Le chat, animal si pratique, mais qui s’ennuie “à dormir” dans nos maisons [fr]

[en] I have followed two half-day courses on cat behaviour so far, and it has completely changed the way I see (my) cats. I thought I knew a lot about them, but I still have a lot to learn! The sad takeaway from these courses is realising how bored most of our cats are, particularly indoor cats. An unhappy cat will just stay silent and quiet, and sleep to pass the time. It's that bad. They do not let us know something is wrong except by sleeping. And we all expect our cats to sleep... a lot.

There is a lot we can do, as humans, to enrich their environment. But it takes work. And cats do not "know" how to use the devices we will present them. We need to teach them... and we usually do not know how to teach a cat something.

If you're interested in the topic, I recommend you listen to this episode of Fresh Air. If you struggle through my French blog post and have questions, I'm happy to answer them in the comments. I'm also planning a Facebook Live on the topic, and toying with the idea of doing one in English. Would you be interested in following it?

Nos chats s’ennuient bien plus que ce qu’on pense. Très franchement, je n’avais aucune idée. Ces derniers mois, ma façon de regarder les chats (et les miens) a énormément évolué.

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J’ai en effet suivi deux demi-journées de cours sur le comportement félin récemment. Claire y était également et a écrit de jolis comptes-rendus: premier cours, deuxième cours. Ma première visite chez le comportementaliste m’avait déjà ouvert grand les yeux sur les limites de ma compréhension de nos petits fauves d’appartement. Oui je sais, si vous me connaissez il y a des chances que vous me considériez “experte en chats” – eh bien laissez-moi vous dire que j’ai beaucoup appris durant ces deux cours. (Il y en a encore deux!)

J’ai tellement à dire que je ne sais pas trop par où commencer. Il y a des tas de trucs pratiques, des infos sur certains comportements que je ne savais pas décoder, etc. Mais ce qui m’a le plus touché (on peut dire ça) c’est cette question de l’ennui, de réaliser à quel point la maltraitance par ignorance et manque d’information est répandue (voire systémique) chez le chat.

Ça peut choquer, d’entendre ça. Personne ne considère qu’il ou elle maltraite son chat. On les aime, on en prend soin. On veut leur donner une bonne vie. Et malgré tout ça, il est possible qu’on les maltraite sans le savoir.

La clé la plus importante à intégrer concernant le chat est que c’est un animal qui ne manifeste pas sa souffrance.

Je le savais déjà pour la souffrance physique: un chat âgé qui a de l’arthrose, et donc a mal, ne va pas se plaindre. Il va simplement adapter son activité pour ne pas avoir mal. Il va bouger moins. Dormir plus. Arrêter de sauter sur la table. Si votre chat a huit ans ou plus, il y a de fortes chances qu’il ait déjà de l’arthrose. Comment on sait ça? On prend toute une collection de chats d’un certain âge. On leur donne des anti-inflammatoires pendant quelque temps. Et hop, ils dorment moins, sortent plus, sautent sur la table, jouent à nouveau!

Ils ont mal mais ils ne se plaignent pas, ne montrent rien.

Ce qui est vrai pour la douleur physique l’est aussi pour la douleur psychique. Un chat qui va mal va s’inhiber, bien avant de détruire l’appartement en notre absence.

Il faut comprendre que c’est une des caractéristiques du chat qui le rendent si “pratique” comme animal de compagnie. Il ne nous emmerde pas… Le problème c’est qu’on n’en a pas conscience. On pense que si notre chat ne pose pas de “problèmes” c’est que tout va bien. Mais ce n’est pas vrai. Un chat qui ne nous emmerde pas n’est pas nécessairement un chat qui va bien.

Un exemple: l’ennui. Si on compare les activités “naturelles” du chat à celles du chat “en appartement”, on se rend compte que l’environnement qu’on lui propose n’est absolument pas adapté à ses besoins.

Un chat peut chasser jusqu’à 11 heures par jour. S’il est actif, il ne dort pas 16 heures par jour, mais plutôt une dizaine d’heures. Le chat est un animal territorial, et son domaine vital “naturel” est bien bien plus grand que nos appartements. On le prive de territoire, on le prive de chasse. Se nourrir prend 5 minutes à la gamelle. S’il a de la chance ses maîtres jouent avec lui un peu en rentrant du travail, et il s’installe sur leurs genoux devant le téléjournal. Seul la journée, seul la nuit quand on dort (à plus forte raison si la chambre à coucher lui est interdite), le chat s’ennuie. Il se résigne, et dort par dépit. La grande majorité des chats en Suisse vivent dans des cages dorées.

Ces idées nous heurtent! On ne veut pas faire souffrir nos chats. Ils ne semblent pas demander quoi que ce soit de plus. Quand on essaie de les intéresser à un jouet, ça ne prend pas. Ils sont “paresseux” et préfèrent dormir. Après deux ou trois tentatives on se dit que ce n’est pas leur truc, alors on laisse tomber – ils ne se plaignent pas, ça doit pas être si grave.

Justement. Il faut enregistrer fermement cette information: le chat malheureux ne se plaint pas. Il ne le manifeste pas – si ce n’est en dormant. 

Que faire? Une fois cette prise de conscience faite, par où commencer? C’est là qu’il y a des tonnes d’articles à écrire. Mais quelques principes, déjà.

Se débarrasser des gamelles, tout d’abord. Mettre en place des systèmes, achetés ou bricolés, pour que le chat doive “travailler” pour obtenir sa nourriture. Cela ne remplacera pas le temps de chasse, mais ce sera toujours plus que les 5 minutes nécessaires à descendre le contenu de l’assiette. Quoi, comment, où? Il y a pas mal d’idées déjà dans l’article de Claire, et je pense développer ce sujet à l’avenir.

Quintus et Tounsi avec des nouveaux jouets (je mettrai la vidéo sur YouTube quand je suis de retour en plaine avec du wifi)

Partir du principe que le chat ne “sait” pas faire l’activité qu’on lui propose. Que ce soit du jeu, de la chasse, un moyen différent de trouver sa nourriture: on doit lui apprendre. Et l’apprentissage, c’est une activité. On a tendance à se limiter à ce que le chat fait spontanément ou pige tout de suite, et c’est une grave erreur. Les chats sont intelligents et capables d’apprendre beaucoup de choses, mais pour cela nous devons tout d’abord nous apprendre à enseigner aux chats. On n’a pas la science infuse non plus. (Aussi plein de choses à écrire là-dessus, mon vieil article sur le clicker training vous donnera déjà une idée de base. Mais c’est pas suffisant, à l’époque où je l’ai écrit il y avait des tas de choses que je n’avais pas comprises, et je crois qu’il y en a encore qui m’échappent.)

Faire sortir son chat. C’est con hein, mais un chat qui sort, il va automatiquement avoir une vie bien plus remplie d’activités qu’un chat dont le monde se résume au canapé, au lit, et à l’arbre à chats. Si vous avez trop peur, je me dis maintenant que le harnais, c’est déjà mieux que rien (mais ça vous oblige à être là).

Mais même un chat qui sort peut s’ennuyer. Je le vois avec Tounsi et Quintus, qui sont clairement des chats “dedans d’abord, dehors un peu”. Je sortais déjà un peu Quintus pour qu’il se dégourdisse les pattes (maintenant que je sais qu’il est presque aveugle, je comprends mieux pourquoi il ne quittait le devant de l’immeuble qu’en ma compagnie). Je le fais maintenant d’autant plus que je comprends que c’est une façon de le garder actif. Tounsi aussi. Au chalet, où ils sont moins familiers avec le territoire, je les encourage activement. Je sors avec eux, je les appelle, j’amène des croquettes, même. Je prends mon téléphone ou ma kindle et je traine au jardin avec eux. Dehors, ils ne font pas la sieste: ils regardent, explorent, chassent même un peu. Si je me contentais de leur ouvrir la porte, je resterais à la conclusion que “ils ne veulent pas vraiment sortir”. Il ne faut pas s’arrêter à ce que le chat semble vouloir.

Combien d’activité par jour? Il y a des années, j’avais vu quelque part 45 minutes par jour pour un chat d’appartement. Je n’ai jamais retrouvé la source. Dans le deuxième cours, le comportementaliste nous propose de viser un minimum de 4 heures par jour d’activités: chasse, alimentation, jeux, interactions. C’est énorme! Cela veut dire qu’il faut mettre en place un contexte où une partie des activités ne dépend pas de notre présence.

On pense souvent qu’avoir deux chats “règle le problème” du chat enfermé tout seul à la maison toute la journée. Ce n’est malheureusement pas vrai. Déjà, il faut que les chats s’entendent (ce n’est pas toujours le cas; imaginez, être enfermé durant des années avec comme compagnon principal quelqu’un que vous n’aimez pas). Mais même s’ils s’entendent, ils vont simplement s’ennuyer ensemble si on ne leur propose pas d’activités. On nous a montré cette vidéo durant le deuxième cours, et j’avoue que ça m’a vraiment fait mal au coeur.

Saisir les opportunités. Le chat est un sprinteur, il lui faut donc des activités très courtes. Une fois qu’on se rend compte que des petites choses qui peuvent nous paraître insignifiantes sont importantes pour son équilibre, il y a en fait plein de petites choses qu’on peut faire.

En particulier, quand mes chats dorment depuis un moment, je vais aller dans la chambre et bouger un peu. Pas les réveiller toutes les cinq minutes, s’entend, mais rendre leur environnement moins statique. Lancer un truc par terre, ça va attirer leur attention. Même s’ils ne se jettent pas dessus, s’ils le regardent, ou se déplacent, c’est déjà ça. Quand je rentre de courses, Tounsi a toujours le nez dans tout. Je ne le chasse pas ni le gronde, son intérêt pour ces choses nouvelles dans son environnement est tout à fait sain. Je m’assure juste (gentiment) qu’il ne parte pas avec le fromage ou le jambon! Je vais faire des caresses à Quintus pendant sa sieste, et je fais frétiller la ficelle qu’il aime bien sur le lit devant lui. Des fois il l’ignore, des fois il joue un peu. Une minute, c’est déjà ça! Il faut procéder par petites touches, plein plein de petites activités courtes, au lieu d’une grande séance de jeu dont ils se fatigueront trop vite. C’est comme avec la nourriture: plein de petits repas au fil de la journée. Toute occasion est bonne pour leur lancer une boulette de papier ou une croquette, ou laisser trainer un sac ou un emballage le temps qu’ils l’explorent.

J’ai à peine gratté la surface de tout ce que j’ai à écrire suivant ces deux cours, mais cet article commence à être bien assez long. Je réponds volontiers à vos questions dans les commentaires. Je me tâte d’ailleurs de faire un (ou plusieurs?) Facebook Live, peut-être déjà simplement pour discuter plus avant des idées que j’introduis ici. (Je vous tiens au courant, mais ça se dessine pour vendredi 15h ou 21h, ou samedi 10h.)

Mise à jour: j’ai fait le fameux Facebook Live que vous pouvez donc désormais visionner!

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Faire sortir un chat [fr]

[en] Many people without cats -- or with indoor cats -- wonder that I let my cats out (including at the chalet). Aren't you afraid they'll run off? Well, not too much. Here's how I proceed to introduce my cats to the outside.

J’ai des chats depuis à peu près 30 ans. J’ai toujours eu des chats qui sortaient. Pour moi, un chat, ça sort. Je comprends qu’on puisse voir les choses autrement, et ce serait peut-être mon cas si je n’avais pas la possibilité de vivre quelque part de “chat-compatible”. (J’ai choisi mon appartement exprès pour que mon chat puisse sortir, c’était une condition sine qua non quand je suis rentrée d’Inde avec Bagha.) Après, bien sûr, c’est tout à fait possible de s’occuper convenablement d’un chat d’intérieur — mais c’est du boulot!

Souvent, on me demande — et j’ai même entendu ça de gens habitant le même immeuble que moi! — “mais t’as pas peur qu’il se taille?”

Alors voilà, une réponse sous forme d’article. Non je n’ai pas peur (enfin pas trop peur), et voici pourquoi.

D’abord, les préliminaires. Avant de sortir, le chat doit

    1. être à l’aise avec moi et venir (au moins un peu) quand je l’appelle
    2. être bien dedans

Le chat est territorial. Si c’est clair pour lui que dedans c’est son territoire, là où il y a du chaud, du doux, du miam, du glou, du ronron et des câlins, il ne va pas prendre ses cliques et ses claques comme ça et foutre le camp.

Par contre, le chat est un animal de nature plutôt timide. Il faut en tenir compte.

Pour sortir un chat, il y a pour moi deux clés:

      • y aller graduellement, avec possibilité de retraite rapide
      • l’accompagner pour s’assurer qu’il continue de me “reconnaître” dehors

La plupart des chats, quand ils explorent un nouvel extérieur, ils font 20m en avant, puis reviennent 20m en arrière, puis repartent 30m, reviennent, repartent un peu plus loin, etc. Bien sûr il y a toujours des exceptions comme Tounsi qui filent droit devant eux — mais on peut faire avec, j’en reparle. Si quelque chose fait peur au chat, il va plutôt essayer de revenir en terrain connu plutôt que de partir droit devant lui (mais ça peut arriver).

J’ai gardé mes nouveaux chats Tounsi et Safran à l’intérieur 3 semaines à peine, et c’était peut-être un peu juste. Ils ne me connaissaient pas avant, donc n’étaient encore pas vraiment en confiance. Avec Bagha, j’ai attendu beaucoup moins longtemps, mais c’était un chat que je connaissais et avec qui j’avais déjà vécu de longs mois.

Apprendre à un chat à venir quand on l’appelle (quand il veut bien) ce n’est pas extrêmement compliqué, avec un petit sachet de friandises. (On peut même aller plus loin et faire un peu de clicker training, ce qui est une excellente façon de créer un lien avec le chat.) Si le chat pige la fonction du sachet de friandises à l’intérieur, il y a toutes les chances que ça marche aussi dehors.

Avant de mettre le nez dehors, le chat doit bien entendu être pucé (faites d’ailleurs pucer même vos chats d’intérieur — c’est quand ils se retrouvent dehors de façon imprévue que la puce est utile!). Personnellement je prends une précaution supplémentaire: je mets au chat un collier avec une étiquette indiquant son nom et mon numéro de téléphone.

What are you looking at like that?

Pour Bagha, comme vous voyez ci-dessous, ça m’a été extrêmement utile pour indiquer aux gens chez qui il allait s’installer qu’il ne fallait pas le nourrir ni le garder longtemps dedans (il était vraiment sans-gêne, sans être tout à fait aussi envahissant que Tounsi).

Collar-label making process Bagha and his collar -- both sides!

Ensuite, il faut commencer par le début. La porte d’entrée. Pour que le chat revienne, il faut qu’il soit super familier avec “l’extérieur” juste derrière la porte. Alors on ouvre la porte, on la laisse ouverte, on sort, on laisse sortir le chat, qui probablement filera dedans au premier bruit un peu inquiétant. Il faut le laisser ressortir à sa vitesse. Si c’est un chat craintif et visiblement trop flippé, l’attirer dehors à coups de friandises (mais pas trop loin).

Je ne fais pas des séances “extérieur” trop longues au début. J’accompagne le chat, primo pour garder un oeil sur lui, deuxio pour qu’il s’habitue à ma présence dehors aussi. De temps en temps je l’appelle et je lui présente une friandise, histoire qu’il associe ma présence “en extérieur” à une gâterie.

Une fois que le chat commence à être à l’aise, peut-être après quelques sorties, il va s’éloigner de plus en plus. Là aussi je l’accompagne, et je profite pour l’encourager à rester dans les zones extérieures que j’aimerais qu’il s’approprie. Par exemple, chez moi, il y a quand même des routes pas loin. Je passe donc beaucoup de temps avec les chats devant et autour de l’immeuble, pour être sûre qu’ils sont bien là. Quand ils partent dans une direction que je ne veux pas encourager, je les rappelle (friandise) et je les invite ailleurs. (C’est comme ça que je me retrouve à “promener les chats”, au grand amusement de mon entourage.)

Une fois que j’ai pu constater que le chat était à l’aise dans son environnement extérieur immédiat, qu’il connaît le chemin du retour (je l’aurai régulièrement appelé pour le faire rentrer, puis ressortir, puis rentrer, puis ressortir…), je commence avec les sorties non supervisées — ou supervisées depuis le pas de la porte.

Voilà en gros comment je m’y prends!

Avec Tounsi et Quintus, j’ai deux chats assez différents. Tounsi était probablement un chat voyageur: il n’avait aucune peur ou appréhension dans un environnement nouveau, par contre, revenait en courant comme un petit chien lorsque je l’appelais, et me suivait. Le souci ça a été les premières sorties sans supervision (il allait loin, et je l’ai laissé faire trop vite). J’ai donc rétrogradé aux sorties surveillées et fait beaucoup beaucoup de tours d’immeuble avec lui.

Quintus est plus peureux. Il a peur du couloir. Peu après qu’on ait commencé à le laisser sortir, il a “fugué”. J’étais en vacances et ma catsitteuse n’était pas très rassurée! (Pas malin de partir, mais j’avais des soucis “intérieurs” avec les chats et c’était vraiment important de le laisser sortir — et c’est un chat que je connaissais déjà un peu.) En fait il était planqué à une dizaine de mètres de l’immeuble, ne réagissait pas quand on l’appelait, et avait peur de l’entrée. A mon retour j’ai fait une grande opération “séduction en extérieur” pour qu’il comprenne que venir vers moi quand on était dehors était gustativement intéressant ;-). Quant à ses jours de fugue, on avait la chance de pouvoir lui laisser l’accès au bureau ouvert la nuit, avec eau et croquettes. Pas idéal, mais ça a marché.

La semaine dernière au chalet, j’ai sorti les deux chats d’un coup après 36h environ. Ils étaient bien peinards dans le chalet, et Tounsi commençait à faire la vie pour sortir (il fait normalement ses besoins dehors). Il n’y a pas de dangers immédiats autour du chalet, il me restait plusieurs jours avant de devoir redescendre, alors je me suis lancée. Je suis sortie avec Tounsi, j’ai laissé la porte ouverte, Quintus a suivi. Tounsi a filé assez vite chez les voisins, et je l’ai suivi — Quintus aussi. J’ai perdu de vue Quintus près de leur chalet. Après un moment j’ai appelé Tounsi pour le rentrer et je suis partie à la recherche de Quintus — en vain. De retour au chalet, je suis accueillie par deux chats: Quintus était en fait rentré tout seul au chalet bien avant, sans que je le voie! J’ai donc ensuite simplement pris soin de laisser la porte du chalet entrebâillée quand les chats étaient dehors, et d’aller les rapercher à coups de friandises après 15-30 minutes. (Sortie du chalet en photos et en vidéo. Premières sorties de Tounsi et Safran à la maison.)

Questions? 🙂

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