Je regarde tomber ces hommes les uns après les autres [fr]

Il y a eu #metoo, et des histoires qui sont sorties concernant quelques hommes que je connais (et même apprécie) dans le milieu de la Silicon Valley. Maintenant, c’est Epstein, et là aussi, beaucoup trop de noms que je connais, et une personne en particulier que je tenais en haute estime, qui dégringole.

Ça m’atteint, tout ça. A plusieurs niveaux. Déjà, c’est la suite d’un gros éclatement qu’a subi ma vision du monde à l’élection du dernier président des Etats-Unis. Quelque chose s’est cassé, pour moi, à ce moment-là. J’avais toujours eu une foi assez inébranlable en la résilience de l’humain en général, de notre société, de notre civilisation — ou de celles qui suivraient. Je l’ai toujours, mais j’ai perdu une certaine naïveté concernant l’époque où nous vivons. Certes, si l’on est une femme, maintenant est la meilleure époque à laquelle avoir vécu. Il ne faut pas tout peindre en noir.

Mais on est en train de crever des abcès, et ce qui en sort est moche, moche, et je me retrouve, j’avoue un peu prise par surprise. De moins en moins, malheureusement, mais quand même.

Je crois que les gens, fondamentalement, sont relativement bons. (On laisse de côté les psychopathes, mais même là, il y a matière à discussion.) Après, il y a les parcours de vie, les décisions prises, les priorités mal mises, la souffrance qui s’exprime parfois de drôles de façons. Et surtout, on est faillibles.

Comme l’a dit une connaissance commune concernant la démission de Joi: suis-je certaine que j’à sa place, je n’aurais pas aussi pris l’argent? Né en 17 à Leidenstadt, et tout ça… Mais avant tout, on est faillibles.

Les erreurs doivent se payer. Je n’ai aucun doute à ce propos. Que des hommes riches et influents, même si je les admire et les apprécie, même si j’ai somme toute bénéficié de leur influence, voient leur carrière s’écrouler, leur réputation partir en fumée, c’est quelque chose avec lequel je peux vivre.

Mais quand on connaît les gens, c’est dur, je trouve. De réconcilier la personne qu’on connaît avec les squelettes qu’on découvre. La tentation est grande de tout couper, d’amputer ces relations devenues dérangeantes, de partir le dos tourné. C’est simple et c’est propre, mais est-ce juste? Peut-on appréhender l’autre dans sa complexité, failles, crimes, faiblesse morale et échecs éthiques y compris? Jusqu’où peut-on encore dire “tu as merdé, je ne te pardonne pas, mais je te garde dans ma vie”?

L’actualité met ces questions en relief à grande échelle pour moi juste maintenant, mais ce sont des questions du quotidien. Pour faire avancer les choses, il faut de l’intransigeance sur certains points. Où mettre la ligne rouge, là est toute la question. La question d’une vie, peut-être. Je sais que je me débats avec, ces temps, en tous cas.

Et là-dessous, il y a les hommes. Ma confiance dans le genre masculin, surtout sa version “influente”, est en chute libre, juste là. Oui, oui, #notallmen (merci de nous épargner ça). Mais de plus en plus, je commence à voir les hommes d’une certaine catégorie comme en sursis, en sursis du scandale sexuel ou financier qui va éclater, ou du squelette brinquebalant dans un placard. Je me prépare à être déçue. J’attends.

Et c’est très inconfortable. Parce que je veux croire qu’il y a des gens bien. Et chaque candidat à ce titre qui se casse la gueule me fait douter un peu plus.

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Un partage n’est pas forcément une invitation au débat [fr]

Il y a des thématiques qui me tiennent à coeur. Des thématiques sur lesquelles j’ai une position assez établie, parce que j’ai plongé dedans, réfléchi, lu, discuté, et je me suis forgée une opinion. J’aime croire que mes opinions prennent racine dans les faits, dans une certaine rationalité, mais je ne suis pas dupe, je sais que comme pour tout le monde, la part de croyance et d’idéologie dans mes prises de position est certainement bien plus grande qu’il ne m’est agréable de l’admettre.

Ce sont des thématiques que je nomme parfois “religieuses” — celles qui ne génèrent le plus souvent que des débats stériles, qui polarisent, et qu’on évite soigneusement avec ses amis si l’on se trouve de part et d’autre du gouffre idéologique… parce qu’on veut rester amis malgré tout. Ou alors, ce sont les thématiques qui défont les amitiés. Ça arrive.

Largement, je ne suis pas intéressée à en débattre. Alors oui, j’adorerais convaincre les gens, parce que je pense que j’ai raison, mais je sais aussi que malheureusement ce ne sont la plupart du temps pas les arguments rationnels qui font changer d’avis.

Deux exemples parmi d’autres: les vaccins et les OGM. Pour moi, et je suis convaincue d’avoir la science et la raison de mon côté (et donc “l’objectivité” du monde), les vaccins sont sûrs et efficaces pour lutter contre toute une collection de maladies dont on a parfois oublié les horreurs (la polio, ça vous dit?). De même, il est clair pour moi que ce qu’on appelle les OGM, qui sont parmi les organismes les plus testés et contrôlés à finir dans nos assiettes, sont aussi sûrs (si ce n’est plus) que d’autres variétés obtenues par d’autres méthodes (mutagenèse, hybridation) que ne font sourciller personne.

Je crois aussi qu’il n’y a pas de dieux ou de Dieu, pas d’esprit indépendant de la matière, pas “d’ondes” ou “d’énergies” mystérieuses entre les êtres ou ceux-ci et la nature.

Donc de même qu’on ne me convaincra pas de croire en Dieu, et que je ne convaincrai pas un croyant d’abandonner sa foi, on ne me convaincra pas de rejeter les vaccins ou les OGM. (J’ai conscience que ces trois exemples ne sont pas tout à fait sur le même plan, hein. Je les mets côte-à-côte pour insister sur ce qui les rassemble, pas sur ce qui les sépare.)

Et donc, pourquoi “un partage n’est pas une invitation au débat”?

C’est autant un rappel pour moi qu’une annonce pour les autres: si je partage un article, ce n’est pas forcément pour convaincre celles et ceux qui seraient convaincus du contraire. C’est peut-être juste pour les curieux, pour ceux qui sont déjà d’accord, ou ceux qui cherchent encore. Ce n’est pas une invitation à tenter de réfuter le point de vue exposé.

Mais j’ai remarqué que sur Facebook, le message subliminal du partage est compris ainsi: ouvrez le débat. Tentez de convaincre l’autre qu’il a tort.

Alors non. Parfois, on ne veut pas débattre sur des sujets “religieux” ou sur lesquels on a un avis bien tranché. On veut juste mettre quelque chose à disposition, à prendre ou à laisser.

Ceci dit, j’aime les échanges où au-delà du désaccord, on peut être sereinement d’accord d’avoir des points de vue différents et tenter honnêtement de comprendre comment l’autre voit le monde et pourquoi. Sans juger, sans vouloir faire changer d’avis l’autre, juste regarder de plus près comment nos croyances et convictions se rejoignent et divergent.

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The Importance of Being Active [en]

I’ve already noticed that I fare better when I am active. My mood is better, I’m more easily motivated, I have more energy. Doing things is easier.

Activity brings motivation. I had that key.

But I still remained stuck in non-activity: how and where do I find the will to jumpstart the machine and be active again?

On Monday morning I understood a key point I’d been missing. A shift of focus, actually. It’s funny how so many of the most important realisations in life are shifts of focus. Looking at things differently.

My mission is not to get things done, because X and Y are on my list and need to be done so I reach my goal or stay out of trouble.

My mission is to be active. That is the important thing. Not doing the things. Being active. Process over outcome. And, well, I might as well keep myself active with things I need or want to do.

It may seem minor, but looking at things this way makes a big difference.

“How am I going to keep myself active today?” versus “how many of my to-dos can I cram in today?”

Things I need to do become a means to fulfil my mission of ensuring a certain level of activity in my day. And thus it becomes much easier to do them.

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Le message vocal, entre amour et haine [fr]

A la base, je déteste les messages vocaux. Mais j’ai appris à les aimer. Je vous raconte.

Premièrement, le message vocal souffre du défaut propre à l’audio et à la vidéo, par rapport au texte: on ne peut pas y jeter un rapide coup d’oeil ou l’écouter en diagonale. Soit on l’écoute, soit on ne l’écoute pas. L’écouter monopolise l’entier de notre attention. Et avant de l’écouter, on ne sait pas ce qu’il y a dedans.

Impossible de “trier”, de décider s’il mérite ou non une consultation immédiate, s’il va nous remuer ou simplement nous donner une information anodine. Le message vocal, comme la séquence audio ou vidéo, est simple à produire, mais impose à celui qui le reçoit une plus grande charge pour y accéder.

Deuxièmement, et ça c’est un élément personnel, comme je suis malentendante, écouter un message vocal représente potentiellement toute une gymnastique: ôter mes appareils, trouver mon mains libres, etc. Et il y a toujours la crainte que la qualité audio ne soit pas suffisamment bonne et que je doive réécouter des bouts.

Voilà pour le message vocal “haine”: celui qui débarque sans explications ni annonce, imprévu, une boîte noire qui réclame que je lâche tout pour je-ne-sais-quoi.

Et l’amour alors?

Le message vocal, c’est de la voix. On entend l’autre. On s’exprime parfois plus facilement qu’à l’écrit. Pour raconter quelque chose, ou rentrer dans des subtilités, c’est génial. C’est moins prenant qu’un appel, mais il y a une proximité similaire. Il y a des gens avec qui j’ai des conversations par messages vocaux. J’adore.

Mais le pré-requis, c’est le consentement. Vérifier que je vais pouvoir écouter, par exemple. C’est aussi le message vocal envoyé avec un peu de contexte: “je te raconte ça, tu écouteras à l’occasion”.  C’est le message vocal poli, au final, qui tient compte de l’autre, et pas juste de la grande facilité qu’il y a à le produire.

Et vous, comment vivez-vous les messages vocaux?

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I need to write [en]

I’ve felt in “survival mode” for the last few years. More on that later. I had a wonderful professional experience in Fribourg. More on that later. I’ve been largely off sports due to an injury that messed with my back, and that hasn’t helped. And I haven’t been writing, for various reasons.

I read Thierry yesterday. I remembered that I used to write, not just “talk” on Facebook.

It’s more silent around here. There is time to think while I write. It’s less immediate. There are less people hanging around ready to pounce on every word (though I have to say, I consider myself very lucky to be blessed with the “Facebook crowd” I have — smart, reasonable, intelligent people).

My old Quintus is still hanging in there, though he’s been a bit off lately. He’s going to be 19 in February. He has a lot of old man ailments but nothing that is killing him.

After six months silent, where do I start? A few articles have been knocking around in my head. One on voice messages. Another one, for the WDS blog, will be advice I would have liked to give 32-year-old me when I went freelance. I might do a French version for the eclau blog, if I haven’t written it already.

Eclau is empty, but I’m keeping the space, it’s still open, and I’m on the lookout for a small company or non-profit who would like to settle there. Let me know.

Let’s not overdo it. This will be enough for today.

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Making Memories [en]

I’ve recently started watching TV series (Doctor Who!) and listening to podcasts again, partly in an attempt to pull myself out of some activities or preoccupations that were on the way to becoming a little obsessive. And amongst those podcasts I listened to recently, one episode seems to have had a lasting impact on how I view the world and life: Hidden Brain’s Yum and Yuck.

It’s funny how you don’t always realise on the moment that a new idea is going to be an important milestone in your worldview. I’ve groaned about this before, concerning podcasts. But in this case, I’m lucky, I did manage to lay my hands on the podcast to show it to you.

So, what’s this about? The episode is about food. But the idea that struck me has to do with how we “make” memories. The podcast was describing how memories of meals are created. For example, if you eat a meal of just one thing, you will remember that one thing. But if you eat the same amount of food, in the form of five different things, you will have memories for those five things. See where this is going?

It seems quite obvious, but it’s not something I had ever given much thought to. So, if I eat three slices of toast for breakfast, and put honey on all three, my memory of breakfast is going to be “honey on toast”. But say I put honey on one toast, jam on the second, and cenovis on the last: my memory of my breakfast will be much richer.

The podcast went on to talk about ordering strategies at the restaurant: do you order your favorite dish, or take the risk of trying something else? If you eat something different each time you go to the restaurant, or your favorite dish each time, you will not have the same memories. There is a tension between immediate enjoyment and the creation of memories.

In the same way, if you spend three weeks of holiday at the beach, you won’t have much to tell. But you will certainly have enjoyed each day (if you like the beach). But if you did all sorts of things during your holiday, there are certainly days where you would have had more pleasure sticking with the beach — but your memories of your holidays will be much richer.

I tend to stick in my comfort zone. I’ll order the same thing again and again. I’ll do the same thing over and over. I stick with what I know and what I like.  I go to the same places. I’ve been in the same flat nearly 20 years, have been doing judo for 25, sailing for 10… I go to India regularly, but don’t really travel around or visit new places.

I had never realised the impact this way of living my life was having on the memories I am building of my life. I sometimes feel adrift in time, in some sort of limbo, and I’m now considering explicitly trying to add more “peak experiences” to my life.

Regarding food, because meal-memory seems to have an impact on whether you feel hungry or not, this insight is also encouraging me to make sure I have less “mono-meals” and more meals with a collection of different foods composing them.

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Biais d’attribution: ne jugeons pas autrui aussi sévèrement [fr]

Tous les jours, je me retrouve face à un biais cognitif (chez les autres et moi-même) qui commence à sérieusement me casser les pieds, y compris quand c’est moi qui m’y laisse prendre: le biais d’attribution (voir aussi: l’erreur fondamentale d’attribution).

Si vous googlez ces deux termes vous trouverez tout un tas d’articles pour en savoir plus. De mon côté, je vais tenter d’expliquer simplement où je vois ce biais se manifester, et pourquoi je le trouve aussi casse-bonbons.

Si je devais trivialiser ce biais pour l’expliquer, c’est un peu l’erreur de pensée qui consiste à considérer que l’autre est soit un maladroit soit un connard, tandis que nous, nous avons toujours de bonnes raisons pour faire ce qu’on fait.

Quelques exemples:

  • la personne qui coupe la file d’attente, clairement c’est un connard (alors que peut-être qu’il y avait une très bonne raison à son comportement, indépendante de sa valeur propre en tant que personne); les rares fois où c’est nous qui nous retrouvons à couper la file, on a toujours conscience du caractère exceptionnel de cette action et du fait qu’on a une vraie bonne raison pour le faire
  • je suis cycliste et automobiliste: quand je suis à vélo, je peste contre ces abrutis d’automobilistes qui ne tiennent pas compte des vélos; quand je suis en voiture, je peste contre ces abrutis de cyclistes qui ne respectent rien. Alors que quand c’est moi qui tiens le volant ou le guidon, je ne suis pas une abrutie, j’optimiste ma conduite, ou peut-être, je n’ai pas vu l’autre parce qu’il était dans mon angle mort, ou encore, j’ai pris un raccourci car j’étais en retard
  • la personne que j’interpelle ne me répond pas: c’est certainement un malappris, ou une autre variété de connard — alors qu’en fait la personne est sourde ou malentendante et ne m’a simplement pas entendue
  • dans une expérience, on donne à un participant la télécommande d’un train électrique qu’il doit conduire; un autre participant doit observer et évaluer le conducteur. Sans que les participants le sachent, les expérimentateurs font varier la vitesse et la puissance du train. La personne qui tente de le conduire se rend bien compte qu’il y a des facteurs en-dehors de son contrôle qui lui rendent la tâche difficile, tandis que l’observateur, lui, va juste voir que l’autre est un mauvais conducteur, un maladroit incompétent

Vous voyez le schéma? On est prompts à juger les autres pour leur comportement, alors que notre comportement a toujours une explication rationnelle et valable.

L’explication via cette “erreur fondamentale d’attribution” est la suivante: on considère que les raisons qui poussent l’autre à agir sont “intérieures”, sans tenir compte des circonstances extérieures, qui ont pourtant une bien plus grande influence sur nos actions. On s’en rend bien compte quand il s’agit de nous: on est en retard, on ne peut pas faire autrement, quelque chose est venu nous mettre des bâtons dans les roues – mais on l’oublie promptement lorsqu’il s’agit d’expliquer les actions d’autrui.

C’est pour ça qu’un de mes mantras personnels (et que je demande également aux membres du groupe Diabète Félin d’appliquer les uns envers les autres) est “accorder à l’autre le bénéfice du doute”. Il s’agit d’activement combattre ce réflexe de la pensée qui étiquette de façon jugeante l’autre parce qu’il a fait ceci ou cela. Il s’agit de se souvenir que de son point de vue, ses intentions sont certainement bonnes, et qu’il y a aussi certainement des facteurs extérieurs à son contrôle qui motivent son action.

(Laissons de côté pour le moment la question des – rares – personnes véritablement malfaisantes. Leur existence n’est pas une raison pour soupçonner l’humanité tout entière.)

Je trouve que dans l’ensemble, surtout avec la course à l’indignation que sont devenus les médias sociaux aujourd’hui, on est beaucoup trop prompts à juger notre prochain et à lui attribuer des intentions négatives, et qu’un peu de générosité de générosité vis-à-vis de ce qui motive autrui, ça ne fera de mal à personne.

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Bienheureux ceux qui pleurent car ils seront consolés (Mt 5.4) [fr]

C’est l’inscription que l’on peut voir à l’entrée du Cimetière du Bois-de-Vaux, lorsque l’on déboule de la Vallée de la Jeunesse pour arriver sur la route de Chavannes. C’est un des mes trajets courants ces temps, et je ne peux bien entendu m’empêcher de lire cette inscription, un peu mécaniquement.

Elle m’irrite, d’abord. Ah, la religion qui rassure, le croyance dans le surnaturel qui nous permet de faire l’économie d’accepter l’absurdité du monde! La religion qui évite d’être trop triste, parce que les gens ne meurent pas vraiment, enfin si ils meurent, mais ils sont là-haut, et nous attendent!

Une lecture bien superficielle, bien entendu, parce que je n’y réfléchis pas, je suis sur mon vélo, je vais à la physio, je la lis du coin de l’oeil.

Et il y a quelques semaines, je l’ai lu autrement, ce verset. Ou plus précisément: il m’est apparu autrement.

Pleurer, non pas pour qu’on vienne nous consoler, mais parce que c’est l’acte de pleurer qui console.

Trois regards se croisent dans cette apparition.

Celui d’André Comte-Sponville, premièrement, “athée fidèle”, qui sans croire en Dieu va vouloir sauvegarder les vérités profondes contenues dans la religion (et la révélation) chrétienne. (Il faut vraiment que je relise L’esprit de l’athéisme.) Un peu comme Stephen Batchelor avec le bouddhisme.

Celui de Michaël Fossel, deuxièmement, dont je dois toujours lire le livre Le temps de la consolation.

Et enfin, celui de mon “vieux psy”, qui m’avait ouvert les yeux sur un mécanisme fondamental du deuil: c’est à travers les larmes que vient l’acceptation. Les larmes sont la mesure de notre attachement, et notre tristesse est notre réaction à la réalité de l’absence, la reconnaissance de notre douleur, et par là même, le chemin vers son apaisement.

Bienheureux ceux qui pleurent car ils seront consolés. (Mt 4.5)

N’ayez pas peur de vos larmes, elles sont là pour vous aider, si vous voulez bien les laisser faire.

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Des bribes [fr]

Il y a des moments où je pense à des choses à écrire, et puis ça s’en va. C’est un peu l’automne dans ma tête, avec des feuilles jaunes et rouges et brunes et parfois vertes qui volettent par-ci, par-là.

Ce matin, dans un podcast, un intervenant remarquait que l’on avait été tellement bien éduqués à être des consommateurs qu’on réagissait en consommateurs et non en citoyens aux problèmes politiques ou de gouvernement. Je pense que c’est une remarque très juste, et que c’est grave. On ne résout pas les problèmes politiques en agissant comme des consommateurs mécontents.

Ça me fait penser aux personnes qui “boycottent” les scanners à la Migros. Ça n’a aucun sens, autre que se donner bonne conscience. Ce n’est pas un problème de consommation, c’est un problème d’évolution technologique. On n’a pas sauvé les fiacres en boycottant les taxis. On n’a pas sauvé l’usine à glace en boycottant les frigos.

Ça me fait penser à Paléofutur, le podcast de Laurent. Un excellent podcast en français pour comprendre les enjeux de notre époque!

L’histoire, c’est important. C’est important de pouvoir prendre un minimum de distance historique et critique sur ce qui est sous notre nez. Au risque de répéter l’histoire aveuglément, de ne pas même voir que nous marchons dans les pas de ceux qui sont allés dans le mur bien avant nous. Oh! Un mur! Si on avait su…

L’histoire, c’est l’histoire de notre société et de notre civilisation, mais en tant qu’individus, nous avons aussi une histoire. Notre histoire personnelle. Et nous avons un regard sur celle-ci, qui n’est pas le même à 15, 20, 30, 50 ou 70 ans. Ou 100. Je pense beaucoup aux âges de la vie.

Mon regard sur le monde a beaucoup changé ces dernières années. Et je me demande combien de ce changement de regard est dû à ma mi-quarantaine, dû à mon âge de la vie, et non simplement aux événements récents qui semblent avoir chamboulé ma vision du monde.

Fin 2016, l’élection du 45e président des Etats-Unis, un dénouement impensable et qui m’a laissée dans un atmosphère de cauchemar pendant très longtemps. Pas tant pour le mal que je craignais pour le pays (même si j’y ai des amis et que je suis triste pour eux), mais parce qu’après Brexit, que je n’avais pas vu venir du tout, et ça, mon optimisme et ma foi en la résilience du monde en avait pris un grand coup. Sans compter que derrière tout ça, à un moment où ma carrière dans le domaine était en souffrance, il fallait bien se rendre à l’évidence du rôle important et grave qu’avait joué la désinformation via internet, qui est devenu tout entier “l’internet social/sociable” qui m’avait tant émerveillée il y a 15-20 ans.

Les réseaux sociaux ont le pouvoir de rassembler ceux qui ont des idées semblables, mais malheureusement, les complotistes et conspirationnistes auront toujours plus d’énergie pour faire circuler leur pourriture que les gens relativement raisonnables et sains d’esprit. On voit aussi, dans un environnement où tout est mesurable et où le profit est maintenant le maître-mot (droit derrière, car le profit en dépend, la course à l’attention), que l’exploitation du système est à présent un business, bien évidemment fort lucratif. Tu veux que je fasse circuler telle ou telle idée? Influencer l’opinion vers ici ou là? Polariser les gens sur des questions qui divisent comme l’avortement ou l’immigration? Pas de souci, balance les sous, on va payer des tas de gens dans des bureaux pas chers pour déséquilibrer l’information.

Ça me fout le moral en bas, ça. Et je me dis: est-ce que je vois ce genre de chose et ça me dérange parce que nous vivons effectivement une époque très particulière, ou bien est-ce que mon regard sur le monde est celui de mon âge, est-ce que c’est le propre de tout quarantenaire d’ouvrir les yeux sur le monde autour de lui et de se sentir découragé?

Alors j’en sais rien, vraiment, mais à la lecture du passage sur les âges de la vie dans le livre Comment rester vivant au travail, que j’ai lu il y a un an environ, j’ai pris conscience que l’âge colorait quand même beaucoup notre attitude face à la vie. J’ai perdu espoir que nous étions à l’abri (je pense à l’Iran, souvent), j’ai perdu confiance dans le jugement des hommes (humains), et je crains que les choses doivent maintenant devenir bien plus graves avant de s’arranger. Alors, est-ce parce que nous sommes dans une période plus sombre, ou simplement parce que j’ai l’âge que j’ai?

Parce qu’objectivement, si on prend un peu de recul, il n’a jamais mieux valu être une femme qu’aujourd’hui. Revenez en arrière ne serait-ce que 100 ans. Vraiment? Il vaut mille fois mieux vivre aujourd’hui. #metoo nous ouvre les yeux, mais n’a pas créé une nouvelle réalité. C’est un mouvement qui nous invite à voir et lire autrement ce qui était déjà là. Les choses bougent.

Alors malgré les anti-vaccins, les trumpistes, les voleurs de selle de vélo et les gens qui ne voient pas le problème avec #notallmen, j’essaie de me concentrer sur le verre à moitié plein. Mais c’est pas tous les jours facile.

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J’écris pas [fr]

J’écris pas. C’est pas bon signe. Je fais pas à manger non plus. Enfin bon, là je suis en train d’écrire, donc c’est meilleur signe! Le rangement, c’est pas trop ça non plus. Mais hier soir j’ai fait de l’ordre dans la cuisine afin de pouvoir cuisiner une soupe aux pois jaunes… que je n’avais pas. (Note: passer à la Migros en rentrant.)

Il y a des périodes comme ça où on est en mode survie. Où certaines choses du quotidien deviennent insurmontables. Faire à manger. Où les contrariétés et les tuiles s’accumulent, parfois sans faute de notre part, parfois parce que c’est une conséquence inévitable de nager trop longtemps en mode survie. En vrac: une selle de vélo volée, un balcon à “dénuder” sans délai, une attaque de chat, des impôts qui commencent à chauffer, des proches malades, des imprévus professionnels… Rien d’ingérable, mais quand on n’a pas d’amortisseurs, ça fait vite un peu tape-cul et on s’en prend plein le dos.

Mais que vous ne vous inquiétiez pas. J’écris, là. Je suis allée au théâtre, aussi (voir Une chambre en Inde, que je recommande vivement — en allant 2h avant à Beaulieu, vous pouvez vous mettre en liste d’attente et avez toutes vos chances d’avoir une place), je retourne au cinéma (voire entre autres Les Dames, un film qui tape “juste” je trouve), je reprends le judo, je vais me promener avec mes voisines…

J’ai envie de prendre des cours de pilotage de drône. Oh, je sais que je peux apprendre toute seule (et je me suis déjà amusée un peu), mais faire un cours, ça me plait comme idée. Pour le fun.

J’essaie de me mettre au crochet et au tricotin. C’est sympa le tricotin. Et sur YouTube il y a Jimmy Tricotin.

J’apprends à me ménager un peu plus, au travail comme en dehors. Dire non, bon sang, c’est pas facile, surtout quand tout notre être crie “oui! oui! j’arrive!” J’apprends à me faire violence, du coup, pour me préserver. Ça semble paradoxal, mais c’est bien ça. Je vois à quel point ça ne me vient pas naturellement, de défendre mes intérêts.

J’ai pris conscience que je “cadre” une grande partie de mes activités. Même le plaisir. Sur ma liste de choses à faire, “aller au cinéma” côtoie “faire la compta 2017”. Parce que j’ai le sentiment que si je ne fais pas de me faire plaisir une obligation, je ne vais jamais le faire. Et c’est pas juste une impression. Vous avez vu comme c’est tordu? Je cherche encore la clé.

Je vais donc résister à la tentation de terminer cet article par une liste des choses que je veux faire. Autant je peine à me fixer des objectifs à long terme et à m’y investir, autant mon quotidien semble régi par une succession de mini-objectifs. J’essaie d’apprendre à faire autrement.

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