour nous plaire et nous stimuler.

Pour moi ça fait complètement sens. Si on passe beaucoup de temps à faire quelque chose, qu’on y est investi émotionnellement, qu’on a envie de le faire, c’est là que va aller notre attention. On peut bien sûr se remettre sur le droit chemin à coup d’astuces comportementaux, ou aussi simplement en mettant de l’énergie à autre chose (ce qui revient probablement au même). Ça explique aussi pourquoi un changement de rythme de vie (vacances, chalet) nous permet souvent de prendre du recul ou de “décrocher”: on se réinvestit dans d’autres choses.

(En relisant ce que j’ai écrit en conclusion, je me demande s’il n’y a pas un petit bout qui m’échappe encore, parce que ça me paraît un peu “plat” comme conclusion en comparaison avec la “grande illumination cérébrale” que j’ai eue pendant la discussion.)

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