Sept mois sans Tounsi [fr]

[en] Grieving Tounsi, 7 months in.

Aujourd’hui je me sens vide plutôt que triste, mais quand je plonge mon regard dans ce vide, je vois qu’il est encore rempli de larmes qui ne veulent pas sortir. Ah, mon petit deuil de chat. A l’échelle des drames de la vie, ça paraît bien mineur. Mais à l’échelle de la peine dans mon coeur, c’est clairement majeur. On ne fait pas de concours de peine. Chacun la sienne ou les siennes, la peine c’est la peine. On doit vivre avec.

Vivre avec l’absence, l’absence irrémédiable. Je n’y pense plus trop, à vrai dire, mais dessous, la peine est là, et je me traine, dans mes jours, mes nuits aussi parfois. Mes semaines et mes mois et mon absence de chat. J’aimerais ne plus avoir de peine. J’aimerais qu’il y ait de la place dans mon coeur pour Erica, mais je vois bien que c’est trop tôt, et ça me fait double peine, du coup. J’aimerais pouvoir penser à mon drôle de chat gris et blanc avec tendresse et sans fondre en larmes, sans vouloir si fort son retour qui n’aura jamais lieu.

Ce qui reste de lui est un tas de cendres dans une petite boîte au pied de mon lit. Le poids de son petit corps doux et chaud au coin de mes pieds dans le lit me manque. Son regard vif et plein d’intention quand il me regardait. Sa manière presque nerveuse de faire sa toilette. Ses bonds à travers le jardin pour répondre à mon appel. Ses postures improbables, son vendre si doux et blanc, ses pattes fines, sa truffe rose qui passait de pastel à fraise tagada. Son intérêt pour tout ce qui se passait autour de lui. Lui, quoi. Tounsi me manque. En sourdine, la plupart du temps.

J’en suis là: au fond, je refuse toujours d’accepter sa mort. Ça viendra, un jour, ce sentiment d’être en paix avec les choses contre lesquelles on ne peut rien. Le temps, les larmes. Mais je suis pressée car j’en ai marre d’avoir mal, et être pressé, ça ne fait pas avancer.

N’en déplaise à certains, je vois le deuil comme quelque chose à travers lequel on avance. On accepte de plus en plus. Et en acceptant plus, la douleur s’atténue. L’absence reste, le manque aussi, et la tristesse, mais la vie reprend. Et là, à force de vouloir m’arracher, j’ai l’impression de m’enliser dans les limbes. A chacun sa façon d’avancer. Et de deuil en deuil, le chemin varie.

A la mort de Tounsi, je croyais savoir où j’allais. J’avais déjà perdu Bagha, ce qui m’avait semblé insurmontable. Et je l’avais surmonté. Mais là, je ne sais pas trop où je suis. Ai-je oublié? Ai-je pris ma peine trop à la légère, alors même que j’essayais de lui donner sa place? Est-ce que simplement, chaque chat, chaque relation, chaque séparation étant unique, il faut à chaque fois se frayer une voie nouvelle vers la sérénité?

Je n’avais pas d’impatience après la mort de Bagha. Je crois, au contraire, que j’avais explicitement décidé de me donner le temps. Le temps d’être bien dans ma vie sans chat, je disais. Je voulais que ça prenne du temps.

Aujourd’hui, c’est moins simple. Il y a mon vieux Quintus, toujours, et Erica qui s’est retrouvée parachutée ici, à un moment que ni elle ni moi n’avons choisi. Ce n’était pas le bon moment, pour plein de raisons, mais c’était le sien. Alors elle est là. Il y a Fripouille, aussi, qui vient en pension pendant les vacances de sa maîtresse.

Ma vie sans Tounsi ne ressemble en rien à ma vie sans Bagha. Je prendrai le temps qu’il faudra pour être triste. Pour accepter, peut-être, un jour, que j’ai dû tenir dans mes bras mon drôle de chat gris et blanc et le regarder mourir.

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Tounsi: Hope Is Easier Than Grief [en]

[fr]

Une réflexion sur l'espoir et le deuil. Souvent, l'espoir est ce à quoi l'on s'accroche par peur de souffrir. Il vaut mieux faire face à cette souffrance, mais garder de l'espoir dans nos actions. Par exemple, en acceptant qu'un chat malade risque de mourir, mais en faisant tout ce qui est possible pour le sauver. Ou qu'un chat disparu est peut-être mort, tout en étant actif dans nos recherches.

On n'aime pas que les gens soient en peine, on veut leur proposer un remède pour les en sortir. L'espoir semble pouvoir jouer ce rôle. Mais il vaut mieux peut-être simplement les accueillir dans leur peine.

This is what I was thinking, after dropping off Tounsi at the Tierspital, our national animal hospital and veterinary school, at 3am just before New Year’s Eve.

I have noticed that in the face of hardship and pain, many want to offer hope. But I think we need encouragement to grieve, rather than hope. Even though I am pessimistic by nature, I find it easy to hope. It’s something you can cling to to avoid the pain. Depending on the shape it takes, it can even be fodder for denial.

Grief, on the other hand, is hard. It takes courage to dive into the pain. You need to trust that it is the way out, or at least forward.

When I got the preliminary diagnosis for Tounsi, I knew it was very bad. I know there were high chances he was going to die. There was still hope, though. Sometimes it is possible to dissolve the clot, and depending on how far along the underlying heart condition is, the cat can go on to have a few more months or years with decent quality of life.

I could have refused to grieve and hang on to this hope with all my might. This is what people around me wanted me to do. Don’t be sad! Don’t consider him dead already! You have to hope!

Let’s get one thing out of the way: I’m not superstition. I don’t think that hoping or giving up hope per se has any incidence on an outcome. I don’t think telling your friends about a job or flat you’re hoping to get will jinx it. I do accept, however, that our internal state (hope or not) influences our actions, and can in this way have an impact on an outcome.

Understanding this, I did what I think is the most sane thing to do in this kind of situation: separate emotions from actions. Let me explain what I mean by that.

  • Emotions: there was a high chance Tounsi wasn’t going to make it. I knew it. So I grieved, already. Trying to suppress my grief and hold on to the meagre hope he would be OK would have made me extremely anxious. Often, it’s better to face the pain and deal with it than have to deal with the anxiety that comes out of trying desperately to avoid it because you’re scared.
    I cried so much in those two days Tounsi was in the hospital. I stopped on the motorway to cry. I cried at home, along with Quintus. I cried when I visited Tounsi, and when I got news that there was no real improvement. All this crying helped bring some acceptance to the very serious situation Tounsi was in.
  • Actions: there was a hope that Tounsi could beat the clot, with the help of the medications he was getting. This chance was not so small that it was not worth putting him through the discomfort he was in. So when it came to my actions and decisions about him, I bet on hope. I could have put him down immediately, and we discussed this with the vet. As his pain was under control, we decided it was worth it (and ethical) to give him a chance. To hope.
    And when the situation changed (another clot to the kidneys that sent him into kidney failure), I was more capable of accepting it, because I’d been processing my grief in parallel, and making the decision to end his suffering, although it ripped my heart out. I did not find myself in the situation I have seen some cat owners, where the decision to end the cat’s life is the obvious one, because there is no hope left, but they just can’t let go, because they are unprepared.

A parallel “cat situation” is when a cat is missing. Emotionally, it is important to process fears that something bad has happened to the cat. These fears may be rational or not, it doesn’t matter: they are there. They are the fears of pain and loss and grief, and the earlier one faces them, I think, the better off one is.

It doesn’t mean that one should consider one’s cat dead as soon as it doesn’t show up one evening. But if a missing cat puts one in an immediate panic, as it used to do to me, it might be worse facing the fact that pretty much whatever happens, we’re at some point going to have to deal with the cat’s death. I remember the time when I couldn’t even entertain this idea.

Cats are there so we can love them, and they die so we can grieve them.

When it comes to actions, however, one must hope that the cat is not dead: call the shelters, the vets, put up flyers, talk to neighbours, call, search, ask people to open garages and cellars. Even if the place one is emotionally is facing the possibility the cat is dead.

I think loving a pet can teach us a lot about grief and loss, if we’re willing to listen.

So, next time you see somebody who seems to have abandoned hope – maybe they don’t need to be encouraged to hope more, but supported in their grief, so that they can free their actions from the weight of fear.

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A la fois plus et moins qu’une semaine [fr]

[en] A week. More if you look at when I dropped Tounsi off at the Tierspital and understood how bad things were. A few hours less, if you look at his last breath in my arms. The unending flow of tears has given way to a heavy stone in my chest which slows me down, and breaks my heart in two when I look at my darling Quintus. I will write about how special Tounsi was to me, as I did for Bagha. But another day, when I have more words left.

Mon Tounsi… Une semaine. Un clin d’oeil, une éternité. Je suis perdue dans le temps sans toi. Tes entrées et sorties, tes allées et venues, tes expéditions gastronomiques: tout ça rythmait nos journées, à Quintus et moi.

Absence

Mon Tou-touns’ que je n’appellerai plus jamais, pour le voir arriver en trottinant, les coudes un peu à l’extérieur, la bouche rose en sourire. Tounsi qui m’appelait, parfois, dehors, quand je ne l’avais pas vu et que lui se sentait un petit peu perdu. Attends-moi! J’arrive! Je répondais, il arrivait en bondissant à travers les buissons.

Aujourd’hui était un jour de peu de larmes. Un jour presque normal, si je fais abstraction du gros caillou au fond de mon coeur, qui me ralentit parfois tant que je m’arrête, qui m’empêche de voir ne serait-ce que jusqu’à demain, qui me prive d’une partie de ma tête. C’est le caillou de la révolte, celui que je pourrais lancer pour briser les fenêtres de l’injustice, l’injustice de cette mort “trop tôt”, de la maladie qui ne laisse pas de chance, de ce diagnostic à côté duquel on a passé mais qui n’aurait probablement finalement rien changé, ou si, ou pas, mais qu’importe, car Tounsi est mort et rien ne le ramènera.

Sad Steph and Quintus

C’est le caillou de la peine qu’il me peine d’admettre, quand je regarde mon vieux Quintus, qui est encore là, lui, alors que Tounsi ne l’est plus. Le contraire n’aurait sans doute pas été moins douloureux (j’ai encore au ventre mon désespoir quand j’ai cru perdre Quintus), mais aurait au moins donné la consolation d’être dans l’ordre des choses. Voir partir Tounsi avant Quintus, c’est très dur à accepter.

Avec ces jours de moins de larmes à travers lesquels je traine mon coeur et mon caillou, Tounsi me manque. Le choc s’atténue, la séparation se fait plus sentir. La douceur extraordinaire de sa fourrure. Sa bouche un peu ouverte alors qu’il dormait. Ses petits bruits, gémissements ou proto-ronronnements, quand on le caressait. Le petit spasme de sa patte quand la main passait sur son épaule. Son regard rond de billes aux aguets, son adorable truffe rose, qui pouvait passer de pastel à fraise tagada suivant son état. Sa queue longue et élégante, souvent dressée au ciel durant ses déplacements, sagement rangée entre ses pattes arrières durant la sieste, ou enroulée en colimaçon tout serré sur une cuisse. Queue expressive, dont le bout s’agitait facilement, à la différence de celle de Bagha ou de Quintus, se contentant de battre les grands tempos.

Tounsi attitude

Tounsi était un chat spécial, particulier, même, a dit une fois sa vétérinaire. Pas tout à fait aussi par-ti-cu-lier que Zad, mais pas mal dans son genre quand même. Ma peine me dit que jamais je ne croiserai de chat aussi extraordinaire. Ce sentiment, je le connais. Il m’a habitée très fortement après la mort de Bagha. Et pourtant Tounsi a croisé mon chemin. Est-ce que je collectionne les chats extra-ordinaires, ou est-ce donc une caractéristique qui vient habiller tout chat récemment décédé? Avec l’absence, c’est l’irremplaçable, l’individualité, ce qui rend ce chat différent, qui ressort. Différent en tant que chat, différent dans sa relation avec moi.

Alors je vais vous raconter Tounsi. Et vous raconter notre histoire, parce que c’est un peu dur de faire l’un sans l’autre. Mais ce sera pour un autre jour, parce qu’aujourd’hui je crois que j’ai utilisé tous mes mots.

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Les jours passent sans Tounsi [fr]

[en] Days without Tounsi are going by. Less tears by the day. I learned a lot about grief when Bagha died, and I am reaping the benefits today. I think we should be able to wish each other "good grieving", when the time comes. Because knowing how to grieve is such an important skill.

Tounsi en hautUn jour il y aura un jour sans larmes. C’est bête, mais je le redoute. Chaque matin passe un peu plus de temps avant que je pleure mon chat. Je suis en train de me faire à son absence. Et alors que je sais bien que c’est nécessaire, me faire à son absence signifie l’accepter – et je ne suis pas encore prête. Alors je pleure encore.

Je vais bien, compte tenu des circonstances. Vous êtes nombreux, nombreux, à m’avoir fait part de votre sympathie, sur Facebook et ailleurs. Je l’apprécie infiniment. C’est con, hein, mais je vais m’en rappeler: en temps de deuil, ce ne sont pas vraiment les mots qui comptent, mais le fait qu’il y ait des mots. Même les formules convenues font du bien.

Mon appartement est plein de rappels de Tounsi. Je n’ai pas touché à grand chose. J’ai ôté l’élastique qui l’empêchait d’ouvrir le frigo. Petit à petit, je rangerai. Le carton au milieu du salon disparaîtra. Les perchoirs d’observation se rempliront de plantes. Les taches laissées par sa truffe sur la fenêtre seront nettoyées. Les derniers marquages aussi. Je trouverai quoi faire de ses croquettes, des médicaments qui restent, des jouets. Quintus et moi retrouverons un nouvel équilibre, pour le temps qu’il nous reste ensemble.

Avec la mort de Tounsi, je me prépare aussi à me retrouver “sans chat” quand ce sera au tour de Quintus. Le plus tard possible, j’espère. Mais il a quand même 16 ans.

Tounsi et Quintus

Quintus ne semble pas souffrir outre mesure de la disparition de Tounsi, si ce n’est que son absence change le déroulement de son quotidien. Je crois que la présence de Tounsi le stimulait à bouger – je dois donc prendre plus sur moi.

Je repense à Bagha, ces jours. Et je me retrouve parfois à vouloir dire Bagha pour Tounsi. Bagha était jusqu’ici mon chat mort. Maintenant j’en ai deux. Comme je l’avais fait pour Bagha, je veux raconter Tounsi. Mettre par écrit qui il était, ce qui le rendait si spécial pour moi. A la mort de Bagha j’avais un gros regret: ne pas avoir plus de vidéos de lui. C’était en 2010. Avec Tounsi, c’est presque le contraire. J’ai des milliers de photos et certainement des heures de vidéo. Le temps du deuil, pour moi, c’est aussi le temps de prendre le temps d’en faire quelque chose. On verra quelle forme ça prend.

J’avais prévu de monter au chalet lundi. Je vais retarder de quelques jours, histoire d’avoir retrouvé un peu de stabilité ici avant de partir. Ça va être dur à nouveau quand je serai là-haut sans Tounsi.

tounsi au chalet

Bien entendu, ces jours, je réfléchis beaucoup au deuil. Le grand cadeau de la mort de Bagha avait été de pouvoir vivre pleinement son deuil – si vous connaissez mon histoire personnelle vous saisirez l’importance que ça a pu avoir. Maintenant, le deuil me fait moins peur, et c’est peut-être aussi pour ça que j’ai l’impression que ça va “vite” pour Tounsi. C’est un peu déstabilisant.

Je regrette qu’on ne souhaite pas “bon deuil” aux gens. On devrait. Il faut arrêter de voir le deuil comme quelque chose à éviter, dont il faut sortir le plus vite possible, voire fuir en se perdant dans autre chose. Alors certes, c’est nécessaire parfois par moments pour continuer de fonctionner, mais mon expérience est que plus on accepte de s’y plonger, et de sentir les émotions que le deuil nous amène, plus on est justement capable de fonctionner en dehors de ces “montées de peine”, et plus celles-ci sont gérables.

On peut choisir ces moments pour se laisser sentir. J’ai dû le faire ce week-end, totalisant passé 8 heures de route en moins de 48 heures. On ne peut pas conduire quand on est pris par le chagrin. Mais on peut s’arrêter, le temps qu’il faut, s’abandonner au chagrin, et ensuite vient un moment de répit où l’on peut fonctionner. Si on accepte de pleurer, vient un moment où ça se calme.

A l’époque de la mort de Bagha, mon psy m’avait dit qu’une bonne crise de larmes, où l’on pleure sans retenue à grands sanglots, ça dure (physiologiquement) max 20 minutes. En cherchant une source pour ce chiffre, je suis tombée sur cette page “comment pleurer pour vous soulager” qui semble plutôt bien faite (ça me fait un peu mal de mettre en avant une page de WikiHow mais elle me paraît utile). J’avais trouvé rassurant de savoir que ça s’arrête, parce que quand on est au fond de notre peine, on a le sentiment que ça ne va jamais s’arrêter.

sleepy tounsi

Le deuil fait partie de la vie. C’est quelque chose qu’on traverse tous à un moment ou un autre. Lorsque j’ai lu “Apprendre à vivre”, de Luc Ferry, un livre qui m’a beaucoup aidée par rapport à ma quête de sens dans la vie à la lumière de l’inévitabilité de la mort, l’essentiel que j’en avais retiré était qu’apprivoiser le deuil, pouvoir accepter les “jamais plus” de la vie, petits ou grands, était le travail d’une vie. Le sens, c’est ça.

On devrait se souhaiter bon deuil. Car le deuil peut être bon, ou moins bon. Et on le souhaite bon pour ceux qu’on aime.

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Tounsi était mon truffinet d’amour [fr]

[en] I had to put my beloved Tounsi to sleep last night. FATE, saddle thrombosis. I am heartbroken. There are some details on his Facebook page. I can't believe he's gone. I've cried myself out of tears again and again.

Pretty Tounsi

J’ai eu du mal à l’aimer, au début. Je ne semblais pas vraiment l’intéresser. Il ressemblait un peu trop à Bagha, de loin, sur le canapé. J’avais surtout craqué pour son pote de refuge, Safran. J’avais même entrevu l’ombre de la possibilité de prendre à sa place un joli noir et blanc qui avait juste refait surface au refuge, mais il était déjà dans son panier et je ne pouvais me résoudre à penser à le laisser.

Tounsi était un chat spécial. Oui, tous les chats le sont, mais certains plus que d’autres. Beaucoup de personnalité. Une presence presque humaine. Beaucoup de volonté. Des challenges tant médicaux que comportementaux, qui m’ont menée à beaucoup m’investir pour lui, ce qui n’a fait qu’augmenter mon attachement au fil des années. Il était vraiment mon amour de chat.

Nous avons été ensemble cinq petites années. Mais il y a eu tellement de vie durant ces années que ça me semble être au moins le double. J’ai le coeur en mille miettes. Perdre Bagha a été terrible, et c’était brutal, mais il avait 14 ans, et je savais que chaque mois de plus ensemble était un mois de bonus. Tounsi n’avait que 7-8 ans. Je pensais avoir encore de longues années en sa compagnie. Récemment, j’étais plutôt à penser à la disparition possible de Quintus, qui même s’il est en bonne santé mis à part sa cécité, son arthrose, et son début d’insuffisance rénale, accuse quand même bientôt 16 ans.

Là, en trois jours, c’est fini. Vendredi matin, Tounsi a fait une thromboembolie aortique. Un caillot de sang s’est logé là où l’aorte se sépare en trois pour aller dans les pattes arrières et la queue, et a coupé la circulation. Pattes paralysées, grande douleur – mais en bon chat Tounsi n’a rien montré, et moi je n’ai rien vu, parce qu’il avait fait une crise semblable au début du mois avec paralysie partielle d’une patte, qui avait passé toute seule, et qu’on avait ajouté au tableau “épilepsie idiopathique”, le diagnostic sur lequel on s’était arrêtés pour expliquer les étranges mouvements de patte du Touns’. Ce n’est que le soir que j’ai noté que sa respiration n’allait pas et qu’il montrait peut-être des signes de douleur.

Vétérinaire de garde, Tierspital, diagnostic. Les détails sont sur sa page Facebook. Samedi, dimanche, désespérément stable, si ce n’est que l’oedème pulmonaire avait été résorbé et qu’il respirait sans oxygène. Pattes toujours sans circulation, paralysées, muscles durs, coussinets bleus. Hier soir, appel du Tierspital. Ses reins ont lâché, probablement un nouveau thrombus. J’ai le temps de faire l’heure de route jusqu’à Berne, la quatrième fois en moins de 48 heures, pour lui faire mes adieux et le laisser mourir dans mes bras, parce qu’il n’y avait plus d’espoir, parce qu’il souffrait, parce que c’était le moment.

Je pensais encore avoir quelques jours, on se donnait jusqu’à la fin de la semaine pour voir si la circulation revenait dans ses pattes – mais même si ce miracle s’était produit, la source des thrombus (maladie cardiaque avancée, tumeur) ne nous donnait de toute façon pas grand espoir pour la suite.

J’ai beaucoup pleuré depuis la nuit de vendredi à samedi. Plus d’une fois je me suis vidée de mes larmes. Sur la bande d’arrêt d’urgence de l’autoroute qui quitte Berne, personne ne vous entend crier votre peine. Je crois que je savais dès le début comment ça se terminerait. Mais je ne pensais pas que ce serait aussi brutal. La dégringolade. Les derniers morceaux de mon coeur abandonnés sur les aires de repos entre Lausanne et Berne. Et une absence de chat proportionnelle à la place que prenait Tounsi dans ma vie.

Je suis sous le choc, bien évidemment. Ça va, parce que j’ai passé par là avec Bagha, et je sais qu’un jour il y aura un jour sans larmes, je sais que la peine s’estompe, je sais que la vie reprend son cours et qu’on se fait à l’absence. Ça fait mal, aussi, de s’y faire. Mais on s’y fait.

Mais là je navigue entre désespoir et moments où je me sens sereine, shootée au déni, merveilleux mécanisme de défense qui prête au monde une couche d’irréalité, qui nous permet de fonctionner, mais qui peut se retourner contre nous si on s’y accroche trop. Alors je pleure, je me vide de mes larmes encore une fois, j’accepte un bout de plus cette nouvelle réalité qu’est la mienne, et je repars pour un moment. Les larmes se rempliront, bien sûr. Et je recommencerai.

Je regarde mon appartement et tout ce qui y est “pour Tounsi”. Le grand arbre à chat avec le panier dans lequel il aimait dormir. “L’échelle à chat” faite de deux meubles IKEA bricolés. Le carton de jouets, que j’ai rangé enfin l’autre jour, plein de nouvelles cannes à pêche achetées exprès pour lui, et dont Quintus ne peut profiter, car il est aveugle.

Tous les aménagements faits pour nourrir deux chats avec des appétits et des régimes différents. Les coussins et espaces où il se tenait. Ça m’a donné l’idée d’un projet photographique sur l’absence.

Il y a des moments, inévitables, où je pense au prochain chat. Comme la dernière fois, je vais attendre. Attendre d’être bien dans ma nouvelle vie sans mon Tounsinet. Mais ces idées me traversent l’esprit. Et ce nouveau chat qui s’invite timidement dans mon imagination, je vois tellement bien que c’est un remplacement de Tounsi. Je veux le même. Je ne veux pas accepter d’être sans lui. Ces idées ne sont qu’une des formes que prend le déni, le refus d’accepter.

Je suis préoccupée par des questions pratiques: quelle routine Quintus et moi allons-nous établir, sans Tounsi? Comment vais-je le nourrir, maintenant que la gamelle à puce n’est plus nécessaire, que je peux contrôler entièrement ce qu’il mange? Etait-ce important pour lui, pour son équilibre, sa santé, qu’il partage sa vie avec un autre chat – ceci d’autant plus qu’il ne sort presque plus?

J’entrevois aussi les soulagements, les pendants à la liberté dont j’avais su profiter durant mon “année sans chat”. Tounsi était un chat beaucoup plus contraignant que Quintus. Fini les problèmes de marquage dans l’appartement. Fini les expéditions nocturnes pour le récupérer du côté du Gras Haret. Je n’arrive pas à m’en réjouir – et ce ne serait pas juste, aujourd’hui. Mais je sais que le jour viendra.

Le deuil n’est pas un processus linéaire, c’est une série d’allers-retours entre des états assez différents. Ça zigue et ça zague, de moins en moins à mesure que passe le temps. Il faut juste s’accrocher dans les contours, faire preuve de courage pour rester en selle, et garder confiance que même lorsque le tunnel paraît sans fin, lorsque le bleu du ciel ne nous fait plus rien, que la vie a perdu tout goût et que le peu de sens qu’on avait grappillé au fil des années semble s’être envolé à jamais, on est en train de faire ce qu’il faut faire. On serre les yeux, on plonge dans sa peine, à la mesure de notre attachement, et on se laisse porter un bout plus loin.

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Faire preuve de courage face au deuil [fr]

[en] Being brave in grief is not hiding outward displays of pain or sadness. It is, quite on the contrary, daring to face the full extent of our pain. That is way more scary than sticking a lid on things and pretending it's ok. (Inspired to write by this article).

Quand on parle de courage dans le contexte du deuil, on entend généralement ça dans le sens d’être “fort”, à savoir ne pas montrer à l’extérieur l’étendue de sa peine ou de sa détresse.

Mais le vrai courage, face à un décès ou une perte qui bouleverse notre existence, c’est d’oser sentir combien ça fait mal, combien on souffre, combien on est triste et désespéré. D’oser sentir le trou béant de l’absence, que la vie a perdu tout son goût, qu’on ne peut pas imaginer aller de l’avant ainsi. Sans.

Neige et chalet 126 2015-01-18 17h40

Notre douleur est à la mesure de notre attachement. Et c’est uniquement en prenant la mesure de celle-ci, en seaux de larmes, qu’on peut espérer accepter cette inacceptable absence.

La tristesse, c’est en fait le signe qu’on accepte un peu plus. Le refus de faire face, le couvercle qu’on met sur nos émotions, c’est ce qu’on appelle le “déni”. C’est essayer de faire semblant qu’on ne souffre pas tant que ça. Et c’est cette attitude, justement, qui risque fort de nous empêcher de retrouver goût à la vie, voire même de laisser des séquelles.

J’entends parfois des personnes en deuil me dire qu’elles n’arrivent pas à pleurer. J’ai passé par là aussi. L’antidote est plutôt simple, en fait: il s’agit de prendre conscience que la force de notre “refus” (“je ne veux pas qu’il/elle soit mort, je ne veux pas qu’il en soit ainsi, je ne veux pas vivre avec cette absence”) est le reflet de notre peine. Dans ces moments de refus ou de rejet, on peut rentrer en contact avec sa peine simplement: “si, il va falloir…”

Le courage, c’est ça. C’est oser sentir sa tristesse, oser plonger dans ce puit sans fond qui, nous le croyons, va nous anéantir, avec la conscience que c’est à travers cette tristesse que l’on va finir par accepter l’absence que l’on refuse absolument d’accepter.

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Le vrac du samedi soir qui va du coq à l’âne [fr]

[en] Lots of random things. Too many to list.

Hah ben oui, je pourrais écrire un article, tiens.

Serveur qui continue à s’étouffer sur son MySQL.

Serveur maison qui a passé l’arme à gauche, la relève se porte bien, le NAS est commandé, les sauvegardes CrashPlan entrantes ne fonctionnent pas, malgré des heures de troubleshooting. Si seulement toutes les sauvegardes étaient bloquées! Mais non, y’en a 2-3 qui marchent.

J’arrête de m’arracher les cheveux et j’attends la nouvelle Internet-Box de Swisscom, la fin de l’ISDN, bye-bye le téléphone fixe de l’eclau (personne ne l’utilisait de toute façon).

Cygnes pas coqs

J’utilise “Dis Siri“. Il y a des années, plus d’une décennie, dans une autre vie, je travaillais pour Orange. Je parlais à mon ordinateur. Y compris pour des commandes. Je disais “ouvre Firefox”, “insérer lien”, et autres choses du genre. C’était tellement clair pour moi que ce genre d’interface était beaucoup plus direct qu’une interface graphique. Il suffit de savoir quoi dire, pas besoin de trouver la commande cachée dans un menu. Je me souviens avoir tenté de convaincre quelques collègues que c’était l’avenir, et qu’on devrait y penser pour notre centre d’appels et le service client. Aujourd’hui, tout le monde a Siri dans la poche. D’ailleurs, utilisez-vous le petit micro à côté du clavier pour dicter vos textes, ou bien est-ce que vous tapez tout avec un doigt ou deux pouces? Apprenez à dicter, ça change la vie.

Dans Messages, Messenger et autres WhatsApp, il y a aussi une fonction “message vocal”. C’est la version 2015 du message sur le répondeur. On appuie sur le micro, on parle en gardant appuyé, on relâche, on envoie. Notre interlocuteur l’écoute à sa guise. Hyper pratique aussi.

Il y a un moment déjà, j’ai croisé cet article. Je l’ai lu. Je crois. Et je me suis dit, non, je ne suis pas d’accord, je ne passe pas mon temps à essayer de montrer une image parfaite de ma vie sur Facebook. Et mes contacts non plus. Bref. Les semaines (et les mois?) ont passé, et cet article est resté dans un coin de ma tête. En cette période où je me sens un peu fragile professionnellement (où vais-je? où courge? dans quelle étagère?), je bataille avec des sentiments d’inadéquation et de dévalorisation par rapport à mes pairs. Toutes les personnes que je connais semblent avoir écrit un livre, ou sont en train d’en écrire un. Moi pas. Elles sont en train d’avoir des enfants. Moi pas. Il y a les gens qui tournent à donner des conférences aux quatre coins du monde. Moi pas. Il y a des gens dont les mandats les amènent à travailler avec les grands de ce monde. Moi pas. Qui lancent des entreprises ambitieuses, des projets qui font rêver. Moi… vous voyez le refrain.

Mais bon sang, je suis en plein dedans! Mes contacts ne postent pas ces infos pour frimer, ils sont comme moi: ils parlent de ce qu’ils font, partagent les choses dont ils sont heureux. C’est évident, évident: on compare son intérieur qu’on ne partage pas (trop) avec l’extérieur des autres qui est tout ce qu’on voit d’eux.

Et oui… la jalousie, l’envie. A quelque part, c’est bien là. Je mets en parallèle ce que je vois des autres et ce que je sais de moi, et je me trouve bien insuffisante. Le piège. Alors maintenant, quand je me prends les pieds là-dedans, je me stoppe. Moins de Facebook, plus de Kindle! C’est le refrain que j’ai mis en place en Inde, pour m’extirper de la couverture des attentats parisiens.

Eléphants pas ânes

Tiens, à propos, une série de cartes et graphiques pour raconter l’histoire du terrorisme, et une thèse extrêmement intéressante (et pertinente il me semble) d’Umair Haque sur la montée du néo-fascisme dont nous sommes témoins en ce moment.

Parlant de plus de Kindle, j’ai fini l’autre jour L’Aube de la nuit de Peter F. Hamilton. Attention si vous pensez le lire, ne vous attardez pas sur la page Wikipedia qui vous spoilera à n’en plus finir. Lisez en anglais si vous pouvez. C’est magistral. Une trilogie, et chaque tome fait passé 1000 pages. Ça vous occupe un moment, un truc comme ça. Et maintenant j’ai envie de lire tout le reste de son oeuvre (oui, je suis comme ça). Mais j’ai déjà plongé dans Ancillary Justice, avant ça.

En fouillant dans mes liens sauvegardés (je fais ça quand j’écris un post, j’ai décidé d’accepter il y a quelques mois que je ferai du vrac, tant pis, c’est comme ça que je suis) je suis tombée sur cet article présentant le livre Le Temps de la consolation. Il faut que je le lise aussi, celui-ci. L’auteur, philosophe, nous montre qu’on a oublié comment consoler. Ça rejoint un de mes constats, celui qu’on n’a pas le droit d’être triste, dans le monde d’aujourd’hui. Ça rend le deuil problématique, un contexte comme ça, vous ne trouvez pas? Personne ne veut nous laisser être triste. Si on est triste, qu’on dit être triste, le premier réflexe d’autrui c’est de tenter de nous tirer de là coûte que coûte. C’est inconfortable, quelqu’un qui est triste. Si on apprenait à nouveau comment consoler, on serait peut-être moins mal à l’aise.

Le souci avec la Kindle, c’est que les livres à lire s’accumulent, mais qu’on n’a pas une pile visuelle pour nous peser sur la conscience. Voilà, c’est comme ça maintenant. Je crois que je n’ai lu qu’un seul livre papier depuis l’achat de ma Kindle, parce qu’il n’existait qu’en papier. Et pourtant, qu’est-ce que j’ai été réfractaire à la Kindle! J’adore les livres, j’adore le papier. Mais j’aime encore plus lire. Et avec la Kindle, c’est plus facile de lire. Un seul objet pour toute sa bibliothèque. Léger, tient dans le sac à main, tient dans les bagages. Toujours avec soi. Toujours ouvert à la bonne page. Alors dans le bus, hop, hop, on lit quelques pages.

Je rêve d’un Bebop 2 ou équivalent. Vraiment. Mais j’ai fait mes devoirs, et je pense qu’il vaut mieux attendre un peu que cette ligne de produits mûrisse. Il y a encore des faiblesses qui font mal pour un objet de cette gamme de prix. Mais bon sang, qu’est-ce que je rêve.

J’ai installé un terminal sur mon iPad. C’est pratique pour remettre sur pied un serveur qui se casse tout le temps la figure.

J’y ai aussi installé les Colons de Catane. J’ai pas mal joué. Mes voisins sont moyennement contents, parce que du coup, j’ai progressé en stratégie de jeu. Oui, je joue aux Colons de Catane avec mes voisins. Ils sont cool, mes voisins. J’adore mon immeuble, pour ça, en fait. Alors la version online est sympa, et présente quelques variantes par rapport à la version de base plateau, mais ce qui est vraiment tellement mieux hors ligne, c’est la partie “commerce”. On perd tout l’aspect humain de cette partie clé du jeu quand on joue en ligne. Mais quand on n’a pas d’humains et de table sous la main, ça fait l’affaire.

Et quand je vous aurai dit que je fais maintenant du pain au levain dans ma cuisine, version paresseuse, je pense que j’aurai vraiment sauté du coq à l’âne dans cet article.

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Pourquoi j'ai attendu avant de reprendre un chat [fr]

[en] Why I waited after Bagha's death before adopting cats again.

Depuis la mort de Bagha, j’ai vu bien des gens de mon entourage perdre leur chat également. J’ai été frappée par une réaction courante mais totalement étrangère à ma façon de fonctionner: reprendre un nouveau chat sans perdre de temps.

Du coup, je me dis que ça vaut peut-être la peine d’expliquer pourquoi j’ai attendu plus d’un an avant de chercher à adopter.

Pour moi, c’est important de dire au revoir correctement pour pouvoir bien dire bonjour. En d’autres termes, faire son deuil avant de pouvoir s’attacher à nouveau. Je crois que rien ne fiche en l’air une relation aussi bien que de ne pas avoir bien bouclé celle qui la précédait. On connaît ça dans les relations de couple, dans la problématique de “l’enfant de remplacement“, et je pense que c’est une loi de la vie assez générale.

Le deuil est une question qui m’intéresse beaucoup, très certainement à cause de mon histoire et de mes croyances personnelles.

Quand Bagha est mort, et même avant qu’il meure, je savais deux choses:

  • je reprendrais des chats un jour (oui, “des”)
  • ce ne serait pas pour tout de suite.

Je voulais prendre le temps de pleurer le chat qui avait été à mes côtés depuis plus de dix ans. Je ne voulais pas adopter ce qui aurait été pour moi un “chat-sparadrap”. Je voulais prendre le temps d’être “bien dans ma vie sans chat”, et reprendre des chats parce que je voulais en avoir, et non pas parce que je souffrais d’avoir perdu le mien.

Bagha est mort en décembre. En octobre, j’ai commencé à avoir le sentiment que je serais prête à ravoir un chat. Je savais que je partais six semaines à l’étranger en hiver, donc j’ai attendu mon retour.

Même là, elle a été dure, la première semaine avec Tounsi et Safran. Mais la douleur a vite passé et je me suis bien attachée à mes deux nouveaux poilus.

A la mort de Safran deux mois plus tard, je n’avais pas non plus l’intention de reprendre un chat tout de suite. Je voulais prendre le temps d’accuser le choc sans y mêler un nouveau chat. C’était très différent de la mort de Bagha, mais dur quand même. Je n’avais eu Safran que deux mois. J’avais l’impression d’avoir échoué, de lui avoir fait faux bond.

Quintus est tombé du ciel parce qu’au moment où j’apprenais que Safran était malade, Aleika apprenait que son mari avait reçu l’invitation qu’il attendait de l’université de Kolkata, et qu’ils allaient déménager là-bas. Elle était un peu désemparée par rapport à Quintus: le prendre et lui faire subir une ville indienne ou une vie d’intérieur? Trouver quelqu’un pour l’adopter, à passé 10 ans?

J’ai dit que si elle décidait de ne pas le prendre, et qu’elle ne trouvait personne pour lui en Angleterre, je le prendrais. Un jour ou deux plus tard, après avoir vérifié que je ne regrettais pas mon offre, sa décision était prise. Un mois plus tard Quintus était dans l’avion avec moi.

Alors voilà. Dix ans avec Bagha. Quinze mois sans chat. Deux mois avec Tounsi et Safran, un peu plus d’un mois seule avec Tounsi, et à ce jour, 16 mois avec Tounsi et Quintus.

October Cats 20

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Au chalet: une vie simple et propice à l'écriture [fr]

[en] Life slows down at the chalet. Fewer options to fill my days. Lots of reading, lots of writing. Hence the flood of blog posts.

Autour du chalet, photo calendrier

Quelques jours au chalet. De la lecture, du triage de photos, de la cuisine, et de l’écriture. Hors ligne, j’ai pondu une bonne dizaine d’articles pour Climb to the Stars. Il faudra rajouter des liens (mais j’ai déjà préparé le terrain en insérant d’emblée les liens mais en mettant “article sur x ou y” à la place de l’URL), certes, mais c’est écrit. Il va juste falloir que je décide comment et à quel rythme les publier.

Est-ce parce que je suis hors ligne? Pas certaine que ce soit la raison principale. En fait, au chalet, ma vie est plus simple. J’avais déjà fait ce constat en Inde (quand je suis ailleurs qu’à Pune).

Ici, je n’ai pas de vie sociale, pas de travail à accomplir, pas de compta à faire. Il n’y a pas de télé, pas d’internet, je n’écoute pas de musique ou de podcasts. J’ai juste à m’occuper des chats et de moi, me faire à manger (les courses c’est déjà fait), et voilà. Je n’ai même pas à réfléchir aux jours qui viennent, après ma petite retraite, car je suis ici dans une parenthèse hors du temps.

Je me suis créé un contexte où mettre des priorités est ridiculement simple, et où il y a très peu de décisions à prendre (quoi lire? quoi écrire? quelles photos trier?). On pense aux auteurs qui s’exilent quelque part pour finir d’écrire.

Je m’endors à 21h et je suis réveillée par les chats à 5h30, après plus de 8h de sommeil. Impensable à la maison, avec les possibilités infinies du monde dans lequel je baigne.

Cet état, je le retrouve également lorsque je navigue. Sur un bateau, il n’y a pas grand-chose à faire (à part naviguer bien sûr, ce qui n’est pas rien!) Vivre ainsi est extrêmement reposant, mais j’ai conscience que ce n’est possible que parce que c’est une parenthèse, justement.

Ça me fait penser à mon année en Inde, qui s’éloigne à grands pas dans les brumes du passé. Après six mois environ, je m’étais reconstruite une vie aussi complexe que celle que j’avais laissée derrière moi en Suisse. J’avais des activités, une vie sociale, des projets. Je procrastinais, mon emploi du temps me stressais, je n’avais “pas assez de temps” (en Inde, vous imaginez!), bref, j’ai bien compris que le problème, c’était moi.

Durant ces parenthèses que je m’offre quelques fois par année, je me demande comment je pourrais simplifier ma vie “normale” — et si c’est possible. J’aime avoir des projets. Je m’intéresse à un tas de choses, trop, même. C’est une force qui me tire en avant, qui est extrêmement positive, mais dont je finis par devenir un peu la victime.

Bien entendu, je gère la complexité de ma vie bien mieux maintenant, à l’approche de la quarantaine, que lorsque j’avais à peine vingt ans. Je me connais mieux, je comprends mieux comment fonctionnent les gens et le monde, j’ai mis en place des systèmes et des stratégies pour éviter de me faire trop déborder, ou pour mieux supporter lorsque je le suis. Ça ne va pas tout seul, ce n’est pas forcément facile, mais dans l’ensemble, je n’ai pas trop à me plaindre.

Alors, faut-il simplifier? Simplifier, ça veut dire faire moins, pour moi, et possiblement, vouloir moins. J’ai récemment mis fin à une activité importante dans ma vie, parce que j’avais pris conscience que c’était juste logistiquement impossible pour moi d’y rester engagée “correctement” vu mon train de vie. Ça a été une décision extrêmement douloureuse qui a mis plus d’un an à mûrir, j’ai versé quantité de larmes et j’en verserai probablement encore, mais maintenant que c’est derrière je suis extrêmement soulagée. Allégée. Mon emploi du temps est un peu moins ingérable, je peux me consacrer mieux à ce que j’ai décidé de garder (et qui était encore plus important pour moi que ce à quoi j’ai renoncé), et j’ai aussi appris que je pouvais “lâcher”, même si ça me coûtait. FOMO et tout ça.

D’expérience, l’espace que je crée dans ma vie en “simplifiant” se remplit toujours assez vite. C’est si facile de dire “oui”! Pour simplifier vraiment, je crois qu’il faut vouloir moins. Difficile.

En attendant, je vais continuer à préserver ces “pauses”. J’en ai en plaine, aussi, mine de rien: je protège assez bien mes week-ends et mes soirées de ma vie professionnelle, par exemple. Mais ma vie personnelle est aussi parfois une source de stress, étonnamment. Et on sait que même avec plus de temps à disposition, ce n’est pas dit que l’on fasse enfin toutes ces choses auxquelles on a renoncé “par manque de temps“.

Mon article tourne un peu en rond, désolée. On en revient toujours au même: la compétence clé, pour moi du moins, c’est la capacité à hiérarchiser, à faire des choix et mettre des priorités. Et là-derrière se cache quelque chose qui est probablement encore plus que ça le travail d’une vie: faire les deuils des désirs que l’on ne poursuivra pas.

Je crois que je vais arrêter là ;-), quand j’ai commencé à écrire je voulais juste vous dire à quel point j’avais pondu une grosse pile d’articles pendant que j’étais ici!

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Les chats des autres [fr]

[en] Musing on other people's cats and how they send us back to our own.

Hier, en me connectant sur mon groupe de mamies à chat à la fin d’une longue journée de jours (#SMSCL), j’apprends que Zad a disparu. Zad, je ne l’ai jamais caressé, je n’ai jamais rencontré ses maîtres, il habite dans le sud de la France, mais à force de voir passer ses pitreries sur le groupe Facebook, j’ai le sentiment de le connaître un peu. En plus, il me fait penser un peu à Tounsi. Clairement, j’ai un faible pour ce chat par-ti-cu-lier.

Ce matin, j’ai été extrêmement soulagée d’apprendre qu’il était de retour au bercail, puant la clope et bien fatigué.

Dans un groupe facebook peuplé de 300 personnes et encore plus de chats, on a certes l’occasion de gagater et s’extasier sur nos félins à longueur de journée, mais on hérite du coup d’une pellée d’inquiétudes et de deuils liés aux chats des autres.

C’est dur, des fois. C’est surtout dur parce que les deuils et les inquiétudes des autres nous renvoient aux nôtres. Ceux qu’on a faits ou mal faits, ou ceux qu’il y aura à faire. Hier soir, j’ai repensé à ces deux jours d’angoisse et de larmes, il y a près de dix ans, quand j’ai cru que je ne reverrais plus Bagha.

Bon, allez, je vous laisse pour aujourd’hui, il faut que j’aille gagater sur des photos de chats.

2ème Back to Blogging Challenge, jour 4. Bloguent aussi: Nathalie Hamidi(@nathaliehamidi), Evren Kiefer (@evrenk), Claude Vedovini (@cvedovini), Luca Palli (@lpalli), Fleur Marty (@flaoua), Xavier Borderie (@xibe), Rémy Bigot (@remybigot),Jean-François Genoud (@jfgpro), Sally O’Brien (@swissingaround), Marie-Aude Koiransky (@mezgarne), Anne Pastori Zumbach (@anna_zap), Martin Röll (@martinroell), Gabriela Avram (@gabig58), Manuel Schmalstieg (@16kbit), Jan Van Mol (@janvanmol), Gaëtan Fragnière (@gaetanfragniere). Hashtag:#back2blog.

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