Hearing Less: Dealing With Bad Audio Recordings in the Classroom [en]

Taking example on Meryl¬†who has started sharing similar stories on Facebook, here’s a little testimonial of my “somewhat deaf” life.

With my hearing aids, I’m fine for conversations with people (masks make it harder but not impossible unless people are very soft speakers), even in somewhat difficult settings.

But one disastrous context is non-professional recordings played through loudspeakers in echoey classrooms. I honestly can’t understand half of what is being said.

As this is often played through the teacher/trainer’s computer, I’ve come up with a workaround. I’ve bought a mini-jack split cable and an extension cord, so that I can listen to the audio through my headphones while the audio also goes to the classroom loudspeakers.

Note 12.01.2022: sometimes computers have VGA and audio on different sides. Worth having an extra VGA or mini-jack extension for these baffling situations.

This of course requires explaining the situation to the trainer (so far, everybody has been lovely about it), pointing out that I depend on the volume setting on the computer (keep it at maximum), and so they need to use the controls for the room loudspeakers to make it less loud for the class if needed.

Soundcheck recommended! I once forgot, and hadn’t realised the sound was going out through the HDMI cable, and not the mini-jack port!

One annoying situation that arises nonetheless is when trainers interrupt the recording to make a comment. I remove my hearing aids to put my earbuds in, so when the recording is stopped, I fiddle to get my hearing aids back in, and by the time I’m done, sometimes the comment the teacher was making is over! Worse: speaking over the audio of the recording… I miss everything.

But globally it’s a very good solution for me.

I use another workaround in my German class. We have an application which allows us to listen to the audio tracks at home. So when one is played in class, the teacher tells me which number it is and I play it on my phone with the earbuds. My comprehension score for German has gone way up this way! ūüėĀ

So there you are, a glimpse into my “less-hearing” life!

Initially published on 15.10.2021 on Facebook

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[en] 2021 will forever be the year where I finally got the explanation to so many of the problems which plague my everyday life: chronic procrastination, tons of ideas of things to start but huge difficulties with follow-through and finishing, difficulties with delayed gratification, inability to "just do it" but at the same-time machine-like productivity when in the right context, etc.

Il y a des moments dans la vie o√Ļ tout change, o√Ļ tout va changer, o√Ļ on voit que tout est en train de changer. Depuis quelques mois, je vis un moment comme √ßa. L’ann√©e 2021 va rester un moment capital dans l’histoire de ma vie.¬†

La procrastination

Depuis toujours, je me heurte √† des probl√®mes de procrastination. J’ai d’ailleurs √©crit une pile d’articles √† ce sujet. J’ai mis une √©nergie √©norme √† apprendre √† m’organiser, √† planifier, √† construire des habitudes, pour garder un semblant d’ordre dans toutes les choses que je devais faire, et compenser ma gestion du temps plut√īt cataclysmique.

Et √ßa a march√©, jusqu’√† un certain point. Mon entourage me voit souvent comme la reine de l’organisation. J’ai r√©ussi √† ne jamais m’attirer de gros ennuis administratifs. Par contre… que de stress, que d’efforts, que de culpabilisation √† me dire que si je n’arrivais pas √† faire ceci ou cela plus facilement, √ßa devait bien √™tre parce qu’au fond je ne voulais peut-√™tre pas vraiment. Quand on √©choue jour apr√®s jour √† “s’auto-discipliner”, difficile de ne pas se sentir responsable.

Terminer les choses

Toute ma vie, j’ai aussi eu un mal fou √† terminer les choses, et √† tenir des projets sur le long terme, √† faire des choses maintenant en vue d’un objectif distant. J’ai bien failli √©chouer mes √©tudes par abandon au m√©moire, tant je n’arrivais simplement pas ‚Äď mais vraiment pas, c’√©tait comme une impossibilit√© physique ‚Äď √† m’y mettre. Des id√©es de choses √† d√©marrer, j’en ai √† la pelle. Je d√©marre, je mets en route. Mais apr√®s le souffl√© retombe, et ce qui √©tait si enthousiasmant devient une chose de plus sur la liste de choses √† faire. Difficile de ne pas voir √ßa comme un √©chec moral, une paresse de la pers√©v√©rance, un manque de t√©nacit√© ou de volont√© √† faire des t√Ęches un peu ingrates.

Une carrière sur mesure

J’ai vite compris √ßa, quand j’√©tais ind√©pendante, et centr√© mon offre autour de services qui ne m’obligeaient pas √† faire ce qui √©tait si difficile pour moi: globalement, je me faisais payer pour du temps que je passais avec des gens (formation, consulting, conf√©rences) et j’√©vitais les projets qui n√©cessitaient que je passe de longues heures “toute seule” √† travailler dans mon coin, ou dont l’objectif √©tait trop √©loign√© dans le futur. √áa a march√© pas trop mal pendant 10 ans ‚Äď mais √ßa m’a aussi limit√©e. Il y a des tas de choses que je n’ai pas entreprises, que je n’ai pas faites: je n’ai pas cr√©√© d’entreprise. Je n’ai pas √©crit de livre. Je n’ai pas mont√© une expo photo. Je n’ai pas mont√© une super offre de services bien emball√©e avec ce qu’il fallait de marketing et d’arguments de vente. C√īt√© biz dev, ce que j’ai fait pour moi a tout de m√™me √©t√© passablement limit√©. Je me laissais porter par le flot, je saisissais les opportunit√©s qui passaient.

Se motiver!

Le sujet de la motivation m’a toujours beaucoup int√©ress√©e, parce que c’√©tait √† travers ce prisme que je comprenais mes difficult√©s. J’ai beaucoup lu et r√©fl√©chi, beaucoup cherch√© de cl√©s. Esclave de la r√©compense imm√©diate, je ne savais pas comment me motiver, alors que je voyais bien que j’avais une capacit√© immense √† me plonger dans quelque chose quand j’√©tais, justement, motiv√©e: j’ai ouvert un espace coworking en moins de deux mois, j’ai appris √† peu pr√®s tout ce qu’il y avait √† apprendre sur le diab√®te f√©lin, j’√©tais “√† fond” sur tout ce qui se d√©veloppait comme nouvel outil dans les d√©buts du web social… Pourquoi est-ce que je n’arrivais pas √† contr√īler ou canaliser √ßa, √† √™tre quelque part entre la quasi-obsession et l’inertie?

Le lien entre mon incapacit√© √† arr√™ter et mon incapacit√© √† commencer m’√©tait clair, mais je sais aujourd’hui qu’il me manquait un √©l√©ment crucial de compr√©hension. J’ai appris au final que quand je sentais un √©lan pour faire quelque chose (m√™me pour √©crire un article pour mon blog), il fallait que je le fasse tout de suite, sous peine de voir cet √©lan s’√©teindre et dispara√ģtre √† jamais. J’ai aussi appris que cela ne servait √† rien que je pr√©voie de pr√©parer une conf√©rence ou une formation √† l’avance: je n’y arrivait simplement pas. Alors j’ai pris l’habitude de bloquer le jour ou deux avant pour le faire.

Moins de charge mentale

Un des facteurs qui m’ont pouss√©e √† revenir √† la vie salari√©e apr√®s tant d’ann√©es √† mon compte, c’√©tait, outre les simples probl√©matiques de chiffre d’affaires, le souhait d’avoir moins de charge mentale, que toutes les d√©cisions ne d√©pendent pas de moi, d’avoir un regard sur mon travail. Et j’avais raison. Dans mes emplois salari√©s, je ne procrastine pas ou peu, je mets √† profit mes comp√©tences organisationnelle, je fais les choses ‚Äď parce qu’il y a d’autres personnes qui comptent sur mon travail, parce qu’il y a un cadre qui est donn√© (tu viens au boulot, tu te poses √† ton bureau, tu bosses), parce que souvent aussi, il y a des gens qui appr√©cient ce que je fais. Et √ßa suffit √† lever la barri√®re. Je fais. A se taper la t√™te contre les murs, et √† me demander pourquoi je n’arrive pas, √† la maison, √† faire la vaisselle apr√®s avoir mang√© mon repas. Mais j’ai quand m√™me fait deux burnouts, mine de rien, et pas pass√© loin du troisi√®me.

Gestion émotionnelle

Sur un plan plus personnel, les √©motions √ßa a toujours √©t√© un probl√®me. Trop d’√©motions, que j’ai longtemps gard√©es sous cloche. Des nombreuses ann√©es de th√©rapie m’ont aid√©e √† en avoir moins peur, √† les apprivoiser, √† savoir quoi en faire. Et √† nouveau, pour beaucoup de personnes de mon entourage, j’ai une “sagesse √©motionnelle” et une compr√©hension des √©motions que beaucoup n’ont pas. Parce que je n’ai pas pu faire autrement.

Mais malgr√© tout √ßa, j’ai continu√© √† gal√©rer avec des probl√®mes de gestion √©motionnelle que je n’arrivais pas √† d√©passer. Quelqu’un se parquait sur ma place de parc, ou quelqu’un disait quelque chose sur facebook, et √ßa m’√©tait impossible de “l√Ęcher la chose” avant de l’avoir r√©solue. J’en perdais des demi-journ√©es voire des journ√©es enti√®res de travail. J’avais l’impression d’√™tre √† la merci de la moindre contrari√©t√©, qui ferait voler en √©clats tous mes beaux projets de faire ceci ou cela ce jour-l√†. Je parlerais peut-√™tre une autre fois de ma vie sentimentale, mais elle a √©t√© la victime de ces m√™mes difficult√©s de “trop d’√©motions”.

Procrastiner le coucher

J’ai aussi toujours eu du mal √† me mettre au lit. C’√©tait comme si, plus j’√©tais fatigu√©e, moins j’arrivais √† me coucher. Je le voulais, pourtant. J’√©tais raide! Mais je “procrastinais le coucher”. Alors OK, j’avais peut-√™tre des peurs d’enfant autour de dormir, de mourir pendant la nuit, mais vraiment, c’√©tait surtout que je me retrouvais prise dans une autre activit√©, pas toujours excitante ou int√©ressante, et que je n’arrivais simplement pas √† me “bouger” pour me mettre au lit. Vraiment, je me disais: z√©ro auto-discipline. Il y a de quoi se sentir vraiment nulle.

De pire en pire

Ces derni√®res ann√©es, j’ai eu le sentiment que ces difficult√©s ont empir√©. Peut-√™tre que ce n’√©tait que l’effet du temps qui passe, un peu l’√Ęge aussi, la lassitude de rester coinc√©e toujours devant les m√™mes √©checs, malgr√© le travail sur moi, malgr√© mon envie que √ßa change. Je finissais par me dire, pour de vrai, il y a vraiment quelque chose qui ne tourne pas rond chez moi. J’avais toujours eu cette impression, une grande crainte au fond de moi que je ne laissais pas trop monter √† la surface, qu’il y avait chez moi quelque chose de “cass√©”. Mais bon, tout le monde se sent un peu comme √ßa face √† ses √©checs, non?

Mon impression g√©n√©rale √©tait que la vie √©tait juste beaucoup plus difficile pour moi que ce qu’elle aurait d√Ľ √™tre. Malgr√© mon intelligence, mes comp√©tences, mes qualit√©s (que je ne mettais pas en doute en mon for int√©rieur), je n’arrivais quand m√™me pas. Est-ce que vraiment c’√©tait normal d’√™tre aussi √©puis√©e juste √† tenter de g√©rer le quotidien domestique, alors qu’en plus, je ne travaillais m√™me pas? J’avais envie de plein de choses, plein de projets, mais quand j’en avais le temps, me bouger √©tait une montagne tellement insurmontable que je n’avais plus envie de rien et que je restais √† glandouiller. Et je n’√©tais pas d√©prim√©e. J’avais un point de rep√®re, pour √ßa, et ce n’√©tait pas √ßa. Je l’ai dit comme √ßa parfois: “J’ai du mal √† faire. C’est comme si c’√©tait super difficile pour moi de faire.

L’ext√©rieur et l’int√©rieur

Je vous raconte tout √ßa pour poser le contexte. Toutes ces difficult√©s de vie, pour l’essentiel, je les ai v√©cues en priv√©. Les gens voient ce que j’ai accompli, ce que j’ai fait, me voient quand je suis en contact avec d’autres gens (eux, d√©j√†!) mais pas quand je passe une journ√©e enti√®re √† ne pas arriver √† faire une petite chose que j’avais d√©cid√© que je ferais. Pas quand c’est le week-end et que je n’ai envie de rien alors qu’au fond j’ai des tas de projets et le sentiment de n’avoir jamais le temps, et que l√†, je l’ai, le temps, mais je n’arrive rien √† en faire. C’en √©tait d√©sesp√©rant. Et ce qui √©tait particuli√®rement d√©sesp√©rant aussi, c’√©tait de ne pas r√©ussir √† savoir si j’√©tais en train de me plaindre pour rien (tout le monde procrastine, au final, tout le monde est fatigu√©, oui la vie est difficile et pleine de contrari√©t√©s) ou si vraiment il y avait quelque chose qui ne tournait pas rond chez moi. Parce que bon, je m’en sortais quand m√™me pas mal dans la vie, hein. Quand je partageais mes probl√®mes, beaucoup de gens semblaient s’y retrouver, mais pour une raison qui m’√©chappait, √ßa ne semblait pas forc√©ment leur poser autant de probl√®mes qu’√† moi. √áa a dur√© des ann√©es, et des ann√©es, et des ann√©es encore.

Spoiler: il y avait vraiment quelque chose qui ne tournait pas rond chez moi. C’√©tait vraiment pas normal de gal√©rer autant.¬†

Epiphanie

En ao√Ľt, je suis tomb√©e sur un article qui parlait du sous-diagnostic d’un certain trouble neuropsy chez l’adulte. J’ai commenc√© √† le lire sans int√©r√™t particulier autre que ma curiosit√© g√©n√©rale pour tout ce qui touche au fonctionnement humain, parce que je ne me sentais pas du tout concern√©e. Mais au fil de l’article, je ne pouvais pas ignorer qu’ils √©taient en train de d√©crire toute une ribambelle de probl√©matiques et caract√©ristiques dans lesquelles je me retrouvais:

  • procrastination chronique
  • difficult√© √† s’en tenir √† ce qu’on a pr√©vu de faire ou planifi√©
  • toujours envie de chercher ou d’apprendre de nouvelles choses
  • capacit√© √† se focaliser √† fond sur quelque chose, en ignorant tout le reste
  • souvent sous-employ√© par rapport √† ses capacit√©s, ou en train de gal√©rer dans un job √† la hauteur de ses comp√©tences
  • tendance aux comportements addictifs (avec ou sans substances), sports √† √©motions fortes
  • attrait pour des professions stimulantes (pompier, secouriste par exemple, ou demandant beaucoup d’apprentissage ou de r√©flexion)
  • un probl√®me li√© √† un d√©ficit de dopamine et de noradr√©naline (deux neurotransmetteurs qui interviennent dans les circuits de motivation et de r√©compense)

√áa a suffi √† m’interpeller. Me questionner. J’en ai parl√© √† mon entourage, d’abord pr√©cautionneusement, puis avec un peu plus de certitude. Certains √©taient poliment dubitatifs (“√† ce moment-l√†, moi aussi” ou bien “ouais mais bon tout le monde a ces probl√®mes”), d’autres m’ont dit “mais bien s√Ľr que tu es comme √ßa, tu ne savais pas?!” ou encore “ah oui, c’est en effet pas normal d’avoir autant de difficult√©s…”

Plein de pièces de puzzle

J’ai trouv√© un questionnaire d’auto-d√©pistage (un vrai, celui qu’utilisent les psys) et je me suis retrouv√©e avec toute une s√©rie de croix “dans la zone gris√©e”. De plus, d√©but 2019, j’avais fait une exp√©rience √©trange avec un antid√©presseur (post-burnout) qui avait eu un effet quasi magique sur mes difficult√©s √† faire des choses. En creusant un peu, j’avais d√©couvert que ce m√©dicament augmentait aussi la concentration de noradr√©naline dans le cerveau, un des neurotransmetteurs qui pose probl√®me dans le trouble en question. Dingue! J’ai rejoint des groupes facebook, j’ai parl√© avec des gens concern√©s, j’ai regard√© des conf√©rences et lu des articles.

Tr√®s vite, c’√©tait comme si les pi√®ces de puzzle manquantes de ma vie commen√ßaient √† tomber en place. Tellement de choses s’expliquaient! Tout ce qui coin√ßait encore dans ma vie et m’emp√™chait d’avancer s’expliquait. Et avec cette explication, il y avait aussi l’espoir d’un changement, √† travers une prise en charge sp√©cifique.

Diagnostic

J’ai vite pris les devants pour trouver un sp√©cialiste (malgr√© le scepticisme de ma psychiatre traitante) pour avoir un diagnostic ‚Äď ou pas. J’y suis all√©e la peur au ventre, j’avoue. Cette hypoth√®se expliquait tellement de choses, mais j’avais tellement peur de me tromper, d’avoir √©t√© victime de l’effet Barnum (qui fait qu’on se reconna√ģt dans des descriptions un peu g√©n√©rales qui pourraient finalement coller √† n’importe qui). J’ai beaucoup dout√© pendant les deux mois d’attente pour ce rendez-vous. C’√©tait un peu “schizophr√®ne”, entre soulagement de savoir enfin (je croyais avoir trouv√©) et peur terrible de me tromper et de me retrouver au final sans porte de sortie.

Mais √ßa a √©t√© vite r√©gl√©. Apr√®s une s√©ance d’intense discussion et une bonne heure pass√©e √† mettre des croix dans beaucoup de questionnaires, le sp√©cialiste a confirm√© mon “auto-diagnostic”. Je suis ressortie du deuxi√®me rendez-vous avec la r√©f√©rence d’un livre sp√©cifique pour m’aider √† affiner mes strat√©gies de compensation (car j’en avais d√©j√† beaucoup), et une ordonnance.

Prise en charge

Il y a un mois, j’ai donc commenc√© √† mettre en pratique ce que je lisais dans ce livre (extr√™mement bien fait, pragmatique, et √©crit pour que ce soit facile √† mettre en oeuvre). A chaque page, je comprenais mieux pourquoi telle ou telle chose √©tait difficile pour moi, et comment contourner cette difficult√©. Je voyais que j’√©tais d√©j√† vraiment sur de tr√®s bonnes pistes avec ce que je faisais pour “me g√©rer”, mais il me manquait ici et l√† des morceaux pour que √ßa marche vraiment bien. C’√©tait un tel soulagement d’avoir enfin une aide et des explications sp√©cifiques √† ma probl√©matique.

Une semaine plus tard, d√©but d√©cembre, j’ai commenc√© les m√©dicaments. Avec un peu de tr√©pidation, √©videmment. √áa aide pour beaucoup de gens, pas tout le monde. Certaines personnes ne les tol√®rent pas. J’avoue qu’apr√®s mon exp√©rience impr√©vue avec l’antid√©presseur √† inhibition de recapture de noradr√©naline, j’avais bon espoir que √ßa m’aide. Je n’ai pas √©t√© d√©√ßue. Les m√©dicaments ne sont √©videmment pas magiques, mais c’est comme du fart sous les skis. √áa rend les choses beaucoup plus faciles.

Passer de l’intention √† l’action

Une des manifestations g√©n√©rales du trouble en question est une difficult√© √† passer de l’intention √† l’action. Je reviendrai l√†-dessus dans un autre article, mais une fois qu’on a compris √ßa, tout s’explique. Avec les m√©dicaments, c’est juste plus facile de faire. Je pose une assiette dans l’√©vier, “ah ben tiens je vais aussi la laver pendant que j’y suis”. J’ai d√©cid√© qu’√† telle heure j’allais faire telle chose, eh bien, sans gros effort, je m’y tiens. Il y a d’autres effets aussi, tr√®s tr√®s int√©ressants, qui feront l’objet d’un autre article, mais en gros, √ßa veut dire qu’avec les m√©dicaments, j’arrive beaucoup plus facilement¬†√† r√©ellement mettre en application ce que j’ai dans ma bo√ģte √† outils pour g√©rer la vie.

Le r√©sultat de tout √ßa, c’est que depuis un mois environ, ma vie a vraiment chang√©. J’arrive √† faire ce que j’ai pr√©vu de faire. Je passe de bonnes journ√©es. Je reprends confiance en moi. Je commence √† entrevoir qu’un jour il me sera possible de faire des choses en vue d’un objectif √† moyen ou long terme. Ma charge mentale a fondu comme neige au soleil.

C’est vraiment le d√©but de la suite de ma vie.

Mais alors, c’est quoi?

Si je n’ai pas entam√© cet article avec le nom du trouble qui m’a √©t√© diagnostiqu√© (et qui concerne, √† des degr√©s divers, un adulte sur 20 ou 25), c’est parce que ce nom charrie de nombreux pr√©jug√©s, et qu’il est ‚Äď je ne suis pas la seule √† le dire ‚Äď assez mauvais. Ma m√©compr√©hension de ce trouble, certainement bas√©e sur son nom et les id√©es re√ßues qui circulent √† son sujet, a clairement retard√© mon diagnostic et ma prise en charge, et m’a valu plusieurs ann√©es de gal√®re personnelle en plus. Je voulais donc raconter mon histoire d’abord, que vous ayez l’occasion de la d√©couvrir sans les lunettes d√©formantes de l’√©tiquette que peut conf√©rer ce diagnostic.

J’ai un autre article pr√©vu dans la pipeline pour parler plus en d√©tail de cette histoire de nom et des id√©es re√ßues, mais je ne vais pas vous laisser en suspens d’ici l√†. Le truc qui fait que j’ai du mal √† faire les choses, √† passer de l’intention √† l’action, que ma gestion √©motionnelle est un peu bof, que je suis comme prise dans l’imm√©diat du pr√©sent, que tout m’int√©resse, que je d√©borde d’id√©es et de projets mais que je n’arrive rien √† finir, que je suis cr√©ative et que je parle peut-√™tre un peu trop, que je peux me plonger dans un truc et abattre un boulot √©norme en un rien de temps ou devenir une experte de quelque chose que je ne connaissais pas, en gros, ce truc “qu’ont” les personnes comme moi qui ont une fonction ex√©cutive pas top, on appelle √ßa un TDAH. Oui, le fameux Trouble du D√©ficit de l’Attention avec/ou sans Hyperactivit√©.

Ça vous fait quoi?

Peut-√™tre que vous √©tiez familiers avec ce trouble et que vous saviez de quoi je parlais d√®s le d√©but de cet article. Peut-√™tre que, comme moi avant, ces quatre lettres √©voquent “court partout et n’arrive pas √† se concentrer plus de 2 minutes”. Peut-√™tre que √ßa vous para√ģt tr√®s √©tonnant de me voir concern√©e par ce diagnostic, ou au contraire, pas du tout. Peut-√™tre que √ßa vous dit vaguement quelque chose, mais que ces histoires de “trouble d’attention” ou “d’hyperactivit√©” c’est vraiment √† la p√©riph√©rie de votre conscience, un truc dont on n’est m√™me pas vraiment s√Ľr si c’est “pour de vrai” ou un machin √† la mode un peu invent√© de toutes pi√®ces pour excuser une mauvaise √©ducation, la paresse, ou trop de complaisance envers soi-m√™me. Peut-√™tre que vous vous reconnaissez dans mon histoire, peut-√™tre un peu trop pour votre confort, et que vous √™tes en train de vous demander, entre sueurs froides et lueur au bout du tunnel, si vous aussi, non mais quand m√™me, je saurais si j’avais √ßa…?

Toutes ces r√©actions sont l√©gitimes. Les commentaires sont ouverts, et mes MP/Whatsapp aussi. En attendant d’√©crire plus sur le sujet (et sur cette p√©riode charni√®re de mon parcours de vie), je vous laisse avec quelques liens si vous souhaitez creuser un peu:

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Quintus, 1 an [fr]

13.12.2021, 21:20

Demain, le 14 d√©cembre, cela fera un an jour pour jour que j’ai dit adieu √† Quintus. J’ai r√©cup√©r√© ses cendres, comme je l’ai fait pour mes autres chats, et depuis, il y a une petite bo√ģte sur ma table de nuit, tout pr√®s du coin du lit o√Ļ il a pass√© une grande partie de ses derni√®res ann√©es.

Je n’avais pas le coeur de le mettre ailleurs. Alors le projet, c’est d’aller disperser ses cendres dans le jardin, comme je l’ai fait pour Bagha, Safran, et Tounsi avant lui. Alors c’est dur tout court, de faire √ßa, mais l√†, doublement dur parce que ses derni√®res ann√©es de vies √©taient tellement peu dehors.

Mais je veux me souvenir aussi des ann√©es o√Ļ il passait des heures install√© sous le buisson devant l’immeuble, o√Ļ on se promenait avec Tounsi autour du b√Ętiment, o√Ļ il courait √† travers le gazon, chassait, et grimpait m√™me aux arbres.

Alors demain, je prendrai mon courage à deux mains, même si je ne suis absolument pas prête, et je ferai un pas de plus dans ma vie sans Quintus.

14.12.2021, 18:08

Il y a des moments o√Ļ il faut aller de l’avant avec la vie, m√™me si √ßa fait mal. Se souvenir que le chat qu’on aimait, avec son corps si chaud, ses poils si doux, son odeur, sa truffe humide, son ronron et ses coups de langue, et bien maintenant, c’est un petit tas de poussi√®re dans une bo√ģte. Que c’est fini, qu’il n’est plus l√†, qu’il est mort, pour toujours. Qu’il est temps d’aller de l’avant dans la vie, sans le chat.

Alors j’ai regard√© cette poussi√®re, qui n’est plus rien du chat que j’aimais, qu’un souvenir, et bien moins vivant que celui qui est dans mon coeur, quelques grammes symboliques que je vais rendre au jardin qu’il aimait, avec quelques larmes, la m√©moire des pr√©cieuses ann√©es ensemble, la poussi√®re qui s’envole et le sable qui tombe au sol.

Et puis, renter √† la maison, faire un c√Ęlin au chat qui est l√†, tout chaud, tout vivant, et qui un jour aussi, si on a de la chance, sera un petit tas de poussi√®re et de sable, au fond d’une bo√ģte.

Ecouter: partie 1 | partie 2

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Témoignage musical [fr]

En 2005, j’avais fait un long chemin entre “je ne sais pas chanter” et “en fait, j’adore chanter”. √áa avait bien d√Ľ prendre une d√©cennie. On m’a parl√© d’un choeur sympa o√Ļ chantait une coll√®gue. C’√©tait Caf√©-Caf√©.

J’ai √©t√© g√Ęt√©e pour mon premier concert, √† Ch√©serex. Quatre soirs de suite. C’√©tait magique.

Les concerts se sont encha√ģn√©s, les ann√©es aussi, et j’ai eu un plaisir fou non seulement √† chanter, mais aussi √† c√ītoyer toutes ces belles personnes qui, au milieu des notes de musique, respiraient avec moi en harmonie.

En 2013, j’ai d√Ľ prendre la d√©cision d√©chirante d’arr√™ter Caf√©-Caf√©. J’avais d’autres activit√©s qui me tenaient tr√®s √† coeur, une vie professionnelle complexe, et l’incapacit√© fondamentale et malheureuse d’√™tre √† plusieurs endroits en m√™me temps.

Il n’y avait pas de bonne solution. Durant quelques ann√©es, j’ai tent√© de mener tout de front, √† grands coups de compromis, jusqu’√† ce que √ßa devienne intenable. Mon d√©part s’est fait dans les larmes, et pas comme j’aurais voulu. La faute √† personne, juste √† la vie et au temps.

Je suis all√©e revoir mes camarades de choeur en concert apr√®s √ßa. Une fois, peut-√™tre deux. Mais c’√©tait trop dur. J’en pleure encore aujourd’hui.

S’en est suivi une p√©riode de plusieurs ann√©es o√Ļ je n’√©coutais presque plus de musique ‚Äď entre autres parce qu’elle me faisait quasi syst√©matiquement fondre en larmes. C’√©tait plus facile d’√©viter.

‘2019. J’avais peut-√™tre vaguement vu sur facebook que Pierre avait eu “un souci de sant√©”, mais cela ne m’avait pas interpell√© plus que √ßa. J’ignorais qu’il √©tait malade. J’ai appris son d√©c√®s, je ne sais plus ni quand ni comment, et √† son enterrement, dans la peine des derniers adieux, j’ai retrouv√© mes amis de Caf√©-Caf√©. Et aussi une √©vidence: tout cela m’avait bien trop manqu√©.

Quand j’ai su qu’un spectacle serait en pr√©paration pour rendre hommage √† Pierre, je n’ai pas h√©sit√© tr√®s longtemps. Je sortais d’une op√©ration qui avait √©lagu√© mon agenda pour l’ann√©e √† venir et je ne travaillais pas: j’allais donc en profiter pour chanter.

Une pand√©mie et presque deux ann√©es plus tard, nous y voil√†: nous sortons d’un week-end incroyable d’√©motions, de musique et d’amiti√©. Une c√©l√©bration de Pierre et de son oeuvre, et aussi de tous ces liens qui se sont tiss√©s autour de lui, entre nous, et qui lui survivent.

Ces dix derniers jours ont √©t√© √©prouvants. La musique, et √ßa je l’ai bien compris maintenant, elle vient chercher directement nos √©motions. Impossible de se cacher. Et depuis le week-end dernier o√Ļ nous avons commenc√© √† mettre ensemble choeur, orchestre et solistes, c’est le raz-de-mar√©e qui n’est all√© que crescendo, jusqu’au dernier accord majeur de “Sang pour sang” dimanche soir.

Pour moi il y avait, en plus de tout ce que charriait cet hommage, l’√©motion de me retrouver sur sc√®ne avec Caf√©-Caf√© apr√®s presque 10 ans d’absence. Egalement, la perspective d’un nouveau choix “impossible” entre ma famille musicale et les vents du L√©man, puisqu’un avenir se dessine, sous une forme ou une autre, avec Elodie, qui a brillamment relev√© le d√©fi de nous diriger jusqu’√† cet hommage. Elle l’a fait avec humanit√©, humour et humilit√©, nous offrant ainsi l’espace de gu√©rison dont avaient tant besoin nos √Ęmes musicales apr√®s les √©preuves travers√©es. Je sais que je ne suis pas la seule √† avoir √©t√© conquise et √† vouloir continuer la route avec elle.
Ma d√©cision restera difficile, mais peut-√™tre que cette fois, je choisirai le chemin de la musique… et de l’amiti√©.

Ce billet a été initialement publié sur facebook. 

Crédit photo Ariane Dorsaz

Crédit photo François Clair

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La vie avec deux doses [fr]

J’ai eu ma deuxi√®me dose de vaccin le 5 juin. J’ai morfl√©, comme beaucoup, mais qu’est-ce que je suis heureuse d’√™tre vaccin√©e et plus d√©tendue dans ma vie. D√©j√† apr√®s la premi√®re dose, les jours puis les semaines passant, j’ai senti que mon irritation envers les gens qui tiennent √† porter leur masque sous le nez (voire √† faire les rebelles en le gardant sous le menton) diminuait.

Bon, ce n’√©tait pas dramatique, car je ne croisais pas souvent des gens. Au travail, c’est masque chir pour tout le monde, on est drill√©s, et franchement bons √©l√®ves. Dehors, c’est dehors: 20 fois moins de risque que dedans. Les transports publics, le nombre de fois que je les ai pris √ßa se compte sur les doigts d’une main. Mais soyons honn√™te, √ßa me gonflait quand m√™me de me retrouver “potentiellement expos√©e” comme √ßa. Et surtout, ne voulant pas faire courir de risque √† des personnes vuln√©rables de mon entourage, ma vie sociale se trouvait d’autant plus r√©duite √† n√©ant.

Que mes parents soient vaccin√©s a d√©j√† √©t√© un gros soulagement: je peux aller les voir, manger avec, sans stresser. L’arriv√©e des autotests aussi, m√™me si je n’ai pas beaucoup eu l’occasion de les utiliser. Mais j’ai senti le soulagement que c’√©tait de ne pas avoir derri√®re la t√™te cette crainte, apr√®s une rencontre, d’√™tre infect√©e ou d’avoir infect√©. De guetter d’√©ventuels sympt√īmes. C’est un peu comme si je retrouvais ma tranquillit√© d’esprit d’avant. Pour moi et les autres.

Mon entourage, les gens qui me sont proches, sont tr√®s largement en train de se faire vacciner, √† quelques exceptions pr√®s. Honn√™tement, c’est comme une lib√©ration. Je sais qu’il y a un certain taux d’√©chec vaccinal, mais √ßa reste vraiment microscopique compar√© √† “sans”. C’est un risque qui commence √† rentrer dans mes “risques acceptables de la vie” ‚Äď alors que le covid sans vaccin ne l’√©tait pas.

Maintenant, si les gens dans le bus laissent pendre leur nez sur leur masque, si les gens participant √† la m√™me activit√© que moi d√©cident de l’enlever, “parce que”, je m’en fiche. Et franchement, c’est tr√®s agr√©able.

Ma pr√©occupation a bascul√© de la pr√©servation de ma sant√© √† celle de “suivre les r√®gles”, √™tre la bonne √©l√®ve. J’ai tendance √† suivre les r√®gles. J’ai aussi tendance √† avoir du mal avec les r√®gles que je trouve inutiles ou insens√©es, comme tout le monde j’imagine. Evidemment que les consignes sanitaires actuelles s’appliquent √† tous, vaccin√©s comme non vaccin√©s (car tout le monde n’a pas encore eu l’opportunit√© d’avoir ses deux doses), et donc on se trouve dans des situations un peu cocasses comme √™tre dans une r√©union de travail entre personnes vaccin√©es et garder malgr√© tout le masque sur le nez. Ou de prendre part √† une activit√© th√©oriquement avec masques, mais en pratique sans, √† me demander quel sens √ßa a que je porte le mien (outre faire la bonne √©l√®ve) car au final, m√™me si un cas positif se d√©clare, non seulement je cours tr√®s peu de risques de contamination, mais en plus, administrativement, je ne serai pas mise en quarantaine. On attend que les consignes sanitaires rattrapent la r√©alit√© du terrain. Et en attendant, on voit bien que √ßa va devenir de plus en plus difficile d’imposer le port du masque √† des personnes vaccin√©es en nombre croissant.

Mais voil√†, en attendant, ma vie retrouve de la l√©g√®ret√©. J’ai d√©j√† mang√© plusieurs fois au restaurant — en terrasse, mais finalement je serais aussi pr√™te √† manger dedans, s’il fallait. C’est marrant, les restaurants ne m’ont pas plus manqu√© que √ßa durant leur fermeture, mais maintenant qu’ils sont ouverts, je suis hyper contente de pouvoir y aller. Et j’y d√©pense de l’argent en tr√®s bonne conscience, me disant que √ßa vient mettre un peu de baume au coeur de leurs chiffres d’affaires bien malmen√©s par la crise.

Je commence à retourner à mes cours de chant, et au judo. Je planifie ma prochaine sortie bateau. Il fait beau. Je vais bien.

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Quintus: 6 mois [fr]

Quatorze d√©cembre, 14 juin. Six mois. Six mois que j’ai dit adieu √† ma vieille bo√ģte √† ronrons. Je ne pleure plus, enfin je ne pleurais plus avant de commencer √† √©crire ces mots. Il me manque, mais je suis aussi tellement soulag√©e de ne plus vivre dans le stress constant qu’il lui arrive quelque chose, d’√™tre lib√©r√©e de la charge de me soucier de lui et de le soigner au quotidien.

Pourtant, je l’ai fait de bon coeur. Je me sens presque coupable d’appr√©cier autant ma libert√©. Juste l√†, je donnerais beaucoup pour pouvoir le tenir encore quelques minutes dans mes bras, sentir sa t√™te contre la mienne, entendre son ronron.

Mon Quintus. ūüíĒ

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Pas envie [fr]

Tout √† l’heure, je voulais √©crire. Un truc pr√©cis. J’ai fait un d√©tour par autre chose, et l’envie a fil√© se cacher sous un meuble.

J’ai un dr√īle de rapport √† l’envie. L’envie de faire, donc. C’est compliqu√©, j’h√©site √† essayer d’expliquer.

Quand une envie passe j’ai tendance √† vouloir me jeter dessus pour en faire quelque chose avant qu’elle s’en aille. Souvent, je n’ai pas d’envie. Envie de rien.

Et faire quand je n’ai pas envie, c’est au coeur de ma lutte. J’ai bien compris que dans la vie, il faut souvent faire m√™me si on n’a pas envie. Ses imp√īts, aller au travail parfois, mais aussi des choses aussi b√™tes que la vaisselle ou se faire √† manger.

Je me raisonne, mais √ßa demande souvent une √©nergie folle. La contrainte en trainant des pieds ou m√™me en allant √† reculons. Alors je me dis, et si on travaillait sur l’envie? La cr√©er, l’alimenter? Ce n’est pas une mince affaire non plus.

J’en entends d√©j√†: “tu te prends trop la t√™te” ou de l’autre c√īt√© “non mais t’as raison de pas faire si tu as pas envie”. Les deux sont vrais sous un certain angle mais ne font rien bouger.

Hier, j’√©coutais “Creatures of Habit“, un √©pisode de l’excellent podcast Hidden Brain. Pourquoi fait-on ce qu’on fait? On tend √† surestimer l’importance de notre volont√©, alors qu’une grande partie de nos actions sont d√©termin√©es par nos habitudes. Les habitudes, √ßa peut se contr√īler, en partie, si on comprend comment elles s’√©tablissent et s’√©teignent.

Peut-√™tre que je suis prise dans ce pi√®ge, √† penser que “vouloir” (“avoir envie”?) est la cl√© de l’action et par cons√©quent du sens de la vie. Parce qu’√©videmment derri√®re toute cette histoire d’envie/pas envie il y a celle du sens. Je n’arrive pas √† y √©chapper, ni √† y r√©pondre de fa√ßon satisfaisante.

Faire ce qu’on a envie, c’est une solution facile, au fond. Mais peut-√™tre que faire ce qu’on doit, regarder plut√īt par la lorgnette de la responsabilit√© ‚Äď aux autres, au monde, mais avant tout √† soi-m√™me ‚Äď est plus satisfaisant, et au final, serein. Et peut-√™tre que dans cette qu√™te de sens il faut inclure la notion de bien-√™tre (au sens √©thologique plus que “d√©veloppement personnel”).

Une autre notion qui est venue compl√©ter ma bo√ģte √† outils il y a quelque mois, c’est celle de courage: le courage de faire les choses qui ne sont pas faciles. Peut-√™tre, pour moi, simplement le courage de faire ce qui est bien pour moi, envie ou pas. A force, je me connais quand m√™me assez bien, et je sais un peu ce qui marche et surtout ce qui marche pas.

Alors nous y sommes: je vais avoir le courage de ne pas attendre l’envie et de faire ce qui est de ma responsabilit√© pour assurer mon bien-√™tre.

Pour le sens, il faudra peut-être repasser.

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Un livre de chevet [fr]

A un moment donn√© j’ai perdu confiance dans ma capacit√© √† m’endormir. Je ne saurais pas trop dire exactement quand, mais √ßa fait un moment. J’ai toujours eu du mal √† aller me coucher, mais une fois couch√©e, pas tellement √† m’endormir. Durant des p√©riodes stressantes de ma vie, √ßa m’est arriv√©, mais c’est pas “standard”.

Il y a des ann√©es et des ann√©es de √ßa, la pr√©paration de ma demi-licence de fran√ßais √† l’uni avait m√©chamment entam√© mon sommeil. J’avais du mal √† dormir, je me r√©veillais en sursaut le matin et je ne me rendormais plus. J’ai d√©couvert la tisane de fleur d’oranger, et j’aime √† dire qu’elle a sauv√© ma demi-licence de fran√ßais.

Quand j’ai commenc√© √† enseigner, alors que j’approchais du burnout, c’√©tait pas top non plus. Je m’√©tais fait la r√©flexion que si je ne faisais plus rien hors du travail, c’√©tait normal qu’il n’y ait que √ßa dans ma t√™te.

Au fil des ann√©es j’ai r√©alis√© que plus je suis fatigu√©e, moins j’arrive √† me mettre au lit, plus √ßa tourbillonne dans ma t√™te. Vous voyez le cercle vicieux. Une sorte d’hyperactivit√© vesp√©rale.

Cet √©t√©, j’ai eu des soucis de m√©canique respiratoire (je vous passe les d√©tails) qui m’ont √©norm√©ment g√™n√©s pour dormir. A un point catastrophique et extr√™mement stressant. Merci mon physio, on est arriv√© (apr√®s des mois) au bout de l’histoire et je respire √† nouveau facilement, mais je crois que mine de rien, √ßa m’a fait une longue p√©riode o√Ļ je n’arrivais souvent pas √† m’endormir facilement. On rajoute l√†-dessus d’autres trucs, bref… pas la joie. Apr√®s, faut relativiser: pour moi, des soucis de sommeil √ßa veut dire que j’ai besoin d’√©couter un podcast pour m’endormir, par exemple, ou que je me couche trop tard, et que je dors 6h30 par nuit (effectif) au lieu des plut√īt 7h30 qu’il me faut.

L√†, merci un machin bleu et puant qui s’appelle Redormin, √† base de val√©riane, j’ai rajout√© une heure de sommeil √† mes nuits, globalement. √áa fait une sacr√©e diff√©rence. Et, d√©tail int√©ressant, je me sens plus fatigu√©e le soir (comme quoi le cercle vicieux de la fatigue surexcitante… moche).

Alors bon, tout √ßa c’est le contexte. Ce dont je veux parler c’est de la lecture avant de se coucher. Le fameux livre de chevet. Je suis √† la base une d√©voreuse de livres. Il y a des pauses dans ma consommation libresque, mais globalement, j’aime lire. En quatri√®me ann√©e, je me souviens √™tre rest√©e √©veill√©e jusqu’√† passer minuit pour finir mon livre. Depuis 10-15 ans, je regarde aussi volontiers des s√©ries. Et j’ai pris conscience √† un moment donn√© que j’avais mes “phases s√©ries” et mes “phases livres”. Je n’aime pas trop m√©langer les deux. Un univers fictionnel √† la fois dans lequel se plonger.

J’ai repris la lecture il y a quelques jours. Un livre tranquille. Je lis un peu, hop, je sens passer le train du sommeil, j’√©teins, je dors (parfois avec le machin bleu puant, parfois pas). Mais quand je regarde des s√©ries, j’ai aussi tendance √† regarder avant de me coucher. Les √©crans avant dodo c’est mal, je sais. Mais j’ai “toujours” fait comme √ßa. Sauf que l√†, en reprenant la lecture, j’ai r√©alis√© que lire versus regarder une s√©rie avait un effet diff√©rent sur ma “cha√ģne de t√©l√© int√©rieure”. En effet, ce qui me chicane quand j’essaie de dormir, c’est qu’il y a trop de sc√®nes qui se baladent dans ma t√™te. Des choses de la journ√©e √©coul√©e en replay, des sc√©narios pour des discussions √† venir en mode maquette. Pas forc√©ment des choses qui me stressent horriblement. Juste des choses qui tournent, tournent, tournent.

Et il me semble que lire avant de dormir, √ßa a un impact sur √ßa. Ce que je viens de comprendre, c’est que quand je lis, j’absorbe du texte, des mots, des phrases. √áa prend la place de mon discours int√©rieur. Et √ßa guide ma vid√©o int√©rieure. En lisant je me “fais le film” de ce que je suis en train de lire. C’est d’ailleurs pour √ßa qu’√©couter un podcast pour m’endormir marche bien: j’√©coute un truc, je ne suis donc pas en train de produire mon propre mat√©riel.

Par contre, en regardant une s√©rie, j’absorbe en mode passif un “discours vid√©o” ext√©rieur. Et je pense clairement que √ßa n’a pas le m√™me effet d√©branchant sur ce qui se passe dans ma t√™te. Je me suis donc dit qu’il fallait que j’aie un livre de chevet m√™me quand je regarde une s√©rie.

Un livre de chevet: assez int√©ressant pour avoir envie de le lire. Mais pas tellement prenant que je lutte contre le sommeil pour avoir la suite de l’histoire.

Je vous laisse, je vais lire.

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Pand√©mie: o√Ļ j’en suis [fr]

√áa fait un moment que j’ai envie de faire un peu le point sur o√Ļ j’en suis avec cette satan√©e pand√©mie. Au d√©but, quand on √©tait tous sous le choc, j’avais fait quelques vid√©os (et m√™me articles, je crois). Puis l’impensable est devenu normal: les fermetures, l’isolement social, les masques partout, et m√™me les tensions entre les fa√ßons diff√©rentes qu’on a de g√©rer cette nouvelle r√©alit√© et √† l’int√©grer dans notre syst√®me de croyances.

Donc moi, l√†-dedans? J’avoue vivre tout √ßa avec un certain sto√Įcisme. J’ai la chance de faire partie des personnes qui ont tr√®s bien v√©cu le premier confinement, sur le plan personnel. √áa a √©t√© un grand soulagement de me sentir lib√©r√©e de l’attente (que je projetais sur moi) d’√™tre productive, active, sociable. Je sais que √ßa n’a pas du tout √©t√© comme √ßa pour tout le monde (la pand√©mie: grande r√©v√©latrice des in√©galit√©s, creuseuse de foss√©s entre les v√©cus personnels) mais moi, l√†, j’ai fait partie des chanceux, pour √ßa.

La pand√©mie m’a amen√© un travail. Temporaire, certes, mais un travail. Je suis Responsable d’√©quipe au Centre de tra√ßage du Canton. On est une vingtaine de responsables d’√©quipe. Deux par √©quipe. Environ 25 traceurs et traceuses par √©quipe. C’est √©trange pour moi d’√™tre dans une configuration o√Ļ j’ai autant d’homologues. Les horaires irr√©guliers ce n’est pas toujours facile. Mais je suis heureuse d’√™tre dans le service public, de “faire quelque chose” pour le bien commun dans cette situation difficile que nous traversons tous.

On s’habitue. √áa ne me fait plus rien de voir des gens avec des masques tout le temps. J’ai de la peine √† imaginer qu’il y a un an, quand j’allais faire mes courses, la Migros √©tait remplie de visages tout nus. On s’habitue, mais sournoisement, le temps s’accumule, et l√†, m√™me si je prends mon mal en patience, j’en ai marre-marre-marre. Et je me rends compte que la perte de ma vie sociale, du contact physique aussi (les joies de vivre seul au temps de la pand√©mie), du sport, des “possibles” au niveau culturel ou simplement des activit√©s, √ßa commence √† avoir un impact n√©gatif sur moi.

J’ai vu arriver les premiers vaccins avec une joie et un soulagement immenses. Le bout du tunnel en vue, enfin. L√†, je ronge mon frein, en voyant √† quelle non-vitesse on arrive √† vacciner les gens ici. On n’est pas sortis de l’auberge.

Les nouveaux variants m’inqui√®tent. Pour le moment, ce n’est pas la cata, mais plus on traine, plus le virus circule, plus grande est la probabilit√© d’apparition de nouveaux variants.

J’ai beaucoup, beaucoup de mal avec le fait qu’une si grande proportion de notre population se m√©fie des vaccins, voire m√™me s’y oppose. √áa m’inqui√®te beaucoup. √áa me fait peur aussi, de voir √† quel point la peur pousse les gens dans des id√©ologies √† la logique sectaire, d√©connect√©es des faits et de la r√©alit√©. Je sais que “d√©battre” ou “tenter de convaincre” ne sert √† rien. Je fais de mon mieux. Je me sens impuissante, j’essaie de ne pas √™tre en col√®re. Mais j’ai du mal.

Le “th√©√Ętre sanitaire” m’√©nerve aussi. Toutes les mesures sanitaires ne sont pas th√©√Ętre, loin de l√†, mais il y en a. Nettoyer la chaise sur lequel un patient s’est assis avant l’arriv√©e du suivant? √áa n’a vraiment aucun sens √©pid√©miologiquement. Toute cette obsession autour des surfaces de contact, toute cette √©nergie d√©pens√©e √† nettoyer ou ne pas toucher des poign√©es de porte, c’est compl√®tement disproportionn√© face au mode de transmission de ce virus respiratoire: les gouttelettes (petites particules qui tombent au sol √† environ 1.5-2m) et les a√©rosols (gouttelettes plus fines qui volettent dans l’air, comme une odeur).

On en est encore √† ne pas se serrer la main ou se prendre dans les bras (avec masque) alors qu’on ne sourcille pas devant l’id√©e de partager un repas en int√©rieur ou se voir pour boire un th√©, regarder la t√©l√©, ou jouer √† des jeux (“ben oui y’a les distances” ‚Äď mais quid de la ventilation? a√©rosols, all√ī?)

Cette incoh√©rence m’√©nerve.

Au niveau des mesures prises, franchement, c’est Charybde et Scylla. Tout est reli√©, notre soci√©t√© est un syst√®me extr√™mement complexe. Il n’y a pas de bonne solution: il faut “choisir son poison”. Ici, on a choisi de maintenir les √©coles ouvertes, d’√©viter autant que possible de d√©scolariser les enfants. Parce que la sant√© publique n’est pas que physique. Donc oui, on accepte un surplus de transmission du virus dans la population pour ne pas d√©scolariser nos enfants. Mais on ne va pas accepter un surplus de transmission pour sauver les restaurants, ni la culture. Une pes√©e des int√©r√™ts comporte toujours une part d’id√©ologie, de valeurs. Elle n’est pas objective.

D’autres pays, comme les USA, n’ont pas boucl√© la culture et la restauration, mais ont ferm√© leurs √©coles en mars. Il y a des enfants de 8 ans qui auront bient√īt fait une ann√©e scolaire enti√®re √† distance.

Toute d√©cision aura des cons√©quences. La culture, la restauration, les petites entreprises qui auront coul√© √† cause de la crise sanitaire ne se rel√®veront pas. Il y a des aides, certes (√† nouveau, mieux qu’ailleurs) mais de loin pas suffisantes ou ad√©quates pour compenser les d√©g√Ęts de la crise.

Il ne faut pas se leurrer, une pand√©mie, c’est pas quelque chose qu’on arrive √† g√©rer bien. C’est une catastrophe. Une catastrophe √ßa fait des d√©g√Ęts. C’est moche. Tr√®s moche. Des morts, des drames personnels, des drames collectifs, des drames culturels, gastronomiques et √©conomiques.

Cette pand√©mie nous affecte tous. Dans nos vies, il y a des drames et des catastrophes. On pert un √™tre aim√©, on a un accident, on se s√©pare. Ces drames ont des cons√©quences sur nos vies. Parfois il nous faut des ann√©es pour nous relever. Parfois les cons√©quences durent toute une vie. On perd la carri√®re qu’on aurait pu avoir, on doit d√©m√©nager, notre couple p√®te. Parfois, ces drames sont “la faute de personne”. Parfois pas. Mais dans tous les cas, on les subit, on fait face du mieux qu’on peut, ou du moins mal qu’on peut, on se rel√®ve, on finit par se reconstruire.

Ce qui est diff√©rent maintenant, c’est qu’on est tous en train de vivre une p√©riode de drame en m√™me temps. Pour certains le drame est plus grand que pour d’autres. Mais il est l√† pour nous tous. Cette pand√©mie n’est pas un inconv√©nient passager qu’on pourra oublier une fois qu’il est derri√®re nous. Ce n’est pas quelques semaines de maladie ou un v√©lo vol√©. L√†, on est encore dedans. On sert les dents, on essaie de survivre. A nouveau, c’est injuste, car c’est plus dur pour certains que pour d’autres. Mais tout comme la vie ne sert pas √† chacun et chacune la m√™me quantit√© de difficult√©s. Certains se d√©battent avec une maladie chronique toute leur vie, d’autres pas. Certains gal√®rent professionnellement, ou relationnellement. Bref, on n’est pas tous √©gaux devant la vie, ni devant la pand√©mie.

Donc c’est la merde. C’est la merde pour nous individuellement √† diff√©rents degr√©s. C’est la merde pour nous collectivement, parce qu’on va tous payer d’une fa√ßon ou une autre le prix que notre soci√©t√© paie pour tenter, tant bien que mal, de limiter les d√©g√Ęts. Cette pand√©mie va marquer notre vie. Et si c’est le cas, c’est qu’on a la chance de ne pas faire partie de ceux qui n’en ont plus, eux, de vie.

Face √† la difficult√© et l’injustice, certains vont chercher un coupable. Un coupable, c’est confortable. √áa donne une cible √† notre col√®re. √áa donne une explication. √áa donne du sens. S’il y a un ou des salauds dans l’histoire, on peut leur en vouloir et exiger d’eux qu’ils r√©parent, qu’ils solutionnent, qu’ils “cessent d’√™tre m√©chants” ‚Äď ainsi notre probl√®me dispara√ģtra.

Moi, je suis plut√īt √† chercher des explications. Je crois que fondamentalement chacun et chacune fait de son mieux. Je crois qu’√† quelques exceptions pr√®s, les gens sont de bonnes personnes. Nos politiciens et politiciennes aussi. Je crois que quand les choses vont mal, c’est rarement “la faute” √† quelqu’un. Je crois que c’est beaucoup plus difficile ‚Äď mais plus juste ‚Äď d’accepter qu’il n’y a pas toujours une cause simple √† tout, que les situations injustes ne sont pas souhait√©es, ou alors qu’elles ont des explications bien plus complexes que celles qu’on voit, et qu’en l’absence de coupable personne n’a le pouvoir de venir nous sauver.

Cela ne signifie pas qu’il ne faille pas se faire entendre, lutter pour nos droits, pour la justice. Mais √ßa change la posture. Cette crise sanitaire a mis tout un paquet de personnes, dont nos dirigeants, dans la situation de devoir prendre des d√©cisions qui seront de toute fa√ßon mauvaises ‚Äď parce qu’il n’y a pas de “bonne solution” √† une pand√©mie mondiale.

Au bout du compte, ce qui importe, c’est qu’on puisse un jour en sortir. On va en sortir avec des vaccins. On va en sortir en continuant √† “faire attention” pendant un moment encore. On va en sortir avec des changements peut-√™tre durables, comme mettre un masque sur son nez quand on est malade. On va en sortir en apprenant √† mieux prendre en charge la maladie ‚Äď aigu√ę et chronique.

On en sortira, mais il y aura eu des d√©g√Ęts. A tous les niveaux. Comme on est sortis de la guerre et de la grippe de 1918.

J’ai beaucoup de mal √† accepter qu’on doive traverser √ßa. J’ai le m√™me sentiment de “rejet” ces temps avec la pand√©mie qu’avec la mort de mon chat. Deux drames, √† des niveaux diff√©rents, qui m’affectent. Un qui n’affecte plus ou moins que moi, un qui affecte tout le monde. Il y a ces moments o√Ļ je voudrais pouvoir faire en sorte que Quintus ne soit pas mort. Et il y a ces moments o√Ļ je voudrais pouvoir faire en sorte que le virus n’existe pas, que la pand√©mie ne soit pas l√†, r√©cup√©rer nos vies normales d’avant, remplies de libert√©s et de possibilit√©s que je n’appr√©ciais pas √† leur juste valeur avant de ne plus y avoir acc√®s.

Je me raconte que c’est OK pour moi de ne voir personne, de ne pas chanter ni aller au judo, de ne pas faire la bise √† ma famille et mes amis, de ne pas aller au cin√©ma ou au restaurant. Alors oui, √† un niveau c’est OK, parce que je n’ai aucune envie d’attraper (ou transmettre) le covid, je sais √† quel point nos h√īpitaux sont surcharg√©s et ce que √ßa signifie, le covid long me fout les boules. J’imagine aussi √† quoi √ßa aurait pu ressembler si nos autorit√©s avaient dit “rien √† faire du virus, continuez √† vivre vos vies, √ßa va passer”. Donc j’accepte. Mais c’est pas bien. Je n’aime pas vivre comme √ßa. J’en ai marre. Je veux reprendre ma vie d’avant.

Je comprends la tentation, apr√®s ces longs mois, maintenant que l’habituation a fait son job, de tout envoyer balader et vouloir faire comme si de rien n’√©tait et “vivre normalement”. Je l’ai. Mais je n’y c√®de pas, parce que je sais que la r√©alit√© de la situation n’a pas chang√©, m√™me si notre perception nous dit autrement.

Pourtant, qu’est-ce que j’en ai marre. J’ai l’impression d’√™tre embourb√©e dans la vie, l√†, en attente d’un soleil qui ne vient pas.

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Tristesse du soir [fr]

Ce soir, alors que √ßa va plut√īt bien, subit coup de blues. Il me manque, mon vieux chaton c√Ęlin. Il aimait vraiment le contact, les caresses, √™tre dans les bras, sur les genoux. M√™me si ces derniers temps, il ne voulait plus les genoux. Puis, plus les bras. Mais toujours les caresses.

Oscar, il est plus r√©serv√© dans le contact. Il a eu une vie plus mouvement√©e que Quintus, a beaucoup souffert, eu peur… Il me fait confiance, mais ce n’est pas la confiance absolue qu’avait Quintus. Il aime les caresses mais il faut montrer patte blanche d’abord. Frotter les joues, c’est bien. Gratter sous le cou, un peu, parfois. Il reste en alerte.

Il a le droit, bien s√Ľr. Chaque chat est diff√©rent. Quand Tounsi est mort, c’est aussi ce qui √©tait sp√©cifique √† notre lien qui me manquait. Ce que rien d’autre ne remplace. Ce qu’on n’aura plus jamais.

Quand Tounsi est mort, j’√©tais r√©volt√©e par l’injustice de la situation, il √©tait jeune, on n’avait pas compris ce qui lui arrivait quand les premiers signes de sa maladie se sont manifest√©s, j’ai culpabilis√©, bref, c’√©tait un ouragan d’√©motions.

Ici, avec Quintus, c’est presque si √† quelque part je n’avais pas le “droit” d’√™tre aussi triste. Il est mort paisiblement, il a v√©cu de longues ann√©es, il a eu une super vie, a √©t√© un super compagnon, que demander de plus? Une vie bien v√©cue, un mort au moment juste pour moi, et pour lui aussi j’esp√®re.

La seule r√©volte √† avoir ici, c’est contre la finitude de la vie. La mort. Et √† quoi bon? Il n’y a rien √† faire autrement, juste apprendre √† faire avec. Et √ßa, je crois que je ne suis pas pr√™te, au fond. Je lutte encore.

Alors je laisse de c√īt√© la r√©volte, car elle est vaine. Et il reste √ßa: j’aimais mon chat. Il n’est plus l√†. Il me manque. Je suis triste. Peu importe le comment, le pourquoi, que tout ce soit fait de les meilleures conditions possibles. Peu importe le juste ou l’injuste, peu importe que j’aie ou non un autre chat. Il n’est plus l√†, et c’est horrible. Je suis tellement triste. Juste tellement triste.

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