Quintus, 1 an [fr]

13.12.2021, 21:20

Demain, le 14 décembre, cela fera un an jour pour jour que j’ai dit adieu à Quintus. J’ai récupéré ses cendres, comme je l’ai fait pour mes autres chats, et depuis, il y a une petite boîte sur ma table de nuit, tout près du coin du lit où il a passé une grande partie de ses dernières années.

Je n’avais pas le coeur de le mettre ailleurs. Alors le projet, c’est d’aller disperser ses cendres dans le jardin, comme je l’ai fait pour Bagha, Safran, et Tounsi avant lui. Alors c’est dur tout court, de faire ça, mais là, doublement dur parce que ses dernières années de vies étaient tellement peu dehors.

Mais je veux me souvenir aussi des années où il passait des heures installé sous le buisson devant l’immeuble, où on se promenait avec Tounsi autour du bâtiment, où il courait à travers le gazon, chassait, et grimpait même aux arbres.

Alors demain, je prendrai mon courage à deux mains, même si je ne suis absolument pas prête, et je ferai un pas de plus dans ma vie sans Quintus.

14.12.2021, 18:08

Il y a des moments où il faut aller de l’avant avec la vie, même si ça fait mal. Se souvenir que le chat qu’on aimait, avec son corps si chaud, ses poils si doux, son odeur, sa truffe humide, son ronron et ses coups de langue, et bien maintenant, c’est un petit tas de poussière dans une boîte. Que c’est fini, qu’il n’est plus là, qu’il est mort, pour toujours. Qu’il est temps d’aller de l’avant dans la vie, sans le chat.

Alors j’ai regardé cette poussière, qui n’est plus rien du chat que j’aimais, qu’un souvenir, et bien moins vivant que celui qui est dans mon coeur, quelques grammes symboliques que je vais rendre au jardin qu’il aimait, avec quelques larmes, la mémoire des précieuses années ensemble, la poussière qui s’envole et le sable qui tombe au sol.

Et puis, renter à la maison, faire un câlin au chat qui est là, tout chaud, tout vivant, et qui un jour aussi, si on a de la chance, sera un petit tas de poussière et de sable, au fond d’une boîte.

Ecouter: partie 1 | partie 2

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Avoir un animal est une charge financière qu’il faut pouvoir assumer [fr]

[en] Having a pet is a financial responsibility. Get health insurance for your pet or start a "health savings" account for them. They will fall sick and die someday, inevitably. See your vet at least once a year for a check-up and head to the clinic early if you suspect something is going on.

Je viens de regarder la vidéo ci-dessous et je souhaiterais reprendre certains des conseils de l’oratrice aux propriétaires de chats et de chiens – auxquels je m’associe:

  • prenez une assurance-maladie pour votre animal – ou bien prévoyez un compte-épargne pour lui, afin de ne pas vous trouver dans la situation où il a besoin de soins que vous ne pourrez pas vous permettre
  • voyez votre vétérinaire au moins une fois par an pour un contrôle, et le plus tôt possible en cas de suspicion de problème
  • ne donnez pas d’animaux en cadeau, même dans la famille: un animal est non seulement une charge financière mais aussi une charge niveau temps, et le maître doit prendre cette charge en connaissance de cause.

Un animal, même si on l’adopte petit, va tôt ou tard tomber malade ou avoir un accident, vieillir, et finalement mourir.

Outre le groupe de chats diabétiques que je gère, je suis dans nombre de communautés “chats” en ligne. Et tous les jours ou presque, je vois des situations passer où les soins à l’animal sont compromis par l’aspect financier. Je sais, ce serait moche de devoir dire “si t’as pas de thunes, tu peux pas avoir un animal”, mais un animal ça coute, et il faut tenir compte de ça quand on décide d’adopter.

Il y a des gens qui renoncent à avoir une voiture car ça coûte trop cher. Il y a des gens qui renoncent à avoir un enfant de plus pour des raisons financières. Il y a des gens qui renoncent à vivre dans une plus grande maison ou un plus grand appart car ça coûte trop cher. Et il y a des gens qui renoncent à prendre un animal, de plus ou tout court, parce qu’ils ne pourront pas assumer financièrement les frais inévitables qui pointeront le bout de leur nez.

Pour info, en Suisse, pour assurer mes vieux chats, je paie environ 350.-/an. Les associations demandent des frais d’adoption, et ce n’est pas juste pour couvrir les frais engagés pour l’animal jusque-là. Si vous ne pouvez pas payer les frais d’adoption ou la prime annuelle d’assurance, il faut vraiment vous poser la question si la charge d’un animal est quelque chose que vous pouvez assumer financièrement.

Cette année, Oscar et sa bouche ont généré pas moins de 4000.- de frais vétérinaires (heureusement, remboursés par son assurance). D’aucuns diront: je ne paierais jamais autant! Sauf que c’est pas “tu te pointes chez le véto, et on te fait un devis à 4000.-“. C’est d’abord 500. Puis 300. Puis 700. Puis 1000. A quel moment tu dis “OK là j’arrête les soins que j’ai démarrés et je renonce à faire la chose de plus qui a une chance de régler la situation, et j’euthanasie mon animal”? Parce que laisser souffrir un animal malade, j’espère que tout le monde est d’accord que ce n’est pas acceptable.

Je connais maintenant plusieurs vétérinaires. Je gère aussi un groupe dans lequel il y a environ 300 vétérinaires – le groupe n’est pas très actif, mais tout de même, “l’envers du décors”, comme vous l’entendrez dans la vidéo, si vous l’écoutez. Je vous préviens, c’est dur. C’est pas pour rien que la profession vétérinaire affiche un taux de suicides record. J’entends dans les groupes souvent des paroles très dures envers les vétérinaires, et c’est régulièrement dans des situations où le détenteur de l’animal n’a pas les moyens pour les soins qu’il faudrait, ou a longtemps tardé à consulter par peur des frais, pour se retrouver finalement dans une situation critique et bien plus onéreuse.

Dans le groupe Diabète Félin, il y a une règle stricte interdisant ce qu’on appelle le “véto-bashing”. J’y tiens. On peut être en désaccord sur des décisions, on peut même considérer qu’un praticien n’a pas offert une prise en charge adéquate (quand ça touche au diabète félin, je vous assure qu’il y a souvent à redire). Mais l’agression, le mépris, les insultes: cela n’est jamais acceptable.

Comme le dit l’oratrice, le milieu professionnel vétérinaire a ses problèmes. Mais une partie de ce qui influe sur la pénibilité de la profession est entre nos mains à nous, maîtres-détenteurs-propriétaires-domestiqués. Et nous pouvons y remédier relativement simplement, en incluant dans notre planification budgétaire de quoi subvenir aux besoins médicaux de nos animaux, d’une façon ou d’une autre.

Ainsi, on prend soin de son animal, de soi, et de son vétérinaire.

https://www.youtube.com/watch?v=objP3E625Xo

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Témoignage musical [fr]

En 2005, j’avais fait un long chemin entre “je ne sais pas chanter” et “en fait, j’adore chanter”. Ça avait bien dû prendre une décennie. On m’a parlé d’un choeur sympa où chantait une collègue. C’était Café-Café.

J’ai été gâtée pour mon premier concert, à Chéserex. Quatre soirs de suite. C’était magique.

Les concerts se sont enchaînés, les années aussi, et j’ai eu un plaisir fou non seulement à chanter, mais aussi à côtoyer toutes ces belles personnes qui, au milieu des notes de musique, respiraient avec moi en harmonie.

En 2013, j’ai dû prendre la décision déchirante d’arrêter Café-Café. J’avais d’autres activités qui me tenaient très à coeur, une vie professionnelle complexe, et l’incapacité fondamentale et malheureuse d’être à plusieurs endroits en même temps.

Il n’y avait pas de bonne solution. Durant quelques années, j’ai tenté de mener tout de front, à grands coups de compromis, jusqu’à ce que ça devienne intenable. Mon départ s’est fait dans les larmes, et pas comme j’aurais voulu. La faute à personne, juste à la vie et au temps.

Je suis allée revoir mes camarades de choeur en concert après ça. Une fois, peut-être deux. Mais c’était trop dur. J’en pleure encore aujourd’hui.

S’en est suivi une période de plusieurs années où je n’écoutais presque plus de musique – entre autres parce qu’elle me faisait quasi systématiquement fondre en larmes. C’était plus facile d’éviter.

‘2019. J’avais peut-être vaguement vu sur facebook que Pierre avait eu “un souci de santé”, mais cela ne m’avait pas interpellé plus que ça. J’ignorais qu’il était malade. J’ai appris son décès, je ne sais plus ni quand ni comment, et à son enterrement, dans la peine des derniers adieux, j’ai retrouvé mes amis de Café-Café. Et aussi une évidence: tout cela m’avait bien trop manqué.

Quand j’ai su qu’un spectacle serait en préparation pour rendre hommage à Pierre, je n’ai pas hésité très longtemps. Je sortais d’une opération qui avait élagué mon agenda pour l’année à venir et je ne travaillais pas: j’allais donc en profiter pour chanter.

Une pandémie et presque deux années plus tard, nous y voilà: nous sortons d’un week-end incroyable d’émotions, de musique et d’amitié. Une célébration de Pierre et de son oeuvre, et aussi de tous ces liens qui se sont tissés autour de lui, entre nous, et qui lui survivent.

Ces dix derniers jours ont été éprouvants. La musique, et ça je l’ai bien compris maintenant, elle vient chercher directement nos émotions. Impossible de se cacher. Et depuis le week-end dernier où nous avons commencé à mettre ensemble choeur, orchestre et solistes, c’est le raz-de-marée qui n’est allé que crescendo, jusqu’au dernier accord majeur de “Sang pour sang” dimanche soir.

Pour moi il y avait, en plus de tout ce que charriait cet hommage, l’émotion de me retrouver sur scène avec Café-Café après presque 10 ans d’absence. Egalement, la perspective d’un nouveau choix “impossible” entre ma famille musicale et les vents du Léman, puisqu’un avenir se dessine, sous une forme ou une autre, avec Elodie, qui a brillamment relevé le défi de nous diriger jusqu’à cet hommage. Elle l’a fait avec humanité, humour et humilité, nous offrant ainsi l’espace de guérison dont avaient tant besoin nos âmes musicales après les épreuves traversées. Je sais que je ne suis pas la seule à avoir été conquise et à vouloir continuer la route avec elle.
Ma décision restera difficile, mais peut-être que cette fois, je choisirai le chemin de la musique… et de l’amitié.

Ce billet a été initialement publié sur facebook

Crédit photo Ariane Dorsaz

Crédit photo François Clair

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La vie avec deux doses [fr]

J’ai eu ma deuxième dose de vaccin le 5 juin. J’ai morflé, comme beaucoup, mais qu’est-ce que je suis heureuse d’être vaccinée et plus détendue dans ma vie. Déjà après la première dose, les jours puis les semaines passant, j’ai senti que mon irritation envers les gens qui tiennent à porter leur masque sous le nez (voire à faire les rebelles en le gardant sous le menton) diminuait.

Bon, ce n’était pas dramatique, car je ne croisais pas souvent des gens. Au travail, c’est masque chir pour tout le monde, on est drillés, et franchement bons élèves. Dehors, c’est dehors: 20 fois moins de risque que dedans. Les transports publics, le nombre de fois que je les ai pris ça se compte sur les doigts d’une main. Mais soyons honnête, ça me gonflait quand même de me retrouver “potentiellement exposée” comme ça. Et surtout, ne voulant pas faire courir de risque à des personnes vulnérables de mon entourage, ma vie sociale se trouvait d’autant plus réduite à néant.

Que mes parents soient vaccinés a déjà été un gros soulagement: je peux aller les voir, manger avec, sans stresser. L’arrivée des autotests aussi, même si je n’ai pas beaucoup eu l’occasion de les utiliser. Mais j’ai senti le soulagement que c’était de ne pas avoir derrière la tête cette crainte, après une rencontre, d’être infectée ou d’avoir infecté. De guetter d’éventuels symptômes. C’est un peu comme si je retrouvais ma tranquillité d’esprit d’avant. Pour moi et les autres.

Mon entourage, les gens qui me sont proches, sont très largement en train de se faire vacciner, à quelques exceptions près. Honnêtement, c’est comme une libération. Je sais qu’il y a un certain taux d’échec vaccinal, mais ça reste vraiment microscopique comparé à “sans”. C’est un risque qui commence à rentrer dans mes “risques acceptables de la vie” – alors que le covid sans vaccin ne l’était pas.

Maintenant, si les gens dans le bus laissent pendre leur nez sur leur masque, si les gens participant à la même activité que moi décident de l’enlever, “parce que”, je m’en fiche. Et franchement, c’est très agréable.

Ma préoccupation a basculé de la préservation de ma santé à celle de “suivre les règles”, être la bonne élève. J’ai tendance à suivre les règles. J’ai aussi tendance à avoir du mal avec les règles que je trouve inutiles ou insensées, comme tout le monde j’imagine. Evidemment que les consignes sanitaires actuelles s’appliquent à tous, vaccinés comme non vaccinés (car tout le monde n’a pas encore eu l’opportunité d’avoir ses deux doses), et donc on se trouve dans des situations un peu cocasses comme être dans une réunion de travail entre personnes vaccinées et garder malgré tout le masque sur le nez. Ou de prendre part à une activité théoriquement avec masques, mais en pratique sans, à me demander quel sens ça a que je porte le mien (outre faire la bonne élève) car au final, même si un cas positif se déclare, non seulement je cours très peu de risques de contamination, mais en plus, administrativement, je ne serai pas mise en quarantaine. On attend que les consignes sanitaires rattrapent la réalité du terrain. Et en attendant, on voit bien que ça va devenir de plus en plus difficile d’imposer le port du masque à des personnes vaccinées en nombre croissant.

Mais voilà, en attendant, ma vie retrouve de la légèreté. J’ai déjà mangé plusieurs fois au restaurant — en terrasse, mais finalement je serais aussi prête à manger dedans, s’il fallait. C’est marrant, les restaurants ne m’ont pas plus manqué que ça durant leur fermeture, mais maintenant qu’ils sont ouverts, je suis hyper contente de pouvoir y aller. Et j’y dépense de l’argent en très bonne conscience, me disant que ça vient mettre un peu de baume au coeur de leurs chiffres d’affaires bien malmenés par la crise.

Je commence à retourner à mes cours de chant, et au judo. Je planifie ma prochaine sortie bateau. Il fait beau. Je vais bien.

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Quintus: 6 mois [fr]

Quatorze décembre, 14 juin. Six mois. Six mois que j’ai dit adieu à ma vieille boîte à ronrons. Je ne pleure plus, enfin je ne pleurais plus avant de commencer à écrire ces mots. Il me manque, mais je suis aussi tellement soulagée de ne plus vivre dans le stress constant qu’il lui arrive quelque chose, d’être libérée de la charge de me soucier de lui et de le soigner au quotidien.

Pourtant, je l’ai fait de bon coeur. Je me sens presque coupable d’apprécier autant ma liberté. Juste là, je donnerais beaucoup pour pouvoir le tenir encore quelques minutes dans mes bras, sentir sa tête contre la mienne, entendre son ronron.

Mon Quintus. 💔

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Comment on attrape le covid? [fr]

Je remarque régulièrement que beaucoup de gens n’ont pas une “bonne” représentation, dans leur tête, de comment fonctionne la transmission du virus. Le résultat c’est une mauvaise évaluation des risques: on a trop peur des mauvaises choses et pas assez des bonnes choses. Un peu comme si, pour faire un parallèle avec le sida dans les années 80-90, on refusait de serrer la main aux gens mais on couchait sans capote.

Je vais donc essayer d’expliquer ça, de façon que j’espère compréhensible.

Le covid se transmet par voie aérienne. C’est un virus respiratoire. Ça veut dire qu’on s’infecte en le respirant, par le nez ou la bouche. Ça veut aussi dire que si on est malade, on l’expire à chaque fois qu’on respire, parle, tousse, etc. Il faut imaginer les virus comme des petites poussières qui volent dans l’air, comme on peut voir un jour d’été dans un rayon de soleil. Ou de la fumée de cigarette.

En fait, je simplifie un peu (évidemment). Le virus est “porté” par des particules plus ou moins grosses qu’on expire. Les “grosses” c’est les gouttelettes. Elles ne sont pas assez légères pour aller voler dans toute la pièce, et ont tendance à tomber au sol à 1.5-2m quand on respire et parle normalement. (La fameuse “distance de sécurité” vient de là.) Les “petites” c’est les aérosols. Ce sont eux qui vont voleter partout dans la pièce et qui sortent quand même un peu du masque: on sent bien quand on expire que l’air “sort” par les côtés du masque – les aérosols aussi. Pour essayer de me représenter leur comportement, je pense à une odeur persistante qui flotte dans l’air. La fumée de cigarette ou un parfum fort, par exemple.

Le virus peut être transmis par les gouttelettes et les aérosols. Au début de la pandémie on se focalisait presque uniquement sur les gouttelettes. Mais c’est maintenant très clair que la transmission se fait aussi par aérosols. Donc “garder la distance” dans un lieu fermé, ça marche seulement jusqu’à un certain point. A plus forte raison si on crie, rit, fait du sport, chante, tousse… Plus on passe de temps, plus la quantité d’aérosols augmente.

Et les masques? Ils retiennent bien les gouttelettes (attention au nom, ça ne veut pas dire que c’est visible) et un peu les aérosols. Ils servent surtout à bloquer la sortie mais aussi un peu l’entrée – si une personne contagieuse ne porte pas de masque mais la personne à qui elle parle oui, cette personne sera moins protégée que si c’était la personne contagieuse qui portait le masque. Donc le masque joue un plus grand rôle à protéger les autres qu’à se protéger soi-même, même s’il fait les deux. (Je ne rentre pas dans l’histoire de la qualité des masques, ce serait un autre article, mais de façon générale, préférer un masque chirurgical à un masque en tissu.)

Il faut parler des surfaces, parce que beaucoup de personnes ont bien trop peur des surfaces. Le virus ne pénètre pas par la peau! Si une personne malade respire ou tousse proche d’une surface, on peut s’attendre à retrouver des virus sur cette surface. Mais n’oublions pas qu’il faut quand même respirer le virus, ou au moins le mettre en contact avec nos muqueuses (bouche-nez-poumons – et yeux il semble), et ne assez grande quantité (j’y viens plus bas) pour avoir une infection. Donc à moins d’aller sniffer les surfaces, ou si quelqu’un tousse dans sa main, saisit une poignée, qu’on la touche dans les minutes qui suivent, et qu’on se fourre direct le doigt dans le nez derrière, il faut arrêter de faire une fixette sur les surfaces.

Les études qui montraient des particules virales présentes sur les surfaces après des jours mettaient des quantités de virus énormes sur une surface et trouvaient ensuite des traces de matériel génétique, ce qui n’est pas la même chose que des virus en bonne et due forme et quantité suffisante pour infecter quelqu’un.

Donc oui, se laver les mains, si qqn de malade crache sur une table, nettoyer, mais voilà.

Le risque c’est l’air qu’on respire, bien plus que les surfaces qu’on touche.

Je crois que ce qui n’aide pas c’est qu’on a tous instinctivement une notion de “sale”, “contaminé”. Oups j’ai touché un truc, je me lave. C’est concret. Un virus invisible qui se balade dans l’air, c’est beaucoup plus abstrait. On ne voit pas l’air, on ne le “sent” même pas.

On en arrive à l’infection. Il ne suffit pas d’inspirer “un virus” pour tomber malade. Il en faut beaucoup. Assez pour qu’ils réussissent à s’installer et prendre racine suffisamment pour créer une infection. On voit donc que la durée et l’intensité de l’exposition compte. Si je vois une personne infectée sans masque 5 fois 5 minutes dans la journée, ça va me faire une exposition significative. Si on “garde les distances” mais qu’on reste 3h ensemble, idem. Si on est enfermés dans une voiture avec les masques pendant 1h, c’est pas sans risque. Par contre si on croise quelqu’un à la Migros ou dans la rue… les chances qu’on réussisse à absorber direct assez de virus pour être contaminé sont assez faibles.

Il faut comprendre aussi qu’être dehors c’est beaucoup moins risqué qu’être dedans, distance ou pas, car l’air circule, dehors. J’ai vu passer “20 fois moins risqué” à plusieurs endroits, même si je ne sais pas si c’est une donnée très solide. Donc vraiment, vaut mieux se voir dehors que dedans, surtout dans nos apparts sans vraie ventilation. Dans un avion, l’air est changé 20 à 30 fois par heure… encore une fois notre intuition nous trompe en nous faisant craindre l’avion: pendant un souper avec des amis chez soi, je doute qu’il y ait autant de changements d’air!

Il vaut nettement mieux se voir dehors que dedans, surtout si c’est un lieu avec peu de changement d’air.

Quand est-ce qu’on est contagieux? Ça non plus c’est pas super intuitif. On a tendance à penser que malade = contagieux. Mais aujourd’hui tout le monde sait (j’espère) qu’on peut être positif (et contagieux) au covid sans avoir le moindre symptôme. Certaines personnes ne font jamais de symptômes.

Et pour les personnes qui font des symptômes, entre le moment où on se fait infecter et le début des symptômes il y a la période d’incubation. Le virus sont tranquillement en train de monter leur camp dans nos cellules et de se multiplier. Au début ils sont en sous-marin, si on veut. On ne les voit pas, on ne les sent pas, ils sont bien cachés et encore en petit nombre. En tellement petit nombre que même si on fait un test (je parlerai plus bas des tests) on ne peut pas le détecter: le test ressort négatif. Cette période d’incubation peut durer jusqu’à 14 jours, généralement moins de 10 (d’où la durée de la quarantaine), et généralement autour de 5.

Puis, quand les virus ont fini leurs préparations et lancent la fiesta, là, les symptômes débarquent! Et comme les symptômes sont en grande partie la réaction de notre système immunitaire au virus, il y a un petit temps de décalage entre le début de la fiesta des virus et la mise en branle de notre système immunitaire accompagné de tous ces symptômes. En gros, la fête commence, le temps que les voisins se plaignent et que les flics débarquent pour tenter d’y mettre fin… il y a généralement deux jours.

Ça veut dire que deux jours avant les symptômes, les virus sont déjà partout (la charge virale est haute) et on est contagieux (magnifiquement contagieux) et on sortirait positif au test. Et comme on se sent en forme durant ces deux jours avant le début des symptômes, on ne fait pas particulièrement attention, on voit ses amis, on porte son masque sous le nez, on l’ôte 15 minutes pour boire son café au travail, etc… et on contamine possiblement des gens. En général, 10 jours après le début des symptômes (pour une forme légère ou moyenne de la maladie), on n’est plus contagieux (d’où la durée de l’isolement).

Et les tests, alors? Je vais finir avec ça, avant une petite synthèse en guise de conclusion. On a deux types de tests, ici: les PCR et les tests rapides à antigène.

Le PCR amplifie un morceau de matériel génétique du virus qu’on recherche. C’est un processus qui est long et cher: on fait quelques dizaines de cycles d’amplification pour avoir un résultat. Plus on doit faire de cycles (CT) moins il y a de virus. C’est très sensible – c’est pour ça que deux mois après une infection, le PCR est encore capable de détecter des petites miettes de particules virales dans notre organisme et de sortir un résultat positif.

Le test rapide ne cherche pas le matériel génétique du virus lui-même, mais un antigène, c’est-à-dire quelque chose que notre corps produit au début de l’infection. Si on le fait trop tôt, il peut être négatif car on n’a pas encore produit assez d’antigènes. Mais si on est bien contagieux, il sera normalement positif.

On comprend donc qu’un test négatif ne signifie pas qu’on n’est pas en train d’incuber le virus! On peut l’avoir attrapé mais n’être pas encore contagieux. Dans ce cas-là on a toutes les chances d’être négatif. Si on a une exposition connue et pas de symptômes, c’est bien d’attendre une semaine avant de se faire tester.

En résumé:

  • ce qui est risqué c’est de respirer le même air que quelqu’un qui est contagieux
  • on est contagieux avant l’apparition des symptômes
  • mettre un masque diminue grandement le risque, surtout si c’est la personne contagieuse qui le porte (le mieux: les deux!)
  • c’est bien plus risqué dedans que dehors
  • un virus ne suffit pas, il en faut une quantité (on vous tousse dans la figure ou vous passez longtemps avec la personne contagieuse; croiser quelqu’un dans la rue ou 20 secondes à la Migros ça n’est pas grave; plus l’exposition est longue et plus le risque est grand)
  • c’est pas une poignée de porte qui va vous donner le covid, mais la personne avec qui vous buvez un café ou partagez une pièce sans masque (les repas: le “pire”!)
  • un test sera négatif avant qu’on soit contagieux, pendant la période d’incubation (5 jours généralement, mais ça peut aller sans souci jusqu’à 10), et un test rapide sera probablement négatif une fois qu’on n’a plus de symptômes
  • et finalement, limitez vos contacts, ça facilitera le travail de traçage! 😅

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Un livre de chevet [fr]

A un moment donné j’ai perdu confiance dans ma capacité à m’endormir. Je ne saurais pas trop dire exactement quand, mais ça fait un moment. J’ai toujours eu du mal à aller me coucher, mais une fois couchée, pas tellement à m’endormir. Durant des périodes stressantes de ma vie, ça m’est arrivé, mais c’est pas “standard”.

Il y a des années et des années de ça, la préparation de ma demi-licence de français à l’uni avait méchamment entamé mon sommeil. J’avais du mal à dormir, je me réveillais en sursaut le matin et je ne me rendormais plus. J’ai découvert la tisane de fleur d’oranger, et j’aime à dire qu’elle a sauvé ma demi-licence de français.

Quand j’ai commencé à enseigner, alors que j’approchais du burnout, c’était pas top non plus. Je m’étais fait la réflexion que si je ne faisais plus rien hors du travail, c’était normal qu’il n’y ait que ça dans ma tête.

Au fil des années j’ai réalisé que plus je suis fatiguée, moins j’arrive à me mettre au lit, plus ça tourbillonne dans ma tête. Vous voyez le cercle vicieux. Une sorte d’hyperactivité vespérale.

Cet été, j’ai eu des soucis de mécanique respiratoire (je vous passe les détails) qui m’ont énormément gênés pour dormir. A un point catastrophique et extrêmement stressant. Merci mon physio, on est arrivé (après des mois) au bout de l’histoire et je respire à nouveau facilement, mais je crois que mine de rien, ça m’a fait une longue période où je n’arrivais souvent pas à m’endormir facilement. On rajoute là-dessus d’autres trucs, bref… pas la joie. Après, faut relativiser: pour moi, des soucis de sommeil ça veut dire que j’ai besoin d’écouter un podcast pour m’endormir, par exemple, ou que je me couche trop tard, et que je dors 6h30 par nuit (effectif) au lieu des plutôt 7h30 qu’il me faut.

Là, merci un machin bleu et puant qui s’appelle Redormin, à base de valériane, j’ai rajouté une heure de sommeil à mes nuits, globalement. Ça fait une sacrée différence. Et, détail intéressant, je me sens plus fatiguée le soir (comme quoi le cercle vicieux de la fatigue surexcitante… moche).

Alors bon, tout ça c’est le contexte. Ce dont je veux parler c’est de la lecture avant de se coucher. Le fameux livre de chevet. Je suis à la base une dévoreuse de livres. Il y a des pauses dans ma consommation libresque, mais globalement, j’aime lire. En quatrième année, je me souviens être restée éveillée jusqu’à passer minuit pour finir mon livre. Depuis 10-15 ans, je regarde aussi volontiers des séries. Et j’ai pris conscience à un moment donné que j’avais mes “phases séries” et mes “phases livres”. Je n’aime pas trop mélanger les deux. Un univers fictionnel à la fois dans lequel se plonger.

J’ai repris la lecture il y a quelques jours. Un livre tranquille. Je lis un peu, hop, je sens passer le train du sommeil, j’éteins, je dors (parfois avec le machin bleu puant, parfois pas). Mais quand je regarde des séries, j’ai aussi tendance à regarder avant de me coucher. Les écrans avant dodo c’est mal, je sais. Mais j’ai “toujours” fait comme ça. Sauf que là, en reprenant la lecture, j’ai réalisé que lire versus regarder une série avait un effet différent sur ma “chaîne de télé intérieure”. En effet, ce qui me chicane quand j’essaie de dormir, c’est qu’il y a trop de scènes qui se baladent dans ma tête. Des choses de la journée écoulée en replay, des scénarios pour des discussions à venir en mode maquette. Pas forcément des choses qui me stressent horriblement. Juste des choses qui tournent, tournent, tournent.

Et il me semble que lire avant de dormir, ça a un impact sur ça. Ce que je viens de comprendre, c’est que quand je lis, j’absorbe du texte, des mots, des phrases. Ça prend la place de mon discours intérieur. Et ça guide ma vidéo intérieure. En lisant je me “fais le film” de ce que je suis en train de lire. C’est d’ailleurs pour ça qu’écouter un podcast pour m’endormir marche bien: j’écoute un truc, je ne suis donc pas en train de produire mon propre matériel.

Par contre, en regardant une série, j’absorbe en mode passif un “discours vidéo” extérieur. Et je pense clairement que ça n’a pas le même effet débranchant sur ce qui se passe dans ma tête. Je me suis donc dit qu’il fallait que j’aie un livre de chevet même quand je regarde une série.

Un livre de chevet: assez intéressant pour avoir envie de le lire. Mais pas tellement prenant que je lutte contre le sommeil pour avoir la suite de l’histoire.

Je vous laisse, je vais lire.

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Oaxaca Little Quintus (02.02.2001-14.12.2020) [fr]

Aujourd’hui, Quintus aurait eu 20 ans. J’avais des doutes concernant ses 16 ans, ses 17, ses 18 et même ses 19. Mais les 20 ans, j’y croyais. La vie en aura décidé autrement. La vie, la maladie, la vieillesse et la mort, surtout.

Quintus est mort le 14 décembre. Il était vieux, très vieux, et très diminué. Cette dernière année, encore plus. Et début décembre, il a dégringolé. Il avait déjà dégringolé quelques fois, et on l’avait récupéré. Cette dernière fois, quand j’ai cru que c’était clair que c’était fini, et que j’avais commencé à prendre mes dispositions pour l’accompagner jusqu’au bout, il a commencé à remonter la pente. J’ai décidé de lui laisser une chance.

Mais une semaine plus tard, il était clair que cette remontée de pente était insuffisante pour lui donner encore la qualité de vie qu’il méritait. J’ai pu faire venir une de ses vétérinaires à domicile, et je lui en suis très reconnaissante. Je n’ai aucun regret, aucun doute quant à ma décision – tant de lui laisser une chance quand je l’ai fait, que de tout arrêter lorsqu’il l’a fallu.

Je ne vous cache pas que ça a été horriblement dur. Avant, pendant, et après aussi. Après, au moins, j’avais la sérénité de savoir qu’il ne souffrait plus, ne souffrirait plus, que le temps de ma propre souffrance, à agoniser sur cette décision, était derrière.

Mais Quintus n’était pas qu’un chat vieux et malade. Nous avions une histoire. Moins longue que ses années, même si je l’ai connu chaton, car c’était le chat d’une amie, adopté à l’occasion d’un changement de continent. Mais une belle histoire tout de même, huit années de vie commune, huit années à dormir sur mon oreiller, à s’installer d’autorité sur mes genoux, à ronronner dans mes bras, à me regarder les yeux plein d’amour quand ils voyaient encore. Moi, en tous cas, j’y voyais de l’amour.

Je peine à trouver ma place dans ma vie sans lui. D’un certain côté, il occupait peu de place depuis longtemps déjà: un coin de mon lit, sur son tapis chauffant, et mon oreiller quand ça lui chantait. Mais dans mon coeur et dans mes préoccupations, c’était une place énorme: d’une part je l’aimais, c’était mon compagnon félin, et d’autre part m’occuper de sa santé était très prenant.

Maintenant, il n’est plus là, et c’est à la fois normal et impossible. Je ne sais pas toujours trop dans quelle couche de réalité je vis. Je ne m’attends pas à le voir, ça non, et je pense que c’est parce que sa mort était quelque chose auquel je me préparais depuis fort longtemps. Pas un choc, mis à part celui de la vie qui cesse d’une minute à l’autre et devient la mort. Je m’y attendais. J’ai même choisi quand. J’aurais pu dire non, on attend encore.

Ce n’est pas tant qu’il manque visiblement dans mon quotidien. C’est plutôt que ma vie s’est un peu éteinte depuis qu’il n’est plus là. Une source de joie, de bonheur et de réconfort a disparu. J’ai perdu l’être pour lequel j’avais fini par compter plus que tout, et ça ébranle ma place dans le monde. Je dérive un peu.

Il y a 20 ans, à Huddersfield dans le nord de l’Angleterre, naissait Oaxaca Little Quintus. Par un concours de circonstances quasi rocambolesque que l’on pourrait faire remonter jusqu’à une rencontre dans un marché en Inde, nos chemins se sont rejoints pour de bon en été 2012, quand nous avons pris l’avion ensemble pour faire le trajet Birmingham-Lausanne. Détail: nos lieux de naissance sont distants de moins d’une heure l’un de l’autre. Autre détail: Quintus, “cinq” en latin, était mon cinquième chat.

Il a fermé les yeux pour la dernière fois ce 14 décembre, un mois et demi avant son vingtième anniversaire. Et moi je pleure toujours.

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Just a Cat [en]

28.12.2020 17:19

Just a cat
Nobody said that
I’m even sure nobody thought that
Except maybe me
I shouldn’t feel so sad
I shouldn’t feel so lost
I shouldn’t be so heartbroken
Though even for months
And years
He’d been a shell of himself
A cat asleep
A little life
A few scraps left at the end of a long road
But still there
Still carrying memories
Our years together
Our bond
Still there while he slept
And purred sometimes
And stretched
Under my hand
And rubbed his face onto mine
Even when he stopped seeking my lap
Asleep next to me
Every night
Until the end
Soft fur
Lovely face
Black pads under his paws
So gentle
So trusting
A beautiful being
Just a cat
But my cat
My love
Gone to nothingness
Hardly more absent than when he was still there
In a way
But so much more absent to my tearful heart.

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Quintus, étapes d’un adieu (4) [fr]

Quintus, étapes d’un adieu (3)

16.12.2020 19:39

Ce soir, pour rentrer du travail, je pédale le coeur lourd. Après une journée de normalité, je réalise soudain qu’à mon retour chez moi il n’y aura pas de Quintus, pas la joie de le revoir, de le laisser frotter sa tête contre la mienne, d’enfouir mon visage dans son ventre pour sentir sa douceur et son odeur.

Pas l’inquiétude non plus de voir s’il va bien, s’il a mangé, s’il dort bien paisiblement… mais juste là j’oublie l’inquiétude, il n’y a que le manque, ma douleur voudrait faire machine arrière, effacer lundi, effacer sa mort, essayer encore quelque chose pour le garder près de moi, sûrement, il devait bien y avoir encore quelque chose à faire!

C’est bien normal, et je le sais. Mais ça n’ôte rien à ma peine. Et par-dessus tout ça, je me retrouve avec d’autres tracas personnels à gérer, dont je me passerais bien.

Juste là Quintus me manque, j’aimerais revenir sur ma décision, faire autrement, défaire tout ça et pouvoir le tenir encore dans mes bras. Ne pas avoir à faire face à son absence. Ce sentiment, c’est celui des larmes qui frappent à la porte, et qu’il faut laisser venir, même si ça fait mal.

Parce que ça fait mal, en fait, et que c’est malheureusement le seul chemin vers l’acceptation.

Que je n’aime pas devoir traverser ça à chacun des grands “jamais plus” de la vie. Jamais plus mon chat, jamais plus nos moments partagés, jamais plus m’émerveiller de ta beauté, jamais plus sentir ta langue râpeuse sur ma joue, jamais plus tes adorables pattes toutes noires dessous, ton sourire quand tu dormais, ton confort quand tu t’étirais…

Pourtant, on en avait déjà derrière nous, des jamais plus: tes pattes autour de mon cou quand je te tenais dans mes bras, ton accueil à la porte, te voir grimper les arbres, ramener des souris, courir dans l’herbe, venir d’autorité sur mes genoux quand j’essayais de travailler, faire la toilette à ton frère, à Tounsi ou aux chatons, observer le monde du balcon, ton regard quand tu me voyais encore, ta queue dressée bien haut pour montrer ta satisfaction, jusqu’à ce que tu ne puisses plus, les tours d’immeuble que l’on faisait ensemble, quand ta vue baissait mais que je ne le savais pas, tes pattes dans la neige, ton corps sur ma tête pour mieux dormir, ton ronron fort et quasi constant qui n’était à la fin presque plus perceptible…

Une vie, quand elle est finie, se résume à des souvenirs et des traces laissés dans d’autres vies. Quintus aura marqué la mienne, et celle de sa première maîtresse, mais aussi celles de quantité d’autres personnes qui l’ont rencontré, en personne ou par écran interposé. Il aura aussi marqué la vie de centaines de chats diabétiques francophones, puisque c’est sa maladie qui m’a inspirée pour créer la communauté “Diabète Félin”. Il a vécu une belle vie de chat, une belle vieillesse aussi. Mais tout ça ne me console pas. Je m’en fiche de tout ça: je veux juste qu’il ne soit pas mort, que l’âge ne l’ait pas rattrapé, qu’il soit encore sur mes genoux à ronronner, son poil si doux sous ma main.

C’est ainsi. Il faut faire avec l’absence, il faut faire aussi avec ce mouvement qui rejette absolument l’absence tout en sachant que c’est en vain, et accepter de s’effondrer dans la peine qui l’accompagne. Encore et encore, jusqu’à ce qu’au fil des jours, au fil des semaines, l’absence finisse par devenir plus supportable.

18.12.2020 21:49

Je me rends compte qu’au fil du lent déclin de Quintus, ces dernières années, je n’ai jamais vraiment pris le temps de faire le deuil de ce qu’il perdait en route, tellement j’étais soulagée et reconnaissante qu’il soit toujours là.

J’ai été terriblement triste qu’il perde la vue. Ça a été graduel, et sa vie s’est rétrécie progressivement à mesure qu’elle s’assombrissait. Pendant un temps il me suivait dehors, et on se promenait ensemble. Puis sa mobilité s’est réduite, je le portais en haut du chemin, et il rentrait. Au début il se repérait bien dans l’appartement, puis, la confusion de l’âge aidant, c’est devenu de plus en plus difficile, navigant les murs au toucher.

A la mort de Tounsi, ma tristesse terrible de le perdre était augmentée de ma tristesse pour Quintus, car je savais qu’à son âge et dans son état de santé les chances qu’il retrouve un “copain chat” étaient très faibles. Pour lui, fini les siestes à deux, la toilette mutuelle, les chamailleries, la stimulation de la présence de l’autre, et simplement, la compagnie.

Chaque fois qu’il a été gravement malade, il en est ressorti diminué. Mais j’étais déjà si heureuse qu’il ne soit pas mort. C’est bien de focaliser sur le positif, mais il ne faut se voiler la face non plus pour le négatif.

Le Quintus qui est mort lundi était bien différent du Quintus qui est arrivé pour de bon dans ma vie en 2012. Il était même bien différent du Quintus d’il y a 3 ans, d’il y a deux ans, un an. Quelques mois, même. J’ai regardé encore et encore ce qui allait: il est autonome pour manger, il se déplace jusqu’au balcon et retour, il aime les caresses, il ronronne. Ce qui me restait de mon chat. Jusqu’à la fin, où il n’en restait plus rien.

22.12.2020 10:29

When a kind of calm washed over me in the couple of days after Quintus’s death, I thought the worst was behind me, in those 10 agonizing days whilst I tried to decide if it was indeed time or not, and how to go through with it.

I may have been wrong. But things are not bad in the way I imagined they might be. I’m not crying all day or feeling actively miserable all the time. It’s more like I feel very down, very empty, not functional. I don’t recognise myself. I broke down at work the other day. I forget things. I make mistakes. I feel like life has been emptied of all its good things. And overall, I just realised I feel ashamed for not “dealing” better, or more as I’d expected. I don’t even feel like writing, or sharing, really.

I just wish I could take a break from myself until it’s all “over”, whatever that means. I’m definitely not in a great place, and I feel like I’ve lost my toolbox for navigating difficult times.

I tell myself that this will pass. I try to hang on to that. I try and trust myself that I will cope, one way or another. But I’m scared that I might be wrong this time around, and that doesn’t help me at all. I’m not sure what to do except wait, try and hold it together when I need to (work), and cut myself some slack when I can (the rest of the time).

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