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On s'habitue [fr]

On s'habitue [fr]

[en] A few words on habituation and hearing aids.

billet rédigé à Trigance, le 2 août 2012

On a une capacité incroyable à s’habituer. J’y pense maintenant, alors qu’après une journée sans appareils auditifs (je faisais de la randonnée en montagne, toute seule), je range mes cheveux derrière mon oreille après les avoir remis. “Scritchhhh scrtichhh!” — le bruit maintenant familier de mes cheveux qui frottent sur le micro. Ça ne me choque plus. C’est normal. Je suis habituée.

En avril, lorsque je me suis retrouvée pour la première fois avec des appareils sur les oreilles (la tentative avortée de mon adolescence était “intra” ;-)), j’ai été immédiatement horrifiée par le bruit ambiant. Le bruit de mes vêtements, mes cheveux quand je tournais la tête, ma respiration, et surtout, quand j’essayais de ranger une mèche derrière l’oreille.

Heureusement, mon audioprothésiste ne m’a pas laissée longtemps avec ce réglage “optimal selon le fabricant” et a réduit de 8 décibels (!) mon amplification. Assez pour que j’entende mieux que sans appareils, et assez peu pour ne pas être trop gênée par le bruit de fond du monde (et le bruit de fonctionnement de l’appareil).

Si vous m’aviez demandé ce jour-là si j’imaginais un jour pouvoir tolérer ce bruit, je vous aurais probablement répondu “non”. (Bon, j’admets que sachant ce que je sais sur l’habituation, j’aurais probablement concédé que ça faisait partie du possible, même si je peinais à l’imaginer.)

Aujourd’hui, 5 décibels de plus qu’en avril (et un changement de modèle, la gamme d’au-dessus — bobo le porte-monnaie), ces bruits de frottement ne m’incommodent pas. Ni même le bruit de fonctionnement de l’appareil, auquel vraiment j’imaginais ne jamais pouvoir m’habituer, et qui à ma stupéfaction m’est même agréable — quand je l’entends: lorsque je mets mes appareils le matin, et lorsque je suis dans un environnement très silencieux.

Je m’habitue aussi à entendre mieux. Marrant, ça. Il y a des gens dans mon entourage avec qui j’avais une communication très limitée, et je me rends compte maintenant que c’est parce que je les comprenais très mal. J’ai maintenant pris l’habitude de pouvoir interagir confortablement avec elles.

Une catégorie de personnes avec qui c’est flagrant, ce sont les enfants. Je soupçonne que les adultes s’adaptent (peut-être sans s’en rendre compte) au fait que j’entends mal, mais que les enfants ne sont pas vraiment (encore) équipés pour le faire. Ils ne réalisent pas que j’entends mal. Ils parlent doucement, sans me regarder, sans avoir mon attention. Ce sont des enfants. Eh bien depuis que j’ai des appareils, j’ai réalisé que j’interagissais beaucoup plus avec des enfants (connus ou inconnus). La seule explication que je vois, c’est que je suis maintenant en mesure de les comprendre suffisamment pour avoir des échanges significatifs.

Si j’oublie de mettre mes appareils, je me retrouve soudainement dans des interactions où les paroles de l’autre atteignent mon cerveau sous forme de choucroute inintelligible. Il me faut quelques secondes pour comprendre ce qui “ne va pas”: j’ai oublié de mettre mes oreilles! C’est presque inimaginable pour moi de penser que je me suis débrouillée toutes ces années en entendant si peu. Bref, j’ai complètement perdu l’habitude d’entendre mal (enfin, plus mal que maintenant) et de devoir faire les efforts nécessaires pour compenser. Ça se sent d’ailleurs: si je suis sans appareils, mon cerveau fait la grève — je suis probablement moins performante (moins entraînée!) pour compenser.

On s’habitue donc à la présence de quelque chose: des appareils dans mes oreilles auxquels je ne pense plus, d’avoir un univers sonore élargi, comprenant le bruit du frottement de mes cheveux sur mes micros. Mais on s’habitue aussi à l’absence: absence d’efforts à faire, absence de difficulté. On s’habitue aux choses agréables, et aussi à celles qui le sont moins.

J’ai déjà parlé du rôle de l’habituation dans notre recherche du bonheur: c’est cette formidable capacité de s’adapter qui fait que nos circonstances de vie comptent pour si peu (un misérable 10% dit la recherche!) dans notre bonheur. Nos circonstances de vie? Le travail qu’on a, si l’on vit ou non avec le Prince Charmant, pouvoir s’offrir de super vacances ou la dernière TV écran plat, une jolie voiture, vivre dans la maison de ses rêves… Tout ceci est bien joli, mais on s’y habitue.

Quelques mois ou peut-être un an ou deux après avoir fait l’acquisition du dernier objet de nos convoitises, on l’a intégré à notre vie et on n’y prête plus attention. On s’y est habitué. On se marie, on est sur le petit nuage rose, puis ça devient “normal” et si on n’y prête garde, notre bonheur ne s’en nourrit plus. Dans le cadre du couple, on connaît bien le problème de la “routine”: ce n’est que ça, la fameuse habituation. Pour éviter de s’habituer aux bonnes choses, il y a un effort conscient à faire.

On s’habitue aux bonnes choses, et on peut trouver ça dommage, mais le revers de la médaille, c’est qu’on s’habitue aussi merveilleusement bien aux mauvaises choses. Pourquoi faudrait-il s’habituer aux mauvaises choses? Pour pouvoir continuer à aller de l’avant quand le malheur frappe. Pour ne pas être terrassé par l’adversité. Pour survivre. Des exemples? Il y en a partout. Ce sont les cas où l’on dit que le temps fait son oeuvre. Après la mort de son conjoint ou d’un être cher, la vie reprend un jour le dessus. Lorsque notre corps fonctionne moins bien qu’avant (par accident ou maladie), on finit par s’y habituer. Heureusement! Imaginez si chaque jour était comme le lendemain de celui où le malheur débarque! La vie serait insoutenable!

Tout comme la résistance au changement est une réaction naturelle, celle de s’y habituer l’est aussi. Il faut se donner le temps, et souvent le temps suffit. (J’en conviens que ce n’est pas toujours le cas, mais ce sera le sujet d’un autre article.)

Etre conscient de sa capacité naturelle à s’habituer et lui faire confiance permet d’aborder le changement avec plus de sérénité, lorsque l’on sait que l’on devra l’accepter — ou qu’on le désire. Ce n’est pas très compliqué, et on s’économise beaucoup d’agitation inutile.

A quoi vous êtes-vous habitué?

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Last Friday, I stepped into a small shop in the mall near the motorway exit. I walked out with two magic amulets. The moment I started wearing them, I started hearing sounds like I had never heard them before.

I have a superpower: I can listen in on conversations I am not taking part in; I can hear the noise the cat litter makes as it trickles back into the box when I scoop things out; I hear my cat lapping water in the next room, and people moving in the other flats; birds sing so loud and clear they seem to be perched on my shoulder; the rustle of a paper bag or my clothes fills the whole room; I have the ears of a dog.

Best of all, instead of having to reach out to grasp the sounds of speech when I’m talking with somebody, the sound comes to me, crystal clear — right into my ears. I am no longer trying to catch others’ words. They find me, even when I’m not expecting to be talked to, even when I’m not looking at the one producing the words.

OK, I lied a bit — the amulets are not magical, they’re technological. They look like this:

Hearing aid.

(I am thinking of swapping metal grey for pink, though — that part isn’t visible, of course, but I like the idea.)

Those of you who know me well enough know that I do not hear well. I never had. My hearing is particularly deficient in the frequencies used by speech. (I’ll post my audiogram here later, it’s at eclau and I don’t want to walk down the whole two floors to get it ;-)) After a disastrous attempt at getting me hearing aids when I was fourteen (I wore them all of two days) I’ve finally decided to give it another go — and so far, I’m delighted.

I’m actually starting to realize how deaf I am. Or how badly I hear. (Pick your expression of choice.) The audiologist initially programmed the hearing aids to their optimal setting, based on my audiogram. I was shocked. When he spoke to me just after the setting process, I instinctively looked for the microphone he was speaking into. He wasn’t speaking into a microphone.

Imagine you arrive early at the stage, and the band playing the gig is rehearsing with being plugged in. And suddenly somebody plugs in the mikes and the amps. That’s what it felt like. “You have got to be kidding,” I told him. “It’s way too loud.” He told me he was going to run another test to confirm, and as he turned back to the keyboard his pen escaped his hands. You know the sound a pan makes when you drop it on the kitchen floor? Well, that’s pretty much how much noise his pen made.

After running the second test, he confirmed that the settings were right. I was hearing sounds the way somebody with normal hearing hears them. So loud! Way too loud! This is of course a common reaction, and the audiologist always decreases the settings to something more tolerable so the new wearer of hearing aids can get used to them. Usually, he decreases them by 4dB — in my case, by 8dB. And he also reduced amplification of weak sounds to cut out as much background noise as possible.

Given my strong initial reaction to the “optimal” setting and the traumatic teenage failure behind me, we weren’t taking any chances.

One thing I was really worried about was the physical discomfort of having something in my ear. My memory of my first attempt at wearing hearing aids is that they were hugely uncomfortable (of course technology has evolved in 25 years, but still!). I also know I cannot stand the completely occlusive inside-the-ear earbuds — I bought a pair once, listened to music 30 minutes with it, and had to bring it back. It hurt too much.

My audiologist recommended dabbing the part that goes inside the ear with sweet almond oil. It works wonders. The first day I had to remove my hearing aids a couple of times because my ears were tickling. After 2-3 days, no more, though I was happy to remove them at the end of the day. Now, I almost forget about them. I’m actually almost worried that at some point I’ll stop noticing them so much I’ll hop into the bath or the shower without removing them… oopsie.

Even with a setting 8dB below what I should have, it makes a stunning difference to me when I’m talking with people. I actually understand every word. I don’t need to guess anymore. I might even stop watching movies with subtitles, who knows! I keep hearing sounds that I don’t know how to identify yet, so I’ll often end up looking all around me in the bus or street to try to figure out what it is I’m hearing. A friend commented that what I’m going through is probably a bit similar to what happens to babies when they realize that sound is stuff they’re hearing. It’s not all pleasant, of course (loud drunk teenagers in public transport are even louder), but overall I am already at a point where I do not want to not wear them. I’m hooked.

What amazes me, though, is to think that this is still way below how you (well, most of you reading this) hear. I’d love to be able to edit a recording based on my audiogram to make it sound to “normal hearing people” the way it would sound to me. And I’m looking forward to getting sufficiently used to my current settings that we can turn the volume up even a bit more!

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