J’ai testé pour vous le self-checkout en France [fr]

Aujourd’hui j’ai fait quelque chose de presque incroyable: j’ai passé la frontière. Un petit rendez-vous de dentiste pour une dent qui m’avais fait un mauvais coup il y a quelque temps. Genre, je mords dessus, et je décide dans la foulée que je ne vais pas refaire ça de sitôt. Il y avait une carie. Comme quoi, j’ai beau être “douillette”, comme on dit, j’ai quand même un assez bon radar.

Mais passons sur le dentiste et la carie. Je ne suis pas une grande “touriste d’achats”, mais quand je vais en France, je profite pour acheter 2-3 petits trucs. Donc, je passe à Carrefour. Et moi, ne vous déplaise, je suis des self-scanning et autres self-checkout (ceci n’est pas une invitation au débat, déjà moult fois fait et refait). A défaut de self-scanning (où l’on se balade dans le magasin son petit scanner à la main), je me rebats sur le self-checkout (la borne où l’on scanne patiemment tous ses articles les uns après les autres).

Donc, en France, ou plus précisément à Carrefour, ça se passe comme ça:

  • interdiction d’y aller avec un caddie, même s’il est quasi vide (j’ai du transvaser mes petites courses dans un panier)
  • pas de touche “fois deux” ou “répéter l’article”; il faut vraiment scanner chaque article
  • chaque article scanné doit être posé dans le “bac”, à droite, avant de pouvoir scanner le suivant. Chaque. Article. Donc quand tu as 6 tubes de dentifrice, tu scannes un tube, tu le poses, tu scannes le suivant, tu le poses, etc. Six fois.
  • impossible, donc, de prendre 2-3 articles à scanner dans les mains, les scanner, puis les poser ensemble
  • impossible aussi de faire “scan, scan” sur le même article quand on l’a à double
  • la machine arrête pas de causer pendant qu’on scanne (ne me demandez pas ce qu’elle dit, c’est complètement inintelligible pour moi)
  • l’hôtesse/assistante a dû venir au moins deux fois débloquer la machine qui ne voulait pas prendre mon scan suivant (sur une trentaine d’articles)

Clairement, ils ont tenté d’économiser sur le budget UX (expérience utilisateur). D’ailleurs, pour un grand magasin, il n’y a que 3-4 de ces bornes (dont une en panne).

Pour mes amis français, en Suisse (à la Migros en tous cas):

  • il n’y a pas besoin de poser un article scanné dans une zone définie avant de pouvoir scanner le suivant
  • il y a une touche “+” pour ajouter encore une fois le même article
  • on peut scanner un article et le rescanner 2 secondes plus tard
  • on peut venir avec son caddie
  • on peut mettre ses articles direct dans le sac qu’on tient à la main (si on n’a que 2-3 articles, par exemple)
  • la machine est complètement silencieuse sauf pour le joli “blip” quand on réussit à scanner un article
  • on peut donc scanner aussi vite qu’on veut
  • on peut scanner de droite à gauche si ça nous chante
  • on n’a pas besoin de déclarer en début de session si on a un sac ou non pour mettre nos courses
  • ça “marche”… je n’ai jamais dû faire appel à une hôtesse…

Voilà, c’était la petite humeur ronchonnante du jour!

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Larmes virtuelles [fr]

Aujourd’hui j’ai de nouveau pleuré devant mon écran pour la mort d’un chat que je n’avais jamais rencontré. Je pleure parce que je me projette dans la peine de sa maîtresse effondrée et inconsolable, et aussi parce que je sais que tôt ou tard ce sera mon tour.

J’en ai vu mourir, des chats, depuis deux ans et demi. Dans un groupe de chats diabétiques qui approche maintenant les 900 membres, ça fait beaucoup de chats, tous avec au moins une maladie chronique, et souvent plus, vu que beaucoup des chats du groupe sont des chats seniors, ou des diabétiques difficiles à réguler et dont on découvre par la suite un autre souci de santé.

Dans le groupe Diabète Félin, nous avons une véritable communauté. Il y a des liens forts qui se créent. On se connaît, on se suit, on est inévitablement embarqué dans les espoirs et les désespoirs des uns et des autres. On partage un souci commun, on se serre les coudes, on trouve du soutien auprès d’autres “comme soi” quand on n’a pas la chance d’avoir un entourage qui comprend l’attachement qu’on peut avoir pour un petit animal qui ronronne, ou l’investissement auquel on est prêt pour le soigner et lui offrir une bonne vie.

Mais bon, me direz-vous, tous ces petits chats croisés sur Facebook ne sont que des chats “virtuels”. Je ne les ai jamais vus, jamais caressés, ils n’ont jamais ronronné dans mes bras. Certes. Mais j’ose espérer qu’en 2020, on a compris que le lien pouvait se créer sans présence physique. Le lien avec les humains, que l’on apprend à connaître dans un contexte pas toujours facile, et indirectement, à travers une photo par-ci par-là, une anecdote, et surtout l’amour que leur témoigne leur maître, le lien avec ces chats que l’on n’a jamais rencontrés. Et tout ceci se fait d’autant plus facilement et naturellement qu’on a aussi un chat malade qu’on aime et qu’on soigne.

Ce lien n’est pas le même pour chacun de ces “chats des autres“. Il y a des histoires qui nous touchent particulièrement, des humains avec qui on a des atomes crochus, certains qui sont plus présents, d’autres pas. Chaque chat qui meurt est une perte immense pour son maître ou sa maîtresse, et leur douleur m’atteint toujours. Je me dois pourtant d’essayer de garder un peu de distance, simplement parce que c’est trop dur, autrement. Samedi passé, trois chats sont morts coup sur coup. C’est un exercice difficile, la distance juste. Il m’importe d’être “émotionnellement honnête” dans mes rapports avec les gens, en ligne également. Ça a un coût. Et il m’importe aussi de me ménager suffisamment pour pouvoir continuer à être là, à faire ce que je fais. Donc je m’adonne à cet exercice (le travail d’une vie!), avec plus ou moins de succès suivant les jours.

Certains décès me tourneboulent plus que d’autres, parce qu’au-delà de la douleur visible de celui ou celle qui vient de voir mourir son chat, et qui fait inévitablement écho à la mienne, passée et future, je suis touchée plus personnellement. Souvent, c’est simplement que je connais particulièrement bien le chat en question et son histoire, ou l’humain ou l’humaine qui partage sa vie. Quand on s’implique pour aider quelqu’un, qu’on y met de l’énergie, on s’attache. C’est aussi bête que ça.

Aujourd’hui, je pleure parce que je sais que l’heure de Quintus se rapproche, même s’il s’est miraculeusement stabilisé ces dernières semaines. La profonde peine et la détresse de quelqu’un d’autre est venue réveiller la mienne, dormante et enfouie, pour me rappeler qu’elle m’attend au contour. Je pleure aussi parce que j’y croyais, pour cette minette. J’espérais qu’on allait pouvoir faire quelque chose pour elle. Et enfin, je pleure car je suis triste pour cette femme qui vient de perdre son chat qui comptait tant pour elle, et pour lequel elle a tant fait. Sans la connaître vraiment, je la connais quand même un peu, et je souhaitais du fond du coeur une autre issue pour elle.

Tous nos chats vont mourir. Chaque fois que l’on est témoin de la grande tristesse que cet état de fait amène inexorablement, on a le choix. On peut fuir, on peut se laisser emporter par le désespoir, ou on peut remercier de nos larmes, avec conscience, le petit être qui partage encore notre vie.

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Ces jours [fr]

Un vieux chat qui semble remonter la pente. Puis un doute. Mais non en fait, ça semble aller. Ou pas. C’est jamais très clair.

Un quotidien qui s’organise, se désorganise par instants, et reprend forme.

Le soleil presque un peu insistant qui laisse place au couvercle nuageux et froid d’un quasi-automne.

Un chat à trois pattes qui semble ne plus vouloir d’insuline. Un chat noir vagabond dont la vie secrète sera bientôt révélée.

Revoir des gens, des amis, de la famille. Sentir le rythme d’avant qui menace de prendre le dessus.

Des chats diabétiques qui s’en sortent, d’autres pas. Accepter qu’on ne tient pas la seringue des chats des autres. Lâcher prise, prendre du recul, célébrer les victoires.

Des opportunités professionnelles encourageantes, même si elles ne se confirment pas forcément. Sérénité pour la suite, motivation.

Une tasse de thé avec juste ce qu’il faut de sucre.

Désespérer parfois des gens, pour ensuite se réconcilier avec l’espèce humaine au détour d’une conversation. Ainsi ira la vie.

De l’énergie pour faire et être, après bien trop longtemps à traîner la patte. Merci vitamine D. Du souffle pour monter les escaliers et même courir. Merci Symbicort. Se rendre compte que parfois toute la volonté du monde ne suffit pas.

Une rivière cascadante qui traverse une forêt magnifique presque oubliée.

Un poignet qui fait son job de poignet au quotidien sans trop râler. Pour le sport… prière de patienter un peu. Les autres membres, eux, sont impatients.

Une envie de voile et d’eau et de vent, de courir sur l’écume et se laisser bercer.

Et au milieu de tout ça, il y a moi.

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Bribes de confinement 5 [fr]

Ecrit le 4 mai. Quintus est toujours là aujourd’hui et ne va pas trop mal, je vous rassure.

Tout doucement
Sans un bruit
Le vieux chat
Est devenu si léger
Qu’il s’est envolé.

Dans le cœur
De sa maîtresse
Un grand trou
En forme de chat
Lourd, si lourd
Qu’elle est clouée au sol.

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Désapprendre la peur [fr]

Voilà où on en est: désapprendre la peur. L’arrivée de la crise sanitaire nous a appris, en très peu de temps, à avoir peur. Aujourd’hui, avec le recul de la pandémie dans notre pays, le “déconfinement” (même si nous n’avons pas eu à proprement parler de confinement), on doit apprendre à se détendre. Reprendre une vie “normale”, mais pas tout à fait normale quand même.

Aller voir une copine. Prendre un passager dans sa voiture. Cesser de faire des écarts quand on croise les gens sur le trottoir. Se rappeler qu’avec une poignée de nouveaux cas détectés chaque jour dans le canton, les chances de se casser le nez sur une personne infectée sont très réduites. Comprendre où sont les risques de transmission (lire l’original en anglais): les espaces clos comprenant beaucoup de monde, les activités qui nous font vider nos poumons (chant, sport, toux, éternuements).  Le temps passé à proximité.

Echanger trois mots avec quelqu’un d’asymptomatique qu’on croise dehors: zéro souci. S’enfermer avec 100 autres personnes dans une salle pour chanter durant deux heures: souci.

Pour ma part, voilà où j’en suis:

  • je mets sagement mon masque là où c’est demandé, mais pas autrement (typiquement, pas pour marcher dans la rue ou aller à la pharmacie)
  • je continue à me laver les mains, mais peut-être un peu moins frénétiquement (la grande majorité des transmissions sont par voie aérienne)
  • j’évite de prendre les transports publics
  • je vais bientôt retourner au judo, mais chanter, faudra attendre…
  • j’évite d’aller faire mes courses à la Migros et je commande plutôt via LeShop, surtout parce que mes expéditions courses de 3h durant la période confinée m’ont donné envie de ne plus mettre pied dans un magasin pour un moment
  • je n’aime pas que les gens portent des gants, c’est en fait contre-productif (le virus colle mieux aux gants qu’aux mains qu’on peut facilement laver ou désinfecter)
  • je vais volontiers au restau en terrasse, mais pas encore prête à m’installer à l’intérieur
  • pas encore prête à aller au cinéma – ce serait un bon été pour faire un Open Air, non?
  • je suis frustrée de ne pas pouvoir faire la bise à mes amis et ma famille, ou serrer la main aux gens – on pourra quand?
  • les gens qui portent leur masque de travers m’embêtent beaucoup moins, maintenant qu’on nage dans les masques et que le virus ne traine plus partout
  • je vais installer SwissCovid
  • je suis toujours très contente de rester chez moi et d’être relativement asociale!

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Lettre à mon vieux chat [fr]

[en] Memories of Quintus.

Quand tu es arrivé chez moi tu n’étais déjà plus très jeune. Quand j’ai dit à ta première maîtresse que je pouvais te prendre, elle m’a dit “tu es sûre? il n’est pas tout jeune!” J’ai répondu oui sans hésiter.

La première fois qu’on s’est vus tu devais avoir six mois. C’était en été. On avait traversé la France et une partie de l’Angleterre avec mon frère pour ramener Cali à sa famille. Ta famille. Ma famille aussi, un peu, mine de rien. Les premières photos que j’ai de toi sont en noir et blanc, et c’est difficile de dire si c’est vraiment toi ou bien ton frère. Vous vous ressembliez beaucoup. Il était un poil plus foncé que toi. Vous étiez l’un comme l’autre des “chats de genoux”, câlins, confiants, et très attachés l’un à l’autre.

Au fil de mes visites en Angleterre, vous dormiez généralement les deux sur ma tête – je sais qu’Aleika m’a trouvée plus d’une fois au matin enterrée sous un tas de chats. Je me souviens d’un jour, une visite administrative d’un homme inconnu: moins de 10 minutes après son arrivée, il avait sur ses genoux deux chats occupés à faire leur toilette mutuelle.

Tu n’avais pas vraiment de nom à l’époque, si ce n’est celui écrit sur ton pedigree: Oaxaca Little Quintus.

Ton frère est mort à un moment donné, et toi tu as continué ta vie de chat anglais bien dans ses coussinets: rentrer et sortir par la chatière 20 fois par jour, squatter le canapé des voisins, voler des oeufs de pigeon dans leurs nids, souffler sur le jeune chien quand il se montrait trop entreprenant, sortir par la fenêtre du premier en passant par l’avant-toit et le muret – un bond de deux mètres qui semble surréaliste depuis bien des années. Et surtout, des heures sur les genoux de ta maîtresse, un ronron continu, et tes petits ronflements lorsque tu dormais sous son lit durant la sieste. Un super, super chat.

Alors j’ai dit oui sans hésiter. Parce que c’était elle, évidemment, mais aussi parce que c’était toi. Safran venait de mourir, je m’étais projetée dans un avenir à deux chats qui venait d’être emporté par la PIF, j’avais de la place pour un chat et je te connaissais déjà. Toutes ces nuits à dormir sur ma tête à Birmingham t’avaient assuré une retraite paisible en Suisse.

 

Juillet 2012, tu es donc rentré avec moi à Lausanne. Tu as fait le tour de l’appartement en grondant, Tounsi sur tes talons. Puis tu t’es installé sur le lit pour une sieste bien méritée.

Il te manquait un peu de respect, au début, le jeune Tounsi. Mais tu ne t’es jamais laissé marcher dessus. Au fil des années vous êtes devenus bons potes, les inséparables de la sieste, les séances de toilettage qui finissaient en échanges de tartes: tu aimais grignoter et mordiller entre deux coups de langue, et Tounsi ne prenait pas toujours ça bien. De son côté, il avait régulièrement des pulsions pas forcément bienvenues

En 2013, vous aviez tout deux – mais surtout toi – joué les super-nounous pour Max, Lilly et Sushi. Les 10 premiers jours avec les orphelins, tu avais franchement fait la tête aux p’tits rats. Puis un jour, l’un d’eux s’étant installé près de toi, tu t’es mis à lui faire sa toilette. Après, ça n’a pas arrêté. Je te les donnais l’un après l’autre pour que tu les toilettes de haut en bas.

Tu avais eu accès à l’extérieur toute ta vie, et ici aussi tu l’as eu. Je me souviens t’avoir cherché longtemps, angoissée, lors d’une de tes premières sorties. J’avais fini par te trouver, faisant la sieste roulé en boule tranquillement dans les herbes hautes du jardin, ignorant superbement mes appels désespérés, alors que j’avais dû passer dix fois à côté de toi.

Déjà à cet époque l’arthrose avait bien mis à mal tes pauvres coudes. Je me souviens de la radio. Même moi, je voyais que ce n’étaient plus des coudes. Assez  vite j’ai commencé à te poser au sol après t’avoir pris dans mes bras, à te porter en bas des escaliers. Dehors, tu courais encore, mais au fil des années ce qui restait de galop a disparu pour laisser place uniquement au trottinement. Pour monter les escaliers tu faisais des petits bonds. Tu faisais ce que tu pouvais!

Tu chassais encore, ramenant au chalet un souris à 5h du matin, à la grande surprise de mon invitée du séjour. Tu te perchais sur la table ou ma palette fleurie pour observer le jardin depuis le balcon. C’était toujours le soir que tu aimais le mieux sortir. Je me souviens: Tounsi rentrait vers 21h, et c’est là que tu avais envie d’aller dehors. Comme je n’ai jamais aimé laisser mes chats sortir pendant que je dormais. Alors je me couchais tard. Tu n’allais jamais bien loin, mais tu n’étais jamais pressé de rentrer.

Il y a eu ensuite une longue période où nous nous promenions dans le jardin, Tounsi, toi, et moi. On faisait le tour de l’immeuble. On allait même autour de l’immeuble de derrière, jusqu’à se faire engueuler par le concierge. Tounsi avait toujours été un peu chat-chien, et toi tu t’étais mis à nous suivre. Je n’ai compris que bien plus tard que tu commençais certainement déjà à perdre la vue, et que c’était rassurant pour toi de te balader avec nous.

Puis les tours d’immeuble ont cessé. Etait-ce avant ou après la disparition subite de Tounsi? Quand ta cécité est devenue évidente, j’ai cessé de te laisser sortir seul. Tu ne t’éloignais pas du devant de l’immeuble, de toute façon. Alors je te prenais dans mes bras, et on sortait au jardin. Au fil des années les sorties se sont rétrécies, raccourcies. La présence d’un chat agressif dans le voisinage n’aidait pas.

2016 a été la première grande alerte pour ta santé. Une vilaine pancréatite, pronostic réservé. Tu t’en es tiré. Avant ça, tu avais été globalement très en forme. Tu avais failli perdre un oeil en 2014 (une infection), et en 2015 manqué t’étouffer avec une croquette. En fait, tu t’étais étouffé, tu avais juste manqué y rester. Quand Tounsi est mort, le jour de l’an 2017, je ne pensais pas que tu verrais la fin de l’année. Tu étais déjà bien vieux, 16 ans, et je me préparais à ce que vienne ton heure. Mais non.

Tu as passé l’été, même si tu péclotais. La mort de Tounsi t’a tout de même affecté, dans le sens où il était pour beaucoup de choses ta canne blanche. Pour aller manger, pour aller dehors, tu dormais avec, il te stimulait. Je t’ai regardé devenir un vieux chat dont la vie se rétrécissait à vue d’oeil. Et en automne, re-pancréatite, puis diabète. Cette histoire, vous la connaissez. Mais j’ai pensé que c’était la fin pour toi.

La rémission de ton diabète, un an jour pour jour après la mort de Tounsi, a été le début d’une vie avec toi où je me disais que chaque mois était du bonus. Je ne pensais pas que tu verrais ton 17e anniversaire. Ni l’hiver suivant. Ni ton 18e. Ni ton 19e. Et nous voilà. Ces dernières années ont été du sursis, je le savais bien. On a géré toutes tes maladies aussi bien que possible. Il y a un an environ, au détour d’un traitement antibiotique “un peu pour voir”, parce qu’à ton âge, on a tendance à essayer et voir si ça marche, tu as même repris du poil de la bête.

En janvier l’insuffisance rénale a failli avoir raison de toi. Une semaine d’hospitalisation sous perfusion. Le mercredi, tout espoir semblait perdu. Je suis allée te récupérer jeudi le coeur lourd, pensant que les analyses confirmeraient ce qu’on avait vu la veille, à savoir que rien n’aidait. Coup de théâtre, tu allais mieux, on t’a gardé un jour de plus, et tu es rentré en meilleure forme que tu ne l’avais été depuis des mois.

Ce qui me préoccupait le plus c’était ton arthrose. Tout le reste on pouvait “gérer”. Combien avais-tu mal? Est-ce que ta vie comprenait plus de bonnes choses que de souffrance? Ça fait des années en fait que je me pose cette question. Ta qualité de vie en vaut-elle encore la peine? As-tu encore du plaisir à vivre? Et comment évaluer la souffrance, avec un animal maître dans l’art de la cacher?

Cette dernière année, et surtout tes derniers mois, depuis janvier, c’est aussi ta perte de poids qui me préoccupe. A ton âge on ne récupère pas ce qu’on perd. Tu es faible, ça fait longtemps que tu ne te déplace que parce que c’est nécessaire. Avant l’arrivée d’Oscar tu faisais encore des allers-retours entre le canapé du balcon, celui  du salon, et le lit. Mais là, ça fait des mois que tu as pris racine dans le lit. Tout récemment, tu as recommencé à prendre plaisir au canapé du balcon. Tu y es même revenu quelques fois par toi-même.

Mais ce dernier mois, cette dernière semaine surtout, nous n’en sommes plus là. Ça me brise le coeur, mon vieux chat adoré. Au moins tu sembles paisible, juste là. Mais quand je pense à la richesse de tes 19 années de vie, et que je vois tes journées aujourd’hui, je sais qu’il va être très bientôt temps.

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Mon vieux chat va mourir [fr]

[en] The end of the road is near for my old Quintus.

Quintus va mourir. Pas aujourd’hui. Mais bientôt.

Ça fait un moment que je veux écrire cet article, et que je repousse, parce que je n’ai pas du tout envie de vivre les émotions qui vont accompagner son écriture.

Je sais depuis longtemps que Quintus va mourir un jour. Chaque chat qu’on aime va mourir, très probablement avant nous. Et Quintus n’est pas jeune. Depuis 2016 je m’attends à ce qu’il puisse mourir. Je ne compte plus le nombre de fois où j’ai cru que son heure était venue. Jamais je n’avais imaginé que Tounsi pourrait mourir avant lui.

J’ai eu peur que sa première pancréatite ait raison de lui. Puis la deuxième, et le diabète. En janvier, ses reins ont failli tirer leur révérence. Puis, deux incidents avec des médicaments mal supportés. Ce dernier mois, des troubles neurologiques qui s’enchaînent, et un état général qui décline, lentement mais sûrement. Il a quand même 19 ans. Vient un moment où on a le droit de vieillir.

Mais vient aussi un moment où l’on ne peut plus lutter contre les dégâts amenés par la vieillesse. Ce week-end, il était vraiment mal. On l’a réhydraté, et de même ce matin. Et on a fait un peu le point avec mon véto.

Ça s’approche. A grands pas peut-être. Comment savoir “quand” lorsque le déclin est graduel? Lorsqu’on a un chat qui mange, utilise sa caisse, ronronne encore, s’étire langoureusement sur son coussin chauffant, et vient même de lui-même sur le balcon (il y a moins d’une semaine)? Quand malgré une fonte musculaire marquée, son poil est encore joli, ses analyses sanguines d’il y a un mois frisent la perfection, et que l’essentiel de son quotidien est fait de siestes paisibles?

Je n’ai aucune envie de faire face à ce qui vient. Je le ferai, mais qu’est-ce que je ne me réjouis pas de combien ça va faire mal. Cela ne fait que 8 ans que Quintus partage ma vie, malgré son grand âge. Je l’ai connu chaton, toutefois, vu que c’était le chat d’une amie, que j’ai récupéré lorsqu’elle a dû repartir en Inde. En Inde, il serait mort depuis longtemps, on le sait bien toutes les deux. Huit ans, mais deux ans et demi de soins rapprochés et d’inquiétude constante de le voir dégringoler. Depuis son diabète.

Alors je comprends qu’un jour il est temps. Ma tête le sait bien. Émotionnellement, par contre, je me trouve loin d’être prête. Bien moins prête que je ne le voudrais. Il a survécu envers et contre tout, et été mon fidèle compagnon d’oreiller durant ces dernières années, loin d’être faciles pour moi.

J’essaie de me projeter. Dans quelques jours, quelques semaines au maximum, il ne sera plus là. Je n’aurai plus à m’occuper de lui, à prendre soin de lui, je ne sentirai plus sa douce et chaude fourrure sous ma main ou contre mon visage. Il ne toilettera plus ma joue de sa langue râpeuse. Il ne ronronnera plus du tout, pour de bon. Je ne le verrai plus s’étirer si confortablement sur son coussin chauffant au coin du lit.

Mais il sera libéré de ses vieux os douloureux. Que reste-t-il aujourd’hui dans sa vie? Parfois j’ai peur d’avoir déjà attendu trop longtemps. Cela fait des années que je me pose la question de sa qualité de vie. Chaque fois, je fais le même constat: oui, il est vieux, mais il a plus de bons jours que de mauvais jours, et encore suffisamment de plaisirs dans la vie pour que ça en vaille la peine.

Mais là, les plaisirs se rétrécissent, et les difficultés augmentent.

Je bénis le ciel, auquel je ne crois pas, qu’il soit un patient facile. Quintus a toujours eu une très grande tolérance. Une confiance absolue en l’humain. On peut “tout lui faire”, enfin pas complètement tout, mais j’ai eu cette chance que les soins n’ont jamais été une grande contrainte pour lui. Même le vétérinaire, jusqu’à relativement récemment, ne lui faisait ni chaud ni froid. La cage de transport, la voiture, idem… Le patient idéal. Même dans son vieillissement, il est resté propre, ne miaule presque pas, très digne.

Je sais que les chats souffrent en silence. Je l’observe, à l’affût du moindre indice. Je sais que son arthrose le fait souffrir, mais combien? Comment mesurer? Je repère à sa position que quelque chose ne va pas. Il montre peu, mais je vois beaucoup. Ça me travaille quand même. Je ne suis pas infaillible, et mon attachement fausse peut-être mon jugement. Est-ce une vie dont il faut le libérer, ou une vie dont il ne faut pas encore le priver?

Voilà les questions auxquelles il va falloir que je réponde ces prochains jours, ou ces prochaines semaines. Il a passé une bonne journée aujourd’hui, bien hydraté par sa perfusion du matin. Mais on ne remettra pas ça. Et même s’il tient bon “cette fois”, je sais que la prochaine n’est pas loin. Quand le cerveau commence à ne plus aller, il n’y a plus grand chose à faire.

Un dernier mot avant de rendre mon clavier: je ne cherche pas ici de conseils sur que faire ou ne pas faire. Pensez-les tant que vous voulez, mais abstenez-vous de les partager.

Le sort de Quintus est entre mes mains, c’est ma responsabilité et mon triste privilège. Une décision qui me revient, avec le soutien de mon vétérinaire, qui suit Quintus depuis qu’il est arrivé chez moi, et que je connais depuis 20 ans, et de quelques amies proches qui connaissent bien la situation et ont ma confiance.

Je n’aime pas devoir mettre par écrit ce genre de précision, mais dernièrement je n’ai que trop vu à quel point la distinction entre “j’ai quelque chose sur le coeur, et besoin d’être entendue” et “dites-moi quoi faire, ai-je raison ou tort” est peu claire pour certains. Et à quel point d’autres savent mieux que les personnes les plus concernées ce qu’il faudrait ou aurait fallu faire. Donc je préviens, car je ne réagirai pas bien. (Pandémie, quand tu nous tiens.)

Par contre, si Quintus a touché votre vie d’une façon ou d’une autre, que vous l’ayez ou non rencontré, n’hésitez pas à me parler de lui. Ou si vous aussi vous savez la grande peine d’aimer un vieux chat, je vous lirai avec plaisir, et probablement quelques larmes.

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Bribes de confinement 4 [fr]

Il y a un oiseau dans mon cerveau. C’est un tout petit oiseau. Ses plumes sont bleu et or. Il a un long bec recourbé rouge vif. 

Il volette sans cesse, ses ailes battant plus de mille fois par minute, cherchant de-ci de-là mais se heurtant inexorablement à la limite de ma boîte crânienne.

Ce n’est pas un colibri, même s’il y ressemble, car il ne fait pas sa part.

Mon oiseau tourne et vrille, il butine mes pensées et mes envies sans jamais me laisser de répit. Ses ailes soulèvent la poussière dans tous les recoins, son long bec parfois se faufile dans les crevasses de mon histoire.

Parfois j’aimerais qu’il s’arrête, mais je ne sais pas trop ce que je ferais de son petit cadavre dans mon cerveau.

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Bribes de confinement 3 [fr]

Dehors il y a l’océan. L’océan de ma vie. Des profondeurs insondables, des monstres marins, des algues interminables. Et des vagues, du vent, des embruns. Des baleines et du krill.

Dans la forêt du monde les sapins piquent le ciel et les sentiers se perdent entre les troncs. L’odeur forte du sol me fait tourner la tête, me remplit, m’enlève jusqu’aux nuages.

Là-haut, je croise des cigognes qui ont mis le cap sur leur ailleurs, et un aigle qui tournoie entre le soleil et le ciel. Je ferme les yeux, éblouie, et je tombe, comme une plume qui danse et vient se poser sur les flots.

 

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Où j’en suis [fr]

J’en suis que ça va. Je crois que je me suis habituée à cette nouvelle normalité et que je m’y fais bien (parce que j’ai la chance que la version qui m’est proposée ne soit pas trop pénible). Ce qui me fait un peu flipper, c’est la possibilité que l’immunité après infection ne soit pas bonne, ou qu’on ne parvienne pas à produire un vaccin efficace. C’est pas du tout dit qu’on soit dans ce cas de figure, il faut patienter en attendant que la recherche avance, mais je sais que c’est une possibilité et c’est celle qui m’inquiète.

Je suis fatiguée des réactions outrées concernant les déclarations faites lors du point presse du CF sur la capacité des enfants à être infectés et vecteurs de la maladie. Pour moi ils ont clairement merdé la comm sur ce point, et on voit déjà quelques tentatives de rattrapage. Je pense que ça continuera en début de semaine – ce serait sage, en tous cas, vu les réactions que je vois dans mon entourage. Alors bon, avec “l’oreiller de paresse” l’histoire des enfants va peut-être passer au deuxième plan… C’était pas malin, cette expression-là, pour dire le moins.

M’enfin, je trouve que nos dirigeants font dans l’ensemble un très bon boulot, je pense qu’ils bossent comme des malades depuis plus longtemps qu’on ne l’imagine, et comme une amie à moi l’exprimait dans un tout autre contexte, le seul moyen de ne pas faire d’erreurs c’est de ne rien faire, et plus on fait, plus il y a des chances de béder quelque part. Ce que j’ai compris c’est qu’on va vers un assouplissement des mesures un peu “agile”, dans le sens où on fera quelques changements, on observe les résultats, on valide les prochains changements, on regarde ce que ça donne, etc. Et parmi ces changements il y a le fait de rendre aux cantons le pouvoir qu’ils ont perdu lorsque le Conseil Fédéral a déclaré que nous étions en “situation extraordinaire”. Il aura fallu cette crise pour que je commence à m’intéresser d’un peu plus près (et à suivre) la politique suisse!

J’ai découvert (redécouvert, en fait, j’avais oublié) qu’une de mes “maxime morales” était en fait le rasoir de Hanlon. Ma façon de le formuler c’est que quand on a le choix entre la maladresse et la malveillance, ou bien l’ignorance/l’incompétence ou le complot, on se trompe moins souvent en choisissant systématiquement le premier, jusqu’à preuve du contraire. Ce qui explique que je sois très peu complotiste (ce qui ne m’empêche pas d’être convaincue que les Russes, entre autres, fourrent les doigts dans nos médias sociaux pour accroitre la polarisation politique et idéologique dans la population, afin de servir leurs intérêts).

Hier j’ai fait ma première pizza maison (à passé 45 ans, c’est le moment, vous me direz) avec le surplus de mon levain. J’ai fait du sérieux rangement dans ma salle de bains (nouveau meuble de rangement, merci IKEA Clic&Collect), continué à avancer avec ma cuisine et mes réserves, j’ai enfin réussi à reprendre la lecture du livre que j’avais entamé… il y a tellement longtemps que je ne sais plus quand c’était. Je réalise que moins de contacts humains dans ma vie signifie plus de temps pour moi. Je trouve ça reposant et ça m’effraie un peu. Est-ce que je risque de découvrir qu’en fait j’aime l’isolement, après toutes ces années d’abord à fuir la solitude, quand j’étais jeune, puis à me perdre dans une overdose effrénée d’interaction humaine?

En cherchant dans mes photos quelque chose pour illustrer cet article, j’ai eu l’idée d’aller regarder mes photos d’il y a un an (vu qu’aujourd’hui je n’en ai pas encore faites). Et je tombe sur les photos de mon accident de voiture. Oui, mon accident de voiture, c’était il y a un an exactement, le 19 avril.

Un an.

Un an et ce n’est toujours pas complètement derrière moi. J’ai de la chance évidemment, car ça aurait pu être bien pire et il y a des gens qui trainent les conséquences d’accidents pendant bien plus longtemps que ça, mais à l’échelle de ma vie, cet accident a quand même été une bien grosse pourriture.

Mon chirurgien a déclaré que j’étais suffisamment “réparée” pour reprendre le travail (enfin ma recherche de travail) début mai. Qu’on s’entende, je suis entièrement d’accord avec cette décision, mais pour ce qui est du “reste” de ma vie, mon poignet n’a pas fini sa convalescence. J’ai encore mal (pas tout le temps, pas quand je suis à l’ordi, mais il suffit que je le plie ou torde un peu hors de sa zone de confort et c’est douloureux). Le sport qui sollicite le poignet (judo, voile), on n’y pense pas encore. J’arrive à me mettre à quatre pattes, mais avec le poids entier sur le poignet, c’est limite. L’autre jour j’ai perdu l’équilibre sur mon balcon (le sol était un peu encombré et je me suis encoublée), je me suis rattrapée à la barrière avec ma main droite, et j’ai compris ma douleur.

Cet accident, qui m’est tombée dessus sans crier gare Vendredi Saint 2019, il est encore là aujourd’hui. Heureusement les séquelles ne sont que physiques (et financières… parce que j’y ai laissé ma voiture) et limitées au poignet. Mais à cause de cet accident je n’ai pas pu poursuivre ma reprise du judo, pas fait de voile la saison passé, je n’ai pas pu skier cet hiver, j’ai eu mal au quotidien, j’ai subi une intervention lourde au poignet droit dont la convalescence n’a pas été une mince affaire et m’a valu presque six mois d’incapacité de travail. Je me souviendrai toute ma vie du premier mois après l’opération, où j’attendais l’heure de ma prochaine prise de tramadol, l’arrivée du soir où je pourrais dormir, le jour de ma prochaine séance de physio, le tout dans un brouillard médicamenteux total et sur fond de douleur constante au moindre mouvement – et parfois même sans mouvement.

Je me souviendrai aussi de l’anxiété constante (maintenant disparue) concernant ma récupération. Se retrouver avec le poignet de sa main dominante qui ne tourne plus, qui ne plie plus, qui fait mal… mine de rien j’ai eu peur pendant de longs mois, même si je réussissais à m’accrocher aux (lents) progrès et à la confiance de ma merveilleuse physio que tout allait bien aller.

Être sur la touche, aussi, ça n’a pas été facile – d’autant plus que je l’étais doublement, l’opération étant arrivée alors que j’étais en recherche d’emploi, après la fin de mon contrat à durée déterminée à Fribourg. J’ai du apprendre à vivre dans les limbes. C’est jamais agréable, les limbes.

Là, on est un peu tous dans les limbes, collectivement. Personne ne sait vraiment où on va. A quoi ressemblera notre vie dans un mois, dans trois mois, dans six mois? Dans un an ou deux, même? Il faut accepter de ne pas pouvoir se projeter, ou alors de ne pouvoir se projeter qu’avec incertitude, en suspens.

Si on y réfléchit bien, la vie au fond est comme ça, en temps normal. On est toujours à la merci d’une voiture qui nous bille dedans dans un giratoire. Alors certes, la part d’imprévisible aujourd’hui est augmentée, mais elle n’était pas inexistante avant. On choisit simplement de vivre comme si elle n’était pas là – parce qu’avoir le contrôle nous rassure.

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