Je vais vous raconter Tounsi… [fr]

[en] The beginnings of my story with Tounsi.

Je veux vous raconter Tounsi. Ça fait des jours que je veux le faire, mais que je recule, parce que je sais que ça va être dur. Deux semaines, et j’ai encore tellement mal. Je me sens bien plus perdue que ce à quoi je m’attendais.

Tounsi 1

Alors je vais vous raconter Tounsi, sans trop savoir par où commencer, parce que je l’aimais, et parce qu’il était spécial — pas juste pour moi.

Tounsi, chat de refuge. Voici la première photo que j’ai vue de lui. A tout dire, j’avais surtout craqué sur Safran, mais je voulais deux chats qui s’entendaient bien, et ceux-ci étaient cul et chemise. Tounsi était au refuge depuis un an. Trouvé du côté de Meyrin, m’avait-on dit. Puce d’identification tunisienne, mais sans adresse valable.

Un passé un peu mystérieux, donc. Est-il né chat des rues en Tunisie? Voyageait-il avec ses premiers maîtres? Avait-il été ramené par des voyageurs? En tous cas, il ne m’a pas fallu très long pour imaginer comment il avait pu “se perdre”. Dès ses premières sorties, d’ailleurs, j’ai compris que ce n’était pas un chat comme les autres: la première fois qu’il a mis le nez dehors, il a foncé tout droit à travers le jardin, queue en l’air, pour explorer son nouveau territoire. Et quelques minutes plus tard, grands miaulements d’appel “tu es où? tu es où?” pour me retrouver. Droit devant lui, toujours. “Oh, un bruit étrange! allons voir! oh, c’est la tondeuse à gazon!”

Tounsi in December 3

Il buvait dans les WC, comme Bagha. Ouvrait le frigo, comme lui aussi. Dormait vautré sur le canapé, idem. Mais alors que Bagha était un vieux chat à sa mort, Tounsi était un jeune plein d’énergie: faire déguiller les plantes, attaquer mes pieds à 7h30 pétantes, course-poursuites avec Safran… Et manger, manger, manger. J’ai aussi vite compris pourquoi il était un peu ventru, le Touns’. C’était une obsession.

Et alors que Bagha était bien éduqué, et que malgré son âme de voleur il pouvait me regarder manger un steak sur la même table sans y toucher, Tounsi, lui… ben disons qu’il n’avait pas beaucoup d’inhibitions. Je me souviens de mes premières tentatives pour le faire descendre de la table. D’abord en disant “non!” ou “descends!” sur le ton que j’utilisais avec Bagha. Zéro réaction. Mais alors, zéro. Frapper des mains, non plus. Il me regardait: “qu’est-ce que tu veux?”

Looking forward to the great outdoors

J’avais passé aux grands moyens, le pousser pour le faire descendre. Bagha, je le guidais d’une caresse, d’un effleurement. Tounsi, le bougre, il résistait! “Mais pourquoi tu me pousses, tu vois pas que je veux être sur la table? C’est bien ici!”

J’ai fini par trouver ce côté de Tounsi extrêmement attachant. Le côté un peu innocent, qui sans malice aucune veut faire ce qu’il veut faire. Curieux, intéressé. Et pas timide du tout. “Oh, les courses, montre-moi ce que tu as acheté!” ou bien “Mais moi aussi je veux un morceau de jambon!”

L'eau, ça coule et ça mouille!

Avec Tounsi et Safran, c’était la première fois que j’adoptais des chats au passé inconnu. Ils avaient des habitudes que je ne connaissais pas, ou savaient faire des choses que je n’imaginais pas.

Tounsi, par exemple, savait faire sa crotte dans la cuvette des WC. J’ai fini, par élimination et recoupements, par avoir la certitude que c’était lui. Pas souvent, hein, peut-être une demi-douzaine de fois en cinq ans. Je vous dis pas ma tête la première fois que je me suis retrouvée face à cette grosse crotte au fond de la cuvette des WC. Un vrai moment “quatrième dimension”! (Et après, en le voyant faire de l’équilibrisme sur le rebord de sa caisse, on comprend mieux.)

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Curieuse de son passé que j’imaginais voyageur, entre sa puce tunisienne, sa tendance à suivre les gens (surtout moi) dehors, et sa visible aisance avec les environnements nouveaux, j’avais fait l’expérience un jour de mettre un harnais à Tounsi. Il n’a pas bronché et a continué à vaquer à ses occupations comme de rien. Si vous avez déjà essayé de mettre un harnais à un chat, vous comprenez que c’est assez parlant! A plus forte raison pour un chat qui faisait l’anguille dès qu’on essayait de le contraindre un peu pour l’examiner…

Plus je m’attachais à Tounsi, et plus cette année passée au refuge me brisait le coeur. Un an, avant que quelqu’un ne l’adopte! C’est vrai que de premier abord, Tounsi ne semblait pas trop intéressé par les gens. Il m’avait d’ailleurs royalement ignorée lors de notre première rencontre, préférant courir vers Safran pour une petite partie de judo. Comme quoi, il ne faut pas se fier aux premières apparences. Il avait un peu de poids en trop, et, j’ai assez vite remarqué, une bouche qu’il ne fermait jamais.

Après la mort de Safran, on lui avait fait une narcose pour un contrôle sanguin. J’en avais profité pour demander à la vétérinaire de regarder cette histoire de bouche qui ne fermait pas: ses incisives se chevauchaient et bloquaient la fermeture complète de la mâchoire! On avait donc ôté celles du bas, et après ça, c’était devenu possible pour lui de fermer la bouche. Les habitudes ont la vie dure, toutefois, et il l’avait quand même souvent partiellement ouverte.

Quintus Arriving in Switzerland 14

Je ne pense pas qu’il ait été malheureux au refuge — il était libre de ses déplacements, d’après ce que j’ai compris. Un “chat d’extérieur”. Je n’ai jamais vraiment demandé pourquoi, mais connaissant le gaillard, je pense que ça ne devait pas être facile de le garder dedans, et comme il revenait… Mais ça me fait quand même mal au coeur qu’un gentil chat comme ça ait dû attendre aussi longtemps avant d’être adopté. Et il y en a tant d’autres dans nos refuges.

Troupeau de chats 3

Voilà donc le début de notre histoire, à Tounsi et moi. La suite suivra… quand elle viendra!

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A la fois plus et moins qu’une semaine [fr]

[en] A week. More if you look at when I dropped Tounsi off at the Tierspital and understood how bad things were. A few hours less, if you look at his last breath in my arms. The unending flow of tears has given way to a heavy stone in my chest which slows me down, and breaks my heart in two when I look at my darling Quintus. I will write about how special Tounsi was to me, as I did for Bagha. But another day, when I have more words left.

Mon Tounsi… Une semaine. Un clin d’oeil, une éternité. Je suis perdue dans le temps sans toi. Tes entrées et sorties, tes allées et venues, tes expéditions gastronomiques: tout ça rythmait nos journées, à Quintus et moi.

Absence

Mon Tou-touns’ que je n’appellerai plus jamais, pour le voir arriver en trottinant, les coudes un peu à l’extérieur, la bouche rose en sourire. Tounsi qui m’appelait, parfois, dehors, quand je ne l’avais pas vu et que lui se sentait un petit peu perdu. Attends-moi! J’arrive! Je répondais, il arrivait en bondissant à travers les buissons.

Aujourd’hui était un jour de peu de larmes. Un jour presque normal, si je fais abstraction du gros caillou au fond de mon coeur, qui me ralentit parfois tant que je m’arrête, qui m’empêche de voir ne serait-ce que jusqu’à demain, qui me prive d’une partie de ma tête. C’est le caillou de la révolte, celui que je pourrais lancer pour briser les fenêtres de l’injustice, l’injustice de cette mort “trop tôt”, de la maladie qui ne laisse pas de chance, de ce diagnostic à côté duquel on a passé mais qui n’aurait probablement finalement rien changé, ou si, ou pas, mais qu’importe, car Tounsi est mort et rien ne le ramènera.

Sad Steph and Quintus

C’est le caillou de la peine qu’il me peine d’admettre, quand je regarde mon vieux Quintus, qui est encore là, lui, alors que Tounsi ne l’est plus. Le contraire n’aurait sans doute pas été moins douloureux (j’ai encore au ventre mon désespoir quand j’ai cru perdre Quintus), mais aurait au moins donné la consolation d’être dans l’ordre des choses. Voir partir Tounsi avant Quintus, c’est très dur à accepter.

Avec ces jours de moins de larmes à travers lesquels je traine mon coeur et mon caillou, Tounsi me manque. Le choc s’atténue, la séparation se fait plus sentir. La douceur extraordinaire de sa fourrure. Sa bouche un peu ouverte alors qu’il dormait. Ses petits bruits, gémissements ou proto-ronronnements, quand on le caressait. Le petit spasme de sa patte quand la main passait sur son épaule. Son regard rond de billes aux aguets, son adorable truffe rose, qui pouvait passer de pastel à fraise tagada suivant son état. Sa queue longue et élégante, souvent dressée au ciel durant ses déplacements, sagement rangée entre ses pattes arrières durant la sieste, ou enroulée en colimaçon tout serré sur une cuisse. Queue expressive, dont le bout s’agitait facilement, à la différence de celle de Bagha ou de Quintus, se contentant de battre les grands tempos.

Tounsi attitude

Tounsi était un chat spécial, particulier, même, a dit une fois sa vétérinaire. Pas tout à fait aussi par-ti-cu-lier que Zad, mais pas mal dans son genre quand même. Ma peine me dit que jamais je ne croiserai de chat aussi extraordinaire. Ce sentiment, je le connais. Il m’a habitée très fortement après la mort de Bagha. Et pourtant Tounsi a croisé mon chemin. Est-ce que je collectionne les chats extra-ordinaires, ou est-ce donc une caractéristique qui vient habiller tout chat récemment décédé? Avec l’absence, c’est l’irremplaçable, l’individualité, ce qui rend ce chat différent, qui ressort. Différent en tant que chat, différent dans sa relation avec moi.

Alors je vais vous raconter Tounsi. Et vous raconter notre histoire, parce que c’est un peu dur de faire l’un sans l’autre. Mais ce sera pour un autre jour, parce qu’aujourd’hui je crois que j’ai utilisé tous mes mots.

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Les jours passent sans Tounsi [fr]

[en] Days without Tounsi are going by. Less tears by the day. I learned a lot about grief when Bagha died, and I am reaping the benefits today. I think we should be able to wish each other "good grieving", when the time comes. Because knowing how to grieve is such an important skill.

Tounsi en hautUn jour il y aura un jour sans larmes. C’est bête, mais je le redoute. Chaque matin passe un peu plus de temps avant que je pleure mon chat. Je suis en train de me faire à son absence. Et alors que je sais bien que c’est nécessaire, me faire à son absence signifie l’accepter – et je ne suis pas encore prête. Alors je pleure encore.

Je vais bien, compte tenu des circonstances. Vous êtes nombreux, nombreux, à m’avoir fait part de votre sympathie, sur Facebook et ailleurs. Je l’apprécie infiniment. C’est con, hein, mais je vais m’en rappeler: en temps de deuil, ce ne sont pas vraiment les mots qui comptent, mais le fait qu’il y ait des mots. Même les formules convenues font du bien.

Mon appartement est plein de rappels de Tounsi. Je n’ai pas touché à grand chose. J’ai ôté l’élastique qui l’empêchait d’ouvrir le frigo. Petit à petit, je rangerai. Le carton au milieu du salon disparaîtra. Les perchoirs d’observation se rempliront de plantes. Les taches laissées par sa truffe sur la fenêtre seront nettoyées. Les derniers marquages aussi. Je trouverai quoi faire de ses croquettes, des médicaments qui restent, des jouets. Quintus et moi retrouverons un nouvel équilibre, pour le temps qu’il nous reste ensemble.

Avec la mort de Tounsi, je me prépare aussi à me retrouver “sans chat” quand ce sera au tour de Quintus. Le plus tard possible, j’espère. Mais il a quand même 16 ans.

Tounsi et Quintus

Quintus ne semble pas souffrir outre mesure de la disparition de Tounsi, si ce n’est que son absence change le déroulement de son quotidien. Je crois que la présence de Tounsi le stimulait à bouger – je dois donc prendre plus sur moi.

Je repense à Bagha, ces jours. Et je me retrouve parfois à vouloir dire Bagha pour Tounsi. Bagha était jusqu’ici mon chat mort. Maintenant j’en ai deux. Comme je l’avais fait pour Bagha, je veux raconter Tounsi. Mettre par écrit qui il était, ce qui le rendait si spécial pour moi. A la mort de Bagha j’avais un gros regret: ne pas avoir plus de vidéos de lui. C’était en 2010. Avec Tounsi, c’est presque le contraire. J’ai des milliers de photos et certainement des heures de vidéo. Le temps du deuil, pour moi, c’est aussi le temps de prendre le temps d’en faire quelque chose. On verra quelle forme ça prend.

J’avais prévu de monter au chalet lundi. Je vais retarder de quelques jours, histoire d’avoir retrouvé un peu de stabilité ici avant de partir. Ça va être dur à nouveau quand je serai là-haut sans Tounsi.

tounsi au chalet

Bien entendu, ces jours, je réfléchis beaucoup au deuil. Le grand cadeau de la mort de Bagha avait été de pouvoir vivre pleinement son deuil – si vous connaissez mon histoire personnelle vous saisirez l’importance que ça a pu avoir. Maintenant, le deuil me fait moins peur, et c’est peut-être aussi pour ça que j’ai l’impression que ça va “vite” pour Tounsi. C’est un peu déstabilisant.

Je regrette qu’on ne souhaite pas “bon deuil” aux gens. On devrait. Il faut arrêter de voir le deuil comme quelque chose à éviter, dont il faut sortir le plus vite possible, voire fuir en se perdant dans autre chose. Alors certes, c’est nécessaire parfois par moments pour continuer de fonctionner, mais mon expérience est que plus on accepte de s’y plonger, et de sentir les émotions que le deuil nous amène, plus on est justement capable de fonctionner en dehors de ces “montées de peine”, et plus celles-ci sont gérables.

On peut choisir ces moments pour se laisser sentir. J’ai dû le faire ce week-end, totalisant passé 8 heures de route en moins de 48 heures. On ne peut pas conduire quand on est pris par le chagrin. Mais on peut s’arrêter, le temps qu’il faut, s’abandonner au chagrin, et ensuite vient un moment de répit où l’on peut fonctionner. Si on accepte de pleurer, vient un moment où ça se calme.

A l’époque de la mort de Bagha, mon psy m’avait dit qu’une bonne crise de larmes, où l’on pleure sans retenue à grands sanglots, ça dure (physiologiquement) max 20 minutes. En cherchant une source pour ce chiffre, je suis tombée sur cette page “comment pleurer pour vous soulager” qui semble plutôt bien faite (ça me fait un peu mal de mettre en avant une page de WikiHow mais elle me paraît utile). J’avais trouvé rassurant de savoir que ça s’arrête, parce que quand on est au fond de notre peine, on a le sentiment que ça ne va jamais s’arrêter.

sleepy tounsi

Le deuil fait partie de la vie. C’est quelque chose qu’on traverse tous à un moment ou un autre. Lorsque j’ai lu “Apprendre à vivre”, de Luc Ferry, un livre qui m’a beaucoup aidée par rapport à ma quête de sens dans la vie à la lumière de l’inévitabilité de la mort, l’essentiel que j’en avais retiré était qu’apprivoiser le deuil, pouvoir accepter les “jamais plus” de la vie, petits ou grands, était le travail d’une vie. Le sens, c’est ça.

On devrait se souhaiter bon deuil. Car le deuil peut être bon, ou moins bon. Et on le souhaite bon pour ceux qu’on aime.

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Tounsi était mon truffinet d’amour [fr]

[en] I had to put my beloved Tounsi to sleep last night. FATE, saddle thrombosis. I am heartbroken. There are some details on his Facebook page. I can't believe he's gone. I've cried myself out of tears again and again.

Pretty Tounsi

J’ai eu du mal à l’aimer, au début. Je ne semblais pas vraiment l’intéresser. Il ressemblait un peu trop à Bagha, de loin, sur le canapé. J’avais surtout craqué pour son pote de refuge, Safran. J’avais même entrevu l’ombre de la possibilité de prendre à sa place un joli noir et blanc qui avait juste refait surface au refuge, mais il était déjà dans son panier et je ne pouvais me résoudre à penser à le laisser.

Tounsi était un chat spécial. Oui, tous les chats le sont, mais certains plus que d’autres. Beaucoup de personnalité. Une presence presque humaine. Beaucoup de volonté. Des challenges tant médicaux que comportementaux, qui m’ont menée à beaucoup m’investir pour lui, ce qui n’a fait qu’augmenter mon attachement au fil des années. Il était vraiment mon amour de chat.

Nous avons été ensemble cinq petites années. Mais il y a eu tellement de vie durant ces années que ça me semble être au moins le double. J’ai le coeur en mille miettes. Perdre Bagha a été terrible, et c’était brutal, mais il avait 14 ans, et je savais que chaque mois de plus ensemble était un mois de bonus. Tounsi n’avait que 7-8 ans. Je pensais avoir encore de longues années en sa compagnie. Récemment, j’étais plutôt à penser à la disparition possible de Quintus, qui même s’il est en bonne santé mis à part sa cécité, son arthrose, et son début d’insuffisance rénale, accuse quand même bientôt 16 ans.

Là, en trois jours, c’est fini. Vendredi matin, Tounsi a fait une thromboembolie aortique. Un caillot de sang s’est logé là où l’aorte se sépare en trois pour aller dans les pattes arrières et la queue, et a coupé la circulation. Pattes paralysées, grande douleur – mais en bon chat Tounsi n’a rien montré, et moi je n’ai rien vu, parce qu’il avait fait une crise semblable au début du mois avec paralysie partielle d’une patte, qui avait passé toute seule, et qu’on avait ajouté au tableau “épilepsie idiopathique”, le diagnostic sur lequel on s’était arrêtés pour expliquer les étranges mouvements de patte du Touns’. Ce n’est que le soir que j’ai noté que sa respiration n’allait pas et qu’il montrait peut-être des signes de douleur.

Vétérinaire de garde, Tierspital, diagnostic. Les détails sont sur sa page Facebook. Samedi, dimanche, désespérément stable, si ce n’est que l’oedème pulmonaire avait été résorbé et qu’il respirait sans oxygène. Pattes toujours sans circulation, paralysées, muscles durs, coussinets bleus. Hier soir, appel du Tierspital. Ses reins ont lâché, probablement un nouveau thrombus. J’ai le temps de faire l’heure de route jusqu’à Berne, la quatrième fois en moins de 48 heures, pour lui faire mes adieux et le laisser mourir dans mes bras, parce qu’il n’y avait plus d’espoir, parce qu’il souffrait, parce que c’était le moment.

Je pensais encore avoir quelques jours, on se donnait jusqu’à la fin de la semaine pour voir si la circulation revenait dans ses pattes – mais même si ce miracle s’était produit, la source des thrombus (maladie cardiaque avancée, tumeur) ne nous donnait de toute façon pas grand espoir pour la suite.

J’ai beaucoup pleuré depuis la nuit de vendredi à samedi. Plus d’une fois je me suis vidée de mes larmes. Sur la bande d’arrêt d’urgence de l’autoroute qui quitte Berne, personne ne vous entend crier votre peine. Je crois que je savais dès le début comment ça se terminerait. Mais je ne pensais pas que ce serait aussi brutal. La dégringolade. Les derniers morceaux de mon coeur abandonnés sur les aires de repos entre Lausanne et Berne. Et une absence de chat proportionnelle à la place que prenait Tounsi dans ma vie.

Je suis sous le choc, bien évidemment. Ça va, parce que j’ai passé par là avec Bagha, et je sais qu’un jour il y aura un jour sans larmes, je sais que la peine s’estompe, je sais que la vie reprend son cours et qu’on se fait à l’absence. Ça fait mal, aussi, de s’y faire. Mais on s’y fait.

Mais là je navigue entre désespoir et moments où je me sens sereine, shootée au déni, merveilleux mécanisme de défense qui prête au monde une couche d’irréalité, qui nous permet de fonctionner, mais qui peut se retourner contre nous si on s’y accroche trop. Alors je pleure, je me vide de mes larmes encore une fois, j’accepte un bout de plus cette nouvelle réalité qu’est la mienne, et je repars pour un moment. Les larmes se rempliront, bien sûr. Et je recommencerai.

Je regarde mon appartement et tout ce qui y est “pour Tounsi”. Le grand arbre à chat avec le panier dans lequel il aimait dormir. “L’échelle à chat” faite de deux meubles IKEA bricolés. Le carton de jouets, que j’ai rangé enfin l’autre jour, plein de nouvelles cannes à pêche achetées exprès pour lui, et dont Quintus ne peut profiter, car il est aveugle.

Tous les aménagements faits pour nourrir deux chats avec des appétits et des régimes différents. Les coussins et espaces où il se tenait. Ça m’a donné l’idée d’un projet photographique sur l’absence.

Il y a des moments, inévitables, où je pense au prochain chat. Comme la dernière fois, je vais attendre. Attendre d’être bien dans ma nouvelle vie sans mon Tounsinet. Mais ces idées me traversent l’esprit. Et ce nouveau chat qui s’invite timidement dans mon imagination, je vois tellement bien que c’est un remplacement de Tounsi. Je veux le même. Je ne veux pas accepter d’être sans lui. Ces idées ne sont qu’une des formes que prend le déni, le refus d’accepter.

Je suis préoccupée par des questions pratiques: quelle routine Quintus et moi allons-nous établir, sans Tounsi? Comment vais-je le nourrir, maintenant que la gamelle à puce n’est plus nécessaire, que je peux contrôler entièrement ce qu’il mange? Etait-ce important pour lui, pour son équilibre, sa santé, qu’il partage sa vie avec un autre chat – ceci d’autant plus qu’il ne sort presque plus?

J’entrevois aussi les soulagements, les pendants à la liberté dont j’avais su profiter durant mon “année sans chat”. Tounsi était un chat beaucoup plus contraignant que Quintus. Fini les problèmes de marquage dans l’appartement. Fini les expéditions nocturnes pour le récupérer du côté du Gras Haret. Je n’arrive pas à m’en réjouir – et ce ne serait pas juste, aujourd’hui. Mais je sais que le jour viendra.

Le deuil n’est pas un processus linéaire, c’est une série d’allers-retours entre des états assez différents. Ça zigue et ça zague, de moins en moins à mesure que passe le temps. Il faut juste s’accrocher dans les contours, faire preuve de courage pour rester en selle, et garder confiance que même lorsque le tunnel paraît sans fin, lorsque le bleu du ciel ne nous fait plus rien, que la vie a perdu tout goût et que le peu de sens qu’on avait grappillé au fil des années semble s’être envolé à jamais, on est en train de faire ce qu’il faut faire. On serre les yeux, on plonge dans sa peine, à la mesure de notre attachement, et on se laisse porter un bout plus loin.

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Too Much News? [en]

[fr] Il y a bien des années j'ai cessé de regarder les nouvelles à la télé, de lire les journaux, etc. Je m'en suis trouvée bien moins angoissée. Insidieusement, je me suis remise à suivre l'actualité du monde, via Facebook surtout. Suis-je retombée dans le piège de l'angoisse de l'actu? Est-ce que ce qui se passe maintenant est beaucoup plus grave que ce qui se passait il y a dix ans? J'ai toujours été très optimiste quant à l'avenir de l'humanité, mais ces derniers mois ont changé ça. Des fois je me demande si je devrais me lancer en politique ou alors tout débrancher et acheter des chèvres.

On the edge
Many years ago I stopped watching TV news or reading the papers, because seeing all these terrible things happening in the world and that I was powerless about only managed to make me anxious. I became much less anxious after that.
 
Now, slowly, stealthily, “the news” has crept back into my life, through social media. And at some point, I started “following” again. Is what’s happening in the world now worse and more important than what was going on 10 years ago? Or have I just fallen into the same trap?
 
I used to feel pretty optimistic about where the world was going, although in my day-to-day life I am much more of a pessimist. I believe in resilience of social structures and societies and humanity. But these last few months have changed that. I now find myself very worried about where the world is headed.
 
Do I worry more because I consume more news? Or do I worry more because it is more worrisome? Or both?
 
There are days where I feel that maybe the solution is go either “all in” or “all out”. Dive into politics, join a party, get involved beyond “Facebook activism”. Or cut news out of my life again.
Originally published as a Facebook post.

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Le temps a de nouveau filé [fr]

[en] Some musings in French. Chalet, sick cats, writing in French vs in English, the US elections, where I'm at, and a silly video in English you can watch.

Pas de nouvel article depuis deux semaines, malgré mes bonnes intentions. Alors je m’y colle, sans avoir de projet spécifique, parce que pour écrire, il faut écrire. Et je m’y colle en français, parce qu’il me semble que j’écris surtout en anglais. Et parce que je me rends compte que je me censure bien plus en français.

Grand Muveran

Mes articles les plus personnels, je les écris en anglais. Je parle bien plus volontiers de mes douleurs et de mes difficultés dans cette langue. Mais pourquoi?

D’une part, mon “public perçu” est différent en français ou en anglais. La plupart de mes clients sont francophones. Même s’ils comprennent bien l’anglais, notre relation de travail est en français. Les médias qui à une certaine époque me sollicitaient régulièrement sont francophones, aussi. En français, je me sens Romande, je me sens plus surveillée, voire jugée, qu’en anglais. Je  me préoccupe plus de ce qu’on peut bien penser de moi en français qu’en anglais.

Il y a peut-être une dimension culturelle sous tout ça. Le français, pour moi, c’est la Suisse Romande, avec tout ce que ça charrie de “balaie devant ta porte”, “occupe-toi de tes oignons”, “ça ne regarde personne”. Se mettre en avant c’est mal. Parler de soi c’est mal. Il faut rester professionnel. Qu’est-ce qu’on a le culte, ici, à mon grand désespoir, du mur entre le “personnel” et le “professionnel”!

Et voyez ce que racontent ces mots: “personnel”, ça vient de personne. Au travail, on n’est pas “personnel”. On est “professionnel”. Un rôle, pas un individu. J’ai réalisé il y a quelque temps que ce mot, que j’utilise pas mal professionnellement, est certainement source de plein de malentendus. Parce que quand je dis, par exemple, “présence en ligne personnelle“, je pense avant tout à l’aspect humain, “de la personne”, avant la question de savoir si le contenu que l’on partage touche à la sphère privée ou à la sphère professionnelle. Et là aussi, un autre mot qui nous embrouille: “privé”, ça peut être par opposition à “professionnel”, mais aussi à “public. Les connotations changent.

Bref, je n’aime pas trop montrer mes failles en français. Peut-être parce que c’est ma langue principale de travail, peut-être parce que c’est la langue du lieu où je vis, peut-être parce que moi-francophone a des peurs que moi-anglophone n’a pas. On sait que langue et culture sont liées; ce qu’on sait parfois moins, c’est que langue et personnalité le sont également: grand nombre de bilingues sont aussi biculturels. C’est peut-être mon cas.

Chalet dans les arbres

Alors, qu’est-ce que je vous raconte, dans cet article que j’écris pour écrire?

Je reviens d’une courte semaine au chalet. Le programme, c’était quelques jours de congé (parce que je cours, cours), peut-être ski au glacier, un peu de bûcheronnage dans le jardin, et puis bosser, et bloguer — avancer dans tout cet empilement d’idées qui se pressent dans ma tête sans atteindre mon clavier.

Eh bien non. Foehn, donc pas de téléphérique (et franchement même pas envie de sortir du chalet avec les branches qui tombent des arbres et les tuiles qui s’envolent).

Mais surtout, urgences vétérinaires, avec Tounsi qui a fait une étrange crise dans la nuit de samedi à dimanche, vomissement, grands mouvements quasi spasmodiques des pattes arrières, sur fond d’autres histoires de pattes. Soucis neurologiques? Intoxication à la couenne de fromage à raclette? Adieu sommeil du week-end, et trois vétos en trois jours (y compris le Tierspital à Berne) pour tenter de tirer cette affaire au clair. Tounsi semble à présent remis, mais que d’inquiétude: il ne mangeait pas, ne buvait pas, ne bougeait pas. Dans le doute, on a arrêté ses calmants quelques jours, et repris aujourd’hui. Bref, je le surveille de près, pas idéal pour se concentrer sur autre chose. (Et il y a encore la cécité de Quintus, qui semble brusquement s’aggraver certains jours sans que je comprenne pourquoi; aujourd’hui son “bon” oeil le dérange, il se gratte, il ne voit rien, il se cogne, s’encouble — aussi parce qu’il n’est pas très stable sur ses pattes arthritiques. J’ai peur qu’il perde le peu de vision qui lui reste. Je le vois vieillir et je me demande comment je saurai que sa qualité de vie s’est trop détériorée pour que ça vaille la peine de continuer.)

Tounsi convalescent

Dans un autre registre, les élections américaines m’ont pas mal secouées. Pas américaine, comme vous le savez, mais j’espérais vraiment la victoire de Hillary Clinton. Et j’y croyais. Depuis, j’ai l’impression de regarder un accident de train au ralenti. Je m’inquiète pour les USA et mes amis qui y vivent, mais aussi pour les répercussions que cette présidence risque d’avoir sur le reste du monde, et aussi pour ce que ça dit de notre tissu social, parce qu’il ne faudrait pas penser que ce sont ces tarés d’américains et que nous, dans notre petite Suisse bien rangée, on n’est pas aussi en plein là-dedans.

Et puis il y a moi. Je m’inquiète un peu pour moi, aussi. Parce que même si j’ai maintenant le sentiment d’avoir retrouvé ma direction professionnelle, même si les affaires reprennent, ce n’est pas “assez”. J’ai des projets, j’ai des pistes, mais j’ai des freins, aussi. Voilà que débarque le censeur, parce que c’est pas bien de montrer ses doutes. A plus forte raison si on est une femme, à qui l’on ne pardonnera aucune de ses fautes, comme le veut la règle.

C’est aussi pour moi une des grandes tristesses de cette élection américaine: voir, de façon tellement flagrante, les poids et mesures différents qu’on applique aux hommes et aux femmes, et voir aussi à quel point tant de monde y est aveugle. Même quand on leur met le nez dessus. Tous les arguments qui contiennent “c’est pas du sexisme”, “c’est pas parce que c’est une femme”, “je fais pas de différence”, “c’est une femme qui le dit alors ça peut pas être misogyne”.

Oh, on a fait du chemin. On a des égalités inscrites dans la loi. Mais culturellement, bon dieu… on est encore loin du compte. Racisme, idem.

Allez, pour finir sur une note un peu plus amusante, après m’être remise de ma stupefaction après le visionnement d’une vidéo de youtubeuse star sur le thème du vidage de sac, j’en ai rapidement fait un petit Facebook Live à ma sauce. J’ai bien ri en le faisant, et j’ai encore plus ri en le regardant. C’est en anglais.

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Is This Why I Stall? [en]

[fr] Peut-être j'ai besoin d'un dé pour être plus active quand j'ai trop de choix.

I am not very good at prioritising. Well, not always good at it. If there is an emergency, if we’re under pressure, if hard decisions need to be made, I can be decent to good at it, depending on the circumstances.

Ciel

I am not good at prioritising my wants and desires, actually. Here is the second edge to my sword of freedom. What do I want to do today? What should I start with? Nobody is tapping their foot waiting for something from me (except my accountant, that is), nobody is forcing me to do anything, I can choose.

And I want to do many things. Too many. It’s already noon, but here is what I’d like to do with my Sunday:

  • go for a walk
  • write blog posts
  • continue sorting/tidying clothes so I can get rid of my chest of drawers and move my third cupboard to its new place
  • cook so I have food ready for the week
  • do some accounting (!)
  • go to the cinema

I can’t do all that. And choosing one means I don’t get to do the others. Cake, having it, eating it. It sounds silly, but it’s an emotionally difficult place for me. So I put off the decision by flipping through Facebook, for example.

And if I’m not careful, it will soon be too late to do any of these things I wanted.

Feuilles 3

So today I did things differently. I figured I probably had time for two of these things. So I numbered them. And I rolled a die. Twice.

I went for a walk by the lake. I took photos there. The weather was splendid, windy and sunny and changing. I didn’t have time for accounting, but I wrote this blog post and roughly sorted my photos (FB) instead.

Octobre 2016 au bord du lac

I’ll do the accounting tomorrow.

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Routine and Freedom [en]

[fr] La liberté, et la routine. Trop de liberté ne rend pas forcément plus heureux. Et si la liberté c'était de pouvoir choisir ses contraintes? Retour sur mon histoire avec la liberté et les habitudes.

Kites @ KepongPhoto credit: Phalinn Ooi

I think about routine a lot. I spent a lot of time when I was at university trying to be free. I was quite free, actually. Habits and routine are something we can get stuck in and that might shield us from seeing things we need to see — but I naturally gravitate to the other end of the spectrum, the introspective one, the one who thinks too much, wonders too much, asks herself too many questions. It was clear to me, already back then, that routine/habits had their use: they allowed us to lighten the load of thinking and deciding when it comes to our lives.

I spent ten years at university. Ten. Being a student. Three years studying chemistry (and finally failing), and seven years in what we call “Lettres”, studying History of Religions, Philosophy, and French. One of those years was spent in India. I then spent a lot of time not writing my dissertation. All in all, I spent many years with very long holidays and a very do-it-yourself schedule. It was a good time of my life. It was difficult to see it end.

Is freedom so important to me because of this slice of life, or did I hang out in that context so long because of how important it is to me?

Over the years, I’ve realised that “too much freedom” in the way I live my days does not make me happy. By that I mean complete lack of routine. Was it the first or second summer I was living alone in my first flat? A friend had used the kite metaphor: when you’re free, you let the string out and the kite can fly far, far up high. And I had let my kites go out a bit too far. University resumed, I drew my kites in.

In 2009, it felt like I had got my shit together. My life felt “under control”, in a good way. I wasn’t scrambling after things. If I remember correctly I was even doing my accounting regularly (that’s saying something). And I remember that during that year, I had a pretty solid morning routine. I actually would set my alarm clock. I would wake up at 7:30, and at 9:00 I would be at eclau to work, having pedalled on my stationary bicycle for a good half-hour.

Then 2010 happened. During my catless year, in 2011, I travelled way too much. I made up for all the previous years of no holidays. 2012 was chaotic. All that to say I never got back to where I was in 2009. Briefly, yes. But not consistently. And I know very well how important it is for me to have routines and good habits, so it’s something that’s often top of my mind. But I find myself coming short.

Things might be changing right now. This morning I wrote my first Morning Pages. (Loïc’s fault for mentioning them.) Last week, I got confirmation that Quintus is pretty much completely blind, and so I’ve been actively thinking about how to stabilise his environment — space and time. Quintus is a very routine-oriented cat. All cats are, to some degree, of course.

Blind Quintus Taking a Stroll

So between Morning Pages, cat-related routine, no money to travel (keeps me at home!) and wanting to get back on track when it comes to physical exercise (judo injury in March and slightly expanding waistline that doesn’t fit into favorite winter trousers anymore), the time seems ripe.

I’ve also been wondering recently if I’m not sleeping too much. One of my precious freedoms is not setting an alarm clock in the morning: I sleep as much as I want/need. But I still feel tired. So I think I’ll go with the 7:30 alarm for a bit and see if it changes anything. I’ll report back.

On another note, I sometimes feel like I spent a huge amount of my time in the kitchen dealing with food. I like cooking, and I like eating. But maybe I should limit the number of times I actually cook during the day. I eat a “normal meal” at breakfast, so I sometimes end up cooking three proper meals a day. I should probably reheat or throw something quickly together for morning and lunch, and just cook in the evening.

The biggest freedom might be the freedom to determine your own constraints.

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Isolation, Shame, and Guilt. And Grief. [en]

[fr] Réflexions sur la honte, la culpabilité, l'isolement et le deuil. La honte nous isole et nous laisse seuls avec nos peines et nos problèmes, nous privant de l'apport extérieur qui est souvent la clé pour avancer.

A few weeks back, I wrote a post about the professional turning-point I’m at. What allowed me to write it (and by doing that, become “unstuck” about it) was that in the course of my phone call with Deb, I realised that the situation I was in was not my fault. This freed me of the guilt and shame I was feeling, which allowed me to break my isolation. On a different scale, this is very similar to what I went through regarding childlessness.

So, a few words on how I see this relationship between guilt, shame, and isolation (and grief, too, actually).

Threatening storm and lonely tree

I’m sure I’ve talked about this before (but where, oh where): in today’s world, we are in charge of our lives. Overall, I think it is a good thing. What happens to us is our doing. We are not hapless puppets in the hands of God or Destiny.

But it is not the whole truth. There are forces in this world that are bigger than us, and to deny it is to give ourselves more power over the world, others, and ourselves than we actually have. Accidents happen, and there isn’t always somebody to blame. This is also where the difference between “things I can change, and things I can’t” comes in. The things we can’t change can be part of who we are, but they can also be bigger than us as individuals: social, political, economic contexts and the like.

Some people think they are more powerless than they are. Others feel responsible for things that are out of their reach. For the former, recognising that they are responsible for things and make choices they were blind to can be empowering. For the latter (I count myself among them), it is the opposite: feeling responsible for things you are powerless against is guilt-inducing.

Unhealthy guilt is something else again.  This occurs when we establish unreasonably high standards for ourselves with the result that we feel guilty at absolutely understandable failure to maintain these standard.  This kind of guilt is rooted in low self-esteem and can also involve a form of distorted self-importance where we assume that anything that happens is our responsibility; it may come down hard on anything perceived as a mistake in our lives and has the added anti-benefit of often applying to other people too, so that we expect too much from family and colleagues as well as ourselves.

Source (emphasis mine)

Failing at something you believe should be in your control to succeed at. This is what it’s about. Failing to find a partner. Failing to conceive a child. Failing to sustain your business.

Guilt and her sister shame step in, and with them, isolation. Shame shuts you up.

So, discovering that the dating field may very well be stacked against you, that being single doesn’t have to be your fault or a sign that you’re broken, that 1 in 4 women of your age group do not have children (not by choice for 90% of them), that other pioneering freelancers in your line of work are facing an increasingly competitive and specialised market requiring them to adjust their positioning and sales strategy, well, it kind of shifts the picture from “gosh, I’m failing everywhere” to “oh, maybe I’m not actually doing anything deeply wrong after all”.

Now, “not my fault” does not imply giving up all agency. We remain responsible of our lives — of what we do with what is given to us. I may not be able to make my ovaries any younger, but I could think about whether I want to adopt (I don’t). I can think about how involved I want to get in finding a partner (move? go through a matchmaking agency?) or if I’m actually happy enough on my own to take my chances with the opportunities life (and Tinder) might throw at me. I cannot change the market I work in, but I can work on my sales and marketing skills to make sure I communicate efficiently to my clients what value I can bring them (not my strong suit so far).

Solutions to challenging situations rarely appear spontaneously in the vacuum of isolation. They require interacting with other human beings. Often, the first step out of the isolation shame and guilt bring about is opening up to a friend. And another. And another.

Blogging and Facebook are optional 😉

A word about being “out”, however. When shame and guilt wrap themselves around something, there is often some kind of loss at stake. Even when it is something the do with our professional lives: it can be the loss of a job, of a career, or even of face, in a way, when something we believed in doesn’t work out the way we hoped.

We deal with loss through grief. Grieving requires company. And company doesn’t come knocking when you lock yourself up.

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Thinking Too Much [en]

[fr] J'ai un peu tendance à penser trop, et à ne pas vivre assez. Aujourd'hui, avec le côté un peu compulsif de la consommation d'infos en ligne (hello, Facebook!) je crois que je suis retombée dans ce piège.

At some point during my young life, in my mid twenties, it dawned on me that I was thinking too much for the amount of life I had racked up until then. Barely post-adolescent brains will go a bit overboard, of course, but this has happened to me a couple of times since. In my mid-thirties, for example: I had spent a lot of energy trying to figure out the world, people, relationships, myself, life, death and the like. I did study philosophy and history of religions, after all.

Green

Today, I’m wondering if I’m not thinking too much — again. But it’s taking a different shape. Although I’ve long been skeptical about all the alarm bells ringing about information overload, I have come to believe that there is something to say about our access to, and relationship with, all the information now at the tip of our fingers. And it’s clear to me that there is something compulsive in the way I go after information.

This was the case for me before the internet. I’ve always been an avid reader. I’ve always loved understanding things. I collected stamps. Then fonts, and even AD&D spells (don’t laugh). At university, I loved immersing myself in a topic, surrounded with piles of books and articles, going through them for hours and seeing a big muddled mess of ideas start to make sense. So, imagine when the internet came along. As far as my academic life goes, that was largely when I was working on my dissertation.

My compulsive search for information has served my life well when I have managed to harness it for concrete projects (write a dissertation; publish a blog post; gain expertise). I even wondered if there was a way to use it to earn money some way. But today, I feel it is leading me around in circles on Facebook, mainly. There is so much interesting stuff to read out there. I still want to understand the world, people, life, love, politics, beliefs, education, relationships, society… And I will never be done. But the internet allows me to not stop.

My tendency to “think too much, live not enough” has found an ally in the  compulsive consumption of online media.

Time to think less, and accept I can’t figure everything out.

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