Le dimanche perpétuel [fr]

Je viens de faire un petit tour dans le quartier avec mes jambes et mes bâtons. Peu de monde, beaucoup de calme. J’ai toujours aimé les dimanches et les jours fériés, ici, où tout est fermé et rien ne bouge.

Cette période c’est comme un dimanche, mais tous les jours.

C’est trompeur, pourtant. En fait, cette crise n’est pas également distribuée. Elle nous touche tous, nous bouleverse tous, mais alors que certains se trouvent ralentis voire arrêtés, d’autres ne savent plus où donner de la tête. Je pense aux soignants évidemment, mais aussi aux parents télétravailleurs, aux employés des supermarchés, aux profs qui doivent du jour au lendemain apprendre à enseigner à distance (si possible autrement que “je donne des exercices, ils font, je corriger”), à tous ceux dont le revenu est en train de s’évaporer et qui doivent dare-dare trouver des solutions pour payer les employés et les charges, ou simplement remplir le frigo.

On commence à le lire, femmes et hommes ne sont pas non plus frappés équitablement. Les femmes assument la plus grande part des soins et de l’aide à autrui. (Oui je sais qu’il y a des hommes aidants, mais regardons les choses à l’échelle de la population.)

La maladie non plus ne frappe pas équitablement: ça va de rien du tout à la mort, en passant par la petite toux, la vilaine pneumonie et les soins intensifs. Les seniors, les jeunes.

Je vous préviens, je risque de répéter des choses que j’ai déjà dites. Parce que là, j’écris parce que ça me fait du bien d’écrire.

Donc, je reviens de ma petite promenade sous un soleil radieux, sans croiser personne. Paradisiaque pour moi, mais avec un arrière-goût amer parce que je ne peux pas oublier pourquoi la rue est si calme. J’avoue avoir du mal avec ceux qui se réjouissent du confinement ou des conséquences de l’arrêt global de notre monde. Je trouve qu’il y a là quelque chose d’indécent.

Qu’on cherche pour soi du positif, par contre, évidemment qu’il faut. Pour moi, j’avoue que le ralentissement dans lequel on est plongés (tant qu’on ne bosse pas dans un hôpital ou un supermarché ou un service de distribution) m’aide à mieux supporter l’inactivité et “l’inutilité” qui m’accompagne depuis des mois. Donc moi, je le vis assez bien. Et les oiseaux chantent, même si les dauphins ne sont pas en train de se balader dans les canaux de Venise.

Je suis en train de réussir à prendre un peu de distance avec l’océan d’informations dans lequel nous baignons en ligne. J’ai fait du rangement, hier. J’ai décrété que le matin serait consacré autant que possible aux activités hors ligne. J’essaie de me poser la question “qu’est-ce que j’ai envie de faire?” même si ça ne donne généralement pas grand-chose. Je reste fatiguée, et je me demande au bout de combien de doses matinales de 2000UI de vitamine D celle-ci commencera à sortir de ses chaussettes. (Oui, bilan sanguin il y a quelque temps, vitamine D dans les chaussettes, ce qui explique probablement la fatigue que je traine… depuis loooooongtemps.)

Je me demande évidemment quel rôle je joue dans cet écosystème de partages et de communication frénétique. Je lis beaucoup, je partage beaucoup, je commente beaucoup… je me rends bien compte que si pour moi, être informée au max me rassure, pour d’autres, trop d’information est anxiogène. En fait, j’ai aussi mes “infos anxiogènes”: j’évite d’aller lire les récits de gens malades, les témoignages “première personne”… les chiffres, les analyses, les faits scientifiques, voilà ce qui me convient. La détresse à la première personne, j’en reste bien loin. Je sais qu’elle est là et ça m’est déjà assez difficile.

Ces jours j’aime lire Thierry Crouzet, un “énervé” (ses mots) qui écrit et pense bien. Je vous recommande aussi d’écouter les podcasts “Radiographies du coronavirus” (France Culture), un bel exemple de journalisme scientifique avec les pieds sur terre, et “La vie aux temps du coronavirus” (RTS, oui le “aux” me dérange mais c’est comme ça), un peu plus narratif-première-personne, mais qui donne la parole à des spécialistes divers, chaque fois sur une thématique différente. En anglais, il y a “Coronavirus Daily” (NPR), une dizaine de minutes chaque jour pour être à la page.

J’essaie de lâcher face à la chloroquine, à Raoult, aux gants, aux masques portés de travers dans les magasins, aux appels aux tests généralisés alors que c’est juste pas possible. J’essaie de ne pas trop penser aux “anti-vaccins” et à ce qu’on va entendre quand on aura enfin un vaccin contre ce virus. Je n’arrive pas toujours bien. Je me demande comment être utile au-delà de mon entourage immédiat pour notre petit monde romand qui se retrouve trainé de force dans le numérique, bon gré, mal gré. Je découvre le plaisir des appels vidéo, moi qui les snobais plutôt (je préfère mille fois mieux “voir en vrai” les gens). Je m’inquiète un peu pour mon vieux chat qui n’a plus ses traitements “doux” pour son arthrose et commence à peiner en montant et descendant son petit escalier pour accéder au lit.

Mais dans l’ensemble ma vie s’est simplifiée, juste là. C’est comme si la pression de me conformer à certaines attentes concernant comment je devrais vivre ma vie s’étaient envolées. Parce que tout le monde maintenant est en train de faire du mieux qu’il peut, le fait que moi aussi, je suis juste en train d’essayer de faire du mieux que je peux avec ce que j’ai, eh bien ça me pèse beaucoup moins. J’ai plus d’indulgence avec moi-même.

Restez dedans, sauf quand il faut. Restez loin des gens que vous voyez, même si vous les connaissez. Il me semble avoir constaté que les gens restent bien loin des étrangers, mais que cette détermination à maintenir la distanciation sociale se ramollit un peu quand la personne à garder à distance est un proche. Je vois des gens qui se baladent ensemble à moins de 2m, et qui certainement ne vivent pas ensemble. N’oublions pas que chaque “contact” relie non seulement deux personnes, mais toutes les personnes avec qui ces deux personnes sont en contact. L’enfant qui a le droit de jouer avec “un unique copain” et qui ne reste pas assez à distance, eh bien ce sont les deux familles qu’il relie. Ayons conscience de qui on “porte” avec nous dans nos interactions, et de qui ces personnes-là “portent”. Rester dedans règle toutes ces questions.

Should I Stay Or Should I Go [fr]

Chalet ou appartement? Montagne ou plaine? J’ai de la chance que ceci soit ma seule préoccupation vraiment importante en ce moment. “Tout le monde” me dit de rester au chalet. Mais mon appartement est plus grand, j’ai un balcon, de la bande passante, un troisième chat, des tas de choses à ranger… Je pense que ce sera une façon “facile” de m’occuper. Ici évidemment je peux “faire” des choses, j’ai pris mon crochet et mon tricotin mais… comment dire. Ranger me semble plus cathartique.

Aujourd’hui ça va. Hier soir j’ai eu un gros coup de tristesse. Je pense que notre monde ne sera plus jamais le même. J’espère avoir tort, et je suis parfois pessimiste, mais si je n’ai effectivement pas peur pour l’humanité, qui s’en sortira d’une façon ou d’une autre, j’ai peur pour notre mode de vie, notre société, peut-être même notre civilisation.

C’est peut-être le moment de me mettre à écrire sérieusement, catégorie roman d’anticipation dystopique. A quoi ressemblera le monde de demain, avec un virus qui peut tuer et qui traine partout, qu’on peut porter et répandre autour de soi sans qu’aucun indice soit visible… Un monde ou la rencontre en chair et en os est une transgression, où l’on ne se touche plus, où nos mouvements et notre température sont surveillés en permanence… Il y a à faire avec ça, je trouve.

Je manque de patience avec les gens qui ne respectent pas les mesures de distanciation sociale. Heureusement ici au chalet je ne les vois pas (ou presque). Est-ce que ce sera différent en plaine? Je manque aussi de patience avec les personnes qui s’enthousiasment pour la chloroquine (ou l’hydroxychloroquine) alors que les résultats sont tellement préliminaires qu’on peut juste dire “faut investiguer plus”. Oui, on est désespérés, oui, on aimerait un remède miracle, oui, on veut croire que le confinement tel que nous le vivons maintenant ne durera que quelques semaines… mais il ne faut pas se leurrer.

Alors oui, quand quelqu’un est en train de mourir, on va tenter le tout pour le tout, mais ça ne veut pas dire qu’on a un traitement. Et un vaccin encore moins. Il y a des gens qui travaillent d’arrache-pied aux deux – traitement et vaccin – et tôt ou tard, il y a aura des résultats. Mais ça va prendre des mois. Des longs mois. Pas mal de mois probablement. Des mois durant lesquels notre vie restera cette nouvelle vie déconnectée de celle d’avant, une vie d’isolement et de conversations vidéo, de promenades solitaires et de rues vides. J’espère que ce ne sera que des mois.

Comme je serai heureuse d’avoir tort dans mes sombres prédictions et de pouvoir profiter des terrasses cet été. Me préparer au pire, c’est mon mode de fonctionnement, j’avoue. Mais j’essaie de faire une évaluation informée des situations avant de me préparer. J’avale les articles et les analyses, j’essaie de comprendre les tenants et les aboutissants. Et ce que je comprends, jusqu’ici, c’est que d’une part ça va être catastrophique (du point de vue sanitaire et économique), et d’autre part ça va durer. Longtemps.

Le Conseil Fédéral fait le choix, pour l’instant, de ne pas prononcer de confinement obligatoire. Il interdit les réunions de plus de 5 personnes et impose de respecter les mesures de distanciation sociale lors de celles-ci. (Ecouter la conférence de presse du 20.03.2020, vers 5 min après le début.) Je suis tiraillée. Toute la population de respecte pas les mesures. Mais est-ce que renforcer l’obligation et réduire encore nos libertés changera quelque chose pour ces personnes? Berset explique le choix (7min environ après le début). Il va falloir tenir sur la durée. Et la santé n’est pas que physique, elle est également mentale.

Nous devons donc tous prendre sur nous. Respecter ces mesures et les faire respecter autour de nous. Je ne parle pas juste des enfants mineurs qui “doivent” (!) obéissance. Je parle de notre entourage, nos proches, nos moins proches. Chacun d’entre nous a un rôle à jouer, non seulement en restant chez soi au maximum et en respectant les mesures, mais en prenant position dans notre entourage pour que tout le monde le fasse. Si on connaît des gens qui ne prennent pas les choses au sérieux, il est de notre devoir, à mon sens, de déployer argumentation, persuasion, et même pression pour amener à la prise de conscience. Alors oui, je sais, on ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif, mais là il ne s’agit pas de la sécurité individuelle, mais collective. On doit essayer autant que possible.

Pour changer de sujet, avec l’augmentation de l’activité en ligne, et l’arrivée de toute une population “peu numérique” sur le réseau, il est important de ne pas négliger les questions de cybersécurité. Si vous êtes “lettré du numérique”, prenez soin de ceux qui vous entourent, encore plus que d’habitude. Installez des gestionnaires de mots de passe. Utilisez Teamviewer pour vous connecter à distance, installer des applications, montrer comment faire des choses (lancer un skype vidéo ou faire ses courses en ligne… quand le service reprendra). Activez l’authentification à deux facteurs partout où vous pouvez (et si possible avec Google Authenticator ou équivalent plutôt que des codes par SMS).

La sécurité “utilisateurs” est l’affaire de tous. Et dans un monde où le présentiel s’est réduit comme peau de chagrin, l’intégrité de notre identité numérique compte encore plus. Pour la grande majorité des gens, être la cible explicite d’une attaque n’est pas le scénario qui doit inquiéter. Etre une victime collatérale d’une attaque à large échelle: voilà la réalité du risque que nous courons, vous et moi.

J’aimerais aussi attirer votre attention sur l’importance de faire preuve d’esprit critique face à toutes les informations qui nous parviennent en ligne. C’est valable en tout temps, mais d’autant plus maintenant, où l’anxiété est l’émotion dominante, où la peur nous motive à chercher des réponses. Si l’info vous parvient par “copier-coller” sur WhatsApp ou Messenger, il y a toutes les chances que vous puissiez l’ignorer. Contrôlez-la dans Hoaxbuster par exemple, ou au pire, envoyez-moi un message pour me demander. Il y a assez de raisons réelles d’avoir peur aujourd’hui sans s’en rajouter encore des fausses.

Toutes les sources d’information ne se valent pas. Privilégiez les sources officielles, les grands médias sérieux ou spécialistes. Recoupez les informations. Essayez de remonter à la source première d’une info. Vous avez le monde entier de l’information au bout des doigts! Quand quelque chose est plein d’adjectifs alarmistes, anxiogènes, ou au contraire victorieux, c’est une raison de vous méfier. Si c’est trop beau pour être vrai, ça l’est probablement.

On a vu que la crise actuelle pouvait avoir un impact sur le bon fonctionnement de nos plate-formes sociales, avec les soucis de modération dont a été victime Facebook. Les processus et outils en place pour essayer de trier en amont le vrai du faux sont faillibles. Imaginez une boîte mail sans filtre à spam! Il n’est donc pas impossible que nos fils soient plus pleins que d’habitude de fake news et autres intox. Faites gaffe.

Autre sujet: les magasins ne vont pas manquer de vivres, on ne va pas mourir de faim, par contre l’accès tant aux magasins qu’à certains produits peut manquer temporairement. Ayez un peu de marge. N’attendez pas d’être à sec. Soyez proactifs. De même avec vos animaux et la nourriture et les médicaments dont ils ont besoin. Les services de livraison en ligne sont saturés, les commandes ont du retard ou sont donc même parfois carrément annulées. Donc sans paniquer, sans faire des stocks apocalyptiques, organisez-vous pour avoir “un peu plus” et “un peu plus tôt”.

Au rayon des choses sympas et positives, j’ai démarré un petit groupe Messenger avec des personnes intéressées, pour se soutenir et se motiver mutuellement à garder une activité physique malgré le confinement. Faites-moi signe si vous voulez nous rejoindre. Et si vous avez besoin d’aide pour votre “transformation numérique expresse”, je suis là aussi.

Day N, because I don’t know when day 1 was [en]

I am restless. My mind is restless. I feel stuck out of time, watching the slow-motion train wreck of the epidemic unfold before me. We are in the midst of a global crisis of historic proportion, and I’m not sure how to be, in the middle of it.

Actually, I know what the answer is. Try to live as normally as possible. But I feel like I’ve lost my normal a long time ago, in between going from freelance to government employee, then unemployed, then stuck in the weird limbo of long-term sick leave.

The sun is shining and I’m at the chalet. The cats are healthy. The building in the chalet below is getting on my nerves, because it bangs through the day, and ruins my peace. At least I would want to make the most of the peace of quiet while we are all pretty much locked up.

More than usual, I struggle figuring out what to do with myself. I’m not scared for right now, but I feel a deep dread down inside me, the fear of impeding catastrophe you cannot avert. Our world is going to change in ways we have trouble imagining right now. We are heading into the unknown, or even the unknowable.

I brought my crochet and knitting loom. My wrist is well enough that I can think of such activities again. But they haven’t left the bag. I have books to read, photos to sort. Too many things knocking around in my head that would need to be written down.

I want to be useful. I understand the online world, and with lockdown and confinement, many people who shunned or ignored it are turning towards it. There are things to do, but I’m not quite sure which ones.

And I am torn because trying to be useful is what I always do to escape from dealing with myself and my mortal life, and right now I’m trying to take care of myself first, but this is a crisis, and isn’t a crisis when one is expected to step up?

I’m trying to take things easy. Nothing I do today is going to change the face of the world, except staying at home, and I’m doing that. Thankfully we are allowed to go out here, so I can go for walks. I’m not locked up. I feel guilty for not taking advantage of that when so many others have no choice, and I am privileged to be in such a beautiful region. I’ve stayed in today.

My attempts to disconnect from the news have failed. I don’t know if it’s worth “fighting” or if I should just give in.

Even though it is not very concrete right now, I guess I am scared about people dying. And maybe me.

That fear isn’t on the surface, but I guess it messes with my head.

Au temps du coronavirus [fr]

[en] The last three weeks in Vaud, coronavirus-style.

J’ai beaucoup de mal à penser à autre chose qu’à la crise actuelle. Normal, j’imagine. Comme tout le monde je suppose, je suis un peu sous le choc, quand même. On est mardi matin, 17 mars. Hier, fermeture de tous les commerces “non vitaux”, état de nécessité prononcé pour le canton. Vendredi, fermeture des stations de ski, des écoles, restrictions de distance dans les restaurants. Lundi passé seulement (il y a une éternité), l’Etat exhorte les personnes à risque de s’isoler au max. De mon côté, je vais chez le psy, à la physio, chez le véto, et j’ai une séance de comité pour Elles Entr’Aide. A ce moment-là, c’est clair, on ne se fait plus la bise, on ne se serre plus la main. Alors qu’une semaine avant, quand le Conseil Fédéral rajoute dans les mesures de protection de la population d’éviter les poignées de main, l’ambiance générale était à trouver tout ça excessif et je me demandais comment faire pour ne pas serrer la main aux gens.

C’était il y a deux semaines!

Alors effectivement, à ce moment-là, la situation locale ne paraissait pas dramatique. Le premier cas avait été détecté dans le canton le jeudi d’avant (le 27), le lendemain on apprenait l’annulation de toutes les manifestations de plus de 1000 personnes. Personnellement, c’est ça qui m’a fait l’effet d’un électrochoc, et qui m’a fait passer de “euh mais bon c’est un peu comme une grippe en plus grave” à “branle-bas de combat”. Et l’annonce “pas de poignées de main” le 3 (un gros truc quand même ici, culturellement) a fini de me faire prendre conscience qu’on n’allait pas y échapper. Y échapper? A tout ce qu’on a vu jusqu’à présent, et aux mesures encore plus sévères qui nous attendent dans les jours et semaines qui viennent.

Entre lundi et mardi (le 2 et le 3) les annulations ont commencé à pleuvoir: les cours de judo, décision difficile prise en urgence pour le lundi soir, chapeau à mon prof, sa femme, et l’équipe “de crise” qui a eu le courage d’agir rapidement alors que le public n’était pas forcément sur cette longueur d’onde; les répétitions de chant pour le concert prévu en 2021 en l’honneur de mon ancien chef de choeur décédé, qui devaient commencer mercredi; une réunion “conférence-réseautage” prévue jeudi soir. Samedi, une copine est venue chez moi; dimanche, je suis allée au hammam avec une autre.

Le 28, j’avais déjà acheté quelques boîtes de conserve supplémentaires. Je fonctionne “aux stocks” en temps normal, donc mes armoires et mon congel sont plus ou moins toujours pleins, ce qui fait que je n’ai eu qu’à compléter un peu. Mardi 3 j’ai rajouté une couche et acheté du savon liquide pour les mains (il n’en restait plus des masses en rayon). Samedi 7 j’ai fait des commandes de réserve pour les chats, vérifié que j’avais de l’avance dans mes médicaments et les leurs. Comme ça je serais tranquille.

Le premier décès dans le canton c’était le jeudi 5, une semaine tout juste après l’annonce du premier cas. Donc après-demain, cela fera trois semaines depuis le premier cas et 2 semaines depuis le premier décès.

Je sais, je n’arrête pas de calculer les jours et les semaines, parce que le temps a pris une tout autre texture que d’habitude et je m’y perds.

Hier à midi je suis allée faire des courses pour un proche et sa famille. Les rayons à Denner et à la Migros étaient encore bien vides. Certes pas par manque de vivres, mais parce que tout remettre dans les rayons, ça nécessite des bras et ça prend du temps. Tout ça en effectif réduit vu que les personnes à risques doivent rester chez elles. Le rayon des légumes était bien fourni, par contre, je pense que c’est celui qu’ils ont restocké en priorité.

Si on fait une commande sur Le Shop, elle n’arrivera pas avant le 1er avril (hier c’était le 31 mars, dimanche soir le 27). Les gens ont peur, c’est normal, mais de grâce, ne cédez pas à la panique. Si vous avez de quoi tenir 2 semaines, vous êtes OK. Si vous êtes “à risque” (plus de 65 ans ou maladie chronique”, de grâce, faites-vous livrer ou demandez à vos proches ou voisins de faire vos courses. Il y a sur Facebook des groupes d’entraide qui voient le jour, et j’y vois plein de personnes proposer leur aide pour ce genre de chose. (Lausanne, Morges, Riviera, Yverdon… cherchez “entraide” et le nom de votre ville/région sur Facebook.)

Je ne suis pas trop inquiète pour moi. Je suis non seulement hors du temps mais hors du monde, en arrêt de travail encore, alors qu’avant mon opération j’étais déjà en recherche d’emploi. Proprement dans les limbes, mais ça rend le confinement facile. Alors bon, je tournicote un peu, cherchant comment je peux être utile autrement qu’en ne sortant pas (déjà utile), en “faisant campagne” autour de moi pour que les gens prennent les mesures au sérieux et se protègent (beaucoup sur Facebook), en me demandant où mes compétences en transformation numérique pourraient servir, parce que faut se le dire, cette crise va donner un gros coup d’accélérateur à la numérisation. (Si vous avez besoin d’aide pour vous mettre à Skype ou aux achats en ligne, faites-moi signe.)

Je suis un peu inquiète pour mes proches à risque, mais ils semblent être sages. Bien plus inquiète pour nous en tant que collectivité, pour les professionnels de la santé et tout ceux qui voient leurs conditions de travail chamboulées, mes anciens collègues indépendants qui voient venir la grande galère financière (j’espère vraiment que l’Etat va mettre en place quelque chose pour eux). Inquiète aussi pour les personnes déjà isolées et qui en souffrent, qui vont se voir encore plus isolées avec le confinement actuel. Je me demande à quoi ressemblera notre monde post-crise, avec le coût économique et humain que nous allons payer, la récession inévitable, mais peut-être aussi des transformations positives.

Il y a bien des années, alors que je m’étais retrouvée en consultation aux urgences psychiatriques, on m’avait dit “alors vous êtes en crise, mais la crise c’est une chance, car c’est l’opportunité de réel changement”. Je crois que c’est également vrai à l’échelle de la société.

Prenez soin de vous et de vos proches. Soyez sages. Et pour les “colibris” parmi vous, ici on est réellement dans une situation où “chacun doit faire sa part”. C’est le moment de mettre en pratique.

Mes liens “coronavirus” (COVID-19) [fr]

Je lis et partage beaucoup de choses autour de l’épidémie ces temps, surtout sur Facebook. Ici, donc, une collection de ce qui me semble le plus intéressant.

Il est possible que je rajoute d’autres liens à cette collection au fil du temps.

Sinon, hors coronavirus, parce qu’il faut se changer les idées: vous devez absolument écouter l’épisode de Reply All: The Case Of The Missing Hit (audio, EN) si vous ne l’avez pas encore fait. Lire la critique (EN).

Notes du chalet [fr]

Je suis au chalet. Pour la première fois depuis un an à peu près (sans compter une petite visite sans nuit il y a peu). Mon vieux Quintus, 19 ans, aveugle et chancelant sur ses petites pattes arthritiques, a du mal à retrouver ses marques – mais ça va aller. Oscar a fait le tour sur ses trois pattes et a déjà tenté de s’installer “à la place” de Quintus. De 11 degrés, la température est maintenant montée à 14. Le poêle à bois est à fond et le brûleur à mazout aussi. Il fait moche.

Mais bon, je suis contente d’être là. J’aime la montagne, et cet endroit en particulier. Aujourd’hui je ne bouge pas trop, demain je dois déjà retourner à Lausanne pour des rendez-vous (qu’est-ce que c’est qu’une heure de route, au final), vendredi je prendrai peut-être la cabine pour aller voir à quoi ça ressemble en haut.

Il y a maintenant plus de cas de COVID-19 identifiés dans le canton qu’il n’y en avait dans le pays entier lorsque j’ai écrit la semaine dernière. Plus de 600 cas en Suisse, ça nous paraît énorme mais ça va encore grimper, grimper. L’Italie a placé tout son territoire en “isolement”. Ici, on cesse de tester systématiquement, on cesse aussi de remonter les chaînes de transmission. Les symptômes sont souvent trop peu marqués, et puis bon, il faut se rendre à l’évidence, le virus est maintenant “partout”, donc à quoi bon. Mieux vaut concentrer les ressources sur maintenir le bon fonctionnement des hôpitaux et du système de santé, communiquer auprès de la population pour que les mesures de précaution continuent d’être appliquées (car ralentir la progression a encore un sens, et ça, c’est dans nos gestes du quotidien à tous que ça se joue), que les personnes vulnérables se protègent et qu’on les protège.

Enfin, c’est comme ça que je comprends les choses.

Pour ma part je ne suis ni plus ni moins “inquiète” qu’il y a une semaine ou dix jours. Mes nouvelles habitudes de lavage de mains commencent à devenir, justement, des habitudes. J’essaie d’éviter les transports publics si je peux. Je me demande si la petite toux que je traine depuis 2-3 semaines justifie que je me mette en auto-isolement. Elle date “d’avant”, c’est courant pour moi d’avoir ce genre de petite affection respiratoire, et je n’ai pas de fièvre, mais vu qu’il semble de plus en plus clair que le virus se propage également de façon asymptomatique ou peu symptomatique, je me pose des questions. Mais j’hésite à engorger la hotline pour ça, j’avoue. Coronacheck me dit que oui, mais coronacheck n’a pas mon contexte. Si c’est ma toux “normale”, ça peut durer des semaines et des semaines…

Bon, du coup j’ai appelé la hotline. Et non, petite toux superficielle (je toussote en fait), ça ne justifie pas que je m’enferme. Par contre si ça s’aggrave, si c’est une toux qui commence à m’empêcher de respirer, là oui. Ce qui me mène à la réflexion suivante: vu qu’on a des porteurs asymptomatiques ou peu symptomatiques… est-on plus contagieux si on a de la fièvre et la super-méga-toux? Vu qu’on n’isole pas les porteurs sains ou peu malades (il faudrait tester la population entière à tour de bras et souvent pour les identifier tous), quel est le sens d’isoler les “gros tousseurs”?

Sur ce, le chalet se réchauffe et le soleil est sorti, je vais aller faire un tour au jardin avec Quintus!

Comment avoir assez peur, mais pas trop peur? [fr]

Et aussi, comment faire assez peur, mais pas trop peur?

En cette période des premiers cas de COVID-19 dans le canton de Vaud, je retrouve cette question qui me préoccupe au quotidien dans la gestion de chats diabétiques: comment avoir “la bonne quantité de peur”?

La peur est un animal compliqué. Elle est utile, elle nous protège du danger. Elle nous maintient en alerte. Mais elle peut aussi nous paralyser, nous rendre incapable de penser ou de dormir.

Comment savoir où est la posture juste, entre ceux qui trouvent qu’il est ridicule d’annuler des événements et d’éviter de se serrer la main, et ceux qui dévalisent les magasins et sa calfeutrent chez eux sans oser mettre le nez dehors?

Comment avoir assez peur de l’hypoglycémie ou de l’acidocétose pour ne pas “prendre de risques inutiles” (voyez comme le serpent se mord déjà la queue), mais pas tellement peur qu’on vit dans un état de stress permanent, si on peut appeler ça vivre?

Le cerveau humain n’est pas conçu pour bien réagir face à des risques abstraits, non immédiats. La peur de tomber de l’arbre, du serpent ou de l’ours qui nous charge, ça on gère (assez) bien.

Mais comprendre qu’une mesure comme éviter de serrer la main ne va non seulement pas me garantir que je ne tomberai pas malade, mais à l’échelle de la population va simplement freiner la progression d’une propagation inéluctable du virus, qui demande au cerveau de faire de l’équilibrisme avec des notions de statistiques et de probabilités, on est très nuls.

Je trouve très difficile de faire face à ce genre d’attitude. Peut-être parce que j’ai toujours eu un “cerveau qui aime les probabilités”, et j’ai fait un peu de gestion du risque dans mes études, j’arrive pour ma part à “voir comment ça marche”. Je fais toujours un effort pour essayer de m’extraire de l’obsession de notre cerveau pour le cas particulier, l’histoire-anecdote qui nous aide à apprendre et comprendre le monde, mais qui nous dessert quand il faut penser en termes de risque.

Alors je fais ma petite cuisine de gestion du risque dans ma tête, alimentée par ce que je lis, ce qu’on me dit, à qui je fais plus ou moins confiance, et mes quelques notions générales scientifiques et médicales.

Ça vaut ce que ça vaut, évidemment.

J’essaie de ne plus serrer la main aux gens. Je ne fais plus la bise. Trois activités de groupe (grand groupe ou avec promiscuité) auxquelles j’allais participer cette semaine ont été annulées, et j’avoue que ça me soulage car je n’ai du coup pas besoin de décider si j’y vais ou pas. J’ai toujours de quoi soutenir un siège côté nourriture, donc pas de grand changement de ce côté-là, j’ai juste mis à jour mes stocks.

J’ai appris à me laver les mains correctement et acheté du savon liquide au lieu de mes pains de savon habituels. Je n’ai pas de gel désinfectant car quand je m’y suis intéressée, on était déjà en rupture de stock. Mais ça ne m’empêche pas de dormir. Je voyage en transports publics mais je me lave les mains quand j’arrive à destination. Je toussote un peu ces temps (ça date d’avant, je vous rassure), donc je prends le pli de tousser dans mon coude.

J’essaie de motiver les personnes autour de moi de se protéger, de nous protéger, avec moyennement de succès. Qu’est-ce qui leur dit que “leur gestion du risque” est moins bonne que “ma gestion du risque”?

Je pense qu’on va plus ou moins tous voir des gens mourir. J’espère me tromper. J’espère vraiment me tromper. On a toutes les chances de se trouver confinés à l’intérieur deux semaines à un moment où un autre. De voir nos hôpitaux ou nos infrastructures peiner.

Voilà ce que je crois. Alors évidemment, vu que je le crois, je pense que j’ai raison. Avec un peu de chance je dramatise et je me trompe.

On en reparle dans quelques semaines.

Si c’est pas avant.

On est à 7 cas déclarés dans le canton.

So You Know My Users and Community Better Than Me? [en]

Sometime back I joined a pile of “Group/Page Admin Help” support groups on Facebook. As you may or may not know, I manage a rather busy and intense support group for diabetic cat owners on Facebook. One thing I would love to be able to do is identify members who haven’t posted in a given time-frame to check in on them.

We screen people who want to join the group through welcome questions, so every person who joins the group has a sick cat (a few exceptions). The thing with diabetic cats is that if you don’t do things right, you run the risk of ending up with a disaster. When those disasters happen at night or on week-ends (as they do), the group ends up having to deal with panicked owner and sometimes dying cat that the on-call vet doesn’t want to see (I guess they have their reasons). So in addition to wanting to be helpful to our members, we have a vested interest as a community in making sure that our members are actually using the group to follow best practices, keep their cat safe, and therefore avoid being the source of a midnight crisis.

This is just to give you a bit of background.

So what we do in my group is each member gets a personalised welcome publication when they join, with instructions to get started and pointers to our documentation. At the end of the week. all the people who joined during the week get a “group welcome” publication with some more info and links. (Think “onboarding”.) Two months later, another message (the first six months after diagnosis are critical, so two months in is a good time to get your act together if you haven’t yet). I used to do a “you’ve been here six months, wow!” group post too, but now I’ve moved it up to a year (the group turned two years old last January).

When I posted in these “admin support groups” to explain what we did and that I would like a way to identify inactive members, I was immediately piled upon (honestly there is no other word) by people telling me that they would quit a group which mentioned them like that in publications, that people should be allowed to lurk, etc. etc. I was Wrong to want to identify inactive members and Wrong to actively onboard new members.

I have to say I was a bit shocked at the judgement and outrage. Why do these people assume they understand my community better than I do? Anyway, it was a very frustrating experience.

For the record, there isn’t a way of identifying inactive members in a Facebook group.

Yesterday, somebody else posted the same question on one of those groups. They also wanted a way to identify inactive members to encourage them to participate, in a group based on active participation. Again, the onslaught of judgemental comments regarding the group’s rules and philosophy.

Seriously, what is wrong with people?

Trouver un équilibre [en]

C’est pas facile la convalescence. Même quand on se sent mieux, on n’arrive pas à faire “comme avant”. Il faut doser l’effort et reconstruire petit à petit la résistance – physique comme mentale. Parfois j’ai l’impression qu’un rien m’épuise.

Pour sortir des limbes il faut construire les marches que l’on empruntera, l’une après l’autre. S’assurer de leur solidité. Ne pas vouloir se précipiter au risque de tout dégringoler.

J’apprends à écouter mes limites (je dis ça mais… ça fait 20 ans que je dis ça… le travail de toute une vie?), à non seulement avoir conscience de mes besoins mais leur donner sciemment la priorité (pas une mince affaire, et j’échoue encore souvent), à avoir de l’indulgence avec moi-même. Ça prend le temps que ça prend.

A part ça, je me sens “mieux” que je ne l’ai été depuis des années. Pas physiquement, ça c’est clair, mais mentalement. Je retrouve le sentiment que j’avais perdu je ne sais où de gérer ma vie, même si ce n’est pour le moment qu’imparfaitement, au lieu de lui courir après. Mon cerveau fonctionne. Mon état émotionnel est plutôt stable, même si je dois rester vigilante. Ça me fait vraiment plaisir de me voir “fonctionner” à nouveau comme ça.

Maintenant, le challenge est de consolider tout ça et de le rendre durable. Un jour à la fois. Une chose à la fois.

Quelques mots du jour [fr]

C’est jamais facile de remettre en branle quelque chose après une longue pause. Lundi, je suis retournée au dojo où je pratique le judo depuis 25 ans, j’ai mis mon judogi et je suis montée sur les tapis pour la première fois depuis une année. Une année d’arrêt (et c’est pas fini) après une bête blessure à laquelle s’est enchaînée un accident de voiture et une opération.

Alors je ne peux pas pratiquer le judo, clairement. Il faut encore que je patiente de longs mois avant que mon poignet soit prêt à “faire du sport”. Mais je m’installe sur un coin des tatamis, je fais ce que je peux de l’échauffement, puis je m’étire, je fais un peu de “physio” pour mon poignet, quelques vagues exercices de condition physique qui me laissent catastrophée par mon état de larve sédentaire, je regarde les autres pratiquer.

Déjà ça, ça fait du bien.

Ici aussi, ça a été la pause. Pour tout dire (si je ne l’ai pas déjà dit), ces dernières années, ça a été un peu la galère dans ma tête. A trop courir sans avoir de bonne direction. C’est en train de changer, là, et pour la première fois depuis longtemps, j’ai l’impression que ma tête fonctionne comme elle doit et que me vie n’est pas en train de m’échapper. Et je recommence à avoir envie d’écrire. De me donner le temps pour le faire, parce que j’aime ça.