Où est ma base de données clients? [fr]

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Chroniques du monde connecté: cet article a été initialement publié dans Les Quotidiennes (voir l’original).

On me demandait hier ce que j’utilisais comme base de données clients — ou contacts. La réponse est… rien, vraiment. J’utilise une multitude de canaux de communication pour rester en contact avec les gens qui s’intéressent à mes activités:

L’e-mail, bien sûr, et le téléphone, je les utilise — mais pour des contacts individuels. Et il va sans dire que chaque projet important dans lequel je suis impliqué a également son blog, son compte Twitter, sa newsletter, et une présence sur Facebook.

Dans le métier que je fais, la plupart de mes factures sont pour des mandats ponctuels. Je travaille, ma comptable fait la facture, je l’envoie au client, le client paie, et je passe au suivant. Ma comptable a bien entendu une base de données dans son logiciel de facturation, mais en fait, jamais je ne m’amuse à envoyer des communications à tous mes anciens clients. Erreur peut-être?

Je considère que ceux qui désirent avoir de mes nouvelles ont d’amples sources à disposition pour s’informer, et qu’il vaut mieux leur laisser le choix et la responsabilité du quand et du comment. Philosophie: être présente là où sont les gens. Alors clairement, en étant comme ça “passive” par rapport à ma clientèle, est-ce que je ne risque pas de perdre des opportunités?

En fait, il m’arrive de contacter directement des anciens clients. J’ai un bonne mémoire des noms, et je sais que toutes les personnes avec qui j’ai travaillé figurent quelque part dans ma boîte e-mail. Une petite recherche, et hop, j’ai leurs coordonnées pour les contacter si je le désire. Ça me suffit.

En fait, ma base de données clients, c’est mes e-mails — et dans une moindre mesure le carnet d’adresses de mon téléphone mobile. Particularité due à la nature de mon activité professionnelle, ou tendance plus généralisée qui commence à se manifester? L’avenir nous le dira. Peut-être.

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Parler comme un être humain [fr]

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Dans un article publié hier, Dan Pink (que vous avez déjà rencontré dans ma chronique “Carotte et créativité ne font pas bon ménage“) lance un défi à ses lecteurs: parler comme un être humain dans le monde professionnel.

Il relève le fossé qui existe entre la façon dont nous parlons aux gens qui nous entourent dans un contexte privée et le language utilisé dans le monde professionnel. Un bon exemple est celui des excuses. Qu’est-ce qui vous paraît le plus crédible? “Nous nous excusons pour tout désagrément que ce retard aura pu occasionner” ou “Oh, excusez-moi, je suis vraiment, vraiment désolée”?

Ou bien, si vous ne pouvez pas prendre un appel, diriez-vous quelque chose comme “mon cerveau est en ce moment entièrement mobilisé par une autre tâche; merci de me rappeler plus tard ou de patienter en ligne — votre appel est important pour moi”? Pour ma part, j’opte plutôt pour “désolée, je suis en ligne avec quelqu’un d’autre juste là, est-ce que vous pouvez me rappeler dans une dizaine de minutes?”

Je crois que vous voyez l’idée. La “parler professionnel” crée de la distance entre les gens. Les formules toutes faites, les e-mails de réponse standards, les messages enregistrés dans les files d’attente, les communiqués de presse ou les réponses stéréotypées que nous donne le robot à l’autre bout de la ligne ou au guichet d’information — rien de tout ceci n’est fait pour renforcer les relations entre les gens.

Quand j’essaie de mettre l’accent sur l’importance de l’authenticité dans l’écriture en ligne, c’est à ça que je fais référence. Parler comme des êtres humains et non comme des robots professionnels.

Savez-vous encore le faire? Je suis souvent consternée de constater à quel point la plupart des gens trouvent cet exercice extrêmement difficile.

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Blog à thème ou blog à moi? [fr]

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Quand on fait un blog, vaut-il mieux s’en tenir à un thème donné (la cuisine, la technologie, les papillons, l’Islam) ou faut-il au contraire en faire le reflet de la multitude de sujets qui nous passionnent?

Ceux qui lisent régulièrement mon blog savent de quel côté je penche, mais je crois que ça dépend de ce qu’on recherche: une publication qui montre qui l’on est, ou une qui ait du “succès” (terme fragile et souvent maltraité, à définir délicatement)?

Je lis par périodes le blog de Seth Godin, que j’apprécie particulièrement (il faut d’ailleurs que je me mette à lire ses livres). Hier, au hasard de mes clics, je lis son article “The non-optimized life“. La voilà, cette fameuse clé qui me manquait pour expliquer ce que je fais! Je ne cherche pas vraiment à optimiser mon blog. Je préfère passer mon temps à écrire plus qu’à optimiser. (Aussi, probablement, parce que je suis plus douée pour l’écriture que pour l’optimisation.)

Clairement, un blog à thème va plus dans le sens de l’optimisation: homogénéité du contenu, du public cible. Possibilités de partenariats et de monétisation.

Mais si ce qu’on cherche c’est partager qui on est, ses passions dans différents domaines (admettons-le, les humains sont rarement unidimensionnels), il ne faut pas hésiter, à mon sens, à laisser émerger un peu d’hétéroclite dans ses écrits. Après tout, les catégories d’un blog, c’est fait pour ça, non?

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Foursquare: c'est quoi ce machin? [fr]

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Foursquare… encore un de ces machins sociaux, on n’arrive plus à suivre! C’est assez simple pourtant, et on risque de se prendre vite au jeu.

Le principe:

  • on annonce via Foursquare sa présence dans un endroit donné
  • on ajoute un message (facultatif) si on le désire

L’intérêt? Ah, voilà où ça coince:

  • informer ceux qu’on aura choisis de sa présence ici où là
  • se tenir au courant des allées et venues des uns et des autres
  • se rendre compte qu’on est justement à deux pas de Joséphine, qui se trouve par hasard aussi à Genève aujourd’hui
  • documenter de façon un peu compulsive sa géolocalisation
  • collectionner des badges
  • faire la course à la mairie

Ça ne vous parle pas encore?

La géolocalisation, c’est assez intéressant, parce que ça rend à internet et aux réseaux sociaux la dimension spatiale qui leur fait défaut. C’est le téléphone mobile qui nous permet ça, bien sûr — engin toujours allumé, toujours sur nous, et très localisable.

Foursquare a un goût d’échange de “banalités” à la Twitter/Facebook, mais la ressemblance s’arrête là. C’est un réseau social, oui, voilà.

Ses caractéristiques?

  • connexions symétriques (comme Facebook): personne n’a accès à vos données à moins que vous n’ayez aussi accès aux leurs (et c’est soumis à autorisation, tout ça)
  • contenu: géolocalisation quasi-pure (assortie parfois d’un petit mot style Twitter)
  • dimension ludique: on accumule des points en annonçant sa présence; il y a un bonus si c’est notre première fois quelque part, où si on doit créer un nouveau lieu dans le système (tout travail mérite salaire)
  • ludique toujours, on gagne des badges suivant les caractéristiques des lieux qu’on fréquente (ça va du basique “local” si on fréquente des lieux dans la même ville à “I’m on a boat” si on se connecte sur un lieu décrit par le mot-clé “boat”)
  • ludique encore, la personne fréquentant le plus assidûment un lieu en devient le maire; va sans dire qu’un maire peut être détrôné…
  • “déni plausible”: on peut se connecter à distance, c’est 100% manuel donc il y a des oublis, et on peut même se connecter quelque part sans dire où c’est (“off the grid”)
  • lien avec Twitter et Facebook: possibilité d’y annoncer ses “check-ins” (connexion à un lieu)

Je l’admets, il y a de quoi rester perplexe. Mais ça fait des mois que je fais mes check-ins à droite et à gauche, pourtant…

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La fameuse sphère privée [fr]

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J’ai passé les derniers jours à préparer une formation sur la gestion de la vie privée et professionnelle sur Facebook, en tant qu’employé. Ah, la vie privée! On se lamente sur sa disparition, on se demande si elle rétrécit ou même si elle disparaît carrément.

Un peu paradoxalement, j’ai tendance à vouloir définir que ce qui relève de la sphère privée, c’est ce qu’on n’expose pas en public. Plutôt que de vouloir définir ce qui fait ou non partie de la sphère privée (exercice périlleux, tant les réponses varieront d’une personne à l’autre), simplifions: ce qui est privé, c’est ce qu’on expose pas.

Jules parle de sa vie sexuelle sur son blog? On pourrait dès lors en conclure que celle-ci ne relève pas de sa sphère privée, plutôt que de déplorer le fait qu’il étale sa vie privée (selon nos valeurs) au grand jour.

J’en conviens, cette façon un poil extrêmiste d’aborder le problème coupe l’herbe sous les pieds de ceux qui voudraient débattre jusqu’à plus soif de la triste posture de notre pauvre vie privée, faute d’internet et de Facebook, cela va de soi. Je vous invite à prendre un peu de distance.

La notion de sphère privée est toute relative et personnelle: culturellement, socialement et historiquement déterminée (moderne aussi), on ne peut pas se permettre de parler en absolus. Ma sphère privée n’est pas votre sphère privée. Et ma sphère privée il y a dix ans n’est pas ma sphère privée dans dix ans.

Il faut aussi se demander: “privée face à quel public?” Le public, entité informe et muette (la plupart du temps), on se rend compte à force de trainer sa carcasse à travers les réseaux sociaux année après année, eh bien le public, il est divers, voyez-vous. Les publics. Pas partout les mêmes, changeants, incertains, mais aux couleurs différentes les uns des autres.

Aïe, ça devient compliqué. Vite, rendez-moi ma jolie vie privée toute sphérique!

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La problématique des formations de pointe [fr]

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Depuis que mon expertise en matière de blogs et autres médias sociaux me permet de gagner ma vie, une question revient régulièrement sur les lèvres de mes interlocuteurs: “Mais, tu t’es formée où pour pouvoir faire ça?”

La réponse, c’est à la fois “nulle part” et “partout”. Quand on fait un métier que l’on invente au fur et à mesure, basé sur des technologies qui sont parfois obsolètes en moins d’un an, on ne peut qu’être formé sur le tas. On n’a pas d’autre choix qu’être autodidacte. On fait peut-être un métier comme ça parce qu’on a le goût d’apprendre la nouveauté, celle qui échappe à la plupart des gens car non seulement elle ne se pavane pas au grand jour, mais en plus, il faut l’apprendre par ses propres moyens.

Je me souviens que lorsque je vivais en Inde, on m’avait dit qu’un des grands problèmes du pays était la séparation, instaurée par Nehru si ma mémoire est bonne, entre la recherche et l’enseignement académique. En sciences, en particulier, ceux qui formaient les nouveaux étudiants étaient complètement coupés des nouveaux développements de la recherche, et donnaient depuis des années les mêmes cours désuets.

Cette analyse un peu à l’emporte-pièces a sans doute besoin d’être vérifiée et raffinée, mais je vous la donne comme ça parce qu’elle met le doigt sur quelque chose d’important. Si on ne prend pas soin de relier étroitement ceux qui développent de nouvelles pratiques professionnelles et ceux qui enseignent, on se retrouve dans la situation qu’on connaît en fait fort bien, dans le cas des nouvelles technologies, où les étudiants apprennent des pratiques qui ne correspondent plus à ce que fait le monde professionnel.

Et malheureusement, ce phénomène est inévitable. Quelqu’un qui passe sa semaine à enseigner ne peut pas en même temps la passer à être un professionnel actif dans le monde de l’entreprise. Alors certes, il faut cumuler les mandats, être un peu consultant et un peu formateur, mais encore faut-il que les organismes de formation se prêtent à ce jeu — et dans tous les cas, ce consultant-formateur devra limiter son activité en entreprise (et donc son expertise) pour dégager le temps nécessaire à enseigner. (Je ne mentionne même pas le fait que l’enseignement est en général moins bien payé que le consulting, et que les meilleurs consultants ne sont pas nécessairement les meilleurs formateurs, et vice-versa…)

Voilà la situation. Je n’ai pas de solution magique à proposer. Il y a des structures de formation qui sont conscientes de ces enjeux, comme le SAWI (je vous le mentionne de façon un peu intéressée, vous verrez bientôt pourquoi), qui s’assurent que leurs formateurs sont également des professionnels actifs dans leur branche. Mais toujours est-il qu’en matière de médias sociaux et culture numérique, l’offre en formations de qualité est encore assez pauvre.

Depuis des années, donc, on me demande où on peut se former à toutes ces choses que je fais. Et depuis des années, je réponds “je crois qu’on ne peut pas, en tous cas pas vraiment”. Je ne suis pas omnisciente, bien sûr, et la formation de mes rêves a peut-être échappé à mon attention, mais j’en doute.

La solution? Mettre sur pied moi-même une telle formation, mais oui. Pas si simple, par contre. Si l’idée me trotte dans la tête depuis plusieurs années, impossible à faire seule, et impossible à faire en-dehors d’une structure de formation reconnue.

C’est l’occasion qui nous a été donnée justement par le SAWI, à Geneviève Morand, Bernard Barut et moi-même (Médialogues en parle ce matin). Vingt journées de cours réparties sur une année académique, une brochette d’intervenants internationaux, un projet d’étude individuel à mener, de la pratique, et à la fin, un diplôme de spécialiste en management de communautés et médias sociaux — le tout en français et à Lausanne.

J’arrête ici la page de pub: téléchargez la brochure de la formation ou rendez-vous à la soirée d’information, ce jeudi 24 juin à 18h30 à la Maison de la Communication, si vous désirez en savoir plus.

Quant à moi, je vais enfin avoir une réponse positive à donner à ceux qui veulent acquérir des compétences pointues dans le domaine des communautés en ligne et des médias sociaux!

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Comment approcher les blogueurs [fr]

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Suite à une petite mésaventure de relations publiques que je raconte en détail sur mon blog, voici quelques petits conseils aux entreprises qui désirent nouer des contacts avec les blogueurs potentiellement intéressés à en apprendre plus sur elles.

  • Ne lésinez pas sur le travail en amont pour décider à qui vous désirez parler.
  • Ne faites par l’erreur de penser que tout blogueur parlant des médias sociaux n’attend que de pouvoir rencontrer le directeur de votre entreprise.
  • Communiquez clairement l’objectif de la rencontre aux blogueurs que vous contactez, de façon à ce qu’ils ne risquent pas d’y venir avec de fausses attentes (c’est pire que tout!)
  • Conversez! Parlez avec la personne, pas “à“. (C’est une des bases de la culture blogosphérique, donc si vous passez à côté de ça, votre crédibilité en tant qu’interlocuteur va en prendre un grand coup.) Pas de langue de bois, pas de blabla marketing, pas de recrachage de communiqué de presse. Restez en lien avec votre interlocuteur.
  • Si vous vous plantez, adoptez une attitude constructive et excusez-vous amplement. Certains blogueurs sont susceptibles…

Ceci devrait vous permettre de ne pas faire trop de casse lors de vos incursions dans la blogosphère!

Sur un sujet plus aquatique, j’espère que vous avez tous et toutes remarqué que c’est un équipage presque exclusivement féminin qui a mené Ladycat à la victoire, lors du Bol d’Or de ce week-end! Ça vaut quand même la peine de le relever, non?

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Liste de discussion n'est pas newsletter [fr]

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Malgré tout le foin qu’on fait aujourd’hui autour des médias sociaux, on est loin d’être à l’heure où la participation active de tous en matière de communication numérique va de soi. Exemple: la liste de discussion par e-mail.

Elle n’est pas jeune, la liste de discussion. Elle est même plus vieille que le web. Et pourtant… mes tentatives de mettre en place des listes de discussion parmi des populations “moyennement connectées” se heurtent souvent au fait que les gens peinent à s’imaginer y participer activement — ou alors n’osent pas.

Regardons ça de plus près.

Il y a, tout d’abord, l’omniprésence de la newsletter, forme de mailing-liste dont le propriétaire communique en masse avec les abonnés. Les abonnés peuvent s’ils le désirent répondre au propriétaire de la liste, mais pas aux autres membres. (En passant, la newsletter c’est le scénario “poli”, parce que souvent, les mass-mailings sont gérés de telle sorte qu’il est impossible de se désabonner sans devoir affronter en personne le gestionnaire de la liste.) La newsletter éclipse tant sa petite soeur la liste de discussion que les gens sont “formattés” à voir les communications par e-mail à de multiples destinataires comme étant à sens unique, et sont tout surpris quand ils apprennent qu’ils pourraient eux aussi écrire à tout ce monde.

Ensuite, il y a le fait que la liste de discussion représente, malgré son caractère purement numérique, une prise de parole en public. Ceux d’entre nous qui avons l’habitude d’enseigner, d’animer ou diriger des groupes, de nous exprimer dans les médias, ou d’intervenir comme orateurs oublions facilement à quel point la prise de parole publique ne va pas de soi pour la grande majorité des gens. Il ne faut pas, à mon avis, sous-estimer cette difficulté.

Troisièmement, il y le frein qu’à défaut de mieux, je nomme “ça n’intéresse personne” ou “ça n’intéresse pas tout le monde”. C’est l’idée si quelqu’un n’a pas absolument besoin de savoir quelque chose, eh bien, il est plus prudent d’éviter de lui donnere cette information. Pour éviter des ennuis, ou simplement éviter de fatiguer notre interlocuteur. On ne communique que ce qui est nécessaire: cloisonnement et rétention d’information, avec en prime une conception du destinataire un peu “pauvre victime” qui ne saurait pas se défendre contre un déluge d’informations qui ne lui sont peut-être pas capitales.

La philosophie de communication accompagnant internet et les médias sociaux, sans aller nécessairement jusqu’à la transparence radicale et absolue, est assez différente: à moins qu’il soit dommageable de diffuser cette information, diffusons-la donc! En tandem avec des outils qui permettent de filtrer l’information ainsi diffusée ou d’attirer à soi celle qui nous intéresse, le résultat est une communication bien plus fluide et productive.

Finalement, il convient de noter que dans notre utilisation des technologies de la communication plus “classiques”, les échanges se limitent généralement au dialogue. Les conversations à plus que deux sont rares. Téléphone, SMS, tout se limite à la communication entre une personne et une autre. L’adoption d’une nouvelle technologie est facilitée par l’existence de comportements compatibles soutenus par des technologies existantes. Ici, on a peu de points de repères pour les échanges entre de multiples personnes se trouvant au même niveau — sauf peut-être la réunion. Du coup, la liste de discussion met les gens dans une situation sociale avec laquelle ils sont peu familiers.

Voilà le problème posé. Après, il faut y chercher des solutions, et ça, c’est une autre paire de manches… pour une prochaine semaine peut-être!


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Vie privée: "Big Brother" contre "ta mère sur Facebook" [fr]

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Le thème de la vie privée en ligne (ou son absence) est plutôt présent ces jours. Facebook, oui, bien sûr. Je vous ai déjà dit que ça me sortait un peu par les oreilles, ces histoires de vie privée, partiellement parce qu’on ne cesse de me questionner sur le sujet (enfin là on cesse, enfin, ouf) et partiellement parce que je pense qu’une fois encore, on se fait un peu mousser pour rien.

Je m’explique.

La “problématique” de la vie privée en ligne se résume à mon sens en deux volets.

Premièrement, celui que j’appellerais “ta mère/ton boss sur Facebook“. Dans les espaces numériques semi-publics, il n’est pas toujours aisé de garder à l’esprit qui a accès à quoi. On ne comprend pas bien comment fonctionnent les droits d’accès. On oublie que les objets numériques sont infinement copiables et diffusables, acquérant par là une forme d’immortalité.

Du coup, on s’attire des ennuis parce qu’on publie dans un espace plus public qu’on ne l’imaginait des informations que l’on aurait souhaité garder un peu plus privée. On fait des choses bêtes comme se plaindre amèrement de son travail sur Facebook alors que son patron y a accès. On pense que son mur est visible uniquement aux amis, alors qu’il s’étale sous les yeux des amis d’amis (autant dire “tout le monde”). On voit ressortir des photos de jeunesse publiées à l’époque sur un forum peu fréquenté, et qu’on avait complètement oubliées entre-temps.

Vous voyez l’idée?

Deuxièmement, “Big Brother“. On confie à des entreprises ou des institutions (même des gouvernements) une quantité effrayante d’informations à notre sujet, et l’on peut craindre qu’il en sera à un moment donné fait mauvais usage. Facebook et Google s’en servent pour nous mettre des pubs ciblées sous le nez, mais ça peut aller plus loin. 1984 est loin derrière nous, mais le spectre de Big Brother est encore bien présent.

Même si ces deux problématiques se rejoignent par endroits, je crois qu’il est important de les distinguer dans nos discussions autour de la vie privée en ligne. A mélanger les deux, on plaque sur des incidents genre “ton directeur sur Facebook” les peurs de Big Brother, alors qu’on paie par carte de crédit sans sourciller depuis des années, que Cumulus et Supercard se tiennent bien chaud dans notre portefeuille, que nos banques sont informatisées depuis belle lurette, nos dossiers médicaux sont en bonne voie de le devenir, et qu’on parle régulièrement de vote électronique.

Vous voyez où je veux en venir? On a deux poids, deux mesures pour notre peur de Big Brother: on flippe dès qu’il s’agit d’internet, alors qu’on n’y pense même plus pour les actes quotidiens que l’on fait depuis des années. Et en ligne comme hors ligne, les garde-fous sont avant tout juridiques et règlementaires, avant d’être technologiques — ou même éducatifs. A mon avis, donc, pas mal de bruit pour rien, surtout s’il provient de personnes qui sortent sans hésiter VISA ou Mastercard. Il faut en parler, certes, mais s’alarmer, c’est plutôt contre-productif.

Je pense que la problématique “ta mère sur Facebook”, par contre, est à prendre beaucoup plus sérieusement qu’elle ne l’est. Nous avons un besoin urgent d’apprendre à vivre dans ces espaces numériques semi-privés, où notre intuition ne nous sert malheureusement pas tellement. La solution, là, est de l’ordre de l’éducation — et je peux vous dire, il y a du boulot.

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Kickstarter: un modèle pour financer les projets créatifs [fr]

[en] I write a weekly column for Les Quotidiennes, which I republish here on CTTS for safekeeping. This one is about Kickstarter -- and I strongly encourage you to back my friend Suw Charman-Anderson's Argleton project (writing, bookbinding, and geo-location game all in one!)

Chroniques du monde connecté: cet article a été initialement publié dans Les Quotidiennes (voir l’original).

Dans ma chronique de la semaine dernière, je vous invitais à écouter Dan Pink parler de motivation. Je résume très grossièrement: une fois que la paie pour une tâche (ou un travail) règle les préoccupations monétaires de base (avoir “assez d’argent pour vivre”), ajouter plus d’argent à l’équation tend à réduire la qualité et l’efficacité du travail (à moins que celui-ci soit de nature purement mécanique ou machinale). Les véritables motivateurs sont intrinsèques (autonomie, maîtrise, sens).

Je vois ceci appliqué pratiquement un peu partout sur le web et dans mon milieu professionnel. De ma décision personnelle (et celle de bien d’autres!) de ne pas avoir de tarif horaire à des projets comme Kickstarter, le message est clair: du moment qu’on s’y retrouve financièrement, c’est autre chose qui nous pousse à faire ce que l’on fait.

Je voudrais m’arrêter aujourd’hui quelques instants sur Kickstarter (et ses frères). Etes-vous le genre de personne qui rêve d’entreprendre un projet créatif (écrire un livre, faire un film, partir en reportage à l’autre bout du monde, enregistrer un album, ou développer un programme extraordinaire…) — seulement voilà, pour réaliser votre projet, il vous faudrait prendre trois mois de congé non payé ou réduire votre pourcentage de travail, ce que vous ne pouvez pas vous permettre?

Kickstarter prend quelque chose qui existe (le mécénat collectif, le soutien financier de parents, amis et fans) et le formalise. Voici comment ça marche:

  • le porteur de projet inscrit celui-ci dans Kickstarter
  • il définit le montant dont il a besoin pour pouvoir mener à bien son projet, et une date-butoir
  • il crée un certain nombre de “packs”: par exemple, si vous contribuez 5.- ou plus au projet, vous recevez une version électronique du livre, si vous contribuez 50.-, vous recevez une copie du livre autographiée, etc. (c’est là qu’il faut être créatif!)
  • les personnes désirant soutenir un projet font une promesse de versement via le site
  • dès que le montant total de financement est atteint, toutes les versements promis sont débités (ainsi, les “backers”, comme le site les appelle, ne risquent pas d’investir de l’argent dans un projet qui ne verra pas le jour)

Bien entendu, il n’y a rien de magique là-dedans: il faut un bon projet, convaincre autrui d’y contribuer financièrement, et remercier correctement les contributeurs. Parmi bien d’autres, Robin Sloan a trouvé près de 600 personnes pour soutenir l’écriture de son petit roman Annabel Scheme. Quatre étudiants en informatique récoltent près de $200’000 (20 fois plus que ce qu’ils attendaient) afin de pouvoir consacrer leur été à la finalisation de diaspora, un réseau social décentralisé qui se présente comme une alternative ouverte et non-commerciale à Facebook.

Et sans grande surprise, dans ces deux projets (et bien d’autres que vous trouverez), le produit final est mis gratuitement à disposition au public.

A ceux qui se lamentent sur la désagragation des modèles économiques traditionnels des “industries créatives” (quel oxymore!), il y a à mon avis beaucoup d’inspiration à trouver pour l’avenir dans des initatives comme Kickstarter.

Update 31.05.2010: mis en route ce dimanche par mon amie Suw Charman-Anderson, un projet d’écriture et de jeu collectif à soutenir: Argleton.

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