5 novembre 1984 – 5 novembre 2024 [en]

Aujourd’hui, j’ai une pensĂ©e pour ma mĂšre, dĂ©cĂ©dĂ©e il y a 40 ans Ă  l’Ăąge de 40 ans. J’en avais 10 Ă  l’Ă©poque, j’en ai 10 de plus aujourd’hui. DrĂŽle de symĂ©trie.

40 ans, je trouve ça tellement jeune vu d’ici. Je me demande qui elle aurait Ă©tĂ© pour moi, ado, adulte. Je regrette de ne pas pouvoir la connaĂźtre plus.

Je ne voulais pas laisser passer ce jour sans un mot. Un peu de tristesse Ă©videmment, de la sĂ©rĂ©nitĂ© un peu perplexe, toujours, de l’impact capital de cet Ă©vĂ©nement sur ma vie, la fin de la sienne, mĂȘme si maintenant ça me paraĂźt tellement loin, et que ce n’est qu’un des multiples fils dont j’ai tissĂ© mon existence Ă  travers les dĂ©cennies.

Mais le 5 novembre 1984, ma vie entiĂšre s’est rĂ©sumĂ©e Ă  cet instant, celui oĂč le ciel tombe sur la tĂȘte et semble rendre tout futur impossible.

Le prĂ©sent lui donne tort – le monde est bien lĂ , et moi au milieu.

Qu’est-ce que ça peut ĂȘtre moche et injuste, parfois la vie. Et pourtant, on persiste Ă  y chercher du sens et mĂȘme du bonheur. Il nous arrive parfois de les trouver, Ă©phĂ©mĂšres, jusqu’au prochain coup de ciel sur la tĂȘte.

Ma mĂšre, prĂ©sente dans ma vie surtout Ă  travers son absence, mais qui en 40 annĂ©es sur cette terre en a fait des choses, en a eus des rĂȘves, a ri, aimĂ©, souffert, chantĂ©, explorĂ©, pensĂ©, partagĂ©, a Ă©tĂ© une personne bien vivante dans le monde avec tout ce que ça comporte de complexitĂ©, de richesse et de profondeur.

40 ans de vie, c’est pas assez, mais c’est loin d’ĂȘtre rien – et ça ne se rĂ©sume en aucun cas au moment de sa fin.

publié initialement sur Facebook

RĂ©amĂ©nagement d’appartement [fr]

Cela fait longtemps que je suis insatisfaite de l’Ă©tat de mon appartement. Des annĂ©es. LĂ , j’ai pris deux semaines de vacances pour m’en occuper. C’Ă©tait vraiment gĂ©nial de pouvoir faire ça et je suis hyper contente du rĂ©sultat.

Tu as fait quoi?!

Oui cher lecteur, tu as bien lu, j’ai pris deux semaines de vacances pour m’occuper de mon espace de vie. J’aurais mĂȘme pu en aligner une troisiĂšme. J’ai rĂ©alisĂ© que ma motivation pour m’y mettre augmentait, mais que je n’avais “pas le temps” – et je me suis souvenue que ma regrettĂ©e belle-mĂšre Monique m’avait dit qu’Ă  une Ă©poque, elle prenait une semaine de congĂ© chaque annĂ©e pour faire les nettoyages de printemps. Je n’avais pas de projet solide pour mes vacances d’automne, et je me suis dit, oh, des vacances Ă  la maison ce serait pas mal en fait, et je vais en profiter pour faire les nettoyages d’automne.

C’Ă©tait quoi le problĂšme?

Je dirais qu’il y avait trois thĂšmes:

  • des nettoyages “Ă  fond” qui n’avaient pas Ă©tĂ© faits depuis longtemps
  • du chenit Ă  ranger, soit ancien dans des boĂźtes, soit plus rĂ©cent en couches sĂ©dimentaires sur diverses surfaces
  • la dĂ©co qui n’a jamais Ă©tĂ© vraiment faite/pensĂ©e

En toile de fond, je vis dans le mĂȘme appart depuis plus de 20 ans. Evidemment, il y a eu des rĂ©amĂ©nagements partiels successifs, mais toujours Ă  tendance un peu organique: “oh, un nouveau meuble, je peux le mettre oĂč?”, ou bien revoir l’amĂ©nagement d’une piĂšce, etc. Et le dernier date d’il y a bien longtemps.

De façon gĂ©nĂ©rale, mon appartement Ă©tait amĂ©nagĂ© de façon “organique” et pas forcĂ©ment bien pensĂ©e pour “me servir“, que ce soit sur le plan logistique ou atmosphĂ©rique.

Tu avais prévu quoi, du coup?

Consciente que je commençais Ă  accumuler une trĂšs longue liste mentale de tout ce que j’allais pouvoir faire durant ces deux semaines (de quoi m’occuper pendant 2 mois au moins), j’ai fait un planning pour Ă©viter de me perdre complĂštement.

En tenant compte de quelques autres obligations durant cette pĂ©riode, et en prĂ©voyant un peu de marge (repos le week-end, jour tampon), j’en suis arrivĂ©e Ă  me dire que j’avais Ă  peu prĂšs une journĂ©e par piĂšce: chambre, salon, cuisine, couloir, salle de bains, balcon, cave, et les 110m2 d’espace coworking deux Ă©tages plus bas (qui font aussi largement partie de mon espace de vie vu que j’y ai mon bureau, un espace de rangement, un coin pour recevoir, etc.). Et pour lancer tout ça, une journĂ©e dĂ©chetterie et courses.

Le fait de voir que j’avais une journĂ©e par piĂšce m’a aidĂ©e Ă  ramener un peu mes rĂȘves Ă  la rĂ©alitĂ©. J’ai ensuite pris un moment pour brainstormer et mettre par Ă©crit ce que je voulais faire dans chaque piĂšce. Ça m’a permis de voir que pour certaines piĂšces il y avait beaucoup trop pour une journĂ©e et que j’allais devoir prioriser.

Ensuite, pour ce qui Ă©tait d’amĂ©liorer l’organisation de mon espace de vie, et en particulier, de ce que je range oĂč, j’ai aussi pris un moment pour faire un inventaire, pour chaque piĂšce, de mes activitĂ©s dans cette piĂšce et des espaces de stockage Ă  disposition. Pour certaines j’ai aussi listĂ© quelles Ă©taient les choses “rĂ©guliĂšrement utiles” rangĂ©es dans cette piĂšce, et aussi les choses moins utiles qui pourraient peut-ĂȘtre vivre ailleurs. Je ne suis pas allĂ©e tout Ă  fait au bout de cette dĂ©marche mais le fait de l’avoir fait dans l’ensemble a mis en route des rĂ©flexions en tĂąche de fond dans ma tĂȘte, durant le mois avant le grand rĂ©amĂ©nagement.

Du coup, tu as suivi ton planning?

Surprise: non! On connaĂźt la chanson: un planning est fait pour ĂȘtre modifiĂ©. Mais mine de rien, le fait d’en avoir fait un Ă  la base m’a vraiment aidĂ©e Ă  reprioriser et faire des choix au fur et Ă  mesure, laisser des choses de cĂŽtĂ©, etc.

En fait, l’arrivĂ©e des nouveaux tatamis reçus pour fĂȘter mon demi-siĂšcle (pour remplacer certains anciens bien trop usĂ©s qui approchaient du quart de siĂšcle ou l’avaient dĂ©passĂ©) a servi de catalyseur pour revoir en profondeur l’amĂ©nagement de mon salon. D’un coup, j’ai commencĂ© Ă  avoir envie de plus d’espace (mon espace de vie est passablement encombrĂ© Ă  la base), et de mettre mieux en valeur mes nouveaux tatamis. Ça m’a aussi donnĂ© envie de sortir de ma chambre Ă  coucher des meubles dont je n’accĂšde jamais au contenu.

Le nouveau plan d’amĂ©nagement a rapidement commencĂ© Ă  prendre forme aprĂšs une nuit oĂč j’ai fini par aller faire des mesures Ă  1h30 du matin pour voir si les idĂ©es qui tournicotaient dans ma tĂȘte et m’empĂȘchaient de dormir fonctionnaient. C’Ă©tait donc assez clair que j’allais probablement passer plus d’une journĂ©e sur le salon et la chambre – d’autant plus que je me suis dit que si je dĂ©plaçais tous les meubles du salon j’allais en profiter pour tout vider, trier, et rĂ©organiser. De mĂȘme pour la chambre.

J’ai pu m’organiser pour avoir de l’aide le lundi pour dĂ©placer les meubles et amener certaines grosses choses Ă  la dĂ©chetterie, donc ça a donnĂ© un bon coup d’envoi Ă  tout ça.

J’ai aussi la chance d’avoir beaucoup d’espace en bas Ă  l’eclau, ce qui m’a permis de sortir de l’appartement et de centraliser des dizaines de cartons d’affaires qui se trouvaient au salon et dans la chambre (en gros: tout sauf les habits du dressing).

Le deuxiĂšme ou le troisiĂšme jour c’Ă©tait trĂšs clair que j’allais complĂštement lĂącher le planning. Mais de savoir que mon plan de dĂ©part Ă©tait “une piĂšce par jour” m’a servi: j’ai par exemple assez vite dĂ©cidĂ© que je ne toucherais pas la salle de bains ou la cuisine. Ce sont des piĂšces “trĂšs utilisĂ©es” et donc qui sont fonctionnelles et que je rĂ©amĂ©nage pĂ©riodiquement, qui Ă©taient moins en souffrance organisationnelle. L’eclau aussi resterait sur la touche. Mes prioritĂ©s Ă©taient vraiment les affaires du salon, de la chambre, et du couloir.

Au final, j’ai naviguĂ© un peu Ă  vue (le fait d’avoir beaucoup de temps et pas juste un week-end permet ça), et fini par vider complĂštement la cave (quelque chose que je n’avais pas prĂ©vu), et rĂ©organiser complĂštement la “salle de stockage” Ă  l’eclau. J’ai par contre moins fait de nettoyage que ce que je pensais initialement (chambre, salon et couloir Ă  fond tout de mĂȘme).

Ce n’Ă©tait pas dĂ©courageant?

En fait, non! C’Ă©tait extrĂȘmement libĂ©rateur de savoir que j’avais deux semaines entiĂšres devant moi oĂč je n’avais rien d’autre Ă  faire (quelques rendez-vous mis Ă  part) que m’occuper de mon appart. Et donc que ce n’Ă©tait pas grave d’ĂȘtre “en chantier”, que je pouvais prendre le temps de tout sortir et mettre en tas, de chercher de l’inspiration dans les magasins, etc.

Je me suis aussi organisĂ©e pour avoir un peu de soutien moral (soit sur place, soit via un petit groupe WhatsApp) de copines, aussi pour avoir un oeil extĂ©rieur quand j’en avais besoin. Merci Ă  elles!

Comment as-tu trié?

La premiĂšre chose que j’ai faite, c’est tout rassembler mes affaires en bas dans un mĂȘme espace. J’ai ensuite organisĂ© les choses par catĂ©gories – en particulier la dĂ©co, qui dort dans des boĂźtes depuis longtemps ou alors Ă©tait disposĂ©e un peu au hasard ici et lĂ : toutes les bougies ensemble, les livres, les photophores, les miroirs, les tissus, etc. Ça m’a permis d’avoir une bonne vue d’ensemble de ce que j’ai, pour mieux Ă©valuer oĂč ranger ceci ou cela.

Le tri n’est pas terminĂ©! Mais j’ai fait beaucoup de prĂ©-tri. Par exemple, les livres, j’ai identifiĂ© ceux qui allaient retourner dans la bibliothĂšque du salon, ceux que j’allais donner (et lĂ  j’ai dĂ©jĂ  regroupĂ© dans des sacs par thĂšmes, si vous voulez de la SF anglophone il suffit de vous annoncer Ă  la rĂ©ception), ce que je devais vraiment trier, etc. J’ai regroupĂ© et commencĂ© Ă  classer tous les cĂąbles, rallonges, multi-prises qui Ă©taient stockĂ©s Ă  au moins 3 ou 4 endroits diffĂ©rents. Idem pour les outils. Les tissus indiens, j’ai bien pris le temps de voir ce que je pouvais en faire, si ça faisait sens de garder, etc.

J’ai aussi fait des achats un peu compulsifs de caisses transparentes en plastique (il y avait des actions chez Jumbo) et sollicitĂ© des sacs Migros dans mon entourage afin de ne pas manquer de rĂ©cipients pour trier et ranger.

OĂč as-tu rangĂ© les choses?

D’avoir fait mon inventaire “qu’est-ce que je fais oĂč dans mon appart, qu’est-ce que j’utilise oĂč” m’a beaucoup aidĂ©e. De voir aussi quelle quantitĂ© de telle ou telle catĂ©gorie d’objets j’avais aussi. Et de pouvoir commencer avec des espaces de stockage vides au salon Ă©tait extrĂȘmement prĂ©cieux.

J’ai bien compris, ces derniĂšres annĂ©es, que si je ne vois pas les choses j’oublie qu’elles existent. Donc si quelque chose est dans un tiroir ou une armoire, il faut que ce soit une catĂ©gorie claire et simple d’objets. Si c’est trop compliquĂ©, les choses finissent par trainer sur les surfaces (j’ai d’ailleurs, Ă  ce propos, diminuĂ© le nombre de surfaces Ă  disposition pour attirer du chenit dans mon espace de vie).

Un exemple: j’ai un meuble plein de tiroirs (16, pour ĂȘtre prĂ©cise). Jusqu’ici, j’y avais mis un peu pĂȘle-mĂȘle bougies, bougeoirs et encens. HonnĂȘtement, si j’ai sorti quelque chose d’un tiroir de ce meuble trois fois au cours de la derniĂšre annĂ©e, c’est Ă©norme. Une trĂšs mauvaise utilisation d’un meuble au salon! Les tiroirs servent maintenant pour des collections de petits objets courants: lunettes et Ă©tuis Ă  lunettes, paquets de mouchoirs entamĂ©s, stylos et post-its, ampoules, etc. Il va sans dire que je vais me prĂ©parer une jolie petite carte plastifiĂ©e qui indique oĂč va oĂč, une fois que l’organisation sera finalisĂ©e.

Je ne brĂ»le quasi pas de bougies, sauf parfois sur le balcon. Elles peuvent donc, pour le moment en tous cas, aller dans une boĂźte en plastique hors de l’appartement. L’encens, j’aime bien en brĂ»ler sur le balcon. J’ai dĂ©cidĂ© d’en mettre une sĂ©lection dans un tiroir pas loin du balcon, et au final, j’arrive Ă  tout mettre lĂ . Donc lĂ , on a une catĂ©gorie claire et simple: l’encens, c’est dans ces deux tiroirs. J’ai aussi un tiroir pour mon appareil photo, le trĂ©pied, la pochette de transports, etc.

Sous le lit, au lieu d’avoir des cartons de choses Ă  tirer ou qui devraient aller Ă  la cave, j’ai maintenant mis mes tissus indiens qui me serviront Ă  changer l’habillage du salon ou la dĂ©co, pour ceux qui vont au mur.

Et la déco?

La dĂ©co, ça a Ă©tĂ© ma hantise pendant Ă  peu prĂšs toute ma vie. Peur de faire faux, de faire des fautes de goĂ»t, de faire moche, d’ĂȘtre jugĂ©e, etc. Et aussi, le sujet de la dĂ©co rentrait dans mon gros angle mort de “l’expĂ©rience sensorielle du monde”, qui s’est Ă©clairĂ© il y a un peu plus d’un an lorsque j’ai fait ma formation d’hypnose (je dois toujours faire un article Ă  ce sujet). La dĂ©co, ça aide Ă  crĂ©er une atmosphĂšre.

A travers d’autres discussions rĂ©centes (merci TĂ©a et Sylvie), j’ai aussi compris que ce qui comptait, c’Ă©tait si moi ça me plaisait. Est-ce que j’aime quand c’est comme ça, ou pas? Et que, au fond, la dĂ©co c’est aussi s’entourer des choses qu’on aime. Donc si moi j’aime un truc, eh bien que je le mette quelque part oĂč je vais pouvoir le voir!

Mon espace de vie, il est pour moi en premier lieu.

Il paraĂźt que tu as dĂ©couvert les lumiĂšres connectĂ©es…

Ça, c’Ă©tait une des rĂ©vĂ©lations de ce grand rĂ©amĂ©nagement! Je savais bien entendu qu’on pouvait avoir des lumiĂšres connectĂ©es et plein d’autres choses dans le registre “maison connectĂ©e”, mais ça m’avait toujours donnĂ© l’impression d’ĂȘtre bien compliquĂ©. En fait, pas du tout! Et mĂȘme pas si cher que ça! AprĂšs qu’on m’en ait vantĂ© les mĂ©rites (merci TĂ©a!), j’ai dĂ©couvert qu’IKEA avait tout une gamme “Smart Home“, et j’ai profitĂ© de me faire expliquer les choses un peu correctement par un vendeur sur place.

Pour moins de 30.-, j’ai maintenant un interrupteur Ă  l’entrĂ©e de mon salon qui allume d’un coup toutes mes petites lampes d’ambiance. Mon rĂȘve depuis longtemps… Pour dĂ©marrer, j’ai simplement pris trois prises connectĂ©es. En fait, avec l’interrupteur, c’est un peu comme si on avait le bouton rouge du multiprises sur chaque prise, avec un contrĂŽle central Ă  distance.

Etape suivante: me procurer le hub qui donne accĂšs Ă  l’application sur le tĂ©lĂ©phone, acheter des ampoules (qui permettent aussi de rĂ©gler l’intensitĂ© ou mĂȘme la couleur Ă  distance, pas juste allumer et Ă©teindre), et installer tout ça ailleurs dans l’appart et Ă  l’eclau! N’hĂ©sitez pas Ă  me demander conseil, je suis maintenant relativement au point.

Es-tu satisfaite?

MĂȘme plus que ça, je suis ravie. Ça m’a fait un bien fou de reprendre le contrĂŽle de mon espace de vie. J’ai maintenant envie de me tenir dans mon salon! Il ne me stresse plus, car il n’est plus rempli de rappels visuels de tout ce que je devrais faire un jour si j’ai le temps (ranger, trier…).

Je suis aussi hyper contente d’avoir vidĂ© ma cave (j’y ai remis des choses mais elle a encore de la place), tout mis mes affaires “de rĂ©serve” dans des boĂźtes (avec des Ă©tiquettes mĂȘme si elles sont transparentes) et rangĂ© ça correctement dans ma piĂšce de stockage, triĂ© et prĂ©-triĂ© des choses qui en avaient besoin depuis longtemps, prĂ©parĂ© les choses Ă  donner, etc.

Il y a aussi des effets secondaires imprĂ©vus. Par exemple, j’ai beaucoup de thĂ©, depuis longtemps, mais j’en bois peu. Dans mon rĂ©amĂ©nagement, j’ai fini par mettre le thĂ© dans les Ă©tagĂšres du couloir (aussi comme dĂ©co car il y a plein de jolies boĂźtes et de jolies tasses), et c’est par consĂ©quent bien plus simple de me faire une tasse de thĂ© que quand il Ă©tait dans une armoire au fond du salon ou entassĂ© dans l’armoire au-dessus de l’Ă©vier. J’ai donc recommencĂ© Ă  me faire un thĂ© de temps en temps.

Pendant ces deux semaines, j’ai aussi sorti toute ma collection de CDs de la cave et numĂ©risĂ© tous ceux qui en avaient encore besoin. J’ai fait ça en tĂąche de fond, chaque fois que je passais devant le bureau oĂč Ă©tait l’ordi je mettais en route un nouveau CD.

J’ai mis mes albums photos au salon (au lieu de tout en haut du placard du couloir), et par la mĂȘme occasion dĂ©couvert que j’avais achetĂ© Ă  une Ă©poque toute une sĂ©rie de cadres pour mettre des tirages (je vais donc en faire quelque chose) et qu’il me reste deux boĂźtes contenant pas mal de tirages que je n’ai pas encore mis dans des albums. Une occupation sympa pour un week-end pluvieux!

J’ai aussi dĂ©cidĂ© de me faire des scrapbooks – dans mes boĂźtes de choses Ă  trier, il y a aussi plein de souvenirs ou autres petites choses que je n’ai pas trop envie de jeter, et qui seraient mieux dans un scrapbook que dans un carton Ă  la cave. Oui, il va falloir pas mal de jours de pluie. Dans la mĂȘme veine, j’ai dĂ©cidĂ© de faire de la jolie Ă©tagĂšre qui est maintenant dans ma chambre mon “Ă©tagĂšre du coeur”, une sorte d’autel oĂč je peux mettre des objets qui ont une signification particuliĂšre pour moi, des photos, des cartes reçues, etc.

Au chapitre des choses que j’avais oubliĂ© que j’avais: un nettoyeur de vitres Karcher. J’ai profitĂ© pour essayer de l’utiliser, histoire de savoir si je le garde ou le donne. C’est gĂ©nial! Avec ce truc, ça prend littĂ©ralement une ou deux minutes pour faire une vitre. Je prĂȘte et je fais des dĂ©mos, si jamais!

Qu’est-ce qui reste Ă  faire?

Plein de choses! DĂ©jĂ , toutes les choses qui Ă©taient sur ma wishlist mais que j’ai dĂ©priorisĂ©es: mettre du joli PVC au sol dans la cuisine et la salle de bains, recouvrir les armoires de la cuisine de papier autocollant plus joli que le formica brun des annĂ©es 60, trier/ranger les armoires et Ă©tagĂšres de la cuisine et de la salle de bains, m’occuper du balcon (pas touchĂ©), de mon coin bureau et de l’eclau, rĂ©organiser le dressing…

Mais dans l’immĂ©diat, il reste des choses “en plan” (sous contrĂŽle toutefois) que je n’ai pas pu boucler durant ces deux semaines: 4 ou 5 boĂźtes de chenit Ă  trier, outils et choses Ă©lectriques Ă  trier et ranger, donner les choses Ă  donner (il va y avoir une sĂ©rie de publis facebook “qui veut ce truc?”), livres et CDs Ă  dĂ©barrasser pour certains et finir de trier pour d’autres, complĂ©ter la dĂ©co dans l’appartement (mais maintenant l’idĂ©e ne me paralyse plus), rempoter certaines plantes pour qu’elles puissent trouver leur place dĂ©finitive…

J’ai aussi prĂ©vu de faire un inventaire de ce qui est oĂč (pas dĂ©taillĂ© mais “les affaires de via ferrata sont rangĂ©es ici”).

C’est marrant, maintenant que j’ai eu ces deux semaines pour me lancer, je suis impatiente d’avoir Ă  nouveau un moment pour continuer Ă  avancer dans mon rangement!

Que faut-il retenir? Qu’y a-t-il d’autre Ă  ajouter?

  • avoir du temps devant soi Ă  consacrer entiĂšrement Ă  son espace de vie, c’est libĂ©rateur
  • tout vider et catĂ©goriser ses affaires aide beaucoup (tout le monde n’a pas le luxe d’avoir autant d’espace que moi pour ça, mais ça vaut la peine de prĂ©voir un espace dĂ©diĂ©)
  • boĂźtes transparentes et Ă©tiquettes! (marqueur sur scotch de carrossier c’est dĂ©jĂ  bien)
  • utiliser un vieil iPad comme photoframe (merci Karin!)
  • les ampoules dĂ©co de Girard Sudron
  • pour le rangement: combien j’en ai, Ă  quelle frĂ©quence j’utilise, oĂč est-ce que je l’utilise?
  • faire un planning c’est toujours utile, ça sert de point de repĂšre mĂȘme si on finit par faire autrement
  • mon thĂ© dans le couloir
  • les meubles Ă  petit tiroirs pour ranger les petites choses plus ou moins utiles Ă  avoir sous la main
  • la dĂ©co, c’est faire un truc qu’on aime
  • si on a plein de petits objets qu’on aime et qu’on veut pas jeter, c’est OK d’en faire de la dĂ©co!
  • ne pas oublier de faire des photos “avant”

Photos avant/aprĂšs

(j’ai dĂ» fouiller dans les archives pour certaines, et les photos sont pas top comme si on avait fait exprĂšs! vous pouvez cliquer dessus pour les voir en plus grand)

Things I Use And Things I Don’t [en]

These are times of transformation for me. Getting medication for my ADHD (and also, simply understanding what was going on with my brain) has really opened doors for change, after many years of feeling stuck and hopeless with certain issues.

Of course, it’s not only the meds. As my (new, wonderful) therapist says, it’s also “doing the work”. I’m actively trying to figure things out, and as I always have been, doing my best to understand life and the world. Only now, I have a better set of keys. Discussions with those around me, as well as podcasts and things I read, in addition to observing myself and analysing how I function both at work and outside of work, are all ingredients in this time of change.

Some time back I wrote about a breakthrough moment: understanding that My Space Is There To Serve Me. This notion has really stuck with me and has been a paradigm change in how I view “housework”. It has given me an impulse to really be active in creating a living space for myself which “does good things” to me. A space that does not generate stress or anxiety because of the stuff I see in it or can’t find in it, a space that helps me relax and makes me feel happy.

This impulse was already in preparation, as part of the “post-meds effect”, and also following a breakthrough during my hypnotherapy training in summer 2023 – I still need to write about that, in fact.

Years ago, I remember Monique telling me that for a long time, she would actually take a week off in spring for spring-cleaning. Back then, I was baffled by the idea. There were so many other things I would rather do during a week of holidays! (And, reminder for my American readers: in Switzerland we get a minimum of 4 weeks a year, usually 5. I now have 6.)

As I was having an inner debate over what to do for my autumn holidays, I decided to spare myself the stress of travel plans and time away from home, and to use these two weeks to give myself time to care for my space – assist it in serving me well. So, starting October 7th, I have two weeks of “autumn cleaning” – and more.

Given my tendency to want to cram too much into every little nook and cranny of available time, and seeing that my mind was creating a very long list of all the things I would finally be able to do during these two weeks of holidays, I sat down a couple of weeks back to make a “housecare” (better than “housework”, isn’t it?) programme for myself. The result is that I have a day for each room, taking into account I have a bunch of appointments here and there and also need time to rest and do a few other things.

Now that I have clearly seen that it’ll be only a day per room (pro tip: calendars and plannings transform time into space, really useful when you have time blindness to any degree), I’m thinking about what I’ll prioritise in each room.

Deep cleaning, definitely.

Uncluttering, definitely.

The rest varies from room to room. For example, on my balcony I have an old set of shelves that are falling apart. They will go and be replaced by something else. My kitchen shelves are an awful formica brown, I have light-coloured sticky paper to cover them (bought it years ago), that’s going to happen. And maybe put some pretty vinyl on the floor. Etc.

The uncluttering and tidying part had had me thinking a lot about where I put things. One thing I’ve really understood (and that is ADHD-related) is that for me, out of sight really is out of mind. If something is in a cupboard or a drawer that I don’t open regularly, I forget it exists. I have closed spaces in my flat that I haven’t looked in for a year or more. What’s in there? I have no clue, and definitely don’t use what’s in there. So, I tend to leave things “out there” so I don’t forget about them. The result: a lot of clutter.

Over the years, I’ve come up with workarounds. Plastic transparent boxes in my bathroom to store things. Tinned food in my kitchen lives on shelves and not in the cupboard. Labels on my clothes drawers and shelves inside the cupboard. Easy access spaces for certain types of objects I use everyday. I also rely a lot of habits to keep things under control. I need to use labels more. I’m still looking for a nice set of food-shaped fridge magnets that I can use to make visible which perishables are at risk of perishing in the bottom drawers of my fridge.

(If you’re starting to be concerned the title of this blog post was false advertising, don’t worry. We’re getting there.)

Over twenty years ago (heavens!) I wrote: Keeping The Flat Clean: Living Space As User Interface. See, even back then I was onto something. How do I store things and organise my space in a way that it is usable?

Does anybody remember The Mirror Project?

I’ve been staring at these two baskets in the middle of my living room for weeks now. They are filled with clutter. I never access them. They are in the middle of my living room. They could be put to good use. What could I store in them?

I friend of mine who moves around quite a bit told me one day she had plastic boxes for various needs or activities. She just grabs the box and throws it into the car. Box for the dog. Box for the week-end. It inspired me. I put together a Box For Respiratory Infections. (I had a lot of practice using and appreciating it this winter, as I went through six viral infections in a row.) What other boxes do I need? A hiking box? A sailing box?

The idea of duplicating key objects had started to make its way into my mind. I bought a second computer charger that lives inside my bag – I never again have to ask myself if I need to take my charger when going to work (or to the chalet, for that matter, or anywhere). I have a second set of “cat gear” that stays at the chalet. Having ready-to-go boxes might involve some duplication.

This is the kind of stuff that has been on my mind lately. And this morning, an idea took form clearly: there is the stuff I use and the stuff I don’t use. (Or don’t use very often, or don’t use nowadays.) And if I look at how things are stored in my flat, the underlying design is not “do I use it or not or how often”, but “what category of thing is this”. All my towels are in the same overflowing cupboard in my bathroom. But I don’t use them all. I rotate through a quarter of them. Only those need to be easily accessible. The space ones can go somewhere else (with a label, hopefully). Or simply go (but that’s another matter).

So, how about I really go all in with this “Living Space As User Interface” thing, and instead of making an inventory of stuff I have, start with what I use and do, and give real, useful, sensible homes to those things, instead of having them hang out in ad hoc spaces?

I have a big collection of plant pots on the top of my bookcase, easily accessible. I don’t pot plants every month. They are there because I didn’t have a place for them and there was space on top of the bookcase.

A lot of things are like that now: organic solutions that were not really thought out, and that became the default.

Boxes. Labels. Activity and frequency-based stuff management.

I’m now thinking about how to tackle this. Where do I start? How do I not get lost in the planning?

Here are some ideas:

  • in each room, list the activities I do there, and start from that
  • make an inventory of “storage spaces” and start from those: what would this or that space be good for storing?
  • go through my calendar and list things I do over a week or month, and start from that
  • list visible things in each room that I “never” touch

This is suddenly feeling a bit overwhelming. How would you tackle this?

80% Capacity [en]

These last weeks I’ve been obsessing over queuing theory. Well, actually, about how queuing theory can help me deal with my hyperactive calendar. Want to read up? link 1, link 2, link 3, link 4. I’ll read them too – when I have time (haha).

Seriously, what I have no understood is that I need to keep at least 20% of “unallocated” time. The queue is in my head and in my to-do list. Get back to such-and-such about having lunch together. Plan this or that activity. Buffer time means flexibility and higher reactivity. Does it mean I will have to do less? Maybe. Or not. Because time is what time is. I’m using it up anyway, whatever I do with it. So: I’ll probably be doing as much, but differently.

Which brings me to the fundamental question of what I want to spend my time doing. What’s important? What gets priority? In this episode of Hidden Brain, there was mention of an exercise in which the subject counted how many times they had done a certain valuable activity, and how many times were left in their lifetime. In this example, it was eating with their parents. Realising there was a finite number of opportunities for this valuable moment helped them prioritise this commitment.

As I was trying to figure out how to do deal with my ever-longer list of interests and activities, I stumbled upon this article (this was before the queuing theory lightbulb) which lead me to a “needs assessment” tool. That was interesting: what are my core needs, and how does the stuff I do fit in fulfilling them? Am I spending a lot of energy on stuff that doesn’t fulfil them? That was good food for thought.

Anyway, I’ve now understood I need to make space in my calendar. At least a “me time” evening per week. (Not that easy when I already have judo on Monday and Friday, and singing on Wednesday.) Also, how about keeping a Saturday a month to deal with domestic affairs? That’s not free time, but it’s a class of activities I should reserve time for. And maybe I should have a week-end a month without any plans? Does being at the chalet count as a plan? (I’m afraid it probably does…)

I’ve been reconnecting with my desire to “design” my living space so it can serve me better. I’ve two weeks set aside for that in October, and enough ideas to keep my busy two whole months. I’ve started doing a little planning so I can adjust my expectations and have a chance of seeing them squeeze into reality.

I have a very hard time with the concrete step of keeping time free in my calendar. Each empty evening, each free week-end day is courted by a long list of candidates who would like to make good use of this time. I struggle. I try to resist. Sometimes I manage.

Example: this week-end, I had a plan with a friend. A two-day plan. It was fun and exciting and we were looking forward to it. Unfortunately we miscommunicated and it fell through (no hard feelings on either side). My initial impulse was to recycle the plan with somebody else. Who would I extend the invitation to? I managed to stop and breathe before sending out messages. I have been over-busy these last weeks, I haven’t cleaned my flat since I got back from holidays, I am like butter stretched over too much bread, as Bilbo Baggins would say.

I decided to wait, digest the disappointment of the canceled plan. Maybe I could still do something Saturday – not a two-day thing, but something on my list of fun activities to do with people? I sent out feelers.

I started thinking about what would be reasonable. Oh, reasonable! Of course, have a quiet week-end at home. I have a big pile of admin tasks screaming at me (I’ve been putting my hands over my ears for the last few weeks), and did I mention how dirty my flat was? Oh, and maybe just having some downtime would be nice.

I realised that one of the reasons I was tempted to organise a “fun activity” to make up for the cancelled one was that I wasn’t certain that I would be able to give myself “off time” if I stayed home. My whole week-end could disappear in tasks like cleaning, laundry, tidying, shopping, doing the dishes, paying bills, getting back to people, ordering stuff, planning the next weeks and my holidays…

I finally managed to go the “quiet week-end” route. The more I thought about it, the more the prospect of being able to clean my flat felt attractive. I made a deal with myself: do my “stuff” in the morning, and take time off in the afternoon. I managed (made good progress on the puzzle you can see – finished it tonight).

It felt really good to have time to tidy things up. It’s nice to be in a place that is at least minimally clean. My conscience is lighter, having knocked off a couple of admin emergencies from my list (there are more). I’m hanging on to this feeling so that when comes the time to decide what I’m doing with my next weeks and week-ends, I remember that this is also something I want to do – not just wandering around mountains, hanging out on the lake, being with people, putting together jigsaw puzzles or reading a book. (And I could go on.)

Layer one: remember “domestic time” and “me time”.
Layer two: add in “buffer time”.

This feels stressful. It feels like I won’t be able to do everything I want to do and enjoy doing. But I’m hanging in there and trying to ignore that feeling.

La file d’attente [en]

C’est l’histoire d’une file d’attente. Il y a du monde dedans. Certains attendent patiemment, d’autres essaient par tous les moyens de passer devant. Il y a des silencieux et des bruyants. La file est longue, longue, elle s’Ă©tire Ă  l’infini. Je n’en vois jamais le bout. Les gens passent Ă  mon guichet, mais rien n’y fait, la file d’attente ne raccourcit pas.

La file d’attente, c’est une mĂ©taphore pour mes dĂ©sirs et obligations, mes projets, mes tĂąches et mes rĂȘves, mes envies et mes devoirs. Aussi longtemps que je m’en souvienne, aussi loin que remontent mes souvenirs d’en avoir la conscience, cette file d’attente a toujours Ă©tĂ© interminablement longue. Longue et dĂ©courageante. A quoi bon s’activer, puisque je n’en verrai jamais le bout?

Je n’arrĂȘte pas de penser Ă  cette histoire de file d’attente depuis qu’un collĂšgue m’a parlĂ© de “Queuing Theory”, et que j’ai lu cet article (en allemand svp!): Warteschlangen Theorie – Der Fluch der Auslastung und Überoptimierung.

Ce qu’il faut retenir: quand on est “occupĂ©/bookĂ©” Ă  80%, il y a dĂ©jĂ  une file d’attente. Et ensuite, plus on charge l’agenda ou le programme, plus la file d’attente augmente – de maniĂšre exponentielle.

J’ai bien compris ça au travail, oĂč je prĂ©serve des moments “sans meetings”. Quand j’Ă©tais jeune adulte et chef scoute trĂšs (trop) investie, je me souviens aussi que j’avais bloquĂ© dans mon agenda des soirĂ©es “je suis prise”, pour m’Ă©viter de me retrouver avec des sĂ©ances ou des engagements tous les jours de la semaine. Voyez, ça remonte Ă  loin mon histoire avec la surcharge d’activitĂ©s.

Mais c’est dur, bon sang, de prendre une pause quand la file d’attente s’Ă©tire jusqu’Ă  l’horizon. De dire “non, pas lĂ ”. De regarder l’agenda pour tenter d’y glisser (au chausse-pied souvent) quelque chose que j’ai envie de faire, et de garder des pages blanches.

PremiĂšrement parce que j’ai besoin de pages blanches, de temps morts. DeuxiĂšmement parce que pour pouvoir gĂ©rer un peu la file d’attente, gĂ©rer la vie qui arrive, le temps qui ne s’Ă©coule pas Ă  la vitesse prĂ©vue, avoir un peu de spontanĂ©itĂ© et suivre l’impulsion du moment, il faut de l’espace. Du temps blanc.

Je comprends bien le cercle vicieux de l’agenda surbookĂ©: plus il est bookĂ©, plus les choses prennent du temps. Les gens sont Ă©nervĂ©s d’avoir passĂ© tant de temps dans la file d’attente, et ils sont plus difficiles au guichet. Comme ils savent que la prochaine occasion ne se prĂ©sentera pas avant un moment (refaire la queue? vous imaginez?) ils en profitent pour tout dĂ©baller.

L’article que j’ai lu dit d’ailleurs que dans le monde professionnel, les personnes et ressources importantes (pompiers, mĂ©decins des urgences, dirigeants) ne devraient avoir un taux d’occupation de leur temps que de 50 Ă  60%. En tant que patronne de ma vie, ce serait donc ça que je devrais viser, plutĂŽt que 80% – ou les quasi 100% actuels.

Quarante pour-cent, c’est deux cinquiĂšmes. C’est deux soirs de libre par semaine. C’est presque un jour de week-end sur deux sans projets. J’ai le coeur qui tremblote rien que d’y penser.

On va y aller pas Ă  pas, d’accord?

Coming Back After A Break [en]

It’s never easy to come back after a break. To “start again”, once more. Especially when the break wasn’t intentional.

I never think “oh, I’m going to go a few months without writing or blogging”. Or “I’m going to stop judo for 6 months”. Life happens, and time goes by, and there we are.

As always, the easiest way back is to take the path of least resistance: in my case, when it comes to blogging, writing about coming back.

You know the meme: “My brain is like an internet browser. I have 17 tabs open, 3 of them are frozen and I have no idea where the music is coming from.” That’s it, and it’s not just my brain: my life is like that.

Hyperactivity tends to fill up calendars and keep one running around. Medication for ADHD is (literally, for some people) life-saving but it doesn’t change who we are: it makes the challenges that come with the condition more manageable.

In my case, I have discovered, with medication, that I have better control on being able to make myself do things. I can plan things for my day and follow the plan. I can make long(ish) term projects without feeling deep despair. I am “able to do” much more easily, and therefore spending much less of my time bogged down by my executive disfunction, less of my time worrying about what is wrong with me or feeling distressed because I don’t understand why certain parts of my operating system seem broken or buggy. As I’ve written a few times, I now feel like I have admin rights to the operating system of my life, and it’s great.

But the flip side is that I still want to do as many things as before. And I’m actually doing more than before. But even with my new-found power to “do”, I cannot do all the things. My wants are too numerous for the time and energy life puts at my disposal.

So I’ve been running a lot, doing cool things, resting too (not quite enough, but decently enough), and not managing to squeeze writing into there.

I have come to understand, over my many years of writing, that I generally write on impulse. An idea goes through my head, I write. Something pisses me off, I write. I think of something helpful for somebody else, I write. I want to share something with others, I write. I’m upset, I write. Now that my impulse control is better, this need to write is not as strong – which is great, because it means that when something annoys me or catches my attention, instead of having to sit down and write about it for an hour or three, I can “stick to the plan” more or less and get my work done or pay my bills. But it’s also not great, because I haven’t yet figured out where and how to firewall writing time and energy in my life. Because I very much still want to write. I still have ideas, there are things I want to say, to share, to rant (diplomatically) about.

To be able to write, I need to feel that I have enough time to do it. So, clearly, one of the keys is having a less busy schedule. Surprise. Nothing new to see here. I’m working on it.

Also: when I sit down because I have some space where I “could” write, the stuff to write is gone from my brain. I remember, many years ago, keeping a list of “to blog” ideas. It completely backfired because they became “tasks” that I never felt like doing. This is also something I’m looking for the keys to, with my new understanding of how my brain works: how to “generate motivation” for a task I want to do, when the motivation is not there. I watched this video on “jumpstarting” a few weeks back and I think there is something in it. Exploring what I can do with these admin rights, you see.

One thing I know I wanted to write about was my “going to sleep” advice, because it’s a question that comes up here and there, and I have a long list of advice, which would be perfect to collect in a blog post.

I want to write about my holidays walking the Dales Way (without getting stuck processing 1500 photos and without waiting so long that it all fades away). I’ve been thinking a lot about how to manage time and tasks (at work and off work), including how queuing theory can maybe help. (Yes, the article is in German, and I actually read it in German: another thing to write about, my experience with working in a majority-German-speaking environment. Lots of thoughts about that.) Perimenopause and HRT is also a topic that is on my radar, as is, of course, a lot of stuff about ADHD. Turning 50. And more, but my brain is drawing blanks right now (I had a very long day on Wednesday and I’m still recovering).

Are you a reformed “impulse writer”? How did you manage the transition? How do you “generate motivation” when faced with a task you want to do – but you’ve let the fire for it die?

FenĂȘtre de tolĂ©rance Ă©motionnelle: comment me ressourcer? [en]

Mon retour d’Inde a Ă©tĂ© (est?) difficile. Aujourd’hui ça va – en fait, depuis une petite semaine, “ça va”. La semaine derniĂšre j’ai galĂ©rĂ©, par contre. Et depuis, je rĂ©flĂ©chis pas mal, non pas Ă  ce qui fait ou a fait que ça va pas, mais Ă  ce que j’ai fait, ou comment ça se fait, que j’ai rĂ©ussi Ă  me sortir du fossĂ© oĂč j’Ă©tais embourbĂ©e.

En fait, Ă  un moment donnĂ©, je me suis souvenue que j’avais une boĂźte Ă  outils (cognitive) pour faire face au type de situation oĂč j’Ă©tais coincĂ©e. Je l’ai mise en action, et ça a tout de suite Ă©tĂ© mieux – mĂȘme si Ă©videmment, globalement, ceci reste une pĂ©riode difficile. C’est un schĂ©ma que je connais, Ă  part ça: aller mal et n’avoir plus aucune conscience qu’on sait faire des choses pour aller mieux. La boĂźte Ă  outil n’existe plus, comme les lĂ©gumes au fond du bac en bas du frigo. Si je le vois pas, c’est pas lĂ .

J’ai eu une discussion fort enrichissante lors de ma sĂ©ance en dĂ©but de semaine Ă  As’trame. Petite parenthĂšse, cette fondation ne s’adresse pas qu’aux enfants, et en ce qui me concerne je suis enchantĂ©e par leur accompagnement. Si je devais rĂ©sumer cette discussion, pour ce qui nous intĂ©resse ici, elle portait sur l’idĂ©e de la fenĂȘtre de tolĂ©rance Ă©motionnelle, et sur identifier les choses qui me ressourçaient.

La mĂ©taphore de la fenĂȘtre de tolĂ©rance Ă©motionnelle (window of tolerance) est intĂ©ressante et me permet de mettre des mots sur quelque chose que j’avais de la difficultĂ© Ă  exprimer jusque-lĂ . Ce sentiment de ne pas avoir “d’amortisseurs”, ou de rouler sur les jantes, les pneus usĂ©s jusqu’Ă  ne plus ĂȘtre lĂ , et donc de ne pas avoir la capacitĂ© Ă  faire faire ou “gĂ©rer” les Ă©vĂ©nements un peu contrariants de la vie.

L’idĂ©e est la suivante (si vous googlez vous allez trouver ce concept proposĂ© en 2019 Ă  un peu toutes les sauces, y compris pseudoscientifiques; j’ai mis deux liens plus haut qui me semblent pas trop mal): il y a une zone dans laquelle on arrive Ă  rĂ©guler correctement ses Ă©motions. C’est la fameuse “fenĂȘtre”. Hors de cette zone, on n’arrive plus, ou pas assez bien, on peut avoir le sentiment que l’Ă©motion prend le dessus et on tombe soit d’un cĂŽtĂ© “hyperactivation” (crise de colĂšre ou de panique par exemple, “ON”), soit “hypoactivation” (dĂ©pression, engluement… “OFF”). La largeur de cette fenĂȘtre peut ĂȘtre variable selon les individus (merci la loterie et les alĂ©as de la vie) et aussi selon les pĂ©riodes, suivant ce qui nous arrive. J’ai trouvĂ© un article avec des illustrations/schĂ©mas un peu parlants.

Donc lĂ , clairement, je suis dans une pĂ©riode oĂč ma fenĂȘtre de tolĂ©rance Ă©motionnelle n’est pas trĂšs large. Ma tolĂ©rance au stress ou aux contrariĂ©tĂ©s est trĂšs limitĂ©e. Il suffit de pas grand chose pour que je “dĂ©gringole”. Clairement, un deuil, ou la rĂ©activation de celui-ci, ça fait rĂ©trĂ©cir la fenĂȘtre. Avec le temps, mais aussi avec certaines activitĂ©s, elle va tranquillement s’Ă©largir. Mais ce n’est pas un processus linĂ©aire.

La question suivante c’est donc: quelles sont les choses qui, pour moi, permettent d’Ă©largir cette fenĂȘtre? En somme, les choses qui me ressourcent? J’avais toujours eu du mal avec cette question, “qu’est-ce que tu fais pour te ressourcer”, parce que je ne comprenais pas bien ce qu’on entendait concrĂštement par “se ressourcer”. Maintenant, si on dit “se ressourcer = Ă©largir la fenĂȘtre de tolĂ©rance”, ça me parle beaucoup plus. (On pourrait discuter: est-ce Ă©largir la fenĂȘtre, ou revenir dedans quand on en est sorti? et est-ce qu’on y revient de la mĂȘme façon si on a filĂ© du cĂŽtĂ© “hypo” ou “hyper”? Laissons ça de cĂŽtĂ© pour le moment.)

J’ai donc commencĂ© Ă  faire un inventaire de ces activitĂ©s. L’une d’entre elles, un peu surprenante, c’est de faire un puzzle, par exemple. La semaine passĂ©e j’ai eu une impulsion soudaine de dĂ©marrer un puzzle, et quelques heures aprĂšs je me sentais dĂ©jĂ  bien mieux. Pourquoi? Que s’est-il passĂ©? Comme je le comprends, j’Ă©tais dans un Ă©tat Ă©motionnel qui n’Ă©tait pas gĂ©rable pour moi. Je ne voulais plus sentir ce que je sentais parce que c’Ă©tait “trop”, et je n’arrivais pas Ă  en faire quoi que ce soit si ce n’est rester bloquĂ©e dans une spirale descendante. En faisant un puzzle, je sors de cet Ă©tat “figĂ©”, parce que c’est une activitĂ© facile pour mon cerveau, qui demande de la concentration mais qui est trĂšs rentable niveau gratification: les couleurs, le toucher, et surtout, trouver deux piĂšces qui vont ensemble! C’est donc une activitĂ© qui me demande trĂšs peu d’effort Ă  initier, qui est active, gratifiante, et m’aide Ă  prendre de la distance avec mes Ă©motions.

Sinon, clairement, les activitĂ©s sportives “intenses” comme le judo, le ski, la voile dans certains contextes, ça permet d’une part de me dĂ©penser physiquement (et les Ă©motions… c’est physiologique!) et en faisant une activitĂ© qui m’oblige Ă  y consacrer mon attention. Quand je suis en train de combattre au judo, je laisse toutes mes prĂ©occupations du moment au vestiaire. Je n’y pense pas une seconde. En combat, on ne peut pas ĂȘtre distrait: on se fait tourner. Et avec les annĂ©es (30 ans bientĂŽt) il y a un ancrage qui se fait: personnellement, dĂšs le moment oĂč je me change et oĂč je suis sur les tapis, je suis, par habitude, en “mode judo”. Le ski, comme j’aime skier, vite, c’est similaire. Si je ne suis pas ultra concentrĂ©e, je risque la chute. Je suis donc 100% concentrĂ©e sur ce que je fais, ma trajectoire, les sensations corporelles, etc.

Marcher en montagne ça le fait aussi, ĂȘtre dehors, dans la nature, avec de grands espaces autour de moi. Un bain chaud, un massage, un hammam, les bains thermaux – plus directement corporel, mais ça le fait. Ecrire, Ă©videmment, et aussi les moments de lien et de partage vĂ©ritable, oĂč je peux ĂȘtre entendue. Un peu de mĂ©ditation, une turbo sieste, de la relaxation. Il y en a peut-ĂȘtre d’autres mais maintenant que j’ai compris de quoi on parle, je vais enrichir mon inventaire.

Il y a des activitĂ©s que j’aime mais qui ne me ressourcent pas, ou pas toujours. Le chant par exemple, ou voir du monde. Les jeux de sociĂ©tĂ©, j’adore, mais aprĂšs je suis Ă©puisĂ©e dans la tĂȘte. Faire Ă  manger, j’aime mais ça ne me ressource pas. Ça fait quelques annĂ©es que j’ai mis ensemble que le fait d’aimer quelque chose ne signifie pas qu’on se “ressource” ou qu’on en sort en Ă©tant “mieux” aprĂšs. Avant, je n’avais pas fait ce lien. C’est important.

Aujourd’hui j’ai une journĂ©e assez libre devant moi, et je rĂ©alise, en contraste avec mes journĂ©es tranquilles au Rajasthan, que j’ai du mal Ă  vraiment ralentir, me poser et “dĂ©brancher” (mon cerveau des soucis de la vie). Et je me demande pourquoi. Et j’ai une piste. Ici, je n’arrive pas Ă  ne pas avoir en tĂȘte la liste interminable des choses que je devrais ou pourrais faire. Il y a la poubelle Ă  vider, un peu de vaisselle Ă  faire, la lessive, le coin du couloir Ă  ranger, la valise Ă  finir de ranger, l’autre coin ici Ă  ranger (en gros tout l’appart est Ă  ranger), faire des choses pour dĂ©corer mon lieu de vie et le rendre plus accueillant, chaleureux et agrĂ©able, du courrier Ă  ouvrir, des photos Ă  regarder et avec lesquelles jouer (je n’aime plus dire traiter ou trier), quelques soucis sur mon site web Ă  gĂ©rer, des vidĂ©os Ă  faire pour DiabĂšte FĂ©lin, une pile de documents Ă  complĂ©ter, je pourrais sortir faire une promenade, ah oui descendre au bord du lac voir le bateau aprĂšs tout ce gros temps, faire les courses, planifier les prochaines vacances, regarder ma sĂ©rie, aller au cinema, pourquoi pas, enfin commander les cartes de crĂ©dit avec cashback dont m’a parlĂ© mon pĂšre, organiser une aprĂšs-midi jeux de sociĂ©tĂ©, rĂ©organiser les armoires de la cuisine, les habits pour la saison froide, acheter ou louer des skis… Ça vous fatigue, tout ça? Eh bien moi aussi.

Donc, mĂȘme quand j’ai dĂ©cidĂ© de prendre une journĂ©e tranquille pour me relaxer, je n’arrive pas Ă  ne pas “voir” tout ça. Je lutte contre une paralysie du choix, soit je fais des trucs utiles et je me suis pas ressourcĂ©e, soit j’essaie de me ressourcer mais je culpabilise de ne pas avoir avancĂ© sur toutes ces choses que j’ai Ă  faire.

Au Rajasthan c’Ă©tait simple. J’Ă©tais en vacances, physiquement loin. Sur le menu, je pouvais: prendre des photos, sortir me balader, m’Ă©tendre sur mon lit en Ă©coutant un podcast si j’Ă©tais pas trop en forme, regarder mes photos, Ă©crire, attendre le repas suivant…

Je pense qu’il me manque des outils, par lĂ , ou que je n’ai pas encore bien trouvĂ© comment adapteur ceux que j’ai Ă  cette situation. Je sens que c’est Ă  chercher en direction de la restriction – je fais ça quand j’ai une “obligation de productivitĂ©” et que je n’arrive pas Ă  dĂ©marrer sur quoi que ce soit: au lieu d’essayer encore et encore, je me donne 15 minutes avec timer pour essayer, et si ça ne marche pas, je laisse tomber jusqu’Ă  l’heure suivante (ou la journĂ©e suivante, la semaine suivante). Donc lĂ , pour crĂ©er un contexte oĂč je me sens plus libre de faire des activitĂ©s ressourçantes, inventorier/limiter les activitĂ©s productives que j’ai le droit de faire dans la journĂ©e? Je rĂ©flĂ©chis Ă  haute voix en Ă©crivant, c’est gentil de me tenir compagnie.

Aujourd’hui par exemple: la lessive et les courses, c’est assez obligatoire que je les fasse. Et les poubelles. Ce week-end il faut que j’ouvre mon courier et probablement que je fasse un peu d’administratif. Les autres choses, mĂȘme la valise Ă©ventrĂ©e dans ma chambre Ă  coucher, ça peut attendre. Le bateau, ce serait quand mĂȘme bien que j’y passe. Samedi je suis au chalet toute la journĂ©e pour m’occuper du jardin avec mon frĂšre. Donc je pourrais dire, aujourd’hui je fais la lessive, les courses, les poubelles et je fais un crochet au bateau en allant aux courses. Dimanche, je fais 1 Ă  2h d’admin et c’est tout. Et le reste du temps, je n’ai pas le droit de faire des choses “productives”. Ça me stresse, l’idĂ©e de procĂ©der comme ça, je vous dis pas! C’est pas Ă©vident de trouver l’Ă©quilibre entre “j’ai besoin de faire des activitĂ©s qui me ressourcent” et “j’ai besoin de diminuer ma pile de “je devrais” pour me sentir moins stressĂ©e et sous pression.

Sur ce, je vais chercher une photo sympa et sans rapport pour illustrer cet article, et aller mettre ma lessive. Puis je vais dĂ©marrer un nouveau puzzle. Ah ben voilĂ : je vais vous mettre en photo le puzzle que j’ai terminĂ© hier, celui qui m’a aidĂ©e Ă  sortir de mon trou. Je sais, il manque deux piĂšces. C’est triste mais ça ne me sort pas de ma fenĂȘtre de tolĂ©rance Ă©motionnelle!

Leaving India Again [en]

I’ve gone back and forth between Switzerland and India a dozen of times now. It’s funny, people think I’m a big traveller because “India”, but actually, aside from a handful of countries in Europe and a few trips to North America, it’s pretty much the only place I’ve been.

Leaving India has always been hard for me, as far as I can remember. In 2000 I had built a life there, I was 25, leaving people I loved and had a real connection to behind, heading back to a life in Switzerland which had gone on without me, where my parents had separated and my heart had finished being broken during my absence.

I’ve been going through some of my old posts to see what I’ve written about this in the past. It’s funny (and unsettling) to see how some of my memories from 20 years ago have warped. I can imagine as years go on, I’ll be happier and happier to have this written account of bits and pieces of my life. This is from 2004, my second trip back, and so is this post. (I’d forgotten how “dramatic” my journey home in 2001 had been.) In 2004, I was obviously planning to come back as soon as I could, but it would be 7 long years before that happened. 2011 was particularly difficult as Bagha had died shortly before my trip. 2012 had me writing about it again. And so on.

This time, grief and travel are also on the platter. Grief over my stepmom’s death but also not having the time I was so looking forward to with Aleika. It was a short trip for me, two weeks. I wasn’t in a very good place when I left Switzerland, I did manage to get a breath of fresh air in Rajasthan, but it was too short, and now I’m flung back where I was, struggling to find my balance, unpack my suitcase, reconnect with work and loss.

My stepmom would have liked Rajasthan. But she’s not there to hear about it, and I felt that acutely during my trip. I would have liked to show her things. I think that for me, a large part of the pleasure of travel is sharing it with others. And that went and pressed painfully on my loss.

I don’t like transitions. I never have. They’re always stressful. The added understanding I have about certain specificities of how I function, since diagnosis, have helped me make sense of this. There’s maybe a little personal history in there too, but mainly, I just think that context changes are hard for me. I know it’s often hard for people to understand how I can react and perform well in a crisis (talk about a change in context) but simply taking myself from home-in-my-flat to home-in-the-chalet can be complicated. But that’s how it is. And India-to-Switzerland is definitely a major transition, loaded with history af good-byes with no certainty about the future.

One thing India has maybe also brought me that I struggle to find here is a different pace of life, a different sense of time. In my life here, I find it difficult to slow down. Even when I try to slow down, I’m still running around, still putting myself under a lot of pressure to do a lot of things (desired and less desired). In India, there is more waiting, there is more lateness, there is more unexpected that makes planning complicated (so you do it less), things take more time. At least, that’s what I experience. In India, I get a lot of downtime. Now, is it India or is it holidays? The two are linked, anyway. Leaving India behind when I return from a trip is also leaving behind a certain taste of life that I need more of here, but so often fail to achieve.

My body is slowly drifting back to Switzerland. I didn’t get up too early this morning, and as I write, the clock is ticking and it’s going to be time to get ready for work. I’ll leave these words here, and thank you for reading – and thank this trip to India for reconnecting me to my blogging keyboard again.

La fin en vue [en]

On sait tous comment c’est. Le dĂ©but des vacances, les jours s’Ă©tirent et le temps ralentit. Et soudain, on se retrouve presque Ă  la veille de rentrer, un peu dĂ©sorientĂ© et dĂ©paysĂ©, Ă  se demander si le monde normal de “Ă  la maison” existe vraiment.

Demain, je rentre à Sonipat. Une nuit et un jour là-bas, puis direction Delhi pour prendre mon avion au milieu de la nuit, trÚs tÎt dimanche matin. Cela fait bien une semaine que je ne sais plus quel jour on est. On est jeudi, mais ça ne veut plus rien dire.

Juliette Armanet chante “c’est la fin” en boucle dans ma tĂȘte. Je pense Ă  toutes les choses que je n’aurais pas faites durant mon sĂ©jour, tous ces possibles qui ne se sont pas rĂ©alisĂ©s, je m’exerce Ă  “lĂącher”. Des choses que je pensais ramener, bijoux, tissus, et autres peut-ĂȘtre, pour lesquels il me semble maintenant dĂ©raisonnable de fournir l’effort, au risque de regretter plus tard, de me dire “j’Ă©tais lĂ , j’aurais quand mĂȘme dĂ» profiter”. Les habits que je voulais acheter avant-hier (ou Ă©tait-ce hier?) et que j’ai remis au rayon car les cabines d’essayage n’avaient pas de lumiĂšre (nuit noire) et que ma capacitĂ© Ă  communiquer avec le personnel du magasin n’a pas suffi Ă  les faire marcher, ou apparaĂźtre, et aprĂšs avoir attendu et attendu j’ai cru comprendre qu’Ă  midi il y aurait la lumiĂšre, et je n’allais pas attendre lĂ  une heure dans ce magasin-fournaise alors que mon idĂ©e initiale Ă©tait de rentrer dans le magasin, trouver 2-3 trucs, essayer, acheter, rentrer. J’accepte relativement bien tout ça.

Mais c’est la fin. Je ne l’ai pas vu venir. On est jeudi soir, dimanche matin je suis de retour Ă  Lausanne, quelques heures de dĂ©calage horaire perdues en l’air entre Delhi et Zurich.

Me suis-je assez reposĂ©e? Ai-je assez rĂ©cupĂ©rĂ©? Y a-t-il un bilan Ă  ces vacances qui ont dĂ©marrĂ© par un changement d’aiguillage assez brutal? Ai-je fait ce qu’il fallait? Vais-je revenir dans ce coin du monde un jour, ou est-ce que je quitte Ă  tout jamais le Rajasthan, cette ville, ces gens? Vais-je rĂ©ussir Ă  ramener dans ma vie en Suisse un peu de ralentissement, de sĂ©rĂ©nitĂ©, d’Ă©quilibre? Non pas que j’idĂ©alise mon temps ici, je ne veux pas croire ou faire croire que j’ai trouvĂ© la paix et la sĂ©rĂ©nitĂ© ou un rythme de vie que je pense transposable en Suisse dans une vie professionnelle active, mais j’ai pu reprendre contact avec un certain goĂ»t du temps qui passe, du faire, de l’ĂȘtre, qui m’ont un peu manquĂ© ces derniĂšres annĂ©es dans ma vie, et je rentre avec l’espoir de rĂ©ussir Ă  me servir un peu dans cette petite boĂźte Ă  Ă©pices indienne que reprĂ©sente cette dizaine de jours Ă  Nawalgarh, et aussi la crainte d’Ă©chouer complĂštement Ă  cela.

Les phrases longues c’est pour vous montrer comment c’est dans ma tĂȘte.

J’ai peur d’arriver Ă  la fin, alors que je suis dĂ©jĂ  sur le seuil. La fin, comme la fin de la vie, c’est clore, c’est dire adieu Ă  tous les potentiels, Ă  tous les possibles. Quand on meurt, la somme de notre vie est faite. Elle est entiĂšre. Elle est comme elle est, ou plutĂŽt a Ă©tĂ©. Il n’y a plus de marge de manoeuvre pour changer, pour ĂȘtre autre chose, faire autre chose, surprendre ou se surprendre, dĂ©cevoir ou ĂȘtre déçu.

Loin de moi l’idĂ©e de mettre sur le mĂȘme plan deux semaines de vacances et une vie qui s’achĂšve, mais le mĂ©canisme de clĂŽture est lĂ  aussi. Tant que les vacances sont encore en cours, leur sens n’est pas complet. Elles peuvent encore apporter ceci ou cela, donner l’opportunitĂ© de faire, d’observer ou d’accomplir – de mettre du sens dans cette parenthĂšse au milieu de la vie ordinaire. Une fois que c’est fini, une fois dans l’avion du retour, l’histoire est Ă©crite, la piĂšce est jouĂ©e, ce qui est fait est fait et ce qui n’est pas fait n’est pas fait. On peut tirer un bilan. On n’est plus dedans, on est dehors, Ă  chercher Ă  faire sens, peut-ĂȘtre, mais ça ce n’est plus du vivre, c’est de l’analyse, du commentaire, de l’interprĂ©tation, du discours sur. Un voyage qui se termine, c’est un espace qui se ferme. Un dĂ©lai avant lequel il reste encore un peu de temps pour quelque chose, qui rĂ©veille dĂ©sagrĂ©ablement en moi ce sentiment d’urgence de vivre dont je parlais hier.

Comment faire, pour vivre ce jour qui vient comme s’il pouvait ĂȘtre suivi de tant d’autres, alors que je sais pertinemment que c’est le dernier? Aujourd’hui, alors que j’Ă©tais couchĂ©e sous mon ventilateur entre un repas et une sieste, j’Ă©coutais un Ă©pisode du podcast The Pulse: How We Talk About Death. Il y a une histoire qui me prend Ă  rebrousse-poil, mais qui me fascine aussi, parce que ça va tellement Ă  l’encontre de mes croyances sur le monde que je me demande si je ne suis pas en train de rater quelque chose. Ce couple, dont l’un des deux est HIV+, qui se rencontrent dans les annĂ©es 90, et vivent ensemble 30 ans sans jamais avoir les fameuses discussions sur la mort qui est Ă  l’horizon, restant sciemment dans le dĂ©ni en quelque sorte, et malgrĂ© les alertes, les hospitalisations, les “ça n’a pas passĂ© loin”, continuent Ă  vivre comme si cette Ă©pĂ©e de DamoclĂšs n’Ă©tait pas lĂ  – une formule qui leur a fort bien rĂ©ussi, semble-t-il.

Alors, en continuant avec mon parallĂšle douteux entre les vacances et la vie, la fin du voyage et la mort, est-ce que j’arrive Ă  vivre demain matin comme si je ne rentrais pas? A ne pas voir ce mur dans le temps devant moi, Ă  me balader en ville comme si je pouvais y revenir demain? Est-ce souhaitable? Qu’est-ce qui me retient?

Je ne sais pas.

Avoir le temps [en]

J’ai toujours vĂ©cu avec un sentiment d’urgence vitale. LittĂ©ralement. Il y a tant de choses que je souhaite faire (hyperactivitĂ©, allĂŽ) et nous ne sommes pas Ă©ternels (j’ai appris jeune que chacun pouvait mourir demain). Il y a en moi une Ă©norme pression interne Ă  “profiter de la vie”, “faire”, accomplir des choses afin que ma vie ait un sens. Un sentiment de “pas assez de temps”, qui se manifeste Ă©galement par une absence d’envie de dormir, une activitĂ© que j’ai tendance Ă  percevoir comme du “temps perdu”.

Tout ceci est pas mal pourri, Ă©videmment, et certainement le rĂ©sultat de la combinaison entre TDAH et parcours de vie. Maintenant, j’ai quand mĂȘme du recul par rapport Ă  ça, et il y a eu du changement depuis que je suis sous traitement. J’aime beaucoup plus mes nuits, par exemple, et comme j’arrive effectivement Ă  “faire” plus, je me sens beaucoup mieux par rapport Ă  ma vie. Mon angoisse existentielle a Ă©galement largement disparu. Auparavant, j’avais dĂ©jĂ  compris que cette pression Ă  faire et profiter me paralysait, et m’empĂȘchait ironiquement de “profiter” de ma vie. Pourri, je vous ai dit.

Il y a quelques mois, mon chef m’a posĂ© une question dont la rĂ©ponse Ă©tait Ă©vidente pour moi, mais qui m’a permis de vraiment expliciter un aspect de mon fonctionnement. Il m’a demandĂ© si, dans une situation oĂč j’avais du mal Ă  avancer sur une tĂąche, un peu de pression supplĂ©mentaire m’aidait ou non. Clairement, cri du coeur, la rĂ©ponse est non. En fait je me mets dĂ©jĂ  une Ă©norme pression interne pour Ă  peu prĂšs tout (y’a quelque chose Ă  Ă©crire lĂ  au sujet du perfectionnisme et de ses manifestations), et comme dit plus haut, plus le stress grimpe, plus la pression augmente, plus je culpabilise de ne pas faire (“assez” – et je vous laisse imaginer Ă  quelle hauteur est la barre) et moins j’arrive Ă  faire. Typique des mĂ©canismes de procrastination, typique TDAH.

LĂ  oĂč je suis le plus capable de produire, c’est quand il n’y a pas de pression (“il faut faire”) mais de la motivation interne (“j’ai envie” ou “c’est important”). Cette motivation interne, c’est une sorte de cri du coeur (“impulsivitĂ©/impulsion” si on veut un vocabulaire un peu plus scientifique) qu’il m’est difficile de commander. C’est lĂ  oĂč c’est pas lĂ . C’est “on” ou “off“. Qu’est-ce que j’aimerais en avoir la clĂ©! A nouveau, avec mon traitement c’est plus nuancĂ©, et c’est plus facile qu’avant d’accomplir des choses pour lesquelles je n’ai pas une grande motivation. Je suis moins susceptible d’ĂȘtre embarquĂ©e par mes Ă©lans Ă  des moments moins opportuns, aussi. Je peux rĂ©sister.

Un domaine oĂč je vois ça trĂšs fortement Ă  l’oeuvre, c’est dans la crĂ©ation de vidĂ©os et de documentation pour la communautĂ© DiabĂšte FĂ©lin. Si l’Ă©lan est lĂ , hop, je fais une vidĂ©o ou je passe 3 heures Ă  Ă©crire, et c’est fait. Mais si l’Ă©lan n’est pas lĂ , j’ai beau me rappeler que cette tĂąche est importante pour un projet global qui me tient Ă  coeur, ça ne prend pas. Idem pour l’Ă©criture. Les rares fois oĂč j’ai Ă©crit dans le cadre d’un mandat oĂč il fallait produire, c’Ă©tait vraiment pĂ©nible. Par contre, quand j’ai une idĂ©e pour un article, hop, j’Ă©cris, et voilĂ .

Comme mon chef l’a trĂšs bien rĂ©sumĂ©: le management par objectifs, c’est pas trop pour moi. Ce qui peut ĂȘtre difficile Ă  comprendre, toutefois, c’est que si les objectifs et la pression ont tendance Ă  me “casser”, je fonctionne plutĂŽt bien face Ă  une bonne situation de crise (mais une vraie, pas une fabriquĂ©e: l’importance et l’urgence doivent ĂȘtre une Ă©vidence).

Depuis quelques annĂ©es, j’Ă©cris moins. D’une part, depuis que je ne suis plus indĂ©pendante, je me suis retrouvĂ©e avec la prioritĂ© soit du travail pour un employeur, soit de la recherche d’emploi. Et prĂ©-diagnostic, il faut bien l’avouer, je n’allais pas super bien. Depuis mon diagnostic, aussi (ou peut-ĂȘtre mĂȘme avant? c’est dur de s’y retrouver dans les annĂ©es qui passent), je ressens moins le besoin d’Ă©crire. J’ai beaucoup Ă©crit pour me comprendre, comprendre le monde, digĂ©rer des Ă©motions. J’ai beaucoup Ă©crit car ça bouillonnait Ă  l’intĂ©rieur et j’avais besoin de poser quelque part une information qui me tenait Ă  coeur ou une prise de position. J’ai moins ça, maintenant. Une part le traitement, mais une autre part, dĂ©jĂ  lĂ  je pense, simplement l’Ăąge et peut-ĂȘtre un peu de sagesse et de maturitĂ© qui vient avec. J’ai bientĂŽt le double de l’Ăąge que j’avais quand j’ai ouvert ce blog. Plus du double de quand j’ai dĂ©marrĂ© ce site.

Mais aussi, je rĂ©alise de plus en plus, parce que pour Ă©crire (et faire certaines autres choses que j’aime), j’ai besoin d’avoir le temps. J’ai besoin d’avoir du temps ouvert devant moi. J’ai besoin de ne pas sentir le poids des choses Ă  faire, de ne pas avoir un temps limitĂ© Ă  disposition. Je suis sĂ»re que pour certains d’entre vous, ça semble complĂštement anodin de rĂ©aliser ça. La rĂ©alisation c’est une chose, rĂ©ussir Ă  en faire quelque chose, Ă  mettre en pratique, c’en est une autre. Comment, dans mon quotidien surchargĂ© (pas que d’obligations, aussi de choses que j’ai choisies et que j’aime), est-ce que je m’octroie suffisamment de temps ouvert pour qu’Ă©merge l’Ă©lan de vouloir? Parce que voici quelque chose qui ne marche pas: me dire, allez, cet aprĂšs-midi je ne m’oblige Ă  rien, donc je vais pouvoir prendre le temps d’Ă©crire, ou alors de lire, ou alors de trier mes photos… Ça ne suffit pas.

Ici, en Inde, en vacances, voilĂ  que je retrouve ça. L’Inde est un pays rempli de temps morts, de chaleur qui cloue sur le lit sous le ventilo, de digestion capricieuse qui oblige Ă  rien faire, d’imprĂ©vus et d’annulations, de moments dans la journĂ©e oĂč tout s’arrĂȘte, soi-mĂȘme y compris. Ce n’est pas pour rien que j’ai Ă©normĂ©ment Ă©crit et lu en Inde. Les vacances, c’est bien aussi. On est hors du quotidien, on laisse nous soucis derriĂšre nous, pour autant que les vacances soient assez longues et qu’elles comportent assez d’espace pour se laisser vivre.

Je suis ici depuis 10 jours. Dix jours, un dĂ©but chaotique avec des projets de vacances annulĂ©s dans des circonstances difficiles, un changement radical de programme, et lĂ  une semaine, Ă  une demi-heure prĂšs, que j’ai posĂ© mes valises Ă  Apani Dhani au Rajasthan. Durant mon trajet en voiture depuis le Nord de Delhi, je me suis dit “ah! je vais pouvoir Ă©crire!” et j’ai mĂȘme enregistrĂ© 45 minutes de notes sur le dĂ©but de mon voyage, Ă  dĂ©faut de pouvoir directement sortir mon ordinateur dans la voiture pour me mettre Ă  taper. Au final, ce n’est qu’avant-hier que l’Ă©lan d’Ă©crire est arrivĂ©, aprĂšs quelques premiers jours un peu trop actifs et un ralentissement soudain imposĂ© par mon systĂšme digestif (rien de grave… juste le truc qui assomme et fait rester allongĂ© sous le ventilo en attendant que ça passe…).

Quelle est la recette? Quelles sont les “conditions-cadre” (si vous avez bossĂ© en Suisse allemande vous apprĂ©cierez la rĂ©fĂ©rence) pour que j’aie envie d’Ă©crire, et Ă©crive? Est-ce rĂ©alisable avec moins de deux semaines Ă  disposition, en Suisse ou quelque part de plus proche? Pourquoi est-ce que des fois ça vient, des fois pas?

Une autre chose pour laquelle j’ai pu apprĂ©cier de prendre du temps c’est de trier et retoucher les photos que je suis en train de prendre ici. Comme j’avais “tout le temps du monde”, j’en ai aussi profitĂ© pour apprendre Ă  utiliser certaines fonctions de Lightroom que je ne connaissais pas (il y en a tellement). Qu’est-ce que c’Ă©tait agrĂ©able de pouvoir trainouiller Ă  essayer des choses, sans la culpabilitĂ© d’avoir le sentiment que je “perds mon temps”!