Quintus, étapes d’un adieu (1) [fr]

4.12.2020 22:38

Un jour de cauchemar recouvert de neige
Mon très vieux chat, si frêle et doux
Le temps des adieux, à moins d’un miracle
Il y en a eu des miracles, mais cette fois je n’y crois plus
Ton vieux corps sur le fil, à l’aube de tes vingt ans
Ton corps qui dit “je ne peux plus”
Et mes larmes qui coulent sur ta fourrure et dans des mouchoirs
Tes vielles pattes qui ne veulent plus te porter
Le ronron que j’ai entendu il y encore quelques jours
Eteint
Impossible à rallumer
J’essaie d’imaginer un lendemain sans toi
Je ne veux pas, mais tu ne peux plus
Il est venu le jour de cauchemar
Faut-il encore se battre?
Il faut bien mourir de quelque chose
Le premier jour de vraie neige
Un hiver que tu ne passeras pas
Un printemps que tu ne verras pas
Mon très vieux chat, compagnon de toutes mes nuits
Ma boîte à ronron, quand elle fonctionnait encore
Mon chasseur de souris, voleurs d’oeufs de pigeon
Tiens, cela fait bien longtemps que tu n’as plus appelé le service d’étage
Tu vois, mine de rien, au fil du temps
Le lent déclin qu’on perçoit à peine
Inéluctable, un mot usé comme ton pauvre corps
Le bout d’une vie longue comme ces lignes
Que j’alimente encore et encore
Pour ne pas en voir la fin
Pour ne pas te dire adieu.

5.12.2020 19:55

Quand est-ce que c’est “le bon moment”?

Jusqu’ici, j’ai eu la “chance” d’endormir mes chats dans des situations où il n’y avait pas photo, pour abréger une agonie claire.

J’ai réalisé il y a très peu de temps – avant toutefois que Quintus ne dégringole – que ma plus grande peur par rapport à sa mort n’était pas tant la mort elle-même (ça toutefois la mort avec toute sa charrette d’enjeux) mais l’idée que je risque de prendre la décision irrémédiable alors qu’il aurait encore eu une chance de s’en tirer.

Je ne compte plus le nombre de fois où on a pensé que c’était cuit pour lui, et où contre toute attente il a remonté la pente. La mort, c’est final. Et toutes ces fois, j’aurais pu décider que c’était “fini”. En janvier, il a fait une insuffisance rénale aiguë. Quasi une semaine sous perf chez le véto. Le “dernier” jour, celui dont on avait dit “si c’est pas mieux là, c’est cuit”, on a vu une lueur d’amélioration. On lui a donné un jour de plus. On est en décembre. Il aura eu presque un an de vie, de petit vieux, certes, mais avec des caresses des ronrons, des siestes et des étirements confortables…
A un jour près il n’aurait pas eu cette presque-année.

J’essaie de me réconcilier avec l’idée que je ne peux pas garantir que ma décision de mettre fin à ses jours sera “le bon moment”. Ce soir, il est plus serein, sa température est stable. Mais il est très faible, ne mange et ne boit pas par lui-même, n’arrive pas à aller à sa caisse, se déplace à peine.

Clairement une vie comme ça, ça ne va pas. Mais pendant qu’il est comme ça, on essaie de lui donner une chance: réhydratation, nourriture à la seringue, le réchauffer, médicament pour aider le transit à repartir. Mais on fait ça combien de temps?

J’ai trouvé une vétérinaire qui pourrait venir faire une euthanasie à domicile demain après-midi. On a dit qu’on faisait le point demain matin.

Si ça empire, la décision est facile. Si rien ne change, je pense aussi que les choses sont claires. J’ai congé dimanche et lundi, mais je reprends le travail mardi, donc à partir de ce moment-là ça me sera impossible de m’occuper de lui d’aussi près, et le mettre encore x jours en box chez le vétérinaire sous perf, pour si peu de chances d’une issue favorable, je ne crois pas que ce soit juste pour lui.

Mais si – et c’est ce que je crains – il y a une légère amélioration? S’il maintient sa température, s’il donne un coup de langue à la seringue quand je lui donne à manger, s’il tient un peu mieux sur ses pattes? Faut-il continuer à lui donner une chance, ou bien se dire que même s’il remonte un peu la pente, les chances qu’il puisse retrouver sa qualité de vie d’avant et être assez autonome sont trop faibles?

Je ne vous demande pas de répondre à ces questions. Mais ce sont celles que je me pose, celles qui m’empêchent de dormir, et qui, disons-le, me torturent un peu.

J’ai peur de prendre la décision “trop tôt”, de le priver d’un bout de vie qu’il serait capable d’avoir et qui en vaudrait la peine.

Et j’ai du mal à me résoudre à accepter de prendre ce risque.

Viennent aussi les considérations “pratiques”. C’est dur de devoir prendre ça en compte. Je suis prise à plein temps (travail et formation) de mardi à dimanche. D’une certaine façon, il “vaut mieux”, pour moi et probablement pour lui, que tout s’arrête demain, ici, dans une relative sérénité, que risquer de partir dans une semaine avec des hospits, ou alors une dernière journée ou deux à la maison dans des conditions encore plus dégradées qu’aujourd’hui, et sans que je sois avec lui.

J’ai du mal, là, vraiment.

6.12.2020 3:38

36.1: la fin des haricots. La température de ton corps après trois heures de mon sommeil. Tu t’es couché au fond du couloir, sur le parquet – boudant ou ne retrouvant pas tes tapis chauffants. Ton corps est au bout, tu es au bout, et moi aussi je suis au bout de ce que je peux faire pour t’aider. Hier après-midi, ta température était stable. Mais il suffit que je ne veille pas pour qu’elle dégringole. Tu dépends des bouillottes et du tapis chauffant, et moi je ne peux pas t’empêcher de le quitter. Alors oui, je peux te remplir de nourriture et d’eau, encore quelques heures, encore quelques jours, mais ton organisme a posé les plaques. 20 ans, presque 20 ans, juste pas 20 ans. Ça reste une vie de chat extrêmement longue. Et depuis plusieurs années, tu es malade, mine de rien. Plutôt trois ou quatre fois qu’une. Alors on peut pardonner – je dois pardonner – à ton corps de ne plus pouvoir. Il a été bien vaillant jusqu’ici, mais tout le monde a ses limites, y compris toi.

Je ne suis pas sûre de croire que “tu sais”, que tu “n’as plus envie”. Je pense plutôt qu’il y a ce que tu peux et ne peux plus, qu’il y a le mal-être et le bien-être. Je ne crois pas que tu essaies de me dire quoi que ce soit; je sais que tu es, tout simplement. Peu importe au final ce qui fait que tu ne reviens pas là où tu te réchaufferais, que ta température dégringole, que ton appétit s’est fait la malle. Ce qui compte, c’est que c’est comme ça, et que même en faisant “ce qu’il faut” pour te réchauffer, pour te soutenir, pour te nourrir, rien n’y fait. C’est important pour moi, ça, de savoir que j’ai fait “ce qu’il faut”, que je n’ai pas baissé les bras trop tôt. Si j’étais du genre à baisser les bras trop tôt je t’aurais perdu il y a des années. On aurait raté encore un joli bout de chemin ensemble – et quoi qu’en pensent certains, il l’était aussi pour toi.

On n’a qu’une vie, et quand elle s’arrête, c’est terminé. Pour toujours. C’est ça que je crois. Alors il m’importe d’être là jusqu’au bout, de ne pas rendre les armes alors qu’il en reste, de la vie à être vécue, de la vie qui ait un sens. Ne pas souffrir est important, mais à ne regarder que la souffrance (physique généralement), qui peut être temporaire, et à ériger l’absence de celle-ci en valeur suprême, je crois que l’on se fourvoie. A l’extrême, la vie étant inextricable d’une certaine dose de souffrance (ou même “étant souffrance”, quand on traduit maladroitement le bouddhisme dans nos langues d’Occident), on en viendrait à une posture un peu simpliste de négation pure et simple de la vie. Pas de vie, pas de souffrance. On voit bien que ce n’est pas satisfaisant.

A la question de la souffrance, je préfère celle du sens, à laquelle on peut subordonner la première. Ainsi, la souffrance et la tolérance de celle-ci est à évaluer à l’aune du sens dans laquelle elle s’insert. On peut souffrir de façon transitoire, car cette souffrance “a un sens” dans une vision plus globale. On peut accepter une certaine dose de souffrance même chronique dans une vie, parce que cette vie a un sens au-delà de cette souffrance. Le problème n’est pas la souffrance en tant que tel, mais son intensité, sa durabilité, et son contexte.

La question du sens n’est pas sans ses propres écueils nihilistes, bien entendu. Mais à l’échelle d’une vie, face à la mort, je trouve qu’elle tient encore la route.

Et là, mon très vieux chat, le sens est en train de nous échapper, avec sa copine l’espoir. Ton état n’évolue pas. Le maintenir stable demande un travail impossible à fournir sur le long terme, pour une qualité de vie qui n’est pas acceptable.

Je pense que demain sera le jour. “Demain”… je veux dire aujourd’hui, plus tard, après la nuit.

6.12.2020 15:29

J’attends demain. Après une nuit où tout semblait clair, le matin a apporté un faible ronron, une tête qui réagit aux caresses, des coups de langue dans le bol de patée offerte, une longue séance de boisson à la fontaine, et même un pipi dans la caisse cet après-midi. Globalement, il est aussi plus confortable dans sa position.

C’est extrêmement difficile: les chances qu’il soit suffisamment bien demain restent faibles. Aussi, je suis épuisée, éreintée des ascenseurs émotionnels, fatiguée du souci constant et de la mort à l’horizon depuis des années.

Contrairement à d’autres personnes qui ont la hantise d’attendre un jour trop tard, la mienne est d’agir trop tôt. On aurait pu faire ça cet après-midi. Mais j’aurais trop douté: aurait-il fallu lui laisser encore un jour pour montrer de quoi il était capable?

Au fond, je pense que ça ne changera pas grand-chose. Demain sera comme aujourd’hui. Mais il y a une petite chance que ce soit plus clair, soit dans un sens, soit dans l’autre. Une petite chance que je puisse être plus sereine. 24h aussi encore pour se dire au revoir, dans des conditions pas trop mauvaises. Pour passer 5 minutes au soleil sur le balcon, enveloppé avec une bouillotte dans un plaid.

Ce dont j’ai le plus peur, paradoxalement, c’est que demain il aille “trop bien”. Car autant je ne veux pas couper court à sa vie si elle a encore du temps en elle, autant je serai soulagée que tout ceci soit derrière, malgré tout mon amour pour ce chat qui m’accompagne depuis bientôt 9 ans.
Je me permets ce sursis parce qu’il est relativement serein. Parce qu’aujourd’hui est mieux qu’hier, cet après-midi mieux que ce matin. Je sais que je ne fais que repousser l’inévitable. Egoistement, j’en viens presque à espérer que son état se dégrade nettement. Mais il y a tout à parier que demain ne clarifie rien, que je me retrouve avec un chat affaibli, mais qui mange, boit, va à sa caisse, ronronne et apprécie mes caresses. C’est une situation qui n’a pas de bonne solution.

Alors aujourd’hui je nous offre le luxe de juste vivre ensemble la fin de cette journée, sans trop penser à demain.

Et demain… on verra demain.

Quintus, étapes d’un adieu (2)

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La fatigue et moi [fr]

Ces jours, je suis fatiguée. La fatigue et moi, on se connaît depuis longtemps. Je n’ai jamais aimé aller me coucher, ni vraiment dormir (mais je me soigne). Voilà comment je pense les choses: la vie est trop courte, elle peut se terminer à tout instant (je vous laisse relier les points si vous connaissez mon histoire personnelle), il y a tant de choses que j’aimerais faire et je n’ai pas le temps, donc dormir c’est un peu une perte de temps.

Aussi, accessoirement, peut-être pas tant que ça en fait (je vous balade un peu), petite, j’avais peur de mourir pendant mon sommeil. (Il y a aussi des points à relier touchant à l’histoire personnelle, mais ce ne sont pas eux qui nous intéressent aujourd’hui.)

J’ai toujours aimé lire. A 9-10 ans, je me souviens d’avoir veillé jusqu’à passé minuit (!) pour finir mon livre (c’était L’affaire Caïus si ma mémoire est bonne). Ça a continué comme ça le reste de mon enfance, mon adolescence, et même jeune adulte. Je n’aimais pas aller me coucher et il y avait tant d’autres choses intéressantes à faire le soir (aussi: regarder la télé; puis: causer avec des gens à l’autre bout de la planète sur internet).

Me lever le matin… ouille ouille. Parce que mine de rien, j’ai besoin de mon sommeil, moi.

Quand j’étais étudiante en chimie, j’étais carrément en état de fatigue chronique. Je devais lutter pour ne pas m’endormir pendant les cours. A un moment donné, j’ai repris les choses en main: heure de coucher, journal des heures de sommeil, etc.

J’ai découvert ce qu’était la vie quand on est assez reposé. J’ai dit: “plus jamais ça”.

Indépendante, mon luxe était de ne pas avoir à mettre le réveil le matin. Puis, j’ai découvert qu’un certain rythme à mes nuits (après avoir fait vraiment n’importe quoi) avait aussi pour avantage que je me sentais mieux.

Avec les années, j’ai donc dompté ma tendance à brûler mes journées par les deux bouts, et je suis devenue une dormeuse relativement sage. Qu’on s’entende: mes exagérations, c’est que je dormais autour de 6h-6h30 par nuit. Alors qu’il me faut plutôt 7-8h. Les nuits blanches ça n’a jamais été mon truc. Les nuits de 2-3-4h non plus, même si j’en ai faites.

Donc il y a la fatigue parce qu’on ne dort pas assez. Ça je connais bien, et de façon générale, je gère bien.

Ces dernières années je me suis retrouvée confrontée à une autre forme de fatigue. Une fatigue en toile de fond, un manque d’énergie, alors même que je dormais assez. L’âge, me suis-je d’abord dit? Un manque de fer, vu que j’ai pu avoir tendance à l’anémie? Je soulève la question avec mon médecin, on explore certaines pistes, on n’arrive pas très loin. Je me résigne plus ou moins… j’ai peut-être simplement des attentes “à côté de la plaque” concernant ce que je devrais être capable de faire dans une journée et comment je devrais me sentir.

Puis, fin 2017, coup de théâtre: j’ai une giardiose, que je traine probablement depuis deux ans. L’hiver est rude, mais je finis par venir à bout de la bestiole. Et là… je recommence à avoir nettement plus d’énergie. Ça me semble logique, en fait: ça me coûtait probablement de lutter contre mon hôte indésirable. Dans la foulée, je m’achète des lunettes de luminothérapie, après un test (on peut les louer pour essayer) assez rapidement concluant. Je tente d’arrêter la luminothérapie en été, mais il me semble assez vite que mes matins redeviennent léthargiques. J’ai clairement la chance que ça fasse son petit effet sur ma personne, donc je continue.

Je passe sur la période 2018-2019 qui n’a pas été pas un grand succès côté santé.

Début 2020, nouveau coup de théâtre: j’ai la vitamine D dans les chaussettes. Qu’à cela ne tienne, une petite cure! Trois semaines plus tard (ou quelque chose comme ça) ma vie était transformée. J’avais perdu 15 ans côté fatigue physique, mon moral était remonté en flèche, ma vie était transformée.

En fait, mes réserves de vitamine D étaient déjà basses en 2016. J’avais vaguement tenté une supplémentation, mais c’était deux fois par semaine, et à ce rythme, c’est dur d’être rigoureux. Et je n’avais pas conscience d’à quel point ça pouvait changer la donne.

Ça fait peur. Une petite vitamine vous manque et votre vie s’enlise dans un marécage.

Cet été, j’ai pu interrompre la luminothérapie. J’ai aussi pris soin de me mettre au soleil. Et j’ai pris rendez-vous avec mon médecin pour faire un bilan dans quelques semaines, parce que là aussi, je me suis dit: “plus jamais ça”.

Depuis une semaine ou deux, mon retour de vacances plus précisément, je me traine. Non, ce n’est pas l’effet “retour de vacances”. C’est physique. Dans mon état “normal”, je monte les escaliers en courant, deux par deux. Là, je les monte comme une mamie, un à un, et mes jambes pèsent lourd.

Je pense déjà qu’il est temps de reprendre la luminothérapie. Il fait encore beau, très beau, et chaud (parfois même très chaud), mais les jours raccourcissent. On en à 12h entre le lever et le coucher du soleil.

Et je me réjouis d’aller faire ma prise de sang dans quelques semaines. Je suis curieuse de savoir ce qu’elle révèlera.

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Retour au judo [fr]

Un entraînement de judo. Une petite oasis de normalité dans ma vie parfois un peu en perte de repères. Il y a 18 mois, j’avais réussi à reprendre “correctement”, après plusieurs années de quasi pause. Un dos sérieusement malheureux après une mauvaise chute. Des dizaines de séances de physio. Un job prenant dans un autre canton. Une vitamine un peu trop timide (la D).

Bref, il y a 18 mois, entorse à l’épaule suivie d’accident de voiture. Vous connaissez la suite.

Je ne sais pas encore ce que mon nouveau poignet est capable de faire. Quelles sont ses limites. Mais comme pour le roller hier, ça revient. Sauf que j’ai fait beaucoup plus de judo que de roller dans ma vie. Mes balayages ne pardonnent pas quand on fait des fautes de pas. Le premier est d’ailleurs parti tout seul, à ma grande surprise.

Le confort de ma normalité. Et aussi, le confort d’une (presque) normalité du rapport à autrui en ce temps de pandémie. On ne peut pas faire du judo en restant à 1m50 de distance. On ne peut pas s’entrainer avec un masque. Alors on tient religieusement une liste de présence.

On me dira que c’est une activité à risque. Et c’est vrai. Mais même sans COVID, le judo est une activité à risque. Même en pratiquant gentiment, le risque de blessure est toujours là. Je connais plusieurs personnes qui ont arrêté de pratiquer le judo à cause de ça – parce que le risque de blessure était inacceptable pour eux, mettant en péril d’autres activités encore plus centrales dans leur vie.

Pour la petite histoire, je me suis déjà retrouvée à devoir prendre un traitement préventif pour une maladie qui avait tragiquement emporté un de nos judokas. Moi, et tous les autres qui avaient pratiqué avec lui “juste avant”. Même le risque de contagion, il est toujours là.

On me dira que le judo est un loisir, donc sacrifiable. Une des activités sur lesquelles on devrait faire une croix, comme aussi chanter dans un choeur, tant que notre vilain coronavirus circule. Mais ce sont, en tous cas pour moi, des activités qui font aimer la vie, qui participent de façon cruciale à mon équilibre.

Je m’en rends d’autant plus compte qu’elles ont été bien trop absentes de ma vie ces dernières années. Parfois le sens “d’être là” se trouve dans le “faire” d’une activité qui n’a pas d’autre but qu’elle-même. Elle est sa propre fin.

Alors ce soir, j’ai retrouvé la normalité de pratiquer avec autrui une activité physique, en proximité, qui est une part importante de ma vie depuis 25 ans. Toute ma vie d’adulte. J’ai vu que je “savais encore”, que je “pouvais encore”. Qu’on soit clair, je n’en doutais pas vraiment.

J’ai fini l’entrainement avec un immense sourire. Dans la vie, il faut faire des choses qui nous font rire et sourire.

Et puis quand tout s’est terminé, avant le salut de clôture du cours, j’ai senti monter des larmes. Les larmes qui viennent quand on sent enfin combien quelqu’un ou quelque chose nous a manqué.

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Petite Luna: ça fait un an [fr]

Aujourd’hui, ça va faire un an. Un an que quelques minutes de mon inattention t’ont coûté la vie.

Alors je sais, on me l’a répété maintes fois: les accidents arrivent, je ne dois pas culpabiliser, si je ne t’avais pas prise en charge deux mois auparavant tu n’aurais probablement pas été encore en vie à ce moment fatidique. Reste que je me sens responsable, terriblement responsable, et que je me demande régulièrement à quoi ressembleraient nos vies si j’avais fermé cette fichue fenêtre.

Tu étais arrivée dans ma vie le 9 juin, deux mois jour pour jour avant de la quitter.

Une petite crevette d’à peine 2kg, la peau sur les os, les yeux enfoncés dans leurs orbites… craintive, jolie malgré ton état, douce et intelligente.

Je n’avais jamais eu de chat craintif. Ça a été tout un apprentissage. Pas simple de t’approcher, pas simple au début de te faire les injections d’insuline dont tu avais impérativement besoin pour survivre. Quasi impossible de faire des contrôles de glycémie. Mais malgré tout, toi et moi, on y est arrivés. Semaine après semaine, tu as repris du poids, ton poil est devenu moins moche, et tu as pris confiance.

Tu adorais la pâtée a/d – et rapidement, tu t’es mise à adorer l’anti-glouton rose sur lequel je te la servais. Tu aimais jouer avec la canne à pêche “proie de sol”, et tu étais redoutablement efficace. Tu aimais les caresses et roulais ta tête dans la main que je te tendais. Tu comprenais vite ce que je voulais de toi, et tu en profitais pour te défiler 😉

Tu n’aimais pas trop aller en hauteur. Grâce à la caméra de surveillance que j’avais installée, j’ai découvert à mon étonnement que la nuit, tu étais montée sur la table pour explorer. Tu miaulais aussi parfois, probablement d’ennui, puisque que t’étais au final bien accoutumée à ton nouveau “chez toi” à l’eclau. Une des raisons, entre autres, qui m’ont décidée à tenter ton déménagement vers mon appartement.

Je t’entends encore roucouler en venant à ma rencontre un matin, récompense des longues et longues heures passées à t’amadouer. Je sens ta petite langue douce qui léchait la pâtée tant convoitée sur mon doigt. Mon pantalon jaune a encore des fils tirés par tes griffes parfois maladroites.

Grâce à toi, j’ai dû sortir de ma zone de confort en matière d’apprivoisement et de medical training. J’ai eu l’immense chance de bénéficier de l’expertise et du coaching de Céline en la matière, et j’en ai appris plus que j’aurais jamais imaginé (il me reste encore bien des choses à apprendre, d’ailleurs… j’ai pu mesurer l’étendue de mon peu de compétence!)

Grâce à toi aussi, j’ai découvert le FreeStyle Libre, et durant cette année plein de chats du groupe DF et leurs maîtres ont pu en bénéficier. C’est devenu tellement courant maintenant, c’est difficile d’imaginer à quel point c’était “expérimental” il y a un peu plus d’un an, quand on s’est lancés.

Ça, c’est des cadeaux très concrets que tu m’as laissés. Mais ce que je retiens surtout de toi, c’est ta douceur, ton joli visage et ton regard intense, ta crainte mais aussi ta détermination à la surmonter quand la motivation était suffisante, ton petit corps osseux qui petit à petit se remplumait sous mes caresses. Ton intelligence, ton plaisir à jouer, ton petit ronron. Le lien qu’on avait créé toi et moi, d’heures en jours et en semaines.

J’imaginais plein d’avenirs pour toi. Tu retournais dans ta famille, peut-être en rémission, peut-être pas. Ou alors, ta famille n’était pas en mesure de te reprendre, et on te trouvait un nouveau foyer où tu serais choyée et heureuse. Et quelques fois, même si c’était loin d’être mon projet initial, je me disais que ce foyer serait peut-être le mien, si tu arrivais à amadouer le vieux Quintus.

On ne saura jamais quelle aurait été ta vie. Coupée court par un bête accident, ces quelques minutes où une vie bascule, alors que tout allait dans la bonne direction pour toi.

Merci d’avoir passé dans ma vie, petite Luna ❤️.

L’album de Luna, photos et vidéos.

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I thought I might write [en]

Sleep isn’t coming tonight. Or rather, it’s coming and going. I’m not a bad sleeper, generally. I fall asleep easily, sleep though the night (give or take one bathroom break), wake up when my alarm rings or when my “usual time” comes by.

Lately things have been a bit more complicated, though not dramatically so. I’ve been having a harder time falling asleep, and my old Quintus has been waking me up regularly (he’s restless at night). I don’t fall back asleep as easily as I’d expect.

I don’t think this is a permanent change. It’s a phase. And sometimes, when you’re wide awake at 2.30am, you just have to do with it. So, after two whole episodes of Sleep With Me (to the end, quite unusual… falling in and out of sleep), sleep-inducing meditation music, a snack (I was hungry), a bit of reading… I thought I might write.

I actually had an idea for something I wanted to write. But it’s gone. Ideas are like that.

Last night, just as I was drifting off, I came up with a few lines for a poem. I hesitated. I could let myself fall asleep and probably lose the lines, or dictate them into my phone for safekeeping. I chose the latter. It woke me up. I haven’t yet gone back to the lines to see if they were any good… I hope they were!

Today I am sore all over from a long and somewhat arduous trek in the mountains. I was expecting to fall asleep “like a baby” (I know the expression is wrong, but it’s still there). But I haven’t. Aside from my body hurting (yes I did take a long hot bath to try and soothe my overworked muscles), there’s quite a lot going on in my head these days. Not bad things! But things. And things in one’s head are not very helpful when it comes to falling asleep.

Now that I’ve settled down to write them out, they’re mysteriously gone (those that I would have been willing to write, of course). Funny how things are.

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Routine, mon amie [fr]

Je réfléchis beaucoup à la routine, ces temps. Et je fais ma vaisselle. Ceux d’entre vous qui me lisez depuis des années (des décennies pour certains! mon dieu, j’ai laissé passer sans mot dire les 20 ans de CTTS, il y a 4 jours! va pas falloir que je me rate en 2030, dites donc…) savez que la vaisselle, c’est un thème récurrent chez moi. Comment la faire, ce qu’elle signifie quand elle n’est pas faite, une pointe d’iceberg “indicateur” de plein d’autres choses dans ma vie, débordant plus ou moins de l’évier.

Donc, je réfléchis à la routine, et ma vaisselle est sous contrôle, pour la première fois depuis des années. Ma vie aussi, dans l’ensemble – je crois que la dernière fois que je me suis sentie aussi “on top of things” de façon générale, ça devait être en 2009. (De mémoire.)

Ma tendance naturelle est de fuir la routine, dans laquelle j’ai peur de m’enliser. Du coup je recherche plutôt la nouveauté, l’excitation, l’imprévu, la spontanéité. Adolescente, ma vie était remplie et programmée. Sauf l’été, souvent long et vide (en-dehors des vacances en famille, toujours de bons souvenirs) et dans lequel je finissais par m’ennuyer à déprimer. Du coup, je pense que remplir ça me convenait bien. Jusqu’à ce que je finisse par craquer un peu, et à un moment donné, jeune adulte, j’ai plus ou moins tout envoyé valser, pour être libre, ouverte à l’imprévu, spontanée. Mais bon, ça ne m’avait pas empêcher de prendre plus de 30 périodes de cours durant ma première année de Lettres. On ne se refait pas.

Je pense que mon année en Inde a fini par sceller le sort de ma déstructuration du temps. Là-bas, il vaut mieux ne pas trop s’organiser, si on ne veut pas péter un câble. Ni faire trop. De retour en Suisse, j’étais devenue incapable d’être à l’heure. Je me suis ressaisie, évidemment (le sang de la Vallée de Joux coule dans mes veines, tout de même), mais je suis restée la reine du plan last-minute et de l’improvisation. Le rythme de vie suisse m’a rattrapée, je recommencer à remplir mon agenda, mais durant la longue décennie que j’ai passée à mon compte, j’ai vécu une vie sans beaucoup de rythme. Ou alors, si on veut, au rythme changeant et imprévisible.

Je savais bien que j’avais besoin d’un peu de régularité et de cadre. Un peu, mais pas trop. J’ai parlé de ça ici, au fil des années, mais j’avoue avoir la flemme de déterrer les articles. N’ayant que le peu de contraintes que je m’imposais à moi-même (pas beaucoup), essayant de suivre mes humeurs et mes envies (après tout, j’étais à mon compte pour “faire ce que j’aime”), je me suis quand même vite trouvé avec un problème de procrastination exacerbé (pas nouveau dans ma vie, mais il a bien poussé durant cette période) et une incapacité à poursuivre beaucoup de projets et d’envie personnels parce que… je n’arrivais pas. Je voyais bien que quand j’étais plus occupée, je me sentais mieux, et entre autres choses, un élément qui m’a poussée à redevenir salariée après des années d’indépendance était le besoin de soulager un peu ma charge mentale en passant à un mode de vie où une partie du cadre me serait donné d’office. Et d’ailleurs, ça a marché.

Ces derniers mois, j’ai fait des petites révolutions dans ma vie et ma façon de fonctionner au quotidien. J’ai réalisé (mais vraiment, profondément réalisé) que je pouvais faire des choses parce que j’avais décidé de les faire. Cela peut paraître bête, mais c’était toujours un gros problème pour moi. Je me disais “demain je fais x”, et le moment venu, je n’avais pas envie, ou pas le moral, ou mieux à faire, et j’envoyais balader. Du coup j’ai fini par construire une image de moi-même où j’étais incapable de me “discipliner”, ou de tenir mes engagements vis-à-vis de moi-même. Pour quelqu’un d’autre, aucun problème! Mais pour moi… aïe aïe aïe.

En fait, j’ai compris que si je ne voulais plus courir et vivre à l’arrache, si je ne voulais plus passer des jours et des semaines à culpabiliser parce que je procrastinais, je pouvais faire deux chose: m’organiser (être proactive) et mettre en place des routines et habitudes, pour diminuer la nécessité de décider. Il y a eu un déclic, parlant avec une copine, qui m’a fait réaliser que les personnes “disciplinées” ne l’étaient peut-être pas naturellement, comme ça, sans effort, mais qu’elles se tenaient à leurs décisions ou leur organisation car elles savaient que c’était nécessaire pour leur équilibre ou leur bien-être. Ça a été une révélation pour moi. Ça a été une révélation pour moi.

Ça ne s’est pas mis en place tout de suite, il a fallu entraîner et consolider (je consolide encore). Le premier pas, ça a été de décider chaque jour d’une chose que j’allais faire le lendemain, prise sur ma liste de tâches en souffrance. Des petites choses. Et je me suis retrouvée dans cette situation étrange de n’avoir pas fait la chose en question arrivé le soir, et de me dire “ah, mais j’ai décidé que je le faisais, alors je vais le faire maintenant”. Alors qu’il y a encore quelques mois j’aurais dit “mince, encore une fois je ne l’ai pas fait”. Au niveau de ma planification de tâches au jour le jour, ça m’a fait passer de “liste des choses que je veux/dois/espère/pense que je devrais arriver à faire aujourd’hui” à “petit nombre de choses que je peux garantir que je vais faire”. En quelques jours, au lieu d’être en échec constant, j’ai commencé à prendre confiance et me sentir beaucoup mieux.

La routine, c’est quelque chose qui est sur mon radar depuis FlyLady. Là, ça s’est mis en place un peu tout seul, progressivement. Déjà, mettre un réveil le matin (chose que je fais assez naturellement, même si je me réveille généralement avant). Aller me coucher à une heure raisonnable (l’objet d’un autre article). Me lever, faire le lit, médics des chats, les miens, déjeuner sur le balcon, etc. Le contenu n’est pas important. C’est l’existence de la structure qui compte.

Ma tentation naturelle, ça a été de vouloir tout “routinifier”. D’organiser ma semaine à coups de “lundi je fais ça, mardi je fais ça, mercredi, jeudi, vendredi”. Et j’ai compris qu’il fallait y aller progressivement. Parce que l’autre Grande Mission de cette année 2020, pour moi, c’est d’apprendre à mettre un peu plus la priorité sur moi et mes besoins. Pas difficile de faire plus que quasi rien, me direz-vous. A force de mettre les besoins des autres toujours avant les siens, on finit par disparaître. Donc: structurer une partie de mon temps tout en gardant une large part “pour moi”. Le Chemin du Milieu est rarement facile à trouver, mais là, je trouve que je ne m’en sors pas trop mal.

J’ai commencé par poser une chose dans ma semaine. Deux heures de temps, dans l’agenda, pour m’occuper d’un projet. La même plage horaire, le même jour, chaque semaine. Et m’y tenir! Maintenant que j’ai un peu pris l’habitude, ça va, mais au début ce n’était pas évident. J’étais toujours tentée de déplacer/annuler/déprioriser pour autre chose. Et j’ai fait plusieurs semaines comme ça, avec juste une chose dans l’agenda, avant de progressivement, petit à petit, rajouter d’autres éléments pour structurer ma semaine. Il faut dire qu’après six mois de chômage (où je n’étais pas en très bon état dans ma tête, pour tout un tas de raisons – j’ai peut-être mentionné que j’avais eu une année ou deux de merde?) suivis par six mois d’incapacité de travail post-op, on ne peut pas reprendre du jour au lendemain un rythme effréné. Surtout si le but est de construire un nouvel équilibre, un peu plus durable.

Du coup, j’ai de la routine: dans ma journée, dans ma semaine. J’avoue que ça m’émerveille. Parce qu’elle ne tient qu’à moi, mais que je m’y tiens néanmoins. Quand je vacille, c’est quelque chose auquel je peux me raccrocher. Et que je cherche à ne pas lâcher dans les périodes où je ne vacille pas (la tentation est grande). Le “confinement” (à la suisse) est arrivé à pic, pour moi: il m’a permis de prendre goût à me donner plus de place.

Je pense que notre rapport à la routine, à la structure, à l’organisation, ça dépend beaucoup de notre personnalité et de notre parcours de vie personnel. Il y a des gens qui sont emprisonnés dans des habitudes et un quotidien dont ils ont désespérément besoin de sortir; d’autres qui se recroquevillent sur la répétition et le contrôle; d’autres encore qui sont allergiques à tout ce qui pourrait les contraindre de près ou de loin, et se perdent. Je pense que souvent, c’est multi-couches. Comme moi, qui suis tiraillée entre une envie d’ordre parfait et une autre de liberté absolue.

Quelque part au milieu, il y a la sérénité. Relative.

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Larmes virtuelles [fr]

Aujourd’hui j’ai de nouveau pleuré devant mon écran pour la mort d’un chat que je n’avais jamais rencontré. Je pleure parce que je me projette dans la peine de sa maîtresse effondrée et inconsolable, et aussi parce que je sais que tôt ou tard ce sera mon tour.

J’en ai vu mourir, des chats, depuis deux ans et demi. Dans un groupe de chats diabétiques qui approche maintenant les 900 membres, ça fait beaucoup de chats, tous avec au moins une maladie chronique, et souvent plus, vu que beaucoup des chats du groupe sont des chats seniors, ou des diabétiques difficiles à réguler et dont on découvre par la suite un autre souci de santé.

Dans le groupe Diabète Félin, nous avons une véritable communauté. Il y a des liens forts qui se créent. On se connaît, on se suit, on est inévitablement embarqué dans les espoirs et les désespoirs des uns et des autres. On partage un souci commun, on se serre les coudes, on trouve du soutien auprès d’autres “comme soi” quand on n’a pas la chance d’avoir un entourage qui comprend l’attachement qu’on peut avoir pour un petit animal qui ronronne, ou l’investissement auquel on est prêt pour le soigner et lui offrir une bonne vie.

Mais bon, me direz-vous, tous ces petits chats croisés sur Facebook ne sont que des chats “virtuels”. Je ne les ai jamais vus, jamais caressés, ils n’ont jamais ronronné dans mes bras. Certes. Mais j’ose espérer qu’en 2020, on a compris que le lien pouvait se créer sans présence physique. Le lien avec les humains, que l’on apprend à connaître dans un contexte pas toujours facile, et indirectement, à travers une photo par-ci par-là, une anecdote, et surtout l’amour que leur témoigne leur maître, le lien avec ces chats que l’on n’a jamais rencontrés. Et tout ceci se fait d’autant plus facilement et naturellement qu’on a aussi un chat malade qu’on aime et qu’on soigne.

Ce lien n’est pas le même pour chacun de ces “chats des autres“. Il y a des histoires qui nous touchent particulièrement, des humains avec qui on a des atomes crochus, certains qui sont plus présents, d’autres pas. Chaque chat qui meurt est une perte immense pour son maître ou sa maîtresse, et leur douleur m’atteint toujours. Je me dois pourtant d’essayer de garder un peu de distance, simplement parce que c’est trop dur, autrement. Samedi passé, trois chats sont morts coup sur coup. C’est un exercice difficile, la distance juste. Il m’importe d’être “émotionnellement honnête” dans mes rapports avec les gens, en ligne également. Ça a un coût. Et il m’importe aussi de me ménager suffisamment pour pouvoir continuer à être là, à faire ce que je fais. Donc je m’adonne à cet exercice (le travail d’une vie!), avec plus ou moins de succès suivant les jours.

Certains décès me tourneboulent plus que d’autres, parce qu’au-delà de la douleur visible de celui ou celle qui vient de voir mourir son chat, et qui fait inévitablement écho à la mienne, passée et future, je suis touchée plus personnellement. Souvent, c’est simplement que je connais particulièrement bien le chat en question et son histoire, ou l’humain ou l’humaine qui partage sa vie. Quand on s’implique pour aider quelqu’un, qu’on y met de l’énergie, on s’attache. C’est aussi bête que ça.

Aujourd’hui, je pleure parce que je sais que l’heure de Quintus se rapproche, même s’il s’est miraculeusement stabilisé ces dernières semaines. La profonde peine et la détresse de quelqu’un d’autre est venue réveiller la mienne, dormante et enfouie, pour me rappeler qu’elle m’attend au contour. Je pleure aussi parce que j’y croyais, pour cette minette. J’espérais qu’on allait pouvoir faire quelque chose pour elle. Et enfin, je pleure car je suis triste pour cette femme qui vient de perdre son chat qui comptait tant pour elle, et pour lequel elle a tant fait. Sans la connaître vraiment, je la connais quand même un peu, et je souhaitais du fond du coeur une autre issue pour elle.

Tous nos chats vont mourir. Chaque fois que l’on est témoin de la grande tristesse que cet état de fait amène inexorablement, on a le choix. On peut fuir, on peut se laisser emporter par le désespoir, ou on peut remercier de nos larmes, avec conscience, le petit être qui partage encore notre vie.

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Ces jours [fr]

Un vieux chat qui semble remonter la pente. Puis un doute. Mais non en fait, ça semble aller. Ou pas. C’est jamais très clair.

Un quotidien qui s’organise, se désorganise par instants, et reprend forme.

Le soleil presque un peu insistant qui laisse place au couvercle nuageux et froid d’un quasi-automne.

Un chat à trois pattes qui semble ne plus vouloir d’insuline. Un chat noir vagabond dont la vie secrète sera bientôt révélée.

Revoir des gens, des amis, de la famille. Sentir le rythme d’avant qui menace de prendre le dessus.

Des chats diabétiques qui s’en sortent, d’autres pas. Accepter qu’on ne tient pas la seringue des chats des autres. Lâcher prise, prendre du recul, célébrer les victoires.

Des opportunités professionnelles encourageantes, même si elles ne se confirment pas forcément. Sérénité pour la suite, motivation.

Une tasse de thé avec juste ce qu’il faut de sucre.

Désespérer parfois des gens, pour ensuite se réconcilier avec l’espèce humaine au détour d’une conversation. Ainsi ira la vie.

De l’énergie pour faire et être, après bien trop longtemps à traîner la patte. Merci vitamine D. Du souffle pour monter les escaliers et même courir. Merci Symbicort. Se rendre compte que parfois toute la volonté du monde ne suffit pas.

Une rivière cascadante qui traverse une forêt magnifique presque oubliée.

Un poignet qui fait son job de poignet au quotidien sans trop râler. Pour le sport… prière de patienter un peu. Les autres membres, eux, sont impatients.

Une envie de voile et d’eau et de vent, de courir sur l’écume et se laisser bercer.

Et au milieu de tout ça, il y a moi.

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Lettre à mon vieux chat [fr]

[en] Memories of Quintus.

Quand tu es arrivé chez moi tu n’étais déjà plus très jeune. Quand j’ai dit à ta première maîtresse que je pouvais te prendre, elle m’a dit “tu es sûre? il n’est pas tout jeune!” J’ai répondu oui sans hésiter.

La première fois qu’on s’est vus tu devais avoir six mois. C’était en été. On avait traversé la France et une partie de l’Angleterre avec mon frère pour ramener Cali à sa famille. Ta famille. Ma famille aussi, un peu, mine de rien. Les premières photos que j’ai de toi sont en noir et blanc, et c’est difficile de dire si c’est vraiment toi ou bien ton frère. Vous vous ressembliez beaucoup. Il était un poil plus foncé que toi. Vous étiez l’un comme l’autre des “chats de genoux”, câlins, confiants, et très attachés l’un à l’autre.

Au fil de mes visites en Angleterre, vous dormiez généralement les deux sur ma tête – je sais qu’Aleika m’a trouvée plus d’une fois au matin enterrée sous un tas de chats. Je me souviens d’un jour, une visite administrative d’un homme inconnu: moins de 10 minutes après son arrivée, il avait sur ses genoux deux chats occupés à faire leur toilette mutuelle.

Tu n’avais pas vraiment de nom à l’époque, si ce n’est celui écrit sur ton pedigree: Oaxaca Little Quintus.

Ton frère est mort à un moment donné, et toi tu as continué ta vie de chat anglais bien dans ses coussinets: rentrer et sortir par la chatière 20 fois par jour, squatter le canapé des voisins, voler des oeufs de pigeon dans leurs nids, souffler sur le jeune chien quand il se montrait trop entreprenant, sortir par la fenêtre du premier en passant par l’avant-toit et le muret – un bond de deux mètres qui semble surréaliste depuis bien des années. Et surtout, des heures sur les genoux de ta maîtresse, un ronron continu, et tes petits ronflements lorsque tu dormais sous son lit durant la sieste. Un super, super chat.

Alors j’ai dit oui sans hésiter. Parce que c’était elle, évidemment, mais aussi parce que c’était toi. Safran venait de mourir, je m’étais projetée dans un avenir à deux chats qui venait d’être emporté par la PIF, j’avais de la place pour un chat et je te connaissais déjà. Toutes ces nuits à dormir sur ma tête à Birmingham t’avaient assuré une retraite paisible en Suisse.

 

Juillet 2012, tu es donc rentré avec moi à Lausanne. Tu as fait le tour de l’appartement en grondant, Tounsi sur tes talons. Puis tu t’es installé sur le lit pour une sieste bien méritée.

Il te manquait un peu de respect, au début, le jeune Tounsi. Mais tu ne t’es jamais laissé marcher dessus. Au fil des années vous êtes devenus bons potes, les inséparables de la sieste, les séances de toilettage qui finissaient en échanges de tartes: tu aimais grignoter et mordiller entre deux coups de langue, et Tounsi ne prenait pas toujours ça bien. De son côté, il avait régulièrement des pulsions pas forcément bienvenues

En 2013, vous aviez tout deux – mais surtout toi – joué les super-nounous pour Max, Lilly et Sushi. Les 10 premiers jours avec les orphelins, tu avais franchement fait la tête aux p’tits rats. Puis un jour, l’un d’eux s’étant installé près de toi, tu t’es mis à lui faire sa toilette. Après, ça n’a pas arrêté. Je te les donnais l’un après l’autre pour que tu les toilettes de haut en bas.

Tu avais eu accès à l’extérieur toute ta vie, et ici aussi tu l’as eu. Je me souviens t’avoir cherché longtemps, angoissée, lors d’une de tes premières sorties. J’avais fini par te trouver, faisant la sieste roulé en boule tranquillement dans les herbes hautes du jardin, ignorant superbement mes appels désespérés, alors que j’avais dû passer dix fois à côté de toi.

Déjà à cet époque l’arthrose avait bien mis à mal tes pauvres coudes. Je me souviens de la radio. Même moi, je voyais que ce n’étaient plus des coudes. Assez  vite j’ai commencé à te poser au sol après t’avoir pris dans mes bras, à te porter en bas des escaliers. Dehors, tu courais encore, mais au fil des années ce qui restait de galop a disparu pour laisser place uniquement au trottinement. Pour monter les escaliers tu faisais des petits bonds. Tu faisais ce que tu pouvais!

Tu chassais encore, ramenant au chalet un souris à 5h du matin, à la grande surprise de mon invitée du séjour. Tu te perchais sur la table ou ma palette fleurie pour observer le jardin depuis le balcon. C’était toujours le soir que tu aimais le mieux sortir. Je me souviens: Tounsi rentrait vers 21h, et c’est là que tu avais envie d’aller dehors. Comme je n’ai jamais aimé laisser mes chats sortir pendant que je dormais. Alors je me couchais tard. Tu n’allais jamais bien loin, mais tu n’étais jamais pressé de rentrer.

Il y a eu ensuite une longue période où nous nous promenions dans le jardin, Tounsi, toi, et moi. On faisait le tour de l’immeuble. On allait même autour de l’immeuble de derrière, jusqu’à se faire engueuler par le concierge. Tounsi avait toujours été un peu chat-chien, et toi tu t’étais mis à nous suivre. Je n’ai compris que bien plus tard que tu commençais certainement déjà à perdre la vue, et que c’était rassurant pour toi de te balader avec nous.

Puis les tours d’immeuble ont cessé. Etait-ce avant ou après la disparition subite de Tounsi? Quand ta cécité est devenue évidente, j’ai cessé de te laisser sortir seul. Tu ne t’éloignais pas du devant de l’immeuble, de toute façon. Alors je te prenais dans mes bras, et on sortait au jardin. Au fil des années les sorties se sont rétrécies, raccourcies. La présence d’un chat agressif dans le voisinage n’aidait pas.

2016 a été la première grande alerte pour ta santé. Une vilaine pancréatite, pronostic réservé. Tu t’en es tiré. Avant ça, tu avais été globalement très en forme. Tu avais failli perdre un oeil en 2014 (une infection), et en 2015 manqué t’étouffer avec une croquette. En fait, tu t’étais étouffé, tu avais juste manqué y rester. Quand Tounsi est mort, le jour de l’an 2017, je ne pensais pas que tu verrais la fin de l’année. Tu étais déjà bien vieux, 16 ans, et je me préparais à ce que vienne ton heure. Mais non.

Tu as passé l’été, même si tu péclotais. La mort de Tounsi t’a tout de même affecté, dans le sens où il était pour beaucoup de choses ta canne blanche. Pour aller manger, pour aller dehors, tu dormais avec, il te stimulait. Je t’ai regardé devenir un vieux chat dont la vie se rétrécissait à vue d’oeil. Et en automne, re-pancréatite, puis diabète. Cette histoire, vous la connaissez. Mais j’ai pensé que c’était la fin pour toi.

La rémission de ton diabète, un an jour pour jour après la mort de Tounsi, a été le début d’une vie avec toi où je me disais que chaque mois était du bonus. Je ne pensais pas que tu verrais ton 17e anniversaire. Ni l’hiver suivant. Ni ton 18e. Ni ton 19e. Et nous voilà. Ces dernières années ont été du sursis, je le savais bien. On a géré toutes tes maladies aussi bien que possible. Il y a un an environ, au détour d’un traitement antibiotique “un peu pour voir”, parce qu’à ton âge, on a tendance à essayer et voir si ça marche, tu as même repris du poil de la bête.

En janvier l’insuffisance rénale a failli avoir raison de toi. Une semaine d’hospitalisation sous perfusion. Le mercredi, tout espoir semblait perdu. Je suis allée te récupérer jeudi le coeur lourd, pensant que les analyses confirmeraient ce qu’on avait vu la veille, à savoir que rien n’aidait. Coup de théâtre, tu allais mieux, on t’a gardé un jour de plus, et tu es rentré en meilleure forme que tu ne l’avais été depuis des mois.

Ce qui me préoccupait le plus c’était ton arthrose. Tout le reste on pouvait “gérer”. Combien avais-tu mal? Est-ce que ta vie comprenait plus de bonnes choses que de souffrance? Ça fait des années en fait que je me pose cette question. Ta qualité de vie en vaut-elle encore la peine? As-tu encore du plaisir à vivre? Et comment évaluer la souffrance, avec un animal maître dans l’art de la cacher?

Cette dernière année, et surtout tes derniers mois, depuis janvier, c’est aussi ta perte de poids qui me préoccupe. A ton âge on ne récupère pas ce qu’on perd. Tu es faible, ça fait longtemps que tu ne te déplace que parce que c’est nécessaire. Avant l’arrivée d’Oscar tu faisais encore des allers-retours entre le canapé du balcon, celui  du salon, et le lit. Mais là, ça fait des mois que tu as pris racine dans le lit. Tout récemment, tu as recommencé à prendre plaisir au canapé du balcon. Tu y es même revenu quelques fois par toi-même.

Mais ce dernier mois, cette dernière semaine surtout, nous n’en sommes plus là. Ça me brise le coeur, mon vieux chat adoré. Au moins tu sembles paisible, juste là. Mais quand je pense à la richesse de tes 19 années de vie, et que je vois tes journées aujourd’hui, je sais qu’il va être très bientôt temps.

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Mon vieux chat va mourir [fr]

[en] The end of the road is near for my old Quintus.

Quintus va mourir. Pas aujourd’hui. Mais bientôt.

Ça fait un moment que je veux écrire cet article, et que je repousse, parce que je n’ai pas du tout envie de vivre les émotions qui vont accompagner son écriture.

Je sais depuis longtemps que Quintus va mourir un jour. Chaque chat qu’on aime va mourir, très probablement avant nous. Et Quintus n’est pas jeune. Depuis 2016 je m’attends à ce qu’il puisse mourir. Je ne compte plus le nombre de fois où j’ai cru que son heure était venue. Jamais je n’avais imaginé que Tounsi pourrait mourir avant lui.

J’ai eu peur que sa première pancréatite ait raison de lui. Puis la deuxième, et le diabète. En janvier, ses reins ont failli tirer leur révérence. Puis, deux incidents avec des médicaments mal supportés. Ce dernier mois, des troubles neurologiques qui s’enchaînent, et un état général qui décline, lentement mais sûrement. Il a quand même 19 ans. Vient un moment où on a le droit de vieillir.

Mais vient aussi un moment où l’on ne peut plus lutter contre les dégâts amenés par la vieillesse. Ce week-end, il était vraiment mal. On l’a réhydraté, et de même ce matin. Et on a fait un peu le point avec mon véto.

Ça s’approche. A grands pas peut-être. Comment savoir “quand” lorsque le déclin est graduel? Lorsqu’on a un chat qui mange, utilise sa caisse, ronronne encore, s’étire langoureusement sur son coussin chauffant, et vient même de lui-même sur le balcon (il y a moins d’une semaine)? Quand malgré une fonte musculaire marquée, son poil est encore joli, ses analyses sanguines d’il y a un mois frisent la perfection, et que l’essentiel de son quotidien est fait de siestes paisibles?

Je n’ai aucune envie de faire face à ce qui vient. Je le ferai, mais qu’est-ce que je ne me réjouis pas de combien ça va faire mal. Cela ne fait que 8 ans que Quintus partage ma vie, malgré son grand âge. Je l’ai connu chaton, toutefois, vu que c’était le chat d’une amie, que j’ai récupéré lorsqu’elle a dû repartir en Inde. En Inde, il serait mort depuis longtemps, on le sait bien toutes les deux. Huit ans, mais deux ans et demi de soins rapprochés et d’inquiétude constante de le voir dégringoler. Depuis son diabète.

Alors je comprends qu’un jour il est temps. Ma tête le sait bien. Émotionnellement, par contre, je me trouve loin d’être prête. Bien moins prête que je ne le voudrais. Il a survécu envers et contre tout, et été mon fidèle compagnon d’oreiller durant ces dernières années, loin d’être faciles pour moi.

J’essaie de me projeter. Dans quelques jours, quelques semaines au maximum, il ne sera plus là. Je n’aurai plus à m’occuper de lui, à prendre soin de lui, je ne sentirai plus sa douce et chaude fourrure sous ma main ou contre mon visage. Il ne toilettera plus ma joue de sa langue râpeuse. Il ne ronronnera plus du tout, pour de bon. Je ne le verrai plus s’étirer si confortablement sur son coussin chauffant au coin du lit.

Mais il sera libéré de ses vieux os douloureux. Que reste-t-il aujourd’hui dans sa vie? Parfois j’ai peur d’avoir déjà attendu trop longtemps. Cela fait des années que je me pose la question de sa qualité de vie. Chaque fois, je fais le même constat: oui, il est vieux, mais il a plus de bons jours que de mauvais jours, et encore suffisamment de plaisirs dans la vie pour que ça en vaille la peine.

Mais là, les plaisirs se rétrécissent, et les difficultés augmentent.

Je bénis le ciel, auquel je ne crois pas, qu’il soit un patient facile. Quintus a toujours eu une très grande tolérance. Une confiance absolue en l’humain. On peut “tout lui faire”, enfin pas complètement tout, mais j’ai eu cette chance que les soins n’ont jamais été une grande contrainte pour lui. Même le vétérinaire, jusqu’à relativement récemment, ne lui faisait ni chaud ni froid. La cage de transport, la voiture, idem… Le patient idéal. Même dans son vieillissement, il est resté propre, ne miaule presque pas, très digne.

Je sais que les chats souffrent en silence. Je l’observe, à l’affût du moindre indice. Je sais que son arthrose le fait souffrir, mais combien? Comment mesurer? Je repère à sa position que quelque chose ne va pas. Il montre peu, mais je vois beaucoup. Ça me travaille quand même. Je ne suis pas infaillible, et mon attachement fausse peut-être mon jugement. Est-ce une vie dont il faut le libérer, ou une vie dont il ne faut pas encore le priver?

Voilà les questions auxquelles il va falloir que je réponde ces prochains jours, ou ces prochaines semaines. Il a passé une bonne journée aujourd’hui, bien hydraté par sa perfusion du matin. Mais on ne remettra pas ça. Et même s’il tient bon “cette fois”, je sais que la prochaine n’est pas loin. Quand le cerveau commence à ne plus aller, il n’y a plus grand chose à faire.

Un dernier mot avant de rendre mon clavier: je ne cherche pas ici de conseils sur que faire ou ne pas faire. Pensez-les tant que vous voulez, mais abstenez-vous de les partager.

Le sort de Quintus est entre mes mains, c’est ma responsabilité et mon triste privilège. Une décision qui me revient, avec le soutien de mon vétérinaire, qui suit Quintus depuis qu’il est arrivé chez moi, et que je connais depuis 20 ans, et de quelques amies proches qui connaissent bien la situation et ont ma confiance.

Je n’aime pas devoir mettre par écrit ce genre de précision, mais dernièrement je n’ai que trop vu à quel point la distinction entre “j’ai quelque chose sur le coeur, et besoin d’être entendue” et “dites-moi quoi faire, ai-je raison ou tort” est peu claire pour certains. Et à quel point d’autres savent mieux que les personnes les plus concernées ce qu’il faudrait ou aurait fallu faire. Donc je préviens, car je ne réagirai pas bien. (Pandémie, quand tu nous tiens.)

Par contre, si Quintus a touché votre vie d’une façon ou d’une autre, que vous l’ayez ou non rencontré, n’hésitez pas à me parler de lui. Ou si vous aussi vous savez la grande peine d’aimer un vieux chat, je vous lirai avec plaisir, et probablement quelques larmes.

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