Je sais qu’il y a des tas de gens qui font le choix de ne pas stériliser leur chatte “pour avoir des petits”, et qui peut-être ne comprennent pas l’énervement des gens branchés “protection animale” face à ça. Si on est responsable, qu’on soigne bien les chatons, qu’on leur trouve de bons foyers, où est le problème?
Le problème c’est qu’une chatte qui fait des petits, ce n’est pas quelque chose qu’il suffit de considérer de façon isolée. En effet, pour cette chatte-là et ces chatons-là, peut-être que tout va bien.
Mais il faut regarder plus loin que le bout de son nez. Il faut regarder l’écosystème entier auquel prend part la personne qui choisit de faire reproduire sa chatte.
Déjà, il y a le fait qu’il y a des chats errants en Suisse, même si on ne le voit pas tant que ça. Ces chats, souvent, ils étaient à quelqu’un. Juju, il est né dans une famille et il a appartenu à des gens, avant de se retrouver dehors livré à lui-même. Je le sais car si ce n’était pas le cas, il n’aurait pas les bases de sociabilité avec l’humain qu’il démontre tous les jours. Oscar, même histoire. Donc ces chats, ce sont des chats non identifiés qui pour une raison ou une autre, se sont retrouvés à la rue.
J’aimerais insister sur le fait que je ne crois pas que la majorité des chats “abandonnés”, comme on dit, ait été activement et sciemment “mis dehors”. Il y a tellement d’explications: la chute de la fenêtre et le chat qui file et qu’on ne retrouve jamais. Le chat d’intérieur qui fuit par la porte et qu’on ne retrouve jamais. Le chat qui vient de déménager, qui sort trop tôt, et s’installe ailleurs, et qu’on ne retrouve jamais. Le chat pas castré assez tôt (tant Oscar que Juju n’étaient pas castrés) et qui file courir la minette loin, loin de chez lui, et au final ne revient pas, car les minettes en chaleur sont ailleurs. Le chat vagabond qu’on nourrit “comme ça” et qui finit par préférer rester dans le coin plutôt que chez lui – mais c’est pas “notre” chat, alors il devient “le chat de personne”. Je pourrais continuer.
Il y a des chats errants. Il y a des chats en refuge. Des chats qui passent longtemps en refuge (Tounsi y est resté un an avant que je l’adopte, et c’est n’est pas une durée incroyable). Et détrompez-vous: chaque année, il y a des chatons qui peinent à trouver un foyer, parce que passée la fenêtre très courte du “chaton mignon”, eh bien les gens n’en veulent plus, et aussi parce que les refuges et les associations qui placent des chatons ou chats sont peut-être plus regardants que des particuliers qui ont “fait des petits”. Vous savez pourquoi j’ai gardé Juju? Parce qu’au bout de 2 semaines, je voyais son potentiel, ses besoins en matière d’espace de vie, et aussi le travail et les compétences qui allaient être nécessaires pour le resocialiser et lui permettre de surmonter sa peur après des années dehors, et que la conclusion c’était que ce serait moins de travail pour moi de le faire moi-même que de trouver un foyer qui coche les cases.
Tous cas chats, ils viennent de quelque part. Certes, il y a des minettes “ensauvagées” (qui elles aussi, étaient peut-être à quelqu’un, à la base) qui mettent bas dehors, donnant naissance à des petits qui ne seront pas socialisés, pas castrés, pas stérilisés, pas vaccinés, donc un grand nombre mourront (et pas paisiblement) et dont le reste occupe à plein temps les bénévoles des associations qui bossent nuit et jour pour, justement, réduire la quantité de mort miséreuse dans nos champs, nos haies et nos chantiers.
Donc, quand on fait porter sa chatte, on fait “sa part” pour contribuer à surcharger cet écosystème déjà en souffrance. Plus de chatons faciles à adopter, pour des gens qui du coup n’adopteront pas un chat (jeune ou vieux) qui n’est pas né exprès. Plus de chatons à adopter, pas identifiés pour beaucoup, probablement pas stérilisés (parce que ce serait cool de faire une portée à la minette, c’est mignon les chatons), qui peut-être se “perdront” et iront grossir les rangs des “chats abandonnés”.
On fait aussi “sa part” pour alimenter une norme sociale: que c’est OK voire normal de faire porter sa chatte, que la stérilisation c’est pas si important, ça fait des chatons mignons, que franchement les associations et SPA qui font payer (non mais vous vous rendez compte?!) quand on veut adopter un chaton, vraiment, c’est abuser, parce que ma voisine elle les donne, elle.
Et quelque part dans cet écosystème, il y a des chatons dans un sac poubelle.
Voilà pourquoi des fois, on manque de patience avec les gens qui ne voient que les adorables et craquants petits chatons auxquels donnera naissance leur gentille minette.



