Mots de passe: c’est pas toi qu’on vise [fr]

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They aren't after you, and aren't interested in reading your e-mails. Hackers ("crackers", actually), are just after the easy accounts they can compromise. So, if you're the one with a bad or reused password, your account is the one that might be used to send spam or participate in a cyberattack at some point.

Short version: if you can memorise your passwords, they're not good enough. Generate them automatically. Make them long. Use a password manager. And double authentification everywhere you can.

…Mais c’est toi qui vas avoir des emmerdes quand même.

I Can't See You...Photo: Peter @ Flickr

Un faux sentiment de sécurité

Je te connais, lecteur, lectrice: tu as un peu la tête dans le sable quand il s’agit de mots de passe et de “sécurité informatique”. Tu vois, tu bâilles déjà.

Tu sais que tes mots de passe sont un peu simples et que tu devrais pas les réutiliser. Mais tu te rassures (à tort, je te préviens déjà):

  • “Je suis insignifiant(e), qui diable pourrait vouloir hacker mes mails/mon site/mon compte Facebook?”
  • “Au pire, j’ai rien à cacher, si quelqu’un lit mes mails, grand bien lui fasse, je m’en fiche un peu.”

Allez, avoue, tu as pensé au moins une de ces deux choses quand tu as lu “mots de passe” dans le titre de mon article. Et tu n’es pas tout(e) seul(e).

Cet article va t’embêter, je te préviens déjà, car il va te sortir la tête du sable et tu risques de dormir un peu moins bien cette nuit. Si tu tiens à ton sommeil, mieux vaut arrêter de lire.

C’est trop long, et tu veux juste le résumé?

  1. Active la double authentification partout
  2. Utilise un gestionnaire de mots de passe
  3. Assure-toi que tous tes mots de passe sont de longues séquences de charabia inintelligible du genre de ce qu’affectionnent les informaticiens qui se soucient de la sécurité.

Tu vois… Ça semble être beaucoup de boulot et ne pas valoir la peine, parce que tu n’as pas (encore) assez peur. Je te comprends, hein. J’ai été à ta place. Il y a longtemps…

Tu continues à lire? A tes risques et périls.

Pourquoi je devrais m’inquiéter?

Je vais d’abord répondre à la grande question qui te turlupine: “Si personne ne m’en veut au point de hacker mon site, et si je n’ai rien de bien important dans mes mails, pourquoi devrais-je me préoccuper de mes mots de passe et de la ‘sécurité’, du coup?”

  1. Les hackers ne visent pas des personnes particulières: ils visent les comptes les moins bien sécurisés. (Genre, le tien, si ton mot de passe est “Raminagrobis1!”)
  2. Les hackers n’en ont rien à faire de lire tes mails: ils désirent utiliser ton compte comme arme pour nuire à autrui. (Genre, envoyer du spam, si tu as de la chance, ou lancer une cyberattaque contre un gouvernement, si tu en as moins. Ou arnaquer tes proches “pas très doués avec internet” pour leur soutirer de l’argent. Tu rigoles, mais ils sont bien plus doués que tu ne l’imagines.)

J’explique un peu, parce que je te sens à moitié convaincu(e), là. Et tu es déjà en train de tenter de te rassurer en te disant que ton mot de passe est pas si mauvais que ça. Après tout, y’a une majuscule, des chiffres, et un signe de ponctuation dedans. Je reviens dans un moment sur “bon/mauvais” mot de passe, mais en très bref: si tu peux t’en souvenir, il est craquable.

Les gens qui vont chercher à rentrer dans tes comptes (e-mail, Apple, Facebook, blog, site, Instagram, Twitter et autres Snapchat) sont comme des voleurs qui testeraient systématiquement toutes les portes de l’immeuble dans lequel ils sont rentrés. Ils appuient sur la poignée: si ça ouvre, bingo! La personne qui aura droit à leur visite, c’est Jacques Bolomey du 9e en face de l’ascenseur, qui n’a pas fermé sa porte à clé, parce qu’il n’a rien de valeur chez lui, et en plus y’a personne qui lui en veut personnellement au point de commanditer une expédition cambriolesque chez lui.

Tu vois comment ça marche: on a toute une collection d’e-mails. On s’en fiche à qui ils sont. On regarde juste si on peut rentrer. Et du coup, si tu as un “mauvais” mot de passe (je rappelle qu’on reviendra sur ce qu’est un bon ou mauvais mot de passe), hop, ton compte sera compromis. Et ils font pas ça à la main, hein, ils ont des robots qui bossent là-dessus 24 heures sur 24.

Reste la question de la visite. Si tu es comme Jacques Bolomey, tu te dis, ok, les voleurs sont entrés chez moi, j’ai rien à voler, dommage pour eux. Sauf que dans notre histoire, les voleurs ne cherchent pas à repartir avec des objets de valeur. Ils veulent utiliser ton appart pour nuire au monde. Je reprends une image que j’ai déjà utilisée: ils vont planquer de la drogue dans les murs, lancer des bombes puantes depuis ta fenêtre (ou y installer un sniper), mettre la musique à faire trembler tout l’immeuble, et probablement foutre le feu à la penderie en partant pour couvrir leurs traces.

Tu vas rentrer du boulot pour trouver l’appart en cendres, et les flics qui t’attendent parce qu’ils ont quand même mis la main sur l’héro, ou que le sniper a tué quelqu’un, et puis bon, ils aimeraient “te parler”. (Si tu as du bol et qu’il n’y a ni héro, ni sniper, ni pyromanie, tu vas peut-être t’en tirer avec un avertissement de la gérance pour la musique et les bombes puantes.)

Ce que tu risques vraiment

J’arrête là l’analogie qui vaut ce qu’elle vaut. Voici les vraies choses qui peuvent arriver si quelqu’un de mal intentionné parvient à accéder à un de tes comptes:

  • Ton adresse e-mail peut être utilisée pour envoyer du spam
  • Le serveur de ton site web peut être utilisé pour envoyer du spam
  • Ton site web peut tenter d’installer des logiciels malveillants sur l’ordinateur de ceux qui le visitent
  • Ton site web peut se retrouver plein de liens pour des sites pornos ou des produits pharmaceutiques
  • Ton site web peut être redirigé sur un site peu professionnel (porno, jeux, ferme à contenu grouillant de pubs douteuses)
  • Ton compte Facebook peut être utilisé pour envoyer des messages d’arnaque à tes contacts (ton e-mail aussi, bien sûr)
  • Ton compte Facebook peut être utilisé pour inviter tes amis à installer des applications pourries ou cliquer sur des liens douteux qui installeront des trucs pourris sur leur ordi (tu vois l’idée)
  • Ton compte Facebook peut être utilisé pour liker et commenter un peu partout, voire être transformé en “compte fantôme” ou “faux compte” (tu sais, les gens qui achètent des “like”…?)
  • Ton serveur web peut être recruté pour faire partie d’une “armée de robots” qui mèneront diverses attaques coordonnées dans le but de rendre non-opérationnels d’autres serveurs ou des parties d’internet (cf. l’attaque d’octobre dernier qui a paralysé une bonne partie d’internet)
  • Depuis ton e-mail, on peut demander une remise à zéro de n’importe quel compte qui y est rattaché…
  • Avec le mot de passe de ton compte Apple ou Google, on peut installer des choses sur ton ordinateur ou ton téléphone, ou les effacer
  • …je pourrais continuer.

Et les conséquences pour toi?

  • Si ton e-mail envoie du spam, tes vrais mails finiront plus souvent dans les indésirables de tes destinataires, sans que tu le saches
  • Si ton serveur web se comporte mal, ton hébergeur te sommera de faire le ménage (tu sais faire?) ou pourrait par exemple désactiver ton site web en attendant
  • Si ton compte Facebook fait des cochonneries derrière ton dos, Facebook risque de brider ton compte, t’empêcher de liker, de poster, de commenter, par exemple — voire le suspendre
  • Si ton site web est bourré de pubs et de liens douteux, Google va le pénaliser ou le désindexer (souvent les pubs ne s’affichent que pour Google, donc tu n’y verras rien)
  • Si ton compte mail ou Facebook envoie des messages “SOS je me suis fait agresser au fin fond de l’Afrique et j’ai tout perdu, peux-tu STP m’envoyer des sous” à tous tes contacts, déjà ça fait désordre, ensuite si Tante Agathe tombe dans le panneau, tu te sentiras vraiment très mal (oui oui on se dit tous que c’est évident que c’est une arnaque… eh bien “même moi” je ne suis pas passsée loin de me faire avoir par un truc du genre; on est toujours plus intelligent après que sur le moment.)
  • Si ton serveur web est utilisé à des fins cybercriminelles à ton insu, c’est pas très cool…
  • Si ton compte Instagram commence à publier des dames toutes nues au lieux de photos de nourriture, ça plaira peut-être à certains, mais pas à tous
  • Idem si ton site web professionnel se transforme du jour au lendemain en site porno

Bref. Tu vois le genre de truc auquel on fait face? On est loin de “bah, si quelqu’un veut lire mes mails…”

Bon ou mauvais mot de passe?

Si tu as survécu jusqu’ici, tu es probablement en train de stresser un peu. (Sauf si ces questions de sécurité, c’est un peu ton métier, en quel cas tu as probablement envie de me dire de quel bois tu te chauffe, parce que oui, mea culpa, j’ai un peu abusé des simplifications et analogies pourtant bien parlantes mais un poil imparfaites.)

Donc, tu stresses, et te te dis que tes mots de passe, avec un peu de chance, ne sont pas si mauvais que ça, et que (on peut rêver) tu n’est pas concerné(e).

J’ai de mauvaises nouvelles: si tu peux te souvenir de tes mots de passe, ou s’ils sont listés dans un document Word sur ton ordi, c’est mal barré. Oui, même si tu as un mot de passe de base que tu fais varier de service en service, comme j’ai fait durant des années. Aujourd’hui, ça ne suffit pas.

La puissance de calcul des ordinateurs augmente chaque année, raccourcissant ainsi le temps nécessaire à craquer un mot de passe par “force brute” (en essayant toutes les combinaisons les unes après les autres). Les recommandations d’il y a deux ans sont déjà dépassées, et celles d’il y a cinq ans, je te dis pas.

Les craqueurs sont aussi intelligents que nous et ils lisent les mêmes recommandations pour “faire de bons mots de passe”.  Ils donnent à manger les recettes à leurs petits algorithmes, et hop, le tour est joué. Une “recette secrète” n’augmente pas la sécurité de ton mot de passe, car elle n’est jamais secrète. Ce qui permet d’évaluer si un mot de passe est “sûr” ou pas? Le temps nécessaire pour tester toutes les possibilités quand on connaît la recette. Oui, tu m’as bien lue.

Un bon mot de passe, aujourd’hui, fait minimum 12-16 caractères de long (plus c’est mieux, hein!) et n’a pas été généré par un être humain. Nous sommes beaucoup trop prévisibles. C’est pour ça qu’il faut absolument utiliser un gestionnaire de mots de passe, qui nous évitera d’avoir à nous en souvenir, et à les taper! Magique!

Et là, tu me dis: “Euh mais c’est pas dangereux d’avoir tous ses mots de passe comme ça au même endroit?” Avec le recul, tu comprendras l’ironie de ta question, mais je vais te répondre tout à fait sérieusement: non, car la base de données contenant tes mots de passe sera fortement cryptée à l’aide du mot de passe maître que toi seul connaîtras. Sans cette clé, la base de données est un coffre-fort inviolable, inutile à quiconque mettra la main dessus. Pour autant bien entendu que ton mot de passe maître soit incraquable — et que tu puisses t’en souvenir. “Euh attends… Tu as pas justement dit que c’était impossible? Que si on pouvait s’en souvenir, ce n’était pas un bon mot de passe?” Tu suis bien, petit scarabée. J’ai effectivement dit ça, et j’avoue que j’ai simplifié un peu. Il existe une méthode pour créer des mots de passe très sûrs et faciles à mémoriser: diceware.

De la réutilisation des mots de passe

Une autre chose importante à comprendre, et qui explique pourquoi il ne faut jamais réutiliser un mot de passe, c’est que les craqueurs ont des listes. Des listes d’e-mails associés à des mots de passe, et des listes de mots de passe associés à leur forme cryptée. Ça devient un poil technique, mais si tu as lu jusqu’ici, accroche-toi, c’est la dernière pièce du puzzle.

Les services en ligne stockent dans leur base de données notre nom d’utilisateur (souvent notre e-mail) et notre mot de passe, pour pouvoir nous reconnaître lorsque l’on s’identifie. Logique. Et comme les mots de passe c’est secret, ils les cryptent avant de les mettre dans leur base de données. Crypter un truc, ça ne marche que dans un sens: on peut transformer un mot de passe en sa forme cryptée, mais pas vice-versa. Quand on se connecte à Facebook, par exemple, on tape son mot de passe, mais le formulaire le crypte directement et l’envoie sous cette forme à Facebook, qui va comparer ce qu’il a reçu (crypté) avec ce qu’il a stocké dans sa base de données (crypté aussi). Facebook, en fait, ne “voit” jamais ton mot de passe, juste sa forme cryptée.

Parfois, les services en ligne se font “hacker”, comme on dit, et il y a fuite de données. Ça veut dire que quelqu’un s’empare d’un morceau de la base de données, par exemple la liste de tous les noms d’utilisateurs et les mots de passe (cryptés) associés. C’est là qu’on s’amuse avec la “force brute” dont j’ai parlé avant: on génère des tas de mots de passe, on les crypte, et on regarde si ça correspond à quelque chose dans notre liste. Si oui, eurêka, on a “décodé” un mot de passe! (Je simplifie mais c’est ça l’idée.)

Il y a aussi des services pas très sérieux qui ne cryptent pas les mots de passe. S’ils se font hacker, bingo. Et là, tu commences à voir pourquoi ça pourrait être un problème de réutiliser à plusieurs endroits le même mot de passe. Imaginons que LinkedIn se fasse hacker. (C’est arrivé.) Pas de panique, LinkedIn prévient ses utilisateurs (ahem, ahem), et on change tous notre mot de passe LinkedIn. Sauf que. Imaginons que les sinistres individus qui ont à présent entre les mains cette liste réussissent à décrypter un certain nombre (pour ne pas dire un nombre certain) de ces mots de passe. Sachant que les gens réutilisent souvent le même mot de passe, ils vont essayer ce mot de passe (avec l’e-mail associé) un peu partout: l’e-mail, d’abord, bien sûr, vu que ça donne accès à tout (le Saint Graal du craquage), puis Facebook, Twitter, Instagram, les hébergeurs web, les registrars, etc…

Tu vois le problème?

La double authentification

En fait, après tout ce que je t’ai raconté sur les mots de passe, il me reste à t’avouer un truc: les mots de passe, c’est en fait un super mauvais système pour identifier les gens. C’est vrai, au fond. Et tu le vois, maintenant: c’est super fragile. Et c’est super conpliqué d’en faire qui tiennent la route. Malheureusement on est coincés avec pour encore un bon moment.

Pour pallier à la faiblesse des mots de passe, on rajoute un truc: la double authentification. Sous ce nom barbare se cache quelque chose que tu connais depuis des années et que tu utilises à chaque fois que tu te connectes à ton e-banking: en plus du mot de passe, on te demande un code qui est sur une petite carte, ou que tu génères avec une calculette, ou encore qu’on t’envoie par SMS. On t’identifie d’une part avec quelque chose que tu connais (ton mot de passe) et d’autre part avec quelque chose que tu as (la carte, ta carte bancaire, ton téléphone qui reçoit les SMS…).

Quasi tous les services web l’offrent. C’est vraiment important de l’activer (google aussi “double vérification”, “validation en deux étapes”,  “authentification forte”).

OK, j’ai peur. Je fais quoi maintenant?

Ça va dépendre ou tu en es et de ton degré de confort avec la technologie.

Tu flippes? Ça te dépasse, ou alors tu ne sais pas par quel bout prendre l’histoire? Tu veux utiliser ton temps au mieux et faire juste tout de suite? Je suis là pour t’aider, soit en “cours privé”, soit, si tu trouves 2-3 camarades (ou plus!) en groupe. Envoie-moi un mot ici ou ailleurs (Facebook marche très bien) et on regarde ça ensemble.

Si tu as juste besoin de quelques indications pour te lancer, tu trouveras ici les liens et infos qui peuvent encore te manquer. Félicitations et courage! C’est un peu enquiquinant à faire, mais tu dormiras tellement mieux… tu verras.

En tous cas, si tu as lu cet article jusqu’au bout, tu dois voir beaucoup plus clair dans ces histoires de mots de passe. J’espère que ça t’aura été utile, même si pas forcément très agréable!

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SOS WordPress: je suis là pour vous! [fr]

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The cottage industry of cheap WordPress websites is leaving in its wake a huge number of small business owners who do not have the technical skill or know-how to maintain their installations: do updates, fix problems, avoid getting hacked -- hell, deal with being hacked. This article explains how we came to this and where I fit in (tl;dr I help people figure out how to fix their site or problems).

Votre site WordPress est cassé? Vous avez des soucis avec, ou n’arrivez pas à faire certaines choses?

La personne qui vous a mis en place le site il y a quelques années a disparu dans la nature? Votre webmaster est aux abonnés absents? Votre hébergeur vous fait des misères parce que votre site s’est fait hacker?

Si j’étais en train de faire de la pub, je dirais que je connais WordPress comme ma poche 🙂

Trève de rigolade: deux mandats récents m’ont fait réaliser qu’il y a un revers de la médaille à la facilité d’installation et de mise en place de WordPress. Créer un site c’est assez simple, mais gérer les problèmes qui viennent avec le fait d’héberger une usine à gaz (je dis ça gentiment) PHP/MySQL super populaire sur un serveur web, c’est une autre histoire.

Depuis des années d’ailleurs, j’essaie à tout prix de décourager mes clients de faire leur site avec un WordPress.org installé sur leur hébergement (Infomaniak est un hébergeur populaire en Suisse). Pas que ce soit un mauvais outil, au contraire, mais gérer sa propre installation requiert des compétences (ou les fonds pour les acheter) que la plupart de mes clients n’ont pas. Comprendre certaines bases de la sécurité informatique, par exemple, avoir des notions d’administration système, ou du moins comprendre comment tout ça se goupille, pouvoir suivre des instructions techniques en cas de problème.

A la place, il y a WordPress.com, ou même, ce que je recommande souvent aujourd’hui, Squarespace. WordPress.com (notez la nuance, .org vs. .com) est un service où l’on crée un compte, comme Facebook ou Gmail. Pas besoin d’installer quoi que ce soit. Pas besoin de prendre un hébergement. Même pas besoin, si on ne veut pas, de prendre un nom de domaine.

Les avantages incommensurables de WordPress.com:

Mais alors, pourquoi tant de gens ont-ils des sites faits avec WordPress.org, alors qu’ils n’ont pas les moyens d’en assurer la maintenance?

La réponse est simple: les avantages de WordPress.com sont invisibles, et ses désavantages sont visibles.

Je l’ai vécu cent fois. Quand on veut un site web, souvent on a des idées assez précises sur:

  • le design graphique (je veux mes couleurs, ma police, mon logo ici…)
  • certaines fonctionnalités (je veux un agenda, je veux un site bilingue, je veux disposer les images de telle ou telle façon…)

WordPress.org permet une liberté quasi-totale de ce point de vue là, pour autant qu’on sache installer les bons plugins, les bons thèmes, ou simplement coder ce qu’on veut.

WordPress.com est plus limité. Côté graphisme ça a beaucoup évolué ces cinq dernières années, et il y a maintenant vraiment beaucoup de choix et de possibilités de personnalisation. Par contre pour les fonctionnalités, on doit faire avec ce que la plate-forme nous offre.

Vous voyez le piège? On n’imagine pas le lot d’emmerdes (et le coût!) que peut amener le fait de devoir gérer sa propre installation de WordPress, réparer des accidents ou des erreurs, la sécuriser pour ne pas se faire hacker. Par contre on voit tout de suite qu’on ne pourra pas avoir l’agenda dont on rêvait. Donc on prend WordPress.org.

Je ne mets pas la faute sur les clients. Un peu plus sur ceux qui, souvent pleins de bonne volonté (et peut-être d’un peu d’ignorance) ne posent pas clairement pour leur client les avantages et inconvénients des différentes options, ou le prix à payer (le jour où ton installation WordPress se fait hacker ça va te coûter cher) pour avoir ce à quoi ils tiennent (l’agenda). Ça s’appelle, en anglais, “éduquer le client”. C’est quelque chose auquel je tiens beaucoup. Ça permet de prendre des décisions informées.

Après, chacun fait avec ses connaissances, c’est pourquoi je ne juge pas trop sévèrement toute l’industrie foisonnante de “sites WordPress pas chers”. Mais quand même.

Bref, vous voyez comment on en arrive à la situation d’aujourd’hui. Des tas d’indépendants, d’artistes, d’associations, de petites entreprises (ou pas si petites!) qui ont entre les mains des sites WordPress.org qui datent d’il y a quelques années. Sans contrat de maintenance. Sans personne vers qui se tourner quand ça va mal, ou alors les prix affichés font faire demi-tour avant même d’avoir commencé à parler. Parce que la personne qui vous a fait votre site il y a 3 ans pour pas trop cher, il y a toutes les chances que ce ne soit plus trop son business aujourd’hui (s’étant rendu compte que pas trop cher, c’est aussi pas trop viable, surtout s’il faut assurer la suite).

Il n’y a pas de solution miracle. Voici déjà quelques conseils que je peux vous donner si vous avez une installation WordPress “à vous”:

  • faites les mises à jour (de WordPress, des thèmes, et des plugins); WordPress est un outil populaire, il n’est pas parfait, et des failles de sécurité sont régulièrement mises à jour; si vous ne faites pas les mises à jour cela veut dire que vous avez sur votre serveur une application avec des failles de sécurité connues que des personnes malveillantes peuvent exploiter.
  • ayez de bons mots de passe pour votre hébergement, le FTP, votre nom de domaine, vos utilisateurs WordPress, et votre base de données; on ne le répétera jamais assez, les mots de passe ne sont pas là pour empêcher quelqu’un qui vous viserait personnellement de venir lire vos e-mails (vous vous en foutez, et vous avez bien raison). Un mot de passe, c’est là pour empêcher que quelqu’un s’introduise chez vous, planque de la drogue dans votre matelas, installe de la vidéosurveillance dans les murs, lance des bombes puantes sur les gens depuis votre fenêtre, et saccage tout en laissant la musique à coin pendant que vous êtes en vacances. Au final, c’est vous qui vous retrouvez viré de votre appart et en taule, parce que vous étiez le seul pigeon de votre immeuble à avoir laissé la clé sur la porte.
  • installez WordFence, un plugin de sécurité super complet; il est compliqué, mais vous pouvez déjà faire un scan et voir ce que ça raconte. Ils ont un service “SOS je me suis fait hacker”, à un prix qui semble raisonnable. Pas testé, donc je ne sais pas ce que ça vaut, faites-moi un retour si vous l’utilisez.
  • utilisez WordPress.com si c’est possible; réfléchissez bien aux choses que vous désirez pour votre site qui ne sont pas possibles avec WordPress.com, et mettez-les dans la balance avec toutes les responsabilités qui viennent avec le fait d’avoir sa propre installation. A moins d’avoir les compétences, le temps, ou les fonds, faites des compromis et optez pour WordPress.com (ou Squarespace! On peut exporter-importer facilement le contenu d’une installation WordPress vers une autre installation, ou vers Squarespace).

Je conçois bien que ces conseils basiques donnent déjà mal à la tête à la plupart des gens, et c’est là que je peux intervenir. Ce que je fais:

  • je m’assieds à côté de mes clients devant leur ordi (parfois le mien) et on regarde tout ça ensemble
  • comme je connais bien ce terrain, on gagne du temps
  • je ne suis pas mariée à WordPress, ni une spécialiste exclusive de cet outil, donc je suis susceptible de chercher des solutions auxquelles quelqu’un de plus spécialisé ne penserait pas
  • je comprends ce que les gens du support technique racontent (parfois mieux qu’eux!)
  • je ne cherche pas à faire des heures de travail, mais à trouver la solution la plus réaliste compte tenu de la situation spécifique de la personne avec qui je travaille
  • je comprends les trucs techniques et en même temps j’explique bien aux êtres humains
  • quand je travaille avec quelqu’un, mon but et que cette personne “suive” un peu ce qu’on fait; il ne s’agit pas de comprendre tous les détails techniques, mais de ne pas être largué — et d’apprendre ce qui est utile d’apprendre; mon approche convient donc bien aux gens qui essaient de faire un maximum eux-mêmes, même s’ils n’ont pas des connaissances techniques immenses.

Bon. Alors ma question à vous, lecteurs. Comment est-ce que je condense cette tartine en quelque chose de “vendable”, ou du moins “communicable”? Qu’est-ce qui à votre avis “parle” le plus à ceux qui auraient besoin de mon aide?

Je suis preneuse de vos idées/retours — et aussi bien entendu de vos connaissances en détresse de WordPress.

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Ateliers pour musiciens: quelques vidéos (séance d’info et interview) [fr]

[en] Virginie very kindly filmed the info session of our workshops for musicians, and interviewed Elisabeth and I on the project. Here are the first excerpts for your (francophone) enjoyment.

Mardi, ce sera la coup d’envoi pour les ateliers de développement de carrière qu’on organise avec Elisabeth. Mini-bilan préalable: les ateliers sont super bien reçus, ils se remplissent (c’est la dernière seconde pour saisir une des quelques places restantes pour le premier atelier, si jamais), la préparation se passe bien, on commence à réfléchir à la suite, bref, on est contentes.

La séance d’info a été l’occasion d’un chouette premier contact avec les participants et d’autres personnes intéressées. Mention spéciale à Virginie qui a très aimablement accepté de filmer la séance d’info, et qui a même fait une petite interview d’Elisabeth et moi. Les premières séquences sont en ligne sur son blog. Du côté des publications autour de cet atelier, Michelle écrit un article où elle montre clairement à quel point la visibilité/disponibilité en ligne d’un artiste est cruciale: ça fera la différence entre assister ou non à un concert.

J’ai aussi découvert avec intérêt le blog Créatif Productif de Renaud Delay et Yvan Richardet, deux compères musiciens férus d’organisation et de productivité, et qui abordent ces thématiques au fil de leurs articles — à l’attention d’autres artistes. C’est très bien et je trouve que ça vient joliment complémentariser (“compléter” ça le faisait pas, là, sorry) les sujets plus “stratégie business et communication” que recouvrent nos ateliers.

Je vous laisse donc consulter les quatre vidéos déjà à disposition. En premier, l’introduction aux ateliers et la présentation de la première séance (“Les mythes du music business”), celle de mardi (aussi sur Facebook):

Ensuite, sans grande surprise, les ateliers 2 et 3 (“Les nouvelles pistes” et “Clarifier son objectif de carrière”):

Puis les ateliers 4 et 5:

Dans cet extrait de l’interview qu’on a donné à Virginie la semaine après la séance d’info, on raconte la genèse du projet et on rentre un peu plus dans les détails du concept de ces ateliers (vidéo sur Facebook):

Finalement, on s’essaye un peu à la concision, avec plus ou moins de bonheur, du moins pour l’une d’entre vous (je vous laisse deviner mais je crois qu’il n’y aura pas de grande surprise, vous connaissez ma tendance à m’étendre!)

Vous pouvez aussi trouver cette dernière vidéo sur Facebook (c’est plus commode pour partager à l’intérieur de Facebook).

Pour le moment, on n’a pas de site dédié pour ces ateliers, donc le meilleur endroit pour rester en contact et nous suivre c’est la page Facebook des ateliers qu’on a mise en place il y a peu.

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Talk: Be Your Best Offline Self Online [en]

[fr] La conférence que j'ai donnée mercredi à Women in Digital Switzerland à Lausanne.

Kelly invited me to be the guest speaker for the Women in Digital meetup in Lausanne on Wednesday, with a talk titled “Be Your Best Offline Self Online: How your personal online presence helps your business/career“.

It was streamed live on Facebook, which means that even if you weren’t able to attend in person, you can still listen to my talk now. I’ve put it up on YouTube for easier access outside of Facebook.

(Feel free to go “audio only”, the slides aren’t that important.)

There is a lot to write about this topic, and hopefully I will, but for now I’m at least making sure that you have access to the video! This makes me think I should get the various videos of my talks I have collected over the years on YouTube, even if the quality of most of them is not that great, and make a playlist of them.

A big thanks to Kelly who held her iPhone as steady as possible to capture this talk. I’m extremely grateful to have a recording of it.

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Partager, partager, partager [fr]

[en] On the importance of sharing. A heartfelt thanks to Loïc and Laurent for the inspiring discussion at Silicon Valais!

Hier soir, j’étais à Silicon Valais 2016. J’étais déjà dans le Chablais Vaudois, donc le saut de puce jusqu’à Sierre en était un peu raccourci. Loïc était l’intervenant d’honneur de la journée, interviewé sur scène par Laurent. Je n’avais pas vu Loïc depuis des années (ayant raté Paris en mai), et Laurent fait partie de ces gens que je ne vois pas assez souvent même s’il habite à côté — décision facile, donc. En plus, je sais pas comment ils font, mais ils réussissent toujours à avoir du soleil, en Valais.

Soleil en Valais, au Technopôle de Sierre.

Le format de la discussion pour aborder la Silicon Valley, et les leçons apprises par Loïc au cours de sa carrière d’entrepreneur, était vraiment très bon, et bien mené. Je n’ai pas vu passer le temps. Me replonger à travers le récit de Loïc dans ces morceaux d’histoire familière, et me retrouver en contact avec l’énergie de découverte et d’émerveillement face au futur qui pénètre notre présent, ça m’a fait beaucoup de bien.

Depuis quelques années en effet, je suis passablement nostalgique de cette période entre 2004 et 2009 environ, qui représente pour moi “l’âge d’or” des blogs et des premiers réseaux sociaux. Ça bouillonnait, le monde changeait, on était en train de construire l’avenir, nous, “les gens connectés”. La discussion entre Laurent et Loïc me replonge dans cet état d’esprit.

Mais ce n’est pas pour sauter dans la machine à remonter le temps que j’écris aujourd’hui. C’est pour rapporter le conseil #1 que fait Loïc aux aspirants entrepreneurs: partager, partager, partager.

Construire en public, être ouvert.

Être généreux de son temps, de son savoir, de ses connexions.

Penser long terme, ne pas sacrifier les opportunités futures sur l’autel du gain immédiat de l’exploitation d’autrui.

Créer quelque chose qui nous parle, sans vouloir à tout prix monter le business du siècle.

Ça vous dit quelque chose, tout ça? Si vous me connaissez, j’imagine bien que oui.

Au tout début de la conférence, Loïc raconte comment il s’est assis par hasard à côté de Joi au WEF. Intrigué par ce que celui-ci faisait sur son ordinateur, il ne l’a pas lâché jusqu’à ce qu’il lui ait appris à bloguer. Bloguer, une pratique qui a changé sa vie… et la mienne.

Cette éthique du partage, cette foi dans les opportunités inimaginables (au sens propre) que peut nous apporter le fait de vivre nos vies et nos idées un peu publiquement dans les espaces numériques, c’est quelque chose que je retrouve très fortement chez les blogueurs de “la grande époque”. On a compris, dans nos tripes, le pouvoir de la réciprocité quand elle s’ancre dans la générosité désintéressée, et d’une certaine dose de vulnérabilité pour nous rapprocher les uns des autres.

Je la vois moins chez ceux qui ont trouvé leur maturité numérique à l’ère de Facebook, sous le règne des algorithmes, de l’immédiateté encore plus immédiate, de la popularité encore plus éphémère, de la concurrence effrénée d’un espace saturé de marketing, au point même que pour “réussir”, il faut traiter les personnes comme des marques. La mise en scène narcissique de soi prend le pas sur les conversations et échanges authentiques, et on se sent pris dans une course à l’audience, pour capter une lichette de notre attention déjà sursollicitée.

Bon dieu, on croirait entendre un critique réfractaire au numérique d’il y a dix ans! Je suis dure, et il n’y a certes pas que ça dans les espaces sociaux numériques de 2016, mais c’est tristement ce qui domine.

Voilà pourquoi je m’accroche à ce blog. Les relations ont besoin de temps. Les idées ont besoin d’espace. Les newsletters regagnent en popularité, c’est pas pour rien.

Il y a de la place sur Facebook, Snapchat, Instagram, Twitter et consorts pour le genre de partage dont Loïc et moi parlons: mais pour cela, il faut laisser un peu de côté ses objectifs, oublier la chasse aux likes et aux followers, et plutôt se demander ce qu’on peut faire pour les autres, s’ouvrir à partager ce qui nous fait sourire ou rêver, ce qui nous interpelle, ce sur quoi on s’interroge — même si ça “ne sert à rien”. On ne peut jamais savoir quelles portes s’ouvriront parce qu’on regarde tomber la pluie ou qu’on a rencontré un gros chien.

C’est comme dans la vie “hors ligne”. On sous-estime complètement à quel point nos opportunités professionnelles tiennent souvent à des connexions personnelles ou des échanges en apparence futiles. Quand ça arrive, on se dit que c’est un coup de chance, ou l’exception — alors que c’est plutôt la règle.

Laissons au monde une chance de venir à nous, en nous donnant d’abord un peu à lui.

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Elle écrit plus? [fr]

[en] Why I'm struggling to write, these days: I'm trying to clarify all my cluetrainy ideas about the internet, people, and the world – and though they come out readily in conversations (having a lot of those these days as I have launched my 2016 professional website) I am struggling to squeeze them into post format. I wish I had Euan's gift for concision!

Not that comfortable

Mes articles ont du mal à sortir, ces jours. La raison en est que je suis en train de mettre de l’ordre dans tout un tas d’idées qui servent de fondement à mon travail. Des évidences (pour moi) concernant notre condition d’homo numericus, la nature des espaces numériques qui imprègnent nos vies, nos relations les uns aux autres et le rôle que celles-ci jouent à influencer le cours de nos vies.

Ce ne sont pas des idées nouvelles, mais je les développe généralement au cours de conversations, souvent en tant que prérequis aux autres thèmes qui nous préoccupent plus officiellement: est-ce que je devrais vraiment être sur Facebook pour mon travail? A quoi ça sert de poster des photos de vacances? Twitter, je capte toujours pas, c’est nul… Sur quoi je vais communiquer pour ma présence en ligne?

J’ai déjà pas mal dégrossi en préparant la nouvelle mouture de mon site web professionnel (en anglais, mais il y a une page en français). Parlant de nouveau site, à part ça, n’hésitez pas à diriger chez moi les gens de votre entourage qui pourraient bénéficier de mes services ou mes ateliers, je vais avoir de la disponibilité pour prendre des nouveaux clients cet automne à côté des ateliers de développement de carrière pour musiciens que je donne avec Elisabeth Stoudmann.

Je reprends le fil: toutes ces choses que j’expose si joyeusement dans un contexte de discussion, j’ai du mal à leur donner une forme d’article. Tout est lié, enchevêtré, et somme toute assez complexe. Je n’ai pas le don de la concision de mon ami et collègue Euan Semple, et chaque fois que je me dis “ah je pourrais faire un article sur ça” je me retrouve à ne pas commencer de peur que l’article devienne un livre. Problème classique que je connais bien.

Histoire de vous montrer que je suis capable de suivre mes propres conseils, je vais me lancer directement avec quelques réflexions sur internet en tant que lieu de vie – versus canal de communication.

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Musiciens romands: 5 ateliers de développement de carrière en 2016 [fr]

[en] A 5-evening series of career development workshops specially designed for local musicians with my friend Elisabeth Stoudmann.

Quelles clés pour continuer à faire de la musique avec plaisir et en vivre autant que possible?

Cet automne, on vous propose d’apprendre à tirer profit de la transformation de l’industrie musicale cette dernière décennie.

mains cadrées

Je commence par le plus important:

Ce printemps me reprend l’envie d’organiser des workshops. Je sais qu’Elisabeth est parfois sollicitée par les artistes qu’elle côtoie dans le cadre de son travail, et je me dis qu’il y aurait peut-être là l’opportunité de faire quelque chose ensemble.

Quelques discussions plus tard, c’est en route: nous organisons 5 ateliers en soirée pour les musiciens de notre région. En alliant nos domaines d’expertise respectifs, on met sur pied un programme de développement de carrière sur deux axes qui se rejoignent magnifiquement:

  • les spécificités du “business musical” romand en 2016
  • le rôle que les outils numériques jouent dans la “nouvelle manière” de mener une carrière musicale.

Au risque d’aller à contre-courant de ce qu’on devrait faire avec une formation sur ce thème, on veut rester résolument terre-à-terre et réalistes par rapport aux perspectives de vivre de sa musique dans nos contrées. On ne fera pas miroiter les promesses du succès interplanétaire. On s’intéressera plutôt à comment monter quelque chose de solide, même si c’est moins glamour, en s’appuyant sur la force des relations qui nous entourent, la distribution amplifiée que permet le numérique, et les nouvelles opportunités de monétisation.

Je sens que je m’envole dans des propos un peu stratosphériques, alors revenons sur terre sans attendre avec le programme de ces cinq soirées. C’est bien sûr idéal de suivre les 5, mais c’est aussi possible de se servir à la carte.

04.10: les mythes du music business

L’ancien modèle du music business perdure mais d’autres approches sont possibles, prenant souvent appui sur des outils numériques. Grâce à ce premier atelier, vous saurez à quoi vous en tenir.

Est-ce qu’un agent m’est utile? Dois-je faire une newsletter? Et les subventions? Comment est-ce que je me présente en ligne?

18.10: les nouvelles pistes

Gagner sa vie en vendant des CDs, c’est révolu. Si l’on n’est pas une superstar, comment vivre de sa musique? On parlera crowdfunding, médiation musicale, home concerts… Malgré la “crise” de la profession musicale, il y a des tas d’opportunités excitantes à développer.

01.11: clarifier son objectif de carrière

Parmi les diverses possibilités de concilier création artistique et nécessité de gagner sa vie, il faut faire des choix. Il existe des méthodes très concrètes pour clarifier ses objectifs et les atteindre. Notre intervenant Jean-Christophe Aubry, coach en performance, vous guidera pour apprendre ces techniques et les appliquer à votre carrière.

15.11: comment se rendre visible en ligne (I)

Une présence en ligne peut se gérer de façon naturelle et devenir un prolongement de la salle de concert, un espace où être en lien avec son public. Apprenez comment fonctionnent les relations et communautés en ligne, et comment vous pouvez utiliser ces outils pour que votre musique touche plus de monde.

29.11: comment se rendre visible en ligne (II)

Concrètement, je fais quoi? Cette session permettra de mettre en pratique les principes abordés dans l’atelier précédent. Il vous donnera du temps pour travailler sur votre clavier, avec notre soutien: évaluer la pertinence de l’utilisation de telle ou telle plate-forme dans votre situation, ouvrir des comptes, obtenir un retour sur votre présence existante… et poser toutes les questions que vous voulez!

On a aussi fait un magnifique flyer que vous pouvez télécharger, envoyer à vos amis, ou admirer ci-dessous en modèle réduit:

flyer musiciens_p1
flyer musiciens_p2

Vous avez des questions, vous êtes pas sûrs si c’est pour vous ou pas, ou vous voulez simplement un contact avant de vous inscrire? N’hésitez pas à nous envoyer un message ou un mail (ou même nous lancer un coup de fil!), soit à Elisabeth, soit à moi.

On se voit le 13 septembre à la Datcha?

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Accompagnement à la transformation numérique [fr]

[en] "Digital transformation", and how this expression describes what I've been doing these last 10 years so much better than "social media".

Depuis plusieurs années, je cherche une “étiquette” qui décrive plus adéquatement ce que je fais que “consultante en médias sociaux”. Et là, je crois que je tiens enfin une expression qui couvre ce que je fais depuis 10 ans avec mes clients: je fais de l’accompagnement à la transformation numérique.

Alors, il paraît que “transformation numérique” ou “transformation digitale” c’est le truc hype du moment. Mais j’avoue qu’il y a encore deux mois, cette expression n’était pas sur mon radar. C’est Jean-Marc Sandoz, alors que je lui faisais part de mes réflexions sur mon véritable domaine d’expertise et mon rejet croissant de l’étiquette “médias sociaux”, qui m’a proposé “accompagnement à la transformation numérique.” Marrant comme une rencontre fortuite sur le quai de la gare de Lausanne peut déboucher sur un grand moment d’éclaircie intellectuelle!

Gâteau au chocolat

Crédit photo: Slice of Chic (CC)

Quand on dit “consultante en médias sociaux” (en Suisse Romande tout du moins) l’interlocuteur imagine immédiatement quelque chose de cet ordre: “ah, tu fais publies des choses sur Facebook pour tes clients?” ou bien “tu fais du marketing sur les réseaux?” Je me retrouve du coup à expliquer que non, je vais pas généralement faire des choses sur Facebook (ou ailleurs) pour mes clients, que je ne fais pas du marketing même s’il m’arrive de travailler avec “les gens du marketing”, et que l’essentiel de ce que je fais c’est expliquer aux gens ce que c’est que ces médias sociaux et les aider à faire des choses pas trop inutiles avec. Et que ce qui m’intéresse ce sont les gens, comment les relations se tissent, comment l’information passe d’une personne à l’autre.

Rajoutons aussi que les médias sociaux c’est pour beaucoup de gens un truc hype et fumeux dont on ne sait pas trop à quoi ça sert (et qu’on comprend pas), et… aïe. Bref, en disant “médias sociaux” je crée une image chez l’autre que je dois ensuite m’évertuer à déconstruire pendant une bonne dizaine de minutes.

L’accompagnement à la transformation numérique, par contre, ça me parle!

“Accompagnement”, déjà, c’est bien. C’est un terme que j’ai utilisé pas mal au début de ma carrière indépendante, puis que j’ai laissé tomber parce que ça semblait un peu “mou”. Comme “conseil”, d’ailleurs. Alors je me suis retrouvée avec “consultante”, “formatrice”, “conférencière”. Des mots qui décrivent une personne. (Alors que “accompagnatrice” et même “conseillère”… moyen.) Mais avec ça j’ai perdu un bon bout de ce qui fait la spécificité de mon approche: je suis vraiment dans une logique d’accompagnement, et je me suis rendu compte récemment que c’était une dimension importante de mon travail, et qui plaisait aux clients potentiels à qui je parlais.

J’ai pensé ces derniers mois à des termes comme “passeuse” ou “médiatrice”, qui reflètent cette même idée. Je suis celle qui va vous prendre par la main pour explorer ce que vous ne connaissez pas encore (le numérique). Et cet accompagnement peut se traduire par du consulting, de la formation, des conférences, du travail sur des projets (opérationnel!) que je fais également. Avec, derrière, un objectif d’autonomisation de la personne que j’accompagne.

On me propose souvent “coaching” pour décrire ce que je fais. Et… pris au sens commun, effectivement, beaucoup de personnes diront que ce que je fais est du coaching. Mais le coaching, dans le contexte professionnel, est une approche spécifique, un cadre déontologique précis. Un coach ne va pas faire à votre place. Il ne va pas non plus vous dire quoi faire. Mon positionnement est peut-être plus proche du mentoring: j’ai de l’expérience dans un domaine, et je fais profiter mes clients de cette expérience, en leur expliquant, en leur conseillant, en étant une “référence” quand nécessaire. Mais de nouveau, dans un contexte professionnel, le mentorat met en général en relation des professionnels jeunes avec des professionnels expérimentés sur la même voie qu’eux, ou sur un parcours similaire.

Alors ce que je fais, je le dis maintenant haut et clair, je préfère l’appeler “accompagnement”.

Et la transformation numérique? Ce que le monde semble être en train de découvrir maintenant (si l’on en croit que c’est le terme en vogue en 2016), c’est ce que je prêche depuis plus d’une décennie: le numérique (internet, les blogs, les médias sociaux…) n’est pas une couche supplémentaire à rajouter à nos activités, mais un nouvel élément qui transforme celles-ci.

Ça n’a pas toujours été très clair pour moi que cette question de la transformation (versus l’ajout) était cruciale — probablement parce que je l’avais comprise instinctivement très tôt, durant mes premières années de vie en ligne. La lecture du Cluetrain Manifesto m’a donné un vocabulaire pour en parler. Je dis souvent, par exemple, qu’internet a changé la façon dont les organisations communiquent avec les personnes, que celles-ci soient à l’intérieur ou à l’extérieur de l’organisation. A ce jour, j’ai une vision de moi bâton de pèlerin à la main, portant la bonne parole du Cluetrain où je vais — comme d’ailleurs mon ami et collègue Euan Semple.

Au fil des années, à force de me heurter aux tentatives d’utilisation des outils sociaux dans le vent qui s’arrêtaient à leur expression visible, sans comprendre les changements profonds qui doivent les accompagner pour qu’ils puissent manifester leur potentiel, j’ai réalisé à quel point c’était cette dimension-là qui était cruciale, et qui posait problème. On partait de “on fait un blog?” et toute la stratégie de l’entreprise venait avec, si on tirait un peu.

En regardant en arrière, je me souviens que cette conscience était très présente pour moi lors que nous étions en train de concevoir la formation de Spécialiste en Médias Sociaux et Communautés en Ligne du SAWI, début 2010. La formation tout entière reposait sur un projet de diplôme, qui consistait en fait à opérer cette transformation numérique dans l’entreprise, la profession, ou un projet de l’étudiant. Les cours apportaient la “culture” du numérique, surtout stratégique, technique aussi, outillant les étudiants pour le monde dans lequel nous travaillons et vivons, mais le plus important était ce qui s’opérait dans le cadre du travail de diplôme, et c’est cela qui faisait à mon sens la valeur de cette formation.

Je me souviens de la frustration de certains, lors des rendez-vous de suivi de projet, lorsqu’à chaque module ils se retrouvaient presque à tout défaire ce qu’ils avaient fait jusque-là pour reprendre depuis le début. C’était inévitable: c’est à mon sens uniquement en tentant de mettre en application ces “nouveaux outils” ou ces “nouvelles techniques” du numérique dans une situation réelle qu’on se heurte à la nécessité de cette transformation en profondeur. Je crois qu’on peut oser parler ici de changement de paradigme. Il y a une rupture de continuité entre le monde sans numérique, et le monde avec numérique. Et tant qu’on n’a pas passé “de l’autre côté”, on n’est pas “de l’autre côté”.

En 2011, j’allais à Montréal donner une conférence: comment intégrer les médias sociaux à sa stratégie. C’est à cette occasion, si ma mémoire est bonne, que j’ai utilisé pour la première fois la métaphore du gâteau au chocolat. Le numérique, c’est le chocolat du gâteau au chocolat. On n’est pas en train de parler d’un muffin avec des “chocolate chips”, ou du glaçage sur un gâteau, mais bien d’un gâteau au chocolat: le chocolat ne peut pas être dissocié du gâteau, comme le numérique ne peut être dissocié du reste du monde.

Cette volonté de considérer le numérique (le monde en ligne, internet, le cyberespace) comme lieu d’altérité est très fort. Je me souviens la peine que j’avais, au début et au milieu des années 2000, à expliquer aux journalistes et autres curieux la continuité qu’il y avait entre ma “vraie vie” et ma “vie virtuelle” (je déteste ces termes, mais c’était clairement comme ça dans l’esprit de mes interlocuteurs). Je pense vraiment que mes années de réflexion sur ce rapport, à titre personnel, entre “en ligne” et “hors ligne” et leur intime inextricabilité ont préparé le terrain pour l’impact que le Cluetrain a eu sur moi. Tout ce que je découvrais faisait sens. Et comme ce n’était pas le cas pour la grande majorité des gens, la porte d’une activité professionnelle tournant autour de communiquer ce sens s’ouvrait pour moi.

C’est très clair avec le recul, bien sûr. Sur le moment, et jusqu’à il y a peu, je crois que je n’avais pas les mots ni même toutes les idées pour penser tout ça. Et certainement que dans dix ans, cette réflexion-ci me paraîtra bien lacunaire.

Mais nous y sommes donc: la transformation numérique. Mon domaine d’expertise professionnel, c’est ça. Comment le numérique change notre monde, et comment adapter nos activités à ce monde qui l’inclut. Les médias sociaux, au sens du “living web” du milieu des années 2000, ça en fait partie, bien sûr. Mais gérer son rapport à son smartphone, ou créer un site web, aussi. La transformation numérique ne se résume pas aux réseaux sociaux, même si ceux-ci en sont une des manifestations les plus évidentes.

En me présentant comme une spécialiste des médias sociaux, j’avais un double problème: d’une part, un malentendu d’office concernant le genre de mandats que je prenais, et d’autre part, une négation de la plus grande partie de la valeur que crois que je peux apporter, passée sous silence tant dans les services que je propose, que dans les demandes des clients, cachée sous la couche visible de mes activités manifestes: publier des articles dans un blog, apprendre à des gens à utiliser Twitter, faire un site web, mettre un client en contact avec des blogueurs, montrer sur quel bouton appuyer.

Maintenant, en disant que je fais de l’accompagnement à la transformation numérique (on notera que du coup je ne suis plus “une xyz”), ce que j’amène à mes clients est plus clair. Je les aide à se digitaliser. Je les accompagne dans un processus. Et ça peut prendre une multitude de formes, qui inclura souvent les médias sociaux, mais qui ne se réduit pas à eux.

Il y a quelques semaines, à l’occasion d’un atelier de co-création organisé par euforia, j’ai réussi pour la première fois à expliquer ce que je faisais sans dire une seule fois “médias sociaux”. En français et en anglais.

Victoire! 🙂

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I Am the Bridge, the Tourist Guide, the Ferryman, the Hostess [en]

[fr] Réflexion sur mon véritable domaine d'expertise. Depuis des années, je me débats avec cette casquette "médias sociaux". Je fais à la fois plus et moins que ça. Et j'ai compris, je crois -- quatre semaines de vraies vacances ça prépare bien le terrain aux prises de conscience. Ces idées doivent encore mûrir, mais j'ai une piste: ce que je fais, c'est aider les gens à accéder aux cultures avec lesquelles ils ne sont pas familiers -- y compris la culture numérique, celle du monde en ligne. Si "médiation interculturelle" n'était pas déjà utilisé pour faire référence à autre chose, c'est ce terme que je choisirais. "Médiation technologique", pour la partie "technologique". Mais ça ne s'arrête pas là. A suivre...

Next summer I will have been fully self-employed (in a one-breadwinner-home) for ten years. I feel quite impressed saying it. I remember when I hit the 3- and 5-year milestones: most businesses don’t last that long.

In ten years, the industry my work falls in (social media) has evolved tremendously. I started out as a “blogging consultant” in a world which had no Twitter, no Facebook, no “social media”. We had blogs, forums, wikis, and “social software”. I was a pioneer, I found what we then called “the living web” fascinating, and was lucky to be at the right place and the right time in my little corner of the world to make a living introducing others to this incredible digital world I knew.

Vallée du Rhône

I helped people build websites, gave talks in schools and businesses about blogs, MySpace (yes!) and later Facebook and Twitter. I helped organisations make sense of these new tools and figure out what they could do with them. During the past five years, I have mainly facilitated relationships between bloggers and organisations, founded and directed French-speaking Switzerland’s first comprehensive course on social media and online communities, and been blog editor-in-chief more than once.

Quite a ride.

For a few years now, I’ve been feeling more and more estranged from the business of “social media”. I definitely still fit in there somewhere, but a lot of it is not really of much interest to me. It feels like it’s been eaten up by marketing: most of the time, trying to do the same old stuff in some new channel.

And in parallel, I’ve felt a growing frustration about the fact that my marketable skills are certainly wider than what I’ve been openly advertising, and that I’m staying stuck in this social media consultant career track because I haven’t managed to identify them clearly enough and figure out (even less communicate) a business proposition around them.

Transitions are great opportunities to stop and think. As my engagement as editor-in-chief for Open Ears ended, I decided to take a real holiday, a good long break to clear my head so I could look at my business with fresh eyes. Taking time away is vital for creativity, and I really hadn’t had much of that these last few years.

It seems to have worked, because it really feels like the pieces have been falling into place this last week, since my return. I’d like to share this thinking in progress with you.

Family in Sonarpur

From the beginning, what I’ve found interesting with the internet is people and relationships. The human side of technology. I have a background in humanities, in addition to being a bit of a geek, so the whole “psychology + sociology” side of social media is really what makes me tick. Not so much the “selling” or “branding” part.

A couple of months ago, I was describing my work as blog editor to a potential client. He pointed out that what I was doing was quite a balancing act, and seemed quite admirative. I had never looked at it like that, or thought much of it, but it’s quite true: whether managing a blog or a blogger relations programme, one important thing I do is balance sometimes conflicting interests from the different parties in play.

For example, the brand behind a blog might want more positive content about their products, or more promotional content, and on the other hand the blog’s editorial independence must be preserved or it will lose credibility as a space for authentic expression and relationships. The same goes for blogger relations: if an event invites bloggers, it hopes for positive coverage, but on the other hand the very reason bloggers are courted is because of their independence. So, how do we run a blog without it becoming a corporate mouthpiece, and how do we associate with bloggers without making them sell out?

This is actually a crucial part of my work, but that I hadn’t properly put my finger on until that conversation. More importantly, this means that it is value that I’ve been implicitly providing my clients, without ever selling it explicitly. (Is there a market for this? That indeed remains to be examined.)

I had previously identified this “talent” somewhat in my personal life. I would often find myself mediating between people who have trouble communicating. (Pro tip: don’t do this, it’s not good for your friendships.) I’ve done it too (with more success) in professional situations, by helping maintain communication between parties involved in a project. At one point I wondered if I should consider becoming a professional mediator, but that seemed to be taking things too far: I’m not interested in spending the whole of my professional life helping people resolve disputes.

That’s where things were when I left for India, and a discussion with a close friend and fellow freelancer upon my return revealed to me the common thread in my various professional interests — including some wild dreams and crazy brainstorms alongside stuff I have actually been doing and some I want to do more of. My unifier.

I introduce people to unfamiliar cultures. I am the bridge, the translator, the ferryman. I’m still looking for the best way to say this.

I’ve always said I considered the digital world as a culture, and that my work with social media made perfect sense with my background as a historian of religions, specialised in Indian culture.

This explains why I like working with clients who are “starting out” so much. I introduce them to the digital world. Help them understand how it works. How they can be present in it. What it can bring them.

When I was giving talks in schools, I would tell parents and teachers that I was their “tourist guide to the internet”.

During my last year with Phonak, I gave a series of digital literacy workshops — something I’ve been wanting to provide for years.

When I dream about different lives for myself, I see myself organising guided tours to “my India”, helping expats settle down in Switzerland. Outside of work, playing Ingress, I naturally settled down in the role of welcoming new players. I am the hostess.

Kolkata Streets 2015 26

In Kolkata, Aleika and I brainstormed business ideas to run in India, and all of them have to do with this same “bridging cultures” theme.

I take people by the hand and show them the way, or sit in the middle so that different worlds can collaborate.

Clearly, these skills go beyond social media, and also do not encompass all of social media. I’m understanding better why I’ve struggled so much with my “social media consultant” label these last years.

There could very well be areas in the business world where such skills are useful, but that I do not know of — or am not thinking of. The doors are open, but I’m not sure what room I’m in yet.

Does this make sense?

 

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Hors du temps [fr]

[en] India, out of time. Not doing much. Some thoughts on where I'm going professionally.

C’est ce qui se passe quand je suis en Inde. Le temps au sens où je le vis en Suisse n’existe plus. C’était le but, d’ailleurs, pour ce voyage — des vacances, de vraies vacances, les premières depuis longtemps, saisissant l’occasion de la fin d’un gros mandat (près de deux ans), décrocher, me déconnecter, avant de voir à quoi va ressembler mon avenir professionnel.

Ça fait dix ans, tout de même. Dix ans que je suis indépendante. J’ai commencé à faire mon trou en tant que “pionnière” d’un domaine qui émergeait tout juste. Aujourd’hui, en 2015, l’industrie des médias sociaux a trouvé une certaine maturité — et moi, là-dedans, je me dis qu’il est peut-être temps de faire le point. Ça semble un peu dramatique, dit comme ça, mais ça ne l’est pas: quand on est indépendant, à plus forte raison dans un domaine qui bouge, on le fait “tout le temps”, le point. Souvent, en tous cas.

Il y a des moments comme maintenant où “tout est possible”. C’est un peu grisant, cette liberté de l’indépendant. Effrayant, aussi. Y a-t-il encore un marché pour mes compétences? Serai-je capable de me positionner comme il faut, pour faire des choses qui me correspondent, et dont les gens ont besoin? L’année à venir sera-t-elle en continuité avec les dernières (blogs, médias sociaux, consulting, formation…) ou bien en rupture totale? Si je m’autorise à tout remettre en question, quelles portes pourraient s’ouvrir?

Alors, vu que je peux me le permettre, je me suis dit qu’un mois en Inde loin de tout, ça me ferait du bien. Il faut des pauses pour être créatif. Il faut l’ennui, aussi, et l’Inde est un endroit merveilleux pour ça.

Steph, Palawi and Kusum

Oui oui, l’ennui. Alors bon, je parle de “mon” Inde, qui n’est peut-être pas la vôtre. L’Inde “vacances chez des amis”, où on intègre gentiment la vie familiale, où acheter des légumes pour deux jours est toute une expédition, et changer les litières des chats nécessite d’abord de se procurer des vieux journaux et de les guillotiner en lanières. Où votre corps vous rappelle douloureusement que vous êtes à la merci d’une mauvaise nuit de sommeil (les pétards incessants de Diwali sous nos fenêtres, jusqu’à bien tard dans la nuit, pendant plus d’une semaine — ou le chat qui commence à émerger de sa narcose de castration à 1h du mat, bonjour la nuit blanche) ou d’un repas qui passe mal. Où le monde se ligue contre vos projets et intentions, vous poussant à l’improvisation, et à une flexibilité qui frise la passivité. On se laisse porter. Moi, en tous cas.

Alors je lis. Je traine (un peu) sur Facebook. J’accompagne Aleika dans ses activités quotidiennes. Je joue avec les chats. Je cause en mauvais hindi avec les filles de Purnima (notre domestique), qui ont campé dans notre salon pendant 4-5 jours la semaine dernière. J’attends. J’attends pour manger. J’attends pour prendre mon bain. Je passe des jours à tenter de régler mes problèmes de photos. Le gâteau? On fera ça demain. Je fais la sieste, pour compenser les mauvaises nuits ou attendre que mon système digestif cesse de m’importuner.

Ce n’est pas que ça, bien sûr. Mais comparé au rythme de vie frénétique que je mène en Suisse (même si je sais m’arrêter et me reposer), ici, je ne fais rien.

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