Plume et canicule [en]

Transcription IA non-vérifiée (30.07.2026):

Lausanne, jeudi 30 juillet 2026, 19h

J’ai du temps. J’ai mangé. C’est la canicule – de nouveau. Ce matin j’ai mis le réveil à 5h pour tout ouvrir, parce que je ne voulais pas attendre 1h du matin que la température de dehors descende enfin sous celle de dedans. Juju fait sa toilette à côté de moi, dans mon salon, que j’ai enfin réussi à rendre présentable après sa destruction lorsqu’on y a entassé le contenu de ma chambre à coucher – surtout les habits.

Je reprends la main sur ma vie depuis 10-15 jours environ. Le “groupe énergie” en ergothérapie m’a été très profitable. Quelques outils, mais surtout, une série de semaines sur ce thème, donc aussi des lectures, des réflexions en toile de fond, des choses à l’horizon de ma compréhension auparavant qui mûrissent en prises de conscience nettes.

J’ai fait une sieste, avant. Pas nouveau, mais là je comprends mieux pourquoi j’ai un coup de barre. Entre le planning dans mon calendrier avec des codes couleur qui font sens pour moi, et l’app “multi-counter” sur mon téléphone qui me permet de rendre visibles et de comptabiliser tout un tas de choses (mes rendez-vous médicaux ; mes pauses ; ce qui me coûte en termes de fatigue cognitive ; les émotions “ré-énergisantes” ; et pas des moindres, toute une série de routines et habitudes), j’ai enfin l’impression d’aller quelque part et de ne plus être dans les limbes.

Il faut que je remonte la table du salon qui est encore en bas. Ce grand cahier en équilibre sur mon ordi-sous-main, posé sur ma micro-table en canne, c’est pas idéal. J’ai compris, vraiment, que j’avais à reconstruire un nouvel équilibre. Peut-être qu’un jour il ressemblera à l’ancien. Peut-être pas. Mais dans tous les cas, tenter un raccourci vers l’ancien, ça ne le fera pas. Je me sens enfin équipée pour. J’ai trouvé un moyen de reprendre le contrôle de mon heure de coucher. Du coup, j’arrive à me lever plus tôt, ce qui est appréciable quand il fait chaud. Et ce qui permet aussi de se mettre au travail plus tôt, également appréciable quand on espère augmenter son pourcentage et déjà rajouter une heure de travail à ses journées.

Ça va bien mais je me méfie. Les dernières fois que ça “allait bien”, la semaine suivante c’était le fond du bac. Alors c’est différent, là, mais avant aussi, c’était à chaque fois différent. J’ai plus d’outils, mais est-ce que ça suffit ? Tout à l’heure, quand j’ai fini de bosser vers 16h, j’avais un gros coup de barre. Direction sieste, et petit à petit, j’ai commencé à avoir mal à la tête. Alerte rouge, donc. Est-il déjà trop tard ? Réponse dans une semaine. En tous cas, c’est clair, demain : minimum nécessaire. Pas d’extras. Le temps qui me restera entre le travail et les courses, je ne l’utilise que pour du repos ou des activités ressourçantes. Dodo tôt, attention particulière sur les routines.

Il fait trop chaud pour se promener, là, sauf tôt le matin. Je réfléchis à comment gérer les vagues de chaleur – un investissement pas juste pour la fin de cet été, mais pour tous ceux à venir. J’ai une clim mobile pour la chambre, cet hiver j’en achèterai une pour l’eclau, mais ça ne suffit pas. Il faut aussi organiser sa vie et ses activités autrement, avec la chaleur. Je n’essaie pas de faire autant de choses en Inde qu’en Suisse, et ce n’est pas juste parce que j’y vais en “vacances” et que la culture est différente. On ne mange pas aux mêmes heures en Espagne. On fait la sieste à plein d’endroits. Je me rappelle ma stupéfaction quand j’avais réalisé que tout fermait l’après-midi en Inde, et qu’on sortait faire du shopping la nuit tombée.

Le matin, je peux profiter quelques heures de mon balcon. Je travaille mieux, aussi, quand je ne suis pas en train de cuire. Je n’ai jamais été une lève-tôt (j’ai l’âme d’une grande procrastinatrice du coucher) mais je dois dire que là, j’adore me lever à 7 heures. Démarrer la journée avec quelques heures de soulagement, qu’est-ce que ça fait du bien ! Le soir il fait encore trop chaud, alors profitons du matin.

Le parapluie anti-UV, c’est une invention merveilleuse. 20.- chez Décathlon, s’ils ont encore du stock. Il faut que je m’en procure aussi un plus petit, pliable, qui rentre dans le sac. Les habits, aussi. J’ai plein d’habits que je ne porte plus depuis des années car une fois que le printemps a montré le bout de son nez, il fait déjà trop chaud. Mon duvet ne sert presque plus en été – j’ai un drap de lit indien parfait pour dormir quand il fait trop chaud, mais il montre des signes de fatigue, il va falloir que je lui cherche un binôme.

Je pense à Oscar, régulièrement, alors que Juju et moi établissons des petites routines de visite d’appartement. Je me sens assez en paix, même s’il me manque bien sûr, comme tant d’autres disparus me manquent, humains ou animaux.

J’ai un nouvel appareil photo. Deux, même. Cadeau, pour cause de non-emploi. De très jolis jouets. Je les apprivoise. Je me penche à nouveau un peu sur les entrailles de Lightroom. J’ai acheté une petite collection de succulentes, mon élevage de sempervivums m’y ayant donné goût. Je réfléchis à des arrangements. J’apprends qu’il ne faut pas les arroser quand il fait chaud. J’ai un faible pour les délospermes. Oui, j’ai trop de plantes, mais c’est comme ça. Je préfère diminuer mes rendez-vous médicaux et administratifs pour alléger ma vie, et apprendre à ne pas “intervenir” dans le monde à chaque fois que je repère un trou dans un système. Apprendre à me taire, tout un poème. Repérer quand je suis sur le point de mettre le doigt dans un engrenage, d’accomplir une petite action derrière laquelle se cache une cascade de dominos prêts à dilapider mes précieuses ressources. Identifier quand saucissonner les tâches, ou quand, au contraire, les enchaîner. Guetter mon “perfectionnisme du processus”. Faire plus de pauses. Garder mes plantes.

Pas toujours dans les vieilles casseroles [en]

Transcription IA non-vérifiée (22.07.2026):

Lausanne, 18 juillet 2026, 20h40

C’est clairement moins pratique de tenir en équilibre sur ses genoux un plateau et un cahier qu’un ordinateur portable. Mais bon : le soir après le souper, cuisine rangée, sur le canapé du balcon avec Juju qui dort à côté, ça commence à prendre la forme d’une petite habitude sympathique, en tous cas maintenant que la chaleur est redevenue supportable.

Un point central de l’approche systémique stratégique de l’École de Palo Alto à laquelle je me forme depuis plusieurs années maintenant à l’IGB, c’est la notion que ce qui entretient un problème qui résiste à nos tentatives de le résoudre, c’est justement ce que l’on fait, généralement sans nous en rendre compte, pour essayer de trouver la solution qui le fera s’en aller : ce qu’on appelle, dans notre vocabulaire, nos “tentatives de solution.” Le problème, en fait, c’est la solution. On va donc s’évertuer (l’idée est simple mais c’est très loin d’être facile) à mettre un terme à ces bonnes intentions (mais oui ! on cherche une solution ! on essaie !) qui pavent l’enfer du problème dans lequel on s’enfonce.

Lors de mes deux jours de formation à Paris sur le thème de l’épuisement (généralement) professionnel — une famille de problèmes couramment appelés “burnout” — j’ai compris avec une très grande clarté que nos tentatives de solution sont là parce que jusqu’ici, ou dans d’autres circonstances, elles sont ce qui fonctionne pour nous. Les problèmes, c’est donc les situations où notre façon habituelle de faire face aux difficultés et aléas de la vie ne fonctionne pas. On pourrait dire qu’on a les problèmes qu’on mérite.

Peut-être que les problématiques d’épuisement l’illustrent particulièrement bien, ou alors c’est simplement parce qu’elles me touchent de près, mais là, j’ai l’impression que ce que j’avais compris et que je savais a maintenant été intégré. Le premier exemple est celui qui m’a le plus frappée — et l’effet miroir est évident. L’entrepreneur qui au bout de 10 ou 15 ans finit par se retrouver débordé par tous ses projets, qu’il lance les uns après les autres et mène avec succès. Faire toujours plus, développer de nouvelles idées, lancer des nouveaux projets et des collaborations : ça a très très bien marché pour lui pendant des années. Jusqu’à ce que ça ne marche plus. Effet de seuil, plus d’une bonne chose n’est pas toujours mieux, etc.

Depuis Paris, cette idée ne me quitte plus. Moi aussi, ça m’a longtemps réussi, d’avoir plein d’idées, de faire la locomotive, d’innover, de lancer des projets, d’apprendre de nouvelles choses, de connaître plein de monde, de faire ce que les autres ne font pas. Mais pas pour récupérer d’une commotion qui traînasse, bien sûr. C’est pas un scoop, et j’œuvre depuis longtemps à réduire la voilure.

Mais ça va plus loin. Qu’est-ce qu’il y a d’autre dans mon fonctionnement qui est une force, qu’est-ce que je fais qui me sert bien ou m’a bien servi, mais qui peut-être maintenant contribue à paver mon petit enfer ?

Un exemple sur lequel j’ai mis le doigt : je suis celle qui intervient. Quand je vois quelque chose qui ne va pas, je ne passe pas mon chemin. Je vais chercher la vendeuse pour l’informer que quelque chose a été renversé par terre. Je vais attraper le chat errant pour le castrer. Je vais appeler le service client s’il y a un problème avec leur produit. Je vais ouvrir l’espace coworking vu que personne d’autre ne s’y colle. Je pourrais continuer, la liste est longue.

Ce qu’il y a là-derrière est multicouches. Un bout de “si personne ne bouge, ça va rester comme ça, donc je vais me mouiller pour le bien commun.” Un bout de “j’aime pas quand c’est cassé ou que ça fonctionne pas comme ça devrait.” Un bout de “moi je suis cap’, pas forcément tout le monde, donc OK, je prends.” Un bout de “la vie en société c’est s’entraider et se rendre service.”

Mon challenge : intervenir moins, laisser passer plus. Même si ce n’est pas confortable.

Who Vibecoded This Upgrade? [en]

Unverified AI transcript (22.07.2026):

Lausanne, 16th July 2026, 21:10

I’m on the balcony, Juju by my side. He’s not afraid of the storm, after all his years outside. He’s more afraid of people, moving objects, loose cloth and phone lights in the dark. It’s nice that the temperature is bearable again. It rained yesterday evening.

I’m trying to figure out how to get my life back. It feels like my “life energy” is the product of a lot of moving parts, a complex dynamic system that feeds it, in a state of delicate equilibrium that got toppled when I had my accident, and that I’m struggling to put back in movement although almost all the individual pieces are now repaired. But it’s one of these 3D mobile puzzles which only manage to stay together when every single piece is in place and moving right.

If anything is missing, the whole thing collapses. Not because anything is fundamentally broken, but because there is no easy path to putting everything back together at the same time.

It’s a scaffolding held together by routines, habits, ongoing motivation, exercise, fun and challenges, the right amount of social contact and rest, a sprinkle of urgency and pressure.

The trap is to try to rebuild what was. That ship has sailed. As with any crisis, loss or transition, what comes after can be good, as good or even better, but it will not be copy-paste from before. “Time waits for no-one”, sang Cat Stevens, I think.

Today’s struggles and challenges look a lot like my old ones. Some I recognize from the times preceding the accident. Others — and that is a little more demoralizing — carry me back to my pre-diagnosis years, a sense of being untethered that I thought I had left behind me for good.

I can’t just pick up the pieces and put them back the way they were. I need to rebuild. Re-solve issues I thought I had dealt with. That’s where patience comes in. If my ADHD diagnosis and treatment gave me the user manual and admin rights, the accident “upgraded” the system. There are regressions. The user interface has changed. And I’m the one who has to update the manual.

Right now I’m trying to work out the new usage limits and understand which runaway processes are hogging the resources. I’m spending a lot of time using workarounds, and monitoring, and doing trial-and-error.

A few things are becoming clear: lack of physical exercise is definitely an issue. It has to be reintroduced progressively. Lack of social life and fun activities, too. These will increase available resources in time, but right now they are limited and need to be carefully allocated. Certain activities that require excessive executive function are now placing a visible burden on the system, when before, the extra expenditure was just background noise… So I need to track them more carefully and spread them out over the day and the week. I need to make sure I can exit certain activities early, press pause regularly so the system doesn’t overheat.

I’ve looked at a bunch of habit or symptom-tracking apps. No surprise, none of them does precisely what I need. I took Claude’s suggestion and set up a very simple Google form that allows me to checkbox-capture the various dimensions and signals I think are useful. It all goes in a Google spreadsheet, timestamped, data to be tortured in any way I see fit.

As I have been writing night has fallen, it has almost become cold, and rain started threatening my words of ink. I have retreated inside, escorted by rolls of thunder and discreet flashes of lightning. Juju followed close behind and is now working on his kibble.

This week has been up and down. Lewis Capaldi in Montreux two days ago. Learning the death of a young colleague yesterday. A pit of discouragement this morning. Calm and hope tonight.

Making the Bees Walk in Line [en]

Unverified AI transcript (22.07.2026):

Lausanne, 11th July 2026

It’s too hot. Is this the second or the third heat wave? I’m losing count. I think it’s the third, because we’re already hearing about the fourth, right on the heels of the third. So it’s the third, but it’s also just a blur of trying to function day after day in a building that definitely wasn’t designed for this type of weather. Between seven and eight I can enjoy my balcony with Juju. Before it got too hot, I tidied the kitchen, but by the time I was done, somewhere between 8:30 and 9:00, it was already too hot to move. Check the various temperature sensors, close windows, head downstairs for a more static activity.

In addition to figuring out how to function with less energy — still a problem following my accident — I have to figure out dealing with heatwaves. We’ve had them all these last years of course, but this year is way worse. I am so thankful I don’t have an old, sick cat to care for right now, and that Juju is self-maintaining.

Writing on paper is a more linear experience than writing on-screen. Although I’ve always very much been a “first draft” kind of person (even at school, I never made that many changes in between the first “pencil draft” and the “copied copy” I handed in), when typing I am more concerned about the structure of what I’m writing. Not overly, but more. I generally don’t proofread my blog posts, but I do pause whilst writing to read back up and sometimes make some changes as I go along.

Here, I’m approaching writing much more as a “handwriting exercise” (let’s see what it does to my brain!) and so I don’t start writing with a clear intention. It’s stream-of-consciousness, to a large extent. I sometimes write blog posts like that, but less often. A blog post (nowadays) has a TITLE, it’s supposed to be about SOMETHING. Not this. This is about getting legible words on paper with a pen. So I might as well talk-write about something.

The linear experience of lining up words on a page is funneling my scattered hyperactive mind into one direction. Left to → right (write?), the next word can be written in only one place, and once it is written it cannot be taken back. Lines above this one are dead and gone, set in ink, nothing more can be done about them. The only thing that counts is the next word I will write, following the sentence that is taking shape in my head, with the brakes on, because writing by hand is a slow process. As soon as I try to speed up to catch up with my brain, words become scribbles and hand muscles start to cramp.

So it’s interesting. Slowing down is the point. One can train a lot of things, including things our brain does, and “training”, repeating an exercise again and again, is how you train.

I have a lot of trouble resting, stopping, taking a break — not to mention “doing nothing”. Post-accident, I am trying to learn. Actually, I was already trying before (half-heartedly), but now I HAVE to, or the consequences are severe. Lying down and closing my eyes for just five minutes is often impossible, because it’s just too uncomfortable. Try staying still and “doing nothing” when your head is a beehive of thoughts, ideas, emotions, intentions, and desires. Sadly, I often end up scrolling. It gives the illusion of “stopping”, but it doesn’t help the beehive.

So I have a collection of “rest activities”. Jigsaw puzzles. Listen to a podcast or watch a TV series. Read a book. Listen to a song. Physical activity of course, but that’s off the table, particularly with this heat. I’m going to add writing. Not for the content, but for giving my brain a linear experience without input. Because input feeds the bees.

Bees are good. They produce honey. (Can you see I’m tiring?) But when they’re just buzzing around, agitated or angry, no honey is being made. And that helps no one, especially not me.

I will be the queen bee.

Billet manuscrit, Paris toujours, un 4 juillet [en]

Je me demande si l’invasion de nos écrans par l’IA va redonner une place à l’écriture manuscrite.

Transcription IA non vérifiée (22.07.2026):

Paris, le 4.7.2026, 8h45

Ce cahier est immense. Je l’ai acheté pour écrire. J’ai un doute en écrivant la date, pourtant je ne devrais pas, c’est le 4, l’anniversaire de Delphine, mais je vérifie quand même. Ce n’est pas ça que j’avais prévu d’écrire. Mais je repense à elle, je repense à il y a un an. Je mange à midi avec une de ses amies, que je n’aurais sans doute jamais connue si Delphine était encore là aujourd’hui pour fêter ses 42 ans. J’ai cherché sur Facebook, “Delphine anniversaire”, parce que j’ai un doute alors que je sais — c’est bien le 4, son anniversaire, c’est juste ? Je sais mais je vérifie quand même. Pas parce que c’est Delphine, parce que ma mémoire et ma vie sont faites de ces milliers de petites vérifications, chaque jour, tout le temps, avant l’accident aussi. Elles sont efficaces, mes vérifications, même moi je ne les remarquais généralement pas. Elles évitent oublis et erreurs.

J’écris moins bien que l’autre soir. Parce que c’est le matin ? Les lignes du cahier ? La fatigue ? J’ai dormi huit heures et j’émerge avec peine. Les mots sur une page sont plus visiblement ancrés dans un instant précis du temps que ceux sur un écran, plus facilement retravaillés, malaxés et transformés. Le temps de la production n’est pas différent de celui de l’impression.

Je pense à Delphine, il y a un an et un jour, seule dans sa voiture. La tristesse m’envahit en tombant sur un des nombreux avis de recherche qu’on avait lancés sur Facebook. Je me souviens la peur au ventre, les appels à la police, les échanges avec ceux et celles qui l’aimaient, chaque nouvelle personne amenant malgré elle plus de fermeté à la certitude que personne n’avait de nouvelles, que personne ne savait rien, que le pire était à craindre. L’angoisse, l’urgence, l’impuissance, se soutenir comme on pouvait, les maux de tête qui ne me quittaient plus, l’attente, l’espoir sous perfusion mais le cœur qui a déjà sombré…

L’incompréhension — alors, depuis, maintenant. Chacun tente de construire du sens comme il peut, ou supporte son absence, plus ou moins bien.

L’intensité extraordinaire, au sens premier, entre le 5 et le 12 juillet, entre la prise de conscience de sa disparition et son enterrement, le cauchemar de réaliser qu’elle avait laissé des instructions de suppression de son compte Facebook après son décès lorsque j’ai demandé sa mémorialisation, peine redoublée que ma santé ne me permette pas de garder le lien avec ceux et celles qui partageaient cette peine du départ abrupt de Delphine. Encore maintenant, j’aurais voulu, mais je ne peux pas, et ça me pèse, de ne pas être en mesure d’honorer sa vie et sa mémoire comme je le voudrais.

Ce n’est pas nouveau, mais c’est criant depuis mon accident : ma vie n’a pas la place pour tout ce que je voudrais. Voilà donc de quoi je voulais parler à ce cahier tout à l’heure quand j’ai commencé à écrire, avant qu’une date m’envoie sur un chemin de traverse.

“Les arbres ne poussent pas jusqu’au ciel”, métaphore évoquée dans la discussion d’un cas servant de support à ma formation sur l’épuisement professionnel. Évidemment qu’au-delà de ce que cette formation m’a apportée en tant qu’intervenante systémicienne, j’en ai aussi tiré plein d’idées enrichissantes sur le plan personnel. Entre une hyperactivité marquée qui m’a déjà amenée plus d’une fois à l’épuisement ou à ses portes, et une fatigabilité accrue durant cette trop longue période post-accident, ce n’est pas surprenant.

Ce n’est pas parce que quelque chose marche bien et a du succès qu’en faire toujours plus sera toujours mieux. Il y a des effets de seuil. L’entrepreneur qui développe encore et encore son projet finira un jour par ne plus réussir à suivre, même si jusqu’ici ça a toujours bien marché pour lui, de développer toujours encore de nouvelles idées. Et moi alors ?

Moi aussi, j’ai des idées, je lance des choses, je fais. Je n’aime pas l’idée que les arbres ne poussent pas jusqu’au ciel. Je pense qu’en optimisant on peut toujours plus que ce qu’on croit. J’adore Tetris. Quand la voiture semble pleine et qu’il faut encore y glisser un sac, j’y parviens. Idem avec la cave, la valise, le frigo, et l’agenda. Mais l’agenda est trompeur, car il ne dessine que le temps, pas “l’énergie”. Je sais depuis longtemps la nécessité de freiner, sans en être persuadée dans ma chair. Je vois ma fatigue comme un échec d’optimisation, pas l’atteinte d’un seuil.

L’accident a changé ça, et continue de le changer. Je ne vais pas retracer toutes les étapes ici, mais l’accident a l’avantage de balayer l’excuse du défaut d’optimisation.

Le problème avec les idées et les envies, pour moi, c’est que ça coûte en énergie de ne rien en faire. Mais j’ai mis le doigt sur une chose qui les amène : l’input. Tout ce qui rentre chez moi a tendance à générer une réponse multibranches. L’IA m’a mise sur la piste. J’ai pas mal bidouillé avec l’IA ces derniers mois (et aussi avant). Et ce qui m’a frappée, c’était la tendance qu’avait mon assistant IA, quand il mettait à jour un fichier (l’état d’avancement d’un projet, une idée à développer, une liste de modifications faites…) à toujours ajouter un peu plus de texte que la fois d’avant. Il a clairement tendance à être verbeux — si c’est moi qui le dis ! J’ai mis énormément d’énergie à essayer de corriger ce travers. J’ai donné plus d’instructions. Mais rien ne parvenait à réduire l’usine à gaz. C’est une défaillance de fond : un biais vers un peu plus de production, dans le doute. Mieux vaut en faire un peu plus, produire plus de mots. Et ce qui amène à cette production de mots, c’est mon input, mes prompts, ce que je fais entrer dans le système. Si je ne donne rien à manger à mon assistant IA, les fichiers cessent de se multiplier et de s’allonger.

Hier, sur LinkedIn, je vois passer des conseils pour prompter Fable, le dernier et plus puissant modèle de Claude : il faut lui en donner moins. Moins de détails, moins d’instruction. Si on construit nos instructions comme pour les anciens modèles, il sous-performe.

L’IA m’intéresse en tant qu’outil, bien sûr, mais aussi en tant que support de réflexion (possiblement modèle et métaphore) pour appréhender ce qu’on appelle le langage, l’intelligence, le sens, et même la vie. La façon dont nous observons et réagissons, en tant qu’humains, à une production “mécanique”, est fascinante et riche de considérations philosophiques.

L’IA nous amène dans un monde où produire du contenu est devenu plus facile qu’avant — tellement facile que la production n’est plus le facteur limitant, et que notre monde, qui n’est pas prévu pour y faire face, s’y noie.

Moi, ça ne me coûte rien de produire des idées. Mon cerveau est comme l’IA qui crache des mots dès qu’on appuie sur un bouton. En plus de ça, malgré (grâce à ?) mon TDAH, j’ai assez de facilité à en faire quelque chose de tangible, de ces idées. Je suis orientée vers l’action, le faire. Je pense à un truc, je suis prête à démarrer avec.

Tout ça m’a été très bénéfique au cours de ma vie, et l’est encore, dans plein de circonstances. Je me dis qu’il faudrait peut-être une prise en charge logo pour mes symptômes linguistiques, quelques semaines plus tard j’ai trouvé quelqu’un. J’ai eu une carrière entrepreneuriale et je fonctionne encore comme ça. Ma capacité à avoir des idées, à vouloir des choses, et à les réaliser : tout ça m’a amené beaucoup de succès et est très valorisé. Mais c’est aussi ce qui me fait souffrir car il y a non seulement une limite au nombre d’heures dans une journée et au nombre d’années dans une vie, mais aussi à la capacité de notre corps et de notre cerveau à travailler et à fournir des efforts. La route vers l’épuisement et la surcharge est toute tracée. Et dans un contexte comme le mien maintenant, où “l’énergie” est objectivement limitée, où je veux réellement me ménager pour récupérer, c’est extrêmement frustrant, au point d’être douloureux, d’être assaillie en permanence d’idées et d’envies “réalisables” mais impossibles. Alors oui : prendre du recul, accepter la frustration, tout ça c’est très bien. Mais ne pourrait-on pas freiner cette production spontanée et effrénée d’envies et d’idées ? Oui : en étant plus sélectif avec ce qui rentre, et fait leur terreau et leur engrais.

Des mots sur un carnet à Paris [en]

C’est moche pour l’accessibilité, je sais.

Transcription IA non vérifiée (22.07.2026):

1er juillet 2026, 21h15

Ça fait longtemps que je n’écris plus à la main. Encore plus longtemps que je n’écris plus à la main avec soin. Depuis mes TMS en 2002 ou 2003, ce n’est pas confortable. Ça crampe, ça tétanise. Je regarde un peu de haut ces exercices qui disent de faire à la main. Je tape à l’aveugle plus vite que mon ombre. Bref : se passe-t-il vraiment autre chose dans mon cerveau quand j’écris à la main ? Avec mes “petits problèmes linguistiques” depuis mon accident, je me pose la question, à nouveau, de l’utilité de ce genre d’exercice. Pourquoi pas. Écrire à la main, c’est me reconnecter à un rapport plus primitif de mon rapport à l’expression écrite : le seul que j’avais jusqu’au milieu de mon adolescence, quand j’ai appris à taper ; et le principal, jusqu’à la fin de mes études, justement autour de 2002-2003. C’est moins rapide et moins confortable, mais en ces temps post-commotion, je me réconcilie — tant bien que mal — avec le temps lent.

Je suis à Paris. Une semaine pour deux journées de formation à l’IGB. La dernière était aujourd’hui. Mon cerveau est cuit [?], et c’était fascinant et ultra riche, comme toujours à l’IGB. C’est le genre de formation où je prends des notes à la main, relativement illisibles, parce que les schémas de boucles interactionnelles entre les différents protagonistes des situations abordées, c’est quand même assez galère à faire à l’ordi. Avec ma logo la semaine dernière, j’ai évoqué ce que je ressens un peu comme une récalcitrance à l’effort cognitif, parfois. Il y a des articles un peu pointus que je veux lire, mais je rechigne à la perspective de cet effort. Un peu peur d’en faire trop, aussi, bien sûr. On s’est dit que ce serait peut-être un exercice utile de m’y mettre, de façon contrôlée : limité dans le temps, lentement, et — sa suggestion — en surlignant les points clés ou prenant des notes. Ça m’a parlé — et travaillé.

J’ai passé une décennie de ma vie à lire en prenant des notes — quand j’étais aux études. Je prenais aussi des notes de livres que je lisais “en plus”, par intérêt. Prendre des notes m’aide à comprendre. Quand j’écoute aussi, d’ailleurs. C’est ce qui m’a amenée à live-bloguer, en fait. Je peinais à rester concentrée sur des conférences (le TDAH était très loin d’être sur mon radar !) et j’ai fait l’expérience, un peu par hasard, qu’en prenant des notes ça allait beaucoup mieux. Pas très étonnant en fait, après avoir fait ça quasi quotidiennement sur les bancs de l’uni.

Alors oui, si on se dit que je dois peut-être “ré-entraîner” mon cerveau à certaines choses, lire en prenant des notes pourrait être une pratique intéressante à revisiter.

Ce qui est marrant, c’est que je n’ai pas arrêté de lire des choses “difficiles”, après mes études. Mais j’ai lâché la discipline de la prise de notes, en partie je pense car elle n’était plus forcément nécessaire en vue des raisons par lesquelles je lisais, aussi un peu en partie parce que c’est un effort en plus, et parce qu’avec les supports numériques dans lesquels on peut “rechercher”, les notes semblent un peu moins utiles — en tant que résumé permettant d’accéder au contenu.

Mais le travail cognitif de tri de l’information, de synthèse, d’organisation des idées, il se produit. Et au fil de toutes ces dernières années, j’ai parfois senti, en toile de fond, que je pourrais perdre un peu en rigueur, que les choses que j’avais lues et comprises finissaient par manquer de précision, qu’avec le temps il me manquait quelques bouts — rien de très grave — et qu’évidemment je n’allais que rarement replonger dans la source (si tant est que j’étais capable de la retrouver, malgré les miracles de la loupe et des images…)

Alors oui, écrire comme exercice, prendre des notes, pourquoi pas. Je me dis que je pourrais mettre au propre mes notes IGB par exemple. Il y a quelques articles écrits par un psychologue français sur la question de “l’énergie” dans le TDAH qui m’intéressent et qui méritent une lecture attentive, d’autant plus que je suis aux prises avec ces questions de “gestion de l’énergie” de façon criante depuis mon accident — je suis d’ailleurs au milieu d’un programme en ergothérapie sur la gestion.

“Journaler”, c’est aussi une pratique que je souhaite reprendre. Ma mémoire épisodique est souvent un peu confuse, et c’est pire depuis mon accident. Prendre quelques notes en fin de journée m’aide à ne pas me sentir en dérive temporelle. Il y a dix-huit mois, quand j’ai pris deux semaines de vacances pour réaménager mon chez-moi, j’ai eu envie de me mettre au scrapbooking. Peut-être qu’il y a une idée à creuser là. Écrire à la main, c’est peut-être aussi quelque chose qui pourrait être pour moi une forme de “repos”. Le rythme plus lent, la linéarité, je sens en effet que c’est différent de taper ou dicter sur l’ordi ou le tél. Chaque mot écrit est écrit.

On verra.

J’étais partie pour faire une page. J’en ai fait cinq. J’arrête là pour aujourd’hui.