Un an de Juju [en]

Le 3 fĂ©vrier 2025, je rentre du judo et je descends rĂ©cupĂ©rer Oscar Ă  l’eclau. Il aime rester installĂ© sur la plate-forme devant la chatiĂšre condamnĂ©e: bonne vue sur le jardin, et effluves de l’extĂ©rieur.

En arrivant, je suis surprise par un matou gris et blanc de l’autre cĂŽtĂ© de la vitre. Je le surprends aussi. Il a pas l’air commode: oreilles aplaties, balafrĂ©, bajoues de compĂ©t’ – et il souffle. “Toi, t’es pas castrĂ©, ça c’est sĂ»r!”

J’ai le rĂ©flexe de prendre une photo, je rĂ©cupĂšre Oscar, je laisse quelques croquettes de l’autre cĂŽtĂ© de la chatiĂšre et je braque la camĂ©ra de surveillance dessus. Le lendemain, je verrai qu’il a mangĂ© les croquettes.

Les chats errants n’ont pas une belle vie, contrairement Ă  ce que voudrait faire croire le mythe populaire de la libertĂ© et de “la nature“. Les bonnes Ăąmes qui mettent une gamelle dehors ont bonne conscience et sont tout attendries, mais la rĂ©alitĂ© est une vie de bagarres, de dangers, de kilomĂštres parcourus poussĂ©s par leurs hormones, un risque de maladies plus Ă©levĂ© et Ă©videmment, pas de soins mĂ©dicaux. Non, il n’y a pas de soins mĂ©dicaux dans la nature, c’est vrai, et le rĂ©sultat c’est de la souffrance, encore de la souffrance, des vies qui se terminent misĂ©rablement dans les buissons, oui, dans la souffrance.

Il y a quelques annĂ©es, j’avais tenter d’attirer un des matous errants du quartier, les oreilles dĂ©formĂ©es par la gale, le pas boiteux vu son Ăąge avançant, pour le castrer. J’ai Ă©chouĂ©. Je ne sais pas ce qu’il est devenu. Sans doute mort dans un coin.

Donc quand j’ai vu Juju, j’ai passĂ© Ă  l’action. Quand j’ai vu qu’il revenait, j’ai lancĂ© l’opĂ©ration “rendez-vous croquettes sur le rebord de la fenĂȘtre”.

J’ai vĂ©rifiĂ© s’il Ă©tait pucĂ©, j’ai mis des affiches dans le quartier, j’ai mis des annonces sur internet. J’ai vu que je pouvais le toucher, mĂȘme s’il avait peur. Une voisine aussi. J’ai prĂ©parer le terrain pour qu’on puisse le castrer quand je l’attrapais – vĂ©tĂ©rinaire, WCs amĂ©nagĂ©s pour pouvoir l’y enfermer quelques heures le cas Ă©chĂ©ant. Quand tout Ă©tait prĂȘt, j’ai attendu que l’opportunitĂ© se prĂ©sente.

Elle s’est prĂ©sentĂ©e le mercredi 26 fĂ©vrier 2025, vers midi et demie. Dire que ça s’est bien passĂ© serait mentir. J’ai pu le saisir mais au moment de l’approcher de la cage de transport, il a commencĂ© Ă  se dĂ©battre comme un beau diable. Je ne sais pas combien de temps ça a durĂ©, mais j’ai tenu bon et lui aussi. La fenĂȘtre Ă©tait ouverte, je savais que si je le lĂąchais, il y avait toutes les chances que l’opportunitĂ© ne se reprĂ©sente plus. Lui luttait pour sa vie. A un moment il a failli m’Ă©chapper et je l’ai rattrapĂ© par une patte. Il m’a mordue. J’ai rĂ©ussi Ă  fermer la fenĂȘtre avec le pied et je l’ai laissĂ© filer dans l’espace coworking.

Par chance, il s’Ă©tait planquĂ© quelque part d’accessible et Ă©tait plus paralysĂ© de peur que bĂȘte sauvage. AprĂšs avoir pansĂ© mes doigts, je l’ai attrapĂ© et mis dans les WC. La suite a Ă©tĂ© moins aventureuse: un peu d’aide pour le choper avec une couverture et mettre le tout dans la grosse grosse cage de transport que j’avais achetĂ©e pour les trajets Lausanne-chalet avec Oscar, direction vĂ©to, rĂ©cupĂ©ration, convalescence, apprivoisement.

Je n’avais pas prĂ©vu de le garder. Mon projet Ă©tait de le remettre dehors, avec abri et gamelle Ă  puce (j’en avais profitĂ© pour le faire pucer). J’avais prĂ©vu de le relĂącher. Une personne de l’immeuble Ă©tait peut-ĂȘtre intĂ©ressĂ©e Ă  tenter de l’adopter. On ferait les choses en douceur.

Mais vu comment s’Ă©tait passĂ©e sa capture, je me suis dit qu’il valait mieux le garder quelques jours dedans avant de le laisser filer. Pas dit qu’il revienne, aprĂšs avoir eu la peur de sa vie. En plus, c’Ă©tait quand mĂȘme mieux pour lui aprĂšs l’intervention.

On me demande rĂ©guliĂšrement pourquoi “Julius”. Avant sa capture, j’avais vaguement rĂ©flĂ©chi Ă  un nom temporaire pour lui. Oscar Ă©tait mon premier chat Ă  avoir un “nom d’humain”, et ça m’a un peu inspirĂ©e. Je voulais un nom qui colle pour un matou barreur et un peu patibulaire. Victor? Julius? Je n’y ai pas beaucoup pensĂ©, je ne cherchais pas vraiment de nom, j’avais juste pris quelques secondes pour envisager des possibilitĂ©s, puis je n’y ai plus repensĂ©. En le rĂ©cupĂ©rant chez le vĂ©tĂ©rinaire, l’assistante me demande “quel nom mettre sur le dossier”. Je suis prise de court, je me souviens de “Julius”, je me dis “bah, s’il est sympa on pourra dire Juju”. Autant vous dire que “Julius” est inusitĂ©, mĂȘme ça reste son “vrai nom”.

Mon projet initial de le remettre dehors a Ă©tĂ© mis au rebut dĂšs le premier soir. Juju Ă©tait terrĂ© au fond de sa cage de transport, n’en Ă©tait pas sorti. J’ai tentĂ© une caresse. Sous ma main, j’ai vu se fermer ses yeux, sa posture se dĂ©tendre, et sa tĂȘte se poser. J’ai grattĂ© un peu sous le cou, et il a tendu le menton pour en profiter. Cet instant-lĂ , j’ai dĂ©cidĂ© que je n’allais pas prendre le risque de le remettre dehors, et qu’il valait la peine de tenter de le resocialiser pour adoption. Surtout que j’avais quelqu’un sur les rangs. Je me suis dit qu’un chat qui se dĂ©tendait sous les caresses d’une main inconnue aprĂšs la journĂ©e qu’il avait eue, il avait du potentiel.

La tentative d’adoption n’a pas fonctionnĂ©. Juju est un nocturne — et aussi, ce que je n’avais pas rĂ©alisĂ© Ă  l’Ă©poque, il y avait certainement une minette en chaleur dehors, ce qui expliquait les bagarres terribles qui avaient dĂ©chirĂ© nos nuits de fĂ©vrier, et simplement, la prĂ©sence de Juju, qui normalement ne venait pas par ici. Le jour, il restait planquĂ©, craintif, prudent. La nuit, l’appel de l’extĂ©rieur et probablement des hormones l’amenait Ă  miauler, miauler, miauler, miauler. De plus, aprĂšs des annĂ©es d’errance, il y avait quand mĂȘme pas mal Ă  reconstruire pour qu’il surmonte sa crainte de l’humain. C’est un gros investissement et mine de rien, ça nĂ©cessite des compĂ©tences en matiĂšre de comportement qui ne sont pas toujours simples Ă  acquĂ©rir sur le tas.

Je l’ai rĂ©cupĂ©rĂ©, en bas dans ma salle de rĂ©union, ou au moins, s’il passait la nuit Ă  miauler, mĂȘme si ce n’Ă©tait pas rigolo pour lui, il n’empĂȘchait personne de dormir.

Je ne prĂ©voyais pas de le garder. J’avais Oscar, et j’avais dĂ©cidĂ© que tant qu’Oscar Ă©tait lĂ , je ne prendrais pas de deuxiĂšme chat. J’avais aussi dĂ©cidĂ© qu’aprĂšs Oscar, je m’octroierais une “pause chat“, aprĂšs avoir enchaĂźnĂ© des annĂ©es de soins pour deux trĂšs vieux chats. J’ai donc commencĂ© Ă  rĂ©flĂ©chir au profil de la maison d’accueil ou de l’adoptant qu’il lui faudrait. Et je suis arrivĂ©e Ă  la conclusion, dans un contexte oĂč choisir l’option la moins lourde pour moi Ă©tait un critĂšre important, que partir du principe que je gardais Juju serait paradoxalement beaucoup plus simple Ă  gĂ©rer que de lui chercher un foyer Ă  la hauteur de ses besoins.

Cette dĂ©cision prise et sa garde organisĂ©e, je suis partie au chalet le 17 mars avec Oscar pour profiter de mes vacances tant attendues, les premiĂšres depuis bien trop longtemps… Mais ça, c’est une autre histoire 😅!

Juju s’est super bien bien adaptĂ©. C’est un chat super cĂąlin, super tolĂ©rant, qui aime les caresses et les genoux. Il ronronne bien. Il est plutĂŽt bonne pĂąte. Il me fait penser Ă  Quintus, cĂŽtĂ© tempĂ©rament. Un peu plus craintif. Mais il apprend Ă  faire confiance si on prend le temps de lui montrer qu’il n’a rien Ă  craindre. Ses oreilles aplaties, c’est leur position naturelle. Elles doivent avoir Ă©tĂ© implantĂ©es bizarrement. Comme dit une copine “il est en mode avion”. Elle l’a aussi surnommĂ© “le chavion”.

Il continue Ă  courir le quartier chaque nuit, parfois jusqu’Ă  Prilly Centre et mĂȘme en-dessous, parfois juste autour du pĂątĂ© d’immeubles. Son tracker m’a montrĂ© que son coeur de territoire n’Ă©tait certainement pas ici, mais plus au sud. Avec le temps, il va moins par lĂ -bas, et reste plus proche d’ici. Il n’aime pas les trajets en voiture, pas du tout. Il est plutĂŽt chill avec les autres chats, pas dans le genre “je suis le roi” comme Oscar (qui le poursuit sans merci quand il en a l’occasion… Juju a appris qu’il suffisait de s’Ă©loigner un peu vu la vitesse de dĂ©placement de papy), mais si on vient le chercher dans son espace vital, il le dĂ©fendra. J’ai dĂ©jĂ  perdu le compte des abcĂšs et mises sous antibios.

Seule ombre au tableau: il s’est bien enrobĂ©. C’est un euphĂ©misme. J’ai honte, vraiment. Comme dit sa vĂ©to “au moins vous ĂȘtes pas dans le dĂ©ni, c’est dĂ©jĂ  ça!” Comme je n’ai pas envie d’avoir un nouveau chat diabĂ©tique tout de suite (et aussi parce que le diabĂšte n’est pas la seule menace qui pĂšse sur le chat obĂšse), on va prendre ça en main plus sĂ©rieusement. Il a dĂ©jĂ  des croquettes Metabolic, mais cela ne semble pas tout Ă  fait suffisant. Pour marquer le coup, ce matin je lui ai appris Ă  monter sur la balance (merci les Churu).

Allez Juju: bon attrapiversaire!

Pruning My Domain Name Collection [en]

Just like my kitchen cupboards were full of old old food just sitting there in case I ever felt like eating it (let me reassure you: cereals and pulses and things that “last”), my registrar account is full of domain names that I used in the past and feel like I should keep “just in case”, or cool ones that I got at some point thinking I’d make something of them but never did.

It’s time for a garage sale (or gifting). If you’re interested (or somebody you know) in one of these before I let them go and risk seeing them fall into the hands of pornsters and spammers and scammers, let me know: edublogs.net, going-solo.net, going-far.com, coworking-leman.net, coworking-romand.ch, freshlimesoda.net, backupawareness.org, swissblogs.org/net/com.

And if you know of “marketplaces” where you can put domains up for “sale”, let me know too. Given the predatory market it seems to be, I’m wary.

Works Together [en]

You know, sometimes words need to clash in the heavens of your mind to take you where you didn’t need to be. They could have been brought together on a whim or painstakingly chiselled into being. It doesn’t matter. Meaning rips through the cracks as you try to reconcile fireworks with reality. It’s the wave on the ocean in the depths of a cave. What is true about lipstick? Are eagles the future? A lightening bolt stretches through time and you are lost in the woods. You grasp at something that has to be there because the words told you so – but they just might be lying. And you just might need to be precisely here. Or not.

OĂč est le “case manager” du patient? [en]

Encore un truc que j’ai mis sur Facebook qui “devrait ĂȘtre un billet de blog”. Une idĂ©e qui me passait par la tĂȘte. Sur Facebook, pas besoin de titre, on pense Ă  haute voix, on laisse des fautes, c’est pas grave. Ici, je polis un peu plus.

Ce qui manque Ă  notre systĂšme de santĂ© quand on tombe malade ou qu’on a un accident qui rĂ©duit sa capacitĂ© Ă  dĂ©fendre ses intĂ©rĂȘts en tant que patient: une personne-ressource, genre un “case manager au service du patient”, qui prend en charge de:

  • trouver les spĂ©cialistes (mĂ©dicaux) ou ressources (aide au mĂ©nage, paramĂ©dical) qu’il faut – orienter pour Ă©viter l’errance mĂ©dicale ou les retards de prise en charge
  • gĂ©rer l’administratif: ordonnances, certificats mĂ©dicaux, rapports avec les assurances, agender les rendez-vous mĂ©dicaux et tout le reste – toute la bureaucratie supplĂ©mentaire qui tombe sur le patient
  • avoir une vue d’ensemble des symptĂŽmes, diagnostics, examens, traitements, – bien connaĂźtre le dossier mĂ©dical
  • possiblement d’autres trucs auxquels je ne pense pas juste lĂ .

Pour les personnes en couple c’est souvent “l’autre” qui joue ce rĂŽle, pour les enfants, c’est les parents. Quand on est seul… la rĂ©alitĂ© est qu’on a souvent une moins bonne prise en charge.

Evidemment, le noeud de l’affaire c’est “qui paierait”, j’en ai bien conscience. C’est pas gratuit. C’est un “rĂŽle” qui demande des compĂ©tences, mais qui manque vraiment dans la prise en charge, d’autant plus dans un systĂšme socio-mĂ©dical qui est de plus en plus sous pression et bureaucratique (et faillible, sur le plan administratif).

J’en ai clairement ressenti le besoin avec mon accident (mais j’ai d’autres situations dans mon entourage qui le montrent Ă©galement, Ă  mon sens). Juste aprĂšs mon accident, j’ai du dĂ©ployer beaucoup d’Ă©nergie et de ressources (heureusement j’ai beaucoup de ressources, je suis bien entourĂ©e, j’ai du rĂ©seau) pour premiĂšrement obtenir le soutien dont j’avais besoin dans l’immĂ©diate (aide pour la toilette, les repas, le mĂ©nage, gĂ©rer l’administratif accident-mĂ©dical du moment), et deuxiĂšmement rĂ©ussir Ă  obtenir la bonne prise en charge pour ma commotion. Ça a rajoutĂ© Ă©normĂ©ment de stress et de fatigue supplĂ©mentaire alors que j’Ă©tais dĂ©jĂ  fragilisĂ©e.

Maintenant Ă©galement, lors de ma rechute de ce dĂ©but d’annĂ©e: alors que j’ai besoin de repos, je dois gĂ©rer de la paperasse, des rendez-vous, de la communication d’informations avec les diverses parties prenantes qui se sont multipliĂ©es durant cette derniĂšre annĂ©e. L’augmentation de charge mentale quand on a un syndrome post-commotionnel est justement ce qu’on cherche Ă  Ă©viter. Et mĂȘme quand on est dans une autre situation mĂ©dicale, ça va jamais faire de mal de la rĂ©duire.

Si vous avez des idĂ©es gĂ©niales, des mĂ©cĂšnes ou des sponsors potentiels sous le coude, ou si ce genre de chose existe dĂ©jĂ  sous une forme ou une autre qui mĂ©riterait d’ĂȘtre dĂ©veloppĂ©e, annoncez-vous Ă  la rĂ©ception!

Rayon de soleil et mal de gorge [en]

Il y a du soleil et j’ai pu manger sur le balcon. On est de nouveau dimanche, une semaine de plus s’est Ă©coulĂ©. DĂ©jĂ  le 18 janvier. Depuis le dĂ©but de l’annĂ©e, j’ai deux fois commencĂ© Ă  Ă©crire un article. Le premier a Ă©tĂ© interrompu par une nouvelle crise convulsive d’Oscar. Le deuxiĂšme par une petite inondation dans les WCs de l’eclau qui s’est transformĂ©e en une grande inondation d’eaux usĂ©es (canalisation de sortie d’immeuble bouchĂ©e, ne jetez pas de lingettes aux WC, svp), pompiers inclus.

Il y a du soleil, on est le 18 janvier, et ça fait un mois que je suis en mode survie. La convalescence n’est pas linĂ©aire, c’est ça. Cerveau fragile, propofol sur une petite nuit et la fatigue de la semaine suivi par une grosse journĂ©e qui en temps normal (mĂȘme “normal post-accident”) n’aurait pas posĂ© de problĂšme majeur, et voilĂ : abandon des invitĂ©s le 24, annulation des festivitĂ©s prĂ©vues pour le 25 et le 26, sĂ©jour au chalet qui n’est pas allĂ© comme prĂ©vu sur fond de vieux chat qui aligne les crises Ă©pileptiques, de Crans-Montana, et autres contrariĂ©tĂ©s.

Ai-je dĂ©jĂ  Ă©crit ça? Je me demande si je me rĂ©pĂšte. RentrĂ©e du chalet un peu en urgence, puis la fameuse inondation – c’Ă©tait vendredi il y a une semaine. Depuis mercredi, j’ai enfin le sentiment de pouvoir me poser un peu. Oui, j’ai donc passĂ© le dernier mois en arrĂȘt de travail complet, de nouveau. Tentative de reprise lundi, mais mon cerveau fait de la concurrence Ă  mon iPhone: plus d’espace de stockage, tout est lent, ça plante, chaque tentative de faire de la place apporte son lot d’ennuis supplĂ©mentaires sans en fait faire plus de place… Donc point d’interrogation. Ah oui, en plus: mon mal de gorge et l’inflammation ORL gĂ©nĂ©ralisĂ©e qui l’accompagne m’informe que j’ai chopĂ© un virus quelque part. DĂ©but hier, aujourd’hui lĂ©gĂšre fiĂšvre. Ça semble mal barrĂ© pour demain.

Histoire de ne pas faire que me plaindre: lundi j’ai dĂ©couvert l’existence des mini-lave-vaisselles, en particulier Bob. Un petit tour sur Marketplace et une expĂ©dition vespĂ©rale Ă  Vevey plus tard, Bob a rejoint ma cuisine. Ce qui m’a donnĂ© l’impulsion pour mettre en route le rĂ©amĂ©nagement d’Ă©tagĂšres qui me dĂ©mange depuis… longtemps. Vous vous souvenez de mon rĂ©amĂ©nagement d’appartement en automne 2024? Il y a une Ă©ternitĂ©. J’avais prĂ©vu, au printemps 2025, de prendre une ou deux semaines pour m’occuper de la cuisine et de la salle de bains, justement. C’Ă©tait sans compter avec un accident de ski. Ça fait partie des nombreuses choses que j’ai “mises de cĂŽtĂ©” cette derniĂšre annĂ©e.

Et lĂ , suite entre autres Ă  l’Ă©coute d’un Ă©pisode de Hidden Brain sur comment se “dĂ©bloquer” (je vous en encourage vivement l’Ă©coute, je vais d’ailleurs l’Ă©couter Ă  nouveau), au dĂ©sespoir devant ma pile de vaisselle lundi matin aprĂšs le week-end “canalisation bouchĂ©e” qui m’a amenĂ©e Ă  m’exclamer “franchement, des fois je me dis que je devrais troquer mon grand four pour un lave-vaisselle” et donc Ă  repenser les amĂ©nagements possibles de la cuisine, je me suis dit que l’arrivĂ©e de Bob Ă©tait un prĂ©texte parmi d’autres pour m’y mettre, et que ça me ferait aussi du bien par rapport au fait que je goge depuis un mois sans rĂ©ussir Ă  reprendre le rythme de mes activitĂ©s quotidiennes – je vous rassure je prends pas tout sur moi, il y a des Ă©vĂ©nements extĂ©rieurs qui s’enchaĂźnent pour me remettre la tĂȘte sous l’eau dĂšs que je crois que je vais pouvoir la sortir. Oui, la phrase est longue et c’est un peu exprĂšs, pour vous donner cette sensation de “mais bon sang ça s’arrĂȘte quand?” qui ne veut plus me quitter.

Travaux en cours, vers le début.

Il y a dĂ©jĂ  quelque temps j’avais abandonnĂ© mon idĂ©e initiale d’installer un joli buffet Ă  la place des tiroirs et des rayons du bas, et de mettre de vraies grandes Ă©tagĂšres murales au-dessus. DĂ©jĂ , pour Ă©viter de monter le buffet (lourd et encombrant, ne rentrant pas dans l’ascenseur). Donc, hop, un IVAR de plus (celui de droite) pour prolonger l’existant. Ça tombe bien, j’en avais un en rab. Je m’y mets. Zut, je n’ai pas assez de supports d’Ă©tagĂšre – vous savez, les petits cylindres mĂ©talliques qu’on glisse dans les montants. Qu’Ă  cela ne tienne, je retournerai chez IKEA. C’est pas grave, j’y suis dĂ©jĂ  allĂ©e mardi!

Mardi, IKEA: acheter des dĂ©tecteurs de fuite d’eau, parce que c’est pas vraiment fini, ces histoires de canalisations qui se bouchent et qui fuient, et que je suis un peu traumatisĂ©e, parce qu’honnĂȘtement, si vendredi soir j’Ă©tais descendue dix minutes plus tard pour voir comment ça progressait, il y a fort Ă  parier qu’une bonne partie de l’eclau aurait Ă©tĂ© inondĂ©e d’eaux usĂ©es, et pas juste un bout du corridor et le coin lavabo-WCs. Et des nouvelles poubelles, tant qu’Ă  faire, les sacs qui servaient de poubelles de tri ont gogĂ© dans la “m” et ne valent pas le coup d’ĂȘtre rĂ©cupĂ©rĂ©s. Ah oui, et je voulais aussi racheter de ces super organiseurs Ă  compartiments avec poignĂ©e. Donc je suis dĂ©jĂ  allĂ©e chez IKEA.

Vendredi matin, allez, on va faire efficace. Je dois aussi passer Ă  la pharmacie et Ă  la Migros. Et chez le vĂ©to. Vous me voyez venir? Ah oui, je ne vous ai pas dit. Donc petite sortie courses. J’ai aussi dĂ©cidĂ© (parce qu’il faut optimiser, toujours, jusqu’Ă  l’Ă©puisement, d’ailleurs ça se voit pas en lisant mais j’ai passĂ© bien 45 min Ă  retrouver ces fichus liens, et j’avais prĂ©vu un article dessus il y a des semaines, pas encore Ă©crit mais j’y pense tous les trois jours) que je pouvais rajouter une troisiĂšme Ă©tagĂšre IVAR Ă  l’histoire, donc ce sera l’occasion.

Deux heures et demie chez IKEA (alors que j’avais rĂ©glĂ© l’affaire du IVAR en 15 minutes), parce que je me suis dit “j’ai un peu de temps, voyons voir s’il y a d’autres choses utiles”, donc je me suis perdue dans les rayons, j’ai mis des choses dans mon sac, je les ai reposĂ©es, je suis revenue en arriĂšre, purĂ©e ça fait 2h il faut que j’avance lĂ , mince un des trucs que j’ai pris c’est le modĂšle d’exposition, faut que je refasse tout le magasin pour aller le remettre et prendre quelque chose qui est Ă  la vente, et pendant qu’on y est, allez un petit contrĂŽle alĂ©atoire Ă  la caisse. Heureusement j’avais bien tout scannĂ©, malgrĂ© mon Ă©tat.

En plus ma panosse rentre mĂȘme pas dedans, bref, passons.

Parfois (souvent) l’enfer est pavĂ© de bonnes intentions. Les poubelles avec couvercle, eh bien ça entrave “l’empoubellissage” des menus dĂ©chet du quotidien. Pas un bon plan, donc, pour remplacer la poubelle de couloir de mon appart. TrĂšs bien, par contre, pour celles sous l’Ă©vier de l’eclau, et celle pour le recyclage sous mon Ă©vier. Meubles IVAR montĂ©s, Bob testĂ©, la troisiĂšme Ă©tagĂšre IVAR trouve son rĂŽle dans ma cuisine. L’enfer? Les tas de choses ĂŽtĂ©es des Ă©tagĂšres “ancienne version” et qui jonchent le sol de la cuisine et du salon (et la table, dessus et dessous), Ă  trier-jeter-organiser, alors que je suis dans le jus, Ă©puisĂ©e par mon vendredi, en train de faire un Ă©levage de virus, avec un chat qui a refait une crise convulsive hier et l’espoir de pouvoir aller Ă  mes deux jours de formation lundi et mardi pour dĂ©marrer ma reprise de travail qui s’amenuise.

Je pourrais vous parler encore de mon iPhone qui m’a plus ou moins occupĂ©e toute la journĂ©e d’hier avec ses problĂšmes de place, mais lĂ  c’est bon, j’ai enfin rĂ©ussi Ă  virer les photos du tĂ©l sans en perdre (merci iCloud), Ă  faire la mise Ă  jour et rĂ©cupĂ©rer les 60Gb de “System Data” qui s’Ă©taient accumulĂ©s ces derniers mois, depuis que j’avais, en dĂ©sespoir de cause, procĂ©dĂ© Ă  une rĂ©installation complĂšte. (Est-ce qu’on peut dĂ©sactiver “Liquid Glass”? c’est horrible ce machin…)

Je pourrais vous parler de tout un tas d’autres choses, pas des moindres mon vieux chat qui est en train de mourir, finir d’Ă©crire mes deux articles en plan, mais voilĂ , Ă  la place je vous ai racontĂ©, un peu en vrac, ma cuisine, et le titre de l’article n’a rien Ă  voir avec ça.

J’ai Ă©crit parce que c’est bien pour moi d’Ă©crire – pas sĂ»re que ce soit bien Ă  lire, par contre – ça rĂ©duit un peu la pression, ça ferme une boucle, ça ponctue un moment de l’existence. Ça donne peut-ĂȘtre aussi des nouvelles aux gens qui n’en ont pas. C’est beaucoup de monde, ces jours, comme je suis en mode “rĂ©cup au max” je minimise les interactions, parce que ça me fatigue… mais ça m’ennuie beaucoup, j’en ai marre.

LĂ , je vais mettre un yogourt dans mon estomac qui ronchonne, pour autant qu’il y en ait un dans le frigo (j’ai mangĂ© Ă  midi, c’est juste un creux habituel) et m’allonger les yeux fermĂ©s pour voir si le transformateur bourdonnant qui me sert de cerveau ces jours apprĂ©cie. J’espĂšre ĂȘtre prochainement en mesure de partager avec vous des Ă©crits un peu plus profonds sur la vie et le monde.

Guide de survie anti-doomscrolling en cas de catastrophe [en]

Pour les personnes dont le cerveau reste coincĂ© sur la chaĂźne catastrophe Crans-Montana (TDAH ou pas): il faut dĂ©crocher. Dans cette vidĂ©o j’explique pourquoi et ce qui peut vous aider Ă  y rĂ©ussir, concrĂštement. Sorry elle est un peu longue…

Je reproduis ci-dessous ce que j’ai publiĂ© sur Facebook:

Il faut absolument (j’insiste) dĂ©crocher. Il y a un risque rĂ©el de se traumatiser via l’exposition aux contenus autour de cette histoire.

Donc: prioritĂ© absolue, faire autre chose. Regarder des films ou des sĂ©ries. Faire un puzzle ou du nettoyage. Trouver quelqu’un qui va nous traĂźner dehors pour prendre l’air. 

Considérez cette consigne comme une nécessité médicale, vraiment.

Un avertissement parmi d’autres que j’ai trouvĂ© sur linkedin, par une professionnelle de la santĂ© au travail (Sarah Bertschy):

Ne vous exposez pas aux images, vidéos et récits des réseaux sociaux relatifs à Crans Montana.

Le risque de trauma et stress chronique suite Ă  l’exposition Ă  ce type de contenus est rĂ©el, a fortiori si elle est rĂ©pĂ©tĂ©e.

Pour ĂȘtre informĂ©s, vous pouvez suivre les confĂ©rences de presse.

Un autre avertissement d’un prof de psychologie clinique (JoĂ«l Billieux):

Prenez soins de vous et ne vous exposez pas de maniĂšre non nĂ©cessaire Ă  des images traumatisantes. ProtĂ©gez-vous, et protĂ©gez les enfants et adolescent·es sous votre responsabilitĂ©. 

Les algorithmes liĂ©s aux #Reels (Insta, Facebook, Tiktok) sont susceptibles de vous inonder trĂšs rapidement de scĂšnes tragiques et de tĂ©moignages terribles et poignants. Les algorithmes sont terriblement efficaces et il y a un risque rĂ©el de se laisser prendre dans une spirale de visionnage de contenu potentiellement traumatique #doomscrolling. 

Ces vidĂ©os, via des phĂ©nomĂšnes d’empathie et d’engagement Ă©motionnel, risquent de provoquer chez vous de la dĂ©tresse, de l’anxiĂ©tĂ©, ou mĂȘme des symptĂŽmes qui peuvent s’apparenter Ă  ce qu’on observe suite Ă  l’exposition Ă  des Ă©vĂ©nements traumatisants. Ces risques ont Ă©tĂ© documentĂ©s dans des Ă©tudes scientifiques.

Suivant la situation, on peut aussi essayer d’appeler le 143 (la main tendue) mais le mieux est vraiment, si on n’est pas directement impactĂ© de mettre le paquet (pardon) pour se prendre par la peau des fesses afin de mettre son cerveau sur autre chose. « MĂ©caniquement », mĂȘme si on n’a pas envie, mĂȘme si on est bouleversĂ©, mĂȘme si on veut comprendre, mĂȘme si on ne sait pas quoi faire de ses Ă©motions.

Un tuyau: « arrĂȘter » n’est pas une bonne instruction, en fait, il faut vraiment remplacer l’activitĂ© non souhaitable par une activitĂ© plus souhaitable et incompatible, comme en comportement animal.

Quelle est votre « activitĂ© plus souhaitable », mĂȘme sans ĂȘtre motivé‹e? C’est ça la chose Ă  faire, peu importe ce que c’est, juste lĂ . Une sĂ©rie, un puzzle ou une promenade c’est trĂšs bien. Et on lĂąche le tel et l’ordi car sur les rĂ©seaux, impossible d’y Ă©chapper pour le moment.

Et alors, 2025? [en]

2025 a Ă©tĂ© une annĂ©e compliquĂ©e. Ce soir, je n’ai pas l’Ă©nergie de faire un bilan. L’envie, oui. L’Ă©nergie, non.

Et c’est tout 2025, ça: dire non, renoncer, laisser tomber, m’entraĂźner Ă  accepter que je ne peux pas faire ce que j’aimerais faire. “On ne peut pas tout faire”, c’est une trĂšs mauvaise formule. Car bien sĂ»r, c’est Ă©vident. J’ai toujours su que je ne pouvais pas tout faire. Et ça ne m’a jamais empĂȘchĂ©e de vouloir “trop” faire, et de faire “trop”.

“Trop”, avec des guillemets, par rapport Ă  quoi? LĂ  est toute la question.

2025, c’est l’annĂ©e oĂč une grosse chute Ă  ski, et une ribambelle d’autres Ă©vĂ©nements avant et aprĂšs, m’ont forcĂ© la main pour commencer Ă  examiner (et rĂ©ajuster) ce repĂšre par rapport auquel on Ă©value que c’est “trop” ou “assez” ou “pas assez”.

J’ai assez peu d’Ă©gards (conscients, en tous cas) pour “ce que la sociĂ©tĂ© attend de nous”, en tant que force extĂ©rieure. “Ce que penseront les gens.” Mais Ă©videmment, comme tout le monde, j’ai certainement internalisĂ© plein d’injonctions et de valeurs, dont certaines peut-ĂȘtre se dĂ©guisent en envies et dĂ©sirs que je crois m’appartenir en propre. Peut-ĂȘtre. Comment voir ce qu’on ne voit pas, entendre ce qu’on n’entend pas?

Toujours est-il que je ne lutte pas contre quelque chose auquel j’ai le sentiment de devoir obĂ©ir ou me soumettre. Ce contre quoi je lutte vient de l’intĂ©rieur: ce que moi je veux, ce que moi je considĂšre juste. Du moins, je crois, avec toute l’honnĂȘtetĂ© et la luciditĂ© dont je suis capable, que c’est moi. Donc c’est entre moi et moi. Entre moi et mon rapport Ă  la vie, Ă  la mort, vu que c’est elle qui est le repĂšre ultime de la vie vĂ©cue.

Donc en 2025, je me suis beaucoup entrainĂ©e Ă  dĂ©valuer l’importance de tout un tas de choses. Le fait que je puisse me dire “c’est parce que j’ai eu un accident, je suis en convalescence”, ça aide, parce que ça me laisse croire que c’est temporaire. Que je pourrai revenir Ă  oĂč j’en Ă©tais avant. Oh, je pourrais, probablement. Pronostic: rĂ©cupĂ©ration complĂšte. Mais je ne me leurre pas: mĂȘme si Ă  un moment donnĂ© je peux, je ne veux pas. Donc quand c’est dur, je ferme les yeux et je me souviens que c’est temporaire. Mais les compĂ©tences que j’entraine, elles sont lĂ  pour rester.

Je ne sais plus si c’Ă©tait Ă  l’HĂŽpital de Rennaz, quand je commençais Ă  reprendre mes esprits, le soir aprĂšs mon accident, ou dans les jours qui ont suivi, mais je me souviens trĂšs clairement m’ĂȘtre demandĂ© si cet accident allait marquer dans ma vie un “avant” et un “aprĂšs”. Ce n’Ă©tait pas du tout clair, Ă  ce moment-lĂ .

Maintenant, c’est Ă©vident.

2025, c’est une annĂ©e qui marquera dans ma vie un “avant” et un “aprĂšs”.

Noël du cerveau pas si joyeux [en]

Je cherche des mĂ©taphores. Je cherche une façon fait ressentir clairement Ă  autrui ce qui se passe pour moi quand j’en fais « trop », neuf mois aprĂšs mon accident, mĂȘme aprĂšs tout ce temps.

Ce ne sont que des mĂ©taphores. Aucune ne fonctionne vraiment comme il faudrait. Je n’ai pas de point de rĂ©fĂ©rence « avant accident » pour dĂ©crire cet Ă©tat. Ce n’est pas la mĂȘme chose que « ĂȘtre Ă©puisĂ©e », « avoir mal Ă  la tĂȘte », « ĂȘtre au bout du rouleau ». Ce n’est pas la mĂȘme chose non plus qu’un burnout. Peut-ĂȘtre que ça se rapproche un tout petit peu de mon Ă©tat aprĂšs une nuit blanche, exercice que j’ai Ă©vitĂ© comme la peste tout au long de ma vie vu ce que ça me faisait. Sauf qu’il faudrait imaginer plusieurs nuits blanches Ă  la suite, alors que lĂ , c’est avec « de bonnes nuits de sommeil ».

Donc, les métaphores.

C’est comme quand tu as marchĂ© toute la journĂ©e, fait une randonnĂ©e de 8 ou 10 heures bien exigeante alors que tu n’es pas particuliĂšrement entraĂźnĂ©e, tu as fait le dernier kilomĂštre ou deux par la seule force de ta volontĂ©, tes jambes sont en feu ou alors tu ne les sens plus, mais une chose est sĂ»re en tout cas : tu t’es arrĂȘtĂ©e, tu aimerais repartir, mais tu as beau donner l’ordre Ă  tes jambes, elles refusent de marcher. Ou alors, si tu parviens malgrĂ© tout Ă  les faire obĂ©ir, chaque pas est une torture qui te demande un effort surhumain.

Tes jambes, c’est mon cerveau.

Une autre.

C’est comme quand la batterie de ton tĂ©lĂ©phone est presque Ă  plat. Cinq pour-cent, 4%, 3%
 ça fonctionne encore, tout semble normal. Mais quand tu arrives Ă  zĂ©ro, tout s’éteint. Alors tu mets le tĂ©lĂ©phone Ă  charger, mais il y a un problĂšme. Le chargeur charge lentement, trĂšs lentement, et le tĂ©lĂ©phone, juste pour rester allumĂ©, vide la batterie presque aussi vite que le chargeur arrive Ă  la recharger. Et dĂšs que tu ouvres la moindre application, lĂ , le tĂ©lĂ©phone vide carrĂ©ment la batterie plus vite que le pauvre chargeur n’est capable de la charger.

Alors tu attends, patiemment. Le lendemain matin, la batterie est Ă  10%, 12% ! Tout va bien ! Tu dĂ©marres la journĂ©e, tout est normal, mets trĂšs vite, tu vois que ta batterie est dĂ©jĂ  Ă  2%. Vite, vite, le chargeur ! À coups d’usage stratĂ©gique du chargeur, en faisant bien attention Ă  quelles applications tu utilises, tu arrives miraculeusement au bout de la journĂ©e.

Le lendemain matin, aprĂšs avoir chargĂ© ton tĂ©lĂ©phone autant que possible, la batterie n’indique que 7%.

Sauf que le cerveau, il n’indique pas des pourcentages.

Elle est pas mal cette mĂ©taphore. On pourrait lui rajouter l’espace disque saturĂ©, pendant qu’on est, parce que pour prĂ©server la batterie tu avais mis la synchronisation vers le cloud sur pause. Et la bande passante qui se rĂ©duit Ă  un petit filet, parce que le tĂ©lĂ©phone qui Ă©touffe avec son disque dur plein, il faut quand mĂȘme le laisser synchroniser un peu pour faire de la place


Les applications?

Tout. On utilise notre cerveau pour tout. S’organiser. Écouter ce qu’on nous dit. Parler. Faire la vaisselle. Prendre des dĂ©cisions. Écouter de la musique. Écrire. Faire un puzzle. Traiter toutes les stimulations externes, quand on va faire des courses, par exemple. Verser quelque chose dans une tasse sans mettre Ă  cĂŽtĂ©. Bouger son corps, que ce soit pour marcher ou faire du judo. GĂ©rer ses Ă©motions. Interagir avec autrui.

Tout ça, et j’en passe.

Certains apps sont plus gourmandes que d’autres. Pour moi, interagir (surtout par oral), mĂȘme si j’aime ça, ça bouffe vite de la batterie quand elle est deja bien vide. DĂ©cider, planifier aussi. Écouter de la musique (un podcast c’est plus facile
 ce sont des sons plus
 simples?) Être dans un endroit bruyant ou animĂ©. Faire des tĂąches mĂ©nagĂšres.

Moins gourmandes: Ă©crire (des choses « faciles Â», comme cet article oĂč il me suffit en somme de « penser Ă  haute voix Â»), lire des messages (nettement moins coĂ»teux qu’écouter un message vocal, gĂ©nĂ©ralement un calvaire), faire un puzzle, regarder une sĂ©rie TV divertissante, faire la sieste, me promener, parler d’un sujet que je maĂźtrise bien.

Aujourd’hui: la batterie est tellement Ă  plat que j’ai du mal Ă  faire tourner mĂȘme les applications peu gourmandes.

ConcrĂštement: hier j’ai dĂ» abandonner mes invitĂ©s lors du rĂ©veillon de NoĂ«l. Aujourd’hui, au lieu d’aller au NoĂ«l familial, je reste chez moi, et j’ai annulĂ© un petit NoĂ«l entre amis que j’avais organisĂ© pour le 26 et dont je me rĂ©jouissais vraiment. J’espĂšre rĂ©ussir Ă  sauver mes vacances Ă  la montagne la semaine prochaine, mais ce n’est pas garanti.

Comment j’en suis arrivĂ©e lĂ ? Ah, si seulement on pouvait ĂȘtre aussi intelligent avant qu’on ne l’est aprĂšs!

Vendredi, examen mĂ©dical de routine sous propofol (tout est en ordre, rien Ă  signaler). Je pense que j’ai largement sous-estimĂ© l’impact pouvait avoir cette sĂ©dation, sur fond de petite nuit et de semaine un peu stressante. Dans ma vie prĂ©-accident, j’ai toujours rĂ©cupĂ©rĂ© trĂšs bien, je m’attendais donc pas Ă  grand-chose, ou peut-ĂȘtre juste un peu plus de fatigue que d’habitude le jour mĂȘme.

Samedi, j’avais une grosse journĂ©e de prĂ©vue, avec entre autres un aller-retour Ă  GenĂšve en voiture, qui a Ă©tĂ© compliquĂ© par des bouchons importants sur le chemin du retour. Je suis arrivĂ©e au terme de cette journĂ©e complĂštement hors service. Ça aurait dĂ» me mettre la puce Ă  l’oreille, mais je me suis dit « une bonne nuit de sommeil, tranquille demain, ça va passer Â».

Dimanche au rĂ©veil, mal Ă  la tĂȘte, assommĂ©e, donc journĂ©e peinard, une copine qui passe boire le thĂ© l’aprĂšs-midi, ça me fait plaisir, tranquille
 mais le soir c’est encore pire.

Le mercredi je reçois la famille pour le 24. Alors lundi et mardi, j’essaie tant bien que mal, Ă©laguant au fur et Ă  mesure pour ne garder que le minimum vital de ce qui doit ĂȘtre fait, avec ma batterie entre 2 et 5%, les cadeaux, les quelques autres choses que seule moi puis faire, dĂ©lĂ©guer le reste ou faire passer Ă  la trappe. MalgrĂ© ces efforts, je n’ai pas rĂ©ussi Ă  rĂ©cupĂ©rer— chaque jour Ă  mĂȘme Ă©tĂ© pire que le prĂ©cĂ©dent.

En fait, j’aurais tout dĂ» annuler lundi, avec le recul. Ou mĂȘme dimanche. Mais qui a envie d’annuler NoĂ«l, Ă  part le Sheriff de Nottingham? J’ai tentĂ© de mĂ©nager la chĂšvre et le chou, de m’accrocher tout en Ă©tant raisonnable, de faire des compromis. Mais ça n’a pas suffi.

RĂ©sultat: je ne pense pas m’ĂȘtre retrouvĂ©e aussi hors service depuis des mois. Je ne sais pas combien de temps il va me falloir pour reprendre pied. C’est dĂ©courageant, vraiment, de se « planter Â» encore aussi magistralement aprĂšs tant de temps, alors mĂȘme qu’on fait justement de gros efforts pour ne pas. RĂ©ussir l’équilibre entre ĂȘtre assez prudent et se laisser quand mĂȘme de la place pour vivre, c’est loin d’ĂȘtre simple.

It’s Not Good [en]

Between November 3rd and last Thursday, Oscar has had three epileptic seizures – maybe four. Whatever the underlying cause is, it’s not good. He’s an old cat with many ailments, hanging on to a life still good enough.

You need to read The Cat Who Woke Me Up (thanks, Doc). It’s beautiful in so many ways. It makes me wish I were able to write about the truth of the world like that.

I haven’t got around to sharing even a tenth of all that I have understood over the nine long months since my accident. But somewhere in there, there is writing. And there is dealing with emotions. And grief. It is our struggle as humans, inevitably, to be faced with emotions. They colour our life. Maybe helping each other, being there for one another, all has to do with emotions. Maybe it all comes down to that. Emotions as the truth of life.

Christmas is approaching, and my old cat is inching closer to the end. It could be next month, it could be next week, it could be next summer. Though honestly, I think the likelihood of the latter is slim. Winter is not good for my cats. Both Bagha and Quintus died in the time before Christmas. Tounsi just after. Erica a few months later. I’m not superstitious and I don’t believe in anything. These days are just not filled with happy feline memories. And it’s a fact that winter, like the heatwaves of the summer, is not gentle on frail, ageing bodies.

I’m struggling with my brain right now. It’s not good either, in a different way. Obviously, I keep overestimating how much “available brain” (I don’t like “energy”) I have. As soon as things get better and more normal, I end up overdoing it, without realising, and then crashing again.

I underestimated the impact my programme for Friday and Saturday would have (and forgot to factor in some wiggle room for “unknowns”, which definitely made themselves known). Saturday evening I was completely exhausted. This means: headache, buzzing brain, making mistakes with numbers, struggling to put my thoughts clearly into sentences, more misunderstandings or lost threads when listening to others, and the odd word eluding me. Oh, and leaving my keys in the door (but that was Saturday noon already).

Sunday was headache, mostly rest, a friend over for tea, cancelling a videocall with another. Today had less headache, felt quite better, but after two hours Christmas shopping this afternoon my brain is filled with pounding rain and lightening and I gave up on heading out again for the second shopping trip I had planned. Christmas preparation is going to be much more challenging than expected. I look at the coming week and can’t see when I’m going to get the downtime to recover. It’s not good, and I don’t know what to do about it. That, of course, is part of the problem.

Next Monday, I’m going to the chalet. I don’t know what state my brain or my cat will be in. There are loud bells ringing telling me it would be more reasonable not to go. There are equally loud bells telling me that I haven’t been to the chalet in a year, that I desperately need a holiday, and that I want to go back skiing because this year has already been so dreadfully frustrating for me that I just can’t bear to give up on yet another plan.

I have had to get better at letting go of things. It doesn’t mean I’m good at it. And as I am still on the road to improvement, I logically should need to let go of less and less as time goes on. I keep thinking I can relax a bit, inch closer to my “normal life”, but I keep overshooting and being all the more frustrated: because I’m disappointed, with the double whammy that when my brain is fried, managing my emotions is more difficult.

I remember, in the first hours after my accident – or maybe days? – wondering through the fog of my concussion if this accident would leave a lasting mark on my life. Would it have big consequences. Would there be a before and after. Would it change me. Would a split second on a ski slope change the trajectory of a life. It made me even more acutely aware that some split seconds end lives – I was already very much aware of this, but knowing in your mind and feeling in your body are two different things.

My recovery is not just managing my tiredness and cognitive load to remain in the sweet zone of “enough activity but not too much” that supports healing and regaining function. It’s also grappling with Big Questions regarding the meaning of life, what’s important and less important, truly understanding that my ressources are finite, not just when I’m recovering from an accident, but always, and that I want to be mindful of how I use the time and energy of this one life I’m given. It’s figuring out what I want to do and dealing with the existential anxiety of my mortality, determining how much place I give to others and to myself.

I want to write about all this. If there is meaning, to me, it lies in making our time alive a little easier for each other. And though there is no better learning than through our own lived experience, sometimes the stories of others can resonate. Sometimes we find keys in the lives or insights of others. I want to write, and it’s terribly frustrating (that word again) to not have the availability to do it in a timely manner.

I hope Oscar doesn’t die too soon. It’s hard enough and sad enough as is. Of course I won’t want to have to deal with his death. But I accept I will have to. I would just like to be in a better place (cognitively) when it happens. 2025 has brought enough grief, and the last handful of years more than their fair share.

Comment on foire? (ou: comment souper tard mÚne à la cuisine déprimante) [en]

Depuis quelques semaines j’ai un rendez-vous hebdomadaire avec ma “binĂŽme planning”. Une copine, TDAH bien alignĂ© sur le mien (ou le mien sur le sien), aussi tendance Ă  la surcharge d’agenda qui fait finir sur les rotules. Une affaire qui roule (pas sur les rotules).

On parle Ă©videmment de problĂ©matiques TDAH en marge de l’agenda, et ce soir on parlait rangement de l’appart et nourriture. Quelques rĂ©flexions intĂ©ressantes que je veux partager avec vous (et non “vous partager“).

Le point de dĂ©part, c’est: “comment on Ă©choue”? Dans mon travail, dans le domaine de la maintenance et des ingĂ©nieurs et des machines, on parle de “failure modes”. C’est pas la mĂȘme chose si ma voiture est en panne parce qu’une piĂšce a cassĂ© dans le moteur, parce que j’ai oubliĂ© de mettre de l’essence, parce qu’une fouine a grignotĂ© un cĂąble, parce que les bougies sont encrassĂ©es ou parce que le moteur a serrĂ©. En gros, dire “ça ne marche pas”, c’est joli, mais c’est mieux de pouvoir dĂ©crire “de quelle façon ça ne marche pas”, et mĂȘme “comment la panne est-elle provoquĂ©e”.

Donc: qu’est-ce qui fait que ma cuisine est en bordel et que la vaisselle s’empile? Qu’est-ce qui fait que j’ai ratĂ© mon rendez-vous? Qu’est-ce qui fait que j’ai soupĂ© Ă  minuit? Qu’est-ce qui fait que je suis en panne de seringues pour mon chat diabĂ©tique?

Evidemment, la rĂ©ponse Ă  ces questions est de l’ordre du concret, pas du jugement moral (genre “chuis nulle”). Dans mon cas par example, j’avais fait le constat il y a bien des annĂ©es que la façon dont ma cuisine devenait un espace de chaos dĂ©primant, ça commençait avec le fait que je ne sortais pas la poubelle quand elle Ă©tait pleine. Les emballages restaient sur le plan de travail ou le bord de l’Ă©vier, du coup c’Ă©tait pas rangĂ©, du coup c’Ă©tait plus facile de lĂącher sur la vaisselle, et hop, la spirale infernale. Ce constat m’avait fait prendre la mesure de l’importance de changer la poubelle lorsqu’elle Ă©tait pleine, pour Ă©viter de dĂ©clencher la suite de consĂ©quences nĂ©gatives.

Une fois la poubelle sous contrĂŽle, j’ai fait un deuxiĂšme constat. Pourquoi la vaisselle s’empile-t-elle dans l’Ă©vier? Parce que l’Ă©gouttoir est encombrĂ© de vaisselle propre pas rangĂ©e. Et pourquoi n’est-elle pas rangĂ©e? Parce que la mĂ©thode de rangement dans les armoires n’est pas ergonomique, et ne “facilite” pas assez le rangement. Cela augmente l’effort nĂ©cessaire pour ranger et diminue donc les chances que ça se fasse.

Donc, tout comme changer la poubelle avant qu’elle dĂ©borde, rĂ©organiser le rangement des couverts et services et diffĂ©rents ustensiles culinaires peut contribuer Ă  faire en sorte que la vaisselle se fasse Ă  mesure.

Un autre Ă©lĂ©ment qui a Ă©mergĂ© de cet Ă©change: plus on est fatigué·e quand on finit de souper, moins il y a de chances qu’on fasse la vaisselle dans la foulĂ©e. On voit donc que “manger trop tard” peut donc, par un enchaĂźnement d’effets, mener Ă  une cuisine en bordel.

Ça me rappelle une discussion avec une autre amie, hier: elle n’aime pas faire la vaisselle aprĂšs souper. HonnĂȘtement, je comprends. Une fois le ventre plein, la journĂ©e finie, j’ai juste envie de chiller. Dans son cas, elle a une bonne solution: le matin, pendant que son cafĂ© cuit, elle a une fenĂȘtre de temps parfaite pour faire la vaisselle, au lieu d’attendre bĂȘtement. Mais dans le mien, et celui de ma binĂŽme, soit il n’y a pas de cafĂ©, soit il faut simplement se rendre Ă  l’Ă©vidence que le matin, il ne faut rien nous demander. Et de mon cĂŽtĂ©, arriver le matin dans une cuisine plus ou moins rangĂ©e dont l’Ă©vier est vide ou presque donne un bien meilleur coup d’envoi Ă  ma journĂ©e que si je suis confrontĂ©e directement Ă  une tĂąche qui m’ennuie au plus haut point et pour laquelle il me faut pas mal d’Ă©nergie.

La vaisselle, le souper… la nourriture. Le problĂšme du repas du soir, c’est qu’on arrive Ă  sa porte lessivĂ©e par la journĂ©e. Plus de jus, plus de methylphĂ©nidate (souvent), la batterie attentionnelle Ă  plat. Amplement de quoi procrastiner le repas, et faire le lit de l’Ă©vier plein de vaisselle (et de la cuisine qui se fait la malle avec notre moral). Comment remĂ©dier Ă  ça?

Planifier les menus Ă  l’avance… c’est joli en thĂ©orie, mais pour moi en tous cas, utopique. Je suis quelqu’un qui marche aux rĂ©serves et Ă  l’improvisation. Ce qu’on peut faire par contre, c’est rĂ©duire l’effort nĂ©cessaire Ă  la prise de dĂ©cision et Ă  la prĂ©paration du repas. Par exemple, avoir une collection de “repas d’urgence” plus ou moins Ă©quilibrĂ©s qu’on peut faire rapidement et sans effort, sans trop de vaisselle, sur la base d’ingrĂ©dients “stock” qu’on s’assurera de toujours avoir Ă  la maison. Et les mettre par Ă©crit (post-its, cartes) c’est encore mieux, parce que quand le cerveau est au bout, des fois mĂȘme faire 1+1+1= repas c’est trop. Quelques idĂ©es:

  • une demi-boĂźte de conserve de haricots rouges (ou pois chiches) + une petite boĂźte de maĂŻs + un bout de concombre/tomate et une boĂźte de thon ou deux oeufs durs (sauce salade toute prĂȘte of course)
  • pĂątes au pesto avec fromage rĂąpĂ© stockĂ© au congĂ©l pour qu’il ne devienne pas bleu, une demi-concombre en dĂ©s avec la sauce Ă  salade, pour accompagner un morceau de viande ou de poisson (le poisson se fait super bien au micro-ondes si jamais)
  • dans les pĂ©riodes chargĂ©es, acheter de la salade en sachet pour ne pas avoir Ă  laver sa pommĂ©e feuille par feuille et l’essorer (surtout si l’Ă©vier n’est pas inoccupĂ©)
  • une pomme de terre coupĂ©e en dĂ©s, dans une assiette avec un peu de sel et une ou deux cuillĂšres d’eau, 4-5 minutes au micro-ondes. Une courgette en dĂ©s, idem, 2 min au micro-ondes. Une escalope panĂ©e de Quorn (perso j’aime celles au poivre et citron) dans le air fryer: hop, c’est prĂȘt en moins de 10 minutes et quasi sans vaisselle

VoilĂ  l’idĂ©e – Ă  adapter selon ses habitudes alimentaires et son goĂ»t. Le tout est de prendre un peu de temps en amont (pas quand on crĂšve de faim Ă  22h30) pour identifier ces menus de secours, faire la liste du matĂ©riel de base Ă  complĂ©ter chaque fois qu’on fait les courses, et les noter quelque part.

Qui eĂ»t cru qu’avoir chez soi un petit stock de produits de base bien choisis (oeufs durs, concombre, tomates, maĂŻs et haricots rouges en boĂźte, thon, pĂątes, bocal de pesto, parmesan au congĂ©l, courgette, patates, etc) pouvait rĂ©sulter en une cuisine mieux rangĂ©e?