Minuit — ou Ă Â peu prĂšs. Je me rĂ©veille, interrompant un rĂȘve dans lequel j’ai oubliĂ© de m’inscrire aux examens. Il y a un gros orage dehors.
Je me lĂšve pour fermer la fenĂȘtre et baisser les stores. Ils le sont dĂ©jĂ Â . Un trĂšs gros orage.
Je fais le tour de l’appartement pour baisser tous les stores. J’arrive devant les grandes fenĂȘtres du balcon. Vite, fermer la porte-fenĂȘtre, il y a dĂ©jĂ Â de l’eau dans le salon.
Le tonnerre gronde de façon continue, les éclairs blanchissent le quartier comme des stroboscopes. Le chat et dedans, tant mieux.
J’aime les orages. Je reste devant la grande fenĂȘtre pour regarder. Il y a des seaux d’eau qui sont jetĂ©s sur mon balcon. Les rafales de vent tentent de tuer les arbres. On se croirait sur le pont d’un navire dans la mer dĂ©chaĂźnĂ©e.
Pour la premiĂšre fois de ma vie peut-ĂȘtre, je ne me sens pas rassurĂ©e par ce mĂ©lange hurlant de vent, d’eau et d’Ă©lectricitĂ©. Je comprends ce que ça veut dire, les « Ă©lĂ©ments dĂ©chaĂźnĂ©s ». Je me dis qu’un ouragan ça doit ĂȘtre encore plus fort que cette « petite tempĂȘte », et que ça doit ĂȘtre bien effrayant. J’ai un peu de peine Ă Â imaginer, ça fait dĂ©jĂ Â tellement de bruit.
J’enfile pourtant ma robe de chambre et je vais sur le balcon. J’ai les pieds dans l’eau mais je suis encore relativement au sec. Les Ă©clairs m’Ă©blouissent — en voilĂ Â un qui vient d’Ă©clairer le jardin et l’immeuble d’en face comme en plein jour. Certains Ă©clairs tombent tellement prĂšs que j’ai l’impression de les voir atterrir dans les buissons du jardin, Ă Â portĂ©e de main. Je ne me sens pas en sĂ©curitĂ©. J’ai peur ; je rentre.
Le chat m’attend derriĂšre la porte. Il veut sortir. Je le ramasse dans mes bras et on regarde un petit moment l’orage ensemble Ă Â travers la porte vitrĂ©e. Ă voir sa tĂȘte, je ne pense pas qu’il avait saisi l’ampleur de ce qui se passait dehors. Ăa lui passe son envie d’aller trottiner dans le jardin. Pas con, l’animal.
Une dizaine de minutes plus tard, le vent est tombĂ© et la pluie se fait plus fine. Les Ă©clairs semblent se diriger vers le nord de la ville. J’Ă©cris pour ramener mon taux d’adrĂ©naline Ă Â un niveau acceptable avant de retourner me coucher. Je ne sais pas combien de temps la tempĂȘte aura vĂ©ritablement durĂ©, parce que j’ignore Ă Â quel moment elle m’a rĂ©veillĂ©e. J’imagine que je lirai tout ça demain dans les journaux, ou sur Internet.
Le chat est maintenant roulĂ© en boule paisiblement au bout du lit. Je vais mettre en ligne, boire un grand verre d’eau, Ă©teindre la lumiĂšre et occuper toute la place restante sur ce grand drap rouge.