Making Memories [en]

I’ve recently started watching TV series (Doctor Who!) and listening to podcasts again, partly in an attempt to pull myself out of some activities or preoccupations that were on the way to becoming a little obsessive. And amongst those podcasts I listened to recently, one episode seems to have had a lasting impact on how I view the world and life: Hidden Brain’s Yum and Yuck.

It’s funny how you don’t always realise on the moment that a new idea is going to be an important milestone in your worldview. I’ve groaned about this before, concerning podcasts. But in this case, I’m lucky, I did manage to lay my hands on the podcast to show it to you.

So, what’s this about? The episode is about food. But the idea that struck me has to do with how we “make” memories. The podcast was describing how memories of meals are created. For example, if you eat a meal of just one thing, you will remember that one thing. But if you eat the same amount of food, in the form of five different things, you will have memories for those five things. See where this is going?

It seems quite obvious, but it’s not something I had ever given much thought to. So, if I eat three slices of toast for breakfast, and put honey on all three, my memory of breakfast is going to be “honey on toast”. But say I put honey on one toast, jam on the second, and cenovis on the last: my memory of my breakfast will be much richer.

The podcast went on to talk about ordering strategies at the restaurant: do you order your favorite dish, or take the risk of trying something else? If you eat something different each time you go to the restaurant, or your favorite dish each time, you will not have the same memories. There is a tension between immediate enjoyment and the creation of memories.

In the same way, if you spend three weeks of holiday at the beach, you won’t have much to tell. But you will certainly have enjoyed each day (if you like the beach). But if you did all sorts of things during your holiday, there are certainly days where you would have had more pleasure sticking with the beach — but your memories of your holidays will be much richer.

I tend to stick in my comfort zone. I’ll order the same thing again and again. I’ll do the same thing over and over. I stick with what I know and what I like.  I go to the same places. I’ve been in the same flat nearly 20 years, have been doing judo for 25, sailing for 10… I go to India regularly, but don’t really travel around or visit new places.

I had never realised the impact this way of living my life was having on the memories I am building of my life. I sometimes feel adrift in time, in some sort of limbo, and I’m now considering explicitly trying to add more “peak experiences” to my life.

Regarding food, because meal-memory seems to have an impact on whether you feel hungry or not, this insight is also encouraging me to make sure I have less “mono-meals” and more meals with a collection of different foods composing them.

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Biais d’attribution: ne jugeons pas autrui aussi sévèrement [fr]

Tous les jours, je me retrouve face à un biais cognitif (chez les autres et moi-même) qui commence à sérieusement me casser les pieds, y compris quand c’est moi qui m’y laisse prendre: le biais d’attribution (voir aussi: l’erreur fondamentale d’attribution).

Si vous googlez ces deux termes vous trouverez tout un tas d’articles pour en savoir plus. De mon côté, je vais tenter d’expliquer simplement où je vois ce biais se manifester, et pourquoi je le trouve aussi casse-bonbons.

Si je devais trivialiser ce biais pour l’expliquer, c’est un peu l’erreur de pensée qui consiste à considérer que l’autre est soit un maladroit soit un connard, tandis que nous, nous avons toujours de bonnes raisons pour faire ce qu’on fait.

Quelques exemples:

  • la personne qui coupe la file d’attente, clairement c’est un connard (alors que peut-être qu’il y avait une très bonne raison à son comportement, indépendante de sa valeur propre en tant que personne); les rares fois où c’est nous qui nous retrouvons à couper la file, on a toujours conscience du caractère exceptionnel de cette action et du fait qu’on a une vraie bonne raison pour le faire
  • je suis cycliste et automobiliste: quand je suis à vélo, je peste contre ces abrutis d’automobilistes qui ne tiennent pas compte des vélos; quand je suis en voiture, je peste contre ces abrutis de cyclistes qui ne respectent rien. Alors que quand c’est moi qui tiens le volant ou le guidon, je ne suis pas une abrutie, j’optimiste ma conduite, ou peut-être, je n’ai pas vu l’autre parce qu’il était dans mon angle mort, ou encore, j’ai pris un raccourci car j’étais en retard
  • la personne que j’interpelle ne me répond pas: c’est certainement un malappris, ou une autre variété de connard — alors qu’en fait la personne est sourde ou malentendante et ne m’a simplement pas entendue
  • dans une expérience, on donne à un participant la télécommande d’un train électrique qu’il doit conduire; un autre participant doit observer et évaluer le conducteur. Sans que les participants le sachent, les expérimentateurs font varier la vitesse et la puissance du train. La personne qui tente de le conduire se rend bien compte qu’il y a des facteurs en-dehors de son contrôle qui lui rendent la tâche difficile, tandis que l’observateur, lui, va juste voir que l’autre est un mauvais conducteur, un maladroit incompétent

Vous voyez le schéma? On est prompts à juger les autres pour leur comportement, alors que notre comportement a toujours une explication rationnelle et valable.

L’explication via cette “erreur fondamentale d’attribution” est la suivante: on considère que les raisons qui poussent l’autre à agir sont “intérieures”, sans tenir compte des circonstances extérieures, qui ont pourtant une bien plus grande influence sur nos actions. On s’en rend bien compte quand il s’agit de nous: on est en retard, on ne peut pas faire autrement, quelque chose est venu nous mettre des bâtons dans les roues – mais on l’oublie promptement lorsqu’il s’agit d’expliquer les actions d’autrui.

C’est pour ça qu’un de mes mantras personnels (et que je demande également aux membres du groupe Diabète Félin d’appliquer les uns envers les autres) est “accorder à l’autre le bénéfice du doute”. Il s’agit d’activement combattre ce réflexe de la pensée qui étiquette de façon jugeante l’autre parce qu’il a fait ceci ou cela. Il s’agit de se souvenir que de son point de vue, ses intentions sont certainement bonnes, et qu’il y a aussi certainement des facteurs extérieurs à son contrôle qui motivent son action.

(Laissons de côté pour le moment la question des – rares – personnes véritablement malfaisantes. Leur existence n’est pas une raison pour soupçonner l’humanité tout entière.)

Je trouve que dans l’ensemble, surtout avec la course à l’indignation que sont devenus les médias sociaux aujourd’hui, on est beaucoup trop prompts à juger notre prochain et à lui attribuer des intentions négatives, et qu’un peu de générosité de générosité vis-à-vis de ce qui motive autrui, ça ne fera de mal à personne.

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Bienheureux ceux qui pleurent car ils seront consolés (Mt 5.4) [fr]

C’est l’inscription que l’on peut voir à l’entrée du Cimetière du Bois-de-Vaux, lorsque l’on déboule de la Vallée de la Jeunesse pour arriver sur la route de Chavannes. C’est un des mes trajets courants ces temps, et je ne peux bien entendu m’empêcher de lire cette inscription, un peu mécaniquement.

Elle m’irrite, d’abord. Ah, la religion qui rassure, le croyance dans le surnaturel qui nous permet de faire l’économie d’accepter l’absurdité du monde! La religion qui évite d’être trop triste, parce que les gens ne meurent pas vraiment, enfin si ils meurent, mais ils sont là-haut, et nous attendent!

Une lecture bien superficielle, bien entendu, parce que je n’y réfléchis pas, je suis sur mon vélo, je vais à la physio, je la lis du coin de l’oeil.

Et il y a quelques semaines, je l’ai lu autrement, ce verset. Ou plus précisément: il m’est apparu autrement.

Pleurer, non pas pour qu’on vienne nous consoler, mais parce que c’est l’acte de pleurer qui console.

Trois regards se croisent dans cette apparition.

Celui d’André Comte-Sponville, premièrement, “athée fidèle”, qui sans croire en Dieu va vouloir sauvegarder les vérités profondes contenues dans la religion (et la révélation) chrétienne. (Il faut vraiment que je relise L’esprit de l’athéisme.) Un peu comme Stephen Batchelor avec le bouddhisme.

Celui de Michaël Fossel, deuxièmement, dont je dois toujours lire le livre Le temps de la consolation.

Et enfin, celui de mon “vieux psy”, qui m’avait ouvert les yeux sur un mécanisme fondamental du deuil: c’est à travers les larmes que vient l’acceptation. Les larmes sont la mesure de notre attachement, et notre tristesse est notre réaction à la réalité de l’absence, la reconnaissance de notre douleur, et par là même, le chemin vers son apaisement.

Bienheureux ceux qui pleurent car ils seront consolés. (Mt 4.5)

N’ayez pas peur de vos larmes, elles sont là pour vous aider, si vous voulez bien les laisser faire.

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Des bribes [fr]

Il y a des moments où je pense à des choses à écrire, et puis ça s’en va. C’est un peu l’automne dans ma tête, avec des feuilles jaunes et rouges et brunes et parfois vertes qui volettent par-ci, par-là.

Ce matin, dans un podcast, un intervenant remarquait que l’on avait été tellement bien éduqués à être des consommateurs qu’on réagissait en consommateurs et non en citoyens aux problèmes politiques ou de gouvernement. Je pense que c’est une remarque très juste, et que c’est grave. On ne résout pas les problèmes politiques en agissant comme des consommateurs mécontents.

Ça me fait penser aux personnes qui “boycottent” les scanners à la Migros. Ça n’a aucun sens, autre que se donner bonne conscience. Ce n’est pas un problème de consommation, c’est un problème d’évolution technologique. On n’a pas sauvé les fiacres en boycottant les taxis. On n’a pas sauvé l’usine à glace en boycottant les frigos.

Ça me fait penser à Paléofutur, le podcast de Laurent. Un excellent podcast en français pour comprendre les enjeux de notre époque!

L’histoire, c’est important. C’est important de pouvoir prendre un minimum de distance historique et critique sur ce qui est sous notre nez. Au risque de répéter l’histoire aveuglément, de ne pas même voir que nous marchons dans les pas de ceux qui sont allés dans le mur bien avant nous. Oh! Un mur! Si on avait su…

L’histoire, c’est l’histoire de notre société et de notre civilisation, mais en tant qu’individus, nous avons aussi une histoire. Notre histoire personnelle. Et nous avons un regard sur celle-ci, qui n’est pas le même à 15, 20, 30, 50 ou 70 ans. Ou 100. Je pense beaucoup aux âges de la vie.

Mon regard sur le monde a beaucoup changé ces dernières années. Et je me demande combien de ce changement de regard est dû à ma mi-quarantaine, dû à mon âge de la vie, et non simplement aux événements récents qui semblent avoir chamboulé ma vision du monde.

Fin 2016, l’élection du 45e président des Etats-Unis, un dénouement impensable et qui m’a laissée dans un atmosphère de cauchemar pendant très longtemps. Pas tant pour le mal que je craignais pour le pays (même si j’y ai des amis et que je suis triste pour eux), mais parce qu’après Brexit, que je n’avais pas vu venir du tout, et ça, mon optimisme et ma foi en la résilience du monde en avait pris un grand coup. Sans compter que derrière tout ça, à un moment où ma carrière dans le domaine était en souffrance, il fallait bien se rendre à l’évidence du rôle important et grave qu’avait joué la désinformation via internet, qui est devenu tout entier “l’internet social/sociable” qui m’avait tant émerveillée il y a 15-20 ans.

Les réseaux sociaux ont le pouvoir de rassembler ceux qui ont des idées semblables, mais malheureusement, les complotistes et conspirationnistes auront toujours plus d’énergie pour faire circuler leur pourriture que les gens relativement raisonnables et sains d’esprit. On voit aussi, dans un environnement où tout est mesurable et où le profit est maintenant le maître-mot (droit derrière, car le profit en dépend, la course à l’attention), que l’exploitation du système est à présent un business, bien évidemment fort lucratif. Tu veux que je fasse circuler telle ou telle idée? Influencer l’opinion vers ici ou là? Polariser les gens sur des questions qui divisent comme l’avortement ou l’immigration? Pas de souci, balance les sous, on va payer des tas de gens dans des bureaux pas chers pour déséquilibrer l’information.

Ça me fout le moral en bas, ça. Et je me dis: est-ce que je vois ce genre de chose et ça me dérange parce que nous vivons effectivement une époque très particulière, ou bien est-ce que mon regard sur le monde est celui de mon âge, est-ce que c’est le propre de tout quarantenaire d’ouvrir les yeux sur le monde autour de lui et de se sentir découragé?

Alors j’en sais rien, vraiment, mais à la lecture du passage sur les âges de la vie dans le livre Comment rester vivant au travail, que j’ai lu il y a un an environ, j’ai pris conscience que l’âge colorait quand même beaucoup notre attitude face à la vie. J’ai perdu espoir que nous étions à l’abri (je pense à l’Iran, souvent), j’ai perdu confiance dans le jugement des hommes (humains), et je crains que les choses doivent maintenant devenir bien plus graves avant de s’arranger. Alors, est-ce parce que nous sommes dans une période plus sombre, ou simplement parce que j’ai l’âge que j’ai?

Parce qu’objectivement, si on prend un peu de recul, il n’a jamais mieux valu être une femme qu’aujourd’hui. Revenez en arrière ne serait-ce que 100 ans. Vraiment? Il vaut mille fois mieux vivre aujourd’hui. #metoo nous ouvre les yeux, mais n’a pas créé une nouvelle réalité. C’est un mouvement qui nous invite à voir et lire autrement ce qui était déjà là. Les choses bougent.

Alors malgré les anti-vaccins, les trumpistes, les voleurs de selle de vélo et les gens qui ne voient pas le problème avec #notallmen, j’essaie de me concentrer sur le verre à moitié plein. Mais c’est pas tous les jours facile.

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J’écris pas [fr]

J’écris pas. C’est pas bon signe. Je fais pas à manger non plus. Enfin bon, là je suis en train d’écrire, donc c’est meilleur signe! Le rangement, c’est pas trop ça non plus. Mais hier soir j’ai fait de l’ordre dans la cuisine afin de pouvoir cuisiner une soupe aux pois jaunes… que je n’avais pas. (Note: passer à la Migros en rentrant.)

Il y a des périodes comme ça où on est en mode survie. Où certaines choses du quotidien deviennent insurmontables. Faire à manger. Où les contrariétés et les tuiles s’accumulent, parfois sans faute de notre part, parfois parce que c’est une conséquence inévitable de nager trop longtemps en mode survie. En vrac: une selle de vélo volée, un balcon à “dénuder” sans délai, une attaque de chat, des impôts qui commencent à chauffer, des proches malades, des imprévus professionnels… Rien d’ingérable, mais quand on n’a pas d’amortisseurs, ça fait vite un peu tape-cul et on s’en prend plein le dos.

Mais que vous ne vous inquiétiez pas. J’écris, là. Je suis allée au théâtre, aussi (voir Une chambre en Inde, que je recommande vivement — en allant 2h avant à Beaulieu, vous pouvez vous mettre en liste d’attente et avez toutes vos chances d’avoir une place), je retourne au cinéma (voire entre autres Les Dames, un film qui tape “juste” je trouve), je reprends le judo, je vais me promener avec mes voisines…

J’ai envie de prendre des cours de pilotage de drône. Oh, je sais que je peux apprendre toute seule (et je me suis déjà amusée un peu), mais faire un cours, ça me plait comme idée. Pour le fun.

J’essaie de me mettre au crochet et au tricotin. C’est sympa le tricotin. Et sur YouTube il y a Jimmy Tricotin.

J’apprends à me ménager un peu plus, au travail comme en dehors. Dire non, bon sang, c’est pas facile, surtout quand tout notre être crie “oui! oui! j’arrive!” J’apprends à me faire violence, du coup, pour me préserver. Ça semble paradoxal, mais c’est bien ça. Je vois à quel point ça ne me vient pas naturellement, de défendre mes intérêts.

J’ai pris conscience que je “cadre” une grande partie de mes activités. Même le plaisir. Sur ma liste de choses à faire, “aller au cinéma” côtoie “faire la compta 2017”. Parce que j’ai le sentiment que si je ne fais pas de me faire plaisir une obligation, je ne vais jamais le faire. Et c’est pas juste une impression. Vous avez vu comme c’est tordu? Je cherche encore la clé.

Je vais donc résister à la tentation de terminer cet article par une liste des choses que je veux faire. Autant je peine à me fixer des objectifs à long terme et à m’y investir, autant mon quotidien semble régi par une succession de mini-objectifs. J’essaie d’apprendre à faire autrement.

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Être libre [fr]

Il faut courir, encore et toujours, mener une vie digne des jours-mois-années comptés qui nous sont donnés, que dis-je, que l’on arrache à coups de hasard au couperet de la mort.

La vie est courte. On ne sait pas de combien. On a la certitude du moment présent, mais après, plus rien. Une crise cardiaque, un caillot au cerveau, une camion qui passe ou un accident con. Une maladie qui d’un coup nous montre le bout de la route.

Alors il faut en profiter.

Mais comment?

Il faut faire, faire, construire des cathédrales gravées de notre nom, qui garderont durant des siècles la trace d’une petite vie vécue, petite vie insignifiante, comme tant d’autres, toujours trop courte avant de retourner au néant.

On s’accroche, on s’accroche. On l’aime bien, notre petite vie, même si on ne sait pas trop à quoi elle sert. Elle est là, on ne voudrait pas qu’elle ne soit plus.

Nous sommes les chanceux. Coupables survivants, condamnés à “faire quelque chose” de leur vie, à ne pas la gaspiller, chanceux, toi qui as ce que tant d’autres ont perdu, tu te dois d’avoir du sens, d’en fabriquer, de ne pas vivre en vain.

L’absence de mode d’emploi donne une liberté presque absolue, mais étouffée sous le poids du devoir, de l’obligation, de la peur de disparaître. La peur de ne pas être là pour voir notre souvenir s’effacer du quotidien de ceux qui nous étaient chers, de voir le monde continuer sans nous, impensable, en un battement de cils, on aurait presque pu ne pas venir du tout.

Quelque part, ma liberté, tu piaffes dans les starting-blocks en attendant que je fasse quelque chose de toi. De liberté tu deviens carcan, car il faut il faut il faut. Ce serait si dommage de ne pas en profiter.

Sois libre!

Cahin-caha, les années passent, que l’on sache ou non ce qu’on est en train de faire. Avancée inexorable sous le joug de cette injonction paradoxale, appel d’air qui nous embarque qu’on le veuille ou non. Il faut y aller. Pas le choix. Mais comment? Trop de choix.

Mieux vaut tout faire, de peur de laisser échapper ce qui enfin donnera sens à tout ça.

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Je crois au hasard [fr]

Je crois au hasard. Notre route est semée de carrefours et d’aiguillages dans lesquels on s’engouffre pour mille et une raisons, des raisons intérieures, des raisons extérieures. Si les raisons intérieures peuvent avoir du sens, je crois profondément que les raisons extérieures en sont dénuées.

Il n’y a pas de sens hors de nous qui guide notre vie. Il n’y a pas de destin, de force extérieure qui pose les pièces ou nous pousse ici plutôt que là. Mais il y a du hasard. Beaucoup de hasard.

Et peu de certitudes mise à part notre finitude.

Ce n’est pas confortable, de croire que le monde est comme ça. Formulé ainsi, cela donne l’impression que c’est un choix, une décision lucide, mais il n’en est rien: c’est une évidence. Tout comme pour d’autres l’existence de Dieu est une évidence qui ne se démontre ni ne s’argumente, pour moi la non-existence d’autre chose que la matière qui compose notre monde l’est aussi.

Le monde et la vie n’ont pas de sens en eux-mêmes. Ce qui est arrivé aurait très bien pu ne pas arriver. Les événements qui ont changé le cours de nos vies tiennent parfois à un fil. Un fil aléatoire, plutôt qu’un fil qui nous confirmerait l’intervention d’une main divine au sens large. Nous sommes de petites coques de noix ballotées sur les vagues, qui faisons de notre parcours une histoire qui semblerait nous mener quelque part, alors que le prochain remous peut tout à fait nous couler ou nous envoyer valser dans l’autre direction.

Ce n’est pas confortable. C’est même très inconfortable.

Et ça ne mène nulle part, parce qu’on meurt à la fin, parce que tout le monde va mourir un jour ou l’autre, parce qu’on a beau se reproduire et tenter de sauver la planète, un jour notre terre sera inhabitable, et la vie disparaîtra, et il n’y aura plus rien, et nous ne serons pas en train de parcourir l’univers comme dans les romans de science-fiction en laissant notre planète morte derrière nous, parce que le paradoxe de Fermi (vous connaissez?), enfin pas “parce que” le paradoxe précisément, mais en y réfléchissant, y’a bien des chances qu’on soit tout seuls dans l’univers ou que personne ne fait jamais contact, ce qui fondamentalement revient au même. Et puis bon, un jour l’univers tirera sa révérence, de toute façon, et il n’y aura plus rien de rien nulle part et personne pour le voir.

Et moi là-dedans, je fais quoi? Je la mène où, ma vie? Elle sert à quoi? Ces questions et tant d’autres m’emprisonnent dans des schémas dont je me passerais bien. #vagueblogging, un peu, parce que je peux.

Que personne ne s’alarme. Cet inconfort, il m’accompagne depuis le début de ma vie d’adulte, et peut-être même avant. S’il y a là un fond de désespoir existentiel, que je reconnais volontiers, il ne tend pas à l’autodestruction. Il tend à la quête, la quête, encore la Quête: pourquoi, comment, pour quoi, où vais-je. Je m’accroche aux réponses que je trouve, même si je sais qu’elles sont mal arrimées. Elles me permettent de flotter un peu et d’oublier la profondeur infinie de l’eau sous mes pieds.

Et qu’est-ce que ce serait plus confortable de croire qu’il y a un sens à tout ça, un ordre qui nous dépasse, une raison d’être là.

Mais je ne peux pas.

C’est ainsi.

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J’ai adoré le hammam [fr]

Quand je vais aux bains thermaux, ce que j’aime le plus c’est le “hammam”. Chaud mais pas trop, plein de vapeur, juste comme il faut. Mais je n’étais jamais allée dans un “vrai” hammam. Aujourd’hui, c’est chose faite. Avec une amie, on est allées ce matin au hammam “Le charme de l’Orient” à Pully.

C’était super, et j’ai bien envie d’y retourner et d’y entrainer toutes mes copines (vous êtes prévenues!).

Comme j’avais un poil d’anxiété “saut dans l’inconnu” par rapport à me rendre dans un hammam la première fois, j’ai décidé de mettre par écrit ce que j’aurais aimé pouvoir lire avant d’y aller. Je précise que tout s’est bien passé, justement, et qu’il n’y avait pas de raison de s’inquiéter! Mais l’inconnu me fait toujours un peu peur.

D’abord, on appelle pour réserver (se pointer comme ça peut se faire, mais risque de se faire refouler à la porte s’il n’y a pas de place). C’est comme le coiffeur ou l’esthéticienne, on prend rendez-vous. On peut y aller seule ou en groupe (je recommande de prendre des copines avec).

A l’entrée, on met des chaussons sur ses chaussures, et on va aux vestiaires. Un casier, un peignoir, des pantoufles, un ligne et un petit slip en papier par personne. On peut donc ranger ses affaire en sécurité, et il n’y a rien besoin d’amener de spécial. Je recommande d’ôter colliers, montre, bracelets, boucles d’oreilles.

On nous mène ensuite dans la salle pleine de vapeur. Petite douche (avec le slip en papier et sans savon), la dame nous enduit le corps de je-ne-sais-quoi (debout), et on va s’installer sur le petit linge préparé à notre intention sur le banc, les pieds dans une bassine d’eau chaude.

Une citronnade à la main, mon amie et moi papotons, papotons, papotons, pendant que la salle se remplit progressivement de plus en plus de vapeur. On finit par ne plus rien y voir! La vapeur diminue ensuite, on touche le fond de la citronnade, et la dame revient pour le gommage.

Ça c’est le bout qui m’inquiétait un peu et me semblait très “l’inconnu”. L’idée, c’est qu’après avoir bien gogé dans la vapeur, on va ôter les cellules mortes à coups de gant de crin. L’idée me faisait frémir un peu. Mais en fait, c’est surtout un massage assez vigoureux et très agréable, certes avec gant de crin, mais ça craint pas autant (il fallait que je la place) que dans mon imagination. Ma peau de blonde fragile a survécu, ça n’a pas fait mal, rien.

Il faut savoir qu’on se fait masser sous toutes les coutures, y compris les fesses, l’intérieur des cuisses, les seins, sous les bras, bref, la totale. Mais c’était vraiment le “clou” de la séance, pour moi. Elle fait le visage aussi, mais doucement, et de nouveau, ma peau a supporté, la vôtre n’a rien à craindre.

Après avoir laissé la moitié de son épiderme sur la table de massage, on se douche (shampooing et gel douche à disposition), on remet son peignoir et ses pantoufles, on sort de la vapeur et on va larver sur les canapés (prévus pour s’y allonger!) avec une petite théière de thé marocain.

Ça aussi c’est super: quand on va quelque part pour un massage, généralement, une fois la séance finie, on se rhabille et on sort. Là, on peut continuer à végéter et papoter, à choix. Je me suis en fait endormie!

Mon amie a ensuite fait une épilation. Moi je suis restée à ne rien faire, ce dont j’avais bien besoin. C’était vraiment une très bonne expérience, et je vais y retourner 🙂

 

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LR/Transporter: Renaming Files With Excess Whitespace in Lightroom CC Classic [en]

I’ve spent a large chunk of my leisurely holiday in Pune trying to continue my “return to Lightroom“. Amongst the various problems I’ve had to solve, one of them was that many of the filenames in my library had one or two leading spaces. How, why? I don’t know. But it creates problems when you want to match files by filenames to weed out duplicates (with Photosweeper for example).

Here’s how I did things, using a plugin called LR/Transporter, and messing with .csv files. Warning: don’t do this if you don’t understand what you’re doing — you can really mess things up!

Adapted from my post on the Lightroom Queen forum:

  1. I sorted my whole catalog by file name so that those with the leading spaces would be listed first, and selected them.
  2. I used LR Transporter to export File name + file name base to a file
  3. I edited this file in Numbers (Excel messed up the encoding, some of my file names have accented characters in them, Google Sheets removed the leading whitespace)
  4. Copied the column containing the base file name to another table, did a search and replace for two spaces to remove them
  5. Trickier: what about one leading whitespace? Some of my filenames have spaces in them, so I can’t just “remove spaces”. I used the “concatenate” function to add a second leading whitespace to those files, then did another search and replace for two spaces, then copied the formula results back onto the original cells.
  6. I now have a two-column spreadsheet with the filenames (whitespace included) in the first column, and the second column has the base filename with leading whitespace stripped off.
  7. I export as CSV after having removed extra columns and empty cells
  8. In Lightroom, I go back to my selected photos, and Import metadata with LR Transporter: I map the “file base name” field to a metadata field that I don’t use, but that can be used as an “ingredient” in a file renaming preset. I chose “Instructions”.
  9. After import, these files should all have their future filename base listed in the “Instructions” field.
  10. Rename the files, composing the new name with the metadata field that has been used to store the whitespace-stripped base filename (in my example, “Instructions”)
  11. After that, just empty the “Instructions” metadata field if you wish!

Hope this might come in handy to someone!

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Sleep With Me Podcast [en]

It’s 11pm. It’s 30 degrees on my windowsill. The cat is dripping off the couch like a Dali watch. I slept all afternoon, because of a short night, and woke up at 8.30pm.

Tomorrow I take my car and go to work. It feels a little unreal, because it’s so hot that Switzerland is turning into a tropical country, and I’m thinking of installing a ceiling fan, and mosquito nets, because even though mosquitoes aren’t a problem now, in a few years they will.

Caught in a mildly dystopian SF short story.

There is a warm breeze that sometimes makes it onto the balcony where I’m writing. Sometimes. Tonight I will sleep with the fan on.

On Wednesday morning I will flee to the chalet, where it’s 10 degrees cooler. I will work from up there. I will sleep. The cats won’t like the commute but I know they’ll appreciate the temperature change too.

The other day I was listening to the episode The Shipping Forecast on the 99% invisible podcast. I like this podcast because it’s super interesting, and also because (paradoxical, I know), I use it to go to sleep when I have a hard time falling asleep. I’m not alone (listen to the episode). It’s a bit annoying because I end up having to relisten to episodes I fell asleep to, but it works really well.

Seems many enjoy falling asleep to the sound of the shipping forecast. Roman Mars does a reading at the end of his episode, and indeed, I was almost asleep by the end. On this episode, he introduced us to Sleep With Me, a podcast designed on purpose to help people go to sleep. I’ve used it a few times and it’s wonderful. I can’t make head or tail of what Drew is talking about, but it works great. The added bonus is that I don’t feel bad about falling asleep in the middle of the story, as that’s what it’s designed for! From a storytelling point of view I’m fascinated by how meandering the narration is. All over the place, just like your brain when it wanders off before pulling the curtains for the night.

If you have trouble going to sleep, whether because of the heat or thoughts running around in your head, I definitely recommend trying it.

 

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