Au temps du coronavirus [fr]

[en] The last three weeks in Vaud, coronavirus-style.

J’ai beaucoup de mal à penser à autre chose qu’à la crise actuelle. Normal, j’imagine. Comme tout le monde je suppose, je suis un peu sous le choc, quand même. On est mardi matin, 17 mars. Hier, fermeture de tous les commerces “non vitaux”, état de nécessité prononcé pour le canton. Vendredi, fermeture des stations de ski, des écoles, restrictions de distance dans les restaurants. Lundi passé seulement (il y a une éternité), l’Etat exhorte les personnes à risque de s’isoler au max. De mon côté, je vais chez le psy, à la physio, chez le véto, et j’ai une séance de comité pour Elles Entr’Aide. A ce moment-là, c’est clair, on ne se fait plus la bise, on ne se serre plus la main. Alors qu’une semaine avant, quand le Conseil Fédéral rajoute dans les mesures de protection de la population d’éviter les poignées de main, l’ambiance générale était à trouver tout ça excessif et je me demandais comment faire pour ne pas serrer la main aux gens.

C’était il y a deux semaines!

Alors effectivement, à ce moment-là, la situation locale ne paraissait pas dramatique. Le premier cas avait été détecté dans le canton le jeudi d’avant (le 27), le lendemain on apprenait l’annulation de toutes les manifestations de plus de 1000 personnes. Personnellement, c’est ça qui m’a fait l’effet d’un électrochoc, et qui m’a fait passer de “euh mais bon c’est un peu comme une grippe en plus grave” à “branle-bas de combat”. Et l’annonce “pas de poignées de main” le 3 (un gros truc quand même ici, culturellement) a fini de me faire prendre conscience qu’on n’allait pas y échapper. Y échapper? A tout ce qu’on a vu jusqu’à présent, et aux mesures encore plus sévères qui nous attendent dans les jours et semaines qui viennent.

Entre lundi et mardi (le 2 et le 3) les annulations ont commencé à pleuvoir: les cours de judo, décision difficile prise en urgence pour le lundi soir, chapeau à mon prof, sa femme, et l’équipe “de crise” qui a eu le courage d’agir rapidement alors que le public n’était pas forcément sur cette longueur d’onde; les répétitions de chant pour le concert prévu en 2021 en l’honneur de mon ancien chef de choeur décédé, qui devaient commencer mercredi; une réunion “conférence-réseautage” prévue jeudi soir. Samedi, une copine est venue chez moi; dimanche, je suis allée au hammam avec une autre.

Le 28, j’avais déjà acheté quelques boîtes de conserve supplémentaires. Je fonctionne “aux stocks” en temps normal, donc mes armoires et mon congel sont plus ou moins toujours pleins, ce qui fait que je n’ai eu qu’à compléter un peu. Mardi 3 j’ai rajouté une couche et acheté du savon liquide pour les mains (il n’en restait plus des masses en rayon). Samedi 7 j’ai fait des commandes de réserve pour les chats, vérifié que j’avais de l’avance dans mes médicaments et les leurs. Comme ça je serais tranquille.

Le premier décès dans le canton c’était le jeudi 5, une semaine tout juste après l’annonce du premier cas. Donc après-demain, cela fera trois semaines depuis le premier cas et 2 semaines depuis le premier décès.

Je sais, je n’arrête pas de calculer les jours et les semaines, parce que le temps a pris une tout autre texture que d’habitude et je m’y perds.

Hier à midi je suis allée faire des courses pour un proche et sa famille. Les rayons à Denner et à la Migros étaient encore bien vides. Certes pas par manque de vivres, mais parce que tout remettre dans les rayons, ça nécessite des bras et ça prend du temps. Tout ça en effectif réduit vu que les personnes à risques doivent rester chez elles. Le rayon des légumes était bien fourni, par contre, je pense que c’est celui qu’ils ont restocké en priorité.

Si on fait une commande sur Le Shop, elle n’arrivera pas avant le 1er avril (hier c’était le 31 mars, dimanche soir le 27). Les gens ont peur, c’est normal, mais de grâce, ne cédez pas à la panique. Si vous avez de quoi tenir 2 semaines, vous êtes OK. Si vous êtes “à risque” (plus de 65 ans ou maladie chronique”, de grâce, faites-vous livrer ou demandez à vos proches ou voisins de faire vos courses. Il y a sur Facebook des groupes d’entraide qui voient le jour, et j’y vois plein de personnes proposer leur aide pour ce genre de chose. (Lausanne, Morges, Riviera, Yverdon… cherchez “entraide” et le nom de votre ville/région sur Facebook.)

Je ne suis pas trop inquiète pour moi. Je suis non seulement hors du temps mais hors du monde, en arrêt de travail encore, alors qu’avant mon opération j’étais déjà en recherche d’emploi. Proprement dans les limbes, mais ça rend le confinement facile. Alors bon, je tournicote un peu, cherchant comment je peux être utile autrement qu’en ne sortant pas (déjà utile), en “faisant campagne” autour de moi pour que les gens prennent les mesures au sérieux et se protègent (beaucoup sur Facebook), en me demandant où mes compétences en transformation numérique pourraient servir, parce que faut se le dire, cette crise va donner un gros coup d’accélérateur à la numérisation. (Si vous avez besoin d’aide pour vous mettre à Skype ou aux achats en ligne, faites-moi signe.)

Je suis un peu inquiète pour mes proches à risque, mais ils semblent être sages. Bien plus inquiète pour nous en tant que collectivité, pour les professionnels de la santé et tout ceux qui voient leurs conditions de travail chamboulées, mes anciens collègues indépendants qui voient venir la grande galère financière (j’espère vraiment que l’Etat va mettre en place quelque chose pour eux). Inquiète aussi pour les personnes déjà isolées et qui en souffrent, qui vont se voir encore plus isolées avec le confinement actuel. Je me demande à quoi ressemblera notre monde post-crise, avec le coût économique et humain que nous allons payer, la récession inévitable, mais peut-être aussi des transformations positives.

Il y a bien des années, alors que je m’étais retrouvée en consultation aux urgences psychiatriques, on m’avait dit “alors vous êtes en crise, mais la crise c’est une chance, car c’est l’opportunité de réel changement”. Je crois que c’est également vrai à l’échelle de la société.

Prenez soin de vous et de vos proches. Soyez sages. Et pour les “colibris” parmi vous, ici on est réellement dans une situation où “chacun doit faire sa part”. C’est le moment de mettre en pratique.

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Mes liens “coronavirus” (COVID-19) [fr]

Je lis et partage beaucoup de choses autour de l’épidémie ces temps, surtout sur Facebook. Ici, donc, une collection de ce qui me semble le plus intéressant.

Il est possible que je rajoute d’autres liens à cette collection au fil du temps.

Sinon, hors coronavirus, parce qu’il faut se changer les idées: vous devez absolument écouter l’épisode de Reply All: The Case Of The Missing Hit (audio, EN) si vous ne l’avez pas encore fait. Lire la critique (EN).

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Comment avoir assez peur, mais pas trop peur? [fr]

Et aussi, comment faire assez peur, mais pas trop peur?

En cette période des premiers cas de COVID-19 dans le canton de Vaud, je retrouve cette question qui me préoccupe au quotidien dans la gestion de chats diabétiques: comment avoir “la bonne quantité de peur”?

La peur est un animal compliqué. Elle est utile, elle nous protège du danger. Elle nous maintient en alerte. Mais elle peut aussi nous paralyser, nous rendre incapable de penser ou de dormir.

Comment savoir où est la posture juste, entre ceux qui trouvent qu’il est ridicule d’annuler des événements et d’éviter de se serrer la main, et ceux qui dévalisent les magasins et sa calfeutrent chez eux sans oser mettre le nez dehors?

Comment avoir assez peur de l’hypoglycémie ou de l’acidocétose pour ne pas “prendre de risques inutiles” (voyez comme le serpent se mord déjà la queue), mais pas tellement peur qu’on vit dans un état de stress permanent, si on peut appeler ça vivre?

Le cerveau humain n’est pas conçu pour bien réagir face à des risques abstraits, non immédiats. La peur de tomber de l’arbre, du serpent ou de l’ours qui nous charge, ça on gère (assez) bien.

Mais comprendre qu’une mesure comme éviter de serrer la main ne va non seulement pas me garantir que je ne tomberai pas malade, mais à l’échelle de la population va simplement freiner la progression d’une propagation inéluctable du virus, qui demande au cerveau de faire de l’équilibrisme avec des notions de statistiques et de probabilités, on est très nuls.

Je trouve très difficile de faire face à ce genre d’attitude. Peut-être parce que j’ai toujours eu un “cerveau qui aime les probabilités”, et j’ai fait un peu de gestion du risque dans mes études, j’arrive pour ma part à “voir comment ça marche”. Je fais toujours un effort pour essayer de m’extraire de l’obsession de notre cerveau pour le cas particulier, l’histoire-anecdote qui nous aide à apprendre et comprendre le monde, mais qui nous dessert quand il faut penser en termes de risque.

Alors je fais ma petite cuisine de gestion du risque dans ma tête, alimentée par ce que je lis, ce qu’on me dit, à qui je fais plus ou moins confiance, et mes quelques notions générales scientifiques et médicales.

Ça vaut ce que ça vaut, évidemment.

J’essaie de ne plus serrer la main aux gens. Je ne fais plus la bise. Trois activités de groupe (grand groupe ou avec promiscuité) auxquelles j’allais participer cette semaine ont été annulées, et j’avoue que ça me soulage car je n’ai du coup pas besoin de décider si j’y vais ou pas. J’ai toujours de quoi soutenir un siège côté nourriture, donc pas de grand changement de ce côté-là, j’ai juste mis à jour mes stocks.

J’ai appris à me laver les mains correctement et acheté du savon liquide au lieu de mes pains de savon habituels. Je n’ai pas de gel désinfectant car quand je m’y suis intéressée, on était déjà en rupture de stock. Mais ça ne m’empêche pas de dormir. Je voyage en transports publics mais je me lave les mains quand j’arrive à destination. Je toussote un peu ces temps (ça date d’avant, je vous rassure), donc je prends le pli de tousser dans mon coude.

J’essaie de motiver les personnes autour de moi de se protéger, de nous protéger, avec moyennement de succès. Qu’est-ce qui leur dit que “leur gestion du risque” est moins bonne que “ma gestion du risque”?

Je pense qu’on va plus ou moins tous voir des gens mourir. J’espère me tromper. J’espère vraiment me tromper. On a toutes les chances de se trouver confinés à l’intérieur deux semaines à un moment où un autre. De voir nos hôpitaux ou nos infrastructures peiner.

Voilà ce que je crois. Alors évidemment, vu que je le crois, je pense que j’ai raison. Avec un peu de chance je dramatise et je me trompe.

On en reparle dans quelques semaines.

Si c’est pas avant.

On est à 7 cas déclarés dans le canton.

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Lunettes de lecture [fr]

[en] Reading glasses.

Je crois bien que c’était à Kolkata, en 2015, que j’ai réalisé que je peinais un peu à lire, le soir. J’ai toujours eu une “bonne vue”, mais je me suis dit, passé les 40, ce serait peut-être bien d’aller faire un contrôle.

D’oculiste en ophtalmo, je ressors avec un oeil bizarrement astygmate et compliqué à corriger, et une presbytie pas tellement dramatique à +0.75. Enfin, strictement parlant, j’étais entrée avec aussi.

L’oeil astygmate, je pense que c’est la conséquence de l’éclat en métal qu’il a fallu déloger en rasant un peu de cornée. Etait-ce justement en été 2015? On avait accusé ma décapotable, mais je suis maintenant persuadée que le coupable est le store rouillé du balcon du chalet. Ne pas regarder en haut quand on le déroule…

J’ai donc acheté une paire de loupes toutes faites en pharmacie. J’ai trouvé du +0.75! Pas de garantie pour le style, mais pas de trou dans le budget, surtout pour des engins que je n’étais même pas certaine que j’allais vraiment porter beaucoup. C’était surtout utile pour faire des coloriages (et ne pas déborder).

Au final, les coloriages ont un peu pris une pause, et j’ai augmenté la taille de la police sur ma Kindle.

Deux bonnes années plus tard, je prends mes premières vacances (non-malades) d’employée depuis plus d’une décennie. Et je me dis que je pourrais faire un peu de coloriage, au chalet, pour me vider la tête. Et je retrouve mes lunettes. Et je les embarque. J’avais en passant regretté de ne pas savoir où je les avais rangées lors du diabète de Quintus: viser la petite veine capillaire dans l’oreille à 6h du matin, mesurer des mini-doses d’insuline entre les graduations de la seringue, tout ça aurait probablement été plus facile avec.

Premier coloriage, effectivement, ça fait une grosse différence! Le soir, sur ma Kindle, je me souviens que j’ai des lunettes, j’essaie, et oui, c’est vachement pas mal. Je prends gentiment le pli de la lecture avec lunettes.

Puis je me demande si ça aiderait devant l’écran. Surprise: oui!

Je passe donc deux semaines en compagnie de mes lunettes.

De retour au travail, je prends conscience que je suis en train de froncer quand même pas mal le front devant mon ordinateur de travail… Et si…? Parce que c’est comme avec les appareils auditifs, en fait, on réalise qu’on pourrait (devrait!)  faire moins d’effort, et le cerveau se rebelle. Se rendre la tâche inutilement plus pénible, c’est fini!

Du coup, aujourd’hui, j’ai amené mes lunettes avec moi, et on va voir si elles m’aident avec mon écran au travail.

Ah oui! Depuis quelques années (?) j’ai des maux de têtes plus fréquents que par le passé. Et si c’était lié?

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Not Giardia? [en]

As many of you know, I’ve been ill this winter. It started out with what seemed to be a simple stomach bug in early December, but it turned out I had a giardia lamblia infection — probably brought back from India in 2015 (at least), and mostly dormant (well, with hindsight, there were subclinical symptoms) until tiredness of a new job with a demanding schedule and winter funk pushed it (me?) over the edge.

I relapsed after the first treatment, and the second, and seemingly after the third. A month of being unwell after the third treatment led me to repeat the analysis to make sure the nasty protozoan was still around.

It wasn’t.

Much as having giardia detected in December came as a huge relief (I hadn’t been dreaming this last couple of years that my digestion wasn’t great and that my tiredness wasn’t normal), this negative result left me nonplussed. If I didn’t have giardia anymore, what was going on? And if I did it now, and my third relapse wasn’t a relapse, what about my second relapse? And the first?

Doubting myself, again.

Thankfully, by the time I got the results I’d gone about a week feeling better. Lots of rice and no dairy, had said the doc. I’d been doing that since before the third treatment. Maybe my gut was finally rested enough that it had stopped misbehaving?

I don’t know if I had a third relapse and got over it myself. Though giardia can be really hard to get rid of, you’re also supposed to be able to eliminate it yourself. And a week or so after the end of that third antibiotic treatment, I found myself extremely tired and sleeping a lot. Maybe it was my body putting up the fight?

I’ll never know.

Now, things are quite good. Two weeks of holiday also helped. It’s hard to recuperate from a long illness when you’re working nearly full-time over an hour from home.

I can now eat cheese without any trouble. I’m going to take a second batch of probiotics (s. boulardii). I took the first early in my holidays, a bit less than three weeks ago. I’m careful not to overload my digestive system, particularly with raw veggies (salad) or dairy.

I’m much less hungry than I was. I can actually “stand” being hungry. I used to get frantic if I didn’t have food. It seems much better now. Was it giardia? Was it something else that all the antibiotics got rid of? How long have I had giardia?

Again, I’ll probably never know.

So, I’m less hungry, and eating less, and I can wear the trousers I couldn’t fit in last autumn again. I’ve lost weight, in between being ill and having less of a “stuff myself” drive. Maybe I’ll be able to reduce my grocery budget 🙂

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Je dors [fr]

…trop.

Franchement, je pourrais me demander si ma copine n’accompagne pas la maladie du sommeil. Je fais des nuits de passé 8h, à la chaîne, et je me réveille comme si un camion m’avait passé dessus. Avec 12h par jour environ loin de la maison, c’est vraiment mode survie. Je rentre, et en fait je pourrais aller me mettre au lit tout de suite. CFF, boulot, dodo. Mais je me fais quand même un truc à manger, hein.

Bref, heureusement que les chats vont bien, juste là. (Enfin, il reste des investigations à faire pour Erica mais elle est stable et semble OK côté symptômes.)

Alors, what next? La balle est dans mon camp. On va refaire des analyses histoire d’être sûrs qu’on passe pas à côté d’un truc, que la giardia n’est pas l’arbre qui cache la forêt. J’essaie d’attendre un peu depuis la fin de mon dernier traitement (début février) histoire d’être sûrs que si l’analyse est positive, elle est vraiment positive, et que ce n’est pas des “traces” de l’infection précédente. Je me rends compte que je n’ai pas suffisamment d’infos sur les faux positifs par PCR pour savoir à quel point c’est vraiment utile d’attendre.

Mais bon, là, de toute façon, je ne peux pas continuer très longtemps comme ça. Sans compter que je suis supposée partir en vacances dans deux semaines, et on sait tout comment ça se passe, les vacances, quand on est malade pendant qu’on travaille mais qu’on “tient bon”.

Donc, aujourd’hui, c’est le jour où je rappelle le médecin pour dire que “ça ne va plus”.

(Je précise que si j’avais voulu, il m’aurait donné un traitement quand j’ai appelé la semaine dernière. C’est moi qui me sentais assez bien pour continuer à attendre.)

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Giardiose: ma copine giardia lamblia [fr]

[en] My friend giardia lamblia has probably kept me company for a good couple of years. Two antibiotic courses later, looking at a third. If you have any kind of tropical parasitic infection, go see a specialist.

Je dis que giardia lamblia est ma copine parce que ça fait probablement deux ans ou plus qu’on traine ensemble. Oui oui, probablement chopée en Inde, mais ça existe aussi dans nos contrées (chats, chiens, et jeunes enfants).

L’histoire? Je vous la résume, si vous n’avez pas suivi le feuilleton sur Facebook. Début décembre, “gastro” qui tarde à passer. Analyse de selles. Giardiose! Premier traitement. Rechute. Deuxième traitement. Rechute. Médecin spécialiste des maladies tropicales.

Si j’ai un tuyau à vous donner: la prochaine fois que vous avez un truc tropical, allez directement voir un spécialiste.

Des mots dudit spécialiste, c’est une “belle saloperie” pour s’en débarrasser. En fait ça me rassure et me soulage infiniment d’entendre ça. Il confirme que je me balade certainement avec depuis au moins deux ans. Oui, l’intolérance passagère au lactose, c’est ça. Les douleurs, ballonnements, gaz, et diarrhées intermittentes. Moi qui croyais que j’étais un peu trop relax avec le nombre de jour que je gardais mes restes au frigo (ou le nombre d’années au congél).

Semblerait que dans nos contrées, ce sympathique protozoaire soit même responsable de “mauvaises classes” chez les enfants. Celles où ils sont fatigués, pas à leur affaire, absents…

Je n’ai aucune peine à l’imaginer. Depuis des mois voire des années (et maintenant, je me dis “depuis en tous cas octobre 2015”), je me trouve fatiguée, sans énergie, et à la digestion souvent pénible. J’en ai même parlé à mon médecin, on a fait des analyses sanguines, quelques mini-carences, mais rien de profondément anormal. Et c’en est resté là.

On est toujours plus intelligent après: en gros, ça fait probablement deux ans que j’ai une infection parasitaire qui a un impact négatif sur ma capacité à être active dans ma vie. Con, hein.

Ce qui me fait penser ça?

Après le premier traitement (3x250mg de metronidazole par jour pendant 5 jours, un peu léger en première instance semblerait-il) je me suis sentie plus en forme et pleine d’énergie que je ne l’avais été depuis “des siècles”. Digestion nickel, je dormais même pas plus que d’hab, mais j’avais la pêche. Et patatras dix jours plus tard.

J’ai vu quelque part (je ne retrouve plus où) qu’il suffit d’une dizaine de ces bestioles dans un verre d’eau pour vous faire une belle infection.

Deuxième traitement, albendazole (400mg 1x/jour pendant 5 jours, bon choix en deuxième instance selon le spécialiste). Et moins d’une semaine après la fin de ce traitement, me voilà de nouveau HS (vive les vacances de ski).

Au programme:

  • éviter les produits laitiers pendant 2 mois (intolérance passagère aux produits laitiers)
  • si dans 10 jours j’ai toujours des symptômes, commencer mon troisième traitement d’antibios (histoire de se donner une chance que les symptômes soient dus à l’intolérance passagère)
  • troisième traitement, dose de cheval: ornidazole 500 3x/jour pendant 10 jours, qui devrait liquider l’éventuel ami blastocystis aussi.
  • si dix jours après le traitement je pète pas le feu, je retourne et on relance les analyses.

Au-delà de mon propre cas et des conséquences de cette infection sur ma vie (qui est encore à mesurer, une fois que je serai guérie, et que j’aurai un point de repère pour ce qu’est “aller bien”), ce qui me fait vraiment frémir c’est l’impact des infections à large échelle sur des sociétés entières. Si giardia lamblia peut nous donner une “mauvaise classe”, on ose à peine imaginer son impact sur les populations de pays en voie de développement où 30% des gens peuvent être infectés.

Ça ne m’étonne pas d’apprendre qu’elle a été largement négligées jusqu’à il y a peu.

Cette expérience me fait penser à Unrest — de nouveau, on est à une autre échelle de gravité que ce qui m’arrive, mais il y a des parallèles: le mari de la réalisatrice explique à quel point il est délicat d’obtenir de l’aide. Si on dit trop peu, personne ne peut nous aider, et si on en dit trop, on passe vite dans la catégorie “patient psy”.

Que faire avec ces symptômes vagues ou sub-cliniques? J’ai mal au ventre, je suis fatiguée, j’ai des coups de barre digestifs… C’est vrai qu’à force de revenir à la charge avec ces choses qui objectivement ne sont “rien”, on finit aussi par se demander si on imagine des choses.

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Why I Get My Flu Shot Each Year [en]

[fr] En très résumé, les raisons pour lesquelles je me fais vacciner chaque année contre la grippe (reprise de mon article en français sur la question). Je suis à risque pour des complications (dès que je chope un rhume ça vire en bronchite), je ne tiens pas à me retrouver HS durant trois semaines à cause d'un vilain virus (je suis déjà bien assez souvent malade comme ça), et je considère que c'est ma responsabilité de citoyenne de faire ce que je peux pour enrayer la propagation du virus (il ne passera pas par moi!) et protéger les personnes "à risque" dans mon entourage.

Surtout, j'explique un peu la grippe: ce n'est pas le truc qu'on appelle d'habitude la grippe, et qui est en fait le rhume. (Confusion? y'a de quoi.) La grippe, c'est un truc qu'on chope en moyenne 2-3 fois dans sa vie. Je crois que je ne l'ai jamais eue, et pourtant, dieu sait si j'ai été malade (parfois durant des semaines).

Years ago, when we ended up with a separate vaccine for H1N1, I wrote an article in French summarizing my personal research on the topic of flu vaccinations: I’d decided I would be getting the flu shot.

Aside from the fact that I’m still amazed when I realise otherwise rational people think vaccines are a Bad Thing (listen to the great Science Vs Vaccines podcast episode for some debunking of common fears), here are some of the arguments that made me come to the conclusion that I was going to get vaccinated against influenza.

First, it’s important to understand what the flu is. It’s not this thing people routinely catch and call the “flu”. What we usually call the flu is in fact one of the many flavours of the common cold. You feel crappy, you might even be off work for a week, you get a fever, your nose is all stuffy, you might even have trouble breathing if, like me, you get bronchitis. I’ve been out of order for three weeks due to bronchitis developed over the common cold. If you’re falling ill, stay in bed two days, and then you’re over it, it wasn’t the flu. It was the common cold.

Why is this important? Well, the flu and the cold are different families of viruses. Getting vaccinated against the flu will not prevent you from catching a cold or bronchitis. Also, there are high chances you are underestimating how nasty the flu actually is.

On average, you are likely to get the flu two or three times in your life. I don’t think I’ve personally ever caught it in my adult life – though I have been ill with various colds and bronchitis (very miserable ones too) dozens and dozens of times. At one point I would fall ill every month in winter. Really. I’d get over two weeks of sniffling and coughing misery, feel on the mend for two weeks, and then start all over again. And it wasn’t the flu.

The flu is a disease that kills every year (numbers are tricky to compute because the direct cause of death is often the opportunistic bacterial infection that takes hold over an organism weakened by the virus). It’s the virus that had my mechanic, a super-healthy-never-ill strapping 45-year-old, off work for two weeks and unable to work “normally” for a month and a half. And he’s self-employed: as all independants know, we work even when we’re sick, because no work = no money. So him being off work so long is a testimony to how incapacitated he was.

Now that we’re clear about what the flu is and isn’t: should one get the shot?

Vaccination is risk management. And the human brain is super crap at risk management. You can’t really use your gut for it, because your gut is designed to keep you from getting eaten by wild beasts or falling off cliffs: present and immediate dangers. So, we’re going to have to be rational about this. Here are some guiding questions:

  • is being off work for three weeks (average time to get over the flu) a risk you’re ready to take? the answer to this will vary a lot depending on your professional situation.
  • are you at risk for complications? ie, do you have asthma, a weak immune system, a heart condition, or like me, a tendency to catch any upper respiratory tract infection that is lying around? chances are your doc has told you if you are, but it might be worth checking. If you are at risk for complications, catching the flu may have consequences more dire for you than for the average person. It may not be a risk you should be willing to take.
  • are you in contact with people who cannot get vaccinated, or who are at risk of complications? if you are, then you might want to reduce the risk of passing on the flu to them – by reducing the risk of catching it yourself.

The flu vaccine usually offers coverage around 70-90%. Less than some other vaccines, but still much more than zero.

In my case, once I thought about it, it’s a no-brainer: even though I’m not medically “at risk” enough to be provided with the shot free of cost here in Switzerland my doc has been pretty clear that in the event of me catching the flu, things were not going to be pretty. Plus, as somebody who is self-employed and already falls ill regularly, I’d rather not run the risk of being off work more than necessary. Not to mention the social responsability of contributing to herd immunity and doing my part to prevent the epidemic from spreading through me.

If you decide it makes sense to get vaccinated against the flu, then it also makes sense to get vaccinated each year. Unless your circumstances change dramatically, if catching the flu is not an acceptable risk for you this year, why would it be so next year? Bear in mind your chances of catching the flu are a handful of times in a lifetime – so only by getting the flu shot every year for a significant number of years do you get to reap the benefits. You can’t know in advance which year the nasty virus will try to crawl into your lap.

Time for me to go get that shot!

[PS: Comments refuting vaccine safety or efficiency will be deleted without pity. It’s not something I’m interesting in debating: the scientific consensus is quite clear.]

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Grand moment de solitude [fr]

Minuit moins quart. Je suis rentrée tard, mais c’est samedi soir, ça va encore.

Je suis accoudée sur mon lit, téléphone à la main, chat presque contre moi. Il est temps de me lever pour me mettre vraiment au lit. Je vais lire un peu et dormir sans trop tarder.

Seulement, quand j’essaie de changer de position, je ne peux pas. Mon bassin est un océan de douleur paralysante. Changer ne serait-ce que la répartition du poids entre mon coude et ma hanche est un calvaire. J’essaie de plier légèrement la jambe: n’y pensons pas.

Quinze longues minutes plus tard, j’ai péniblement réussi à me coucher sur le dos.

Il me faudra quinze minutes supplémentaires et pas mal de serrage de dents pour me retrouver sur mes pieds, pliée comme une petite vieille, accrochée à la table de nuit – mais « debout ». Je tremble comme une feuille: froid, peur, choc?

Je me redresse tant bien que mal. Je fais quelques pas en m’accrochant aux murs. Que faire? Prendre des médicaments? Un bain chaud? Essayer de bouger? Au contraire, surtout ne pas bouger? Me mettre au lit et prier?

Je suis raide comme un bâton, pendue à un fil. J’aimerais aller aux WC mais je n’arrive plus à m’asseoir. J’aimerais voir ce que j’ai comme médicaments mais je n’arrive pas à me pencher pour ouvrir le tiroir. A tout hasard, je sors la clé de ma serrure. On sait jamais. Je m’accroche à mon téléphone, point de contact avec le monde.

Vais-je pouvoir aller travailler lundi? Ma tête fait le tour des plans de contingence en cas de catastrophe.

Vivre seul a plein d’avantages. Je ne range que mon propre bordel. J’ai toujours mon espace vital. Je fais ce que je veux à peu près quand je le veux.

Il y a des désavantages, aussi: je paie toutes les factures. Quand je rentre du travail, les courses ne sont jamais faites, le repas n’est jamais prêt. Toutes les décisions reposent sur mes épaules.

Et les frayeurs médicales arrivent toujours au milieu de la nuit. Être mal, effrayé, et seul, c’est vraiment misérable, comme situation. Je connais bien le numéro de la centrale des médecins de garde.

J’hésite à l’appeler, mais j’ai des scrupules à deranger l’infirmière de garde parce que je n’arrive pas à m’asseoir.

Heureusement, une copine infirmière est encore debout. Un paracétamol, un ibuprofène, un patch anti-inflammatoire et une heure plus tard, je peux précautionneusement me mettre au lit avec un coussin chauffant en bas du dos. J’ai pu aller aux WC.

Je vois ma physio mercredi.

[PS pour les curieux: très certainement l’articulation sacro-iliaque, et la suite du feuilleton faisant suite à mon accident de judo d’il y a 18 mois. Je suis entre de bonnes mains.]

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Fertilité féminine: un enfant à 40 ans? [fr]

[en] Numbers and facts about female fertility. Do you know what the success rate of an IVF is at age 40? and 42? Many links at the bottom of the article are in English.

Je suis, encore et encore (depuis quelques année) sidérée de voir à quel point les idées ambiantes sur la fertilité féminine sont à côté de la plaque. Régulièrement, j’entends parler de femmes de 40 ans (ou plus) qui pensent qu’elles ont toutes les chances de concevoir, si elles le veulent assez.

Vous êtes maintenant en train de penser à toutes les femmes que vous connaissez et qui sont devenues mères (ou qui ont enfanté à nouveau) autour de 40 ans. Ça arrive tout le temps, me direz-vous!

J’espère, chère lectrice (cher lecteur aussi) que tu es familier/familière avec les mécanismes du biais du survivant et du biais de confirmation. Le premier nous rappelle qu’on entend parler des survivants et de ceux qui ont réussi, et beaucoup moins de ceux qui ont tout tenté et échoué. Vous savez donc bien qui sont les femmes de votre entourage ayant réussi à enfanter autour de 40 ans. Vous ignorez peut-être toutes celles qui ont essayé et échoué, parce qu’on ne parle pas trop de ça, sauf avec les intimes. Ça nous fait donc surestimer les taux de réussite. Le biais de confirmation, lui, nous rappelle qu’on remarque et retient les choses qui viennent confirmer ce qu’on croit. Si on croit qu’avoir un enfant à 40 ans est facile, on aura dans sa tête une liste de toutes les histoires qui viennent confirmer cette croyance, et on aura tendance à ignorer et ne pas retenir celles qui pourraient l’infirmer.

Ce qui n’aide pas non plus, c’est la médiatisation extrême des célébrités qui font des enfants “tard”. Genre Janet Jackson, récemment. On retient “Janet Jackson enceinte à 50 ans” et on se dit “ah ben 40, j’ai encore tout le temps!” Mais ce qu’on ne sait pas, c’est:

  • combien de temps elle a essayé
  • combien elle a dépensé
  • si elle a porté l’enfant (les photos ne prouvent pas grand-chose)
  • et surtout, si c’était ses ovules du jour, ou si elle a fait appel à un don d’ovules ou si elle avait congelé les siens quand elle était plus jeune.

Ce dernier point est important, car l’âge de l’ovule est un facteur déterminant dans les chances de succès d’une grossesse, bien plus que l’âge de l’utérus dans lequel l’enfant se développe.

Quelques chiffres pour remettre l’église au milieu du village:

  • la fertilité féminine se casse la figure grave vers les 37 ans
  • 1 femme sur 5 née dans les années 60, et 1 sur 4 née dans les années 70, arriveront à 45 ans sans avoir d’enfant – jusqu’à 80% d’entre elles “pas par choix”
  • les chances de succès (naissance) d’une FIV à l’age de 40 ans tournent autour de 10% (et ça se casse la gueule grave après ça)
  • les chances de concevoir lors d’un rapport sexuel durant la période fertile, quand on est jeune, sont de 15-20% max (oui, vous avez bien lu)
  • FIV avant l’âge de 30 ans? au max 40% de chances de succès
  • les chances de succès d’une FIV ne baissent pas avec l’âge si l’ovule utilisé est jeune
  • si vous êtes une femme et que vous voulez des enfants et que vous attendez 35 ans “pour vous y mettre”, vous avez de fortes chances de ne pas réussir à en avoir (donc sérieusement, si vous avez 40 ans ou proche, passez sans attendre à la FIV si c’est important pour vous d’être mère… 10% de chances c’est déjà mieux que ce que vous allez avoir autrement)

Oui oui, je vous entends: vous connaissez tous des cas qui “contredisent” ces chiffres. Si vous pensez ainsi, c’est que vous ne comprenez pas ce qu’est une probabilité. Un événement peut avoir une probabilité de 1 sur 500 d’arriver, et arriver la première fois. Ou la dernière. On espère tous être “le miracle”, mais être un peu réaliste quant à ses chances permet de s’investir de façon mesurée, et peut-être de mieux supporter la dure réalité de l’échec quand il arrive. Donc quand je dis qu’une FIV à 40 ans a 1 chance sur 10 de fonctionner, et que vous me répondez “mais je connais Josette qui est tombée enceinte après une FIV à 42 ans du premier coup”, ce n’est pas une contradiction des statistiques. C’est juste que Josette a eu beaucoup de chance. Elle est “l’anomalie”, ou plutôt, “le miracle”.

Bon à savoir, pour la Suisse:

  • le don d’ovules est interdit (info critique quand on sait que l’âge de l’ovule influe lourdement sur les chances de succès)
  • le don de sperme n’est pas ouvert aux couples homosexuels, non mariés, ou aux femmes seules (du coup, exit FIV aussi)
  • la congélation d’ovules (qui n’est pas la panacée) n’est possible que jusqu’à 35 ans et pour une durée de 5 ans (je n’arrive plus à retrouver la source pour ça)
  • pas juste pour la Suisse, mais tout ça coûte cher! Entre 5000 et plus de 10000.- pour une FIV à Lausanne par exemple, et c’est pas remboursé…

 

Je vous laisse avec quelques sources pour creuser, vérifier, vous informer… Et faites passer ces infos autour de vous afin de lutter contre les idées reçues (fausses) concernant la procréation et la fertilité féminine!

Ne confondez pas les miracles avec la norme.

 

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