Matin sans photo [fr]

Ce matin, à l’annonce d’une journée magnifique, c’est la brume qui s’échappe des champs et vallons. Elle s’installe dans les petits creux, cottoneuse, elle se prélasse devant les bois, capturant les rayons éclatés du soleil qui les traverse, au gré du passage des wagons à travers la campagne. Une touche de givre fait pâlir le paysage, et toujours, derrière, les montagnes blanches qui découpent le ciel.

Comme hier, il n’y aura pas de photo. Elle ne rendrait pas justice à ce que j’ai pu voir. La faute à mes maigres talents de photographe, au smartphone qui cherche frénétiquement un angle à travers les reflets de la vitre, au réel qui parfois refuse de se laisser capturer.

Une idée aussi qui a pris racine dans ma tête, sans crier gare, comme c’est souvent le cas, de sorte que je ne sais même plus où je l’ai croisée, cette idée, et que je vais être bien en peine de retrouver sa source: le fait de prendre des photos a un impact, pas toujours positif, sur nos souvenirs de ce que l’on voit ou vit. J’ai oublié les détails, l’explication, mais l’idée a planté ses petites racines dans mes pensées, et elle me travaille.

Je prends beaucoup de photos. Depuis… pas tout à fait toujours, mais presque. Et ça fait longtemps que je sens que prendre des photos peut être un moyen de s’éloigner de l’instant présent, de sentir moins. Ça me revient: un élément de cette idée-qui-pousse, c’était que la prise de vue nous incitait à “déléguer” la fonction souvenir à notre appareil.

Est-ce que je veux plus de souvenirs-photos que je ne consulte que rarement, ou plus de souvenirs-cerveau accessibles immédiatement (au sens premier), mais surtout, qui font partie de moi?

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Une heure plus tard [fr]

[en] Trying to move my schedule 1 hour later.

Aujourd’hui, premier matin de mon horaire “une heure plus tard”. Je me suis mise à y penser sérieusement à mon retour de vacances, après le changement d’heure. Pas tant à cause du changement d’heure lui-même, mais parce qu’après une semaine de vacances, retrouver le rythme “Diane debout 5h30” et la descente à la gare dans la nuit, bof.

Je sais bien que la difficulté du lever est une histoire relative. On prend un rythme. Mais il y a aussi d’autres considérations.

Debout à 5h30, ça implique, si je veux mes 7h30 de sommeil réglementaires (pour moi! on n’est pas tous égaux devant le besoin de sommeil), d’être en train de dormir à 22h00, et donc qu’à 21h, 21h30, je commence à me réduire. Ça veut dire que si un jour je suis bien raide, je risque même de me retrouver au lit avant 21h (ça m’est arrivé). Quand il fait jour jusqu’à passé 22h en été… psychologiquement, je trouve ça un peu pénible.

J’ai initialement opté pour l’horaire “5h30” parce qu’il me permettait d’être de retour chez moi à 18h le soir. C’est pratique car le vétérinaire et les magasins sont encore ouverts. Et surtout, en hiver, il fait un peu moins nuit. Maintenant que les jours se rallongent, l’idée de n’être chez moi qu’à 19h est beaucoup moins déprimante. Il y a encore de longues heures de jour. Et l’idée de “me mettre au lit” vers 22h et de viser de dormir à 23 me semble plus raisonnable qu’avec l’horaire 5h30.

Le désavantage, évidemment, c’est que ça décale mes heure de travail, et alourdit mon après-midi. J’aime mieux travailler plus longtemps le matin et avoir un après-midi court. Mais on ne peut pas tout avoir.

Alors aujourd’hui, premier jour de test. Je ferai un petit bilan en courant/fin de semaine prochaine. La première bonne surprise, c’était la lumière du jour lorsque j’ai ouvert mes stores. Il fait jour quand je me lève! Il y a un peu plus de circulation (et ça va empirer après la fin des vacances), mais le train n’était pas plus plein (aussi, à voir après les vacances.

J’ai pu profiter du magnifique panorama en traversant Lavaux, du coup. Je ne m’en lasse pas. Aujourd’hui, il fait moche, on a eu un gros orage hier soir, il a plu durant la nuit. Très moche. Gris et sombre.

Mais depuis mon train surplombant le lac, je vois la trouée de lumière derrière nous sur le Jura, qui se glisse sous l’épais nuage noir qui nous raconte encore l’orage. De l’autre côté du lac, sur Evian il me semble, il y a carrément une tache de soleil, qui se transforme avec la pluie en une tache d’arc-en-ciel, comme une lampe multicolore dans le gris de ce paysage menaçant.

Il y a une fine bande claire découpant les montagnes qui surplombent Saint-Gingolphe et Meillerie, accentuant encore leur tombée dramatique dans le lac. Plus loin, direction Valais, on voit le blanc de la neige qui est encore tombée sur les sommets.

Le temps d’arriver dans la campagne fribourgoise, le ciel se dégage un peu, le soleil fait une apparition timide sur quelques collines, et on devine qu’il va peut-être pouvoir faire beau.

Ma journée “6h30” commence bien.

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Marre de l’indignation [fr]

[en] Outrage fatigue.

L’indignation (“outrage” en anglais, attention, faux ami) est ce qui fait tourner Facebook, malheureusement. C’est l’émotion qui “marche” le mieux, nous fait partager, réagir, revenir. Facebook est une plateforme dont les algorithmes sont optimisés pour “l’engagement” (un autre faux ami), c’est-à-dire notre investissement en temps et en interactions avec la plate-forme. Likes, partages, commentaires: tout est bon à prendre.

En 2002, j’écrivais Blog provoc’, parce que j’avais repéré cette tendance sur les blogs de l’époque. On écrit pour faire réagir l’autre. Sur facebook, les contenus qui “marchent” le mieux, à savoir qui font réagir et revenir sur la plateforme, ce sont aussi les contenus qui titillent l’autre, le provoquent, l’indignent.

Quand quelqu’un poste exprès un contenu qui vise à faire réagir émotionnellement autrui, de façon négative, afin de se nourrir de son attention et de son énergie, on l’appelle un troll.

Les algorithmes des médias sociaux sont malheureusement optimisés pour les trolls, ou le type de contenu que pourrait poster un troll.

Heureusement, il n’y a pas que ça. Il y a de très belles choses dans les médias sociaux. L’entraide, par exemple. Des amitiés qui se créent. Rester en contact avec les vies de ceux qu’on aime, ou qu’on aimerait mieux connaître. Ou juste rire, ou apprendre quelque chose d’intéressant ou d’utile.

Mais là au milieu, il y a tout ce contenu “qui marche” trop bien, qui active en nous des compulsions, qui nous fâche et au final, qui nous fait nous sentir moins bien.

Si vous voulez vous émouvoir de tous les maux du monde, Facebook est l’endroit idéal. 24h/24, 7 jours sur 7, vous pouvez vous indigner à bon marché: pour l’état de la planète, la politique, les animaux maltraités, la connerie des gens, et même des choses qui ne sont pas vraies, tant l’intox (oui, on avait déjà un nom pour ça avant “fake news”) se plaît dans cet environnement à fleur de peau et à clics de souris.

Non, je ne prône pas l’abandon de Facebook. C’est utopique et ça ne règle pas le problème de fond. Mais un peu de recul, oui. Comprendre les réglages qui vous permettent de gérer un peu vos données privées. Comprendre les mécanismes qui nous font revenir encore et encore. Développer son esprit critique pour avoir une chance de repérer les intox, même (surtout!) celles qui racontent une histoire qui nous plaît. Savoir se désengager. Choisir ses combats, et ne pas gaspiller son indignation juste parce que quelqu’un a partagé quelque chose. Choisir d’agir vraiment sur le monde, au lieu de juste sentir.

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