Poétique [en]

Il y a du doute
Il y a du vide
Comme un grand trou
Derrière mon âme

Un recoin sombre
Où vit une ombre
A-t-elle une forme?
A-t-elle un nom?

L’ombre, le trou
Ne sont en fait
Que la nausée
Du temps qui passe

*

Il est rentré, pourtant.
La peur au ventre
Ne sachant trop bien quoi attendre
Il marche les lieux familiers
Un sourire l’éclaire mais ses beaux yeux s’embrument
Dans son coeur la chaleur
Mais aussi le grand froid
Le froid du souvenir qui a perdu son âme
Du lieu tant aimé maintenant déserté
Oui! car se sont bien les gens,
Les personnes les visages leurs souffles et leurs bras
Amis chers ou passants en l’absence desquels
La ville n’est plus qu’une pauvre coquille
Dans laquelle on voudrait retrouver la chaleur
De la vie vécue mais perdue à  jamais.

Lecture [en]

IUCAA, 14 août 01, 23h00

Je suis en train de lire Si c’est un homme de Primo Levi. Récit de camp de concentration, lecture difficile — peut-être à  cause d’une sensibilité fragilisée par ce voyage — durant laquelle j’ai dû quoi qu’il en soit à  plusieurs reprises poser le livre quelques minutes avant de pouvoir continuer mon chemin à  travers ces mots disant tant de souffrance et d’humiliation.

Le plus dur est ce constat de Primo Levi qui se dessine au fil des pages: ce n’est pas le meilleur qui survit au camp, ni le plus digne, ni le plus courageux. Le camp pervertit l’humanité, et pour y survivre, il faut intégrer cette perversion. Etre un bon travailleur de camp qui “fait ses heures” et “se contente de sa ration”, c’est se destiner à  finir plutôt tôt que tard sous forme d’un petit tas de cendres. Les valeurs morales de notre société ne peuvent plus s’appliquer, et c’est le règne de la dé-solidarité.

Primo Levi attribue les principales raisons de sa survie à  la chance et au hasard, et même si au fond je sais à  quel point le hasard joue dans nos vies, je ne peux me résoudre à  l’accepter. Je crois bien trop fort que nous sommes maîtres de nos destins, et que le cas échéant, une providence doit veiller sur nous. Le fait que la vie ou la mort dépende du hasard me révolte.

Mis à  part le fait qu’en tant que femme, j’aurais eu bien peu de chances de finir dans un camp de travail, je ne peux m’empêcher de me demander si donné les circonstances, j’aurais fait partie des élus ou des damnés. Et bien pire, je ne puis décider ce qui eût été préférable…

IUCAA News [en]

IUCAA, 14 August 01, 7:30 p.m.

As I was coming back from Ambedkar Chowk with Nisha, I saw Suvarna on the doorstep of her house. It’s a bit strange to visit the Shinde’s in “Suvarna’s house” and to see her in “theirs” – but actually no more stranger than being here without Aleika and her family, pets included.

So I dropped in for a chay at Suvarna’s, we had a little chat and she showed me her colour TV, her kitchen racks and her cooler.

It’s nice to be able to do some actual conversation with Nisha, now that my Hindi has improved enough to really allow it. We used to communicate in a mixture of her broken English and my non-less-broken Hindi . which was fun though, in some way.

She told me that Taramai’s mother/in/law died a couple of months ago. Though I had never seen her myself, I had heard about her from Aleika, who had told me about this shrivelled old lady who lived on a bed in the room at the back of Taramai’s house, and who looked a hundred years old. With her husband gone as well, Taramai is now the “queen of the house” (although also a widow, of course, which means a lot more in India than in the West), which Nisha says she is quite happy about. Now, there is nocertainty about this next piece of news, but she might even get a flat in the new appartment block they have started building just next to her basti.

Bonne surprise [en]

IUCAA, 14 Août 01

Contre toute attente, je me retrouve en Inde comme un poisson dans l’eau. Tout est revenu en un instant – et j’en suis ravie. La seule chose pénible est de me promener dans IUCAA sachant que bien des gens que j’appréciais et qui faisaient mon petit monde dans cet endroit n’y sont plus.

Contrairement à  il y a deux ans, je me sens agréablement en contrôle de la situation. Je mange chez Nisha et Shinde, j’ai ma petite chambre toute simple et propre dans la résidence des étudiants, je sais où je vais, ce que je fais et qui je suis (ce qui, comparé à  mon état il y a bientôt une petite éternité, n’est pas peu de chose).

Lors de ma première visite, j’aurais sans doute touvé ma présente chambre très fruste. Les fenêtres ne ferment pas à  cause de l’humidité, les velcros des moustiquaires des fenêtres sont cuits, le lit est petit et dur, il y a un tapis d’une propreté douteuse à  côté de celui-ci, et pour couronner le tout la moustiquaire fournie avec la chambre comportait des trous et était trop courte pour rester sagement rangée sous le matelas.

Mais à  présent, rien de tout cela ne me gêne. Je remarque au contraire que les murs et les draps sont propres, qu’il y a des fenêtres qui pourraient se fermer, qu’il y a même des moustiquaires sur celles-ci, qu’un diffuseur anti-moustiques et une moustiquaire pour le lit sont gracieusement fournis par la maison, que le ventilateur tourne sans bruit, qu’il y a un “cooler”, que toutes les ampoules fonctionnent, que les WC sont européens et propres, qu’il y a un pommeau de douche et de l’eau chaude, un bureau, une table de nuit et même un balcon.

Autrement dit, je suis vraiment bien logée, et je me sens même capable de l’apprécier.

Quant à  la moustiquaire, un peu d’insistante souriante mais ferme, suivie d’un petit baat-cit en hindi avec le garçon dépêché pour résoudre le problème ont suffi pour m’en obtenir une nouvelle.

Dans quelques jours, j’en suis sûre, j’aurai eu l’occasion de refaire le tour de mon territoire en ville (enfin, de ce qu’il en reste après un an de constructions et de destructions urbaines) et de m’habituer à  ce nouvel IUCAA qui sera mon “chez moi” durant ces dix prochains jours.

Ma famille adoptive me manque, cependant – et me trouver ici ne fait que rendre ce manque plus présent.

Arrival [en]

IUCAA, 14 August 01

The journey to Pune was rather uneventful – which is good. Bombay, seen by night from the rainy sky, consists of patches of blurred flickering orange lights. Landing there has something to do with entering the uncharted territories: all the rules our world goes by are abandoned behind in the plane, and one is left alone to face India.

Nevertheless, I was very satisfied to find myself immediately at home. No stress, no worries (even when we had to change busses because there were only four people travelling to Pune). It was as if I had never left the country.

Going through the arrival section of Bombay International Airport for the second time in my life, I was capable of understanding how this place had managed to paralyze me two years ago. Not only is it very Indian – it is actually “nasty Indian”. Not pretty for the least, unfinished, frightening. As if they had done it on purpose to scare the poor first-time foreigners out of their wits.

It was nice arriving in IUCAA and seeing Nisha and Shinde. I had a nap in my comfortable (by indian standards, of course, but I can appreciate that) hostel room, and was woken up by a shrieking telephone at the very worst moment possible of my sleep.

You know – that moment where sleep is deep, in which some loud persistent sound rips unconsciousness open and sees you stagger across the room to the source of the disturbance, completely disoriented, not knowing where you are and what language you are supposed to be speaking. Then follows the half-awake nausea which grumbles deep inside: “This is too hard, I was better in the land of dreams, let me escape reality for just a little longer…”

IUCAA without most of the people I know is starting to hit me. I keep expecting to bump into all these people who used to live here 18 months ago. No Aleika, no Taramai, no Bagha, no Suketu… It-s a bit spooky, and I’m not sure I like it.

Monsoon never makes things any better either – it’s simply dreary.

Départ [en]

Vol KLM pour Amsterdam, 13 août 01

La suisse est belle vue d’en haut. Le Lac Léman, le Rhône — qui, on a bien tendance à l’oublier, file plutôt vers le nord à la sortie du lac — le Jura sous mes pieds et les Alpes blanches en arrière-fond. Le Lac de Neuchâtel est immense — bien plus que sur les cartes.

Ce départ vers l’Inde me renvoie inévitablement à celui d’il y a deux ans. Mon année dans ce pays, si elle a été très enrishissante et source de grandes joies, a aussi été passablement traumatisante. L’Inde n’est pas un pays où il est facile de vivre.

Un an après mon retour, je suis consciente que je me suis souvent blindée pour survivre émotionellement. Je me rends compte que mon départ de suisse, mon arrivée en Inde et mes premières semaines là-bas ont été bien plus pénibles que ce que je pensais sur le moment. Sur place, j’ai du faire face à la mort de mon chat (ce qui n’était pas une petite affaire), à des problèmes sentimentaux de taille, et à la séparation de mes parents. Et pour couronner le tout, le moment de rn entrer est venu lorsque j’étais bien installée dans une petite vie sympathique, avec des gens que je considère comme ma deuxième famille.

Et il ne s’agit là  que de mon histoire personnelle – je vous épargnerai tout le chapitre du choc culturel

Bref, tout cela pour dire que j’ai plus que certainement un nombre respectable de unresolved issues (comme on dit en anglais) liées à  l’Inde, et que mon retour dans ce pays est en train de me donner l’occasion d’y faire face.

Mes craintes liées à  ce voyage sont assez vagues – comme toutes les inquiétudes sans trop de fondement, d’ailleurs: peur de ne pas rentrer, peur de ne pas retrouver mon monde intact lorsque je rentre, peur d’être incapable de me sentir bien dans cette culture étrange à  laquelle j’avais pourtant fini par me faire.

Je ne pars que six semaines, mais je réagis comme si je m’en allais pour une année…

Inde [en]

Vous le savez tous, je pars lundi, pour six semaines. Je continuerai à  vérifier mon email et je mettrai à  jour mon weblog avec de croustillants détails de ma vie en asie du sud-est (enfin, j’y compte bien!). En attendant, j’ai découvert pour vous, lecteurs francophones en mal d’écrits de ma part sur ce pays dans la langue de Molière, les notes de voyage de Laurent, que vous trouverez sans doute comme moi fort appétissantes. Régalez-vous!