Bribes de confinement 4 [fr]

Il y a un oiseau dans mon cerveau. C’est un tout petit oiseau. Ses plumes sont bleu et or. Il a un long bec recourbé rouge vif. 

Il volette sans cesse, ses ailes battant plus de mille fois par minute, cherchant de-ci de-là mais se heurtant inexorablement à la limite de ma boîte crânienne.

Ce n’est pas un colibri, même s’il y ressemble, car il ne fait pas sa part.

Mon oiseau tourne et vrille, il butine mes pensées et mes envies sans jamais me laisser de répit. Ses ailes soulèvent la poussière dans tous les recoins, son long bec parfois se faufile dans les crevasses de mon histoire.

Parfois j’aimerais qu’il s’arrête, mais je ne sais pas trop ce que je ferais de son petit cadavre dans mon cerveau.

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Bribes de confinement 3 [fr]

Dehors il y a l’océan. L’océan de ma vie. Des profondeurs insondables, des monstres marins, des algues interminables. Et des vagues, du vent, des embruns. Des baleines et du krill.

Dans la forêt du monde les sapins piquent le ciel et les sentiers se perdent entre les troncs. L’odeur forte du sol me fait tourner la tête, me remplit, m’enlève jusqu’aux nuages.

Là-haut, je croise des cigognes qui ont mis le cap sur leur ailleurs, et un aigle qui tournoie entre le soleil et le ciel. Je ferme les yeux, éblouie, et je tombe, comme une plume qui danse et vient se poser sur les flots.

 

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Où j’en suis [fr]

J’en suis que ça va. Je crois que je me suis habituée à cette nouvelle normalité et que je m’y fais bien (parce que j’ai la chance que la version qui m’est proposée ne soit pas trop pénible). Ce qui me fait un peu flipper, c’est la possibilité que l’immunité après infection ne soit pas bonne, ou qu’on ne parvienne pas à produire un vaccin efficace. C’est pas du tout dit qu’on soit dans ce cas de figure, il faut patienter en attendant que la recherche avance, mais je sais que c’est une possibilité et c’est celle qui m’inquiète.

Je suis fatiguée des réactions outrées concernant les déclarations faites lors du point presse du CF sur la capacité des enfants à être infectés et vecteurs de la maladie. Pour moi ils ont clairement merdé la comm sur ce point, et on voit déjà quelques tentatives de rattrapage. Je pense que ça continuera en début de semaine – ce serait sage, en tous cas, vu les réactions que je vois dans mon entourage. Alors bon, avec “l’oreiller de paresse” l’histoire des enfants va peut-être passer au deuxième plan… C’était pas malin, cette expression-là, pour dire le moins.

M’enfin, je trouve que nos dirigeants font dans l’ensemble un très bon boulot, je pense qu’ils bossent comme des malades depuis plus longtemps qu’on ne l’imagine, et comme une amie à moi l’exprimait dans un tout autre contexte, le seul moyen de ne pas faire d’erreurs c’est de ne rien faire, et plus on fait, plus il y a des chances de béder quelque part. Ce que j’ai compris c’est qu’on va vers un assouplissement des mesures un peu “agile”, dans le sens où on fera quelques changements, on observe les résultats, on valide les prochains changements, on regarde ce que ça donne, etc. Et parmi ces changements il y a le fait de rendre aux cantons le pouvoir qu’ils ont perdu lorsque le Conseil Fédéral a déclaré que nous étions en “situation extraordinaire”. Il aura fallu cette crise pour que je commence à m’intéresser d’un peu plus près (et à suivre) la politique suisse!

J’ai découvert (redécouvert, en fait, j’avais oublié) qu’une de mes “maxime morales” était en fait le rasoir de Hanlon. Ma façon de le formuler c’est que quand on a le choix entre la maladresse et la malveillance, ou bien l’ignorance/l’incompétence ou le complot, on se trompe moins souvent en choisissant systématiquement le premier, jusqu’à preuve du contraire. Ce qui explique que je sois très peu complotiste (ce qui ne m’empêche pas d’être convaincue que les Russes, entre autres, fourrent les doigts dans nos médias sociaux pour accroitre la polarisation politique et idéologique dans la population, afin de servir leurs intérêts).

Hier j’ai fait ma première pizza maison (à passé 45 ans, c’est le moment, vous me direz) avec le surplus de mon levain. J’ai fait du sérieux rangement dans ma salle de bains (nouveau meuble de rangement, merci IKEA Clic&Collect), continué à avancer avec ma cuisine et mes réserves, j’ai enfin réussi à reprendre la lecture du livre que j’avais entamé… il y a tellement longtemps que je ne sais plus quand c’était. Je réalise que moins de contacts humains dans ma vie signifie plus de temps pour moi. Je trouve ça reposant et ça m’effraie un peu. Est-ce que je risque de découvrir qu’en fait j’aime l’isolement, après toutes ces années d’abord à fuir la solitude, quand j’étais jeune, puis à me perdre dans une overdose effrénée d’interaction humaine?

En cherchant dans mes photos quelque chose pour illustrer cet article, j’ai eu l’idée d’aller regarder mes photos d’il y a un an (vu qu’aujourd’hui je n’en ai pas encore faites). Et je tombe sur les photos de mon accident de voiture. Oui, mon accident de voiture, c’était il y a un an exactement, le 19 avril.

Un an.

Un an et ce n’est toujours pas complètement derrière moi. J’ai de la chance évidemment, car ça aurait pu être bien pire et il y a des gens qui trainent les conséquences d’accidents pendant bien plus longtemps que ça, mais à l’échelle de ma vie, cet accident a quand même été une bien grosse pourriture.

Mon chirurgien a déclaré que j’étais suffisamment “réparée” pour reprendre le travail (enfin ma recherche de travail) début mai. Qu’on s’entende, je suis entièrement d’accord avec cette décision, mais pour ce qui est du “reste” de ma vie, mon poignet n’a pas fini sa convalescence. J’ai encore mal (pas tout le temps, pas quand je suis à l’ordi, mais il suffit que je le plie ou torde un peu hors de sa zone de confort et c’est douloureux). Le sport qui sollicite le poignet (judo, voile), on n’y pense pas encore. J’arrive à me mettre à quatre pattes, mais avec le poids entier sur le poignet, c’est limite. L’autre jour j’ai perdu l’équilibre sur mon balcon (le sol était un peu encombré et je me suis encoublée), je me suis rattrapée à la barrière avec ma main droite, et j’ai compris ma douleur.

Cet accident, qui m’est tombée dessus sans crier gare Vendredi Saint 2019, il est encore là aujourd’hui. Heureusement les séquelles ne sont que physiques (et financières… parce que j’y ai laissé ma voiture) et limitées au poignet. Mais à cause de cet accident je n’ai pas pu poursuivre ma reprise du judo, pas fait de voile la saison passé, je n’ai pas pu skier cet hiver, j’ai eu mal au quotidien, j’ai subi une intervention lourde au poignet droit dont la convalescence n’a pas été une mince affaire et m’a valu presque six mois d’incapacité de travail. Je me souviendrai toute ma vie du premier mois après l’opération, où j’attendais l’heure de ma prochaine prise de tramadol, l’arrivée du soir où je pourrais dormir, le jour de ma prochaine séance de physio, le tout dans un brouillard médicamenteux total et sur fond de douleur constante au moindre mouvement – et parfois même sans mouvement.

Je me souviendrai aussi de l’anxiété constante (maintenant disparue) concernant ma récupération. Se retrouver avec le poignet de sa main dominante qui ne tourne plus, qui ne plie plus, qui fait mal… mine de rien j’ai eu peur pendant de longs mois, même si je réussissais à m’accrocher aux (lents) progrès et à la confiance de ma merveilleuse physio que tout allait bien aller.

Être sur la touche, aussi, ça n’a pas été facile – d’autant plus que je l’étais doublement, l’opération étant arrivée alors que j’étais en recherche d’emploi, après la fin de mon contrat à durée déterminée à Fribourg. J’ai du apprendre à vivre dans les limbes. C’est jamais agréable, les limbes.

Là, on est un peu tous dans les limbes, collectivement. Personne ne sait vraiment où on va. A quoi ressemblera notre vie dans un mois, dans trois mois, dans six mois? Dans un an ou deux, même? Il faut accepter de ne pas pouvoir se projeter, ou alors de ne pouvoir se projeter qu’avec incertitude, en suspens.

Si on y réfléchit bien, la vie au fond est comme ça, en temps normal. On est toujours à la merci d’une voiture qui nous bille dedans dans un giratoire. Alors certes, la part d’imprévisible aujourd’hui est augmentée, mais elle n’était pas inexistante avant. On choisit simplement de vivre comme si elle n’était pas là – parce qu’avoir le contrôle nous rassure.

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Bribes de confinement 2 [fr]

Bien au chaud dans mon petit cocon, je me sens libre comme jamais. Les autres et leurs besoins se sont évaporés, les miens petit à petit montrent quelques feuilles. 

Dans ce monde arrêté, moi aussi je peux m’arrêter. Enfin. La chape d’attentes s’est envolée. Le besoin désespéré de rester dans le train, aussi.

J’essaie de ne pas trop penser à l’injustice contre laquelle je ne peux rien, à la douleur qui traverse tant d’autres et qui m’épargne jusqu’ici. J’écoute ma respiration, j’essaie de tout oublier. 

Liberté mon privilège, que j’essaie de goûter avant que la culpabilité ne t’emporte.

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Letting Go [en]

For pretty much all my life, I have struggled with how I react to people being wrong. “Wrong” meaning, here, “wrong according to my beliefs/knowledge“. The frontier between beliefs and knowledge is murky, and we would all fancy our beliefs to be knowledge, but in some cases we can more or less agree on what is belief and what is knowledge.

I have a really hard time with people who are wrong. Wrong, of course, as described above. I have my beliefs and values, and do my best to accept that not everybody shares them. I don’t believe in any god, some people do. That’s fine, as long as beliefs are not construed as facts or knowledge.

When debating, I have very little tolerance for the “well, it’s my point of view/opinion” argument – systematically offered as a justification for something that was initially presented as fact. You can have opinions and beliefs, but if you present them as facts in a debate, prepare for them to be challenged. But as I said above, the frontier is sometimes murky, particularly as seen “from the inside”, and that is where trouble lies.

Take vaccines. I’m taking that example because it’s easy. I believe things about them. I consider those beliefs pretty rational as they are, to the best of my efforts, based in science. So I know they are safe, I know they work, I know they do not generally offer 100% protection, I know there can be a tiny risk of bad reaction, I know they have helped eradicate some illnesses and control others so they do not rip through society like Covid-19, I have a decent understanding of how a vaccine is built, how and why it works. So, of course, I think that people who believe different things about vaccines, like that they are harmful or even dangerous, are wrong. The problem is that in their “web of belief” (read the book, it’s wonderful), their beliefs are perfectly rational and therefore, knowledge.

We could say that each side of the argument here sees their belief as knowledge, and the other’s as belief.

Faced with somebody who believes something that contradicts something I know, my initial impulse is to explain to them that they are wrong. Because who doesn’t want to be right? I bet you can see how that strategy doesn’t really work out well.

So, over time, I have learned to bite my tongue, accept that what people believe (including myself, though I hate the idea) is never going to be completely objectively rational, and remember that nobody (first of all me) likes being told they are wrong. The tongue-biting is more or less successful, depending on the topic in question, my mental state, and who is facing me.

The current pandemic has given me a golden opportunity to work on not only my tongue-biting, but acceptance of differing viewpoints. Accepting that people see things differently doesn’t mean I believe every point of view is equivalent. Quite the contrary. It’s more about accepting that people will believe what they believe, that they aren’t rational (me neither, though I try my best to be), and that it is normal and OK.

I do my best to share accurate information. I’m not perfect or blameless, but I try to exercise critical judgment and be a reliable source of information for those who choose to dip into my brain, though facebook, this blog, or conversation. I also try to correct erroneous information, and that is where things get slippery. It goes from setting the record straight when people share obvious hoaxes or urban legends (generally by instant messenger), providing critical sources when others share scientifically wobbly information (hydroxychloroquine) or scare themselves needlessly (what use masks really serve, disinfecting groceries). And I’ve had to learn to back off. To keep the peace, to preserve relationships that I otherwise value, and also to preserve my sanity and inner peace.

One milestone was when I realised it was useless trying to tell people who were convinced a certain French scientist had found the miracle cure for Covid-19 that the scientific evidence for it was flaky at best, dishonest at worst. People are scared and will believe what helps them. We tend to want to ignore the emotional dimension of our beliefs, but it’s there, and much more powerful than our rational brain (as anybody who has ever tried to reason through emotions knows).

Some people are more comfortable dealing with uncertainty than others. Some people understand logical fallacies and cognitive bias better than others, and are more or less able to apply that knowledge to the construction of their beliefs (critical distance). But we all have emotions and they colour what we are likely to accept as fact or not, whether we like it or not.

So I tried to drop hydroxychloroquine. That meant I had to accept that (according to my knowledge) false information was going to do the rounds, in my social circle, that people were going to have false hopes, and spread misinformation, and I wasn’t going to do anything about it. Not an easy thing to let go of. I feel like I’m skirting responsibility. My therapist would certainly tell me that fixing other people’s beliefs is not my responsibility…

I’ve been doing the same thing for some time now with people who believe vaccines aren’t safe or efficient. I know facts don’t change people’s minds. Worse, debate reinforces beliefs. I know! But I don’t really believe it, and keep on wanting to try. So I bite my tongue, remember that for the person facing me their belief is perfectly rational, remind myself that telling them they are wrong or debating them will not change their belief, and try and get on with my life. But for vaccines in particular, I seethe, because these beliefs have an impact on actually lives and public health. And I have to say I dread them moment when we will finally have a vaccine against SARS-CoV-2, and people will refuse to use it. It’s going to be a tough exercice in emotion management for me.

Anyway, I’ve reached a point now where I try to provide the information I feel is the best for those who want it, and I’m getting better at feeling OK that somebody I value or appreciate believes something I think is plain wrong – without trying to change their mind about it. I’m getting better at identifying the point where a discussion stops being an exchange of ideas in the search of truth or satisfaction of genuine curiosity, and starts being a standoff between two people with firm beliefs, each trying to shove theirs upon the other.

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La normalité reprend ses droits [fr]

L’habituel commence gentiment à reprendre ses droits. Le temps reste mou; hier j’étais convaincue qu’on était samedi, au point que quand une personne que je devais voir lundi m’a dit “à demain!” j’étais à deux doigts de la rectifier. La sensation de crise aiguë m’a quittée. J’ai trié mes tupperware.

Mes objectifs quotidiens sont modestes: m’installer pour lire mon roman, finir ma journée assez tôt pour regarder ma série, faire des boulettes de viande avec le kg de viande hâchée que j’ai achetée en action à la Migros. Et, la normalité revenant au galop, je procrastine. Bref, je me retrouve face aux mêmes challenges qu’il y a 2 mois, qu’il y a deux ans.

Je fais partie des grands privilégiés de cette crise, vu que je peux me payer le luxe de me débattre avec mes difficultés habituelles.

Ce qui n’est pas habituel, par contre, c’est que je me trouve extrêmement irritable. Je pars au quart de tour. Alors que d’habitude j’arrive à garder une saine distance émotionnelle par rapport aux choses qui ont tendance à m’énerver (les gens “qui font faux”, “qui ont tort”, “qui réfléchissent pas”, bref, vous voyez le schéma, c’est pas très glorieux), maintenant c’est un peu comme si je n’avais plus de fusible pour ça. Un effet de bord du confinement, rien d’anormal, mais c’est ennuyeux. La solution est assez simple, heureusement. Dormir assez (j’ai le luxe de pouvoir), sortir et bouger assez (idem), garder un rythme au quotidien (plus difficile). Et limiter un peu les contacts sociaux.

Je suis clairement sortie de ma phase “tout lire, tout apprendre” au sujet de coronavirus. Maintenant, ça m’ennuie même un peu. Je crois avoir fait le tour, j’attends surtout que la science avance (mais ça, ça sert à rien d’être au taquet dessus chaque jour), les décisions au niveau politique ont été faites et je me doute bien de ce qui nous attend, encore des semaines ou des mois de la même chose. Sur Vaud les chiffres commencent à se stabiliser, ce qui veut dire que la courbe grimpe moins raide, alors on tient bon, on pense fort à ceux qui sont au front, on évite de prendre des risques ou d’en faire courir à autrui, et on attend. Je suis consciente que c’est facile pour moi de dire ça, je n’ai que ça à faire, de toute façon, attendre, pas d’urgence.

J’ai fait des semis. Je suis allée chercher du levain, qui bulle à côté de celui que je tente de démarrer ici. J’essaie de me mettre chaque matin au soleil sur mon balcon, avec les chats. J’essaie de manger correctement, ni trop ni trop peu.

A ce propos, j’ai installé MyFitnessPal. Alors c’est très bien, la base de données de nourriture est super (on y trouve même les brownies de la Migros), on peut scanner les codes-barres… Mais le problème est que même si je me suis dit que j’allais juste noter ce que je mange pour prendre meilleure conscience de où sont les calories (je n’ai jamais fait de régime de ma vie, donc je suis assez peu au fait de la densité énergétique de ce que je mange), je me retrouve à regarder cet objectif total journalier et à me stresser pour essayer de l’atteindre. Et ça, c’est pas le but. Alors j’ai changé mon fusil d’épaule: je rentre les choses mangées le soir, après-coup. Et j’arrête d’essayer de faire attention – juste manger raisonnablement, comme je fais d’habitude (et comme je ne l’ai pas fait cette dernière année…).

Je trouve difficile de ne pas me mettre de pression, de façon générale. Tant pis si je ne “profite” pas de cette période. Ça aussi, c’est pas le but. Le but c’est de vivre. Et c’est pas si facile.

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Mes top tips pour les courses en temps de pandémie [fr]

Histoire d’éviter les crises cardiaques, cette photo date du 16 mars 2020

Par les temps qui courent, faire les courses pour plusieurs personnes quand on y va (seule ou seul!) c’est une bonne idée. Ça permet aux personnes à risque d’éviter une sortie, ça fait une personne de moins qui se balade dans le magasin, bref, les courses groupées ont la cote.

Deux petits “trucs” pour vous simplifier la vie:

  1. Utilisez Google Keep pour les listes de courses. On peut y faire une liste avec des petites cases à cocher, et partager cette liste avec qui on veut. La personne peut mettre à jour sa liste quand elle veut, et on a toujours accès à la dernière version à jour. Quand on fait les achats, on coche, et les achats cochés disparaissent de la liste. Super pratique!
  2. Demandez aux personnes pour qui vous faites les courses de vous envoyer un bonne photo du code-barres de leur Cumulus (ou Supercard, ou…) et utilisez-les pour prendre autant de scanners que de personnes. Cela permet de scanner séparément, de faire des tickets de caisse séparés, et d’éviter (littéralement!) des comptes d’épicerie une fois les courses faites.

Sinon, pour les personnes que mes “pratiques d’hygiène” intéresseraient:

  • Je me lave les mains avant de partir de chez moi, je les désinfecte à l’entrée du magasin avec le désinfectant fourni, je passe aux WC les laver après avoir chargé la voiture, je les lave en arrivant chez moi, et encore une fois après avoir rangé mes courses.
  • Je ne désinfecte pas mes courses.
  • Je ne porte pas de gants. Le virus s’accroche mieux et survit plus longtemps sur les gants que sur la peau, et il ne peut pas rentrer dans le corps via la peau.
  • Je ne porte pas de masque. Dans un contexte où nous manquons de masques, il faut les laisser en priorité aux soignants, qui de par leur métier, ne peuvent respecter la distanciation sociale dans leur travail, et sont en contact avec des personnes malades ou particulièrement vulnérables (hôpitaux, EMS, soins à domicile), et aux personnes malades (pour éviter de contaminer autrui ou de faire paniquer l’assemblée en toussant). Ce serait différent si nous avions un stock de masques suffisant pour couvrir toute la population, en plus des soignants.
  • Je scanne et je paie avec Twint.
  • Je fais les courses une fois par semaine au max pour limiter mon exposition.

Pour terminer, un tuyau “rangement”: pour vos denrées non périssables, si vous fonctionnez comme moi un peu aux stocks, rangez-les par année de date de péremption (un étage pour 2019 et avant – oui vous pouvez sans autres manger une conserve “périmée”, un autre pour 2020, puis pour 2021, et 2022 et plus ça peut aller dans le placard du couloir ou la réserve de la cave). Ça vous aidera à utiliser les aliments les plus anciens en premier.

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La texture du confinement [fr]

Ce qui a changé, c’est la texture du temps qui passe. Ce n’est plus un temps qui me file entre les doigts et que je cherche désespérément à retenir. C’est un temps bien plus immobile, qui ressemble un peu à celui du premier mois après mon opération, où il n’y a pas grand chose d’autre à faire que d’attendre qu’il passe, en tentant de vivre agréablement son quotidien. C’est un temps sombre, et au bout il y aura de la lumière, donc ce sera bien, après, mieux, probablement, mais si, un jour, plus tard.

C’est un peu le temps de l’attente, l’attente peu agréable d’un futur qui va nous en libérer.

Et dans ce temps un peu étrange, bizarrement, je me trouve fort capable de vivre.

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Un jour ordinaire de confinement [fr]

Aujourd’hui, j’ai réorganisé mon armoire à épices (j’en ai beaucoup), et j’ai pleuré en écoutant Joan Baez chanter “Hello in There” (une chanson qui m’émeut toujours en temps normal), dédiée à son ami John Prine, chanteur que j’ai découvert via une interview de Terry Gross dans Fresh Air, qui est dans un état critique, victime du Covid-19.

On est tous en deuil, sous une forme ou une autre, même sans avoir perdu personne. On est en deuil de notre normalité, de notre vie d’avant qui ne sera jamais plus, de notre liberté, de notre sécurité physique soudainement compromise, de notre quotidien avec les enfants à l’école et le travail au bureau, des nos rencontres avec nos proches et nos amis, d’un avenir dont on ne sais plus précisément de quoi il sera fait.

L’état de stupeur, le sentiment d’irréalité, le temps qui passe lentement, la perte de conscience du jour qu’on est, le déni à divers degrés, l’incapacité de se concentrer, de bien fonctionner… tout ça c’est du deuil.

Adieu le monde qu’on tenait pour acquis. Adieu aussi, le sentiment de sécurité qu’on avait ici, vivant dans un pays ultra privilégié, de ne pas courir grand risque de choper une saleté de maladie qui pourrait nous terrasser.

J’ai l’impression d’être le jour de la Moisson dans les Hunger Games. On attend tous, plus ou moins tétanisés, de savoir où le couperet va tomber. Chaque semaine qui passe, le bilan s’alourdit, les personnes touchées se rapprochent. La grande majorité, sans gravité, heureusement. Mais pas toutes.

Ça commence à me faire peur. Mon déni commence à fléchir. La réalité rentre, insensiblement. Mais fermement.

Alors j’ai pleuré en pensant à John Prine, à Joan Baez qui chante pour un ami qu’elle risque de perdre, à tous les autres proches ou lointain qui sont touchés ou le seront. Je me recentre sur mon petit canton, ma petite ville, ma petite personne, en espérant très fort qu’on s’en tirera le moins mal possible.

J’essaie de ne pas trop penser au reste du monde, à l’Italie, à l’Inde, parce que juste là c’est trop dur.

Alors je vais aller me promener dans mon voisinage désert, parce que même si “je refuse de me réjouir“, cela ne veut absolument pas dire que je suis incapable de voir et de prendre plaisir au positif.

Et demain, je rangerai mon armoire à thés.

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Je refuse de me réjouir [fr]

Je refuse de me réjouir. Je refuse de me réjouir de l’air plus clair, des animaux plus libres, du silence et du calme, du rythme de vie moins frénétique, des changements que vit notre société, des remises en question de nos décisions politiques.

Je refuse de me réjouir de ce “positif” que l’on paie de tant d’angoisse, de détresse, et de mort.

Nous sommes en crise. Evidemment, en crise, il y a des changements radicaux. Evidemment, le soleil continue à briller à travers les nuages, et il y a des bonnes choses à regarder pour nous aider à supporter la réalité du monde.

Mais comment peut-on se réjouir de la baisse de la pollution alors que des économies entières sont mises à genoux, des populations entières sont paralysées, les morts se comptent (pour le moment encore) en dizaines de milliers? Il faut aimer bien peu l’humanité pour se réjouir ainsi du désastre qui nous frappe.

Oui, résolvons les problèmes du monde en stoppant toute l’industrie, en plongeant dans la récession tête la première! Les gens qui tiennent ce genre de discours “positif” comprennent-ils vers quoi nous nous dirigeons? C’est bien une planète plus verte, je suis à 100% pour, mais quel prix sommes-nous prêts à payer? Faisons mourir de faim et de maladie les gens, ralentissons l’économie, ça fera moins de monde sur notre planète et moins d’émissions, c’est super.

Alors non, je refuse de me réjouir. Je trouve ça indécent.

Quand l’immeuble qui me bouchait la vue brûle et s’effondre, je ne vais pas crier de joie parce que je revois enfin les montagnes.

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