Un univers parallèle sans Oscar [en]

C’est très déroutant. J’ai l’impression d’avoir été plongée dans un univers parallèle, à la fois familier mais pas tout à fait juste. Je suis régulièrement saisie par le sentiment d’avoir oublié quelque chose, par le besoin d’aller vérifier quelque chose, d’une absence anormale. Je sens le soulagement qui pointe le bout de son nez, une fois l’orage de tristesse passé, quand les nuages se dissipent, immédiatement remis à sa place par les doutes et la culpabilité, une impression diffuse d’avoir fait quelque chose de terrible.

Les gamelles dans l’évier, je leur en veux d’être là. Les sachets de nourriture dans la boîte dans le couloir, aussi. Les tiroirs pleins d’affaires, les paniers dans le salon, sur le lit, sur le balcon, les petits escaliers pour chat. Je les vois et je leur en veux. Je leur en veux d’être là alors qu’Oscar n’est plus là.

A la mort de Tounsi, je me souviens d’en avoir voulu à Quintus d’être encore en vie. C’était une réaction qui n’avait aucun sens pour moi. J’aimais Quintus. Certes, il aurait été dans l’ordre des choses qu’il meure avant Tounsi. Mais il n’avait rien à voir dans la mort de Tounsi, il n’y pouvait rien, pourquoi donc est-ce que je lui “en voulais”?

Je crois que je comprends, maintenant, face aux gamelles et aux boîtes de médicaments et au stylo d’insuline dans le frigo. L’existence de chacun de ces objets met en relief l’absence d’Oscar. Ils me renvoient aux gestes que je ne ferai plus, aux moments partagés que je n’aurai plus – ils sont les témoins très concrets, à travers leur présence et leur inutilité, de la part de mon quotidien arrachée par la mort. La mort d’Oscar, mon grand chat à la personnalité immense et à la volonté irrépressible, que j’ai amadoué, chéri, soigné, et qui en retour m’a offert sa confiance et un ancrage, un rythme, une présence.

Quintus et Tounsi étaient un duo. Quand il y avait l’un, il y avait l’autre. La vie de Quintus soulignait la mort de Tounsi. Je n’en voulais pas à Quintus, en réalité. C’était simplement ma réaction à la douleur que sa présence m’imposait – celle de l’absence de Tounsi.

C’est la même chose ici. Elles n’y peuvent rien, les gamelles. Pour la première fois, je crois que je comprends les personnes qui ressentent le besoin de faire disparaître toute trace de l’être aimé au plus vite. Je comprends aussi celles qui ne veulent toucher à rien, parce que la mort c’est déjà assez de chamboulement sans en plus défigurer l’espace familier dans lequel on vit, et aussi parce que tout ce qui reste, c’est aussi un moyen de rester en lien malgré l’absence.

Je suis quelque part au milieu. Hier soir j’ai rangé deux ou trois choses. J’ai poussé les escaliers qui mènent au lit, rassemblé dessus couvertures anti-chute, panier, jouets, le peigne qui trainait sur la table de nuit. J’ai empilé les dodos du salon et du balcon dans le fauteuil où Oscar aimait se tenir, jusqu’à ce qu’il y fasse une crise qui a fini par l’en faire tomber – pour ne plus jamais y remonter. Mais c’est tout. Le plus gros, ce qui est dans le chemin.

J’ai tellement d’affaires liées à Oscar. Où vais-je les ranger? Que vais-je faire de l’espace libéré? C’est là en toile de fond. Il n’y a pas d’urgence. Pas aujourd’hui, peut-être cette semaine.

Je suis très déboussolée, juste là. La quantité de messages de soutien reçus, que ce soit par WhatsApp, sur la page d’Oscar ou dans le groupe Diabète Félin, me vont droit au coeur même si juste maintenant, honnêtement, je n’arrive pas à répondre. J’ai besoin d’être seule et tranquille. Mode cocon. J’ai deux ou trois points de contact en place pour cette semaine. Ça me touche que vous pensiez à moi, et j’apprécie infiniment les offres de soutien. C’est important dans un moment comme ça. Proposer quelque chose, c’est la chose juste à faire, même si la personne en deuil n’y répond pas ou n’en a pas besoin juste là. Ne prenez pas mon silence pour du rejet ou du manque de considération – savoir que vous êtes là, que vous pensez à moi, ça compte, du fond de mon petit cocon.

Chaque chat est différent, chaque deuil aussi. Ce qui est valable un jour peut ne plus l’être le lendemain. Merci pour les bouteilles à la mer, merci d’être là.

J’ai pensé à Delphine ces derniers jours, et hier surtout. La vétérinaire qui est venue pour l’euthanasie d’Oscar la connaissait aussi, et la dernière fois qu’elle était venue ici en consultation, pour Oscar, c’était avant son décès, et on avait parlé d’elle.

Prendre la décision de faire endormir son animal adoré, c’est super dur. Mais je n’oublie jamais le ou la vétérinaire, dans l’histoire. Ce n’est pas anodin, comme acte. Ce n’est pas toujours facile – des fois plus ou moins que d’autres. Comment sont formés et accompagnés ces professionnels face à la question de la mort, avec laquelle ils sont si souvent aux prises, ça me travaille. D’autant plus après le décès de Delphine, car évidemment, on en a parlé, de l’impact de ce métier sur le rapport à la mort. Il y a certainement des exceptions, mais d’après ce que j’ai compris, c’est très largement “chacun se débrouille comme il peut”. C’est un autre sujet que celui de cet article, et qui mérite une place à lui. Mais c’était important pour moi de le dire.

J’ai mal à la tête et j’ai du brouillard dans le cerveau. Je tourne au ralenti – autant les dernières heures et minutes hier avec Oscar ont parfois semblé s’étirer à l’infini alors que je le caressais, lui parlais, ou le regardais dormir, autant depuis son décès les heures disparaissent en un clin d’oeil. Mon temps est une succession d’ellipses.

J’ai dormi, cette nuit, et celle d’avant aussi. Pas tout à fait assez, mais j’ai dormi. Je ne suis pas sortie, par contre. Il faudrait que j’aille au parc, au moins. Mais dans cet univers parallèle sans Oscar, le ciel est gris et l’orage menace. Le peu de batterie sert à me faire à manger, et il ne m’en reste plus pour braver les éléments. Il va falloir attendre que ça se recharge.

Ce matin avec Oscar la Star [en]

Dernière nuit, dernier matin. Dernière injection d’insuline. Derniers médicaments du matin – je lui donne un Cerenia entier, parce que c’est le dernier de la boîte, et sait-on jamais, il sera peut-être un poil mieux qu’avec un demi. Et si c’est pas le cas, c’est pas comme si je devais garder la moitié pour demain.

J’ai sorti mon pilulier, celui que j’ai acheté après mon accident, quand j’ai réalisé que mon pauvre cerveau n’était régulièrement plus au clair sur où j’en étais avec ma prise de médicaments. Ça fait longtemps que je ne l’utilise plus. Mais là, tout comme hier à la Migros j’ai acheté ce que j’appelle de la “nourriture d’urgence”, je l’ai sorti, en me disant que peut-être cette prochaine semaine ce ne sera pas du luxe de ne pas avoir à me demander si j’ai bien pris mes médicaments ou pas.

Hier après-midi, après sa dernière crise, quand le Valium a commencé à faire effet, Oscar a fait un brin de toilette. Il a même passé la patte derrière l’oreille, quelque chose que je ne l’avais plus vu faire depuis au moins… un an? deux ans? plus?

Ce matin, après avoir mangé sa pâtée avec ses médics, il a léché son plastron un petit peu. Ça aussi, ça faisait longtemps. Quelques coups de langue.

Je suis contente qu’il semble “bien”. Contente pour lui. Mais c’est si dur pour moi. Il n’a pas l’air moins bien qu’il y a six mois, juste là sur le balcon, à s’étirer un coup après avoir observé le monde extérieur à travers la jungle de plantes accrochées à la balustrade. Après sa pancréatite de l’automne dernier, dont il s’est tiré de justesse, il a repris du poids.

Il est stable, là, si on fait abstraction de ce qui se trame dans son cerveau. Si on fait abstraction des moments où brutalement, il perd conscience, perd le contrôle de son corps, convulse, se fait dessus, crie parfois. Si on fait abstraction des minutes et parfois heures qui suivent où il est désorienté, agité, clairement incomfortable, anxieux ou irritable, pas sûr d’où il est, de ce qu’il veut, et peut-être même de qui il est.

Hormis les crises, il ne semble pas trop mal. Certes, la mobilité c’est vraiment compliqué. Trois pattes pour commencer, c’est déjà pas toujours évident. Mais je me souviens, quand il est arrivé ici, à l’automne 2019, juste avant la pandémie, avant mon opération au poignet. Il sautait sur la table. Ce sont les pattes arrières qui comptent pour ça, vous me direz, et vous aurez raison. Mais il sautait sur la table, il en descendait, il se débrouillait bien.

Cela faisait moins d’un an qu’il avait été amputé, et c’était déjà un chat vieillissant. Âge incertain, estimé à une quinzaine d’années. J’avais dit “nan, il a jamais quinze ans, plutôt dix”. Aujourd’hui, j’en sais rien. Cela fait des années qu’il a passé dans la catégorie “grands seniors”. Une chère amie qui connaît les chats mieux que personne m’avait dit “autour de 15 ans ils passent un cap, côté vieillissement”. Ou quelque chose comme ça. Il y a un moment où le vieux chat devient visiblement “très vieux”. Oscar a passé ce cap il y a longtemps.

La mobilité c’est compliqué, je disais. C’est pas juste le nombre de pattes. C’est l’arthrose qui déforme ses articulations, tellement que même moi je vois sur les radios que ça va pas. Il a toute une série de traitements pour la douleur, depuis des années. Elle est bien prise en charge – en tous cas je le crois.

La douleur, chez le chat, c’est un truc qui m’obsède. Parce que je sais qu’en tant que petit animal, même si c’est un chasseur redoutable, le chat a aussi des comportements de proie. Il cache sa douleur. Il ne la manifeste pas. Le chat n’est pas non plus un animal “social” au même titre que le chien ou l’humain. Il ne dépend pas des relations avec ses congénères pour sa survie. Cela colore la façon dont il apprend, entre en relation, et communique. Il ne se plaint pas. Quand il a mal, il fait moins, il bouge moins, il ne saute plus sur la table, il dort.

Quand on voit quelque chose, c’est qu’il a déjà très mal. Alors ça m’obsède: je ne veux pas que mes chats aient mal. Quand Tounsi est mort, je n’ai pas vu qu’il avait terriblement mal pendant une journée entière, alors même qu’il était paralysé par une thromboembolie aortique. Il ne criait pas, il semblait “normal” à mes yeux. C’est seulement quand j’ai mis l’oreille sur sa poitrine que j’ai entendu que sa respiration était un peu gémissante, et que j’ai pensé à en mesurer la fréquence, et que j’ai soudain compris qu’il souffrait.

Oscar se déplace avec difficulté, même les bons jours. Trois vieilles pattes frêles, déformées par l’arthrose, dont la musculature a fondu au fil des ans. Et par-dessus ça, des problèmes neurologiques qui rendent leur contrôle de plus en plus difficile. Il y a des chances que la source des difficultés avec ses pattes soit la même que celle des crises. On ne le saura jamais avec certitude, mais c’est probable. Les pattes ne font pas forcément ce qu’il veut. Elles vivent parfois leur propre vie. Se lever, c’est devenu de plus en plus compliqué pour lui. Ses gamelles sont surélevées. Se déplacer, faut que ça en vaille la peine.

Mais il ne lâche rien, il veut quand même. Il avance, il descend les deux étages d’escaliers qui mènent à l’eclau (que je ne m’avise pas de vouloir le porter), il monte sur le canapé, essaie même parfois d’en descendre direct sans utiliser ses petits escaliers, et est capable de piquer un sprint dans le jardin afin de pourchasser un autre chat, alors même qu’une minute avant il semblait ne plus réussir à tenir debout. Comme a dit une fois une de mes voisines, en le voyant foncer sur Juju: “heureusement qu’il n’a que trois pattes!”

Alors oui, Oscar est un très vieux chat et il a la vie qui va avec. Mobilité réduite, maladies chroniques et médicaments, visites chez le vétérinaire, beaucoup de siestes et surtout, ses petites habitudes. Différents moments de la journée, différents lieux de sieste. Le balcon, le salon, la chambre, et surtout, en bas sur le canapé, avec vue directe sur le jardin et Juju dans les parages.

Du temps d’Erica déjà, j’avais dû mettre une séparation à l’eclau. Oscar avait commencé à y descendre, et un jour j’ai réalisé qu’Erica venait de moins en moins dans la “partie bureau” de l’eclau. Petit à petit, Oscar était en train de le chasser. L’espace auquel Erica avait droit à l’eclau rétrécissait, rétrécissait encore, et on allait se retrouver dans la situation où Oscar ne le laissait même plus rentrer par la chatière. J’ai donc installé une séparation amovible, qu’Erica pouvait franchir s’il le souhaitait, mais pas Oscar – pour préserver un “safe space” intérieur pour Erica.

Après le décès d’Erica, Oscar a eu accès à l’ensemble de l’eclau, et il a très vite décrété que le meilleur spot c’était le perchoir devant la chatière. Il y passait de longues heures, même des journées entières. Le mari d’une amie avait bricolé auparavant pour moi une série de plate-formes au mur pour y faciliter l’accès, tant pour Erica qu’Oscar. C’est d’ailleurs en allant récupérer Oscar sur ce perchoir, un soir, que j’ai rencontré Juju.

La nuit, Oscar dort avec moi. Au creux de mon bras, comme le faisait Bagha. Je lui ai appris. Du vivant de Quintus, Oscar dormait au salon. Je les séparais quand j’étais absente ou que je dormais. Oscar, c’est le Roi. Quand le Roi arrive, on se pousse. C’est très clair, ça, chez lui. “Poussez-vous, le Roi arrive!” avait dit le vétérinaire comportementaliste que j’avais consulté suite a une altercation entre Oscar et Quintus dont le résultat avait été que Quintus n’osait plus aller au salon. A force de patience et de persévérance, j’avais pu raccommoder un peu la relation entre les deux, mais la surveillance était de mise.

Oscar le Roi: tout le monde fuit devant lui. Erica, Juju, les chats qu’il croise dans le jardin. Au chalet, une fois, il a croisé le matou qui régnait sur le quartier. Oscar n’a eu qu’à bomber le torse, se grandir un peu, regarder férocement son rival avec un grognement et celui-ci avait déjà déguerpi, avant même qu’Oscar ne se lance à sa poursuite, oubliant le temps de quelques mètres les trois pattes et l’arthrose ainsi que l’absence de dents. Il avait déguillé en bas du talus, dignité égarée dans les herbes montagnardes, mais l’autre n’en a jamais rien su, loin depuis longtemps.

Le Roi dort avec moi, au creux de mon bras, comme je lui ai appris. Après le décès de Quintus, Oscar a eu accès à ma chambre la nuit. Comme Tounsi avant lui, il avait choisi de s’installer contre mes jambes, ou même entre elles. Je ne sais pas vous, mais moi, je ne trouve pas ça super confortable, le chat qui coince les jambes pendant qu’on dort. Quintus, lui, dormait sur l’oreiller – il avait même le sien à la fin. Ça allait aussi bien. Mais entre les jambes, c’est bof. Donc petit à petit, je l’ai convaincu de tester le creux du bras. Et c’est comme ça qu’on s’endort chaque nuit depuis.

Dans les habitudes d’Oscar, qui persistent dans sa vie de petit vieux, il y a le massage d’oreille. Quand il est arrivé ici, Oscar faisait sa toilette. Certes, certaines régions étaient compliquées à atteindre avec une patte en moins, mais il faisait ce qu’il pouvait. Il toilettait d’ailleurs toujours soigneusement son plastron et la zone où manque la patte. Pour le museau, il faisait les deux côtés avec la patte qui restait. Mais l’oreille gauche… compliqué. Il a toujours aimé qu’on le caresse sur la zone d’amputation, et frotter son oreille dans la main. Il aimait aussi beaucoup venir frotter son museau contre les orteils qui trainaient.

Comme d’autres aspects de sa vie qui se sont rétrécis avec le temps, la toilette s’est réduite au point que maintenant, une “grande toilette” consiste à lécher la patte et la passer quelques fois sur le museau. Cela fait longtemps qu’il ne fait plus véritablement de toilette. Difficulté d’accès, difficultés de mobilité ensuite, maladies et vieillissement… Malgré l’absence de toilette, son poil n’est pas si catastrophique que ça. Il n’est pas magnifique, on s’entend. Mais là, couché à côté de moi à l’ombre du drap que j’ai suspendu pour le garder à l’ombre pendant que j’écris (au fil des paragraphes le soleil est sorti et avance dans le ciel), il n’a pas le poil d’un chat à l’article de la mort. Parce qu’il ne l’est pas, même s’il l’est, en fait.

Il y a eu des périodes où j’avais réussi à faire en sorte qu’il accepte d’être peigné. Ça n’a pas été simple, il a fallu de la patience, mais on y est quand même arrivé. Quelques coups de peigne, ici et là, au fil des jours, pour entretenir un peu le pelage et éviter les pire noeuds. Là, ça fait un moment que je ne le fais quasi plus, parce que ce n’est pas agréable pour lui, et qu’on est dans une perspective de temps de vie limité.

Quand il a eu sa pancréatite il y a maintenant plus de six mois, j’ai cru que c’était fini. J’ai aussi cru qu’il allait y rester en 2021, avec sa gingivostomatite. Il y a eu plein d’autres frayeurs, plus en toile de fond. Quand il a commencé à perdre du poids. Quand son diabète s’est déréglé. Quand l’insuffisance rénale s’est pointée et a commencé à évoluer. Mais on s’en est sortis à chaque fois.

Quand il est arrivé chez moi, son diabète était sous contrôle mais moyennement régulé. Il était vieux, il avait été malade peu avant, on le pensait plutôt sur la fin. Quelques semaines plus tard son diabète était parfaitement régulé, et au printemps 2020, après plusieurs fausses alertes, il est entré en rémission. Une année plus tard, les problèmes infectieux ont débarqué. D’abord une infection importante au nez, après le décès de Quintus, et six mois plus tard, la bouche, ce qui a résulté en une extraction totale de ses dents et une mise sous cortisone qui a nécessité une reprise de l’insuline. Je vous passe les détails, mais c’était une année vraiment difficile, j’ai cru le perdre plusieurs fois – jusqu’à ce qu’on se décide à passer à la cortisone. Il est resté dix-huit mois sous cortisone, et quand on a pu arrêter, il était “toujours” en rémission, dont il est sorti un peu moins d’un an plus tard, début 2024.

Je pense que personne n’aurait parié qu’il serait encore en train de chiller sur le balcon au printemps 2026. Mais à force qu’il surmonte tout ce que son corps mettait sur le chemin, on a presque fini par croire qu’il était immortel. “Il va tous nous enterrer,” avait dit une fois en riant sa vétérinaire.

Depuis novembre dernier toutefois, quand il a fait sa première crise convulsive, l’horizon s’est rétréci. Mais là aussi: en janvier, le vétérinaire neurologue disait prudemment “des mois, mais plutôt des semaines”. On est le 3 mai. C’est pas que je tienne à battre des records ou défier les pronostics. Et je sais que le chat est un animal coriace, qui peut revenir de très loin. Mais c’est mon vieux chat et je ne veux pas qu’il meure. Donc chaque bout en plus, c’est un bout en plus, même si c’est aussi douloureux de vivre au quotidien avec l’épée de Damoclès de la maladie incurable et de perspective de la décision à prendre, quand il sera temps.

On y est. Dans quelques heures. Oscar a quitté le balcon pour s’installer sur le lit. Un changement de lieu de sieste typique. Il commence à faire chaud, là dehors. Quand je regarde Oscar juste maintenant, à l’intérieur je crie non, je n’arrive pas à réconcilier l’animal vivant et “qui va”, qui respire, flaire mes doigts et s’y frotte, au poil doux et chaud sous ma main, avec sa mort à venir, prévue et nécessaire. Alors je repense à hier après-midi, sa dernière crise, au cri qu’il a poussé et qui m’a fait accourir, à sa confusion ensuite. Je pense à celle de la nuit de vendredi à samedi, à celle de jeudi matin, à celles qui ont précédé. Je sais que ça ne peut pas s’arranger. Je sais qu’il est temps.

Mais à l’intérieur mon coeur se débat et essaie de raconter qu’il y a peut-être encore de l’espoir, que c’est trop tôt aujourd’hui, qu’on pourrait attendre demain comme initialement prévu, qu’on pourrait peut-être attendre encore parce que qui sait, il y aura peut-être à nouveau une semaine ou dix jours ou deux semaines de répit, qu’il n’a pas fini de vivre, qu’on doit pouvoir faire quelque chose…

Mon coeur se débat parce que la fin de l’existence résiste à mon entendement d’être qui existe, parce que la mort qui délivre de la souffrance ça fait sens mais ici, la souffrance n’est pas sous mes yeux ou dans les yeux mouchetés de brun du vieux chat installé dans son panier, elle est dans le futur à la fois incertain et certain de la prochaine crise qui surviendra, et la suivante, et la suivante, jusqu’à celle qui ne s’arrêtera pas.

Alors je fais un compromis, je choisis pour Oscar une mort paisible et contrôlée, je choisis de ne pas repousser l’inévitable de quelques jours ou quelques heures parce que je sais que ce temps gagné serait au service de l’angoisse et de la peur, pas de la vie ni de l’amour. Ce temps serait une coquille vide.

Mais mon coeur n’est pas convaincu. La mort et la douleur lui font trop peur.

Pendant que j’écrivais ces dernières lignes, Oscar a commencé à s’agiter un peu. Il a quitté le lit pour le salon, il s’est levé, désorienté, recouché, relevé. Recouché, relevé. Retourné sur le lit.

Une part de moi espère presque que ce soit une crise qui se prépare, parce que ça rendrait les choses plus faciles, tout à l’heure. Mais évidemment qu’au fond je ne veux pas ça, parce que je préfère qu’on puisse passer ces dernières heures sereinement, déjà, et parce que je veux qu’il vive ce qui lui reste de vie le plus confortablement possible. Je suis sûre que vous comprenez ce genre de dissonance émotionnelle.

Ce soir, quand Oscar sera mort, je m’endormirai chez moi pour la première fois sans chat, à quelques exceptions près, depuis bientôt quinze ans. Je serai seule dans un appartement dont j’ai pensé l’aménagement pas juste pour moi, mais aussi pour mon vieux chat. Qui ne sera plus là. Il y a des escaliers pour chat avec des protections pour ne pas qu’il en tombe un peu partout. Il y a des paniers à chat un peu partout. Il y a des coussins et couvertures à côté du lit parce qu’il en est tombé une ou deux fois, ces derniers mois. Il y a dans la cuisine des étagères et tiroirs entièrement consacrés à sa nourriture, à ses médicaments. Il y a une litière aux WC et une gros conteneur pour les pellets. Il y a des gamelles, il y a même un tapis dans le couloir que j’ai mis pour lui, parce que le parquet a commencé à être trop glissant à un moment donné. Il y aura tout ça, mais il n’y aura plus de chat.

Oscar n’est pas mon premier chat, ni le premier chat que je vois mourir. Mais comme chacun des autres, il est unique. Il est une vie irremplaçable et précieuse, en particulier à mes yeux. Il est mon compagnon-témoin d’une tranche de vie, un lien affectif plus stable et long que beaucoup de relations humaines. Durant six ans et demi, il a été une constante dans ma vie. Pas le chat le plus câlin de la planète, pas le champion du ronron, mais un chat avec une très grande personnalité, un warrior, une histoire singulière dont une part restera toujours un mystère, et qui s’évaporera quand son coeur s’arrêtera de battre.

Ce soir, mon appartement sera vide. Il y a des années, j’ai une définition de ce qu’est “à la maison”, “home” en anglais. “Home is where the cat is.” Il me reste Juju, mais Juju ne vit pas ici. Il vit deux étages plus bas, et dehors dans tout le quartier, surtout la nuit. Un jour, il vivra aussi ici, mais ce n’est pas encore le cas. Il va me falloir du temps, comme il m’a fallu après Bagha, pour réapprivoiser ma vie sans chat. Sans chat chez moi, s’entend. Juju est mon chat – mais Juju vit sa vie, je peux partir trois jours, mes câlins lui manqueront bien sûr, mais il est autonome. Comme l’était Erica. Ce n’est pas le même genre de relation. Si j’ai de la chance, Juju aussi sera vieux un jour. Peut-être qu’il ne courra plus les rues du soir au matin et qu’il dormira quelque part sur mon lit. Très probablement, il me tiendra compagnie la journée quand je suis chez moi. Mais ça c’est l’avenir, pas immédiat.

Je n’ai prévu grand-chose pour “après”. Jusqu’ici, je n’ai pas été le genre de personne qui ressent le besoin de tout ranger les affaires du chat dès son décès. Mais qui sait, peut-être que cette fois ce sera différent. Ou pas. Je vais être prudente avec mon cerveau dans les jours qui viennent, parce que la charge émotionnelle est également cognitive, donc le risque d’en “faire trop” sans m’en rendre compte est très présent. Je vais regarder Grey’s Anatomy. Je vais passer câliner Juju. Je vais faire ce qui me semblera bon et utile, et ne pas faire ce qui ne m’aide pas. Je vais être indulgente avec moi-même. Je vais peut-être écrire encore.

La matinée a passé pendant que j’écrivais. Je vais publier cet article, manger quelque chose, donner à Oscar de la gabapentine pour qu’il soit relax et détendu le moment venu. Peut-être que je rajouterai des photos par la suite, ou pas. Merci à vous qui m’avez envoyé des gentils messages ou témoigné votre soutien d’une façon ou d’une autre. Je ne réponds pas toujours, mais sachez que ça me fait chaud au coeur.

Il est temps d’y aller.

My Very Old Oscar [en]

So here we are, another cat blog post written through tears. Oscar had three seizures this last week. Sunday 2am, Thursday 7.30am, Saturday 2am. Before that, we had two weeks without seizures, following a small one on the 12th, a kind of aftershock from the one on the 7th, that signalled another clear “beginning to the end”. We’d increased medication a month and a half before that following breakthrough seizures, and although the side-effects were important enough that they prompted us to decide we wouldn’t increase medication any further and make end-of-care plans, it did mean we got all that extra time, seizure-free.

But this is the end. The seizures are not going to stop or “get better”. We don’t know precisely what’s causing them but given his age and their presentation, it’s likely it’s a brain tumour, or some other brain lesion. He’s a very old man. We don’t know how old he is, because he’s a rescue, but it’s quite clear he’s very old. Eighteen, 19, 20? Even if it’s “just 17”, that’s already very old. He has old eyes, a string of old cat illnesses. He’s been through a lot and I know I’ve taken very good care of him.

If it weren’t for the seizures, he’d continue living his old man life: lots of napping, some ear-rubs, a stroll in the garden every now and again, telling Juju he’s the boss (as well as other cats if he spots them on a garden-walk), and keeping up with his little habits: this bed in the morning, that bed in the afternoon, take a little sun on the balcony, go down to the coworking space, meds 4 times a day, a rotation of wet food, trips to the litter-box, and sleeping in the crook of my arm at night.

But there are the seizures, and it’s not fair to him at this frequency. The one he had two days ago lasted a good three minutes, I got it on the surveillance camera. I don’t know about the two others, but the previous big ones were a minute. Three minutes is a long time for a grand mal seizure. He loses consciousness, he pees himself, he seizes, and then he’s out of it for hours – disoriented, uncomfortable. Then he’s OK again, like now, napping on the balcony. But that’s a lot of discomfort and hours of being unwell on top of a base quality of life that, even if it’s still acceptable, is clearly diminished. And the seizures will get worse. The more you seize, the worse it gets. The seizures breaking through the medication and increasing in intensity and frequency also indicate the underlying issue is progressing. Some of you may be wondering: no, brain surgery isn’t an option for an old cat like him, he wouldn’t survive it, and even if he did, he wouldn’t manage to recover. Even putting him under general anesthesia for an MRI is not an option.

This is the end, my friend.

When Quintus died, he was much more diminished than Oscar is. Quintus was fading away. Oscar is fighting every inch of the way. He has three legs, arthritis, and neurological issues in addition to the meds that make him wobbly. But he still wants. Wants to go out, wants to hit Juju, wants to go downstairs, wants this, wants that. He is still going ahead.

I find it really hard to be putting a cat to sleep who still has so much fight and apparent will to live in him. Of course, one mustn’t anthropomorphise. Living beings keep on going as long as they’re not suffering so much that they just want the suffering to go away. Oscar doesn’t care about his life the way I do. He doesn’t know about death, he doesn’t make plans for tomorrow or next month. He doesn’t wonder if his life is worth living or not. He just is.

It’s different for me. Since Quintus had his first pancreatitis in 2016, I’ve been living with cat death hanging over me. Tounsi and Erica died rather unexpectedly. But Quintus was already becoming old back then. We weren’t sure he’d make it. He did. In 2017 he became ill with diabetes, and it seemed like that would be it. He recovered, but from then on it was pretty clear we were living on borrowed time. Each year, I’d hope he’d make it to his next birthday, without daring to count on it. He slowly declined, year after year. Oscar joined us in 2019, already old and diabetic. Quintus died in 2020, and I almost lost Oscar in 2021. Borrowed time for him too since then. Of course, through all that borrowed time, there were stable periods – both for Quintus and Oscar. But you know it’s just a reprieve.

Caring for old sick cats also means daily medications, vet visits, and elderly-proofing the home. So much in my flat is “designed for Oscar”. There are kitty-stairs everywhere. Two feeding stations. The huge litter-box. The beddings. And since the seizures started in November, rectangular absorbent pads under each of them. When you need to give injections 12 hours apart, or anti-seizure medication 8 hours apart, that constrains your personal schedule. Being absent requires either making concessions with the treatment (which I have done at times for the insulin injections when he was doing well) or finding people to take over (which I’ve also done regularly). Then there’s the fact that having an old pet who might die pretty much any time kind of dampens the desire to be away.

Once Oscar is gone, which might be today, or sometime in the next few days, most probably, a whole lot of “stable” things my life revolves around will be gone too. No more medication schedules. Put away the kitty stairs and beddings and the feeding stations and the litter box. Sure, Juju will be coming to the flat in time (he doesn’t right now), but he won’t need all this. A bowl of water, a blanket or a small bed somewhere, but maybe even not that — he tends to prefer sleeping rough. His death will not just break my heart, as all deaths do, it will also break my living environment and my daily routines.

Then there are the vets. Oscar has had regular vet visits for years now – every four weeks, then every three weeks. His veterinary osteopath also comes by every month — she used to come for Quintus already back in the day. Juju might need some more osteo sessions, but he definitely won’t be going to the vet much. Travel is a major source of stress for him, and I have another vet who does home visits come for him. So here are two people, whom I really like and have been seing regularly for years, who will drop out of my life when Oscar dies. I won’t just be losing him, but them too. So, sure, you can drop in at the vet practice once in a while with a cake or some cookies, but it’s not like you can sit and have a cup of tea with your ex-vet every couple of months. I get it. It’s a professional relationship. But it’s a human relationship too, and I’m really sad about that too.

There will be relief of course, and freedom. But a lot of loss.

When I look at Oscar right now sleeping next to me on the pillow like he often does, it feels unreal. Life is perfectly normal in this instant, and it’s going to be upended, and I don’t yet know when, but I’m going to be making that decision soon with the vet. It feels like the moment before you tell somebody you’re breaking up with them, when they didn’t see it coming. It feels like being on the 10-metre platform and having to decide when to jump.

Edit: his vet called back. She’ll be coming Monday 5pm. I’m so grateful she can come for this – and so devastated too.
Edit again, 17:15: I don’t think we’ll last till Monday. He had another seizure a couple of hours ago. Am in contact with vet to see how we manage things.
Edit after vet call: organising it for tomorrow afternoon, 2-3pm or so.

I’m going to miss him. I feel so sad. I wish there was a way around this. But there isn’t. We all die. Everybody dies. Our pets die before we do, pretty much every time. Some part of me wishes he looked more like he was dying – but on the other hand, I don’t wish him to feel crummier than necessary for whatever time he has left. It’s clearly better for him this way, even if it’s harder for me.

As I finish writing this, he’s coming to rub his face on the corner of my screen, before heading down his kitty stairs to grab a bite – and then get on with his old-cat-day.

Today is Tomorrow [en]

A friendly colleague I share some geeky interests with told me today I was courageous to announce my blogging intentions yesterday. I told him “not that much”, because if I didn’t stick to my declaration of intent, it’s not something I’d feel terribly bad about. Writing that quick post yesterday made me feel a bit better, and announcing I would write today increased the probability I’d actually do it today. Making clear plans and public accountability aren’t binding, but they can help tip the scales.

So, I set my timer and I didn’t dive into my open tabs before starting to write. I’m less all over the place today, but it doesn’t mean any of the underlying issues are dealt with. Oscar is still dying. I’m still unhappy about having to set aside so much of what I’d like to do. The one-year mark of my accident is behind me, and though I’m still confident about making a full recovery, that confidence is fragile and easily shaken, particularly when there are setbacks. I am starting to be afraid of “crashing” again like I did at Christmas.

I’ve lost other cats before Oscar, but in my post-accident world, there is no known territory anymore. I don’t know what it will do to me – because my brain is still very much in the process of recovering. I’m working 50% again but have set aside pretty much all my non-work activities and projects, and I’m exhausted. So, I’m on edge emotionally, and not dealing well with the usual/inevitable stuff life in our day and age throws at me, particularly the stuff that has to do with broken systems, bureaucracy, and people being a pain in the neck. I am stuck in between a rock and a hard place: either deal with it or let it go, and both are costly, and I don’t have spoons to spare these days.

On the sunny side, when I’m feeling kind of OK, I have to face the frustration of prioritising rest, when I have a pile of blog post ideas (I even have a couple of proper drafts that need finishing up), want to make progress with the migration of the diabetic cat community to Discourse (and write about it), finish setting up Claude so it’s properly usable for the half-dozen “top of mind” projects I want to work on with it, continue tidying/organising my flat, have a social life, go to judo, singing rehearsals, skiing and hiking, whatever, the stuff I used to do and took for granted before my accident. It sucks.

I have a ton of links to share, but no good system to do it in the way I want. I keep throwing them into the socials, which is better than nothing, but I’d like to collect them here or at least some place I control, and I have a path/plan to do that (thanks Claude) – but it’s going to take time and effort to do.

So here’s a small dump. The timer is going off.

That’ll be it for today. Grey’s Anatomy is waiting. I’m going to try and blog a bit more frequently (with timer) just to dump stuff out of my brain. Probability increased, certainty unavailable.

Bonus picture: the puzzle I was very tempted to continue working on tonight instead of writing.

Oscar: planifier la fin [en]

Comment on fait, quand le déclin est lent, progressif, irrémédiable? Comment on fait pour dire: “la semaine passé ça allait, mais maintenant ça ne va plus”? Ou le mois passé, ou hier, et aujourd’hui?

Ce sont des questions qui m’ont poursuivie concernant Quintus, et maintenant Oscar, de façon toutefois assez différente. Autre chat, autres maladies, et aussi autre contexte de vie pour moi.

Oscar est vieux, très vieux, probablement. On ne connaît pas son âge vu que c’est un “chat trouvé”. On peut juste deviner. Il cumule les pathologies, chacune gérée du mieux qu’on peut. Mais parfois, même le mieux qu’on peut ne suffit pas.

Alors aujourd’hui j’en suis là: j’ai eu une longue discussion avec sa vétérinaire pour planifier sa fin de vie. Faire des directives anticipées. Pour les différents scénarios d’évolution de sa maladie, décider ce qu’on fait, ce qu’on fait pas. Si A, alors B. Planifier la mort.

Aimer un vieil animal malade, en être responsable, c’est lourd. C’est lourd pour ce qui est des contraintes logistiques. C’est lourd émotionnellement. Et c’est lourd aussi cognitivement, j’en ai une conscience particulièrement aigüe. Tenter de faire au mieux pour cet être vivant dont on tient la vie entre les mains, c’est se poser au quotidien un milliard de questions. Et beaucoup de ces questions appartiennent à “l’arbre des questions sans réponse”.

Souffre-t-il? Sa qualité de vie est-elle encore acceptable? A-t-on raté quelque chose? Faudrait-il faire plus, faire moins? Ai-je déjà trop attendu? Est-il temps? Est-il trop tôt? Comment est-il aujourd’hui par rapport à il y a une semaine, il y a un mois? Est-ce un mauvais jour ou bien le début de la dégringolade? A quand remonte la dernière fois qu’il a fait ceci ou cela? A-t-il encore assez de positif dans sa vie? A quelle vitesse respire-t-il? Est-ce un ronron ou est-il encombré? Que veut-il? Comment puis-je améliorer son confort? Est-ce que tel soin ou traitement a un sens ou est-ce que l’acharnement pointe le bout de son nez?

A cela s’ajoute évidemment la charge mentale de l’organisation logistique: les rendez-vous de vétérinaire, sécuriser ou adapter son espace de vie, les médicaments et le matériel – gestion des stocks, horaires, les préparer et les donner, les remplacements en cas d’absence, la surveillance des sorties et de la descente des escaliers, et la surveillance tout court – qu’est-ce qu’il fait, mange-t-il, est-il allé à la caisse, est-ce que ses habitudes changent…

A la simple peur de perdre un être aimé vient se greffer, plus particulièrement cette fois au vu de mes circonstances, l’inquiétude concernant ce que ça va me faire. Je suis encore en réparation. J’ai enchainé les deuils ces dernières années. Une part non-négligeable de ma routine quotidienne et de l’aménagement de mon espace de vie est consacrée à Oscar. Evidemment, j’ai une vie à moi aussi. Mais injections et médicaments deux fois par jour depuis des années (4 fois par jour maintenant), escaliers pour monter sur les canapés et le lit, tiroirs remplis de médicaments, de nourriture et de gamelles, dodos stratégiquement placés avec alèses glissées dessous pour limiter les dégâts en cas de nouvelle crise convulsive, litière et cages de transport, donner à manger et faire la caisse, et aussi les habitudes de vieux couples chat-humain, vers telle heure on descend, comment il s’installe au creux de mon bras chaque soir pour la nuit, est-ce qu’on joue aujourd’hui…?

C’est dur de sentir la transformation du lien quand le soin finit par occuper presque toute la place.

Et puis, quelque part tapi au fond de cette énorme jungle d’anxiété et de stress, il y a encore autre chose: le souhait presque inavouable, honteux, déchirant, d’être enfin soulagée de tout ça. D’être libre. Pas pour lui, mais pour moi.

Les gens pensent bien faire en disant “tu sauras quand c’est le moment”. C’est une idée confortable, mais c’est un mythe. Les émotions contradictoires, les bons jours et les mauvais jours, la difficulté d’évaluer la souffrance, la subjectivité intervenant dans la définition d’une “qualité de vie suffisamment bonne” et les challenges pour l’évaluer, tout ça fait que c’est compliqué, et qu’il vaut la peine d’avoir des critères objectifs et d’y réfléchir. Heureux ceux qui voient avec clarté – mais ce n’est de loin pas le cas de tout le monde. En véhiculant ce genre de message bien intentionné, rajoute une grosse louche de culpabilité à la tambouille émotionnelle dans laquelle on se débat, puisqu’on sous-entend qu’il serait normal de “savoir”. Si on ne “sait” pas, alors, qu’est-ce que ça veut dire? Qu’on est défectueux? Qu’on n’aime pas son animal? Qu’on n’est pas assez à l’écoute, pas assez en lien, pas assez en contact avec ses émotions? Et de grâce, épargnez-nous la “communication animale” (j’en ai d’ailleurs bien plus à dire à ce sujet, mais ce n’est pas le moment maintenant).

Donc, c’est dur. C’est dur parce que je ne sais pas – et c’est normal que ce soit compliqué. Suivant les jours, suivant les heures, suivant mon moral, je me dis “non mais ça va” ou alors “ça ne va plus” et même, la boule au ventre, “est-ce qu’en fait ça fait longtemps que ça ne va plus et je refuse de voir?”

Je suis très douée pour m’accrocher à l’espoir, mais ça ne rend pas toujours service. Ici, ça ne me rend pas service. Oscar va mourir, bientôt, qu’aujourd’hui soit un bon jour ou pas, que la semaine prochaine ressemble à celle-ci ou non. Il a certainement une lésion cérébrale, tumeur probablement. Il s’est mis à faire des crises convulsives en novembre, et il est sous traitement depuis janvier. On a dû augmenter le traitement il y a quelques semaines. Le traitement a des effets secondaires qui ont une conséquence négative sur sa qualité de vie. Des anti-épileptiques chez un vieux chat qui était déjà “sur le fil”, ce n’est pas un détail.

Qu’est-ce qu’une bonne qualité de vie? Qu’est-ce qu’une qualité de vie acceptable? Elle est où la limite? Pour un vieux chat, pour un jeune chat? Plus le déclin est progressif, plus c’est difficile. Parce qu’on s’habitue, aussi. Insensiblement, on court le risque de glisser, d’accepter aujourd’hui ce qu’on n’aurait pas accepté il y a trois ans.

Pour ma part, j’ai un certain nombre de critères clairs. Des “non-négociables”. En plus de la question de la gestion de la douleur et des symptômes, Oscar doit pouvoir:

  • utiliser sa litière de façon autonome (et être continent)
  • manger en suffisance de façon autonome (pour contrôler sa courbe de poids)
  • monter et descendre du lit, des canapés, de façon autonome
  • accepter ses traitements “de bonne grâce”
  • “vouloir” des choses: descendre, râper sur Juju, sortir, faire dodo ici plutôt que là…

Ça c’est des critères assez clairs et objectifs. Là où ça pèche un peu, c’est pour des choses moins faciles à évaluer objectivement, justement:

  • combien a-t-il mal? est-il suffisamment confortable?
  • quel est l’impact psychologique de ses difficultés de mobilité?
  • est-ce qu’il reste suffisamment “d’intérêt” dans sa vie? est-ce de la vie ou de la survie?
  • à quelle fréquence renonce-t-il à se lever ou à se déplacer parce que c’est laborieux pour lui?
  • ces derniers temps, il lui est arrivé de tomber du lit en essayant de se lever, ou de rater une marche sur ses petits escaliers pour accéder au canapé, d’avoir des difficultés à rester stable en mangeant ou dans la caisse: combien est “acceptable”? comment le vit-il?
  • il lui arrive de protester quand je le porte, douleur ou contrariété/frustration?
    • il ne fait presque plus sa toilette (depuis longtemps), j’arrive de moins en moins à le brosser, combien est-ce que ça réduit son confort?
    • et aussi, plusieurs de ses traitement on un effet/des effets secondaires qui ne sont pas constants au fil du temps, et donc il y a des fluctuations au fil de la journée et de la semaine qui viennent de ça, donc comment faire le tri?
    • il y a des tas de choses qui ne vont plus, mais il en veut encore et semble encore trop présent et vivant pour imaginer qu’il est au bout… mais est-ce que ça veut dire quelque chose, en vouloir encore, ou est-ce juste l’instinct de survie, un truc qui tire en avant aveuglément, malgré la souffrance?

Je pourrais continuer comme ça longtemps. Ça fait des semaines, des mois que je m’y entraine.

Mais d’ici quelques jours ou semaines, quelques mois tout au plus, il va mourir. La question c’est quand, et comment on va arriver jusque là. Donc j’ai pris rendez-vous pour discuter avec sa vétérinaire. Pour avoir un plan, et lever le pied sur les questionnements incessants au jour le jour. Plus encore qu’avec Quintus, ici c’est vraiment un “choix”.

Voici le plan, dans l’ordre:

  1. on n’augmentera pas la dose de levetiracetam (son anti-épileptique), même s’il refait une crise; l’impact sur sa mobilité à la dose actuelle est déjà trop important
  2. s’il n’y a pas de crise d’ici deux semaines, on fera le point côté “qualité de vie”, car les effets secondaires sur la mobilité diminuent normalement avec le temps; si on en est toujours au même point, on envisagera une très petite réduction de dose, sachant qu’il y a des chances que cela précipite une crise
  3. s’il refait une crise, on évaluera si elle est “pire” que celles qu’il a eues jusqu’à maintenant; si elle est pire, on arrête
  4. si la crise est “pas pire”, on verra quand est la suivante; si l’intervalle est trop proche, on arrête (et évidemment aussi si l’intensité augmente).

Il n’y a pas de sortie de secours. Les crises vont revenir. Elles vont s’intensifier. Elles vont se rapprocher. C’est une évolution inéluctable. Je sens que d’avoir posé ce cadre m’aide à sortir de la “pièce des réflexions” et à ouvrir la porte de la “pièce des émotions”. C’est le bordel là-dedans, je sais pas par où commencer. J’ai tellement envie d’un break avec la mort. Mais c’est pas pour maintenant.

Photo: Oscar qui observe les oiseaux dehors, avant-hier.

Rayon de soleil et mal de gorge [en]

Il y a du soleil et j’ai pu manger sur le balcon. On est de nouveau dimanche, une semaine de plus s’est écoulé. Déjà le 18 janvier. Depuis le début de l’année, j’ai deux fois commencé à écrire un article. Le premier a été interrompu par une nouvelle crise convulsive d’Oscar. Le deuxième par une petite inondation dans les WCs de l’eclau qui s’est transformée en une grande inondation d’eaux usées (canalisation de sortie d’immeuble bouchée, ne jetez pas de lingettes aux WC, svp), pompiers inclus.

Il y a du soleil, on est le 18 janvier, et ça fait un mois que je suis en mode survie. La convalescence n’est pas linéaire, c’est ça. Cerveau fragile, propofol sur une petite nuit et la fatigue de la semaine suivi par une grosse journée qui en temps normal (même “normal post-accident”) n’aurait pas posé de problème majeur, et voilà: abandon des invités le 24, annulation des festivités prévues pour le 25 et le 26, séjour au chalet qui n’est pas allé comme prévu sur fond de vieux chat qui aligne les crises épileptiques, de Crans-Montana, et autres contrariétés.

Ai-je déjà écrit ça? Je me demande si je me répète. Rentrée du chalet un peu en urgence, puis la fameuse inondation – c’était vendredi il y a une semaine. Depuis mercredi, j’ai enfin le sentiment de pouvoir me poser un peu. Oui, j’ai donc passé le dernier mois en arrêt de travail complet, de nouveau. Tentative de reprise lundi, mais mon cerveau fait de la concurrence à mon iPhone: plus d’espace de stockage, tout est lent, ça plante, chaque tentative de faire de la place apporte son lot d’ennuis supplémentaires sans en fait faire plus de place… Donc point d’interrogation. Ah oui, en plus: mon mal de gorge et l’inflammation ORL généralisée qui l’accompagne m’informe que j’ai chopé un virus quelque part. Début hier, aujourd’hui légère fièvre. Ça semble mal barré pour demain.

Histoire de ne pas faire que me plaindre: lundi j’ai découvert l’existence des mini-lave-vaisselles, en particulier Bob. Un petit tour sur Marketplace et une expédition vespérale à Vevey plus tard, Bob a rejoint ma cuisine. Ce qui m’a donné l’impulsion pour mettre en route le réaménagement d’étagères qui me démange depuis… longtemps. Vous vous souvenez de mon réaménagement d’appartement en automne 2024? Il y a une éternité. J’avais prévu, au printemps 2025, de prendre une ou deux semaines pour m’occuper de la cuisine et de la salle de bains, justement. C’était sans compter avec un accident de ski. Ça fait partie des nombreuses choses que j’ai “mises de côté” cette dernière année.

Et là, suite entre autres à l’écoute d’un épisode de Hidden Brain sur comment se “débloquer” (je vous en encourage vivement l’écoute, je vais d’ailleurs l’écouter à nouveau), au désespoir devant ma pile de vaisselle lundi matin après le week-end “canalisation bouchée” qui m’a amenée à m’exclamer “franchement, des fois je me dis que je devrais troquer mon grand four pour un lave-vaisselle” et donc à repenser les aménagements possibles de la cuisine, je me suis dit que l’arrivée de Bob était un prétexte parmi d’autres pour m’y mettre, et que ça me ferait aussi du bien par rapport au fait que je goge depuis un mois sans réussir à reprendre le rythme de mes activités quotidiennes – je vous rassure je prends pas tout sur moi, il y a des événements extérieurs qui s’enchaînent pour me remettre la tête sous l’eau dès que je crois que je vais pouvoir la sortir. Oui, la phrase est longue et c’est un peu exprès, pour vous donner cette sensation de “mais bon sang ça s’arrête quand?” qui ne veut plus me quitter.

Travaux en cours, vers le début.

Il y a déjà quelque temps j’avais abandonné mon idée initiale d’installer un joli buffet à la place des tiroirs et des rayons du bas, et de mettre de vraies grandes étagères murales au-dessus. Déjà, pour éviter de monter le buffet (lourd et encombrant, ne rentrant pas dans l’ascenseur). Donc, hop, un IVAR de plus (celui de droite) pour prolonger l’existant. Ça tombe bien, j’en avais un en rab. Je m’y mets. Zut, je n’ai pas assez de supports d’étagère – vous savez, les petits cylindres métalliques qu’on glisse dans les montants. Qu’à cela ne tienne, je retournerai chez IKEA. C’est pas grave, j’y suis déjà allée mardi!

Mardi, IKEA: acheter des détecteurs de fuite d’eau, parce que c’est pas vraiment fini, ces histoires de canalisations qui se bouchent et qui fuient, et que je suis un peu traumatisée, parce qu’honnêtement, si vendredi soir j’étais descendue dix minutes plus tard pour voir comment ça progressait, il y a fort à parier qu’une bonne partie de l’eclau aurait été inondée d’eaux usées, et pas juste un bout du corridor et le coin lavabo-WCs. Et des nouvelles poubelles, tant qu’à faire, les sacs qui servaient de poubelles de tri ont gogé dans la “m” et ne valent pas le coup d’être récupérés. Ah oui, et je voulais aussi racheter de ces super organiseurs à compartiments avec poignée. Donc je suis déjà allée chez IKEA.

Vendredi matin, allez, on va faire efficace. Je dois aussi passer à la pharmacie et à la Migros. Et chez le véto. Vous me voyez venir? Ah oui, je ne vous ai pas dit. Donc petite sortie courses. J’ai aussi décidé (parce qu’il faut optimiser, toujours, jusqu’à l’épuisement, d’ailleurs ça se voit pas en lisant mais j’ai passé bien 45 min à retrouver ces fichus liens, et j’avais prévu un article dessus il y a des semaines, pas encore écrit mais j’y pense tous les trois jours) que je pouvais rajouter une troisième étagère IVAR à l’histoire, donc ce sera l’occasion.

Deux heures et demie chez IKEA (alors que j’avais réglé l’affaire du IVAR en 15 minutes), parce que je me suis dit “j’ai un peu de temps, voyons voir s’il y a d’autres choses utiles”, donc je me suis perdue dans les rayons, j’ai mis des choses dans mon sac, je les ai reposées, je suis revenue en arrière, purée ça fait 2h il faut que j’avance là, mince un des trucs que j’ai pris c’est le modèle d’exposition, faut que je refasse tout le magasin pour aller le remettre et prendre quelque chose qui est à la vente, et pendant qu’on y est, allez un petit contrôle aléatoire à la caisse. Heureusement j’avais bien tout scanné, malgré mon état.

En plus ma panosse rentre même pas dedans, bref, passons.

Parfois (souvent) l’enfer est pavé de bonnes intentions. Les poubelles avec couvercle, eh bien ça entrave “l’empoubellissage” des menus déchet du quotidien. Pas un bon plan, donc, pour remplacer la poubelle de couloir de mon appart. Très bien, par contre, pour celles sous l’évier de l’eclau, et celle pour le recyclage sous mon évier. Meubles IVAR montés, Bob testé, la troisième étagère IVAR trouve son rôle dans ma cuisine. L’enfer? Les tas de choses ôtées des étagères “ancienne version” et qui jonchent le sol de la cuisine et du salon (et la table, dessus et dessous), à trier-jeter-organiser, alors que je suis dans le jus, épuisée par mon vendredi, en train de faire un élevage de virus, avec un chat qui a refait une crise convulsive hier et l’espoir de pouvoir aller à mes deux jours de formation lundi et mardi pour démarrer ma reprise de travail qui s’amenuise.

Je pourrais vous parler encore de mon iPhone qui m’a plus ou moins occupée toute la journée d’hier avec ses problèmes de place, mais là c’est bon, j’ai enfin réussi à virer les photos du tél sans en perdre (merci iCloud), à faire la mise à jour et récupérer les 60Gb de “System Data” qui s’étaient accumulés ces derniers mois, depuis que j’avais, en désespoir de cause, procédé à une réinstallation complète. (Est-ce qu’on peut désactiver “Liquid Glass”? c’est horrible ce machin…)

Je pourrais vous parler de tout un tas d’autres choses, pas des moindres mon vieux chat qui est en train de mourir, finir d’écrire mes deux articles en plan, mais voilà, à la place je vous ai raconté, un peu en vrac, ma cuisine, et le titre de l’article n’a rien à voir avec ça.

J’ai écrit parce que c’est bien pour moi d’écrire – pas sûre que ce soit bien à lire, par contre – ça réduit un peu la pression, ça ferme une boucle, ça ponctue un moment de l’existence. Ça donne peut-être aussi des nouvelles aux gens qui n’en ont pas. C’est beaucoup de monde, ces jours, comme je suis en mode “récup au max” je minimise les interactions, parce que ça me fatigue… mais ça m’ennuie beaucoup, j’en ai marre.

Là, je vais mettre un yogourt dans mon estomac qui ronchonne, pour autant qu’il y en ait un dans le frigo (j’ai mangé à midi, c’est juste un creux habituel) et m’allonger les yeux fermés pour voir si le transformateur bourdonnant qui me sert de cerveau ces jours apprécie. J’espère être prochainement en mesure de partager avec vous des écrits un peu plus profonds sur la vie et le monde.

It’s Not Good [en]

Between November 3rd and last Thursday, Oscar has had three epileptic seizures – maybe four. Whatever the underlying cause is, it’s not good. He’s an old cat with many ailments, hanging on to a life still good enough.

You need to read The Cat Who Woke Me Up (thanks, Doc). It’s beautiful in so many ways. It makes me wish I were able to write about the truth of the world like that.

I haven’t got around to sharing even a tenth of all that I have understood over the nine long months since my accident. But somewhere in there, there is writing. And there is dealing with emotions. And grief. It is our struggle as humans, inevitably, to be faced with emotions. They colour our life. Maybe helping each other, being there for one another, all has to do with emotions. Maybe it all comes down to that. Emotions as the truth of life.

Christmas is approaching, and my old cat is inching closer to the end. It could be next month, it could be next week, it could be next summer. Though honestly, I think the likelihood of the latter is slim. Winter is not good for my cats. Both Bagha and Quintus died in the time before Christmas. Tounsi just after. Erica a few months later. I’m not superstitious and I don’t believe in anything. These days are just not filled with happy feline memories. And it’s a fact that winter, like the heatwaves of the summer, is not gentle on frail, ageing bodies.

I’m struggling with my brain right now. It’s not good either, in a different way. Obviously, I keep overestimating how much “available brain” (I don’t like “energy”) I have. As soon as things get better and more normal, I end up overdoing it, without realising, and then crashing again.

I underestimated the impact my programme for Friday and Saturday would have (and forgot to factor in some wiggle room for “unknowns”, which definitely made themselves known). Saturday evening I was completely exhausted. This means: headache, buzzing brain, making mistakes with numbers, struggling to put my thoughts clearly into sentences, more misunderstandings or lost threads when listening to others, and the odd word eluding me. Oh, and leaving my keys in the door (but that was Saturday noon already).

Sunday was headache, mostly rest, a friend over for tea, cancelling a videocall with another. Today had less headache, felt quite better, but after two hours Christmas shopping this afternoon my brain is filled with pounding rain and lightening and I gave up on heading out again for the second shopping trip I had planned. Christmas preparation is going to be much more challenging than expected. I look at the coming week and can’t see when I’m going to get the downtime to recover. It’s not good, and I don’t know what to do about it. That, of course, is part of the problem.

Next Monday, I’m going to the chalet. I don’t know what state my brain or my cat will be in. There are loud bells ringing telling me it would be more reasonable not to go. There are equally loud bells telling me that I haven’t been to the chalet in a year, that I desperately need a holiday, and that I want to go back skiing because this year has already been so dreadfully frustrating for me that I just can’t bear to give up on yet another plan.

I have had to get better at letting go of things. It doesn’t mean I’m good at it. And as I am still on the road to improvement, I logically should need to let go of less and less as time goes on. I keep thinking I can relax a bit, inch closer to my “normal life”, but I keep overshooting and being all the more frustrated: because I’m disappointed, with the double whammy that when my brain is fried, managing my emotions is more difficult.

I remember, in the first hours after my accident – or maybe days? – wondering through the fog of my concussion if this accident would leave a lasting mark on my life. Would it have big consequences. Would there be a before and after. Would it change me. Would a split second on a ski slope change the trajectory of a life. It made me even more acutely aware that some split seconds end lives – I was already very much aware of this, but knowing in your mind and feeling in your body are two different things.

My recovery is not just managing my tiredness and cognitive load to remain in the sweet zone of “enough activity but not too much” that supports healing and regaining function. It’s also grappling with Big Questions regarding the meaning of life, what’s important and less important, truly understanding that my ressources are finite, not just when I’m recovering from an accident, but always, and that I want to be mindful of how I use the time and energy of this one life I’m given. It’s figuring out what I want to do and dealing with the existential anxiety of my mortality, determining how much place I give to others and to myself.

I want to write about all this. If there is meaning, to me, it lies in making our time alive a little easier for each other. And though there is no better learning than through our own lived experience, sometimes the stories of others can resonate. Sometimes we find keys in the lives or insights of others. I want to write, and it’s terribly frustrating (that word again) to not have the availability to do it in a timely manner.

I hope Oscar doesn’t die too soon. It’s hard enough and sad enough as is. Of course I won’t want to have to deal with his death. But I accept I will have to. I would just like to be in a better place (cognitively) when it happens. 2025 has brought enough grief, and the last handful of years more than their fair share.

Et alors, aujourd’hui? [fr]

C’est 21h11, il me reste un poil de temps, même si je suis trop raide. Mais tant pis. Ecrire c’est important, et si j’attends toujours que les conditions soient bonnes, eh bien j’attends.

Aujourd’hui, Oscar galope presque après retour de sa dose de gabapentine à son habituelle (33mg matin et soir). Je suis soulagée, car ces dernières semaines c’était pas bon du tout. Il se traînait, marchait bas et peu, ça n’allait pas. Il n’a pas refait de crise d’épilepsie depuis le 13 novembre. On espère, donc. De toute façon, c’est pas bon, un vieux chat qui fait deux crises épileptiformes à 10 jours d’intervalle. C’est décembre, le mois sombre des vieux chats.

Oscar a l’âge où il pourrait mourir soudainement. Certes, ça peut arriver à n’importe quel âge, mais on se comprend. Il a l’âge où c’est une probabilité bien réelle. Peut-être qu’il sera encore là au printemps. Ou dans un an. Mais je ne compte pas dessus. Chaque mois de plus est un mois de plus. Peut-être que, comme dit sa véto, “il nous enterrera tous”. Mais l’âge finit toujours par user l’organisme, même quand l’esprit en veut encore – ce qui est le cas d’Oscar. Il veut, il veut. Aller dehors, venir sur mes genoux, chercher des noises à Juju, investiguer cette nouvelle personne qu’il a aperçue, son tube de nutrigel quand sa glycémie descend un peu trop vite ou un peu trop bas.

Aujourd’hui, moi je garde la tête hors de l’eau, mais je pédale fort dessous. La vaisselle, c’est pas ça. Le sommeil, c’est un peu mieux. L’administratif, ça s’entasse, surtout quand le fait d’avoir des soucis de santé augmente encore la charge administrative: une détection précoce AI (parce qu’après six mois d’arrêt de travail, ça se fait d’office, même si le pronostic est d’une récupération complète et que les choses “s’annoncent” bien), des médecins qu’il faut relancer pour des rendez-vous, l’assurance qui ne rembourse pas pour une question de procédure administrative, et qu’on va tenter d’amadouer, le courrier empilé (urgences repérées à la boîte aux lettres et traitées, on espère) à traiter… Et je ne commence même pas avec l’approche des fêtes, la logistique familiale, le séjour au chalet, comment je vais gérer les chats, le régime sans fibres la semaine prochaine (ô joie – routine, qu’on ne s’alarme pas), l’audioprothésiste qu’il faudrait recontacter parce que vraiment, un accessoire-micro pour les formations et les séances à l’audio difficile, ce serait quand même bien, les habits d’hiver qu’il faudrait extraire de leurs rangements, les journées qui inévitablement génèrent de nouvelles idées, de nouveaux projets, de nouvelles tâches…

On ne peut pas tout faire. Je suis vraiment en train de comprendre ça. Pas juste dans le sens “ma pauv’ Lucette, t’as les yeux plus gros que le ventre”, mais dans le sens que la vie aujourd’hui est d’une complexité administrative quasi ingérable. L’idée qu’on devrait être capable de “gérer correctement sa vie”, avec l’admin sous contrôle, le lieu de vie, le boulot, la santé, le sommeil, les loisirs, la vie sociale, les responsabilités, c’est une douce illusion. On ne peut pas mettre le contenu d’un deux pièces dans une Twingo. Même au chausse-pied. Même en optimisant à fond. Même si on est championne de Tetris.

J’ai pris conscience récemment qu’une de mes tentatives de solution face à la surcharge d’obligations et de désirs, c’est l’optimisation. Si j’optimise correctement, alors j’atteindrai cet état où ma vaisselle est faite, mon frigo ne comporte pas d’aliments mourants, mon admin est à jour, mon appart est joli, rangé et propre, la lessive de la semaine dernière est rangée, j’ai du temps pour écrire, me détendre, voir mes amis, faire mon job sans courir, lire avant de m’endormir, aller au judo, au chant, au ski ou en randonnée, jouer au bridge, organiser des jeux de société avec les amis, et contrôler mes relevés d’assurance-maladie. Et bien sûr, suivre correctement ma santé et celle de mes chats. Penser à mon avenir et le préparer. Être là pour mes proches quand ils ont besoin de moi. Gérer une communauté de soutien pour maîtres de chats diabétiques, écrire un livre ou deux, pourquoi pas, refaire de la poterie, sans oublier de changer le monde. Vous voyez le truc?

J’ai un article qui me trotte dans la tête, depuis une semaine ou deux. Il est intitulé “Optimiser jusqu’à l’épuisement”. Vous saviez que cette recherche d’optimisation, il y avait un lien avec le TDAH? Moi non plus. Mais ça fait sens. Et ça me fait porter un autre regard sur cet élan qui me leurre. Optimiser, pour moi, c’est un piège, en plus d’être une compétences extrêmement utile.

Donc je me demande, depuis quelque temps: “qu’est-ce que je choisis de laisser tomber? sur quoi je fais l’impasse? quand est-ce que je décide sciemment de ne pas optimiser?” Comme on peut s’y attendre, je sais bien faire la leçon aux autres: “On ne peut pas tout faire. Il n’y a ni l’argent, ni les ressources. Et c’est pas parce qu’on est nuls ou mal organisés, ou pas assez compétents. C’est un problème structurel, indépassable. Et peut-être même que les seules choses qu’on arrivera à faire ce sont celles qui sont absolument critiques et indispensables. Et le reste, tant pis, on fera pas.” C’est ça. Mais quand il s’agit d’appliquer ça à ma vie, je me débats encore férocement, parce qu’il doit bien y avoir une solution quelque part, si si, je suis sûre qu’il y a un moyen de faire rentrer le cinq pièces dans le coffre de la moto.

Donc, optimiser, une affaire de TDAH. Peut-être carrément un symptôme. Le TDAH, ce n’est pas anodin. Ce n’est pas un détail dans la vie d’une personne, qu’on peut se permettre d’ignorer ou de prendre en compte, suivant ce qui nous chante. C’est sous-diagnostiqué, stigmatisé, mal reconnu, mal compris, mal pris en charge. “Mangez moins de sucre et faites du yoga.” (Véridique, mais pas à moi.) L’assurance veut pas rembourser la moitié de tes médics, et augmente donc ta charge admin ou ta “taxe TDAH”, le coût très financier que ça a de laisser passer les délais, perdre ses affaires, oublier qu’on a un abonnement qu’on n’utilise pas, se faire amender sur la route si c’est pas taxer d’office, acheter les trucs à double pour tenter de garder un peu la charge mentale sous contrôle (quel gag, mais en fait oui, les trucs à double c’est le life-saver auquel on pense pas, même si la charge mentale elle ne rentrera jamais ni dans le coffre de la Twingo ni dans celui de la moto), casser ses trucs ou les abîmer parce qu’on a laissé la fenêtre ouverte ou la plaque allumée, payer deux fois le billet d’avion parce qu’on s’est trompé de date et c’est pas remboursable.

Le TDAH, c’est un truc qui est un facteur de risque non seulement pour égarer ses lunettes ou oublier sa veste, parler trop et s’aliéner son entourage parce qu’on se fâche ou qu’on est chiant, tout simplement, mais aussi, en vrac: accidents, comportements à risque, abus de substance, suicide, incarcération, précarité, séparation, ah oui et utilisation intensive du système de santé. Ce qui est marrant avec ça c’est qu’il semblerait que ce ne soit pas juste lié aux accidents de maladroits, distraits, et preneurs de risques, pas juste lié aux maladies de ces gens qui sont pas fichus d’avoir une bonne hygiène de vie, manger correctement, faire du sport, aller chez le médecin à temps quand ça va pas, prendre leurs traitements jusqu’au bout. Non, les personnes avec un TDAH elles ont aussi plus de maladies tout court, qui semblent venir de la faute à personne. Bizarre, hein? Une histoire de profil génétique, on dirait. Donc t’as un TDAH, t’es toujours fourré chez le médecin avec des problèmes de santé qui rentrent pas bien dans les cases? Pas étonnant.

Ah oui, et autre truc cool. Le TDAH chez la personne âgée, c’est encore moins bien connu et étudié que chez l’adulte. Il se passe quoi quand on vieillit, avec un petit détail de quatre lettres qu’on a “bien géré jusqu’ici donc pourquoi je m’en soucierais maintenant?” Pas chez tout le monde bien sûr, mais avec l’âge, il peut arriver que toute la merveilleuse énergie et les ressources incroyables qu’on déployaient à notre insu pour “compenser”… ne soient soudain plus aussi disponibles. Hop, dégringolade, décompensation. Qui pourrait, suivant quand, donner lieu à des diagnostics de dépression ou même de démence (et traitements ou non-traitements associés) alors qu’un petit détour par la case des psychostimulants pourrait pas mal améliorer la situation.

Ce qui me fait penser aux femmes en périménopause. Encore un sujet sur lequel il ne faut pas me lancer! Saviez-vous que les hormones (oestrogènes) commencent à se casser la figure sept à dix ans avant l’arrêt des règles, qui a lieu en moyenne autour de 51 ans, si ma mémoire ne me joue pas des tours? Et qu’avec les oestrogènes qui se font la malle, l’inflammation augmente et la dopamine s’en va aussi voir ailleurs si elle y est? Sans faire une trop grande digression par les neurotransmetteurs, la dopamine et la noradrénaline semblent être ceux dont la disponibilité insuffisante dans le cerveau joue un rôle dans les difficultés de fonctionnement exécutif typiques du TDAH. Donc les femmes dans la quarantaine qui commencent à avoir mal partout, à tout oublier, à plus savoir pourquoi elles sont à la cuisine, à gérer leurs émotions comme des manches, à être tellement épuisées qu’on les ramasse à la petite cuillère pour les mettre sous antidépresseurs ou anxiolytiques, peut-être qu’elles ont plutôt besoin d’une thérapie hormonale de substitution, et/ou de psychostimulants s’il s’avère que l’exode des oestrogènes était la goutte d’eau qui a fait déborder le vase de leur TDAH jusque-là magistralement et invisiblement géré au prix d’un fardeau compensatoire qu’elles seules subissent.

C’est peut-être pour ça que je n’écris pas plus souvent. Il y a trop à dire et une fois lancée… vous voyez le résultat. Navrée pour les phrases-paragraphes, visiblement c’était le mood du jour. L’absence de liens, aussi, parce qu’il y aurait des tas de liens à mettre partout, mais je suis fatiguée et mes mains aussi, donc aujourd’hui ce sera sans liens et avec des phrases bien trop longues. Ah ouais, et j’ai pas relu.

Bonne nuit 😘

Can I Write a Quick Blog Post? [en]

This is often the question. In typical ADHD style, my difficulty getting started on something is only surpassed by my difficulty stopping something once it’s started. So, 9pm on Sunday night, tired tired tired, can I grab my keyboard and give you some news without still being up at midnight?

I challenge myself.

Mid-October, I went back to work part-time. Three half-days a week. It went OK but I was way more tired than I expected. Tired in general. Overwhelmed by trying to manage my weeks, that these three little half-days seemed to fill to the brim. It’s much better now and I feel ready for more. I haven’t had cognitive overload headaches for a while now, or at least, so few that I don’t remember them.

Months ago, I started using the Apple Journal app, because I was having such a hard time recalling what I had done in previous days, recent or less recent. Writing a few quick notes down at the end of the day has helped me keep some sort of grasp on all those days that have disappeared into the weird months of 2025. Recently, I’ve switched to Day One, trying it out as an alternative to Apple Journal. My Facebook suspension has made me cautious about locking data or content into hard-to-export-from apps or services.

I’ve also started learning Bridge. Maths and statistics, strategy and communication, fun! It’s an investment for my old days, but already enjoyable. I’ll write more about it in time. If you want to get started, Funbridge actually has tutorials that can take you by the hand for the first steps. Start with MiniBridge.

My very old cat Oscar is having a series of health issues. I treasure each good day I have with him, because I don’t know how many are left. The first part of the year saw a complete deregulation of his diabetes, which had been a smooth ride to manage until then. He was getting dehydrated, blood glucose going up and down like a yoyo, and slow but steady weight loss. We went through a long period of subcutaneous fluids, which helped a lot.

In September he came down with a really bad pancreatitis flare-up. I nearly lost him. An oesophageal feeding tube saved him. It sounds like a dramatic intervention, but it’s actually quite minor surgery, well-tolerated, and a life-saver. The main issue with pancreatitis is that the cat stops eating. Being able to feed by tube solves that problem, removes stress for everybody, allows proper administration of medication, fluids and calories. I had a short trip planned during that period, and thankfully a friend came over to cat-sit and take over nursing duties. I can’t thank her enough.

Since the pancreatitis he had been doing really good. He didn’t put all the weight he lost back on, but enough that it’s not a disaster. And his three old arthritic legs are happy for any 100g they don’t have to carry. I have been letting him out in the garden, closely supervised, of course, and he really enjoys it. It makes me happy too, to be able to give him access to enrichment and stimulation that an exclusively indoor life didn’t provide. It always made me a bit sad, especially as I knew he had lived most of his life outdoors. But he was too old and handicapped to risk it, and until recently, too mobile for me to supervise him in the garden here (he did get to go out at the chalet – different environment with less risks). The photo is of him on one of our recent outings.

Two weeks ago, though, he had an epileptic seizure. Out of nowhere. I moved my surveillance cameras around and kept an eye on him. He had a second one ten days later, just this Wednesday night. We put him on anticonvulsants Thursday evening, but it’s tricky dealing with the sedation side-effects, particularly on an elderly cat who is already mobility-challenged and wobbly at the best of times.

He still wants a lot of things (like me, hehe). He wants to go downstairs, he wants to climb in my lap, he wants to go outside, he wants to go on the sofa, he wants to teach Juju a lesson (Juju, by the way, is doing fine, but definitely overweight – I’m hoping his new diet will work out, because I’m not enthusiastic about preparing myself another diabetic cat).

So we’re still figuring things out, and crossing fingers that Oscar will be able to tolerate the medication and that he won’t have another seizure too soon. But it’s not good news, in any case. I’m sad and worried, which is normal, but that doesn’t make it comfortable. And also, apprehensive, because 2025 has come with more than its fair share of trials, and I’m aware that there is a high risk of Oscar dying in the coming months. And honestly, I don’t need that, just as I’m getting back on my feet. There’s never a good time for dead cats, but some are shittier than others. He might hang in there, of course, but he’s old enough and his health is such a fragile equilibrium that I would not bet on him being still around this time next year. He could still be here for months or more, of course, but he could also go downhill fast pretty much anytime. Loving and caring for an old animal is living with the certainty of grief to come, but the uncertainty of timing. I am very much reminded of Quintus’s last years.

I’ve never liked October-November. It’s dark, and damp, and not winter yet. It’s the in-between season. And this year, I had neither hiking, nor skiing, nor really sailing season. I did go out on the lake a handful of times, thanks to my dad who took me along. But it’s very frustrating and weird for me to have “lost” this year like that. It feels a bit like the first Covid year, you know, where we all felt there was a year missing in our lives. Only here, it’s just for me.

I’m way better but not “back to normal” yet. I have to put more effort into just “managing life”. And compared to before my accident, I’m much more careful about pushing myself. I used to push myself all the time. Now, when I feel tired, I go “oh, wait, I’m tired, how can I adjust my expectations for what I was hoping to do during the coming hours”.

A few weeks back I teamed up with a friend who also felt the need to get on top of her weekly planning, and we touch base once a week to go through our schedules. It’s been extremely helpful and is in no small part responsible for my not feeling overwhelmed by my life anymore. I’ve been knocking down admin tasks lately, blogging more, and even making some headway in much-needed tidying up and deep cleaning.

On the online side of things, I am sitting on my hands, because there are a few topics I really really want to dive into, but I know I cannot afford the time and bandwidth right now. It’s extremely frustrating. One of these topics is how to collate the things I share on the socials into daily blogs posts (I think I wrote about it in part 3 of Rebooting The Blogosphere). I think about it pretty much every day, because I share stuff on the socials and regret that I don’t have a simple way to round up the day’s shares here in WordPress to whip up a quick post with links and comments and some passing thoughts. There is a bunch of things I want to fix on the blog, too, but that will also have to wait. At least I’m writing.

I now finally have a Discourse instance up and running on a server (thanks Oliver!) and I am impatient to start configuring it and playing with it to start preparing for the migration of the “Diabète Félin” community I manage. It’s not for tomorrow, but I’d love to at least get something moving before the end of the year. I’m super enthusiastic about Discourse, maybe I should write a post about it.

But not tonight.

I’ve been writing my “quick blog post” for nearly an hour, my eyes are still tired and my brain is still foggy, so I’ll wrap things up here, go and pick up my old drugged up cat, play a deal or two on Funbridge, jot a few notes down in Day One, and read my book a bit before I collapse.

Sleep is what transports you to the next day. And the next day here is Monday.

Vrac avant reprise de travail [fr]

Je peine à trouver du temps pour écrire, ça c’est pas nouveau. Ce qui est nouveau, c’est que je me suis rendu compte, ces derniers jours, que quand j’écris pas il y a une sorte d’accumulation de charge mentale qui se crée. Pas juste de “l’activité d’écriture” remise encore et encore à plus tard, mais du contenu de ladite activité d’écriture qui s’entasse dans mon cerveau déjà bien chargé.

Au-delà de la pile d’articles en gestation dans ma tête, je me suis dit que ça me ferait peut-être du bien de juste partager ici ce qui vient. C’est pas la première fois que je fais ça, évidemment. Mais si on regarde, je suis sûre qu’on verra que c’est un type de publication qui vient souvent après une période de sécheresse rédactionnelle. C’est probablement pas pour rien.

Et puis, depuis mon accident, j’ai au fond peu réussi à donner des nouvelles de comment se passaient les choses et ma vie. On va commencer par là.

Lundi, je reprends le travail, à temps très partiel les premières semaines, déjà, puis on avisera (je refais le point avec le neurologue à la fin du mois). Après sept mois d’arrêt complet, il est temps. Je crains un tout petit peu la “mauvaise surprise” côté fatigue, parce que regardons les choses en face, en sept mois j’en ai collectionné, y compris une tentative prématurée de retour au travail à Pâques. Quand j’y repense maintenant, ça me paraît surréaliste. Au fond, toute cette histoire me paraît surréaliste. Parce que, comme je l’ai déjà mentionné, il y a un large pan de ma vie où je me vis comme “tout à fait normale”. Mais s’il y a ça, c’est aussi grâce au fait que je ne travaille pas, que mes activités sont réduites, que je ne mets pas de réveil le matin, que je peux faire une sieste si j’ai besoin. C’est quand même une période de vie bien étrange.

Au-delà de mes réflexions de fond sur le sens de ma vie (il faudra que je vous parle de la Révélation des Bois du Jorat), mon avenir professionnel à moyen terme, la façon dont je gère mes activités, mes relations et ma fatigue, je réfléchis beaucoup aux outils qui nous permettent de nous connecter les uns aux autres en ligne. Ce n’est pas nouveau, comme intérêt – on pourrait même dire que c’est un des fils rouges de ma vie – mais la suspension de mon compte Facebook fin août m’a donné un coup de pied aux fesses salutaire pour me pencher sérieusement sur la possibilité de construire un écosystème d’outils et de plateformes ouvert, qui ne soit pas régi par la logique capitaliste du profit à tout prix.

Au début il y avait le blog, pourrait-on dire (pas tout à fait vrai, mais quand même un peu), et il y a quelque chose d’assez magique dans le fait de pouvoir jardiner son petit coin à soi d’internet tout en étant en interconnexion avec autrui. Mais tout le monde n’est pas jardinier. Certains veulent juste avoir quelques pots sur leur balcon, ou admirer les jardins des autres, ou acheter quelques fleurs coupées. Il faut trouver un moyen d’amener ensemble ces différentes personnes, ce que fait une plateforme comme facebook, mais en limitant les jardiniers à une petite parcelle bien délimitée qui ne leur appartient pas, genre jardins familiaux. J’ai rien contre les jardins familiaux, mais les vrais sont conçus selon le modèle associatif ou coopératif, pas gérés à la façon d’un gouvernement totalitaire par une grosse entreprise capitaliste. Je pense qu’on peut creuser et filer encore un peu cette métaphore.

Si ce sujet vous intéresse, je vous invite à lire ma série “Rebooting the Blogosphere“, en la mettant dans un traducteur si l’anglais est un obstacle. C’est un peu technique par moments, mais pas que.

Donc, difficile de trouver le temps d’écrire, comme toujours. A quoi me suis-je occupée?

Après le week-end du Jeûne, j’ai eu une semaine très étrange où j’ai dormi une bonne heure de plus par nuit en moyenne que d’habitude, avec maux de tête en continu et sensation d’avoir passé sous un rouleau compresseur dès le réveil – zéro énergie. Ça s’est gentiment arrangé au bout d’une semaine, dix jours. J’ai initialement pensé que j’en avais trop fait durant le week-end (une “petite balade” qui s’est transformée en randonnée de 5h30 sur un mini sentier au pied des falaises de l’Ardèche), mais à ce stade le consensus semble être que ça devait être un virus. On ne saura probablement jamais. Mais bref, une semaine durant laquelle j’avais prévu de pouvoir faire plein de choses, parce que j’allais vraiment beaucoup mieux depuis quelque temps, “perdue” au final. Et ça m’a stressée, vu la reprise de travail programmée. Mais là ça va, c’est passé.

Oscar a eu chaud (et moi aussi): pancréatite, anorexie, j’ai dû lui faire mettre une sonde oesophagienne (sinon il ne s’en sortait pas). Ça n’a pas été simple a gérer, ça a été stressant (d’autant plus avec mon absence durant le week-end du Jeûne), mais il s’est bien remis et a maintenant repris sa petite vie, avec 300g en moins. Sa vie: descendre à l’eclau pour occuper la place et taper sur Juju s’il est là, se faire servir “au lit” la pâtée du matin et du soir (médics) sur mes doigts, faire un saut sur le balcon, sortir quelques fois par semaine et tenter de rattraper Juju (mais le bougre bouge vite!) ou plonger dans les buissons impénétrables, manger, boire, faire un petit brin de toilette de la patte qui reste et du museau quand ça le prend, faire la tournée des différents dodos à différents moments de la journée.

Allez, d’autres choses en vrac:

  • devoir mettre un titre à un article de blog ajoute beaucoup de friction (je commence d’ailleurs de plus en plus souvent à écrire sans mettre de titre, et je rajoute un truc après)
  • Juju ressemble à un petit tonneau, j’attends depuis plus d’une semaine qu’arrivent ses nouvelles croquettes pour chat vieillissant et grassouillet
  • Café-Café, le choeur dans lequel je chante, sera en concert demain à Payerne (concert-brunch!) et le 1er novembre à Courtételle; moi pas, car si j’ai repris le répétitions, je ne suis pas encore au point pour la scène et vu la coincidence avec ma reprise de travail, il est plus sage que je me repose; déçue et frustrée mais c’est comme ça
  • j’ai fait le saut et pris un abonnement chez Backblaze (100.-/an) pour faire une sauvegarde distante de tout mon ordi, disques durs externes compris, et la sauvegarde départ a fini de tourner (près de 3TB) – rappel: Google Drive, iCloud, Dropbox et cie ce ne sont pas des sauvegardes, c’est de la synchronisation; mieux que rien mais pas une aussi bonne assurance contre la perte de vos données
  • j’ai pris le temps d’exporter tout mon contenu Facebook (profil depuis sa création, pages de mes chats, etc) – y’a un article à écrire car c’était quand même un peu laborieux
  • à qui appartient le contenu d’une communauté? quand j’exporte mes données facebook, elles perdent leur contexte interactionnel: les discussions dans les commentaires, etc… c’est très insatisfaisant; il y a des conversations auxquelles j’ai pris part et qui comptent pour moi dans les commentaires de publications qui ne sont pas les miennes, par exemple
  • j’ai testé le support Meta Verified, celui qu’on a quand on “paie” facebook et instagram pour avec le petit vu bleu et ne pas avoir de pubs; bilan mitigé mais j’ai quand même passé 10 min au téléphone avec un vrai être humain! Là aussi y’a des articles à écrire pour rentrer dans les détails
  • je réfléchis à comment faciliter la transition des personnes habituées à facebook vers le web social ouvert, c’est encore en train de mûrir
  • dans le même ordre d’idées, je réfléchis à comment gérer la transition future (horizon un an, disons) de la communauté Diabète Félin vers Discourse, et quel rôle pourra ensuite jouer le groupe facebook dans l’écosystème de la communauté (car il faut encore garder un pied dans Facebook pour être trouvé)
  • concernant ce blog, il y a pas mal de ménage à faire, entre autres dans le but de le “pluguer” dans le Fédivers/Fediverse, où est en train de se construire le web social de demain (voir Join the Social Web, le plugin ActivityPub, brid.gy, etc)
  • Fediverse? ActivityPub? Vous savez comme l’e-mail, chacun peut faire une adresse e-mail un peu où il veut (Gmail, Hotmail, Bluewin, Outlook, Yahoo, Proton) ou même l’héberger soi-même, et que ça n’a pas d’incidence sur à qui on peut envoyer des mails et de qui on peut en recevoir? Idem avec les numéros de téléphone, ou les sites web et les flux RSS; l’idée c’est d’avoir quelque chose de similaire pour les réseaux sociaux (parce que là maintenant si on est sur Facebook, les seules personnes avec qui on peut se connecter c’est les gens qui sont déjà sur Facebook… LinkedIn idem)
  • j’ai réinstallé mon téléphone qui souffrait de manque de place… aussi un article à écrire: j’avais 65Gb (sur 128!) de “System Data” alors que normalement ça doit tourner autour de 10Gb… chiant et stressant mais je suis contente de l’avoir fait, je revis!
  • j’ai aussi fait pas mal de ménage sur mon ordi, entre autres pour ranger correctement sur un disque dur externe toutes mes vidéos live et mes sauvegardes de réseaux sociaux, blogs, google drive et compagnie; les nuages c’est top, perso je suis fan, mais il faut avoir des sauvegardes! J’ai pris des notes, mais je devrais mettre ça dans un article pour que ça puisse servir à d’autres
  • on saute du coq à l’âne: j’ai de nouveau remarqué (de nouveau) que quand je fais mes courses, j’achète des choses en pensant aux repas que je vais cuisiner avec, mais une fois à la maison, je mets tout au frigo et pouf, les idées et le “planning” de repas disparaît; donc je suis en train d’essayer de noter sur post-it mes idées (avec dates limites) quand je rentre et que je réduis les courses, et de les coller sur mon planning semaine; ça me permettra aussi d’apprendre à mieux évaluer quelle est ma capacité (énergie) de cuisiner au fil de la semaine
  • je continue l’entrainement cognitif chez Holisquare et mes performances progressent, ce qui est rassurant! je trouve ultra intéressant ce sur quoi ils travaillent, et j’avoue que ça titille ma fibre entrepreneuriale, d’autant plus que ça concerne entre autres une problématique de santé (la commotion) généralement très mal prise en charge par notre système de santé
  • parlant de système de santé, là aussi y’a un article à écrire (des), je croise de plus en plus d’histoires horrifiantes qui montrent que même dans notre jolie Suisse, si tu as pas les connaissances médicales, pas la connaissance du système, pas les ressources pour défendre ou faire défendre tes intérêts, t’as toutes les chances de pas être bien pris en charge (entre autres: deux nanas de mon entourage très certainement dopées au GHB et qui ont été traitées comme des cas de cuite à l’alcool aux urgences)
  • parlant de systèmes tout court, j’ai le sentiment qu’on voit maintenant dans tous nos systèmes administratifs les conséquences d’années de gestion “capitaliste”, même dans le service public: on veut économiser, être plus performant, faire plus avec moins, optimiser, rationaliser… et maintenant les machines (systèmes, processus) commencent à casser, et on en fait les frais; j’ai perdu toute confiance lorsque je dois faire des démarches administratives: je dois faire le suivi, relancer, relancer encore, protester, réclamer, me fâcher ou pleurer suivant les cas…
  • parlant de la dégradation de tous nos systèmes administratifs: dans le monde du travail d’aujourd’hui, il faut tout faire plus vite; j’en parlais avec un contact cadre dans une grosse entreprise: on fait les mêmes heures mais le rythme d’activités pendant ces heures n’a plus rien à voir avec il y a 20 ou 30 ans, on enchaine les réunions, on n’a plus le temps de réfléchir, il faut faire, faire, faire et en plus, faire vite…

Allez, ça fait une heure et quart que j’écris, je m’étais dit une heure, je vais vous laisser là. Pour aujourd’hui. Je me suis dit que ce serait peut-être un bon exercice, de m’entrainer à faire des articles qui tiennent en une heure. Pour pouvoir me dire (oui je me dis beaucoup de choses): “OK, j’ai une heure, j’écris” – alors que jusqu’ici, pour écrire, souvent j’ai besoin d’avoir le sentiment d’avoir tout le temps du monde pour m’y mettre. Peut-être qu’il y a écrire et écrire, d’ailleurs. Je m’étais dit la même chose pour la vidéo: je veux faire plus de vidéos (maintenant que Facebook a plus ou moins tué les Lives en ce qui me concerne), mais avec une limite de temps. Vingt minutes? dix minutes? A méditer.

Comme toujours, merci de m’avoir lue si vous avez tenu jusqu’au bout. Laissez un commentaire pour me dire coucou, c’est vrai qu’après avoir été formatée Facebook pendant des années, on a parfois l’impression de bloguer dans le désert (l’intégration avec le Fediverse devrait contribuer à résoudre ce problème).