Article "weblogs" et construction de l'histoire [en]

A lire, l’article de Chryde sur Les blogues, la deuxième jeunesse d’Internet [pdf].

J’amorce de ce pas une petite réflexion sur la construction de l’histoire (inspirée j’en conviens de certaines constatations sur l’inceste bibliographique, faites en travaillant sur mon mémoire).

Tout article sur les weblogs qui paraît à  présent nous sert la distinction “weblogs technologiques” versus “warblogs”, et insiste sur le tournant du 11 septembre. Mis à  part le fait qu’on ne se lasse de répéter encore et encore l’importance de cette date charnière pour les weblogs, et donc qu’on asseoit ainsi à  chaque itération la vérité de cette affirmation, je ne suis pas convaincue qu’elle mérite toute l’attention qu’on lui donne.

J’étais au milieu du monde des weblogs avant, je suis encore au milieu après, et je ne vois pas vraiment de différence. De plus, le 11 septembre, c’était il y a bien peu de temps pour vouloir en faire de l’histoire…

Est-ce qu’on ne pourrait pas arguer que le discours “meta-webloguesque” au sujet des warblogs est un même, comme disent nos amis anglophones? Une idée séduisante qui se répète d’article en article, mais dont la source est toujours de seconde main? Une légende urbaine du journalisme ou de la recherche académique? Ne sommes-nous pas en ce moment même en train d’assister à  une construction de l’histoire des weblogs en affirmant l’importance de ces warblogs et du 11 septembre dans leur développement?

Oui, je sais, l’histoire est toujours construite.

Science des religions n'est pas théologie… [en]

Je fais des études en histoire et sciences des religions. La plupart des gens à  qui je le dis s’imaginent tout d’abord que j’étudie la théologie. Ce n’est pas la même chose.

Quelques réflexions tirées du dernier cours d’epistémologie en science des religions, qui a eu lieu aujourd’hui.

  • La science des religions est non-apologétique.
  • Elle n’a pas de visée eschatologique ou sotériologique.
  • Elle vise à  une transparence de méthode.
  • C’est une approche qui est le produit d’une culture occidentale et judéo-chrétienne.
  • C’est une discipline scientifique qui vise à  une certaine objectivité (avec les réserves détaillées ci-dessous).
  • Discipline en phase d’émancipation (de la théologie en particulier), elle tend à  se définir par la négative: elle n’est pas de la théologie, elle n’est pas de l’anthropologie religieuse, elle n’est pas de la sociologie de la religion…
  • De même, elle peine à  définir son objet (les “religions”).
  • La science des religions vise à  produire un discours “de l’extérieur” qui soit la transposition d’une compréhension “de l’intérieur”.

Ce désir d’objectivité (bien légitime), visant à  produire un discours qui soit détaché de toute appartenance religieuse, pose problème. Tout discours est idéologique – même celui des sciences dites “exactes”.

Même si je n’ai aucune affiliation religieuse, cela me met dans une certaine classe d’appartenance religieuse. L’exemple de cela que j’aime à  donner est celui de l’athéisme – c’est une prise de position idéologique aussi forte que l’adhérence à  une religion ou à  une croyance.

Ce désir d’objectivité paraît aujourd’hui ne pouvoir être exaucé que par cette transparence de méthode que j’ai mentionnée aussi: je dis qui je suis, comment je procède, ce que je veux montrer – je mets tout sur la table afin que l’on puisse me suivre.

Je ne veux pas débattre ici de terminologie. Que l’on dise histoire des religions, science(s) des religions, histoire et science(s) des religions, history or religions, ou encore religious studies… je considère pour le moment que si on parle de la même chose, il est inutile de nous battre sur les termes.

Vacances [en]

Les vacances s’étiraient interminablement devant et derrière elle. Une grande plaine de vide, morne et grise.

Elle avait épuisé les activités qu’elle pouvait mener d’elle-même. Elle avait ralenti et n’attendait plus que la rentrée, là , dans plusieurs semaines.

Tout serait simple. On lui dirait quoi faire, elle le ferait, on serait content d’elle, elle serait heureuse en retour. C’est important de faire pour quelqu’un.

Sans le regard des autres, d’ailleurs, elle n’existait pas vraiment. C’est pour cela qu’elle n’aimait pas l’été. Trop long, trop vide, plus personne ne la regardait.

Vivre [en]

Ce n’était pas vraiment son intention. Il voulait faire bien. Arriver quelque part. Il voulait son nom dans la tête des gens – ou peut-être sur une couverture de livre. Laisser une trace, c’est important.

Mais la vie a ses lois. Elles sont dures. Si on ne les écoute pas, on n’arrive nulle part.

Les années derrière sont vides, et il n’a que peu d’espoir pour celles qui viennent. Il ne veut pas porter tout ce poids. Il voudrait que les choses se fassent d’elle-mêmes.

Mais elles ne se font pas. Les années derrière le lui rappellent. Ni femme ni enfants, ni vrai métier, quelques amours ébauchées au passage.

Ce n’est que maintenant qu’il commence à  s’en rendre compte. Sa vie n’appartient qu’à  lui. Il en est le roi. Mais il ne veut pas de cette couronne. Elle est lourde et fatigante, parfois.

Ce n’était pas son intention d’en arriver là . En fait, ce qu’il a toujours voulu par-dessus tout, c’est de ne jamais en arriver là . Ne jamais avoir à  regarder ce qu’il n’a pas fait, ce qui ne s’est pas passé. Ce qui ne se passera pas. Le chemin qui se ferme avant qu’il ait pu y mettre pied.

Elle marche dans sa vie comme la reine qu’elle est. Saluant la foule au passage, son regard s’attardant sur les champs et les villes qu’elle gouverne. La couronne pèse agréablement sur sa tête et ancre ses pieds dans le sol. C’est à  elle, tout ça. Sa responsabilité, son œuvre, sa victoire.

Ce ne fut certes pas toujours facile. Il y eut des guerres, des famines, des tremblements de terre. Mais son peuple avait confiance en elle. Elle savait ce qu’il y avait à  faire, et elle le faisait.

Elle a pris les décisions qui étaient les meilleures pour la marche du pays. Il a prospéré, produit du blé de l’or des arts des sciences, exporté ses richesses vers les pays voisins. En échange, les pays voisins lui fournissaient ce dont il manquait.

C’est le moment de partir, maintenant. Elle a accompli sa mission et pris soin de son pays. Sa vie, elle y était. Elle est fière de ce qu’elle a accompli et vécu. Cette vie était bonne, dit-elle. Et ce moment présent, lui aussi, est bon.

Epicureanism [en]

Here is a brief summary of the Epicurean philosophical system (adapted from Long & Sedley, The Hellenistic philosophers).

Epicureanism is divided into physics, epistemology (ie, theory of knowledge) and ethics.

As far as physics are concerned, everything which has independent existence is composed of atoms and void. Our world (and the others out there) is the accidental product of atomic collisions – there is no purpose to it, no creator or controlling deity. The soul is also an atomic conglomerate and perishes with the body.

Cognitive certainty is attainable through a combination of the senses and a set of natural conceptions and intuitions, from which we can infer the hidden nature of things (with varying degree of certainty).

We are capable of structuring our lives autonomously in acordance with the one natural good, pleasure. The pleasantness of life is maximized by eliminating fears of the unknown, recognizing the utility of mutual benefits and non-aggression, as well as mapping out the natural limits of pleasure, any attempt to exceed which is counterproductive (note here the contrast to the meaning we tend to give to “epicurean” nowadays).

The tranquillity of Epicurean enlightenment, complemented by a few simple enjoyments and underpinned by friendship with others of the same persuasion, can emulate even the paradigmatic bliss of the divinities we worship.