Pas toujours dans les vieilles casseroles [en]

Transcription IA non-vérifiée (22.07.2026):

Lausanne, 18 juillet 2026, 20h40

C’est clairement moins pratique de tenir en équilibre sur ses genoux un plateau et un cahier qu’un ordinateur portable. Mais bon : le soir après le souper, cuisine rangée, sur le canapé du balcon avec Juju qui dort à côté, ça commence à prendre la forme d’une petite habitude sympathique, en tous cas maintenant que la chaleur est redevenue supportable.

Un point central de l’approche systémique stratégique de l’École de Palo Alto à laquelle je me forme depuis plusieurs années maintenant à l’IGB, c’est la notion que ce qui entretient un problème qui résiste à nos tentatives de le résoudre, c’est justement ce que l’on fait, généralement sans nous en rendre compte, pour essayer de trouver la solution qui le fera s’en aller : ce qu’on appelle, dans notre vocabulaire, nos “tentatives de solution.” Le problème, en fait, c’est la solution. On va donc s’évertuer (l’idée est simple mais c’est très loin d’être facile) à mettre un terme à ces bonnes intentions (mais oui ! on cherche une solution ! on essaie !) qui pavent l’enfer du problème dans lequel on s’enfonce.

Lors de mes deux jours de formation à Paris sur le thème de l’épuisement (généralement) professionnel — une famille de problèmes couramment appelés “burnout” — j’ai compris avec une très grande clarté que nos tentatives de solution sont là parce que jusqu’ici, ou dans d’autres circonstances, elles sont ce qui fonctionne pour nous. Les problèmes, c’est donc les situations où notre façon habituelle de faire face aux difficultés et aléas de la vie ne fonctionne pas. On pourrait dire qu’on a les problèmes qu’on mérite.

Peut-être que les problématiques d’épuisement l’illustrent particulièrement bien, ou alors c’est simplement parce qu’elles me touchent de près, mais là, j’ai l’impression que ce que j’avais compris et que je savais a maintenant été intégré. Le premier exemple est celui qui m’a le plus frappée — et l’effet miroir est évident. L’entrepreneur qui au bout de 10 ou 15 ans finit par se retrouver débordé par tous ses projets, qu’il lance les uns après les autres et mène avec succès. Faire toujours plus, développer de nouvelles idées, lancer des nouveaux projets et des collaborations : ça a très très bien marché pour lui pendant des années. Jusqu’à ce que ça ne marche plus. Effet de seuil, plus d’une bonne chose n’est pas toujours mieux, etc.

Depuis Paris, cette idée ne me quitte plus. Moi aussi, ça m’a longtemps réussi, d’avoir plein d’idées, de faire la locomotive, d’innover, de lancer des projets, d’apprendre de nouvelles choses, de connaître plein de monde, de faire ce que les autres ne font pas. Mais pas pour récupérer d’une commotion qui traînasse, bien sûr. C’est pas un scoop, et j’œuvre depuis longtemps à réduire la voilure.

Mais ça va plus loin. Qu’est-ce qu’il y a d’autre dans mon fonctionnement qui est une force, qu’est-ce que je fais qui me sert bien ou m’a bien servi, mais qui peut-être maintenant contribue à paver mon petit enfer ?

Un exemple sur lequel j’ai mis le doigt : je suis celle qui intervient. Quand je vois quelque chose qui ne va pas, je ne passe pas mon chemin. Je vais chercher la vendeuse pour l’informer que quelque chose a été renversé par terre. Je vais attraper le chat errant pour le castrer. Je vais appeler le service client s’il y a un problème avec leur produit. Je vais ouvrir l’espace coworking vu que personne d’autre ne s’y colle. Je pourrais continuer, la liste est longue.

Ce qu’il y a là-derrière est multicouches. Un bout de “si personne ne bouge, ça va rester comme ça, donc je vais me mouiller pour le bien commun.” Un bout de “j’aime pas quand c’est cassé ou que ça fonctionne pas comme ça devrait.” Un bout de “moi je suis cap’, pas forcément tout le monde, donc OK, je prends.” Un bout de “la vie en société c’est s’entraider et se rendre service.”

Mon challenge : intervenir moins, laisser passer plus. Même si ce n’est pas confortable.

Paradoxe ou punition? [fr]

Que faire quand on a tendance à “zapper” des choses qu’on devrait faire, quotidiennement par exemple? La vaisselle, se doucher, préparer ses affaires, passer le fil dentaire, répéter son voc allemand…

Généralement, on tente par tous les moyens de se pousser à “faire”. On met des rappels. On construit des habitudes. On essaie de se motiver. On se récompense. Mais des fois ça ne suffit pas. Et si on a un TDAH, la difficulté est encore augmentée, car le passage de l’intention à l’action présente un challenge particulier.

L’autre jour, je mentionnais qu’une approche “paradoxale” pouvait aussi fonctionner pour ce genre de problème. C’est d’ailleurs grâce à ça que j’ai mis en place l’habitude (maintenant solide) de faire ma vaisselle au moins tous les soirs. De façon très résumée, l’approche est la suivante: si je “zappe” ma vaisselle, alors je n’ai pas le droit de la faire durant 4 jours.

A mon étonnement, cette façon de faire a été comprise comme punitive. J’aimerais expliquer ici en quoi elle ne l’est pas.

La situation de départ, c’est que la personne ne fait pas la tâche X. Elle ne fait pas sa vaisselle, ou ne se douche pas, ou ne prépare pas ses affaires. Elle aimerait, ou pense qu’elle devrait, mais n’arrive pas. Elle se dit “il faut que je le fasse! je vais le faire! je veux le faire! je devrais le faire!” – bref, tout va dans le sens de “faire”.

Le grand et simple enseignement de l’approche systémique de Palo Alto (à laquelle je me forme) est que si une situation indésirable persiste, malgré nos efforts répétés pour y remédier, c’est de toute évidence que ce que nous faisons pour tenter d’en sortir ne marche pas. Si ça marchait, le problème serait résolu. Si me dire “promis, à partir de maintenant je fais ma vaisselle tous les soirs” marchait, je ne me retrouverais plus jamais devant une pile de 4 jours de vaisselle. On croit souvent avoir “tout essayé”, mais notre “tout essayé” va toujours dans le même sens. Il y a un thème commun à toutes nos “tentatives de solution”. Ici: “je peux et je dois faire”.

Pire que de ne pas résoudre le problème auquel on se confronte, ces “tentatives de solution” participent à l’entretenir. (Ça, c’est un peu complexe à expliquer simplement, donc je ne vais pas le faire ici, mais ça a à voir avec la théorie des systèmes.)

Un moyen “punitif” d’essayer de se pousser à faire serait: “si je ne me douche pas aujourd’hui, je n’ai pas le droit de regarder la télé”. Mais on reste toujours dans le même thème “je dois faire”. Alors qu’en réalité on est (souvent activement) en train de ne pas faire.

L’approche paradoxale, qu’on retrouve dans l’idée de “prescrire le symptôme”, cherche à nous sortir de ce thème du “je dois faire”. Le but, c’est de changer la dynamique “énergétique” (pas au sens ésotérique, hein vous me connaissez) de notre posture face au problème. On sort de “je dois faire” et on va vers “en fait non, je dois pas faire”. Ça ôte la pression. C’est OK de ne pas faire. Et d’un autre côté, ça en met (et donc ça change la motivation) car on va dire: “c’est OK de pas faire, mais si tu fais pas, c’est sans doute que pour le moment c’est trop pour toi de le faire, donc prends un break et ne fais pas pendant x jours”. On prend la logique de ce que fait la personne (elle dit qu’elle veut faire mais en réalité, dans ses actes, elle ne fait pas) et on la met à plat sur la table, on dit “OK”, alors voyons ce qui se passe si on va dans ce sens, si on pousse cette logique plus loin au lieu de lutter contre. Ne faisons pas! Et voyons où ça nous mène.

L’autre levier qu’actionne cette approche c’est que ça neutralise le discours qu’on se tient souvent quand on “ne fait pas”: on se dit “bah, tant pis, je fais pas aujourd’hui mais je ferai demain; aujourd’hui j’ai pas le courage; je saute juste un jour, c’est pas grave, un jour.” C’est en se racontant cette histoire, qu’on va se raconter également le lendemain, qu’on se retrouve à ne pas avoir touché son voc allemand pendant une semaine. Parce que sur le moment, à chaque fois qu’on renonce ou abandonne, on se dit “c’est juste une fois, c’est pas grave”.

Mais si on dit “tu peux ne pas faire, c’est OK, mais alors quand tu ne fais pas, vas-y à fond quoi, ne fais pas pendant 3 jours”, alors on ne peut plus se dire “je fais pas aujourd’hui mais je ferai demain.” Ça devient: je fais aujourd’hui, ou bien je saute les 3 prochains jours? Les deux sont OK. Il n’y a pas de punition. Ne pas faire, c’est la situation par défaut. C’est ce que la personne fait déjà. Donc au pire, elle est pas moins avancée qu’avant, avec le bonus qu’on déculpabilise le fait de ne pas faire. Et au mieux, ça marche.

Vous aurez compris que le succès de cette méthode dépend de la logique interne qui sous-tend la procrastination. Elle ne peut donc pas s’appliquer à l’aveugle. Mais si vous sentez que la pression que vous vous mettez à faire a plutôt tendance à empirer le problème que l’arranger, c’est peut-être une piste à envisager. Mais je vous préviens: il faut du courage.