Un an de Juju [en]

Le 3 fĂ©vrier 2025, je rentre du judo et je descends rĂ©cupĂ©rer Oscar Ă  l’eclau. Il aime rester installĂ© sur la plate-forme devant la chatiĂšre condamnĂ©e: bonne vue sur le jardin, et effluves de l’extĂ©rieur.

En arrivant, je suis surprise par un matou gris et blanc de l’autre cĂŽtĂ© de la vitre. Je le surprends aussi. Il a pas l’air commode: oreilles aplaties, balafrĂ©, bajoues de compĂ©t’ – et il souffle. “Toi, t’es pas castrĂ©, ça c’est sĂ»r!”

J’ai le rĂ©flexe de prendre une photo, je rĂ©cupĂšre Oscar, je laisse quelques croquettes de l’autre cĂŽtĂ© de la chatiĂšre et je braque la camĂ©ra de surveillance dessus. Le lendemain, je verrai qu’il a mangĂ© les croquettes.

Les chats errants n’ont pas une belle vie, contrairement Ă  ce que voudrait faire croire le mythe populaire de la libertĂ© et de “la nature“. Les bonnes Ăąmes qui mettent une gamelle dehors ont bonne conscience et sont tout attendries, mais la rĂ©alitĂ© est une vie de bagarres, de dangers, de kilomĂštres parcourus poussĂ©s par leurs hormones, un risque de maladies plus Ă©levĂ© et Ă©videmment, pas de soins mĂ©dicaux. Non, il n’y a pas de soins mĂ©dicaux dans la nature, c’est vrai, et le rĂ©sultat c’est de la souffrance, encore de la souffrance, des vies qui se terminent misĂ©rablement dans les buissons, oui, dans la souffrance.

Il y a quelques annĂ©es, j’avais tenter d’attirer un des matous errants du quartier, les oreilles dĂ©formĂ©es par la gale, le pas boiteux vu son Ăąge avançant, pour le castrer. J’ai Ă©chouĂ©. Je ne sais pas ce qu’il est devenu. Sans doute mort dans un coin.

Donc quand j’ai vu Juju, j’ai passĂ© Ă  l’action. Quand j’ai vu qu’il revenait, j’ai lancĂ© l’opĂ©ration “rendez-vous croquettes sur le rebord de la fenĂȘtre”.

J’ai vĂ©rifiĂ© s’il Ă©tait pucĂ©, j’ai mis des affiches dans le quartier, j’ai mis des annonces sur internet. J’ai vu que je pouvais le toucher, mĂȘme s’il avait peur. Une voisine aussi. J’ai prĂ©parer le terrain pour qu’on puisse le castrer quand je l’attrapais – vĂ©tĂ©rinaire, WCs amĂ©nagĂ©s pour pouvoir l’y enfermer quelques heures le cas Ă©chĂ©ant. Quand tout Ă©tait prĂȘt, j’ai attendu que l’opportunitĂ© se prĂ©sente.

Elle s’est prĂ©sentĂ©e le mercredi 26 fĂ©vrier 2025, vers midi et demie. Dire que ça s’est bien passĂ© serait mentir. J’ai pu le saisir mais au moment de l’approcher de la cage de transport, il a commencĂ© Ă  se dĂ©battre comme un beau diable. Je ne sais pas combien de temps ça a durĂ©, mais j’ai tenu bon et lui aussi. La fenĂȘtre Ă©tait ouverte, je savais que si je le lĂąchais, il y avait toutes les chances que l’opportunitĂ© ne se reprĂ©sente plus. Lui luttait pour sa vie. A un moment il a failli m’Ă©chapper et je l’ai rattrapĂ© par une patte. Il m’a mordue. J’ai rĂ©ussi Ă  fermer la fenĂȘtre avec le pied et je l’ai laissĂ© filer dans l’espace coworking.

Par chance, il s’Ă©tait planquĂ© quelque part d’accessible et Ă©tait plus paralysĂ© de peur que bĂȘte sauvage. AprĂšs avoir pansĂ© mes doigts, je l’ai attrapĂ© et mis dans les WC. La suite a Ă©tĂ© moins aventureuse: un peu d’aide pour le choper avec une couverture et mettre le tout dans la grosse grosse cage de transport que j’avais achetĂ©e pour les trajets Lausanne-chalet avec Oscar, direction vĂ©to, rĂ©cupĂ©ration, convalescence, apprivoisement.

Je n’avais pas prĂ©vu de le garder. Mon projet Ă©tait de le remettre dehors, avec abri et gamelle Ă  puce (j’en avais profitĂ© pour le faire pucer). J’avais prĂ©vu de le relĂącher. Une personne de l’immeuble Ă©tait peut-ĂȘtre intĂ©ressĂ©e Ă  tenter de l’adopter. On ferait les choses en douceur.

Mais vu comment s’Ă©tait passĂ©e sa capture, je me suis dit qu’il valait mieux le garder quelques jours dedans avant de le laisser filer. Pas dit qu’il revienne, aprĂšs avoir eu la peur de sa vie. En plus, c’Ă©tait quand mĂȘme mieux pour lui aprĂšs l’intervention.

On me demande rĂ©guliĂšrement pourquoi “Julius”. Avant sa capture, j’avais vaguement rĂ©flĂ©chi Ă  un nom temporaire pour lui. Oscar Ă©tait mon premier chat Ă  avoir un “nom d’humain”, et ça m’a un peu inspirĂ©e. Je voulais un nom qui colle pour un matou barreur et un peu patibulaire. Victor? Julius? Je n’y ai pas beaucoup pensĂ©, je ne cherchais pas vraiment de nom, j’avais juste pris quelques secondes pour envisager des possibilitĂ©s, puis je n’y ai plus repensĂ©. En le rĂ©cupĂ©rant chez le vĂ©tĂ©rinaire, l’assistante me demande “quel nom mettre sur le dossier”. Je suis prise de court, je me souviens de “Julius”, je me dis “bah, s’il est sympa on pourra dire Juju”. Autant vous dire que “Julius” est inusitĂ©, mĂȘme ça reste son “vrai nom”.

Mon projet initial de le remettre dehors a Ă©tĂ© mis au rebut dĂšs le premier soir. Juju Ă©tait terrĂ© au fond de sa cage de transport, n’en Ă©tait pas sorti. J’ai tentĂ© une caresse. Sous ma main, j’ai vu se fermer ses yeux, sa posture se dĂ©tendre, et sa tĂȘte se poser. J’ai grattĂ© un peu sous le cou, et il a tendu le menton pour en profiter. Cet instant-lĂ , j’ai dĂ©cidĂ© que je n’allais pas prendre le risque de le remettre dehors, et qu’il valait la peine de tenter de le resocialiser pour adoption. Surtout que j’avais quelqu’un sur les rangs. Je me suis dit qu’un chat qui se dĂ©tendait sous les caresses d’une main inconnue aprĂšs la journĂ©e qu’il avait eue, il avait du potentiel.

La tentative d’adoption n’a pas fonctionnĂ©. Juju est un nocturne — et aussi, ce que je n’avais pas rĂ©alisĂ© Ă  l’Ă©poque, il y avait certainement une minette en chaleur dehors, ce qui expliquait les bagarres terribles qui avaient dĂ©chirĂ© nos nuits de fĂ©vrier, et simplement, la prĂ©sence de Juju, qui normalement ne venait pas par ici. Le jour, il restait planquĂ©, craintif, prudent. La nuit, l’appel de l’extĂ©rieur et probablement des hormones l’amenait Ă  miauler, miauler, miauler, miauler. De plus, aprĂšs des annĂ©es d’errance, il y avait quand mĂȘme pas mal Ă  reconstruire pour qu’il surmonte sa crainte de l’humain. C’est un gros investissement et mine de rien, ça nĂ©cessite des compĂ©tences en matiĂšre de comportement qui ne sont pas toujours simples Ă  acquĂ©rir sur le tas.

Je l’ai rĂ©cupĂ©rĂ©, en bas dans ma salle de rĂ©union, ou au moins, s’il passait la nuit Ă  miauler, mĂȘme si ce n’Ă©tait pas rigolo pour lui, il n’empĂȘchait personne de dormir.

Je ne prĂ©voyais pas de le garder. J’avais Oscar, et j’avais dĂ©cidĂ© que tant qu’Oscar Ă©tait lĂ , je ne prendrais pas de deuxiĂšme chat. J’avais aussi dĂ©cidĂ© qu’aprĂšs Oscar, je m’octroierais une “pause chat“, aprĂšs avoir enchaĂźnĂ© des annĂ©es de soins pour deux trĂšs vieux chats. J’ai donc commencĂ© Ă  rĂ©flĂ©chir au profil de la maison d’accueil ou de l’adoptant qu’il lui faudrait. Et je suis arrivĂ©e Ă  la conclusion, dans un contexte oĂč choisir l’option la moins lourde pour moi Ă©tait un critĂšre important, que partir du principe que je gardais Juju serait paradoxalement beaucoup plus simple Ă  gĂ©rer que de lui chercher un foyer Ă  la hauteur de ses besoins.

Cette dĂ©cision prise et sa garde organisĂ©e, je suis partie au chalet le 17 mars avec Oscar pour profiter de mes vacances tant attendues, les premiĂšres depuis bien trop longtemps… Mais ça, c’est une autre histoire 😅!

Juju s’est super bien bien adaptĂ©. C’est un chat super cĂąlin, super tolĂ©rant, qui aime les caresses et les genoux. Il ronronne bien. Il est plutĂŽt bonne pĂąte. Il me fait penser Ă  Quintus, cĂŽtĂ© tempĂ©rament. Un peu plus craintif. Mais il apprend Ă  faire confiance si on prend le temps de lui montrer qu’il n’a rien Ă  craindre. Ses oreilles aplaties, c’est leur position naturelle. Elles doivent avoir Ă©tĂ© implantĂ©es bizarrement. Comme dit une copine “il est en mode avion”. Elle l’a aussi surnommĂ© “le chavion”.

Il continue Ă  courir le quartier chaque nuit, parfois jusqu’Ă  Prilly Centre et mĂȘme en-dessous, parfois juste autour du pĂątĂ© d’immeubles. Son tracker m’a montrĂ© que son coeur de territoire n’Ă©tait certainement pas ici, mais plus au sud. Avec le temps, il va moins par lĂ -bas, et reste plus proche d’ici. Il n’aime pas les trajets en voiture, pas du tout. Il est plutĂŽt chill avec les autres chats, pas dans le genre “je suis le roi” comme Oscar (qui le poursuit sans merci quand il en a l’occasion… Juju a appris qu’il suffisait de s’Ă©loigner un peu vu la vitesse de dĂ©placement de papy), mais si on vient le chercher dans son espace vital, il le dĂ©fendra. J’ai dĂ©jĂ  perdu le compte des abcĂšs et mises sous antibios.

Seule ombre au tableau: il s’est bien enrobĂ©. C’est un euphĂ©misme. J’ai honte, vraiment. Comme dit sa vĂ©to “au moins vous ĂȘtes pas dans le dĂ©ni, c’est dĂ©jĂ  ça!” Comme je n’ai pas envie d’avoir un nouveau chat diabĂ©tique tout de suite (et aussi parce que le diabĂšte n’est pas la seule menace qui pĂšse sur le chat obĂšse), on va prendre ça en main plus sĂ©rieusement. Il a dĂ©jĂ  des croquettes Metabolic, mais cela ne semble pas tout Ă  fait suffisant. Pour marquer le coup, ce matin je lui ai appris Ă  monter sur la balance (merci les Churu).

Allez Juju: bon attrapiversaire!

OĂč est le “case manager” du patient? [en]

Encore un truc que j’ai mis sur Facebook qui “devrait ĂȘtre un billet de blog”. Une idĂ©e qui me passait par la tĂȘte. Sur Facebook, pas besoin de titre, on pense Ă  haute voix, on laisse des fautes, c’est pas grave. Ici, je polis un peu plus.

Ce qui manque Ă  notre systĂšme de santĂ© quand on tombe malade ou qu’on a un accident qui rĂ©duit sa capacitĂ© Ă  dĂ©fendre ses intĂ©rĂȘts en tant que patient: une personne-ressource, genre un “case manager au service du patient”, qui prend en charge de:

  • trouver les spĂ©cialistes (mĂ©dicaux) ou ressources (aide au mĂ©nage, paramĂ©dical) qu’il faut – orienter pour Ă©viter l’errance mĂ©dicale ou les retards de prise en charge
  • gĂ©rer l’administratif: ordonnances, certificats mĂ©dicaux, rapports avec les assurances, agender les rendez-vous mĂ©dicaux et tout le reste – toute la bureaucratie supplĂ©mentaire qui tombe sur le patient
  • avoir une vue d’ensemble des symptĂŽmes, diagnostics, examens, traitements, – bien connaĂźtre le dossier mĂ©dical
  • possiblement d’autres trucs auxquels je ne pense pas juste lĂ .

Pour les personnes en couple c’est souvent “l’autre” qui joue ce rĂŽle, pour les enfants, c’est les parents. Quand on est seul… la rĂ©alitĂ© est qu’on a souvent une moins bonne prise en charge.

Evidemment, le noeud de l’affaire c’est “qui paierait”, j’en ai bien conscience. C’est pas gratuit. C’est un “rĂŽle” qui demande des compĂ©tences, mais qui manque vraiment dans la prise en charge, d’autant plus dans un systĂšme socio-mĂ©dical qui est de plus en plus sous pression et bureaucratique (et faillible, sur le plan administratif).

J’en ai clairement ressenti le besoin avec mon accident (mais j’ai d’autres situations dans mon entourage qui le montrent Ă©galement, Ă  mon sens). Juste aprĂšs mon accident, j’ai du dĂ©ployer beaucoup d’Ă©nergie et de ressources (heureusement j’ai beaucoup de ressources, je suis bien entourĂ©e, j’ai du rĂ©seau) pour premiĂšrement obtenir le soutien dont j’avais besoin dans l’immĂ©diate (aide pour la toilette, les repas, le mĂ©nage, gĂ©rer l’administratif accident-mĂ©dical du moment), et deuxiĂšmement rĂ©ussir Ă  obtenir la bonne prise en charge pour ma commotion. Ça a rajoutĂ© Ă©normĂ©ment de stress et de fatigue supplĂ©mentaire alors que j’Ă©tais dĂ©jĂ  fragilisĂ©e.

Maintenant Ă©galement, lors de ma rechute de ce dĂ©but d’annĂ©e: alors que j’ai besoin de repos, je dois gĂ©rer de la paperasse, des rendez-vous, de la communication d’informations avec les diverses parties prenantes qui se sont multipliĂ©es durant cette derniĂšre annĂ©e. L’augmentation de charge mentale quand on a un syndrome post-commotionnel est justement ce qu’on cherche Ă  Ă©viter. Et mĂȘme quand on est dans une autre situation mĂ©dicale, ça va jamais faire de mal de la rĂ©duire.

Si vous avez des idĂ©es gĂ©niales, des mĂ©cĂšnes ou des sponsors potentiels sous le coude, ou si ce genre de chose existe dĂ©jĂ  sous une forme ou une autre qui mĂ©riterait d’ĂȘtre dĂ©veloppĂ©e, annoncez-vous Ă  la rĂ©ception!

Guide de survie anti-doomscrolling en cas de catastrophe [en]

Pour les personnes dont le cerveau reste coincĂ© sur la chaĂźne catastrophe Crans-Montana (TDAH ou pas): il faut dĂ©crocher. Dans cette vidĂ©o j’explique pourquoi et ce qui peut vous aider Ă  y rĂ©ussir, concrĂštement. Sorry elle est un peu longue…

Je reproduis ci-dessous ce que j’ai publiĂ© sur Facebook:

Il faut absolument (j’insiste) dĂ©crocher. Il y a un risque rĂ©el de se traumatiser via l’exposition aux contenus autour de cette histoire.

Donc: prioritĂ© absolue, faire autre chose. Regarder des films ou des sĂ©ries. Faire un puzzle ou du nettoyage. Trouver quelqu’un qui va nous traĂźner dehors pour prendre l’air. 

Considérez cette consigne comme une nécessité médicale, vraiment.

Un avertissement parmi d’autres que j’ai trouvĂ© sur linkedin, par une professionnelle de la santĂ© au travail (Sarah Bertschy):

Ne vous exposez pas aux images, vidéos et récits des réseaux sociaux relatifs à Crans Montana.

Le risque de trauma et stress chronique suite Ă  l’exposition Ă  ce type de contenus est rĂ©el, a fortiori si elle est rĂ©pĂ©tĂ©e.

Pour ĂȘtre informĂ©s, vous pouvez suivre les confĂ©rences de presse.

Un autre avertissement d’un prof de psychologie clinique (JoĂ«l Billieux):

Prenez soins de vous et ne vous exposez pas de maniĂšre non nĂ©cessaire Ă  des images traumatisantes. ProtĂ©gez-vous, et protĂ©gez les enfants et adolescent·es sous votre responsabilitĂ©. 

Les algorithmes liĂ©s aux #Reels (Insta, Facebook, Tiktok) sont susceptibles de vous inonder trĂšs rapidement de scĂšnes tragiques et de tĂ©moignages terribles et poignants. Les algorithmes sont terriblement efficaces et il y a un risque rĂ©el de se laisser prendre dans une spirale de visionnage de contenu potentiellement traumatique #doomscrolling. 

Ces vidĂ©os, via des phĂ©nomĂšnes d’empathie et d’engagement Ă©motionnel, risquent de provoquer chez vous de la dĂ©tresse, de l’anxiĂ©tĂ©, ou mĂȘme des symptĂŽmes qui peuvent s’apparenter Ă  ce qu’on observe suite Ă  l’exposition Ă  des Ă©vĂ©nements traumatisants. Ces risques ont Ă©tĂ© documentĂ©s dans des Ă©tudes scientifiques.

Suivant la situation, on peut aussi essayer d’appeler le 143 (la main tendue) mais le mieux est vraiment, si on n’est pas directement impactĂ© de mettre le paquet (pardon) pour se prendre par la peau des fesses afin de mettre son cerveau sur autre chose. « MĂ©caniquement », mĂȘme si on n’a pas envie, mĂȘme si on est bouleversĂ©, mĂȘme si on veut comprendre, mĂȘme si on ne sait pas quoi faire de ses Ă©motions.

Un tuyau: « arrĂȘter » n’est pas une bonne instruction, en fait, il faut vraiment remplacer l’activitĂ© non souhaitable par une activitĂ© plus souhaitable et incompatible, comme en comportement animal.

Quelle est votre « activitĂ© plus souhaitable », mĂȘme sans ĂȘtre motivé‹e? C’est ça la chose Ă  faire, peu importe ce que c’est, juste lĂ . Une sĂ©rie, un puzzle ou une promenade c’est trĂšs bien. Et on lĂąche le tel et l’ordi car sur les rĂ©seaux, impossible d’y Ă©chapper pour le moment.

Noël du cerveau pas si joyeux [en]

Je cherche des mĂ©taphores. Je cherche une façon fait ressentir clairement Ă  autrui ce qui se passe pour moi quand j’en fais « trop », neuf mois aprĂšs mon accident, mĂȘme aprĂšs tout ce temps.

Ce ne sont que des mĂ©taphores. Aucune ne fonctionne vraiment comme il faudrait. Je n’ai pas de point de rĂ©fĂ©rence « avant accident » pour dĂ©crire cet Ă©tat. Ce n’est pas la mĂȘme chose que « ĂȘtre Ă©puisĂ©e », « avoir mal Ă  la tĂȘte », « ĂȘtre au bout du rouleau ». Ce n’est pas la mĂȘme chose non plus qu’un burnout. Peut-ĂȘtre que ça se rapproche un tout petit peu de mon Ă©tat aprĂšs une nuit blanche, exercice que j’ai Ă©vitĂ© comme la peste tout au long de ma vie vu ce que ça me faisait. Sauf qu’il faudrait imaginer plusieurs nuits blanches Ă  la suite, alors que lĂ , c’est avec « de bonnes nuits de sommeil ».

Donc, les métaphores.

C’est comme quand tu as marchĂ© toute la journĂ©e, fait une randonnĂ©e de 8 ou 10 heures bien exigeante alors que tu n’es pas particuliĂšrement entraĂźnĂ©e, tu as fait le dernier kilomĂštre ou deux par la seule force de ta volontĂ©, tes jambes sont en feu ou alors tu ne les sens plus, mais une chose est sĂ»re en tout cas : tu t’es arrĂȘtĂ©e, tu aimerais repartir, mais tu as beau donner l’ordre Ă  tes jambes, elles refusent de marcher. Ou alors, si tu parviens malgrĂ© tout Ă  les faire obĂ©ir, chaque pas est une torture qui te demande un effort surhumain.

Tes jambes, c’est mon cerveau.

Une autre.

C’est comme quand la batterie de ton tĂ©lĂ©phone est presque Ă  plat. Cinq pour-cent, 4%, 3%
 ça fonctionne encore, tout semble normal. Mais quand tu arrives Ă  zĂ©ro, tout s’éteint. Alors tu mets le tĂ©lĂ©phone Ă  charger, mais il y a un problĂšme. Le chargeur charge lentement, trĂšs lentement, et le tĂ©lĂ©phone, juste pour rester allumĂ©, vide la batterie presque aussi vite que le chargeur arrive Ă  la recharger. Et dĂšs que tu ouvres la moindre application, lĂ , le tĂ©lĂ©phone vide carrĂ©ment la batterie plus vite que le pauvre chargeur n’est capable de la charger.

Alors tu attends, patiemment. Le lendemain matin, la batterie est Ă  10%, 12% ! Tout va bien ! Tu dĂ©marres la journĂ©e, tout est normal, mets trĂšs vite, tu vois que ta batterie est dĂ©jĂ  Ă  2%. Vite, vite, le chargeur ! À coups d’usage stratĂ©gique du chargeur, en faisant bien attention Ă  quelles applications tu utilises, tu arrives miraculeusement au bout de la journĂ©e.

Le lendemain matin, aprĂšs avoir chargĂ© ton tĂ©lĂ©phone autant que possible, la batterie n’indique que 7%.

Sauf que le cerveau, il n’indique pas des pourcentages.

Elle est pas mal cette mĂ©taphore. On pourrait lui rajouter l’espace disque saturĂ©, pendant qu’on est, parce que pour prĂ©server la batterie tu avais mis la synchronisation vers le cloud sur pause. Et la bande passante qui se rĂ©duit Ă  un petit filet, parce que le tĂ©lĂ©phone qui Ă©touffe avec son disque dur plein, il faut quand mĂȘme le laisser synchroniser un peu pour faire de la place


Les applications?

Tout. On utilise notre cerveau pour tout. S’organiser. Écouter ce qu’on nous dit. Parler. Faire la vaisselle. Prendre des dĂ©cisions. Écouter de la musique. Écrire. Faire un puzzle. Traiter toutes les stimulations externes, quand on va faire des courses, par exemple. Verser quelque chose dans une tasse sans mettre Ă  cĂŽtĂ©. Bouger son corps, que ce soit pour marcher ou faire du judo. GĂ©rer ses Ă©motions. Interagir avec autrui.

Tout ça, et j’en passe.

Certains apps sont plus gourmandes que d’autres. Pour moi, interagir (surtout par oral), mĂȘme si j’aime ça, ça bouffe vite de la batterie quand elle est deja bien vide. DĂ©cider, planifier aussi. Écouter de la musique (un podcast c’est plus facile
 ce sont des sons plus
 simples?) Être dans un endroit bruyant ou animĂ©. Faire des tĂąches mĂ©nagĂšres.

Moins gourmandes: Ă©crire (des choses « faciles Â», comme cet article oĂč il me suffit en somme de « penser Ă  haute voix Â»), lire des messages (nettement moins coĂ»teux qu’écouter un message vocal, gĂ©nĂ©ralement un calvaire), faire un puzzle, regarder une sĂ©rie TV divertissante, faire la sieste, me promener, parler d’un sujet que je maĂźtrise bien.

Aujourd’hui: la batterie est tellement Ă  plat que j’ai du mal Ă  faire tourner mĂȘme les applications peu gourmandes.

ConcrĂštement: hier j’ai dĂ» abandonner mes invitĂ©s lors du rĂ©veillon de NoĂ«l. Aujourd’hui, au lieu d’aller au NoĂ«l familial, je reste chez moi, et j’ai annulĂ© un petit NoĂ«l entre amis que j’avais organisĂ© pour le 26 et dont je me rĂ©jouissais vraiment. J’espĂšre rĂ©ussir Ă  sauver mes vacances Ă  la montagne la semaine prochaine, mais ce n’est pas garanti.

Comment j’en suis arrivĂ©e lĂ ? Ah, si seulement on pouvait ĂȘtre aussi intelligent avant qu’on ne l’est aprĂšs!

Vendredi, examen mĂ©dical de routine sous propofol (tout est en ordre, rien Ă  signaler). Je pense que j’ai largement sous-estimĂ© l’impact pouvait avoir cette sĂ©dation, sur fond de petite nuit et de semaine un peu stressante. Dans ma vie prĂ©-accident, j’ai toujours rĂ©cupĂ©rĂ© trĂšs bien, je m’attendais donc pas Ă  grand-chose, ou peut-ĂȘtre juste un peu plus de fatigue que d’habitude le jour mĂȘme.

Samedi, j’avais une grosse journĂ©e de prĂ©vue, avec entre autres un aller-retour Ă  GenĂšve en voiture, qui a Ă©tĂ© compliquĂ© par des bouchons importants sur le chemin du retour. Je suis arrivĂ©e au terme de cette journĂ©e complĂštement hors service. Ça aurait dĂ» me mettre la puce Ă  l’oreille, mais je me suis dit « une bonne nuit de sommeil, tranquille demain, ça va passer Â».

Dimanche au rĂ©veil, mal Ă  la tĂȘte, assommĂ©e, donc journĂ©e peinard, une copine qui passe boire le thĂ© l’aprĂšs-midi, ça me fait plaisir, tranquille
 mais le soir c’est encore pire.

Le mercredi je reçois la famille pour le 24. Alors lundi et mardi, j’essaie tant bien que mal, Ă©laguant au fur et Ă  mesure pour ne garder que le minimum vital de ce qui doit ĂȘtre fait, avec ma batterie entre 2 et 5%, les cadeaux, les quelques autres choses que seule moi puis faire, dĂ©lĂ©guer le reste ou faire passer Ă  la trappe. MalgrĂ© ces efforts, je n’ai pas rĂ©ussi Ă  rĂ©cupĂ©rer— chaque jour Ă  mĂȘme Ă©tĂ© pire que le prĂ©cĂ©dent.

En fait, j’aurais tout dĂ» annuler lundi, avec le recul. Ou mĂȘme dimanche. Mais qui a envie d’annuler NoĂ«l, Ă  part le Sheriff de Nottingham? J’ai tentĂ© de mĂ©nager la chĂšvre et le chou, de m’accrocher tout en Ă©tant raisonnable, de faire des compromis. Mais ça n’a pas suffi.

RĂ©sultat: je ne pense pas m’ĂȘtre retrouvĂ©e aussi hors service depuis des mois. Je ne sais pas combien de temps il va me falloir pour reprendre pied. C’est dĂ©courageant, vraiment, de se « planter Â» encore aussi magistralement aprĂšs tant de temps, alors mĂȘme qu’on fait justement de gros efforts pour ne pas. RĂ©ussir l’équilibre entre ĂȘtre assez prudent et se laisser quand mĂȘme de la place pour vivre, c’est loin d’ĂȘtre simple.

It’s Not Good [en]

Between November 3rd and last Thursday, Oscar has had three epileptic seizures – maybe four. Whatever the underlying cause is, it’s not good. He’s an old cat with many ailments, hanging on to a life still good enough.

You need to read The Cat Who Woke Me Up (thanks, Doc). It’s beautiful in so many ways. It makes me wish I were able to write about the truth of the world like that.

I haven’t got around to sharing even a tenth of all that I have understood over the nine long months since my accident. But somewhere in there, there is writing. And there is dealing with emotions. And grief. It is our struggle as humans, inevitably, to be faced with emotions. They colour our life. Maybe helping each other, being there for one another, all has to do with emotions. Maybe it all comes down to that. Emotions as the truth of life.

Christmas is approaching, and my old cat is inching closer to the end. It could be next month, it could be next week, it could be next summer. Though honestly, I think the likelihood of the latter is slim. Winter is not good for my cats. Both Bagha and Quintus died in the time before Christmas. Tounsi just after. Erica a few months later. I’m not superstitious and I don’t believe in anything. These days are just not filled with happy feline memories. And it’s a fact that winter, like the heatwaves of the summer, is not gentle on frail, ageing bodies.

I’m struggling with my brain right now. It’s not good either, in a different way. Obviously, I keep overestimating how much “available brain” (I don’t like “energy”) I have. As soon as things get better and more normal, I end up overdoing it, without realising, and then crashing again.

I underestimated the impact my programme for Friday and Saturday would have (and forgot to factor in some wiggle room for “unknowns”, which definitely made themselves known). Saturday evening I was completely exhausted. This means: headache, buzzing brain, making mistakes with numbers, struggling to put my thoughts clearly into sentences, more misunderstandings or lost threads when listening to others, and the odd word eluding me. Oh, and leaving my keys in the door (but that was Saturday noon already).

Sunday was headache, mostly rest, a friend over for tea, cancelling a videocall with another. Today had less headache, felt quite better, but after two hours Christmas shopping this afternoon my brain is filled with pounding rain and lightening and I gave up on heading out again for the second shopping trip I had planned. Christmas preparation is going to be much more challenging than expected. I look at the coming week and can’t see when I’m going to get the downtime to recover. It’s not good, and I don’t know what to do about it. That, of course, is part of the problem.

Next Monday, I’m going to the chalet. I don’t know what state my brain or my cat will be in. There are loud bells ringing telling me it would be more reasonable not to go. There are equally loud bells telling me that I haven’t been to the chalet in a year, that I desperately need a holiday, and that I want to go back skiing because this year has already been so dreadfully frustrating for me that I just can’t bear to give up on yet another plan.

I have had to get better at letting go of things. It doesn’t mean I’m good at it. And as I am still on the road to improvement, I logically should need to let go of less and less as time goes on. I keep thinking I can relax a bit, inch closer to my “normal life”, but I keep overshooting and being all the more frustrated: because I’m disappointed, with the double whammy that when my brain is fried, managing my emotions is more difficult.

I remember, in the first hours after my accident – or maybe days? – wondering through the fog of my concussion if this accident would leave a lasting mark on my life. Would it have big consequences. Would there be a before and after. Would it change me. Would a split second on a ski slope change the trajectory of a life. It made me even more acutely aware that some split seconds end lives – I was already very much aware of this, but knowing in your mind and feeling in your body are two different things.

My recovery is not just managing my tiredness and cognitive load to remain in the sweet zone of “enough activity but not too much” that supports healing and regaining function. It’s also grappling with Big Questions regarding the meaning of life, what’s important and less important, truly understanding that my ressources are finite, not just when I’m recovering from an accident, but always, and that I want to be mindful of how I use the time and energy of this one life I’m given. It’s figuring out what I want to do and dealing with the existential anxiety of my mortality, determining how much place I give to others and to myself.

I want to write about all this. If there is meaning, to me, it lies in making our time alive a little easier for each other. And though there is no better learning than through our own lived experience, sometimes the stories of others can resonate. Sometimes we find keys in the lives or insights of others. I want to write, and it’s terribly frustrating (that word again) to not have the availability to do it in a timely manner.

I hope Oscar doesn’t die too soon. It’s hard enough and sad enough as is. Of course I won’t want to have to deal with his death. But I accept I will have to. I would just like to be in a better place (cognitively) when it happens. 2025 has brought enough grief, and the last handful of years more than their fair share.

Et alors, aujourd’hui? [fr]

C’est 21h11, il me reste un poil de temps, mĂȘme si je suis trop raide. Mais tant pis. Ecrire c’est important, et si j’attends toujours que les conditions soient bonnes, eh bien j’attends.

Aujourd’hui, Oscar galope presque aprĂšs retour de sa dose de gabapentine Ă  son habituelle (33mg matin et soir). Je suis soulagĂ©e, car ces derniĂšres semaines c’Ă©tait pas bon du tout. Il se traĂźnait, marchait bas et peu, ça n’allait pas. Il n’a pas refait de crise d’Ă©pilepsie depuis le 13 novembre. On espĂšre, donc. De toute façon, c’est pas bon, un vieux chat qui fait deux crises Ă©pileptiformes Ă  10 jours d’intervalle. C’est dĂ©cembre, le mois sombre des vieux chats.

Oscar a l’Ăąge oĂč il pourrait mourir soudainement. Certes, ça peut arriver Ă  n’importe quel Ăąge, mais on se comprend. Il a l’Ăąge oĂč c’est une probabilitĂ© bien rĂ©elle. Peut-ĂȘtre qu’il sera encore lĂ  au printemps. Ou dans un an. Mais je ne compte pas dessus. Chaque mois de plus est un mois de plus. Peut-ĂȘtre que, comme dit sa vĂ©to, “il nous enterrera tous”. Mais l’Ăąge finit toujours par user l’organisme, mĂȘme quand l’esprit en veut encore – ce qui est le cas d’Oscar. Il veut, il veut. Aller dehors, venir sur mes genoux, chercher des noises Ă  Juju, investiguer cette nouvelle personne qu’il a aperçue, son tube de nutrigel quand sa glycĂ©mie descend un peu trop vite ou un peu trop bas.

Aujourd’hui, moi je garde la tĂȘte hors de l’eau, mais je pĂ©dale fort dessous. La vaisselle, c’est pas ça. Le sommeil, c’est un peu mieux. L’administratif, ça s’entasse, surtout quand le fait d’avoir des soucis de santĂ© augmente encore la charge administrative: une dĂ©tection prĂ©coce AI (parce qu’aprĂšs six mois d’arrĂȘt de travail, ça se fait d’office, mĂȘme si le pronostic est d’une rĂ©cupĂ©ration complĂšte et que les choses “s’annoncent” bien), des mĂ©decins qu’il faut relancer pour des rendez-vous, l’assurance qui ne rembourse pas pour une question de procĂ©dure administrative, et qu’on va tenter d’amadouer, le courrier empilĂ© (urgences repĂ©rĂ©es Ă  la boĂźte aux lettres et traitĂ©es, on espĂšre) Ă  traiter… Et je ne commence mĂȘme pas avec l’approche des fĂȘtes, la logistique familiale, le sĂ©jour au chalet, comment je vais gĂ©rer les chats, le rĂ©gime sans fibres la semaine prochaine (ĂŽ joie – routine, qu’on ne s’alarme pas), l’audioprothĂ©siste qu’il faudrait recontacter parce que vraiment, un accessoire-micro pour les formations et les sĂ©ances Ă  l’audio difficile, ce serait quand mĂȘme bien, les habits d’hiver qu’il faudrait extraire de leurs rangements, les journĂ©es qui inĂ©vitablement gĂ©nĂšrent de nouvelles idĂ©es, de nouveaux projets, de nouvelles tĂąches…

On ne peut pas tout faire. Je suis vraiment en train de comprendre ça. Pas juste dans le sens “ma pauv’ Lucette, t’as les yeux plus gros que le ventre”, mais dans le sens que la vie aujourd’hui est d’une complexitĂ© administrative quasi ingĂ©rable. L’idĂ©e qu’on devrait ĂȘtre capable de “gĂ©rer correctement sa vie”, avec l’admin sous contrĂŽle, le lieu de vie, le boulot, la santĂ©, le sommeil, les loisirs, la vie sociale, les responsabilitĂ©s, c’est une douce illusion. On ne peut pas mettre le contenu d’un deux piĂšces dans une Twingo. MĂȘme au chausse-pied. MĂȘme en optimisant Ă  fond. MĂȘme si on est championne de Tetris.

J’ai pris conscience rĂ©cemment qu’une de mes tentatives de solution face Ă  la surcharge d’obligations et de dĂ©sirs, c’est l’optimisation. Si j’optimise correctement, alors j’atteindrai cet Ă©tat oĂč ma vaisselle est faite, mon frigo ne comporte pas d’aliments mourants, mon admin est Ă  jour, mon appart est joli, rangĂ© et propre, la lessive de la semaine derniĂšre est rangĂ©e, j’ai du temps pour Ă©crire, me dĂ©tendre, voir mes amis, faire mon job sans courir, lire avant de m’endormir, aller au judo, au chant, au ski ou en randonnĂ©e, jouer au bridge, organiser des jeux de sociĂ©tĂ© avec les amis, et contrĂŽler mes relevĂ©s d’assurance-maladie. Et bien sĂ»r, suivre correctement ma santĂ© et celle de mes chats. Penser Ă  mon avenir et le prĂ©parer. Être lĂ  pour mes proches quand ils ont besoin de moi. GĂ©rer une communautĂ© de soutien pour maĂźtres de chats diabĂ©tiques, Ă©crire un livre ou deux, pourquoi pas, refaire de la poterie, sans oublier de changer le monde. Vous voyez le truc?

J’ai un article qui me trotte dans la tĂȘte, depuis une semaine ou deux. Il est intitulĂ© “Optimiser jusqu’Ă  l’Ă©puisement”. Vous saviez que cette recherche d’optimisation, il y avait un lien avec le TDAH? Moi non plus. Mais ça fait sens. Et ça me fait porter un autre regard sur cet Ă©lan qui me leurre. Optimiser, pour moi, c’est un piĂšge, en plus d’ĂȘtre une compĂ©tences extrĂȘmement utile.

Donc je me demande, depuis quelque temps: “qu’est-ce que je choisis de laisser tomber? sur quoi je fais l’impasse? quand est-ce que je dĂ©cide sciemment de ne pas optimiser?” Comme on peut s’y attendre, je sais bien faire la leçon aux autres: “On ne peut pas tout faire. Il n’y a ni l’argent, ni les ressources. Et c’est pas parce qu’on est nuls ou mal organisĂ©s, ou pas assez compĂ©tents. C’est un problĂšme structurel, indĂ©passable. Et peut-ĂȘtre mĂȘme que les seules choses qu’on arrivera Ă  faire ce sont celles qui sont absolument critiques et indispensables. Et le reste, tant pis, on fera pas.” C’est ça. Mais quand il s’agit d’appliquer ça Ă  ma vie, je me dĂ©bats encore fĂ©rocement, parce qu’il doit bien y avoir une solution quelque part, si si, je suis sĂ»re qu’il y a un moyen de faire rentrer le cinq piĂšces dans le coffre de la moto.

Donc, optimiser, une affaire de TDAH. Peut-ĂȘtre carrĂ©ment un symptĂŽme. Le TDAH, ce n’est pas anodin. Ce n’est pas un dĂ©tail dans la vie d’une personne, qu’on peut se permettre d’ignorer ou de prendre en compte, suivant ce qui nous chante. C’est sous-diagnostiquĂ©, stigmatisĂ©, mal reconnu, mal compris, mal pris en charge. “Mangez moins de sucre et faites du yoga.” (VĂ©ridique, mais pas Ă  moi.) L’assurance veut pas rembourser la moitiĂ© de tes mĂ©dics, et augmente donc ta charge admin ou ta “taxe TDAH”, le coĂ»t trĂšs financier que ça a de laisser passer les dĂ©lais, perdre ses affaires, oublier qu’on a un abonnement qu’on n’utilise pas, se faire amender sur la route si c’est pas taxer d’office, acheter les trucs Ă  double pour tenter de garder un peu la charge mentale sous contrĂŽle (quel gag, mais en fait oui, les trucs Ă  double c’est le life-saver auquel on pense pas, mĂȘme si la charge mentale elle ne rentrera jamais ni dans le coffre de la Twingo ni dans celui de la moto), casser ses trucs ou les abĂźmer parce qu’on a laissĂ© la fenĂȘtre ouverte ou la plaque allumĂ©e, payer deux fois le billet d’avion parce qu’on s’est trompĂ© de date et c’est pas remboursable.

Le TDAH, c’est un truc qui est un facteur de risque non seulement pour Ă©garer ses lunettes ou oublier sa veste, parler trop et s’aliĂ©ner son entourage parce qu’on se fĂąche ou qu’on est chiant, tout simplement, mais aussi, en vrac: accidents, comportements Ă  risque, abus de substance, suicide, incarcĂ©ration, prĂ©caritĂ©, sĂ©paration, ah oui et utilisation intensive du systĂšme de santĂ©. Ce qui est marrant avec ça c’est qu’il semblerait que ce ne soit pas juste liĂ© aux accidents de maladroits, distraits, et preneurs de risques, pas juste liĂ© aux maladies de ces gens qui sont pas fichus d’avoir une bonne hygiĂšne de vie, manger correctement, faire du sport, aller chez le mĂ©decin Ă  temps quand ça va pas, prendre leurs traitements jusqu’au bout. Non, les personnes avec un TDAH elles ont aussi plus de maladies tout court, qui semblent venir de la faute Ă  personne. Bizarre, hein? Une histoire de profil gĂ©nĂ©tique, on dirait. Donc t’as un TDAH, t’es toujours fourrĂ© chez le mĂ©decin avec des problĂšmes de santĂ© qui rentrent pas bien dans les cases? Pas Ă©tonnant.

Ah oui, et autre truc cool. Le TDAH chez la personne ĂągĂ©e, c’est encore moins bien connu et Ă©tudiĂ© que chez l’adulte. Il se passe quoi quand on vieillit, avec un petit dĂ©tail de quatre lettres qu’on a “bien gĂ©rĂ© jusqu’ici donc pourquoi je m’en soucierais maintenant?” Pas chez tout le monde bien sĂ»r, mais avec l’Ăąge, il peut arriver que toute la merveilleuse Ă©nergie et les ressources incroyables qu’on dĂ©ployaient Ă  notre insu pour “compenser”… ne soient soudain plus aussi disponibles. Hop, dĂ©gringolade, dĂ©compensation. Qui pourrait, suivant quand, donner lieu Ă  des diagnostics de dĂ©pression ou mĂȘme de dĂ©mence (et traitements ou non-traitements associĂ©s) alors qu’un petit dĂ©tour par la case des psychostimulants pourrait pas mal amĂ©liorer la situation.

Ce qui me fait penser aux femmes en pĂ©rimĂ©nopause. Encore un sujet sur lequel il ne faut pas me lancer! Saviez-vous que les hormones (oestrogĂšnes) commencent Ă  se casser la figure sept Ă  dix ans avant l’arrĂȘt des rĂšgles, qui a lieu en moyenne autour de 51 ans, si ma mĂ©moire ne me joue pas des tours? Et qu’avec les oestrogĂšnes qui se font la malle, l’inflammation augmente et la dopamine s’en va aussi voir ailleurs si elle y est? Sans faire une trop grande digression par les neurotransmetteurs, la dopamine et la noradrĂ©naline semblent ĂȘtre ceux dont la disponibilitĂ© insuffisante dans le cerveau joue un rĂŽle dans les difficultĂ©s de fonctionnement exĂ©cutif typiques du TDAH. Donc les femmes dans la quarantaine qui commencent Ă  avoir mal partout, Ă  tout oublier, Ă  plus savoir pourquoi elles sont Ă  la cuisine, Ă  gĂ©rer leurs Ă©motions comme des manches, Ă  ĂȘtre tellement Ă©puisĂ©es qu’on les ramasse Ă  la petite cuillĂšre pour les mettre sous antidĂ©presseurs ou anxiolytiques, peut-ĂȘtre qu’elles ont plutĂŽt besoin d’une thĂ©rapie hormonale de substitution, et/ou de psychostimulants s’il s’avĂšre que l’exode des oestrogĂšnes Ă©tait la goutte d’eau qui a fait dĂ©border le vase de leur TDAH jusque-lĂ  magistralement et invisiblement gĂ©rĂ© au prix d’un fardeau compensatoire qu’elles seules subissent.

C’est peut-ĂȘtre pour ça que je n’Ă©cris pas plus souvent. Il y a trop Ă  dire et une fois lancĂ©e… vous voyez le rĂ©sultat. NavrĂ©e pour les phrases-paragraphes, visiblement c’Ă©tait le mood du jour. L’absence de liens, aussi, parce qu’il y aurait des tas de liens Ă  mettre partout, mais je suis fatiguĂ©e et mes mains aussi, donc aujourd’hui ce sera sans liens et avec des phrases bien trop longues. Ah ouais, et j’ai pas relu.

Bonne nuit 😘

Can I Write a Quick Blog Post? [en]

This is often the question. In typical ADHD style, my difficulty getting started on something is only surpassed by my difficulty stopping something once it’s started. So, 9pm on Sunday night, tired tired tired, can I grab my keyboard and give you some news without still being up at midnight?

I challenge myself.

Mid-October, I went back to work part-time. Three half-days a week. It went OK but I was way more tired than I expected. Tired in general. Overwhelmed by trying to manage my weeks, that these three little half-days seemed to fill to the brim. It’s much better now and I feel ready for more. I haven’t had cognitive overload headaches for a while now, or at least, so few that I don’t remember them.

Months ago, I started using the Apple Journal app, because I was having such a hard time recalling what I had done in previous days, recent or less recent. Writing a few quick notes down at the end of the day has helped me keep some sort of grasp on all those days that have disappeared into the weird months of 2025. Recently, I’ve switched to Day One, trying it out as an alternative to Apple Journal. My Facebook suspension has made me cautious about locking data or content into hard-to-export-from apps or services.

I’ve also started learning Bridge. Maths and statistics, strategy and communication, fun! It’s an investment for my old days, but already enjoyable. I’ll write more about it in time. If you want to get started, Funbridge actually has tutorials that can take you by the hand for the first steps. Start with MiniBridge.

My very old cat Oscar is having a series of health issues. I treasure each good day I have with him, because I don’t know how many are left. The first part of the year saw a complete deregulation of his diabetes, which had been a smooth ride to manage until then. He was getting dehydrated, blood glucose going up and down like a yoyo, and slow but steady weight loss. We went through a long period of subcutaneous fluids, which helped a lot.

In September he came down with a really bad pancreatitis flare-up. I nearly lost him. An oesophageal feeding tube saved him. It sounds like a dramatic intervention, but it’s actually quite minor surgery, well-tolerated, and a life-saver. The main issue with pancreatitis is that the cat stops eating. Being able to feed by tube solves that problem, removes stress for everybody, allows proper administration of medication, fluids and calories. I had a short trip planned during that period, and thankfully a friend came over to cat-sit and take over nursing duties. I can’t thank her enough.

Since the pancreatitis he had been doing really good. He didn’t put all the weight he lost back on, but enough that it’s not a disaster. And his three old arthritic legs are happy for any 100g they don’t have to carry. I have been letting him out in the garden, closely supervised, of course, and he really enjoys it. It makes me happy too, to be able to give him access to enrichment and stimulation that an exclusively indoor life didn’t provide. It always made me a bit sad, especially as I knew he had lived most of his life outdoors. But he was too old and handicapped to risk it, and until recently, too mobile for me to supervise him in the garden here (he did get to go out at the chalet – different environment with less risks). The photo is of him on one of our recent outings.

Two weeks ago, though, he had an epileptic seizure. Out of nowhere. I moved my surveillance cameras around and kept an eye on him. He had a second one ten days later, just this Wednesday night. We put him on anticonvulsants Thursday evening, but it’s tricky dealing with the sedation side-effects, particularly on an elderly cat who is already mobility-challenged and wobbly at the best of times.

He still wants a lot of things (like me, hehe). He wants to go downstairs, he wants to climb in my lap, he wants to go outside, he wants to go on the sofa, he wants to teach Juju a lesson (Juju, by the way, is doing fine, but definitely overweight – I’m hoping his new diet will work out, because I’m not enthusiastic about preparing myself another diabetic cat).

So we’re still figuring things out, and crossing fingers that Oscar will be able to tolerate the medication and that he won’t have another seizure too soon. But it’s not good news, in any case. I’m sad and worried, which is normal, but that doesn’t make it comfortable. And also, apprehensive, because 2025 has come with more than its fair share of trials, and I’m aware that there is a high risk of Oscar dying in the coming months. And honestly, I don’t need that, just as I’m getting back on my feet. There’s never a good time for dead cats, but some are shittier than others. He might hang in there, of course, but he’s old enough and his health is such a fragile equilibrium that I would not bet on him being still around this time next year. He could still be here for months or more, of course, but he could also go downhill fast pretty much anytime. Loving and caring for an old animal is living with the certainty of grief to come, but the uncertainty of timing. I am very much reminded of Quintus’s last years.

I’ve never liked October-November. It’s dark, and damp, and not winter yet. It’s the in-between season. And this year, I had neither hiking, nor skiing, nor really sailing season. I did go out on the lake a handful of times, thanks to my dad who took me along. But it’s very frustrating and weird for me to have “lost” this year like that. It feels a bit like the first Covid year, you know, where we all felt there was a year missing in our lives. Only here, it’s just for me.

I’m way better but not “back to normal” yet. I have to put more effort into just “managing life”. And compared to before my accident, I’m much more careful about pushing myself. I used to push myself all the time. Now, when I feel tired, I go “oh, wait, I’m tired, how can I adjust my expectations for what I was hoping to do during the coming hours”.

A few weeks back I teamed up with a friend who also felt the need to get on top of her weekly planning, and we touch base once a week to go through our schedules. It’s been extremely helpful and is in no small part responsible for my not feeling overwhelmed by my life anymore. I’ve been knocking down admin tasks lately, blogging more, and even making some headway in much-needed tidying up and deep cleaning.

On the online side of things, I am sitting on my hands, because there are a few topics I really really want to dive into, but I know I cannot afford the time and bandwidth right now. It’s extremely frustrating. One of these topics is how to collate the things I share on the socials into daily blogs posts (I think I wrote about it in part 3 of Rebooting The Blogosphere). I think about it pretty much every day, because I share stuff on the socials and regret that I don’t have a simple way to round up the day’s shares here in WordPress to whip up a quick post with links and comments and some passing thoughts. There is a bunch of things I want to fix on the blog, too, but that will also have to wait. At least I’m writing.

I now finally have a Discourse instance up and running on a server (thanks Oliver!) and I am impatient to start configuring it and playing with it to start preparing for the migration of the “DiabĂšte FĂ©lin” community I manage. It’s not for tomorrow, but I’d love to at least get something moving before the end of the year. I’m super enthusiastic about Discourse, maybe I should write a post about it.

But not tonight.

I’ve been writing my “quick blog post” for nearly an hour, my eyes are still tired and my brain is still foggy, so I’ll wrap things up here, go and pick up my old drugged up cat, play a deal or two on Funbridge, jot a few notes down in Day One, and read my book a bit before I collapse.

Sleep is what transports you to the next day. And the next day here is Monday.

Des “mini-podcasts” Ă  Ă©couter [en]

AprĂšs l’introduction d’hier (enfin Ă  l’heure de publication, c’est avant-hier), venons-en au menu principal: une collection de podcasts en sĂ©rie limitĂ©e, type documentaire en x Ă©pisodes, surtout en anglais (parce qu’il y en a moins en français, tout simplement). A Ă©couter, bien sĂ»r. Je ne les ai pas mis dans un ordre particulier, juste comme ça vient.

Mon corps électrique
AprĂšs un accident suite auquel il se retrouve tĂ©traplĂ©gique, Arnaud prend part Ă  une Ă©tude mĂ©dicale dans l’espoir de retrouver un peu de mobilitĂ© dans son bras gauche. En mĂȘme temps journaliste et sujet, il nous emmĂšne avec lui au fil de sept Ă©pisodes pour nous questionner sur la mĂ©decine, le handicap, l’espoir, les limites, le deuil, le corps, la vie. (Voir aussi mon article Mais sĂ©rieux, le suivi psy?)

Soleil noir, autopsie d’une secte
Si vous avez mon Ăąge ou plus, vous vous souvenez de l’Ordre du Temple Solaire. Ce podcast revient sur cette tragique histoire, en dĂ©tail, et ce faisant, montre Ă  quel point tout un chacun peut se retrouver victime d’emprise. Glaçant et fascinant.

Précipice
Sept Ă©pisodes. Sept vies qui basculent. On peut voir ce podcast somme un prĂ©lude stylistique Ă  Mon corps Ă©lectrique: l’Ă©pisode 7, c’est Arnaud.

No Easy Fix
Trois Ă©pisodes sur le sans-abrisme, l’addiction, et la rĂ©alitĂ© du parcours pour sortir de la rue Ă  San Francisco.

Scripts
Ce podcast explore comment l’explication “physiologique” est devenue dominante aux USA pour la santĂ© mentale, et ce que ça a eu comme impact sur le rapport qu’on a aux mĂ©dicaments psychotropes. Egalement en trois Ă©pisodes.

The Missing Cryptoqueen
Dans le genre True Crime qui n’a rien Ă  envier Ă  un triller fictionnel: douze Ă©pisodes d’enquĂȘte sur une crypto-arnaque Ă  grand Ă©chelle menĂ©e par une charismatique entrepreneuse qui finit par se volatiliser.

S-Town
J’ai Ă©coutĂ© ce podcast il y a longtemps et je ne me souviens plus clairement du contenu. L’impression qu’il m’a fait, par contre, est bien clair. C’Ă©tait prenant, intriguant, surprenant, et trĂšs bien racontĂ©.

The Kids of Rutherford County
Quelque part aux USA, on met en taule des gosses aussi jeunes que 8 ans pour des bagarres de cour de rĂ©crĂ©ation. Comment est-ce qu’on en est arrivĂ© Ă  ça? Et qu’est-ce qu’il a fallu pour sortir de cette dystopie?

The Preventionist
Amener son enfant Ă  l’hĂŽpital pour un commun accident domestique, une chute par exemple, et se retrouver non seulement accusĂ© de maltraitance mais perdre la garde. Un cauchemar parental qui se rĂ©pĂšte annĂ©e aprĂšs annĂ©e dans un coin de Pennsylvanie. Quand la protection de l’enfance finit par briser des familles innocentes et traumatiser ceux-lĂ  mĂȘmes qu’elle est supposĂ©e protĂ©ger.

Un apartĂ©, Ă  ce stade: vous allez vous dire que je n’Ă©coute que des trucs glauques et dĂ©primants. C’est peut-ĂȘtre un peu vrai. Ce qui m’intĂ©resse dans toutes ces histoires, c’est l’autopsie de systĂšmes qui dysfonctionnent. Comment les bonnes intentions crĂ©ent-elles l’enfer institutionnalisĂ©? Comment des personnes se retrouvent-elles prises dans des rĂŽles oĂč elles contribuent Ă  rendre misĂ©rable la vie d’autrui? Que faut-il pour rĂ©parer nos systĂšmes dĂ©fectueux, qu’ils soient politiques, mĂ©dicaux, administratifs, sociaux, politiques, ou autre? Comment rĂ©ussit-on (ou Ă©choue-t-on) Ă  rĂ©parer ce qui semble irrĂ©mĂ©diablement cassĂ© dans notre monde?

The Good Whale
Vous vous souvenez de “Sauvez Willy”? DerriĂšre le film qui a Ă©mu les coeurs, il y a la vraie histoire, nettement plus compliquĂ©e, de Keiko – l’orque que l’on voit dans le film. Dans le genre enfer pavĂ© de bonnes intentions, on est pas mal.

The Cat Drug Black Market (partie II, partie III)
La PIF est une maladie auparavant incurable chez le chat. C’est la maladie qui avait emportĂ© Safran. Depuis quelques annĂ©es, un traitement existe – efficace, mais disponible uniquement au marchĂ© noir. Des vĂ©tĂ©rinaires, mains liĂ©es par l’absence de traitement autorisĂ© pour cette maladie sinon mortelle, se retrouvent Ă  “suggĂ©rer” Ă  leurs clients d’aller chercher de l’aide dans des groupes facebook. Ces trois Ă©pisodes retracent l’histoire de ce traitement, des communautĂ©s qui ont sauvĂ© des milliers de chats, et de comment on s’est retrouvĂ©s dans cette situation abracadabrante.

Articles of Interest
Une mini-sĂ©rie sur les vĂȘtements que l’on porte. Autant les questions vestimentaires m’intĂ©ressent peu, autant j’ai trouvĂ© ces Ă©pisodes fascinants. Ce n’est pas Ă©tonnant, puisque cette sĂ©rie vient de 99% Invisible, un podcast qui a le don de rendre passionnants des sujets qui de prime abord peuvent paraĂźtre bien fades. AoI est par la suite devenu un podcast Ă  part entiĂšre.

Master: The Allegations Against Neil Gaiman
Un auteur populaire et adorĂ© est accusĂ© d’abus sexuels par plusieurs femmes. Il nie en bloc. Une enquĂȘte dont j’ai apprĂ©ciĂ© la nuance, sur un sujet extrĂȘmement inconfortable. Update fĂ©vrier 2026: encore plus inconfortable. (Je note juste lĂ  que Tortoise a d’autres sĂ©ries d’investigation, je vais les mettre dans ma liste Ă  Ă©couter!)

Serial (saison 1)
Le podcast qui a lancĂ© le genre, en 2014. Du True Crime pur et dur: Adnan Syed est derriĂšre les barreaux depuis l’Ăąge de 17 ans, accusĂ© d’avoir tuĂ© Hae Min Lee, sa camarade de classe et ex-copine. Il clame son innocence, certains le croient, d’autres pas. La journaliste Sarah Koenig dĂ©couvre que l’histoire est nettement plus compliquĂ©e que ce qu’il y paraĂźt de prime abord.

Et ici je m’interromps Ă  nouveau. Serial a lancĂ© le genre, et continuĂ©. J’ai citĂ© ci-dessus S-Town, The Kids of Rutherford County, The Preventionist, The Good Whale – tout ça, c’est Serial. Mais je dĂ©couvre en faisant ce listing que suite au rachat de Serial par le New York Times, tout un tas d’Ă©pisodes de saisons passĂ©es sont maintenant rĂ©servĂ©es aux abonnĂ©s. Pas cool. Du coup, je vais bricoler un peu pour vous.

The Trojan Horse Affair
Le lien ci-dessus ne mĂšne pas Ă  la page officielle de ce podcast, mais au moins, il vous donne accĂšs Ă  tous les Ă©pisodes. Vous l’aurez devinĂ©: une production Serial. On se rend cette fois Ă  Birmingham, sur les traces d’un scandale qui a secouĂ© l’Angleterre dix ans auparavant. Lettre anonyme, islamophobie et thĂ©orie du complot.

The Retrievals
Aussi une production Serial. Deux saisons difficiles Ă  Ă©couter sur la non prise en compte de la douleur des femmes dans le milieu mĂ©dical. La premiĂšre nous plonge dans une clinique de PMA oĂč durant des annĂ©es, une infirmiĂšre piquait dans le fentanyl utilisĂ© comme antidouleur pour les patientes durant les interventions – le remplaçant avec une solution physiologique. Vous imaginez les consĂ©quences pour les patientes, mais peut-ĂȘtre pas Ă  quel point le monde mĂ©dical est construit pour ignorer une femme qui dit qu’elle a mal. La deuxiĂšme saison porte sur les cĂ©sariennes, et est plus porteuse d’espoir, car elle nous raconte comment une personne a pu mettre en route une vĂ©ritable prise de conscience Ă  l’intĂ©rieur de sa profession et faire bouger des pratiques mĂ©dicales dĂ©suĂštes.

Dolly Parton’s America
En Ă©coutant ce podcast, j’ai dĂ©couvert la femme extraordinaire qu’est Dolly Parton. Je n’avais aucune idĂ©e. Et c’est possible que vous non plus.

Dead End: A New Jersey Political Murder Mystery
Le podcast a pris son envol et changé de nom, mais la premiÚre saison se penche sur le meurtre des Sheridan et les machinations politiques qui y sont liées.

The Making of Musk
En fait la 6e saison du podcast Understood, ces 4 Ă©pisodes nous racontent les origines biographiques et idĂ©ologiques d’Elon Musk. Eclairant.

The Disappearance of Nuseiba Hasan
Comme le podcast prĂ©cĂ©dent, celui-ci est Ă©galement une saison d’un podcast plus large. La troisiĂšme saison de Conviction, prĂ©cisĂ©ment. C’est chez Spotify, donc quasi impossible de faire un lien propre vers la saison, d’oĂč le lien ci-dessus sur le premier Ă©pisode. Une enquĂȘte sur la disparition d’une femme que sa famille signale… des annĂ©es aprĂšs sa disparition.

Tiny Huge Decisions
Deux amis, Mohsin et Dalia. Ils sont les deux mariĂ©s. Elle a eu son premier enfant rĂ©cemment. Lui souhaite Ă©galement fonder une famille, avec son mari. Une discussion dĂ©licate, que l’on suit au fil des Ă©pisodes, oĂč ils rĂ©flĂ©chissent, ensemble et sĂ©parĂ©ment, Ă  une dĂ©cision lourde de consĂ©quences: va-t-elle lui proposer de porter son enfant? Ce podcast aborde avec finesse la question de la gestation pour autrui, mais pas que. AmitiĂ©, dialogue, religion, homosexualitĂ©, couple… la palette est large. Les protagonistes sont attachants, lucides, et courageux.

The Protocol
Une reportage en six parties sur la façon dont on approche la question de la transidentitĂ© chez les jeunes, enfants et ados, partant d’un protocole hollandais dont on suit l’application et l’interprĂ©tation outre-Atlantique. Un traitement trĂšs nuancĂ© d’un sujet qui a tendance Ă  polariser.

Pour terminer, deux recommandations un poil Ă  part. Will Be Wild, d’abord, une enquĂȘte sur la genĂšse et la prĂ©paration de l’assaut du Capitole du 6 janvier. Malheureusement, l’intĂ©gralitĂ© des Ă©pisodes n’est plus disponible sans abonnement payant. Ensuite, les mini-sĂ©ries de On The Media, podcast que j’Ă©coute depuis des annĂ©es. Au fil du temps ils ont produit des mini-sĂ©ries sur tout un tas de sujets, allant de la pauvretĂ© Ă  l’histoire de la radio conservatrice. Ils en valent tous la peine.

Voilà, je crois que vous avez de quoi vous occuper avec tout ça!

Les podcasts et moi [en]

Les podcasts et moi c’est une longue, longue histoire. Pour la petite histoire, je connais personnellement (dĂ©jĂ  Ă  l’Ă©poque) une des personnes-clĂ©s impliquĂ©es dans l’invention de ce mode de distribution du contenu audio. Comme pour WordPress, Twitter ou Instagram, c’est marrant de voir ces mĂ©dias ou plateformes qui sont si “grand public” aujourd’hui et de me souvenir du monde oĂč ça n’existait pas, et de les avoir vu naĂźtre et grandir.

Ah, nostalgie… Les podcasts, j’ai donc dĂ©couvert ça au fur et Ă  mesure que ça s’est mis Ă  exister, mĂȘme si, visiblement, en 2005 je n’Ă©tais pas convaincue. En 2007 toutefois, aprĂšs avoir tĂątonnĂ© Ă  quelques reprises avec la publication audio/vidĂ©o sur mon blog, j’enregistre avec une amie une poignĂ©e d’Ă©pisodes: Fresh Lime Soda. Puis assez vite, je me suis mise Ă  Ă©couter Ă©normĂ©ment de podcasts. C’est encore le cas.

Le podcast, au dĂ©but, c’Ă©tait des enregistrements de gens qui parlaient. Je sais qu’un des premiers que j’Ă©coutais, c’Ă©tait This Week in Tech (TWiT). Je me souviens du choc que j’ai eu quand j’ai dĂ©couvert Radiolab: c’Ă©tait construit, montĂ©, recherchĂ© – de vĂ©ritables documentaires audio. Une rĂ©vĂ©lation. Je pense que c’Ă©tait en 2008 ou 2009. C’Ă©tait en tous cas assez tĂŽt pour que je me retrouve rapidement Ă  avoir Ă©puisĂ© tout leur back catalog. En 2010, je rajoute un deuxiĂšme podcast Ă  mes habitudes d’Ă©coute: On The Media. Quelque part aux alentours de cette Ă©poque, je dĂ©couvre dans un tout autre genre The Savage Lovecast (18+ je vous prĂ©viens). Puis c’est l’explosion de ma liste d’Ă©coute, et je me retrouve rapidement Ă  ne plus rĂ©ussir Ă  Ă©couter tous les nouveaux Ă©pisodes des podcasts auxquels je suis abonnĂ©e Ă  mesure qu’ils sortent.

Mon but aujourd’hui n’Ă©tait en fait pas de plonger dans des rĂ©miniscences historiques, mais de vous donner une liste de recommandations de podcasts Ă  Ă©couter. En particulier, de podcasts “sĂ©rie limitĂ©e”, souvent des enquĂȘtes ou des documentaires sur un sujet prĂ©cis, qui font x Ă©pisodes et c’est tout. Le premier Ă  avoir lancĂ© le genre, Ă  ma connaissance, c’Ă©tait Serial. A la sortie de la premiĂšre saison, en 2014, “tout le monde” en parlait. Le podcast est encore actif, et il vaut bien la peine d’Ă©couter toutes les saisons.

Pendant trĂšs, trĂšs longtemps, je dĂ©sespĂ©rais de trouver des podcasts en français dont la qualitĂ©, tant pour ce qui Ă©tait du contenu et de la production, pouvait rivaliser avec les podcasts amĂ©ricains que j’avais l’habitude d’Ă©couter. On m’en recommandait, mais la posture journalistique classique du narrateur soit entiĂšrement absent, soit “objectif et neutre”, dĂ©sincarnĂ©, ça me hĂ©rissait le poil.

J’ai fait des Ă©tudes en sciences humaines. La notion d’observation participante Ă©tait centrale, on mangeait la phĂ©nomĂ©nologie au petit dĂ©j, et en plus de ça, je me suis construite toute jeune adulte dĂ©jĂ  en tant que blogueuse.

Le blog, au-delĂ  du format de publication, c’est une culture de la parole publique dans laquelle le “je” qui observe, expĂ©rimente et interprĂšte le monde fait partie intĂ©grante du discours qu’il produit. Sans lui, rien ne peut ĂȘtre pensĂ© ou dit – il serait malhonnĂȘte de vouloir l’invisibiliser. Et mĂȘme s’il peut vouloir tendre Ă  une certaine objectivitĂ©, ce locuteur-narrateur colore inĂ©vitablement de son regard singulier tout ce qu’il a Ă  dire. Rendre compte de cette subjectivitĂ© en lui donnant une place dans le texte produit, c’est au final offrir au lecteur plus de clĂ©s pour en traiter le contenu, pour l’interprĂ©ter.

Dans les podcasts que j’Ă©coute, mĂȘme quand il s’agit d’une enquĂȘte, il y a un “je” qui raconte, qui ne se cantonne pas Ă  un rĂŽle, mais qui ose ĂȘtre une personne. C’est notre proxy dans l’histoire, et l’histoire qu’il raconte est aussi son histoire, aux prises avec l’histoire qu’il veut nous raconter. Ça fait beaucoup d’histoires, pas toutes au mĂȘme niveau.

Depuis quelques annĂ©es, on commence enfin Ă  voir ce type de posture dans des podcasts francophones, accompagnĂ©e d’une haute qualitĂ© de production. On a Meta de Choc (mĂȘme si selon les sujets on retombe un peu dans “l’objectivitĂ© journalistique”) et Dingue, par exemple. Et plus rĂ©cemment, de maniĂšre beaucoup plus marquĂ©e et avec un format “x Ă©pisodes pour couvrir un sujet”, Mon corps Ă©lectrique.

Je salue cette évolution.

La liste de recommandations que j’avais l’intention de mettre Ă  votre disposition ce soir, ce sera donc pour une autre fois, ma petite introduction s’Ă©tant transformĂ©e en longue digression prenant toute la place.

En attendant, vous pouvez vous pencher sur des recommandations d’Ă©coute que j’ai faites par le passĂ©, en fouinant dans les articles de ce blog taguĂ©s “podcast”. Bonne lecture, bonne Ă©coute, et Ă  bientĂŽt!

Mais sérieux, le suivi psy? [en]

Depuis hier j’Ă©coute, scotchĂ©e, le podcast “Mon corps Ă©lectrique” d’Arnaud Robert. Ecoutez-le, vous ne regretterez pas. C’est du grand podcast, tant sur le fond que sur la forme, qui n’a rien Ă  envier Ă  mes “rĂ©fĂ©rences” anglo-saxonnes. Chapeau.

Je dois rĂ©agir au sujet qui fait surface dans l’Ă©pisode 6 (mais commencez au dĂ©but, hein, Ă©coutez tout). L’accompagnement psychologique, ou plutĂŽt, l’absence criante de celui-ci – Ă  ce stade en tout cas du podcast. Et de ce que j’en ai compris, je prĂ©cise bien. Si j’ai surinterprĂ©tĂ©, corrigez-moi.

Je suis estomaquĂ©e. Comment peut-on imaginer une seule minute qu’un entretien unique avec un psychiatre afin d’Ă©valuer si un participant est suffisamment stable pour prendre part Ă  une Ă©tude dont l’enjeu est de rĂ©cupĂ©rer de la mobilitĂ© dans un membre paralysĂ© puisse suffire en matiĂšre de prise en charge de l’aspect “santĂ© mentale” d’une telle dĂ©marche? Comment peut-on imaginer laisser Ă  des mĂ©decins le soin de l’accompagnement psychologique? Un mĂ©decin n’est pas un psychologue. Un psychiatre n’est pas un psychologue, ni nĂ©cessairement un psychothĂ©rapeute, tant qu’Ă  faire. Traverser des mois et des mois, des heures par jour, au service de la science et dans l’espoir d’un miracle, si petit soit-il, comment peut-on imaginer laisser les personnes concernĂ©es gĂ©rer ça sans impliquer un ou des professionnels de la santĂ© mentale?

Ça fait Ă©cho, chez moi, Ă  deux choses.

La premiĂšre, Ă©videmment, c’est mon accident. Sans mesure de comparaison avec ce qui est arrivĂ© Ă  Arnaud, ne devant “que” me dĂ©battre avec un syndrome post-commotionnel, qui plus est avec un pronostic qui a toujours Ă©tĂ© celui de la rĂ©cupĂ©ration complĂšte. Mais pendant tous ces longs mois depuis mi-mars, j’ai heureusement pu compter non seulement sur des sĂ©ances hebdomadaires avec ma psychothĂ©rapeute (psychologue) – un suivi qui Ă©tait dĂ©jĂ  en place avant l’accident, mais qu’on songeait Ă  espacer, des rencontres rĂ©guliĂšres avec mon psychiatre, dont on a doublĂ© la frĂ©quence par rapport Ă  avant l’accident, et un coaching hebdomadaire spĂ©cialisĂ© “commotion”, accompagnant le programme d’entrainement cognitif auquel m’avait adressĂ© mon neurologue. HonnĂȘtement, il a bien fallu tout ça pour m’aider Ă  garder la tĂȘte hors de l’eau – et ça continue. Et avant d’avoir le suivi spĂ©cifique Ă  ce que je traversais (le neurologue et le coaching), Ă  savoir la rĂ©cupĂ©ration d’un syndrome post-commotionnel, malgrĂ© mes ressources, le fait que j’Ă©tais entourĂ©e, le soutien, les autres professionnels de la santĂ© (mĂ©decins, physios…), je me sentais trĂšs dĂ©semparĂ©e et livrĂ©e Ă  moi-mĂȘme face Ă  mes difficultĂ©s et peurs pour mon avenir.

Cet Ă©cho, pour dire: aprĂšs un accident qui change la vie, que ce soit de façon trĂšs visible (Arnaud) ou trĂšs peu visible (moi), la santĂ© mentale c’est d’office pas de la tarte. Et aussi, qu’un accompagnement psychologique, quel qu’en soit la qualitĂ©, n’en vaut pas un autre, et qu’il y a un sens Ă  en avoir/fournir un spĂ©cifique Ă  ce que la personne traverse (par exemple, il y a des psychologues spĂ©cialisĂ©s pour les personnes en attente de transplantation d’organe).

Le deuxiĂšme Ă©cho, plus parlant peut-ĂȘtre, c’est la PMA (procrĂ©ation mĂ©dicalement assistĂ©e). LĂ  aussi, le corps/la personne “subit” le parcours mĂ©dical, mĂȘme si c’est voulu, choisi, dĂ©sirĂ©. Suite au suicide d’une amie cet Ă©tĂ© qui Ă©tait justement dans ce type de dĂ©marche, j’avais creusĂ© un peu. MĂȘme si ce n’est pas quelque chose auquel on penserait spontanĂ©ment, je pense que ça ne surprendra personne si je vous dit qu’un Ă©chec de FIV est un facteur de risque suicidaire consĂ©quent. Ça paraĂźtrait donc indiquĂ© qu’un parcours PMA soit d’office doublĂ© d’un suivi psy spĂ©cialisĂ©? Qu’on prĂ©pare les patientes Ă  gĂ©rer les Ă©checs qui jalonneront quasi-inĂ©vitablement leur parcours, et la perspective d’un Ă©chec complet, d’un deuil Ă  faire qu’on cherche dĂ©sespĂ©rĂ©ment Ă  Ă©viter? Qu’on les sensibilise Ă  l’escalade d’engagement que reprĂ©sente ce processus?

C’est loin d’ĂȘtre le cas. La PMA, c’est un processus oĂč on vend du rĂȘve, de l’espoir, oĂč on paie de son corps, de son temps, de son argent, de sa souffrance, dans l’espoir (parfois peu rĂ©aliste, suivant l’Ăąge) de porter un enfant et devenir mĂšre. On s’occupe du corps, et on les laisse se dĂ©brouiller avec les retentissements psychologiques.

Je range les Ă©chos et je reviens au podcast d’Arnaud et ce que l’Ă©coute de cet Ă©pisode 6 en cours m’inspire. Je me dis qu’il semble y avoir, dans certains milieux mĂ©dicaux, une naivetĂ© extraordinaire concernant ce qui touche Ă  la santĂ© mentale. Je suis consternĂ©e. ConsternĂ©e.

Note: ce billet a commencĂ© sa vie en tant que “petit truc Ă  vite partager sur Facebook“.

Allez, comme on est sur le blog, quelques liens en plus en rapport avec le podcast: