Lutter vainement [fr]

[en] The fight against self-scanning systems in supermarkets is... useless.

Cet article devrait être un long article. Et je suis presque en train de ne pas l’écrire à cause de ça. Je repousse. Je suis un peu trop mal réveillée dans le train pour exposer clairement une problématique complexe avec plein de ramifications.

Alors cet article sera incomplet et imparfait et suscitera des réactions que j’aurais voulu prévenir en étant exhaustive dans mes propos. Tant pis.

L’autre jour, je vois passer un appel au boycott des scanners à la Migros. Parce qu’on voudrait pas remplacer les caissières par des machines, quand même. La discussion va bon train sur le mur de la personne tentant de lancer ce mouvement (le lien ci-dessous vous amène directement à mon premier commentaire), puis sur mon propre mur où j’ai partagé l’histoire.

Le manque de perspective historique et de pensée “systémique” dans ce genre de discussion me consterne. Durant la révolution industrielle, les luddites n’ont pas réussi à stopper l’avancée de la technologie en brisant les machines. Le plus gros employeur de Stockholm n’est plus la fabrique de glace, et nous avons l’électricité et des réfrigérateurs dans nos foyers. Les lavandières ont disparu. Le conducteurs de fiacre aussi. Nous avons tous un téléphone portable, même ceux qui ont dit “moi, jamais”.

Personne ne contrôle les avancées technologiques et les bouleversements sociétaux qui vont avec. Tout au plus pouvons-nous exercer une influence. Je prends le parti de mettre mon énergie là où sa dépense n’est pas futile.

Je reproduis ici mon commentaire initial et quelques autres extraits choisis.

Grand angle: le monde change, en permanence, et la technologie a toujours remplacé les humains (tout en ouvrant d’autres possibilités). On ne voit plus de conducteurs de fiacres, qu’on peut imaginer s’étant soulevés contre l’invasion des voitures. Il n’y a plus de fabriques de glace, avec son réseau de livraison: à Stockholm, la fabrique de glace, plus gros employeur de la ville, s’est battue pour interdire l’électricité dans les ménages privés, car cela permettait aux gens d’avoir des frigos et ça les rendait obsoletes.
Grand angle aussi: alors que certains métiers disparaissent, que fait-on (au niveau société) pour requalifier/réorienter/former les personnes qui en font les frais? C’est là qu’il fait mettre de l’énergie, plutôt que dans un boycott aussi futile qu’inutile, qui s’apparente au « clictivisme » tant décrié.
Je vais aller déterrer le reportage sur la fabrique de glace et un autre sur la prise en main (aux USA, imaginez!) des travailleurs dont le métier disparaît.
Et regarder quelqu’un qui est à la caisse en se disant « s’il n’y a plus l caisse, que va-t-elle faire? » je trouve ça d’un snobisme insupportable.
Réfléchissons et agissons là où ça a une chance d’avoir un effet, plutôt que de s’agiter vainement. L’absence de perspective historique derrière ce type d’initiative me désole.

 

La technologie a toujours remplacé l’homme. Regardez la révolution industrielle… nous ne vivons plus dans le même monde. Tous les métiers qui pourront être remplacés par des robots (machines) le seront à terme. Restera pour l’humain les tâches cognitives complexes qu’on ne peut ni modéliser ni recréer, et… le relationnel, le lien. Ce qui touche à l’humain.
C’est pour ça, en passant, qu’on fait mieux de mettre notre énergie à défendre un RBI qu’à boycotter des scanners. Les luddites n’ont pas gagné l’histoire.

Notre vision de l’histoire est myope: on regarde « notre » histoire (qu’on appelle le présent) avec beaucoup moins de distance que l’histoire « historique ». Pour les personnes de l’époque, ce qui se passait était très semblable à ce que l’on vit aujourd’hui. Notre présent n’est pas, historiquement, si exceptionnel que ça. Plus proche de nous, les téléphones portables ont rendu quasi inutiles les cabines téléphones. On ne s’est pas ému du sort des gens qui les posaient, parce qu’invisibles (au contraire de la personne à la caisse à qui on dit bonjour en la regardant dans les yeux). Mais ces gens ne posent plus de cabines téléphoniques. Toute l’industrie qui les produisait a rétréci.
Est-ce qu’on va jeter nos smartphones à la poubelle pour recréer ces postes?
Est-ce qu’on va boycotter l’e-banking et retourner faire la queue au guichet? Idem pour acheter nos billets de trains (pas d’automate, de grâce, pensez à la personne qui gagne sa vie en vendant les billets au guichet!)
Ce que nous vivons ici est complètement banal, historiquement, et l’histoire nous dit comment ça finit.

En Inde, il y a près de vingt ans, j’ai été choquée de voir des gens sous le soleil brûlant à casser des cailloux au bord de la route. Je disais “mais y’a des machines pour ça! c’est les travaux forcés, ce que font ces gens!” — et on me répondait: oh, mais si on les remplace par des machines, ils vont faire quoi comme travail, ces pauvres gens?
C’est comme ça qu’on justifie l’exploitation de son prochain…

Je doute qu’une action concertée, toute pleine de bonnes intentions soit-elle, est capable d’avoir un poids plus fort que les avantages qu’amène une innovation technologique.
Et je pense aussi que l’innovation gagne toujours et a toujours gagné, tout au cours de l’histoire. Plutôt que lutter contre le courant et l’avancée inéluctable du “progrès” (je déteste ce terme car il y a un jugement de valeur), je préfère me pencher sur comment on va “faire avec” ce nouveau monde que nous créons au fil du temps.

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The Future of Fake News [en]

[fr] Ce n'est pas souvent que la technologie me fait peur. Ça doit être que j'ai plus de 35 ans, maintenant. On peut maintenant, à partir de 20 à 40 minutes d'échantllons vocaux, faire dire ce qu'on veut à quelqu'un en tapant le texte en question. On peut également "animer" un visage dans une vidéo avec ses propres expressions. Ce n'est pas encore parfait, certes, mais on y sera très vite. Les "fake news" ont encore de beaux jours devant eux...

I’ve listened to the first half of Radiolab’s “Breaking News” episode and I’m terrified. Or maybe I’m just over 35. In a nutshell, the time where you can easily produce convincingly real “fake audio” and “fake video” (and mash the two together) is just around the corner.

This is the future of fake news. If people can be fooled by fact-less text, fake quotes stuck next to photos, photoshopped pictures and memes, even though we know all these things exist… What is going to happen when pretty much anybody can make anybody else (including 45 or other political figures) say anything?

At one point in the distant future we might get over it. We may learn not to trust anything recorded anymore, because it might be fake. We might fall back on face-to-face presence, being there in meatspace, seeing and hearing unmediated.

I have no concern that forensic scientists will be able to tell doctored media from undoctored media. But that will not help the court of public opinion much.

I’m worried that we, as a society, a culture, will not be able to learn fast enough to stay ahead of how technology is changing our access to information, and that this will be the end of the world as we know it.

Hopefully, it’s just that I’m over 35.

 

 

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Je refuse [fr]

Je refuse:

  • de me laisser terroriser
  • de propager la peur et l’impuissance autour de moi
  • de faire le jeu du petit nombre qui sèment la mort pour faire parler d’eux
  • de gaspiller ainsi mon énergie et celle de mon entourage.

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Choice [en]

Earlier today, I was listening to Malcolm Gladwell on the TED Radio Hour podcast. He was talking about choice architecture. In short, how the way we frame the available choices influences decisions (think: opt-in or opt-out, for organ donors for example). James Clear has made me think about this a lot, under the title of “environment design”.

A podcast or two later I’m listening to Fresh Air, about Bannon and Sessions vision for remaking America. Terry Gross and her guest are talking about Breitbart and the kind of coverage it puts forward, namely crimes committed by immigrants.

Do you see the link?

The media landscape we float in, the ideas we’re exposed to, the articles we read — they are the environment in which we make our decisions about what to believe. They are the choice architecture of our beliefs. They follow the path of least resistance. That is why things repeated often enough become truth. Choice architecture.

Note: don’t see a title? Normal, this is my first aside.

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Too Much News? [en]

[fr] Il y a bien des années j'ai cessé de regarder les nouvelles à la télé, de lire les journaux, etc. Je m'en suis trouvée bien moins angoissée. Insidieusement, je me suis remise à suivre l'actualité du monde, via Facebook surtout. Suis-je retombée dans le piège de l'angoisse de l'actu? Est-ce que ce qui se passe maintenant est beaucoup plus grave que ce qui se passait il y a dix ans? J'ai toujours été très optimiste quant à l'avenir de l'humanité, mais ces derniers mois ont changé ça. Des fois je me demande si je devrais me lancer en politique ou alors tout débrancher et acheter des chèvres.

On the edge
Many years ago I stopped watching TV news or reading the papers, because seeing all these terrible things happening in the world and that I was powerless about only managed to make me anxious. I became much less anxious after that.
 
Now, slowly, stealthily, “the news” has crept back into my life, through social media. And at some point, I started “following” again. Is what’s happening in the world now worse and more important than what was going on 10 years ago? Or have I just fallen into the same trap?
 
I used to feel pretty optimistic about where the world was going, although in my day-to-day life I am much more of a pessimist. I believe in resilience of social structures and societies and humanity. But these last few months have changed that. I now find myself very worried about where the world is headed.
 
Do I worry more because I consume more news? Or do I worry more because it is more worrisome? Or both?
 
There are days where I feel that maybe the solution is go either “all in” or “all out”. Dive into politics, join a party, get involved beyond “Facebook activism”. Or cut news out of my life again.
Originally published as a Facebook post.

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Paris: Trois Saines Sources Post-Attentats [fr]

[en] Three sources of sanity, in French, after the Paris attacks.

Je marchais tranquillement pieds nus à travers Kolkata pour aller à mon premier cours de Hindi. Pieds nus, parce que ma sandale m’avait lâchée à peine sortie de la maison, et que je n’avais pas le temps de faire demi-tour. A l’ère de Facebook, j’ai pris une photo de la sandale, je l’ai partagée et… j’ai vu qu’on s’affolait au sujet de Paris.

Broken Chappal

Les attentats m’ont aspirée à nouveau dans Facebook pour quelques jours, alors que j’avais bien décroché… avant que je ne décroche à nouveau. Pas de grands discours sur les attentats à vous faire, parce que c’est déprimant et décourageant, et parce que s’abreuver aux choses sinistres de ce monde sur lesquelles on n’a pas pris ne fait pas du bien à l’âme.

Mais de ces trois ou quatre jours plongée dans mon fil d’actualités, je vous ressors deux vidéos et un texte, à voir/lire absolument. Oui il y en a d’autres. J’ai choisi ce trois. Même si je sais que le délire sécuritaire gagnera (il gagne déjà) et que les choses vont empirer, avant un jour, je l’espère, s’arranger à nouveau.

Et puis, last but not least, un texte dont je vous donne ici un extrait, mais allez le lire en entier: “Monsieur le Président, vous êtes tombé dans le piège!

Bref, sans l’invasion idiote de Bush en Irak, il n’aurait jamais été question de Daech. C’est par millions que nous avons manifesté contre cette guerre en 2003, moi aussi, et la désapprobation était universelle. Et nous avions raison. Cela, non pas parce que nous étions capables de prédire l’avenir, nous n’étions pas clairvoyants à ce point. Mais nous en sommes pleinement conscients aujourd’hui : ce qui s’est passé dans la nuit de vendredi à Paris est une conséquence indirecte de la rhétorique de guerre que votre collègue Bush a employée en septembre 2001.

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Swiss Monsoon: Ashley Madison Leaks, Minimum Wage, And Healthcare [en]

[fr] Les fuites de comptes Ashley Madison et pourquoi je ne participe pas aux réjouissances concernant la mise à nu des infidèles. Mes petites théories perso sur le salaire minimum (fausse bonne idée) et le système de santé suisse (bon équilibre des pouvoirs).

After a tropical summer, the monsoon. It’s pouring all its worth outside. No, it’s not very pretty.

Swiss Monsoon

Ashley Madison leaks. Another opportunity to drag “nobodies” into the spotlight and shame them. Oh, the horror of the affair! I don’t have proper stats handy, but cheating is something roughly half of people do at some point, if my memory serves me right. If it’s not more. It’s a small crime. Yes, it’s ugly, it’s a betrayal, a breach of trust, and can even endanger your partner if you’re having unprotected sex. Lying is ugly (don’t I know it). But in the grand scheme of things, it’s a commonplace transgression. That usually has a story. Anyway, my purpose is not to discuss adultery in length or excuse it (go read Dan Savage again), but to invite those who may be perched there to descend from their moral high horses.

Does being on the Ashley Madison leaks list mean you should be outed to all those who know you as a cheater, maybe ruin your marriage beyond repair, and even damage your career? (And just sayin’ — not all those with Ashley Madison accounts are cheating scumbags.)

So, I will not gloat about these possibly lying and cheating people who are now outed to the world. Not because I think they have done no wrong, but because I do not think that the public square should be the one to judge their crimes. (Read my patchwork post from the chalet for some background.)

And then there is this:

Josh Duggar? I will allow myself some schadenfreude, given the guy has made a career shaming others for their sexual orientations, preferences, or even gender. He’s not a nobody. He’s a celebrity with a big PR machine. Different can of fish.

I didn’t just want to talk about Ashley Madison — I actually took notes of the various things I would blog about in my “next post, this week, oh next week, ouch another week has gone by”.

There’s a very interesting Planet Money episode on the birth of the minimum wage. It’s funny that for the US it is so obvious that there must be a minimum wage. Yeah, guys — it didn’t always exist. Here in Switzerland, there is no minimum wage. On the one hand I think it’s important to ensure people are paid fairly. But on the other hand it seems to me that setting a minimum wage makes us run two systemic dangers:

  1. The first is “tampering with the system” of offer and demand. This is not a very palatable point of view, and it’s certainly shaped by the fact Switzerland has a very low employment rate. I like to believe that if something is really underpaid, people will not take the job. But I know this is wishful thinking, to some extent. When you are desperate, you will even take a bad deal. But does artificially raising the bar for the price of labour solve the underlying issue, which might simply be that there is just not enough work for everybody anymore, which may call for much more radical solutions than a minimum wage?
  2. The second, way less far-fetched, is priming. When there is a minimum wage, this in a way sends a signal that if you’re paying that amount, you’re “OK”. What are you complaining about, you’re getting the minimum wage! I worry that if we do set a minimum wage, salaries which used to be just above might end up being “attracted” to that theoretical minimum. If everybody is paying minimum wage, you don’t have much choice but minimum wage. With no “reference point”, employers will probably be more free to compete to attract employees by varying how much they pay. I realise this is coming back to my first argument, and assuming a system in which there is “enough work”, so I’m not sure how things hold up when employees are competing for just any kind of employment.

Does anybody know of research around these questions? I’d definitely be interested in reading more on the topic.

This slightly “political” topic brings me to one of my little theories about the world. It has to do with healthcare. Healthcare has always been of a particular interest to me, probably because I use medical services quite a bit, and maybe also because I had heart surgery when I was a little girl and quite liked my hospital experience then.

I have people close to me in various countries, not the least my grandparents in the UK, and close friends in the US (and we hear enough horror stories about US healthcare, don’t we). I’ve lived in India (OK, extremes). I am in love with the Swiss healthcare system. And I have my little theory about why it is so good.

First, here’s how it works:

  • basic insurance (which actually covers a lot, determined by law) is compulsory; if you’re really too broke to pay for it (300-400 CHF/month roughly) your town will normally pitch in
  • when you go to the doctor, you pay the bill directly, then send it to your insurance which reimburses 90% of it; every year, you pay the first 300-2000CHF of your bills before getting reimbursed (you choose the “franchise” and your monthly insurance bill is reduced if you take a higher one)
  • for fancy stuff like alternate healthcare, private rooms in private clinics, etc, there are optional “complementary insurances”; they can refuse to take you on, but once you’re on, you’re on

So, it’s quite expensive, but the quality of care is really good. The reason I think it works well is that there is a balance between those parties who have a vested interest in costs being high (doctors etc.) and those who have a vested interest in keeping it low (insurance companies).

This means:

  • nobody can get dropped by their insurance because they get sick, or some “preexisting condition” BS
  • your insurance is not tied to your employer
  • “everybody” has insurance (quotes, because it’s probably not the case for a tiny marginalised fraction of the population)
  • you are free to see the doctor your want
  • no huge waiting lists for specialists, or hospitals, or doctors, or whatever
  • no quotas (your “GP” has more than 8 minutes to see you, and will just charge more if you end up needing a 45 minute consultation)
  • you get the bills, so you have an awareness how much your healthcare is costing
  • the quality of healthcare is high pretty much everywhere.

It’s not perfect. Ask Swiss people, they will complain about the healthcare system all day if you let them.

For me, the US is an example of a system where the people who have a vested interest in raising the costs have too much power. That’s how you end up with ghastly expensive bills for things like a drip, and insurances which have no incentive to defend your interests, as they can seemingly easily get rid of you if you become too expensive.

We see this in two areas here in Switzerland:

  • dental care
  • pet insurances.

Dental care insurances are not compulsory and not regulated. We are used to paying our dentists out-of-pocket. Having anybody in this country look at your teeth costs an arm and a leg, and insurances are commonly perceived as “not interesting” to have. Easier to drive to France (that’s what I do).

As for pets, we have seen insurances show up these last years. I got one for Tounsi as he was young enough, and it did serve me well as I ended up with thousands of francs of vet bills a couple of summers back. But the insurance has a clause for “chronic conditions” where they only pay for care during the three first months, and then they don’t cover it anymore. Sounds a lot like something one might find in human insurances on the other side of the pond?

As for the UK, it suffers from the opposite problem. As everything is state-run, and paid for by taxes, the parties looking to minimise the cost of healthcare end up having too much power. You end up with ridiculous quotas, sub-standard care, huge waiting lists. Sure, it costs less, but the quality of healthcare takes a dive.

What do you think of my “perfection in the balance of power” theory? Specially interested in your views if you’re an expat and have first-hand experience of different healthcare systems.

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C'est le moment de voter! [fr]

[en] Two UDC "initiatives" on the voters' menu: one to remove abortion from basic health insurance, and another one to "stop massive immigration". Vote no to both, of course.

Je suis toujours à la montagne, et j’ai profité d’un petit crochet en plaine hier soir pour ramener mon matériel de vote. Le 9 février approche!

Enveloppe de vote.

Deux initiatives UDC au menu:

Consignes de vote pour scrutin du 9 février 2014.

Les consignes de vote sont assez claires, et l’unanimité des différents partis (non-UDC, s’entend) pourrait nous encourager à céder à la tentation de négliger notre devoir civique. Personnellement, j’avoue que la dernière initiative UDC “contre les familles” (et son succès avant votation) m’a pas mal secouée de ma torpeur.

Comité d'initiative contre le financement de l'avortement par l'assurance maladie de baseSortir l’avortement de l’assurance de base. J’avoue que la page “arguments du comité d’initiative” me donne juste envie de vomir. Je résume les raisons pour lesquelles on va massivement voter contre cette initiative rétrograde:

  • obliger les femmes ayant fait le choix d’une IVG à la payer elles-mêmes ne diminue pas le nombre d’IVG, mais simplement le nombre d’IVG en milieu hospitalier (bref, le retour aux dangereuses méthodes de grand-mère)
  • les grossesses non désirées sont l’affaire des femmes et des hommes (mais oui, faut être deux, vous savez?), donc la solution de “l’assurance privée” pour les femmes désirant être couvertes pour une éventuelle IVG (parce qu’on planifie ça… ouais, d’ici 2-3 ans je me ferais bien avorter), c’est juste… j’ai pas les mots.

On a besoin que l’avortement soit couvert par l’assurance de base pour s’assurer que toute femme qui a besoin d’avoir recours à cette intervention puisse le faire dans de bonnes conditions. On voit bien aux arguments des partisans de l’initiative qu’on est en fait dans une lancée anti-avortement. Si cette initiative passe, soyez assurés qu’il y en aura d’autres derrière. Ne vous laissez pas avoir par son caractère faussement bénin: “on veut ‘juste’ pas que ce soit couvert par l’assurance de base”.

Immigration de masse

Quant à la soi-disant immigration de masse… un petit coup d’oeil aux arguments du comité d’initiative suffit pour voir qu’on fait porter le chapeau aux “étrangers” pour tous les maux: le transports publics bondés, le chômage, les loyers, bref, si le monde va mal, c’est à cause des étrangers. Je ne vous ferai pas l’insulte d’argumenter contre cet étalage de xénophobie primaire. Affaire classée.

Update: et bien sûr il faut voter OUI au FAIF!

Update 2: à lire aussi, l’article de ClaireNon à une initiative rétrograde

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Initiative de l'UDC contre les familles [fr]

[en] Swiss politics. I'm against the UDC so-called "for families" initiative, and you should be too. OMG I can't believe I'm writing a political post.

Sans rentrer dans les détails, j’ai réalisé qu’il n’allait pas de soi pour tout le monde qu’il fallait voter contre la soi-disant “initiative pour les familles” de l’UDC. Alors hop, moi qui me tiens généralement bien à l’écart de tout ce qui sent la politique, je vais sauter les deux pieds dedans.

Un peu de contexte: je ne suis affiliée à aucun parti, vu que ça me fait vite mal à la tête, toute cette politique, mais je suis clairement de sensibilité gauche-verte, avec toutefois quelques idées un peu plus de droite parsemées ici et là, probablement parce que je traine trop dans le milieu du business et de l’entrepreneuriat.

Un peu de contexte concernant l’initiative. C’est une initiative de l’UDC, et les autres partis se sont alliés pour lutter contre. Ça, si on ne partage pas de façon général les vues de l’UDC, ça devrait déjà être un gros drapeau rouge. Certes, l’initiative semble séduisante (qui ne voudrait pas soutenir les familles?), mais n’oublions pas que l’UDC sont les as du marketing politique et de la communication, qu’ils ont de gros moyens et qu’ils sont extrêmement efficaces.

Oui, ce serait super si on pouvait valoriser d’une façon ou d’une autre le travail des parents qui renoncent à travailler (tout ou partiellement) pour s’occuper de leurs enfants. Ou bien le travail des enfants qui ont à charge leurs parents âgés, au détriment de leur carrière. Mais l’initiative de l’UDC ne fait pas ça.

Déconstruisons un peu.

Si je travaille et que je fais garder mon enfant, j’ai des frais de garde, et je peux déduire une partie de ceux-ci lors du calcul de mes impôts. La logique de la chose telle que je la comprends, c’est que ces frais sont en quelque sorte des frais d’acquisition du revenu: pour pouvoir travailler, gagner plus, et donc payer plus d’impôts, je dois dépenser de l’argent. Donc le calcul de l’imposition en tient compte, de la même manière qu’on peut déduire des frais d’entretien d’immeuble si on est proprio. (Vous me corrigez si je dis des bêtises, mais je crois que le parallèle est bon.)

Si je ne travaille pas et que je n’ai pas de frais de garde, je n’ai pas non plus de salaire (le ménage a moins de revenus et je paie moins d’impôts).

N’oublions pas que les revenus modestes paient déjà peu d’impôts. Un ménage qui tourne avec un seul salaire médian, ça lui fera probablement une belle jambe qu’on puisse déduire encore quelque chose.

Ensuite, il y a toute la problématique “féministe”. Là aussi, je reste généralement loin du débat, mais c’est clair pour moi qu’une initiative comme celle-ci favorise un modèle familial où la femme reste à la maison pour s’occuper des enfants. Et ça, c’est inacceptable en 2013. Je ne dis pas que je désapprouve des femmes qui font le choix de s’arrêter de travailler pour s’occuper de leurs enfants. Mais la société devrait faire en sorte que le choix entre carrière et famille soit un vrai choix. Alors qu’on sait que les femmes sont toujours moins payées que les hommes, que dans le monde du business les qualités qu’on apprécie chez les hommes sont perçues comme des tares chez les femmes, inscrire dans la constitution quelque chose qui valorise la femme au foyer au détriment de la femme professionnelle, c’est tellement rétrograde que ça me met en rage.

Je reprends: il n’y a rien de mal à élever ses enfants. Mais il n’y a rien de mal non plus à vouloir une carrière, et ça fait des générations que les femmes se battent pour que nous ayons un vrai choix là-dessus. Ce n’est pas le moment de revenir en arrière.

Ensuite, imaginons que l’initiative passe. Certaines familles (aisées, à deux parents dont un seul travaille) paieront moins d’impôts. Pour le canton de Neuchâtel, par exemple, un trou de 40 à 80 millions. Un trou qu’il faudra bien combler d’une façon ou d’une autre. Plus d’économies (et on sait qu’on économise sur le social et l’éducation), et probablement simplement une réduction des déductions de frais de garde, pour tout le monde. La super initiative pour soutenir les familles aurait donc pour effet de péjorer la situation des familles qui dépendent de structures d’accueil pour pouvoir assurer un revenu suffisant pour le ménage.

Si l’initiative était appelée “pour la suppression des déductions pour frais de garde”, je pense pas qu’elle aurait autant de succès, mais en pratique, c’est à ça qu’elle aboutit: si j’ai des frais pour faire garder mes enfants afin de maintenir mon activité professionnelle, je ne pourrai pas déduire plus que si je n’ai pas de frais. Vous voyez le problème?

Oui, c’est complexe, et compliqué. Je vous ai dit que ça me faisait mal à la tête, la politique. Et c’est là qu’ils sont forts, l’UDC: ils simplifient. Rendent simpliste, même.

L’enjeu de cette initiative, ce n’est pas de soutenir ou non les familles et de valoriser les parents (=les mères) qui font le choix de ne pas travailler.

L’enjeu de cette initiative, c’est:

  • promouvoir un modèle familial où la femme ne travaille pas
  • réduire les déductions pour frais de garde pour les ménages où les deux parents travaillent
  • réduire les déductions pour frais de garde pour les familles monoparentales
  • donner des déductions fiscales à ceux qui ont un revenu confortable, sans améliorer la situation de ceux qui peinent à joindre les deux bouts.

De plus, comme cette initiative parvient à séduire même des personnes habituellement de gauche, j’y vois un véritable risque d’UDCisation de la Suisse (on est déjà bien en chemin). Est-ce la Suisse de l’UDC que vous désirez soutenir? Parce que si cette initiative passe, si vous votez pour alors que vous ne soutenez pas les idées de l’UDC en général, vous êtes en train de faire un pas dans leur direction. Ça, c’est l’argument méta-idéologique.

Mais revenons à l’initiative: prenez le temps de réfléchir aux réelles conséquences et implications de cette initiative dont les avantages sont présentés de façon simpliste par ses partisans. Ne soyez pas dupe. Soutenir les petites gens n’a jamais été dans le programme de l’UDC.

Si on cherche une solution pour soutenir les familles, le RBI (revenu de base inconditionnel) qui se retrouvera prochainement sur nos bulletins de vote est une solution beaucoup plus intéressante — et réaliste, contrairement à ce qu’on pourrait croire de premier abord. Ça sera d’ailleurs le sujet d’un de mes prochains articles.

En attendant, n’oubliez pas de voter. Même moi je vais y penser, pour le coup.

Edit: lisez cet excellent résumé de la situation par Samuel Bendahan.

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USA Border Crossing Horror Stories [en]

[fr] Histoires d'horrreur en entrant aux USA. J'ai de moins en moins envie d'y remettre les pieds, j'avoue.

I’ve been listening to On The Media again, one of my favorite podcasts. You know, each time one of these US border crossing horror stories finds its way to me, what little desire I have to enter the US just melts away a bit more.

Here are a few I came across lately, and an old one that happened to a friend of mine.

Now off to less depressing things for what’s left of my week-end — like eating my delicious plum tart.

20.10.2013 update: adding more below as I stumble on them.

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