Bribes de pandémie 6 [fr]

Nous sommes là entre ces quatre murs, qui sont parfois huit, ou douze, ou seize. Peu importe leur nombre ils restent des murs. Entre dehors et nous, un pas à ne pas franchir. L’air m’appelle, je lui dis “bientôt”, et je reste dans mon cadre, sans dépasser des lignes. Ah, laisser courir l’aquarelle et mélanger les couleurs! Je plante une saxifrage et tourne le sablier. Nous regardons couler le temps, ensemble, dans un même regard usé, tandis que dehors la vie bat son plein et avance sans nous. Nous retenons notre souffle dans l’air immobile alors que souffle le vent dans les brindilles et bourgeons.

De nos murs intérieurs il n’est jamais question. Les yeux dans les yeux, je pénètre ton âme écornée par l’attente. Le jardin est fané, semis négligés. Pourtant l’an dernier nous l’avions tant aimé! Ma saxifrage est morte, et mon temps envolé.

***

Je sors en cachette, la nuit tombée. C’est très convenu mais c’est ça que je fais. Je ne croise personne et me roule dans les prés. Les étoiles veillent sur moi et mon rire alimente le ruisseau. La terre sent fort et j’aime ça.

De retour à pas de chat, je pose mes cheveux-graminées sur l’oreiller et ferme les yeux. Une étoile m’a suivie et scintille dans mon ciel.

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Les pirates de Bellerive [fr]

Les pirates de Bellerive
Ont percé l’horizon
Chevauchant les nuages
De leur lagon turquoise

La tempête les fouette
Leur pavillon tient droit
Plus rien ne les arrête
Poursuivant la lumière

C’est un rêve d’enfant
Les montagnes et le vent
Un bleu tellement profond
La lueur des ténèbres

Image, emporte-moi
Crève ton cadre et jaillis
Mille éclats de soleil
Pour un instant de vie

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Bribes de pandémie 5 [fr]

Dans la torpeur sèche du soleil de février
J’écoute le chant perdu de ce merle esseulé
Des insectes paresseux chatouillent le vieux matou
L’air pur de la pandémie vient bercer ma rose

Dans cet éclair qui nous dure, nos vies suspendues
Et nos liens distendus, fracas sourd en nos coeurs
Le vol de la coccinelle dans un rêve d’espace
Ouvre l’horizon d’un avenir plus serein

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Bribes de pandémie 4 [fr]

Parfois il faut écrire pour voir ce qui vient. Il vient du vent, de la tempête ou de la pluie, parfois du soleil et les oiseaux qui chantent. La nature à travers mon être, l’odeur de la terre et la chaleur de l’herbe au milieu de l’été.

Parfois il faut écrire pour voir ce qui vient. Ça vient d’ailleurs, ou bien de moi, ce n’est pas toujours clair. Les mots s’alignent et le sens surgit, s’envole comme un oiseau qui n’est pas une hirondelle, ou parfois s’étale sur le sol comme un pot de peinture renversé.

Parfois il faut écrire pour voir ce qui vient. Avec douleur, avec tristesse, rarement avec joie. La mélancolie domine et me tire en arrière alors que mes doigts ne font qu’avancer. Tant d’années sur un clavier. De quoi est faite une vie? Qu’en reste-t-il quand elle expire?

Parfois il faut écrire pour voir ce qui vient. Pour voir ce qui va, aussi, et ce qui ne va pas. Pour tenter de mettre le doigt, désespérément, sur la clé, la source, l’origine, la solution. Démêler l’écheveau de l’être, insuffler de la vie dans le temps qui passe. La course effrénée au sens, encore, toujours, plus encore, il faut du sens si l’on ne veut pas mourir.

Parfois il faut écrire.

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Bribes de pandémie 3 [fr]

Des mots perdus sur un clavier
Les miens
Ils cherchent un chemin
Pour dire le monde
Le fond du monde
Comme l’amour de René Char
Ils ne sont déjà plus les miens
Dans la ville numérique
Chacun peut leur parler
Je crains qu’ils ne sachent quoi répondre
Livrés à eux-mêmes
Le poids de la vie sur leurs lettres
Ma vie dans leurs espaces
Pour dire quelque chose
Quelqu’un
Quelque part
Qui sent
Autre chose
Que ce que je sens.

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Pandemic Snippets 5 [en]

Sometimes, I write, and I pretend that it’s not me. It’s easy. I just put the words down, and stop worrying if “I” is “me”. It goes back and forth. If I believed in spirits I might say one is talking through me. I feel other. I read my words and cannot imagine writing them. Somebody else was there, in my fingers, singing in my mind. I stop worrying about being true to facts – just true to expression. True to emotion. Sometimes to emotion that feels alien, or that I didn’t know I had. There are things deep inside that try to crawl out, or push through the earth of the soul into the sunlight. The murky underwater of my being. That maybe doesn’t entirely belong to me.

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Pandemic Snippets 4 [en]

Crisp autumn morning
India is in the air
It’s not the smell
It’s the light
The chill of early cold season sun

The streets are waking up
I’m off somewhere
And so are they
It’s almost a smell
I miss India every now and then

I wonder when I will go back
It’s not easy
Between a pandemic
And limited leave
I try not to think too hard

Tears are already in my eyes.

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Pandemic Snippets 3 [en]

In a flash, everything changes colour. Changes taste, and smell, and even sound. Moments of elation come crashing down to the ground and lie there miserably, wriggling helplessly in the dust of shattered hope. The past is rewritten, back to the crossroad where perception and reality took different turns.

Words and events play back, interpretations are reprioritised, hypotheses crumble while others crawl out of dark corners where they had been cowering in shame, blinking in the light and trying shyly to unfold their wings.

Something rips inside, leaving deep chasm between two unshared experiences.

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Pandemic Snippets 2 [en]

Just sit
And feel
Is it nothing?
It feels like nothing
But isn’t nothing.
It’s a tightness in the chest
A sinking of the heart
Tears that gather in the throat
Eyes that stare straight ahead

Just sit
And feel
Close those eyes
Breathe inside
Is there anything there?
All is silent
And still
Nobody else
Just me.

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Bribes de pandémie 1 [fr]

Il fait gris sur le balcon ce matin. Les pétunias essaient de sortir du désert où ils avaient été abandonnés, fleurs roses mais feuilles brunes. Les cloches de l’église au loin sonnent une porte ouverte entre deux mondes. Une chanson flotte dans l’air, ou dans ma tête, elle tourne en boucle et elle est belle. Ma voix se mêle au reste du choeur, et j’attends le jour où à nouveau, pour de vrai, je serai une petite goutte de son perdue au milieu de l’harmonie.

Dehors, aucun autre bruit à part les cloches. Pas ce que les gens imaginent quand ils pensent à la ville. C’est un dimanche matin en Suisse, rien ne bouge, sauf les feuilles du cerisier et les branches du sureau, saisis par le courant d’air qui traverse le jardin. Un oiseau appelle, un autre répond, les chats ne bronchent pas, enlisés dans leur sieste confortable de matous choyés.

Les cloches se sont tues. Il ne reste que le bourdonnement intérieur de mes oreilles, fréquences non identifiées qui tentent de remplir le silence. Avez-vous déjà remarqué comme le silence extérieur fait ressortir le bruit intérieur? Des fois ça s’agite avec fracas, ça prend ses aises dans l’immense espace à disposition, on voudrait quelque chose pour l’arrêter… Et des fois, tout ce silence permet d’entendre un chuchotement timide, d’habitude noyé, quelques mots qui changent une vie ou une journée.

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