Les chats diabétiques: ce qu’il faut savoir [fr]

[en] A summary of my learnings around feline diabetes, since Quintus's diagnosis last November. If you have a diabetic kitty, run -- don't walk -- to the Feline Diabetes Message Board and sign up there. It will be your life-saver, and probably your kitty's, too.

Depuis novembre 2017 je suis plongée dans le diabète félin. Le diagnostic de Quintus m’a rapidement amenée sur felinediabetes.com, une mine d’informations et une communauté active qui m’ont bien soutenue jusqu’à sa rémission le 1er janvier.

Je suis ensuite allée me balader chez les francophones, et comme d’habitude, j’ai été sidérée par le décalage d’informations et de pratiques entre l’anglophonie et la francophonie. J’ai endossé ma cape de “passeuse”, et après m’être fait virer d’un premier groupe facebook parce que ce que j’amenais était “trop pointu” (pour les sous-entendu simples esprits fréquentant le groupe), j’ai ouvert le mien avec l’aide d’une petite équipe motivée à mettre le paquet pour réguler le diabète de leur chat au mieux: Diabète félin: apprendre à gérer son chat diabétique.

Le groupe compte maintenant plus de 50 membres, l’esprit d’entraide y est génial, le niveau est bon, nous voyons nos premières rémissions.

Après le diabète de Quintus, je voulais faire un article complet pour rendre compte de ce que j’avais appris. En fait, l’article en question, il a pris la forme de ce groupe. J’y passe beaucoup de temps à rédiger/traduire des documents, expliquer des choses encore et encore… bref. Et j’apprends encore tous les jours: je fréquente aussi le forum allemand Diabete-Katzen (source du protocole sur lequel je me suis basée pour soigner Quintus). J’use de Google Translate et je me rends compte que j’ai quand même des beaux restes d’allemand!

Si vous avez un chat diabétique, je vous encourage vivement à rejoindre une communauté en ligne pour vous accompagner. Même avec la meilleure volonté du monde, votre vétérinaire ne peut pas vous offrir le suivi quotidien dont vous pourrez bénéficier dans ces communautés.

Pour les curieux, ou ceux qui voudraient le résumé, voici les points principaux que j’ai retirés de mes aventures au pays du diabète félin.

Rémission

Chez les humains, une fois qu’on est diabétique, c’est insuline à vie. Pas chez les chats. Avec le bon protocole, le taux de rémission est élevé: 84% pour les chats sous glargine (Lantus) ou detemir (Levemir) utilisant le protocole du forum allemand dans les six mois après le diagnostic (Roomp & Rand 2009: télécharger l’étude parue dans le Journal of Feline Medicine and Surgery; les instructions sur le forum allemand et leur traduction; la variante de FDMB et la traduction).

L’insuline utilisée (Lantus/Levemir), le régime (pauvre en glucides), le test de glycémie à domicile (indispensable), et la méthodologie d’ajustement du dosage sont tous des facteurs dans les chances de rémission. A partir du moment où Quintus a passé de caninsulin à Lantus et où j’ai commencé à suivre sa glycémie de près, il a fallu environ un mois pour qu’il entre en rémission. Dans son cas, son diabète était lié à une pancréatite, que l’on a également soignée, mais c’est pour dire que c’était un mois de boulot assez intense, mais nous sommes maintenant libérés de l’insuline, de ses contraintes et ses risques.

Dans le groupe que j’anime, nous avons un chat qui est en train d’entrer en rémission maintenant. Après un an sous Lantus sans surveillance de glycémie à domicile, deux graves épisodes hypoglycémiques symptomatiques, il fait ses premiers jours sans insuline également juste un mois après la mise en place du protocole de régulation stricte Roomp & Rand (changement de régime alimentaire, surveillance de glycémie à domicile, et dosage de l’insuline selon le protocole).

Insuline

Il y a différentes insuline. Je ne le savais pas (je débarquais côté diabète, ce n’était vraiment pas quelque chose que je connaissais). La plupart des vétos vont donner Caninsulin en première instance (des fois par obligation, suivant le pays). C’est une insuline développée à la base pour les chiens, dont la durée d’action a tendance à être un peu courte pour les chats.

Quintus a fait 10 jours avec, et au vu des résultats peu probants, il a passé à Lantus.

Si vous avez le choix, ma recommandation est vraiment de demander Lantus ou Levemir (ou ProZinc, qui est aussi pas mal). Si on doit travailler avec Caninsulin, on peut, et on a des chats dans le groupe qui sont correctement régulés avec. Mais c’est plus délicat, et j’ai l’impression que le risque d’hypoglycémie est plus élevé qu’avec une insuline plus douce.

Une autre insuline humaine relativement récente est degludec (Tresiba). Il y a visiblement eu des tests avec à l’hôpital vétérinaire de Zurich, un essai est en cours sur FDMB, et il y a eu des tentatives sur le forum allemand également. Cette insuline aurait une durée d’action encore plus longue que Levemir.

Test de glycémie à domicile

Même si les vétérinaires ne le proposent généralement pas d’office (les clients sont déjà flippés par le diabète et la lourdeur du traitement, certains refusent en bloc ou envisagent même l’euthanasie!), le suivi de la glycémie à la maison est indispensable.

Tout d’abord pour une question de sécurité. Est-ce qu’on imaginerait un diabétique humain se donner des injections d’insuline à l’aveugle, avec un contrôle toutes les quelques semaines? On sait tous que le risque mortel du traitement à l’insuline est l’hypoglycémie. On veut l’éviter. Donc on garde un oeil sur la glycémie.

Et je vous vois venir: prendre la glycémie ne fait pas mal au chat, à peine une piqûre de moustique, on prend vite le pli, et une fois qu’on a le truc en 30 secondes c’est liquidé. Comme on donne une petite récompense après, on a des chats qui arrivent en courant se mettre sur le table pour leur test de glycémie, d’eux-mêmes.

Quand on donne de l’insuline sans tester la glycémie à la maison, il y a deux risques:

  • l’hypoglycémie: les besoins en insuline évoluent. Le chat, en particulier, s’il est assez bien régulé, peut entrer en rémission ou voir ses besoins en insuline chuter. Si on ne teste pas, on le découvrira parce qu’on retrouve un jour son chat inanimé par terre au retour du travail (je rigole pas). Une hypo clinique, c’est beaucoup de stress (pour chat et maître), une hospitalisation souvent coûteuse, et on a de la chance si le chat s’en tire sans séquelles, et s’en tire tout court. Ne faites pas courir ce risque à votre chat.
  • l’hyperglycémie: comme on veut éviter de trouver son chat en plein crise d’hypoglycémie au milieu de la nuit, si on ne contrôle pas sa glycémie à domicile, on va sous-doser l’insuline. C’est tout à fait logique, comme attitude: sécurité d’abord. Mais l’hyperglycémie n’est pas sans risques (c’est pour ça qu’on donne de l’insuline aux diabétiques au lieu de les laisser baigner dans leur sucre): terrain propice aux infections, dégâts aux organes (reins entre autres), glucotoxicité (résistance à l’insuline), production de corps cétoniques (hospitalisation longue et coûteuse, peut être mortel — l’expérience des communautés de patients auxquelles j’ai accès est qu’on a plus de chats qui meurent de cétoacidose diabétique que d’hypoglycémie. Laisser un chat diabétique être mal régulé, ce n’est donc pas anodin ni sans risques.

Le test à domicile permet donc une bien meilleure régulation de la glycémie. Avec Lantus et Levemir, il permet même une régulation stricte: on fait en sorte que la glycémie reste à peu près 24h/24 dans des valeurs “non-diabétiques” (c’est l’objectif du protocole Roomp&Rand et cette approche n’est certainement pas étrangère au très fort taux de rémission). On utilise un tableau de suivi de glycémie pour pouvoir analyser les mesures faites afin d’ajuster le dosage.

Il existe des glucomètres pour animaux (le calibrage est un peu différent que pour les humains). Les bandelettes pour ces glucomètres sont toutefois vraiment chères. On peut sans aucun problème utiliser un glucomètre pour humains. Les valeurs sont légèrement décalées mais les instructions de dosage et les seuils de sécurité qu’on utilise sont prévus pour ces glucomètres humains. Peu importe que ce ne soit pas exactement la “vraie” valeur que mesurerait le labo: c’est assez proche pour nous permettre de suivre l’évolution de la glycémie, ajuster les doses en toute sécurité, et amener des chats en rémission.

Alimentation pauvre en glucides

L’alimentation joue un rôle énorme dans la régulation du diabète. La première chose à faire avec un chat diabétique, même avant de le mettre sous insuline, c’est de passer à un régime pauvre en glucides (moins de 8-10% en matière sèche).

Il y a des aliments thérapeutiques “spécial diabète” (j’ai utilisé ça, je ne voulais pas partir à la chasse à la nourriture juste avec tout ce que j’avais à gérer), mais il y a plein de pâtées pauvres en glucides qui coûtent moins cher et peuvent faire l’affaire. Les croquettes, même les plus pauvres en glucides, sont encore généralement assez élevées en glucides comparé à ce qu’on peut trouver dans les pâtées.

Procéder avec grande prudence si le chat est déjà sous insuline: le changement de nourriture va faire chuter les besoins en insuline, et si on fait ce changement brutalement et sans surveillance, on risque vraiment une hypoglycémie. Ça a failli m’arriver avec Quintus: j’avais changé sa nourriture, je n’ai pas pensé à le dire à mon vétérinaire (c’était le début, je n’avais pas réalisé à quel point c’était important!) — heureusement celui-ci m’avait prêté son glucomètre et dit de contrôler la glycémie avant injection. Si je n’avais pas fait le test ce matin-là (il était très bas) et injecté à l’aveugle, je n’ose pas penser à ce qui serait arrivé.

Corps cétoniques

On peut trouver facilement en pharmacie des bandelettes (ketodiastix) qui permettent de détecter le glucose et les corps cétoniques dans l’urine. Il suffit de la passer sous la queue du chat quand il urine (ou mettre un petit plastique pour récolter l’urine et y tremper la bandelette).

Même si on ne teste pas la glycémie à domicile, ce test-ci devrait être fait. C’est vraiment le degré zéro de la surveillance.

La quantité de glucose dans l’urine peut vous donner une idée de la régulation (même si c’est très imprécis). Et surtout, il faut s’assurer de l’absence de corps cétoniques. Si ceux-ci apparaissent, c’est vétérinaire direct!

On se retrouve avec des corps cétoniques quand le chat ne reçoit pas assez d’insuline, pas assez de calories, et a un souci supplémentaire comme par exemple une infection (je n’ai pas compris tous les mécanismes, mais grosso modo c’est ça). Donc une bête infection urinaire ou une gastro (le chat vomit) peut nous amener là. Une fois que les corps cétoniques ont fait leur apparition, c’est le cercle vicieux: la glycémie augmente, le chat est mal, il vomit… et si on ne fait rien, il finit par mourir.

Stress…

Il ne faut pas se leurrer: gérer un chat diabétique, c’est stressant, en tous cas au début. Il y a un tas de choses à apprendre, on craint pour son chat, on doit faire des gestes médicaux (injections etc) qui nous effraient peut-être. Si on veut assurer un bon suivi on va tester la glycémie plusieurs fois par jour, commencer à réguler la prise des repas, il va falloir être là toutes les 12h pour faire l’injection. Ça fait beaucoup.

En plus, on peut se heurter à l’incompréhension de notre entourage, qui trouve qu’on s’acharne, qui ne comprend pas qu’on puisse se donner tout ce mal “juste pour un chat”.

Suivant comment les choses se passent, notre confiance en notre vétérinaire peut aussi se trouver ébranlée. Plus ça va, plus il me semble que le diabète félin est un peu un “parent pauvre” de la médecine vétérinaire. A leur décharge, les vétos doivent “tout savoir sur tout”, et pas juste pour une espèce, le diabète félin n’est pas très courant, et beaucoup de maîtres vont hésiter devant la lourdeur du traitement: la prise en charge “standard” du diabète félin reflète ça. Mais c’est très inconfortable de se retrouver pris entre ce que nous indique le professionnel de la santé et ce qu’on trouve “sur internet”: on finit par ne plus savoir à quel saint se vouer.

Largement, toutefois, ce que je constate à travers les expériences des autres maîtres de chats diabétiques que je côtoie, c’est que quand les clients montrent à leur vétérinaire qu’ils sont motivés à faire une prise en charge sérieuse du diabète de leur animal, qu’ils comprennent ce qu’ils font, que leur méthode est solide, les vétos se montrent généralement ouverts, et parfois même ravis d’élargir leurs horizons.

A travers tout ça, pouvoir échanger avec d’autres personnes “ayant passé par là”, faire partie d’une communauté qui se serre les coudes et se soutient, c’est extrêmement précieux. Pour ma part, ça m’a clairement sauvée plus d’une fois du pétage de plombs 🙂

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Le ronron du vieux chat [fr]

Dimanche 23h

Je voulais me coucher tôt, parce que demain sonnez clairons à 5h pour aller à Fribourg, après près de 10 jours de maladie.

Mais je ne dors pas, parce que sitôt la lumière éteinte avec Quintus contre moi, j’ai fondu en larmes, parce que bien sûr, si je suis en train d’apprendre tout ce sur quoi je peux mettre la main au sujet du diabète félin, de surveiller sa glycémie comme un aigle, de me demander comment je vais gérer les injections d’insuline à 6h et 18h tous les jours, c’est bien pour ne pas sentir combien je suis triste à la perspective de perdre Quintus.

L’anniversaire de la mort de Tounsi approche à grands pas, et je suis tout sauf sereine face à son absence qui s’éternise.

Aujourd’hui Quintus aurait pu faire une hypo. Il en a peut-être fait une, petite, sans signes cliniques. Hier et samedi soir j’ai veillé pour vérifier qu’il ne descendait pas trop bas, et frémi en voyant les mesures se rapprocher des valeurs préoccupantes. Je l’ai trouvé fatigué aujourd’hui. Hier aussi. Peut-être ce grand huit de la glycémie qu’il nous a fait. Il y aurait de quoi. C’est plus facile d’imaginer qu’un vieux chat va mourir quand il ne fait plus que dormir et semble n’avoir plus d’énergie.

Alors je ne dors pas. Il a fini par quitter mon lit, boire un peu, il m’a fait peine à voir, il a dû s’y reprendre à deux fois pour trouver sa gamelle, puis il est sorti direction le couloir, où est la nourriture. Je l’y ai amené, j’ai sorti l’écuelle de la gamelle à puce, parce que je commence à voir que ça le retient un peu de manger et que la pâtée un peu sèche ne le dérange nullement.

Après avoir bien mangé, il est revenu d’un pas plus assuré, a sauté sur le lit pour s’installer sur l’oreiller.
Et soudain, alors je m’occupe à ne pas dormir ni trop sentir, j’entends ce bruit régulier que j’avais cherché en vain aujourd’hui et une bonne partie d’hier: il me regarde et il ronronne.

Il n’a pas dit son dernier mot.

Vous pouvez suivre le grand huit de la glycémie en temps réel.

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Je vais vous raconter Tounsi… [fr]

[en] The beginnings of my story with Tounsi.

Je veux vous raconter Tounsi. Ça fait des jours que je veux le faire, mais que je recule, parce que je sais que ça va être dur. Deux semaines, et j’ai encore tellement mal. Je me sens bien plus perdue que ce à quoi je m’attendais.

Tounsi 1

Alors je vais vous raconter Tounsi, sans trop savoir par où commencer, parce que je l’aimais, et parce qu’il était spécial — pas juste pour moi.

Tounsi, chat de refuge. Voici la première photo que j’ai vue de lui. A tout dire, j’avais surtout craqué sur Safran, mais je voulais deux chats qui s’entendaient bien, et ceux-ci étaient cul et chemise. Tounsi était au refuge depuis un an. Trouvé du côté de Meyrin, m’avait-on dit. Puce d’identification tunisienne, mais sans adresse valable.

Un passé un peu mystérieux, donc. Est-il né chat des rues en Tunisie? Voyageait-il avec ses premiers maîtres? Avait-il été ramené par des voyageurs? En tous cas, il ne m’a pas fallu très long pour imaginer comment il avait pu “se perdre”. Dès ses premières sorties, d’ailleurs, j’ai compris que ce n’était pas un chat comme les autres: la première fois qu’il a mis le nez dehors, il a foncé tout droit à travers le jardin, queue en l’air, pour explorer son nouveau territoire. Et quelques minutes plus tard, grands miaulements d’appel “tu es où? tu es où?” pour me retrouver. Droit devant lui, toujours. “Oh, un bruit étrange! allons voir! oh, c’est la tondeuse à gazon!”

Tounsi in December 3

Il buvait dans les WC, comme Bagha. Ouvrait le frigo, comme lui aussi. Dormait vautré sur le canapé, idem. Mais alors que Bagha était un vieux chat à sa mort, Tounsi était un jeune plein d’énergie: faire déguiller les plantes, attaquer mes pieds à 7h30 pétantes, course-poursuites avec Safran… Et manger, manger, manger. J’ai aussi vite compris pourquoi il était un peu ventru, le Touns’. C’était une obsession.

Et alors que Bagha était bien éduqué, et que malgré son âme de voleur il pouvait me regarder manger un steak sur la même table sans y toucher, Tounsi, lui… ben disons qu’il n’avait pas beaucoup d’inhibitions. Je me souviens de mes premières tentatives pour le faire descendre de la table. D’abord en disant “non!” ou “descends!” sur le ton que j’utilisais avec Bagha. Zéro réaction. Mais alors, zéro. Frapper des mains, non plus. Il me regardait: “qu’est-ce que tu veux?”

Looking forward to the great outdoors

J’avais passé aux grands moyens, le pousser pour le faire descendre. Bagha, je le guidais d’une caresse, d’un effleurement. Tounsi, le bougre, il résistait! “Mais pourquoi tu me pousses, tu vois pas que je veux être sur la table? C’est bien ici!”

J’ai fini par trouver ce côté de Tounsi extrêmement attachant. Le côté un peu innocent, qui sans malice aucune veut faire ce qu’il veut faire. Curieux, intéressé. Et pas timide du tout. “Oh, les courses, montre-moi ce que tu as acheté!” ou bien “Mais moi aussi je veux un morceau de jambon!”

L'eau, ça coule et ça mouille!

Avec Tounsi et Safran, c’était la première fois que j’adoptais des chats au passé inconnu. Ils avaient des habitudes que je ne connaissais pas, ou savaient faire des choses que je n’imaginais pas.

Tounsi, par exemple, savait faire sa crotte dans la cuvette des WC. J’ai fini, par élimination et recoupements, par avoir la certitude que c’était lui. Pas souvent, hein, peut-être une demi-douzaine de fois en cinq ans. Je vous dis pas ma tête la première fois que je me suis retrouvée face à cette grosse crotte au fond de la cuvette des WC. Un vrai moment “quatrième dimension”! (Et après, en le voyant faire de l’équilibrisme sur le rebord de sa caisse, on comprend mieux.)

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Curieuse de son passé que j’imaginais voyageur, entre sa puce tunisienne, sa tendance à suivre les gens (surtout moi) dehors, et sa visible aisance avec les environnements nouveaux, j’avais fait l’expérience un jour de mettre un harnais à Tounsi. Il n’a pas bronché et a continué à vaquer à ses occupations comme de rien. Si vous avez déjà essayé de mettre un harnais à un chat, vous comprenez que c’est assez parlant! A plus forte raison pour un chat qui faisait l’anguille dès qu’on essayait de le contraindre un peu pour l’examiner…

Plus je m’attachais à Tounsi, et plus cette année passée au refuge me brisait le coeur. Un an, avant que quelqu’un ne l’adopte! C’est vrai que de premier abord, Tounsi ne semblait pas trop intéressé par les gens. Il m’avait d’ailleurs royalement ignorée lors de notre première rencontre, préférant courir vers Safran pour une petite partie de judo. Comme quoi, il ne faut pas se fier aux premières apparences. Il avait un peu de poids en trop, et, j’ai assez vite remarqué, une bouche qu’il ne fermait jamais.

Après la mort de Safran, on lui avait fait une narcose pour un contrôle sanguin. J’en avais profité pour demander à la vétérinaire de regarder cette histoire de bouche qui ne fermait pas: ses incisives se chevauchaient et bloquaient la fermeture complète de la mâchoire! On avait donc ôté celles du bas, et après ça, c’était devenu possible pour lui de fermer la bouche. Les habitudes ont la vie dure, toutefois, et il l’avait quand même souvent partiellement ouverte.

Quintus Arriving in Switzerland 14

Je ne pense pas qu’il ait été malheureux au refuge — il était libre de ses déplacements, d’après ce que j’ai compris. Un “chat d’extérieur”. Je n’ai jamais vraiment demandé pourquoi, mais connaissant le gaillard, je pense que ça ne devait pas être facile de le garder dedans, et comme il revenait… Mais ça me fait quand même mal au coeur qu’un gentil chat comme ça ait dû attendre aussi longtemps avant d’être adopté. Et il y en a tant d’autres dans nos refuges.

Troupeau de chats 3

Voilà donc le début de notre histoire, à Tounsi et moi. La suite suivra… quand elle viendra!

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Les jours passent sans Tounsi [fr]

[en] Days without Tounsi are going by. Less tears by the day. I learned a lot about grief when Bagha died, and I am reaping the benefits today. I think we should be able to wish each other "good grieving", when the time comes. Because knowing how to grieve is such an important skill.

Tounsi en hautUn jour il y aura un jour sans larmes. C’est bête, mais je le redoute. Chaque matin passe un peu plus de temps avant que je pleure mon chat. Je suis en train de me faire à son absence. Et alors que je sais bien que c’est nécessaire, me faire à son absence signifie l’accepter – et je ne suis pas encore prête. Alors je pleure encore.

Je vais bien, compte tenu des circonstances. Vous êtes nombreux, nombreux, à m’avoir fait part de votre sympathie, sur Facebook et ailleurs. Je l’apprécie infiniment. C’est con, hein, mais je vais m’en rappeler: en temps de deuil, ce ne sont pas vraiment les mots qui comptent, mais le fait qu’il y ait des mots. Même les formules convenues font du bien.

Mon appartement est plein de rappels de Tounsi. Je n’ai pas touché à grand chose. J’ai ôté l’élastique qui l’empêchait d’ouvrir le frigo. Petit à petit, je rangerai. Le carton au milieu du salon disparaîtra. Les perchoirs d’observation se rempliront de plantes. Les taches laissées par sa truffe sur la fenêtre seront nettoyées. Les derniers marquages aussi. Je trouverai quoi faire de ses croquettes, des médicaments qui restent, des jouets. Quintus et moi retrouverons un nouvel équilibre, pour le temps qu’il nous reste ensemble.

Avec la mort de Tounsi, je me prépare aussi à me retrouver “sans chat” quand ce sera au tour de Quintus. Le plus tard possible, j’espère. Mais il a quand même 16 ans.

Tounsi et Quintus

Quintus ne semble pas souffrir outre mesure de la disparition de Tounsi, si ce n’est que son absence change le déroulement de son quotidien. Je crois que la présence de Tounsi le stimulait à bouger – je dois donc prendre plus sur moi.

Je repense à Bagha, ces jours. Et je me retrouve parfois à vouloir dire Bagha pour Tounsi. Bagha était jusqu’ici mon chat mort. Maintenant j’en ai deux. Comme je l’avais fait pour Bagha, je veux raconter Tounsi. Mettre par écrit qui il était, ce qui le rendait si spécial pour moi. A la mort de Bagha j’avais un gros regret: ne pas avoir plus de vidéos de lui. C’était en 2010. Avec Tounsi, c’est presque le contraire. J’ai des milliers de photos et certainement des heures de vidéo. Le temps du deuil, pour moi, c’est aussi le temps de prendre le temps d’en faire quelque chose. On verra quelle forme ça prend.

J’avais prévu de monter au chalet lundi. Je vais retarder de quelques jours, histoire d’avoir retrouvé un peu de stabilité ici avant de partir. Ça va être dur à nouveau quand je serai là-haut sans Tounsi.

tounsi au chalet

Bien entendu, ces jours, je réfléchis beaucoup au deuil. Le grand cadeau de la mort de Bagha avait été de pouvoir vivre pleinement son deuil – si vous connaissez mon histoire personnelle vous saisirez l’importance que ça a pu avoir. Maintenant, le deuil me fait moins peur, et c’est peut-être aussi pour ça que j’ai l’impression que ça va “vite” pour Tounsi. C’est un peu déstabilisant.

Je regrette qu’on ne souhaite pas “bon deuil” aux gens. On devrait. Il faut arrêter de voir le deuil comme quelque chose à éviter, dont il faut sortir le plus vite possible, voire fuir en se perdant dans autre chose. Alors certes, c’est nécessaire parfois par moments pour continuer de fonctionner, mais mon expérience est que plus on accepte de s’y plonger, et de sentir les émotions que le deuil nous amène, plus on est justement capable de fonctionner en dehors de ces “montées de peine”, et plus celles-ci sont gérables.

On peut choisir ces moments pour se laisser sentir. J’ai dû le faire ce week-end, totalisant passé 8 heures de route en moins de 48 heures. On ne peut pas conduire quand on est pris par le chagrin. Mais on peut s’arrêter, le temps qu’il faut, s’abandonner au chagrin, et ensuite vient un moment de répit où l’on peut fonctionner. Si on accepte de pleurer, vient un moment où ça se calme.

A l’époque de la mort de Bagha, mon psy m’avait dit qu’une bonne crise de larmes, où l’on pleure sans retenue à grands sanglots, ça dure (physiologiquement) max 20 minutes. En cherchant une source pour ce chiffre, je suis tombée sur cette page “comment pleurer pour vous soulager” qui semble plutôt bien faite (ça me fait un peu mal de mettre en avant une page de WikiHow mais elle me paraît utile). J’avais trouvé rassurant de savoir que ça s’arrête, parce que quand on est au fond de notre peine, on a le sentiment que ça ne va jamais s’arrêter.

sleepy tounsi

Le deuil fait partie de la vie. C’est quelque chose qu’on traverse tous à un moment ou un autre. Lorsque j’ai lu “Apprendre à vivre”, de Luc Ferry, un livre qui m’a beaucoup aidée par rapport à ma quête de sens dans la vie à la lumière de l’inévitabilité de la mort, l’essentiel que j’en avais retiré était qu’apprivoiser le deuil, pouvoir accepter les “jamais plus” de la vie, petits ou grands, était le travail d’une vie. Le sens, c’est ça.

On devrait se souhaiter bon deuil. Car le deuil peut être bon, ou moins bon. Et on le souhaite bon pour ceux qu’on aime.

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Tounsi était mon truffinet d’amour [fr]

[en] I had to put my beloved Tounsi to sleep last night. FATE, saddle thrombosis. I am heartbroken. There are some details on his Facebook page. I can't believe he's gone. I've cried myself out of tears again and again.

Pretty Tounsi

J’ai eu du mal à l’aimer, au début. Je ne semblais pas vraiment l’intéresser. Il ressemblait un peu trop à Bagha, de loin, sur le canapé. J’avais surtout craqué pour son pote de refuge, Safran. J’avais même entrevu l’ombre de la possibilité de prendre à sa place un joli noir et blanc qui avait juste refait surface au refuge, mais il était déjà dans son panier et je ne pouvais me résoudre à penser à le laisser.

Tounsi était un chat spécial. Oui, tous les chats le sont, mais certains plus que d’autres. Beaucoup de personnalité. Une presence presque humaine. Beaucoup de volonté. Des challenges tant médicaux que comportementaux, qui m’ont menée à beaucoup m’investir pour lui, ce qui n’a fait qu’augmenter mon attachement au fil des années. Il était vraiment mon amour de chat.

Nous avons été ensemble cinq petites années. Mais il y a eu tellement de vie durant ces années que ça me semble être au moins le double. J’ai le coeur en mille miettes. Perdre Bagha a été terrible, et c’était brutal, mais il avait 14 ans, et je savais que chaque mois de plus ensemble était un mois de bonus. Tounsi n’avait que 7-8 ans. Je pensais avoir encore de longues années en sa compagnie. Récemment, j’étais plutôt à penser à la disparition possible de Quintus, qui même s’il est en bonne santé mis à part sa cécité, son arthrose, et son début d’insuffisance rénale, accuse quand même bientôt 16 ans.

Là, en trois jours, c’est fini. Vendredi matin, Tounsi a fait une thromboembolie aortique. Un caillot de sang s’est logé là où l’aorte se sépare en trois pour aller dans les pattes arrières et la queue, et a coupé la circulation. Pattes paralysées, grande douleur – mais en bon chat Tounsi n’a rien montré, et moi je n’ai rien vu, parce qu’il avait fait une crise semblable au début du mois avec paralysie partielle d’une patte, qui avait passé toute seule, et qu’on avait ajouté au tableau “épilepsie idiopathique”, le diagnostic sur lequel on s’était arrêtés pour expliquer les étranges mouvements de patte du Touns’. Ce n’est que le soir que j’ai noté que sa respiration n’allait pas et qu’il montrait peut-être des signes de douleur.

Vétérinaire de garde, Tierspital, diagnostic. Les détails sont sur sa page Facebook. Samedi, dimanche, désespérément stable, si ce n’est que l’oedème pulmonaire avait été résorbé et qu’il respirait sans oxygène. Pattes toujours sans circulation, paralysées, muscles durs, coussinets bleus. Hier soir, appel du Tierspital. Ses reins ont lâché, probablement un nouveau thrombus. J’ai le temps de faire l’heure de route jusqu’à Berne, la quatrième fois en moins de 48 heures, pour lui faire mes adieux et le laisser mourir dans mes bras, parce qu’il n’y avait plus d’espoir, parce qu’il souffrait, parce que c’était le moment.

Je pensais encore avoir quelques jours, on se donnait jusqu’à la fin de la semaine pour voir si la circulation revenait dans ses pattes – mais même si ce miracle s’était produit, la source des thrombus (maladie cardiaque avancée, tumeur) ne nous donnait de toute façon pas grand espoir pour la suite.

J’ai beaucoup pleuré depuis la nuit de vendredi à samedi. Plus d’une fois je me suis vidée de mes larmes. Sur la bande d’arrêt d’urgence de l’autoroute qui quitte Berne, personne ne vous entend crier votre peine. Je crois que je savais dès le début comment ça se terminerait. Mais je ne pensais pas que ce serait aussi brutal. La dégringolade. Les derniers morceaux de mon coeur abandonnés sur les aires de repos entre Lausanne et Berne. Et une absence de chat proportionnelle à la place que prenait Tounsi dans ma vie.

Je suis sous le choc, bien évidemment. Ça va, parce que j’ai passé par là avec Bagha, et je sais qu’un jour il y aura un jour sans larmes, je sais que la peine s’estompe, je sais que la vie reprend son cours et qu’on se fait à l’absence. Ça fait mal, aussi, de s’y faire. Mais on s’y fait.

Mais là je navigue entre désespoir et moments où je me sens sereine, shootée au déni, merveilleux mécanisme de défense qui prête au monde une couche d’irréalité, qui nous permet de fonctionner, mais qui peut se retourner contre nous si on s’y accroche trop. Alors je pleure, je me vide de mes larmes encore une fois, j’accepte un bout de plus cette nouvelle réalité qu’est la mienne, et je repars pour un moment. Les larmes se rempliront, bien sûr. Et je recommencerai.

Je regarde mon appartement et tout ce qui y est “pour Tounsi”. Le grand arbre à chat avec le panier dans lequel il aimait dormir. “L’échelle à chat” faite de deux meubles IKEA bricolés. Le carton de jouets, que j’ai rangé enfin l’autre jour, plein de nouvelles cannes à pêche achetées exprès pour lui, et dont Quintus ne peut profiter, car il est aveugle.

Tous les aménagements faits pour nourrir deux chats avec des appétits et des régimes différents. Les coussins et espaces où il se tenait. Ça m’a donné l’idée d’un projet photographique sur l’absence.

Il y a des moments, inévitables, où je pense au prochain chat. Comme la dernière fois, je vais attendre. Attendre d’être bien dans ma nouvelle vie sans mon Tounsinet. Mais ces idées me traversent l’esprit. Et ce nouveau chat qui s’invite timidement dans mon imagination, je vois tellement bien que c’est un remplacement de Tounsi. Je veux le même. Je ne veux pas accepter d’être sans lui. Ces idées ne sont qu’une des formes que prend le déni, le refus d’accepter.

Je suis préoccupée par des questions pratiques: quelle routine Quintus et moi allons-nous établir, sans Tounsi? Comment vais-je le nourrir, maintenant que la gamelle à puce n’est plus nécessaire, que je peux contrôler entièrement ce qu’il mange? Etait-ce important pour lui, pour son équilibre, sa santé, qu’il partage sa vie avec un autre chat – ceci d’autant plus qu’il ne sort presque plus?

J’entrevois aussi les soulagements, les pendants à la liberté dont j’avais su profiter durant mon “année sans chat”. Tounsi était un chat beaucoup plus contraignant que Quintus. Fini les problèmes de marquage dans l’appartement. Fini les expéditions nocturnes pour le récupérer du côté du Gras Haret. Je n’arrive pas à m’en réjouir – et ce ne serait pas juste, aujourd’hui. Mais je sais que le jour viendra.

Le deuil n’est pas un processus linéaire, c’est une série d’allers-retours entre des états assez différents. Ça zigue et ça zague, de moins en moins à mesure que passe le temps. Il faut juste s’accrocher dans les contours, faire preuve de courage pour rester en selle, et garder confiance que même lorsque le tunnel paraît sans fin, lorsque le bleu du ciel ne nous fait plus rien, que la vie a perdu tout goût et que le peu de sens qu’on avait grappillé au fil des années semble s’être envolé à jamais, on est en train de faire ce qu’il faut faire. On serre les yeux, on plonge dans sa peine, à la mesure de notre attachement, et on se laisse porter un bout plus loin.

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Le chat, animal si pratique, mais qui s’ennuie “à dormir” dans nos maisons [fr]

[en] I have followed two half-day courses on cat behaviour so far, and it has completely changed the way I see (my) cats. I thought I knew a lot about them, but I still have a lot to learn! The sad takeaway from these courses is realising how bored most of our cats are, particularly indoor cats. An unhappy cat will just stay silent and quiet, and sleep to pass the time. It's that bad. They do not let us know something is wrong except by sleeping. And we all expect our cats to sleep... a lot.

There is a lot we can do, as humans, to enrich their environment. But it takes work. And cats do not "know" how to use the devices we will present them. We need to teach them... and we usually do not know how to teach a cat something.

If you're interested in the topic, I recommend you listen to this episode of Fresh Air. If you struggle through my French blog post and have questions, I'm happy to answer them in the comments. I'm also planning a Facebook Live on the topic, and toying with the idea of doing one in English. Would you be interested in following it?

Nos chats s’ennuient bien plus que ce qu’on pense. Très franchement, je n’avais aucune idée. Ces derniers mois, ma façon de regarder les chats (et les miens) a énormément évolué.

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J’ai en effet suivi deux demi-journées de cours sur le comportement félin récemment. Claire y était également et a écrit de jolis comptes-rendus: premier cours, deuxième cours. Ma première visite chez le comportementaliste m’avait déjà ouvert grand les yeux sur les limites de ma compréhension de nos petits fauves d’appartement. Oui je sais, si vous me connaissez il y a des chances que vous me considériez “experte en chats” – eh bien laissez-moi vous dire que j’ai beaucoup appris durant ces deux cours. (Il y en a encore deux!)

J’ai tellement à dire que je ne sais pas trop par où commencer. Il y a des tas de trucs pratiques, des infos sur certains comportements que je ne savais pas décoder, etc. Mais ce qui m’a le plus touché (on peut dire ça) c’est cette question de l’ennui, de réaliser à quel point la maltraitance par ignorance et manque d’information est répandue (voire systémique) quand il s’agit du chat.

Ça peut choquer, d’entendre ça. Personne ne considère qu’il ou elle maltraite son chat. On les aime, on en prend soin. On veut leur donner une bonne vie. Et malgré tout ça, il est possible qu’on les maltraite sans le savoir.

La clé la plus importante à intégrer concernant le chat est que c’est un animal qui ne manifeste pas sa souffrance.

Je le savais déjà pour la souffrance physique: un chat âgé qui a de l’arthrose, et donc a mal, ne va pas se plaindre. Il va simplement adapter son activité pour ne pas avoir mal. Il va bouger moins. Dormir plus. Arrêter de sauter sur la table. Si votre chat a huit ans ou plus, il y a de fortes chances qu’il ait déjà de l’arthrose. Comment on sait ça? On prend toute une collection de chats d’un certain âge. On leur donne des anti-inflammatoires pendant quelque temps. Et hop, ils dorment moins, sortent plus, sautent sur la table, jouent à nouveau!

Ils ont mal mais ils ne se plaignent pas, ne montrent rien.

Ce qui est vrai pour la douleur physique l’est aussi pour la douleur psychique. Un chat qui va mal va s’inhiber, bien avant de détruire l’appartement en notre absence.

Il faut comprendre que c’est une des caractéristiques du chat qui le rendent si “pratique” comme animal de compagnie. Il ne nous emmerde pas… Le problème c’est qu’on n’en a pas conscience. On pense que si notre chat ne pose pas de “problèmes” c’est que tout va bien. Mais ce n’est pas vrai. Un chat qui ne nous emmerde pas n’est pas nécessairement un chat qui va bien.

Un exemple: l’ennui. Si on compare les activités “naturelles” du chat à celles du chat “en appartement”, on se rend compte que l’environnement qu’on lui propose n’est absolument pas adapté à ses besoins.

Un chat peut chasser jusqu’à 11 heures par jour. S’il est actif, il ne dort pas 16 heures par jour, mais plutôt une dizaine d’heures. Le chat est un animal territorial, et son domaine vital “naturel” est bien bien plus grand que nos appartements. On le prive de territoire, on le prive de chasse. Se nourrir prend 5 minutes à la gamelle. S’il a de la chance ses maîtres jouent avec lui un peu en rentrant du travail, et il s’installe sur leurs genoux devant le téléjournal. Seul la journée, seul la nuit quand on dort (à plus forte raison si la chambre à coucher lui est interdite), le chat s’ennuie. Il se résigne, et dort par dépit. La grande majorité des chats en Suisse vivent dans des cages dorées.

Ces idées nous heurtent! On ne veut pas faire souffrir nos chats. Ils ne semblent pas demander quoi que ce soit de plus. Quand on essaie de les intéresser à un jouet, ça ne prend pas. Ils sont “paresseux” et préfèrent dormir. Après deux ou trois tentatives on se dit que ce n’est pas leur truc, alors on laisse tomber – ils ne se plaignent pas, ça doit pas être si grave.

Justement. Il faut enregistrer fermement cette information: le chat malheureux ne se plaint pas. Il ne le manifeste pas – si ce n’est en dormant. 

Que faire? Une fois cette prise de conscience faite, par où commencer? C’est là qu’il y a des tonnes d’articles à écrire. Mais quelques principes, déjà.

Se débarrasser des gamelles, tout d’abord. Mettre en place des systèmes, achetés ou bricolés, pour que le chat doive “travailler” pour obtenir sa nourriture. Cela ne remplacera pas le temps de chasse, mais ce sera toujours plus que les 5 minutes nécessaires à descendre le contenu de l’assiette. Quoi, comment, où? Il y a pas mal d’idées déjà dans l’article de Claire, et je pense développer ce sujet à l’avenir.

Quintus et Tounsi avec des nouveaux jouets (je mettrai la vidéo sur YouTube quand je suis de retour en plaine avec du wifi)

Partir du principe que le chat ne “sait” pas faire l’activité qu’on lui propose. Que ce soit du jeu, de la chasse, un moyen différent de trouver sa nourriture: on doit lui apprendre. Et l’apprentissage, c’est une activité. On a tendance à se limiter à ce que le chat fait spontanément ou pige tout de suite, et c’est une grave erreur. Les chats sont intelligents et capables d’apprendre beaucoup de choses, mais pour cela nous devons tout d’abord nous apprendre à enseigner aux chats. On n’a pas la science infuse non plus. (Aussi plein de choses à écrire là-dessus, mon vieil article sur le clicker training vous donnera déjà une idée de base. Mais c’est pas suffisant, à l’époque où je l’ai écrit il y avait des tas de choses que je n’avais pas comprises, et je crois qu’il y en a encore qui m’échappent.)

Faire sortir son chat. C’est con hein, mais un chat qui sort, il va automatiquement avoir une vie bien plus remplie d’activités qu’un chat dont le monde se résume au canapé, au lit, et à l’arbre à chats. Si vous avez trop peur, je me dis maintenant que le harnais, c’est déjà mieux que rien (mais ça vous oblige à être là).

Mais même un chat qui sort peut s’ennuyer. Je le vois avec Tounsi et Quintus, qui sont clairement des chats “dedans d’abord, dehors un peu”. Je sortais déjà un peu Quintus pour qu’il se dégourdisse les pattes (maintenant que je sais qu’il est presque aveugle, je comprends mieux pourquoi il ne quittait le devant de l’immeuble qu’en ma compagnie). Je le fais maintenant d’autant plus que je comprends que c’est une façon de le garder actif. Tounsi aussi. Au chalet, où ils sont moins familiers avec le territoire, je les encourage activement. Je sors avec eux, je les appelle, j’amène des croquettes, même. Je prends mon téléphone ou ma kindle et je traine au jardin avec eux. Dehors, ils ne font pas la sieste: ils regardent, explorent, chassent même un peu. Si je me contentais de leur ouvrir la porte, je resterais à la conclusion que “ils ne veulent pas vraiment sortir”. Il ne faut pas s’arrêter à ce que le chat semble vouloir.

Combien d’activité par jour? Il y a des années, j’avais vu quelque part 45 minutes par jour pour un chat d’appartement. Je n’ai jamais retrouvé la source. Dans le deuxième cours, le comportementaliste nous propose de viser un minimum de 4 heures par jour d’activités: chasse, alimentation, jeux, interactions. C’est énorme! Cela veut dire qu’il faut mettre en place un contexte où une partie des activités ne dépend pas de notre présence.

On pense souvent qu’avoir deux chats “règle le problème” du chat enfermé tout seul à la maison toute la journée. Ce n’est malheureusement pas vrai. Déjà, il faut que les chats s’entendent (ce n’est pas toujours le cas; imaginez, être enfermé durant des années avec comme compagnon principal quelqu’un que vous n’aimez pas). Mais même s’ils s’entendent, ils vont simplement s’ennuyer ensemble si on ne leur propose pas d’activités. On nous a montré cette vidéo durant le deuxième cours, et j’avoue que ça m’a vraiment fait mal au coeur.

Saisir les opportunités. Le chat est un sprinteur, il lui faut donc des activités très courtes. Une fois qu’on se rend compte que des petites choses qui peuvent nous paraître insignifiantes sont importantes pour son équilibre, il y a en fait plein de petites choses qu’on peut faire.

En particulier, quand mes chats dorment depuis un moment, je vais aller dans la chambre et bouger un peu. Pas les réveiller toutes les cinq minutes, s’entend, mais rendre leur environnement moins statique. Lancer un truc par terre, ça va attirer leur attention. Même s’ils ne se jettent pas dessus, s’ils le regardent, ou se déplacent, c’est déjà ça. Quand je rentre de courses, Tounsi a toujours le nez dans tout. Je ne le chasse pas ni le gronde, son intérêt pour ces choses nouvelles dans son environnement est tout à fait sain. Je m’assure juste (gentiment) qu’il ne parte pas avec le fromage ou le jambon! Je vais faire des caresses à Quintus pendant sa sieste, et je fais frétiller la ficelle qu’il aime bien sur le lit devant lui. Des fois il l’ignore, des fois il joue un peu. Une minute, c’est déjà ça! Il faut procéder par petites touches, plein plein de petites activités courtes, au lieu d’une grande séance de jeu dont ils se fatigueront trop vite. C’est comme avec la nourriture: plein de petits repas au fil de la journée. Toute occasion est bonne pour leur lancer une boulette de papier ou une croquette, ou laisser trainer un sac ou un emballage le temps qu’ils l’explorent.

J’ai à peine gratté la surface de tout ce que j’ai à écrire suivant ces deux cours, mais cet article commence à être bien assez long. Je réponds volontiers à vos questions dans les commentaires. Je me tâte d’ailleurs de faire un (ou plusieurs?) Facebook Live, peut-être déjà simplement pour discuter plus avant des idées que j’introduis ici. (Je vous tiens au courant, mais ça se dessine pour vendredi 15h ou 21h, ou samedi 10h.)

Mise à jour: j’ai fait le fameux Facebook Live que vous pouvez donc désormais visionner!

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Chat qui marque: Tounsi et le comportementaliste [fr]

[en] My cat Tounsi has been spraying (marking his territory with urine) since I first got him. About a year ago I finally took the plunge and went to see a behaviour specialist vet. It was a great idea. Spraying is now under control, even though we're not down to zero. But I'm not cleaning every day, I was able to change my pee-imbibed bookcases, and my flat never smells of cat pee. I should have done that years ago!

Lasse de faire la chasse au marquage urinaire dans mon appartement, j’ai fini l’an dernier par consulter un vétérinaire comportementaliste, suite à la suggestion d’une assistante vétérinaire dans mon cabinet habituel. Grand bien m’en a pris, et je regrette de ne pas y avoir été trois ans plus tôt. Je vous raconte.

Tounsi

Le comportementaliste, c’est un peu le psy pour chats, sauf que bien sûr, comme il s’agit d’un chat, c’est le maître qui doit faire tout le travail. La couleur était annoncée d’entrée, et je n’en attendais pas moins.

J’ai donc fait 25 minutes de voiture avec mes deux chats (eh oui, le contexte c’est important!) pour une première séance de plus de deux heures. Le vétérinaire a observé les chats, bien entendu, mais m’a aussi posé trois tonnes de questions. Je lui ai tout raconté, plan de l’appartement qu’il m’avait demandé et photos à l’appui: le caractère des chats, à quoi ressemble notre quotidien, leur relation et son évolution, ce que j’ai essayé, comment je réagis, plus une myriade d’autres choses que je n’aurai pas forcément pensées significatives (c’est pour ça que c’est lui le comportementaliste et pas moi).

Tounsi in basket

Le marquage, c’est complexe. Difficile de mettre le doigt sur “une cause”. Dans le cas de Tounsi, je suis repartie avec les éléments suivants:

  • Tounsi est un chat anxieux. Je m’en doutais (j’avais remarqué qu’il sursautait facilement), mais je n’arrivais pas à en faire sens compte tenu de sa témérité (y’a pas d’autre mot) face au monde. C’est le chat qui entend la tondeuse à gazon et court à travers le jardin pour voir ce que c’est. L’explication, c’est que Tounsi veut tout contrôler, maîtriser, surveiller. S’il se passe quelque chose il doit aller voir, être au courant. Ça colle avec sa tendance à ne dormir toujours qu’à moitié, et ses oreilles sans cesse en mouvement. Tout ça, c’est stressant — ou signe de stress. Certainement une histoire de tempérament…
  • Dans le marquage, il y a un élément important d’habitude. Compte tenu du fait que Tounsi ne marque pas au chalet ni à l’eclau (une ou deux exceptions cependant), ça laisse penser qu’il marque parce qu’il a l’habitude de marquer. Il est possible que quelque chose ait déclenché l’affaire, mais s’il ne marque pas deux étages plus bas dans le même immeuble, on peut penser que ce déclencheur n’est plus là.
  • Un autre élément c’est “l’appel” de marquages précédents. Ça fait des poteaux “zone de marquage”, même si nous ne sentons plus rien. Le nettoyage à l’eau et/ou au savon neutre ne suffit pas, il faut utiliser un produit qui décompose les molécules d’urine, et dresser un poteau “zone de détente” avec du Feliway en spray (phéromones faciales).
  • Tenter de donner à Quintus une autre nourriture, que Tounsi préfère, et qu’il arrive parfois à voler en étant assez aux aguets, ça augmente son stress.
  • Gronder le chat qui marque aussi: mieux vaut l’ignorer que faire monter la tension.
  • Je n’avais pas réalisé que c’était aussi important de jouer avec des chats qui sortent. Lancer de croquettes, cacher la nourriture sous des pots de yoghurt pour l’obliger à “chasser”, jouer avec une ficelle. Même si le chat ne semble pas joueur, s’il dresse les oreilles et regarde le jouet, c’est déjà un début. Persévérer, et faire des petites séances très courtes mais nombreuses! Essayer d’intégrer ça à ses propres activités au maximum, c’est plus facile de tenir sur la durée.
  • Sprayer religieusement de Feliway les nouveaux objets et meubles dans l’appartement. Idem pour les endroits où le chat a marqué récemment. Après, on peut relâcher l’effort. Ça peut aussi valoir la peine, dans un premier temps, de couvrir certaines surfaces de papier d’alu (il semble qu’ils aiment pas trop pisser contre) et de mettre en hauteur livres et autres objets difficiles à nettoyer.
  • Comme pour les humains, des fois un accompagnement médicamenteux peut s’avérer utile: Tounsi est donc reparti avec une demi-dose de Clomicalm, qu’on a doublée par la suite, et à laquelle on a récemment ajouté le Zylkène.

Résultat: du beau progrès. J’ai pu changer mes meubles imbibés de pipi, Tounsi est toujours un chat en alerte mais il est moins stressé. Il reste quelques minis épisodes marquage mais mon comportementaliste ambitieux pense qu’on peut encore faire du progrès!

Tounsi in cave

Note: j’ai commencé à rédiger cet article il y a un an… je crois. J’avais sûrement d’autres choses à dire qui se sont perdues en route! Posez vos questions, j’aurai sûrement des détails à rajouter dans les commentaires.

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Snapchat pour les nuls: l’essentiel pour démarrer [fr]

[en] An introduction to snapchat. Understanding chats and stories.

Snapchat est sur mon radar depuis un moment, mais je vous avoue que je ne captais vraiment pas — ressentant probablement ce que beaucoup de mes clients ressentent face à Twitter! 😉

Steph Snapcode

Le week-end dernier, j’ai eu un déclic, comme on dit, et je crois que j’ai enfin assez pigé pour vous expliquer l’intérêt de la chose. Je suis assez fan!

En très résumé:

  • c’est une application smartphone, point barre
  • ça permet de communiquer individuellement, ou de publier sur l’équivalent d’un “mur” pour tous ceux qui nous suivent (ou un sous-groupe)
  • ça mélange au même endroit texte, photo, vidéo — c’est principalement visuel
  • il y a tout un côté ludique avec des “masques” qu’on peut appliquer sur son visage, en photo ou en vidéo (je ne m’en lasse pas)
  • il n’y a pas d’archives, tout disparaît
  • l’interface n’est pas hyper intuitive…

Si vous ne l’avez pas encore fait, téléchargez snapchat sur votre mobile et créez un compte. Ça se fait directement dans l’application. Snapchat vous proposera spontanément d’ajouter les personnes parmi vos contacts qui ont déjà un compte: faites votre choix!

Regardons un peu plus en détail comment ça marche, histoire de ne pas se perdre.

La base

Quand on ouvre Snapchat, ça ressemble à ça:

Ouverture de SnapchatJ’ai deviné juste, hein? On fait bien cette tête, parce qu’on a une caméra pointée sur nous et on ne sait pas ce qui va se passer.

Avant de jouer avec la caméra (ça vient tout de suite), orientons-nous. En balayant un doigt sur l’écran, on trouve:

  • en haut, notre profil
  • à droite, les “stories” (l’équivalent du “mur” facebook)
  • à gauche, nos contacts pour la messagerie.

On peut aussi arriver sur ces écrans en touchant les icônes correspondantes, en haut au milieu, et en bas sur les côtés. Le petit “1” à droite est une notification m’indiquant qu’une nouvelle “story” (histoire) m’attend.

La caméra

Toucher le bouton prend une photo, appuyer longuement filme en vidéo, pour un temps limité. Jusque-là, rien de sorcier.

Grille de mesureAvant de prendre une photo ou une vidéo, on peut aussi appuyer “longuement” sur son visage. Un petit grillage comme celui-ci le recouvre afin de le mesurer pour l’utilisation des masques.

Vous voyez ensuite apparaître à gauche toute une ribambelle de masques. Ceux-ci changent régulièrement, on dirait. Si vous avez aimé les filtres déformants de Photo Booth dans le temps, vous allez adorer Snapchat! Amusez-vous un peu, puis filmez/photographiez-vous avec le masque que vous voulez.

Nice Tongue Smile Rainbow Feline 30s

Bref 🙂

Une fois la photo prise, de nouvelles possibilités s’ouvrent à vous, via une rangée de boutons en haut et en bas de l’écran.

Mona StephEn haut:

  • la croix, pour mettre à la poubelle votre oeuvre et revenir en arrière
  • les stickers, pour ajouter autant d’emojis que vous voulez; vous pouvez les déplacer avec un doigt, les agrandir (tirer avec deux doigts) et même les faire tourner
  • le texte, pour ajouter un commentaire; on peut aussi le déplacer avec le doigt, et changer la police en touchant à nouveau le bouton texte
  • le crayon, pour gribouiller à la main sur l’image.

En bas:

  • le minuteur, qui règle combien de secondes s’affichera la photo (ça deviendra plus clair quand j’expliquerai comment on construit son histoire)
  • la flèche vers le bas pour sauvegarder votre oeuvre sur votre téléphone
  • le cadre avec le “+” pour ajouter directement la photo à votre story
  • la flèche vers la droite qui vous permet de partager votre photo avec certains destinataires précis.

En balayant à droite et à gauche, vous avez aussi des filtres ou l’affichage d’informations comme le lieu, l’heure, la vitesse…

Essayez!

J'ai mis le paquet

Les stories (histoires)

Ça, c’est là où j’ai coincé pendant un moment. Mais une fois qu’on a compris la logique c’est assez simple. “My Story”, c’est une pile de photos de de vidéos, qu’on voit à la suite. Une montage qui se fait automatiquement: chaque fois qu’on ajoute quelque chose à “My Story”, ça vient se mettre en fin de vidéo.

Snapchat StoriesEt si on regarde une story, ce qu’on voit c’est une suite de moments peut-être un peu hétéroclites, mais dans l’ordre chronologique. C’est sur ça que j’ai bloqué au début: je pensais qu’il fallait expressément faire son propre montage, et je ne trouvais pas comment. Eh bien non, ça se fait tout seul!

Seules les dernières 24 heures d’une story donnée sont visibles. Ce qui est plus ancien est perdu à jamais!

Les stories qu’on n’a pas encore vues en entier se trouvent sous “Recent Updates”. S’il y en a plusieurs, Snapchat va nous les montrer à la suite quand on lance la première. Si on veut aller voir la story entière de quelqu’un en particulier, on va dans “All Stories”. Pour accélérer le défilement, il suffit de toucher l’écran et on passe au plan suivant.

Profil SnapchatOn peut sauvegarder sa propre story, sous forme d’une vidéo unique, mais pas celles des autres.

Donc, pour faire sa story, on enregistre une photo ou une vidéo, et on la rajoute sur la pile. On peut choisir dans les paramètres (écran de profil, en haut quand vous êtes sur la caméra d’accueil de l’app, roue dentée à droite) si notre story n’est visible qu’aux personnes que l’on suite (nos “amis”), à tout le monde, ou bien à un groupe restreint de personnes.

La messagerie (le chat)

Dans la messagerie (à gauche de l’écran principal, glisser encore vers la gauche sur le nom d’un contact pour ouvrir l’écran de conversation) on retrouve “l’appareil photo” décrit ci-dessus. Il est aussi possible de:

  • partager des photos depuis la pellicule de son téléphone
  • lancer une conversation vidéo ou audio, et basculer sans interruption de l’une à l’autre
  • écrire du texte 🙂
  • partager des stickers divers et variés
  • envoyer une courte séquence vidéo en appuyant longuement sur le bouton “appel vidéo” (attention ça part tout seul, une fois lancé rien ne l’arrête, faites vos expériences avec quelqu’un de confiance ;-))

Ce qui est intéressant:

  • dès que vous quittez la fenêtre de conversation, tous les messages disparaissent (bonjour la perte de contexte si on laisse des messages hors-ligne, pensez-y)
  • les captures d’écran sont possibles mais visibles, l’autre est donc informé
  • on peut vraiment mélanger texte, images, vidéo dans une même conversation
  • en appuyant longuement sur un élément de la conversation, on peut le sauvegarder (il ne disparaîtra donc pas à fermeture de la conversation)

Snap Chat 1 Snap Chat 2

Le snapcode

Pour suivre quelqu’un dans snapchat, il faut soit son nom d’utilisateur, soit son numéro de téléphone, soit son adresse e-mail soit… son snapcode.

Le snapcode c’est un peu comme un QR code spécial-snapchat. C’est le carré jaune avec les petits points et le fantôme au milieu. Si vous vous demandiez, comme moi, pourquoi certaines personnes utilisent ça comme photo de profil facebook, voilà pourquoi.

Il suffit de pointer l’appareil photo snapchat sur le snapcode, et d’appuyer (longuement) sur l’écran. Essayez avec le mien dans cet article!

La confidentialité

Une des raisons pour lesquelles on a (en tous cas au début) beaucoup parlé de snapchat, c’est parce qu’il n’y a pas d’archives. C’est l’application qui “ne laisse pas de traces”.

Alors, s’il est vrai qu’il n’y a effectivement pas d’archives, il ne faut pas non plus se lâcher complètement. Il y a toujours moyen d’enregistrer ce qui passe sur un écran, de faire des saisies d’écran, etc.

Attention quand même!

En conclusion

Je n’ai pas été exhaustive (je n’ai pas parlé de Discover, j’ai perso pas croché, en tous cas pour le moment) et je suis en train de faire mes premiers pas sur snapchat, mais j’espère que ce petit tour d’horizon vous donnera l’envie et le courage de vous lancer.

Je trouve très très sympa pour communiquer “au quotidien” avec les gens que je connais (c’est fait pour ça). C’est vraiment pratique de pouvoir balancer un morceau de vidéo quand on discute, plutôt que d’être coincé dans le texte.

J’aime beaucoup les masques, vraiment, et le fait qu’ils changent me donne vraiment envie de garder un oeil dessus afin de ne pas en rater des sympas (c’est le but, je pense).

Les stories ont vraiment été une découverte pour moi, car je suis quelqu’un qui communique en premier lieu par écrit. Avoir un outil qui m’oblige à le faire en vidéos et en images, ça ouvre des horizons que je me réjouis d’explorer (un peu le sentiment que j’avais eu avec Periscope, que je n’ai pas réutilisé depuis l’Inde, tiens… peut-être parce que ça bugait un peu trop à mon goût, et que le workflow pour récupérer les vidéos était laborieux).

S’il y a des coins encore brumeux n’hésitez pas à poser des questions en commentaire ou… à me trouver sur snapchat, si on se connaît!

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Quintus a eu beaucoup de chance [fr]

[en] Quintus is a very lucky cat indeed. He used up one of his nine lives the night before last. He almost certainly chocked on a piece of kibble. Luckily I was there. In panic, because I thought he was dying in front of my eyes, I stuck my fingers down his throat repeatedly (met kibble, got bitten, didn't solve the problem). At one point I thought he was dead, lying unresponsive on his side, blue tongue hanging out of his open mouth, not breathing but heart beating under my bloody fingers. That must have been when I shook him upside down in despair, what was there to lose? To cut a long story short, when I got the emergency vet on the phone, he was breathing, not well, but breathing, and he slowly resurfaced. I found a piece of kibble on the carpet the next day. No certainty, but it might be the culprit. I spent the rest of my night at the ER for my bite, which thankfully is not too serious.

Quintus a failli mourir durant la nuit de mercredi à jeudi. Je vous rassure tout de suite, il est en pleine forme maintenant.

Smilimg Quintus

2h du matin, je me couche tard (pas bien je sais) et pendant que je me prépare à aller au lit, Quintus, qui vient de rentrer, mange ses croquettes.

Je le vois débouler dans la chambre pour se cacher sous le lit, ce qu’il ne fait qu’en cas d’orage ou d’aspirateur. Il n’y a ni l’un ni l’autre. J’aperçois un filet de bave au passage, je plonge pour extirper le chat de sa cachette, il a la bouche ouverte et la langue dehors.

Ni une ni deux, je plonge mes doigts au fond de sa gorge, me disant qu’il doit y avoir quelque chose de coincé. Je rencontre des croquettes. Il m’échappe, toujours bouche ouverte, langue dehors, ne tousse pas et ne respire pas.

Mes souvenirs sont mélangés, parce que je suis sous le choc. Mais je sais que je l’ai attrapé plusieurs fois pour aller grailler au fond de sa gorge. Je sais que je me suis fait mordre. Je sais qu’il a sauté brutalement sur le lit pour y faire un bond, paniqué. Je sais qu’entre deux tentatives de l’attraper, j’ai réussi à enfiler un pantalon et un t-shirt, à prendre mon téléphone, à chercher le numéro du vétérinaire d’urgence. Je sais que je n’arrivais pas à trouver ce putain de numéro parce que mon doigt pissait tellement le sang que l’écran du téléphone ne répondait plus. Je sais que j’ai cru que Quintus était en train de mourir. Non, non, non, pas ça, pas ce soir, non. Je sais que j’ai réussi à essuyer assez de sang pour appeler le vétérinaire. Je sais qu’au retour de la salle de bain où j’étais allée essuyer le sang, je l’ai vu étendu sur le flanc, inerte, bouche ouverte, langue bleue, regarde vide, et j’ai pensé qu’il était mort. Je sais que j’ai mis la main sur sa poitrine et senti son coeur battre. Je sais que je l’ai saisi par le milieu (était-ce à ce moment? avant? je ne sais plus) et secoué la tête en bas, de désespoir, le tout pour le tout, je pensais que c’était fichu. Je sais qu’il était couvert de sang, mon sang, partout. Je sais que quand j’ai enfin eu l’assistante vétérinaire de garde au téléphone, Quintus était couché devant moi, inerte, mais respirant très vite et très superficiellement.

C’était mon cabinet qui était de garde. Ils connaissent Quintus, bien sûr. L’assistante m’a posé une série de questions sur l’état de Quintus, y répondre m’a calmée, je n’étais plus toute seule face à mon chat en train de mourir. Elle a appelé le vétérinaire, m’a rappelé droit derrière, Quintus respirait toujours, il a même levé la tête. Elle est restée en ligne avec moi pendant qu’il semblait respirer de mieux en mieux et reprendre ses esprits. Elle m’a rassurée que je pouvais le laisser une fois qu’il semblait reprendre pied pour aller soigner ma morsure.

Je n’osais pas y croire.

J’ai passé le reste de la nuit aux urgences du CHUV. Une morsure de chat, ça peut vite devenir mauvais, je le sais, et je sais qu’il ne faut pas attendre. J’ai pris mon mal en patience. Les morsures sont superficielles, heureusement. A mon retour, à six heures du matin, Quintus dormait paisiblement dans son panier, et il a ronronné quand je l’ai pris dans mes bras — comme d’habitude.

J’ai eu tellement peur. Je suis encore sous le choc, je crois. Tout l’épisode a un goût de mauvais rêve, le même goût que le cauchemar de la nuit dernière dans lequel un proche mourait. (N’allons pas chercher très loin…) J’ai cru qu’après Bagha, j’allais encore une fois devoir assister, impuissante, à la mort de mon chat. J’ai vraiment pensé qu’il était mort. Et je lui ai probablement sauvé la vie.

Après avoir passé mille et mille fois la scène dans ma tête, au point que je ne sais plus maintenant où sont les “vrais” souvenirs et où j’ai bouché les trous, je pense que la croquette est probablement sortie quand je l’ai secoué. Sa langue était vraiment bleue, ça j’en suis sûre. J’ai retrouvé en nettoyant une croquette sur le tapis, là où elle aurait pu tomber quand je l’ai mis la tête en bas. Certes, il y a souvent des croquettes qui trainent chez moi, mais la femme de ménage était passée la veille et je n’ai pas souvenir d’avoir lancé des croquettes dans le coin mercredi. Donc… probablement la croquette coupable.

On a quand même fait un petit saut chez le vétérinaire l’après-midi suivant, surtout pour me rassurer. Son examen confirme l’hypothèse de la croquette (on écarte définitivement l’épilepsie et les histoires cardiaques) et il m’a confirmé que c’était extrêmement rare, un chat qui fait une “fausse route” comme ça avec une croquette. J’essaie de me rassurer que ça n’a aucune raison d’arriver à nouveau, mais je ne peux pas m’empêcher de garder un oeil sur Quintus quand il mange. Je frémis de penser à ce qui aurait pu arriver si je n’avais pas été là…

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Clicker training avec son chat (dressage, éducation) [fr]

[en] A little intro in French on clicker training. There is a lot in English online (just google "clicker training cats" or search on YouTube) but really not much in French, and people often ask me about it when I mention it. All the links in the article point to English sources, so just click away if you're curious and don't understand French.

Je ne suis pas une grande experte de clicker training mais j’en ai fait un peu avec Tounsi, et je recommande souvent cette technique autour de moi. Le clicker training est nettement mieux connu dans le monde anglophone, alors j’ai décidé de vous offrir un petit article d’introduction en français.

Tounsi et son clicker

Qu’est-ce que c’est?

Le clicker training consiste à utiliser un son distinctif (le “clic” du clicker) pour indiquer au chat que le comportement précis qu’il vient de faire va être récompenser (par une friandise généralement). C’est une méthode de dressage de plus en plus populaire, utilisée avec les dauphins, les chevaux, les chiens, les chats… quasi tout animal.

Oui, il est possible de “dresser” un chat (notez en passant comme les félins de maison passent leur temps à nous dresser, avec beaucoup de succès). Par contre le motivateur chez le chat ne sera pas, comme chez le chien, la relation. Le chien veut faire plaisir (je trivialise un peu), le chat fera quelque chose si c’est dans son intérêt.

A quoi ça sert?

Certaines personnes n’aiment pas l’idée de “dresser” un chat, n’entendant dans ces mots que le côté “apprendre des tours“. Alors oui, on peut apprendre à un chat à faire des choses “inutiles” comme jouer au piano, mais l’éducation au clicker a en fait toute une utilité… éducative et relationnelle:

  • encourager un chat timide à sortir de son trou et interagir avec un humain, et diminuer son anxiété (très utile pour augmenter les chances d’adoption des chats de refuge)
  • apprendre au chat à faire ou tolérer des gestes utiles: rentrer dans sa cage de transport, se laisser examiner la bouche, toucher les pattes, prendre un médicament
  • renforcer la relation entre soi et son chat: une session de clicker, c’est du temps passé ensemble à communiquer, et c’est sympa!
  • corriger des comportements indésirables (se faire les griffes sur le fauteuil) en les remplaçant par des comportements désirés (se faire les griffes sur le poteau à griffer)
  • augmenter l’activité du chat ou le faire jouer (très intéressant pour les chats d’appartement qui peuvent souffrir d’ennui ou d’inactivité).

Comment ça marche?

Il s’agit en fait simplement de “dressage par récompense” (jamais de punition!) Le clicker sert à marquer de façon extrêmement précise le comportement qui a mérité la récompense. En fait, les chats fonctionnent déjà comme ça: quand le chat miaule pour obtenir de la nourriture, par exemple (ou pire, vous réveille), et qu’il est en suite nourri, il apprend que pour une certaine action (vous attaquer les pieds sous la couette) il y a un résultat désirables (vous vous levez et sortez la pâtée).

Dans un premier temps, on va associer le clicker à la récompense (je donne les instructions tout soudain). Puis le chat va comprendre qu’en faisant certaines choses il va “provoquer un clic” et donc avoir ce qu’il veut (la friandise ou la caresse ou la session de jeu). Le clicker est donc vraiment un moyen de communication entre l’humain et le chat.

Concrètement, on fait comment?

Il vous faut d’abord un clicker. Il n’a pas besoin de faire “clic”, juste un son distinctif qui ne sera jamais entendu en dehors des séances. Un stylo ou un bruit de bouche peut suffire, pour autant que le son soit constant et pas utilisé à d’autres occasions.

La vidéo ci-dessous est une très bonne intro, en anglais (même si vous ne comprenez pas l’anglais je pense que la vidéo est utile). Voir mes commentaires dessous. Il faut garder les séances courtes (max 5 minutes — si le chat est dissipé, arrêter… des fois après 10-15 récompense c’est assez). Il faut aussi utiliser une récompense que le chat adore.

  1. Charger le clicker: on clique, et au même moment on donne une friandise. Après quelques clics on attend un poil avant de donner la friandise: si le chat a pigé, on voit qu’il l’attend.
  2. Toucher une cible: utiliser une cible spécifique (il faudra la cacher entre les séances). On la met près du chat, et on clique-récompense tout mouvement en direction de la cible. En la mettant assez près, le chat va aller la toucher du nez — clic! Après, on met la cible un peu plus loin, et en quelques séances, le chat se déplacera, traversera la pièce ou sautera sur un meuble pour aller chercher la cible.
  3. On ajoutera ensuite une “commande” pour une action donnée, récompensant le chat uniquement s’il fait l’action quand on a donné la commande (on voit comme on peut utiliser ça pour faire descendre un chat d’une table, par exemple — ou l’inciter à ne pas y monter à moins qu’on lui ai dit de le faire).
  4. Pour renforcer le comportement, on change le rythme des récompenses et on passe à un mode de récompenses intermittentes: le chat doit toucher la cible plusieurs fois pour avoir un clic.

Pour en savoir plus

Une grande pionnière du clicker training, c’est Karen Pryor, et son site regorge d’informations (en anglais — j’avais aussi acheté son bouquin). Cette page d’instructions clicker sur WikiHow est assez bien faite, aussi. Il y en a aussi une sur Catster. En français, franchement, je n’ai pas vraiment trouvé grand chose de bien, donc si avez des ressources valables, mettez-les dans les commentaires.

Un bon truc est d’aller sur YouTube et de faire une recherche pour “clicker training cat(s)“. Même si on ne parle pas anglais, en regardant assez de vidéos on finit par comprendre comment ça fonctionne, si on a un tout petit peu le sens de la psychologie 😉

Ce que j’ai fait avec Tounsi

Comme je l’ai dit, je ne suis pas une grande experte, mais je fais un peu de clicker avec Tounsi, histoire de canaliser son énergie, et de trouver d’autres moyens de “l’éduquer” que le pistolet à eau et le “non”, auquel il réagit très peu. C’est aussi un chat vite excité et surstimulé qui peut être agressif, comme le noir et blanc dans cette vidéo. Il est aussi complètement impossible à manipuler — il déteste la contrainte.

J’ai donc commencé par lui apprendre à venir toucher une cible (une baguette), ce qu’il a vite pigé. Je peux maintenant utiliser la baguette pour le faire aller plus ou moins n’importe où. J’ai commencé à rajouter une commande mais il faudrait que je reprenne les séances!

Inspirée du clicker, je lui ai appris à rentrer dans sa cage de transport. Très, très difficile de mettre dans sa cage de transport un Tounsi qui ne veut pas. J’ai donc utilisé la méthode suivante:

  • cage ouverte posée par terre
  • friandise devant la cage
  • puis friandise à l’entrée de la cage (il la prend, repart)
  • puis friandise dans la cage (il la prend, ressort)
  • puis une fois qu’il est dans la cage, fermer la porte, lui donner une autre friandise, et rouvrir la porte après quelques secondes.

Donc maintenant, si je veux qu’il entre dans sa cage, je mets une friandise au fond, je ferme la porte, je lui en donne une autre, et hop, je file au chalet ou chez le véto! Il y a même eu un moment où il entrait tout seul dedans dès que je la sortais. Moins maintenant, il faut que je refasse une petite séance à l’occasion.

J’ai aussi utilisé le clicker et son inspiration pour lui apprendre à tolérer qu’on le touche. La tête, par exemple: je lui caresse la tête, ce qu’il aime, et mi-caresse, je m’arrête et je lui tiens la tête avec la main (comme je la tiendrais si j’allais lui basculer la tête en arrière pour lui ouvrir la gueule). Je tiens juste un quart de seconde, et je continue la caresse. Le but c’est d’être sous son seuil de réaction, pour qu’il ne se débatte pas. Puis j’essaie progressivement d’allonger l’arrêt. Là, on peut utiliser le clicker: cliquer quand on tient la tête, relâcher, récompenser. Tenir de plus en plus longtemps avant de cliquer.

Je fais ça aussi en “m’asseyant dessus” (pour si je dois un jour lui mettre des gouttes dans les yeux, quasi impossible maintenant): je m’assieds à genoux avec Tounsi sous moi, je tiens une seconde, et avant qu’il essaie de sortir, je clique-récompense. Vous voyez l’idée? L’idée c’est de transformer quelque chose qu’il considère comme désagréable (être maintenu) en quelque chose de désirable, parce que ça mène à un clic et donc à une récompense.

On peut utiliser ce principe sans le clicker pour un bout (par exemple, quand on caresse le chat tout détendu, l’habituer progressivement à ce qu’on touche ses pattes ou ses oreilles). Mais avec le clicker on peut être plus précis et plus rapide.

Voilà, vous avez certainement des questions parce que mon article n’est pas hyper hyper détaillé, et je vous réponds volontiers dans les commentaires!

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