Bribes de confinement 2 [fr]

Bien au chaud dans mon petit cocon, je me sens libre comme jamais. Les autres et leurs besoins se sont évaporés, les miens petit à petit montrent quelques feuilles. 

Dans ce monde arrêté, moi aussi je peux m’arrêter. Enfin. La chape d’attentes s’est envolée. Le besoin désespéré de rester dans le train, aussi.

J’essaie de ne pas trop penser à l’injustice contre laquelle je ne peux rien, à la douleur qui traverse tant d’autres et qui m’épargne jusqu’ici. J’écoute ma respiration, j’essaie de tout oublier. 

Liberté mon privilège, que j’essaie de goûter avant que la culpabilité ne t’emporte.

Bribes de confinement 1 [fr]

Les jours avancent comme une douce brume, glissent les uns sur les autres et les uns sous les autres, s’embrassant langoureusement, et moi au milieu je me laisse porter, bercer même, dans la douce chaleur du soleil d’avril. 

Mon nid est fait de fleurs qui n’ont pas compris l’hiver, de lianes folles qui ne savent plus où grimper, d’années de vie qui se cachent dans tous les recoins. Deux chats m’accompagnent de leur présence ensommeillée. Tout est paisible, ici, dedans comme dehors.

Il n’y a plus d’attente, car le temps a perdu son sens. Il y a juste le chant des oiseaux et le silence du ciel, dans ce monde sans hommes qui m’observe, immobile et patient. 

Alors je me contente d’être. Être dans ces jours dont je ne sais plus le nom mais qui m’enrobent de leur sérénité, dans cet espace infini qui est le mien, et ce corps qui n’est que moi. 

En chemin [fr]

Bec dans le bitume
Petite vie à plumes
Se termine, comme ça
Sans raison
A plumes, à poils
Et d’hommes, aussi
Ces vies qui passent
Trépassent
Petite vie courte
Sur la route
Et nous les chanceux
Qui n’avons pas eu “pas de chance”
Témoins endoloris
De la vie
Qui s’éteint
Qui n’est plus
Rien.

Aimer écrire [fr]

Ça m’est venu hier dans une discussion avec une collègue: j’aime écrire, mais comme moyen d’expression. J’aime mettre par écrit des choses qui sont dans ma tête. J’aime m’exprimer par écrit, “parler” par écrit, réfléchir par écrit.

La rédaction pure, prendre un contenu arbitraire et le mettre en forme par écrit, collecter des infos de différentes sources pour en faire quelque chose de digeste, en tant que tel, ce n’est pas ma tasse de thé.

C’est certainement pour cela que durant toute ma carrière j’ai relativement peu écrit “sur commande”. Même lors des mandats rédactionnels que j’ai eus, j’avais une motivation forte à communiquer la matière dont il était question. Et lorsque ce n’était pas le cas, la rédaction était pénible. Oh, je l’ai fait, et je le ferai sans doute encore, mais je n’aime pas particulièrement ça.

Gagner ma vie en écrivant, ça n’a jamais été un objectif pour moi. Gagner ma vie en réfléchissant, ou en communiquant mes idées, ça oui, c’est attractif.

Je blogue depuis plus de dix-sept ans. Il y a eu des pauses plus ou moins longues, la fréquence rédactionnelle a beaucoup varié, le genre d’écrits aussi. Ici, je pense et je parle à haut clavier. Et c’est pour ça que ça dure.

 

At Some Point I Started Caring About What I Wrote Here [en]

[fr] A un moment donné j'ai commencé à me soucier de ce que j'écrivais ici. Dans le sens de me soucier de ce qu'on allait en penser.

When did it happen? I’m not so sure. At some point, I started caring about what I wrote on my blog. I started thinking about what others would think. I used to just write what I felt like writing. I didn’t have this sense that I had an “audience”. Sixteen years ago, pretty much nobody I knew was online. I knew online people, of course. But they were online people. My tribe.

I realised that after following an online course called Writing Your Grief. It was just after Tounsi’s death, but I’d already signed up – it was coincidental. For the first time in a long time I was writing things that weren’t meant to be published, but that weren’t journaling either. It was an extraordinary experience: not just as related to my grief, but for the writing. We had a private Facebook group in which we could share our writing and read each other’s pieces. A room full of compassionate strangers. I hadn’t written like that in years. More than a decade, maybe. And I loved what I wrote. You know, when words seem to write themselves, and your writing actually tells you something?

Morning Pages do that, but they are less structured. More stream-of-consciousness. I haven’t been able to pick up Morning Pages again since Tounsi died. Maybe I will someday. Right now I feel like I’m holding on by the skin of my teeth, so I don’t have the courage to dive back in.
While I was mulling over this new/old writing I’ve connected with (again?), Adam shared a link to this piece about blogging. Which I read.

You know it’s a recurring theme here on Climb to the Stars. I miss the Golden Age of Blogging. And when I was reading the piece linked above, about how blogging went from carefree online writing to being all about influencers, my feelings finally collided into a thought: yes, that was it. I missed writing without caring too much about what people would think. About being judged. About having to be “good” because my job depends on it now. Similarly, I noted the other day on Facebook that I wasn’t online to sell or market stuff, I was online because I liked it here. Because I enjoy it.

Catch-22, right? Because I enjoy it, I made it my job, and now it matters. I’m not a nobody anymore. I have clients. Colleagues in the industry. And I care what they think. And so I write less. I’m careful. I self-censor – more. I enjoy it less.

And now I’ve found a different pleasure in writing. Writing things I’m scared to show people, because I hope they’re good, but fear they’re banal. Expectations. Ah, expectations.

I guess I’ll just keep writing.

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Comment écrit-on? Plagiat, paraphrase et compagnie [fr]

[en] Contact with a few batches to bachelor students these last years has led me to believe that "writing" for many of them means "copy, paste, remix a bit". Cue an article on plagiarism...

Il y a très longtemps, j’écrivais sur du papier. Brouillon, ratures, prévoir du temps pour recopier au propre. Depuis la fin de l’uni, et même avant, ça ne m’arrive plus. J’écris sur clavier. J’ai la grande chance d’être douée d’un excellent premier jet. Souvent, je ne relis même pas avant de publier. C’est “facile” pour moi. Avec les années, j’ai appris que ce n’était pas le cas pour tout le monde.

J'écris mal

Je viens de finir d’écouter un épisode de Note to Self sur le plagiat. On y parle de quelque chose que j’ai constaté ces deux dernières années avec mes étudiants de bachelor: pour beaucoup, écrire signifie copier, coller, et, si on a de la chance, remixer un coup. En saupoudrant de paraphrase.

Pour nous qui avons appris à écrire “avant les ordinateurs”, cela n’avait pas des masses de sens de recopier mot pour mot ce qu’on trouvait dans nos manuels ou encyclopédies. Certes, certains le faisaient certainement, mais comparez l’effort requis à celui de copier-coller puis changer quelques mots.

Dans mes cours de blog, j’ai jusqu’ici laissé pas mal de liberté à mes étudiants concernant leur choix de thématique. Une chose sur laquelle je ne fais aucune concession, toutefois: ils doivent publier du contenu original. Du contenu qu’ils ont écrit eux-mêmes. Je suppose qu’il est clair pour eux que le plagiat est un péché capital, mais dans le doute, on repasse une couche.

Malgré cela, je me retrouve avec chaque classe face à une collection d’articles qui sont au mieux de la paraphrase maladroite. Cela devient un point de contention avec les étudiants. Je me demande s’ils me prennent vraiment pour une idiote, mais avec le recul, je me dis qu’ils n’ont peut-être simplement jamais vraiment appris à écrire, et qu’ils s’en sont tiré “en faisant ça” dans leurs études jusqu’ici.

En particulier, je pense qu’on ne leur a jamais appris comment paraphraser correctement (digérer le texte source, cacher celui-ci, écrire avec ses propres mots, contrôler pour la justesse des idées/faits et l’absence de citation directe involontaire).

Après “un peu” de recherche en ligne (ahem! ça aussi c’est une compétence qui manque souvent!), il me semble que les sources francophones que j’ai trouvées insistent sur “c’est mal, voici ce qu’il ne faut pas faire” mais ne montrent pas avec beaucoup de détail comment faire mieux. En anglais, il y a plagiarism.org, qui semble très bien, un tutoriel de l’Université du Missouri, des indications sur comment éviter le plagiat “copier-coller” grâce aux citations, des exemples de paraphrases acceptables et non acceptables (ici aussi).

On me demande parfois comment je “détecte” le copier-coller sous-jacent. Je n’utilise pas de programme anti-plagiat (probablement pourtant que ça m’épargnerait les nerfs). Mais à force d’années de linguistique, d’analyse de texte, de lecture et d’écriture, je sens immédiatement le changement d’auteur à la lecture. La plupart des étudiants que j’ai croisés dans mes cours n’écrivent pas aussi bien que les textes qu’ils plagient, et ne savent pas ménager une transition. De plus, dans un cours de blog, on travaille un certain style d’écriture qui est rarement celui des sources “d’inspiration”.

Alors c’est clair, on cite avec moins de rigueur académique quand on blogue, mais le principe sous-jacent reste le même: éviter de faire passer les idées ou les mots d’autrui pour les siens. Le moyen le plus simple d’éviter ça? Ecrire des choses qui sont déjà dans sa tête, et qu’on n’a pas besoin d’aller piquer sur des sites existants. Et faire des liens vers nos sources.

Il reste après le problème du plagiat involontaire, mais ça, c’est une autre histoire…

(Zut, je voulais parler aussi de la difficulté constatée chez mes étudiants à simplement “construire” un texte, à argumenter, etc — mais ce sera pour une autre fois, ce billet est déjà assez long!)

Urges [en]

[fr] Un vieux texte ressorti des brouillons.

A draft dating back from March 2010. Probably inspired by a dream.

Loud rhythmic music started drifting in the air, and the crowd on the festival river boats slowly went quiet. People stood up and started dancing and cheering.

I looked at Paul. We could feel the urge, but knew that giving in would only make it harder to resist what would come next.

Everyone sat down as the music went silent.

People looked at each other grimly. They knew that however strong the urge, they should not jump overboard.

In a flash, I noticed the group of children a few seats away.

“You! Come here right away!” I ordered.

A little bewildered, they came withing reach. People around me had understood, caught the children as they arrived, and sat them firmly in the seats next to them.

As for me, I grabbed two under each arm — two girls and two boys.

The girls didn’t budge, but the little boys started struggling and hitting me. I didn’t let go.

Greta 2 [en]

[fr] Exercice d'écriture: personnage Greta.

She left Greta on a Tuesday, and she needs to fill in her week before she meets up with Sam on Sunday evening. It doesn’t have to be tricky. The nice thing about writing stories is that you can choose to skip telling parts of it. You can compress or zoom in, whenever you feel like it.

The next day, the kiosk is still closed. And the day after. On Friday, Greta expects it to be closed, and files the fact away in the “let’s not worry about this” part of her brain. The Selecta machine at the station will have to do for her sugar fix, and she’ll remember to buy cigarettes at the other end of her train journey as she heads home. She misses the interaction with the kiosk lady, though.

Saturday is spent marking tests and preparing classes while Raphaël goes for a run and sees some of his friends. His friends are OK, but she doesn’t feel particularly close to them, and they realized early on in their relationship there was no sense in trying to force their respective social lives onto each other when things didn’t click.

So on Saturdays, Raph goes off and Greta gets some extra quiet working time. He shops for groceries on the way home, cooks dinner, and then they have an evening to themselves. Sometimes they go out for a movie, but most of the time they stay in. Greta used to hang out at Captain Cook’s a lot when she was still seeing Sam, but bars aren’t really Raph’s cup of tea, so she stopped going.

She’s having an evil thought right now. What if she made the Cook disappear for Sophie? Would she manage to reconcile that with the rest of the story? Could she have, in the same story, Sam with a missing Great Escape, Sophie with a missing Captain Cook, and Greta with a missing kiosk? The Great Escape seems to be missing for everybody — it would be hard to make the Captain Cook disappear for everybody as Sam and Sophie and Robert just spent the evening there but… Who knows? That would be really twisted.

Sunday is Raph and Greta’s day together. There’s not much to do on Sundays in Lausanne except hang out and spend some quality time together. It’s a quiet day. Greta likes quiet, now. Actually, that was one of the problems with Sam — he always had to be out and about.

She’s at the point now where she keeps going back and re-reading what she’s already written about Greta and Sam, to make sure she doesn’t say anything contradictory. For example, she’s decided Sam was always out and about, but what has she said about that earlier? Actually, she sees that she’s written that Sam ate out a lot. Compatible. She’s happy with how this is going.

She doesn’t think about Sam that often anymore. It was hard when they broke up, but time has passed and she’s really happy with Raphaël. It’s a much better relationship — at times she wonders why on earth she and Sam stuck together for so long when things were obviously so difficult. She knows Sam has had a harder time getting over their relationship. To her knowledge, he hasn’t moved on to anything else yet. She might be mistaken, though. They barely talk anymore.

So, she’s a little surprised when Sam calls her up on Sunday evening.

“Hi Greta, how are you doing?”
“Hey, Sam! Haven’t heard from you in ages…”
“Yeah, well…”
“I’m good — busy with work, you know, but overall everything is fine. What about you?”
“Well, listen… I know this may sound a bit odd, but would you mind coming over to Café de la Place for a coffee?”
Greta is a bit taken aback. “Why, what’s up?”
“I’d rather talk about in person. Could you be there in 30 minutes or so?”
“Sure.” She’s a bit worried. “Are you OK?”
“Yeah, pretty much. I’ll explain when I see you. Thanks.”

Greta is not very enthusiastic about dragging herself out of her cozy flat to have coffee with her ex when she starts school early the next day. But she still does care for Sam, and knows he wouldn’t ask this of her if it weren’t important for him. He didn’t sound that good on the phone, either.

She promises Raphaël she’ll be back as soon as she can, and catches the bus to Sam’s and Café de la Place.

Sam 2 [fr]

[en] Writing exercise: character Sam.

Sam émerge bien trop tôt pour un lendemain d’hier. Il faut dire que c’est toujours trop tôt, les lendemains d’hier. Mais bon, il faut bien.

Il met la tête sous le duvet en espérant sombrer à nouveau, mais un léger malaise l’en empêche. Un rêve étrange… mais non, ce n’était pas un rêve! Ou bien? Dans son demi-sommeil, Sam n’est pas sûr, et ça le dérange profondément.

Il rampe hors du lit et se met sous la douche, le temps de se réveiller complètement (aussi complètement que le permet un lendemain d’hier).

Elle est un peu embêtée parce que clairement, Sam va très bientôt être en relativement pleine possession de ses moyens, aller vérifier que toute trace du Great Escape a bien disparu… et là, comment il va réagir? Et quand il comprendra que ses amis n’ont jamais entendu parler de l’endroit, qu’est-ce qu’il fera? Est-ce qu’il va paniquer? Se faire interner à Cery? Penser que ses amis lui font un coup tordu? Remettre en question sa conception du monde pour admettre qu’un lieu puisse disparaître du centre de Lausanne et de tous les cerveaux avoisinants, sauf le sien?

Elle qui craint parfois l’absence d’inspiration, la voilà bien évidemment face à l’embarras du choix. Eh oui, il suffisait de se concentrer sur les personnages, et l’histoire déboule. Enfin, les histoires possibles. Quelque chose.

Cette histoire de Great Escape le préoccupe.

Elle se rend compte qu’elle n’a pas vraiment décidé quel jour on était. Dans la première partie, elle a dit “week-end” — vendredi ou samedi soir, on est donc samedi ou dimanche matin. Lequel des deux? Est-ce important? C’est clair que si on est samedi, il va traverser le marché à la Riponne, et il y aura du monde en ville. Dimanche ce sera désert. Donc ça change la donne. Elle le voit bien traverser la ville relativement déserte du dimanche matin pour aller vérifier si son bar a bien disparu.

Mais s’il n’est sorti que le samedi, qu’a-t-il fait vendredi? S’il était au Great la veille de la disparition, il aurait sûrement réagi plus fortement le soir même. Elle décide que c’est donc dimanche matin, et il n’est pas sorti vendredi. Il y a quantité d’explications à ça, et l’histoire n’a pas besoin de les donner, mais vu que ce qui l’intéresse ici c’est Sam, il y aurait là l’occasion d’en apprendre un peu plus sur lui.

Habillé en vitesse, il traverse la ville déserte et se rend sur la terrasse surplombant la Riponne. Il n’a pas rêvé, en effet: toute indication de l’existence du Great a disparu, et les grandes portes semblent fermées sur une absence. Un air abandonné.

Si elle n’était pas au lit avec la crève, elle traverserait elle aussi la ville déserte de ce jeudi de l’Ascension pour aller sur la terrasse surplombant la Riponne et observer l’entrée du Great, afin d’en avoir une vision claire et nette pour en parler.

C’est un peu tôt pour appeler Roger ou ses autres camarades de sortie, mais vive le SMS! Il envoie un mot sur Twitter, aussi. Histoire de savoir si quelqu’un sait quand/pourquoi le Great a fermé.

Bon, elle ne va pas faire suivre à son pauvre lecteur le dimanche de Sam, minute par minute. Il est temps pour une petite ellipse.

Le soir arrivé, Sam est assez déstabilisé par les réponses reçues à ses divers messages pour être carrément inquiet. “Quel Great? Tu parles de quoi? C’est quoi le Great? Je ne sais pas, je connais pas!” Il se demande quand même un peu si c’est son cerveau qui lui joue des tours (c’est quand même plus plausible que l’amnésie généralisée qui semble toucher les habitués du Great) mais il ne se sent pas particulièrement instable ou déconnecté de la réalité. Bon, ça ne veut rien dire, au fond: une des caractéristiques de la folie est quand même qu’on croit à sa folie.

Bref, Sam est perturbé — et assez perturbé pour appeler Greta pour demander à la voir. Il évite d’appeler Greta, en général. Ça ne l’aide pas vraiment, de la revoir. Mais il faut avouer qu’elle est une des seules personnes avec qui il se voit parler de… ça. Ils se donnent rendez-vous au café en bas de chez lui.

Greta 1 [fr]

[en] Writing exercise. Character Greta.

Elle décide que sa deuxième aventure sera avec Greta. Sophie, ce sera pour après. Elle l’a tout juste effleurée, Greta, l’ex de Sam. Avec un nom pareil, elle doit être suisse-allemande, mais non, elle décide que ses parents l’auront nommée ainsi à cause de Greta Garbo.

Greta est enseignante. Elle est plus jeune que Sam de quelques années. Elle aime beaucoup son métier, même si elle travaille beaucoup. Les premières années ont été dures, comme souvent dans l’enseignement, mais maintenant ça roule, comme on dit. Elle enseigne dans le secondaire dans les environs de Lausanne. Assez près pour que ce ne soit pas trop loin, et assez loin pour que ce ne soit pas trop près. C’est important, quand on veut éviter de croiser des parents d’élèves à la Migros du coin.

Greta habite avec son ami tout en haut d’un immeuble du centre de Lausanne. Ils y ont emménagé il y a six mois environ. La vue y est magnifique, et les soirs d’été, elle aime préparer ses cours sur le balcon en regardant les voiles blanches se déplacer doucement sur le lac, avec un thé et une cigarette.

Raphaël finit le travail bien plus tard qu’elle — elle a donc quelques heures en solitaire avant qu’il arrive, qu’elle met à profit pour abattre le travail qui lui demande le plus de concentration. Parfois, quand elle a pu prendre de l’avance, elle voit une copine ou prend un bain avec un bon bouquin. Mais la plupart du temps, il y a à faire.

Là, elle trouve qu’on commence un peu à cerner Greta. Il faut qu’il lui arrive quelque chose. De l’action! Hier, elle s’était dit qu’elle confronterait chacun des personnages de cette aventure littéraire à la disparition (vécue par eux uniquement) d’un lieu qui leur est cher. Elle n’a aucune idée comment diable elle pourra expliquer ça, mais ça n’est pas grave. L’important, ici, c’est de faire vivre un ou des personnages.

Elle s’était dit, d’ailleurs, que ce serait marrant, pour Sophie, de faire disparaître le Cook plutôt que le Great. Après ça va faire un méli-mélo de fils narratifs… Elle y réfléchira demain.

Greta, elle n’a pas vraiment de lieu favori, jusqu’à maintenant. Il faudrait lui en donner un. Ah! Ça y est, elle a trouvé.

Chaque jour, en sortant de l’école, elle s’arrête à un petit kiosque sur la route. Elle s’y achète un Twix, et parfois un paquet de cigarettes. Le Twix, c’est sa petite douceur de sortie de classe. Les cigarettes, la dépendance qu’elle n’arrive pas à vaincre, même si elle a beaucoup diminué depuis qu’elle est avec Raphaël.

Tiens, là aussi, elle qui ne fume pas, elle se dit qu’il faut qu’elle demande à ses copines fumeuses comment ça marche, l’achat de cigarettes. Celles qui fument un paquet par jour, elles passent tous les jours en acheter un? Ou bien elles achètent des cartouches? Elle n’en a pas la moindre idée. C’est ça, quand on veut mettre en scène des personnages crédibles qui ne sont pas comme soi. Il faut se renseigner!

Bref, Greta achète ses paquets de clopes au compte-gouttes. Si c’est un comportement “anormal”, elle trouvera bien comment l’expliquer!

Aujourd’hui, c’est mardi. Greta finit à trois heures. Elle embarque ses affaires, passe en vitesse à la salle des maîtres faire des photocopies pour demain, puis se met en route.

Encore une fois, si elle était vraiment en train d’écrire une histoire, elle intervertirait certainement les deux derniers paragraphes sur Greta. Inutile de raconter son habitude journalière avant que l’histoire ait amené Greta devant le fameux kiosque — ou en tous cas, dans sa direction.

Comme chaque jour en sortant de l’école, Greta met le cap sur le petit kiosque où elle s’achète un Twix à grignoter sur le chemin. Un peu de sucre après une longue journée, ça passe bien. Seulement aujourd’hui, le kiosque semble fermé. Le store est baissé, pas de manchettes sur la devanture. Elle arrive devant, et cherche des yeux un message ou petit mot qui expliquerait cette étrange fermeture.

Rien. Elle demandera demain à la tenancière du kiosque. Elle espère que rien de grave n’est arrivé.

Un peu frustrée et hypoglycémique, elle continue son chemin pour prendre le train. Il y a un Selecta à la gare qui prendra soin de son hypoglycémie. Pour les clopes, elle évitera de forcer dessus ce soir. Il ne lui en reste plus beaucoup. Mais ça ira.

Voilà, Greta, elle s’est pas posé quarante-six mille questions. Bon, il faut dire qu’à la différence de Sam, elle ne s’attendait pas à trouver là des gens qu’elle côtoie régulièrement — hormis la dame du kiosque. Elle se dit que ça deviendra plus intéressant pour Greta quand ça fera plusieurs jours que le kiosque est fermé. Là, elle va franchement commencer à se poser des colles.

En attendant, elle fatigue, mais se dit que c’est déjà un bon début, cette histoire de Greta. Deux soirs, deux personnages, et presque un vague début d’histoire qui se dessine! Que demande le peuple 🙂