Loft Story [en]

Vu pour vous

Profitant d’une de mes rares “soirées télé” (je n’ai pas de télévision chez moi, elles sont donc en effet peu courantes!) j’ai regardé pour vous un épisode de Loft Story. J’étais curieuse, bien sûr, parce que même si on ne regarde pas, on en parle. J’ai donc assisté au “show” du jeudi soir qui a vu la sortie de Kimy (voilà , ça c’était juste pour que vous puissiez situer mon commentaire).

Après avoir lu passablement de Dali ces derniers jours (pour cause d’examen imminent), j’avoue que la question de mise en scène de soi m’interpelle – et c’est cela qui va m’intéresser ici (entre autres).

Loft Story, c’est quoi?

Le principe de Loft Story est le suivant: dans un loft rempli de caméras filmant 24h/24h (en infrarouge également, s’il-vous-plaît!) et truffé de micros, placez onze jeunes célibataires (cinq filles, six garçons) à  la plastique et au caractère de héros de feuilleton. Isolez ensuite le loft du monde extérieur (dans un seul sens, bien sûr). Chaque semaine, les candidats choisissent les deux “malheureux” dont le sort sera soumis au vote du public (l’un des deux sortira du loft – une semaine c’est un garçon, une semaine un fille).

A la fin de l’histoire, il ne restera dans le loft que deux “couples” (si possible avec une belle histoire d’amour en route, tout est fait pour). A la fin des deux dernières semaines, le public votera pour décider lequel des couples gagnera la maison à  trois millions (dans laquelle ils devront vivre durant trois mois, quand même).

Tension, pression, sadisme?

On place en fait les candidats dans un “double-bind” assez puissant: il faut être populaire, mais pas trop. En effet, durant la première partie du “jeu”, ce sont les candidats qui choisissent les deux personnes susceptibles d’être “sortis”. Il convient donc de ménager ses alliances à  l’intérieur du groupe, tout en évitant d’être trop populaire et de passer pour de la concurrence potentielle (il s’agit d’être les derniers sur les rangs et de gagner la maison, tout de même!)

Tout est fait pour mettre les “lofteurs” sous pression, l’idée est bien là . Pas (ou peu) d’intimité, concurrence entre les candidats qui doivent en même temps cohabiter au mieux, déstabilisation de la dynamique de groupe chaque semaine par l’exclusion d’un des participants… Sans compter que jusqu’ici, les spectateurs ont (semblerait-il) privilégié les “sorties” qui justement, penchaient du côté de la déstabilisation. Avons-nous un joli petit couple, pourquoi ne viderions-nous pas une des “moitiés”, histoire de voir?

Je soupçonne un tantinet de sadisme dans cette histoire. Je crois qu’il n’est pas exagéré de considérer que le loft est une prison, même si les candidats y sont de leur plein gré. Ils sont libres de partir, certes – mais il vient un point où la pression du monde extérieur fait que la liberté n’est plus qu’un vain mot. Je crois d’ailleurs qu’on l’a déjà  tous expérimenté personellement à  un moment ou un autre de sa vie (allons… réfléchissez!)

L’homme entre autofiction et authenticité

Pour revenir au point de départ de cette réflexion, disons que les candidats doivent “survivre” à  mi-chemin entre l’autofiction et l’authenticité. Ils sont là  pour vivre ensemble pendant des semaines, mais en même temps il faut jouer un rôle, manipuler son entourage et le public afin de rester dans la course (ou, pour certains, se faire sortir). Ils sont pris entre ce qu’ils sont et ce qu’il faut paraître.

Finalement, ceci ne fait que décrire la situation de l’homme dans le monde. La pure authenticité n’existe pas – il y a toujours en filigrane la conscience du regard de l’autre sur soi. Loft Story amplifie ce phénomène jusqu’à  la caricature, le déformant et le pervertissant (du latin pervertere: “tourner à  l’envers, renverser”).

Le laboratoire et le monde de la vie

Il ne faudrait cependant pas reprendre cet argument pour tenter de justifier la “valeur” (éducative, sociologique, que sais-je) de Loft Story. Celle-ci est uniquement financière et (un peu morbidement) divertissante.

Ce n’est pas en étudiant l’être humain en laboratoire que l’on trouvera les clés pour le comprendre. Un organisme vivant s’adapte à  toute nouvelle situation, à  tout nouvel environnement (sur lequel il peut également agir – plus l’organisme est complexe, plus c’est remarquable… regardez l’homme). Le laboratoire (ou ici, le loft) n’est qu’un nouvel environnement de plus, différent de celui de la “vraie vie”, et dans lequel l’être humain va adapter ses réactions. Les enseignements qu’on tire de l’observation en laboratoire ne sont a priori valable que dans le laboratoire – il faut se garder de les extrapoler sans autre au monde de la vie, ce qui est d’ailleurs fait bien trop souvent et en toute bonne conscience par nombre de chercheurs.

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