Des nouvelles [fr]

Je sors la tête de l’eau après une bonne dizaine de jours où je n’arrivais même plus à faire ma vaisselle. Dormir un minimum mais pas assez, manger mais plutôt en coup de vent, j’ai couvert l’essentiel. Mais le reste… Pourquoi?

Mis à part la vie, une triple collision:

Le moral va bien. Je suis super contente de la forme que prend “l’eclau 3.0” (il y a un apéro le 5 septembre, notez). A défaut de voir où je vais pour ce qui est de mon avenir professionnel, je vois comment y aller, et croyez-moi, c’est déjà immense. Erica et Mikou ont des heures de sortie pour éviter les bagarres, et ça semble aller plutôt bien pour le moment. Entre le balcon et l’eclau, j’ai fait du tri, j’ai jeté, jeté, jeté, et ça fait du bien, aussi.

Similar Posts:

Nager contre le courant [fr]

[en] Some musings on thinking about salaried employment when so many people around me are dreaming of quitting their day jobs to go freelance: freedom, safety, constraints, money. It's complicated.

C’est marrant d’être en train de prendre de la distance avec mon identité d’indépendante (12 ans quand même!) et de trouver plein d’avantages au salariat, alors que nombre de mes pairs sont en train de faire le chemin inverse: ils ou elles sont salarié(e)s depuis une ou deux décennies, ils ne voient plus que les contraintes du salariat, et l’indépendance les fait rêver (je ne critique pas, hein).

Ah, l’indépendance professionnelle, le nirvana de la carrière, la liberté, l’autonomie, vivre de sa passion… Partout où l’on regarde, on nous fait miroiter cet “idéal indépendant” comme une espèce de consécration: la vie de celui ou celle qui a “réussi”, car finalement, quel plus grand succès que de ne plus avoir besoin que de faire ce qu’on aime? (Elle est moche cette phrase, mais je la garde. Si ça se trouve il y a même des fautes dedans. Ouille.)

L’herbe est toujours plus verte de l’autre côté…

J’ai adoré ma vie d’indépendante. J’ai eu une qualité de vie incroyable. J’ai eu la liberté de travailler sur des projets passionnants, d’inventer des métiers qui n’existaient pas, de côtoyer des gens fascinants. Mais j’avoue qu’il y a depuis quelques années un truc qui me turlupine. Ne rendre de comptes qu’à soi-même, c’est merveilleux, sauf quand ça ne l’est pas. Être libre d’organiser son temps comme on le souhaite, aussi. Choisir sur quoi on veut travailler? Idem. Vous connaissez le cliché des relations amoureuses: c’est ce qui nous attire chez l’autre qui finit par nous en éloigner. Eh bien là aussi.

Je rêve de structure extérieure à moi. De ne pas avoir à tout décider. De ne pas avoir à me poser la question de l’heure du début de ma journée de travail. D’avoir des collègues. D’avoir des comptes à rendre, et de véritables retours sur la qualité de mon travail. D’être extraite de ma zone de confort. Même, oui, de faire des choses qui ne me plaisent pas, parce qu’il faut, parce que je ne peux pas y échapper.

J’en vois qui rigolent, là au fond, et d’autres qui sourient avec indulgence. Oh, je sais bien que tout ça va me rattraper un jour. Mais comme ceux qui regardent avec envie la vie indépendante, et qui savent bien que tout n’est pas rose, moi aussi je sais que j’idéalise un peu.

Employé ou indépendant: je ne pense pas que l’un soit mieux que l’autre. Je pense, surtout, qu’on a probablement besoin de changement, de variété. Qu’au bout de dix ou quinze ans du même genre de soucis, on est prêt à les troquer pour d’autres. Je peux vous dire, par exemple, que de là où je suis assise, un peu de sécurité financière, ça commence à paraître vachement attractif. Et la liberté, c’est cool, mais la liberté sans argent, c’est tout de même limitant.

Dix ans, c’est l’heure des bilans (quarante ans aussi). Et laissez-moi vous dire qu’être indépendant en Suisse, c’est facile (il suffit de pondre des factures et de s’affilier à une caisse AVS), et c’est génial, que ce soit si facile – mais on n’est pas protégé contre soi-même. Gagner de quoi payer les factures et mettre un peu de côté, c’est une chose. Mais quand on prend le grand angle et qu’on regarde côté prévoyance vieillesse (je parle même pas de perte de gain), on se rend compte que si on ne veut pas finir au social quand on arrête de travailler (et le jour viendra, même quand on aime ce qu’on fait: un jour on ne veut plus, et un jour on ne peut plus) il faut gagner sacrément plus que ce qu’il faut pour payer les factures.

Tout le monde le sait. On sait, on sait. Mais c’est facultatif. Chacun fait comme il veut. Les indépendants, on est adultes de chez les adultes. Personne ne nous prend la main. Un employé est protégé contre lui-même et son employeur: le deuxième pilier est obligatoire, et c’est un montant non négligeable; mais l’indépendant peut faire l’autruche et se dire “qu’il gagnera plus après”, se contentant d’alimenter un troisième pilier maigrichon. Lancez le sujet de la prévoyance vieillesse à une tablée d’indépendants, ou pire, sortez les calculatrices, mentionnez le montant d’une rente AVS, et regardez les gens se recroqueviller, devenir verts, ou blancs, à choix, voire éluder la question.

Tout est une question de concessions, et de compromis. Quel prix est-on prêt à payer pour sa liberté? Et pour sa sécurité? Quand est-ce qu’on dit stop? C’est fascinant, ces transitions de vie.

Similar Posts:

Sept mois sans Tounsi [fr]

[en] Grieving Tounsi, 7 months in.

Aujourd’hui je me sens vide plutôt que triste, mais quand je plonge mon regard dans ce vide, je vois qu’il est encore rempli de larmes qui ne veulent pas sortir. Ah, mon petit deuil de chat. A l’échelle des drames de la vie, ça paraît bien mineur. Mais à l’échelle de la peine dans mon coeur, c’est clairement majeur. On ne fait pas de concours de peine. Chacun la sienne ou les siennes, la peine c’est la peine. On doit vivre avec.

Vivre avec l’absence, l’absence irrémédiable. Je n’y pense plus trop, à vrai dire, mais dessous, la peine est là, et je me traine, dans mes jours, mes nuits aussi parfois. Mes semaines et mes mois et mon absence de chat. J’aimerais ne plus avoir de peine. J’aimerais qu’il y ait de la place dans mon coeur pour Erica, mais je vois bien que c’est trop tôt, et ça me fait double peine, du coup. J’aimerais pouvoir penser à mon drôle de chat gris et blanc avec tendresse et sans fondre en larmes, sans vouloir si fort son retour qui n’aura jamais lieu.

Ce qui reste de lui est un tas de cendres dans une petite boîte au pied de mon lit. Le poids de son petit corps doux et chaud au coin de mes pieds dans le lit me manque. Son regard vif et plein d’intention quand il me regardait. Sa manière presque nerveuse de faire sa toilette. Ses bonds à travers le jardin pour répondre à mon appel. Ses postures improbables, son vendre si doux et blanc, ses pattes fines, sa truffe rose qui passait de pastel à fraise tagada. Son intérêt pour tout ce qui se passait autour de lui. Lui, quoi. Tounsi me manque. En sourdine, la plupart du temps.

J’en suis là: au fond, je refuse toujours d’accepter sa mort. Ça viendra, un jour, ce sentiment d’être en paix avec les choses contre lesquelles on ne peut rien. Le temps, les larmes. Mais je suis pressée car j’en ai marre d’avoir mal, et être pressé, ça ne fait pas avancer.

N’en déplaise à certains, je vois le deuil comme quelque chose à travers lequel on avance. On accepte de plus en plus. Et en acceptant plus, la douleur s’atténue. L’absence reste, le manque aussi, et la tristesse, mais la vie reprend. Et là, à force de vouloir m’arracher, j’ai l’impression de m’enliser dans les limbes. A chacun sa façon d’avancer. Et de deuil en deuil, le chemin varie.

A la mort de Tounsi, je croyais savoir où j’allais. J’avais déjà perdu Bagha, ce qui m’avait semblé insurmontable. Et je l’avais surmonté. Mais là, je ne sais pas trop où je suis. Ai-je oublié? Ai-je pris ma peine trop à la légère, alors même que j’essayais de lui donner sa place? Est-ce que simplement, chaque chat, chaque relation, chaque séparation étant unique, il faut à chaque fois se frayer une voie nouvelle vers la sérénité?

Je n’avais pas d’impatience après la mort de Bagha. Je crois, au contraire, que j’avais explicitement décidé de me donner le temps. Le temps d’être bien dans ma vie sans chat, je disais. Je voulais que ça prenne du temps.

Aujourd’hui, c’est moins simple. Il y a mon vieux Quintus, toujours, et Erica qui s’est retrouvée parachutée ici, à un moment que ni elle ni moi n’avons choisi. Ce n’était pas le bon moment, pour plein de raisons, mais c’était le sien. Alors elle est là. Il y a Fripouille, aussi, qui vient en pension pendant les vacances de sa maîtresse.

Ma vie sans Tounsi ne ressemble en rien à ma vie sans Bagha. Je prendrai le temps qu’il faudra pour être triste. Pour accepter, peut-être, un jour, que j’ai dû tenir dans mes bras mon drôle de chat gris et blanc et le regarder mourir.

Similar Posts:

Journaling With Google Keep [en]

[fr] Google Keep, super pratique à utiliser pour prendre des notes (avec photos!) ou tenir un journal.

During my holiday in Spain last May, I started journaling. I had two weeks “off”, sailing, and days quickly started to run into each other. So before going to sleep, I’d pick a photo of the day, and jot down where we had gone, what notable things happened, etc. Actually, the thing that got me started was being hit by a nasty wave of grief about losing Tounsi. And then I kept going.

I first used Apple Notes, but Google Keep quickly seemed more appropriate. It’s my main note-taking app. I also like the way it displays notes, with the photo(s) visible, and a snippet of text. I created a “Journal” label, so that I can easily filter all my journal entries if I want to.

I like the practice of taking a few minutes to sum up my day. I keep it short, avoiding the dive into stream-of-consciousness meandering around what I’ve been thinking, sticking to the factual. I think that’s what has allowed me to keep it going.

Lately, I’ve also used Google Keep to take notes during an outing to discover edible plants. Snap a photo of the plant, put the name in the note, and jot down relevant info. I remember missing out on taking notes like this during a previous “mushroom” outing: I ended up with a pile of photos and a pile of notes, but insufficient memory of which name went with which photo.

Similar Posts:

Trou de blog [fr]

[en] Another blog-hole. 2017 is a year of changes, and though I speak quite easily of myself once the solutions are found and the lessons are learned, I find it harder to do so in the midst of turmoil. But I want to try.

Encore un trou de blog. J’en ai bien conscience. Je parle assez facilement de moi, mais au passé – quand le chemin a été fait et que je peux présenter les leçons apprises ou la résolution. J’ai beaucoup de mal à lancer à la mer doutes et incertitudes, surtout quand ceux-ci touchent à mon identité.

Et comme je me dis “je devrais parler de ça!”, eh bien je n’écris rien d’autre.

Parmi les (trop?) nombreux articles que je partage et lis sur Facebook, deux reviennent me hanter:

Je vais bien, hein. Mais 2017 est une année de grands chamboulements. Ce n’est pas facile d’en parler pendant qu’ils ont lieu. Je veux essayer, comme Kevin.

Je suis au chalet ce week-end. En mars, j’ai réalisé que même si je peux techniquement travailler au chalet, ce n’est pas une bonne idée d’y monter lorsque j’ai beaucoup à faire. Faire deux ou trois choses qui m’auraient autrement empêchée d’y monter, certes – mais pas d’ambition de productivité.

Alors je suis montée un peu moins. Mais je n’y fais rien. Enfin presque. Du vrai repos. Car (et cela pourra sembler paradoxal) je travaille en fait beaucoup, ces temps.

Similar Posts:

Quiet Me Time [en]

“But… Stephanie, you’re not allowed to do that to yourself!” She said. In this case, “that” was a day that started at 9am and finished at 10pm, pretty much back-to-back meetings and appointments. There was also the podcast on “addictive technology“, and this question that comes to my mind a dozen times a day when I’m on Facebook: “would I rather be doing something else?” — something like reading, or tidying the house, or cooking, or going for a walk (can’t with my hip, but you get the drift). And this article on firewalling me time, even at the price of limiting social activities. Another one about the importance of quiet time, a precious reminder, even though it’s not a new idea to me. All that on a backdrop of keeping an eye out for emotional labour.

So the other evening I took out my calendar, and blocked out “me evenings”. There aren’t quite enough available, but I did my best. I also gave myself the morning off after I go all the way to Basel for an evening talk. And quiet week-ends when I come back from travelling. I realised I could go to social/networking events and stay for one hour instead of three. Or say no when I’m asked (with no ill-intentions) to sacrifice my quiet time to make things easier for somebody else.

Maybe one of the reasons I don’t like planning my work, and give up quite fast when I do: I do not protect myself enough when I plan, and therefore burn myself out when I try to follow the plan.

I’ve realised I need more “no input” time. Time when my brain can wander. Time without the computer, the phone, or podcasts. Time when I’m not working or actively doing something that requires my attention. Listening to music is quite good, because my thoughts can drift off. Reading a book is all right too, because I can daydream. And repeatedly, I ask myself: “would I rather be doing something else?” when I’m caught in the social media consumption cycle.

And my upcoming Indian holiday will be largely offline.

Similar Posts:

Incident malentendant [fr]

La surdité est la plupart du temps invisible (“malentendance” serait plus correct mais moche). On voit les lunettes, mais pas les appareils auditifs. Tout à l’heure au centre de biométrie et des documents d’identité, le gentil fonctionnaire m’envoie dans la cabine photo-empreintes, puis me donne des instructions depuis derrière son guichet.

Je ne le vois pas. Je ne l’entends pas très bien. Je stresse, j’ai peur de mal comprendre ce qu’il me dit. La première photo, je regarde à gauche, parce que j’ai pas retenu “regardez droit devant vous” et que je tendais l’oreille pour voir s’il me disait quelque chose, et quand je tends l’oreille, je regarde à droite et à gauche, visiblement.

Sur la deuxième photo, j’ai la pire tronche de repris de justice, parce qu’en plus du look “photo d’identité biométrique” je suis stressée et concentrée.

Je ruminais sur cette histoire en rentrant, et j’ai réalisé un truc: j’ai toujours peur de mal comprendre les consignes ou instructions quand il y en a. C’est vraiment un truc qui me stresse. Si on me demande de faire un truc, je dois avoir 100% compris ce qu’on attend de moi. Peut-être que ce n’est pas juste un truc d’angoissée, mais aussi un truc de malentendante-pas-appareillée-durant-ses-tendres-années-formatrices?

Similar Posts:

At Some Point I Started Caring About What I Wrote Here [en]

[fr] A un moment donné j'ai commencé à me soucier de ce que j'écrivais ici. Dans le sens de me soucier de ce qu'on allait en penser.

When did it happen? I’m not so sure. At some point, I started caring about what I wrote on my blog. I started thinking about what others would think. I used to just write what I felt like writing. I didn’t have this sense that I had an “audience”. Sixteen years ago, pretty much nobody I knew was online. I knew online people, of course. But they were online people. My tribe.

I realised that after following an online course called Writing Your Grief. It was just after Tounsi’s death, but I’d already signed up – it was coincidental. For the first time in a long time I was writing things that weren’t meant to be published, but that weren’t journaling either. It was an extraordinary experience: not just as related to my grief, but for the writing. We had a private Facebook group in which we could share our writing and read each other’s pieces. A room full of compassionate strangers. I hadn’t written like that in years. More than a decade, maybe. And I loved what I wrote. You know, when words seem to write themselves, and your writing actually tells you something?

Morning Pages do that, but they are less structured. More stream-of-consciousness. I haven’t been able to pick up Morning Pages again since Tounsi died. Maybe I will someday. Right now I feel like I’m holding on by the skin of my teeth, so I don’t have the courage to dive back in.
While I was mulling over this new/old writing I’ve connected with (again?), Adam shared a link to this piece about blogging. Which I read.

You know it’s a recurring theme here on Climb to the Stars. I miss the Golden Age of Blogging. And when I was reading the piece linked above, about how blogging went from carefree online writing to being all about influencers, my feelings finally collided into a thought: yes, that was it. I missed writing without caring too much about what people would think. About being judged. About having to be “good” because my job depends on it now. Similarly, I noted the other day on Facebook that I wasn’t online to sell or market stuff, I was online because I liked it here. Because I enjoy it.

Catch-22, right? Because I enjoy it, I made it my job, and now it matters. I’m not a nobody anymore. I have clients. Colleagues in the industry. And I care what they think. And so I write less. I’m careful. I self-censor – more. I enjoy it less.

And now I’ve found a different pleasure in writing. Writing things I’m scared to show people, because I hope they’re good, but fear they’re banal. Expectations. Ah, expectations.

I guess I’ll just keep writing.

img_1178

Similar Posts:

Je vous raconte encore Tounsi [fr]

[en] More memories of Tounsi.

Tounsi. Chat gris et blanc. Un joli gris très gris, avec des marquages discrets. Un blanc immaculé. Cape sur les épaules: chat blanc depuis devant, chat gris depuis derrière. Triangle blanc sur la hanche, qui m’a permis de l’identifier avec certitude, perché au quatrième sur le balcon d’une dame pavée de bonnes intentions, quelques semaines après son adoption. Une truffe rose, flamme blanche sur le nez, légère asymétrie. Un peu de maquillage.

Sous-poil blanc dans le gris argenté, bien visible en soufflant un peu ou en passant la main. Ou même au détour d’une toilette.

Tounsi, chat à la drôle d’allure. Les yeux ronds et la bouche ouverte, d’abord. Impossible à fermer à cause d’incisives qui se chevauchaient. Retrait de celles du bas, il lui était resté celles du haut, un peu de traviole, les dents du bonheur. Un air toujours un peu surpris et étonné, une expression très humaine qui ne le rendait que plus attachant.

Des côtes larges, de longs membres fins, un poil doux comme la soie, tellement doux. La tête un peu plate, l’arête du nez et le front dans le même alignement. Heureusement il n’a jamais dû porter de lunettes, elles auraient eu du mal à tenir. Les coudes qui sortent pour une drôle de démarche. Une longue queue gracieuse pour un grand chat élancé. Une tendance à l’embonpoint pour cause de rapport un peu frénétique à la nourriture, contrôlée par des croquettes spéciales puis, effet secondaire heureux, ses anxiolytiques. Oui, les anxiolytiques, grand chapitre.

Outre son côté “j’ai peur de rien”, Tounsi était un chat qui marquait. Pas juste dehors, comme Bagha. Dedans. Partout. Tout le temps. Dieu merci, de l’urine en petites quantités, et elle ne sentait pas trop fort. Mais quand même. J’ai passé beaucoup de temps à nettoyer. J’ai utilisé des litres de Feliway. Un jour, alors que je partageais mon désespoir avec les assistantes vétérinaires du cabinet, et que je me demandais si cela valait la peine de changer mes meubles souillés pour qu’il se mette aussitôt à pisser sur les nouveaux, l’une d’elles me recommande de consulter un comportementaliste. Ce que je fais.

Et c’est là que je découvre que Tounsi est dans le genre anxieux/angoissé. Je relis plein de comportements, son état d’alerte constante, à la lumière de ce diagnostic. Je me rends compte que j’avais complètement passé à côté d’un aspect important de la personnalité de mon chat. Ça transforme complètement notre relation. Et entre les médicaments et les changements que j’apporte à son environnement et à mon attitude avec lui, les marquages finissent par cesser complètement.

Tounsi, chat anxieux. Toujours aux aguets. Oreilles rondes sans plumets, toujours sur le qui-vive, radars en mouvement, même lors de la sieste. Tout savoir, tout contrôler. Tout voir. Du coup, Tounsi, chat curieux. Le nez dans le sac de courses, et même dans la salade. Sentir, savoir ce que c’est. L’odorat, tellement important pour un chat.

Tounsi avait l’habitude de gratter à la fenêtre. Un peu nonchalamment, d’une patte, tout en restant tranquillement assis. “Ouvre-moi la fenêtre, que je puisse sentir les nouvelles!” Sortir aussi, parfois, lorsqu’il était à l’eclau. Mais surtout, sentir le monde. Une fenêtre fermée pour un chat, c’est comme un store baissé pour nous. L’odorat est leur premier sens.

Il n’a jamais appris à vraiment demander à sortir. Je devais deviner. Gratter ou miauler à la porte, même attendre devant? Jamais. Par contre, il faisait des allers-retours dans l’appartement. Il marquait, ou faisait mine de marquer. Il grattait à la porte du balcon. J’ai passé beaucoup de temps à demander “Tounsi, tu veux sortir?” en allant à la porte d’entrée.

Comme Bagha, et Quintus, il savait rentrer “tout seul” dans l’immeuble et puis dans l’appart, par la “chatière de fortune” de la porte entrouverte avec la chaîne de sécurité. Dernièrement, il avait aussi pris l’habitude d’aller gratter à la porte de ma voisine du dessus, où il parvenait parfois à s’enfiler pour engouffrer croquettes et pâtée. Elle le ramenait chez moi, ou allait lui ouvrir en bas.

Il était intelligent, très, mais son intelligence ne suivait pas forcément les mêmes chemins que la nôtre. C’était un chat, après tout.

Similar Posts:

Tounsi: Hope Is Easier Than Grief [en]

[fr]

Une réflexion sur l'espoir et le deuil. Souvent, l'espoir est ce à quoi l'on s'accroche par peur de souffrir. Il vaut mieux faire face à cette souffrance, mais garder de l'espoir dans nos actions. Par exemple, en acceptant qu'un chat malade risque de mourir, mais en faisant tout ce qui est possible pour le sauver. Ou qu'un chat disparu est peut-être mort, tout en étant actif dans nos recherches.

On n'aime pas que les gens soient en peine, on veut leur proposer un remède pour les en sortir. L'espoir semble pouvoir jouer ce rôle. Mais il vaut mieux peut-être simplement les accueillir dans leur peine.

This is what I was thinking, after dropping off Tounsi at the Tierspital, our national animal hospital and veterinary school, at 3am just before New Year’s Eve.

I have noticed that in the face of hardship and pain, many want to offer hope. But I think we need encouragement to grieve, rather than hope. Even though I am pessimistic by nature, I find it easy to hope. It’s something you can cling to to avoid the pain. Depending on the shape it takes, it can even be fodder for denial.

Grief, on the other hand, is hard. It takes courage to dive into the pain. You need to trust that it is the way out, or at least forward.

When I got the preliminary diagnosis for Tounsi, I knew it was very bad. I know there were high chances he was going to die. There was still hope, though. Sometimes it is possible to dissolve the clot, and depending on how far along the underlying heart condition is, the cat can go on to have a few more months or years with decent quality of life.

I could have refused to grieve and hang on to this hope with all my might. This is what people around me wanted me to do. Don’t be sad! Don’t consider him dead already! You have to hope!

Let’s get one thing out of the way: I’m not superstition. I don’t think that hoping or giving up hope per se has any incidence on an outcome. I don’t think telling your friends about a job or flat you’re hoping to get will jinx it. I do accept, however, that our internal state (hope or not) influences our actions, and can in this way have an impact on an outcome.

Understanding this, I did what I think is the most sane thing to do in this kind of situation: separate emotions from actions. Let me explain what I mean by that.

  • Emotions: there was a high chance Tounsi wasn’t going to make it. I knew it. So I grieved, already. Trying to suppress my grief and hold on to the meagre hope he would be OK would have made me extremely anxious. Often, it’s better to face the pain and deal with it than have to deal with the anxiety that comes out of trying desperately to avoid it because you’re scared.
    I cried so much in those two days Tounsi was in the hospital. I stopped on the motorway to cry. I cried at home, along with Quintus. I cried when I visited Tounsi, and when I got news that there was no real improvement. All this crying helped bring some acceptance to the very serious situation Tounsi was in.
  • Actions: there was a hope that Tounsi could beat the clot, with the help of the medications he was getting. This chance was not so small that it was not worth putting him through the discomfort he was in. So when it came to my actions and decisions about him, I bet on hope. I could have put him down immediately, and we discussed this with the vet. As his pain was under control, we decided it was worth it (and ethical) to give him a chance. To hope.
    And when the situation changed (another clot to the kidneys that sent him into kidney failure), I was more capable of accepting it, because I’d been processing my grief in parallel, and making the decision to end his suffering, although it ripped my heart out. I did not find myself in the situation I have seen some cat owners, where the decision to end the cat’s life is the obvious one, because there is no hope left, but they just can’t let go, because they are unprepared.

A parallel “cat situation” is when a cat is missing. Emotionally, it is important to process fears that something bad has happened to the cat. These fears may be rational or not, it doesn’t matter: they are there. They are the fears of pain and loss and grief, and the earlier one faces them, I think, the better off one is.

It doesn’t mean that one should consider one’s cat dead as soon as it doesn’t show up one evening. But if a missing cat puts one in an immediate panic, as it used to do to me, it might be worse facing the fact that pretty much whatever happens, we’re at some point going to have to deal with the cat’s death. I remember the time when I couldn’t even entertain this idea.

Cats are there so we can love them, and they die so we can grieve them.

When it comes to actions, however, one must hope that the cat is not dead: call the shelters, the vets, put up flyers, talk to neighbours, call, search, ask people to open garages and cellars. Even if the place one is emotionally is facing the possibility the cat is dead.

I think loving a pet can teach us a lot about grief and loss, if we’re willing to listen.

So, next time you see somebody who seems to have abandoned hope – maybe they don’t need to be encouraged to hope more, but supported in their grief, so that they can free their actions from the weight of fear.

Similar Posts: