Ça fait combien de temps, déjà? [fr]

Cette semaine j’ai passé plus de temps hors ligne, et c’est bien. Depuis hier, facebook me gonfle un peu. Je pense que j’ai fait le tour de ce que j’avais besoin de savoir pour ma tranquillité d’esprit. Je pense que cette histoire va durer, je ne porterai pas de gants dans les magasins, les masques oui ça sert mais si toute la population en porte, sinon de grâce laissez-les aus soignants et ne les gaspillez pas pour vous protéger en faisant vos courses (restez à distance des gens plutôt), la chloroquine j’attends sagement de voir les résultats de vraies études, restez chez vous, confinement, isolement…

En fait je me rends compte que je ne suis pas trop mal dans cette période de distanciation sociale, pour le moment. Moins de contact, ça me convient, on dirait.

Donc facebook me gonfle: le confinement et la réalité de l’épidémie ce n’est plus nouveau. La chloroquine et Raoult me sortent par les oreilles. La paranoïa autour de la contamination des surfaces aussi. Les grands cris à plus de sévérité, plus de masques, plus de tests… allô le principe de réalité, les gens? Les gens qui obsèdent sur des chiffres qui ne veulent pas forcément dire grand chose. Les témoignages de patients et de soignants. Les articles plus ou moins complotistes et plus ou moins fumeux. Alors moi aussi je fais l’épidémiologiste et la politicienne de salon, j’en ai conscience, mais je crois que j’ai plus ou moins dit ce que j’avais à dire, et je commence à me répéter, et j’en ai marre.

Hier j’ai rangé mes réserves alimentaires. J’ai toujours des réserves en temps normal. Je dis souvent en rigolant que je tiens un mois facile avec ce qui est dans les armoires et le congel. En voyant l’épidémie arriver, je me suis simplement assurée que mes réserves étaient à jour. Et hier, en rangeant, j’ai trouvé des tas de vieilles conserves (c’est pas grave hein ça tient des années), et je me suis dit que ce serait peut-être intelligent de les ranger par date et non par sorte. Donc j’ai un rayon “2019 et avant”, un rayon 2020, un 2021, et un 2022 et après. A différents endroits. Alors bien sûr s’il me faut une boîte de thon et que la seule que j’ai est bonne jusqu’en 2022, je vais la prendre. Mais comme ça je peux facilement regarder d’abord dans la pile 2019, puis 2020, puis 2021… Même si ça se garde des années, autant commencer avec les plus vieilles.

J’entends des récits de personnes qui galèrent avec le télétravail. J’imagine bien que c’est pas simple pour tout le monde (surtout avec des enfants dans les pattes). Je vais faire un petit Live sur facebook tout à l’heure avec quelques conseils (plus de 10 ans à mon compte… je vous promets qu’on apprend des choses). Peut-être je ferai un article, aussi, on verra.

Cette semaine a passé plus vite que les précédentes. Je me dis que c’est bon signe, ça veut dire que le choc se dissipe, que je m’habitue. Ma peur de tomber malade ou de perdre des proches augmente, par contre (indicateur qui va dans le même sens: le choc/déni se relâche). Je connais des personnes malades, personne gravement à ma connaissance, et je connais des gens qui ont perdu des connaissances. Ça se rapproche.

Similar Posts:

Le dimanche perpétuel [fr]

Je viens de faire un petit tour dans le quartier avec mes jambes et mes bâtons. Peu de monde, beaucoup de calme. J’ai toujours aimé les dimanches et les jours fériés, ici, où tout est fermé et rien ne bouge.

Cette période c’est comme un dimanche, mais tous les jours.

C’est trompeur, pourtant. En fait, cette crise n’est pas également distribuée. Elle nous touche tous, nous bouleverse tous, mais alors que certains se trouvent ralentis voire arrêtés, d’autres ne savent plus où donner de la tête. Je pense aux soignants évidemment, mais aussi aux parents télétravailleurs, aux employés des supermarchés, aux profs qui doivent du jour au lendemain apprendre à enseigner à distance (si possible autrement que “je donne des exercices, ils font, je corriger”), à tous ceux dont le revenu est en train de s’évaporer et qui doivent dare-dare trouver des solutions pour payer les employés et les charges, ou simplement remplir le frigo.

On commence à le lire, femmes et hommes ne sont pas non plus frappés équitablement. Les femmes assument la plus grande part des soins et de l’aide à autrui. (Oui je sais qu’il y a des hommes aidants, mais regardons les choses à l’échelle de la population.)

La maladie non plus ne frappe pas équitablement: ça va de rien du tout à la mort, en passant par la petite toux, la vilaine pneumonie et les soins intensifs. Les seniors, les jeunes.

Je vous préviens, je risque de répéter des choses que j’ai déjà dites. Parce que là, j’écris parce que ça me fait du bien d’écrire.

Donc, je reviens de ma petite promenade sous un soleil radieux, sans croiser personne. Paradisiaque pour moi, mais avec un arrière-goût amer parce que je ne peux pas oublier pourquoi la rue est si calme. J’avoue avoir du mal avec ceux qui se réjouissent du confinement ou des conséquences de l’arrêt global de notre monde. Je trouve qu’il y a là quelque chose d’indécent.

Qu’on cherche pour soi du positif, par contre, évidemment qu’il faut. Pour moi, j’avoue que le ralentissement dans lequel on est plongés (tant qu’on ne bosse pas dans un hôpital ou un supermarché ou un service de distribution) m’aide à mieux supporter l’inactivité et “l’inutilité” qui m’accompagne depuis des mois. Donc moi, je le vis assez bien. Et les oiseaux chantent, même si les dauphins ne sont pas en train de se balader dans les canaux de Venise.

Je suis en train de réussir à prendre un peu de distance avec l’océan d’informations dans lequel nous baignons en ligne. J’ai fait du rangement, hier. J’ai décrété que le matin serait consacré autant que possible aux activités hors ligne. J’essaie de me poser la question “qu’est-ce que j’ai envie de faire?” même si ça ne donne généralement pas grand-chose. Je reste fatiguée, et je me demande au bout de combien de doses matinales de 2000UI de vitamine D celle-ci commencera à sortir de ses chaussettes. (Oui, bilan sanguin il y a quelque temps, vitamine D dans les chaussettes, ce qui explique probablement la fatigue que je traine… depuis loooooongtemps.)

Je me demande évidemment quel rôle je joue dans cet écosystème de partages et de communication frénétique. Je lis beaucoup, je partage beaucoup, je commente beaucoup… je me rends bien compte que si pour moi, être informée au max me rassure, pour d’autres, trop d’information est anxiogène. En fait, j’ai aussi mes “infos anxiogènes”: j’évite d’aller lire les récits de gens malades, les témoignages “première personne”… les chiffres, les analyses, les faits scientifiques, voilà ce qui me convient. La détresse à la première personne, j’en reste bien loin. Je sais qu’elle est là et ça m’est déjà assez difficile.

Ces jours j’aime lire Thierry Crouzet, un “énervé” (ses mots) qui écrit et pense bien. Je vous recommande aussi d’écouter les podcasts “Radiographies du coronavirus” (France Culture), un bel exemple de journalisme scientifique avec les pieds sur terre, et “La vie aux temps du coronavirus” (RTS, oui le “aux” me dérange mais c’est comme ça), un peu plus narratif-première-personne, mais qui donne la parole à des spécialistes divers, chaque fois sur une thématique différente. En anglais, il y a “Coronavirus Daily” (NPR), une dizaine de minutes chaque jour pour être à la page.

J’essaie de lâcher face à la chloroquine, à Raoult, aux gants, aux masques portés de travers dans les magasins, aux appels aux tests généralisés alors que c’est juste pas possible. J’essaie de ne pas trop penser aux “anti-vaccins” et à ce qu’on va entendre quand on aura enfin un vaccin contre ce virus. Je n’arrive pas toujours bien. Je me demande comment être utile au-delà de mon entourage immédiat pour notre petit monde romand qui se retrouve trainé de force dans le numérique, bon gré, mal gré. Je découvre le plaisir des appels vidéo, moi qui les snobais plutôt (je préfère mille fois mieux “voir en vrai” les gens). Je m’inquiète un peu pour mon vieux chat qui n’a plus ses traitements “doux” pour son arthrose et commence à peiner en montant et descendant son petit escalier pour accéder au lit.

Mais dans l’ensemble ma vie s’est simplifiée, juste là. C’est comme si la pression de me conformer à certaines attentes concernant comment je devrais vivre ma vie s’étaient envolées. Parce que tout le monde maintenant est en train de faire du mieux qu’il peut, le fait que moi aussi, je suis juste en train d’essayer de faire du mieux que je peux avec ce que j’ai, eh bien ça me pèse beaucoup moins. J’ai plus d’indulgence avec moi-même.

Restez dedans, sauf quand il faut. Restez loin des gens que vous voyez, même si vous les connaissez. Il me semble avoir constaté que les gens restent bien loin des étrangers, mais que cette détermination à maintenir la distanciation sociale se ramollit un peu quand la personne à garder à distance est un proche. Je vois des gens qui se baladent ensemble à moins de 2m, et qui certainement ne vivent pas ensemble. N’oublions pas que chaque “contact” relie non seulement deux personnes, mais toutes les personnes avec qui ces deux personnes sont en contact. L’enfant qui a le droit de jouer avec “un unique copain” et qui ne reste pas assez à distance, eh bien ce sont les deux familles qu’il relie. Ayons conscience de qui on “porte” avec nous dans nos interactions, et de qui ces personnes-là “portent”. Rester dedans règle toutes ces questions.

Similar Posts:

Should I Stay Or Should I Go [fr]

Chalet ou appartement? Montagne ou plaine? J’ai de la chance que ceci soit ma seule préoccupation vraiment importante en ce moment. “Tout le monde” me dit de rester au chalet. Mais mon appartement est plus grand, j’ai un balcon, de la bande passante, un troisième chat, des tas de choses à ranger… Je pense que ce sera une façon “facile” de m’occuper. Ici évidemment je peux “faire” des choses, j’ai pris mon crochet et mon tricotin mais… comment dire. Ranger me semble plus cathartique.

Aujourd’hui ça va. Hier soir j’ai eu un gros coup de tristesse. Je pense que notre monde ne sera plus jamais le même. J’espère avoir tort, et je suis parfois pessimiste, mais si je n’ai effectivement pas peur pour l’humanité, qui s’en sortira d’une façon ou d’une autre, j’ai peur pour notre mode de vie, notre société, peut-être même notre civilisation.

C’est peut-être le moment de me mettre à écrire sérieusement, catégorie roman d’anticipation dystopique. A quoi ressemblera le monde de demain, avec un virus qui peut tuer et qui traine partout, qu’on peut porter et répandre autour de soi sans qu’aucun indice soit visible… Un monde ou la rencontre en chair et en os est une transgression, où l’on ne se touche plus, où nos mouvements et notre température sont surveillés en permanence… Il y a à faire avec ça, je trouve.

Je manque de patience avec les gens qui ne respectent pas les mesures de distanciation sociale. Heureusement ici au chalet je ne les vois pas (ou presque). Est-ce que ce sera différent en plaine? Je manque aussi de patience avec les personnes qui s’enthousiasment pour la chloroquine (ou l’hydroxychloroquine) alors que les résultats sont tellement préliminaires qu’on peut juste dire “faut investiguer plus”. Oui, on est désespérés, oui, on aimerait un remède miracle, oui, on veut croire que le confinement tel que nous le vivons maintenant ne durera que quelques semaines… mais il ne faut pas se leurrer.

Alors oui, quand quelqu’un est en train de mourir, on va tenter le tout pour le tout, mais ça ne veut pas dire qu’on a un traitement. Et un vaccin encore moins. Il y a des gens qui travaillent d’arrache-pied aux deux – traitement et vaccin – et tôt ou tard, il y a aura des résultats. Mais ça va prendre des mois. Des longs mois. Pas mal de mois probablement. Des mois durant lesquels notre vie restera cette nouvelle vie déconnectée de celle d’avant, une vie d’isolement et de conversations vidéo, de promenades solitaires et de rues vides. J’espère que ce ne sera que des mois.

Comme je serai heureuse d’avoir tort dans mes sombres prédictions et de pouvoir profiter des terrasses cet été. Me préparer au pire, c’est mon mode de fonctionnement, j’avoue. Mais j’essaie de faire une évaluation informée des situations avant de me préparer. J’avale les articles et les analyses, j’essaie de comprendre les tenants et les aboutissants. Et ce que je comprends, jusqu’ici, c’est que d’une part ça va être catastrophique (du point de vue sanitaire et économique), et d’autre part ça va durer. Longtemps.

Le Conseil Fédéral fait le choix, pour l’instant, de ne pas prononcer de confinement obligatoire. Il interdit les réunions de plus de 5 personnes et impose de respecter les mesures de distanciation sociale lors de celles-ci. (Ecouter la conférence de presse du 20.03.2020, vers 5 min après le début.) Je suis tiraillée. Toute la population de respecte pas les mesures. Mais est-ce que renforcer l’obligation et réduire encore nos libertés changera quelque chose pour ces personnes? Berset explique le choix (7min environ après le début). Il va falloir tenir sur la durée. Et la santé n’est pas que physique, elle est également mentale.

Nous devons donc tous prendre sur nous. Respecter ces mesures et les faire respecter autour de nous. Je ne parle pas juste des enfants mineurs qui “doivent” (!) obéissance. Je parle de notre entourage, nos proches, nos moins proches. Chacun d’entre nous a un rôle à jouer, non seulement en restant chez soi au maximum et en respectant les mesures, mais en prenant position dans notre entourage pour que tout le monde le fasse. Si on connaît des gens qui ne prennent pas les choses au sérieux, il est de notre devoir, à mon sens, de déployer argumentation, persuasion, et même pression pour amener à la prise de conscience. Alors oui, je sais, on ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif, mais là il ne s’agit pas de la sécurité individuelle, mais collective. On doit essayer autant que possible.

Pour changer de sujet, avec l’augmentation de l’activité en ligne, et l’arrivée de toute une population “peu numérique” sur le réseau, il est important de ne pas négliger les questions de cybersécurité. Si vous êtes “lettré du numérique”, prenez soin de ceux qui vous entourent, encore plus que d’habitude. Installez des gestionnaires de mots de passe. Utilisez Teamviewer pour vous connecter à distance, installer des applications, montrer comment faire des choses (lancer un skype vidéo ou faire ses courses en ligne… quand le service reprendra). Activez l’authentification à deux facteurs partout où vous pouvez (et si possible avec Google Authenticator ou équivalent plutôt que des codes par SMS).

La sécurité “utilisateurs” est l’affaire de tous. Et dans un monde où le présentiel s’est réduit comme peau de chagrin, l’intégrité de notre identité numérique compte encore plus. Pour la grande majorité des gens, être la cible explicite d’une attaque n’est pas le scénario qui doit inquiéter. Etre une victime collatérale d’une attaque à large échelle: voilà la réalité du risque que nous courons, vous et moi.

J’aimerais aussi attirer votre attention sur l’importance de faire preuve d’esprit critique face à toutes les informations qui nous parviennent en ligne. C’est valable en tout temps, mais d’autant plus maintenant, où l’anxiété est l’émotion dominante, où la peur nous motive à chercher des réponses. Si l’info vous parvient par “copier-coller” sur WhatsApp ou Messenger, il y a toutes les chances que vous puissiez l’ignorer. Contrôlez-la dans Hoaxbuster par exemple, ou au pire, envoyez-moi un message pour me demander. Il y a assez de raisons réelles d’avoir peur aujourd’hui sans s’en rajouter encore des fausses.

Toutes les sources d’information ne se valent pas. Privilégiez les sources officielles, les grands médias sérieux ou spécialistes. Recoupez les informations. Essayez de remonter à la source première d’une info. Vous avez le monde entier de l’information au bout des doigts! Quand quelque chose est plein d’adjectifs alarmistes, anxiogènes, ou au contraire victorieux, c’est une raison de vous méfier. Si c’est trop beau pour être vrai, ça l’est probablement.

On a vu que la crise actuelle pouvait avoir un impact sur le bon fonctionnement de nos plate-formes sociales, avec les soucis de modération dont a été victime Facebook. Les processus et outils en place pour essayer de trier en amont le vrai du faux sont faillibles. Imaginez une boîte mail sans filtre à spam! Il n’est donc pas impossible que nos fils soient plus pleins que d’habitude de fake news et autres intox. Faites gaffe.

Autre sujet: les magasins ne vont pas manquer de vivres, on ne va pas mourir de faim, par contre l’accès tant aux magasins qu’à certains produits peut manquer temporairement. Ayez un peu de marge. N’attendez pas d’être à sec. Soyez proactifs. De même avec vos animaux et la nourriture et les médicaments dont ils ont besoin. Les services de livraison en ligne sont saturés, les commandes ont du retard ou sont donc même parfois carrément annulées. Donc sans paniquer, sans faire des stocks apocalyptiques, organisez-vous pour avoir “un peu plus” et “un peu plus tôt”.

Au rayon des choses sympas et positives, j’ai démarré un petit groupe Messenger avec des personnes intéressées, pour se soutenir et se motiver mutuellement à garder une activité physique malgré le confinement. Faites-moi signe si vous voulez nous rejoindre. Et si vous avez besoin d’aide pour votre “transformation numérique expresse”, je suis là aussi.

Similar Posts:

Notes du chalet [fr]

Je suis au chalet. Pour la première fois depuis un an à peu près (sans compter une petite visite sans nuit il y a peu). Mon vieux Quintus, 19 ans, aveugle et chancelant sur ses petites pattes arthritiques, a du mal à retrouver ses marques – mais ça va aller. Oscar a fait le tour sur ses trois pattes et a déjà tenté de s’installer “à la place” de Quintus. De 11 degrés, la température est maintenant montée à 14. Le poêle à bois est à fond et le brûleur à mazout aussi. Il fait moche.

Mais bon, je suis contente d’être là. J’aime la montagne, et cet endroit en particulier. Aujourd’hui je ne bouge pas trop, demain je dois déjà retourner à Lausanne pour des rendez-vous (qu’est-ce que c’est qu’une heure de route, au final), vendredi je prendrai peut-être la cabine pour aller voir à quoi ça ressemble en haut.

Il y a maintenant plus de cas de COVID-19 identifiés dans le canton qu’il n’y en avait dans le pays entier lorsque j’ai écrit la semaine dernière. Plus de 600 cas en Suisse, ça nous paraît énorme mais ça va encore grimper, grimper. L’Italie a placé tout son territoire en “isolement”. Ici, on cesse de tester systématiquement, on cesse aussi de remonter les chaînes de transmission. Les symptômes sont souvent trop peu marqués, et puis bon, il faut se rendre à l’évidence, le virus est maintenant “partout”, donc à quoi bon. Mieux vaut concentrer les ressources sur maintenir le bon fonctionnement des hôpitaux et du système de santé, communiquer auprès de la population pour que les mesures de précaution continuent d’être appliquées (car ralentir la progression a encore un sens, et ça, c’est dans nos gestes du quotidien à tous que ça se joue), que les personnes vulnérables se protègent et qu’on les protège.

Enfin, c’est comme ça que je comprends les choses.

Pour ma part je ne suis ni plus ni moins “inquiète” qu’il y a une semaine ou dix jours. Mes nouvelles habitudes de lavage de mains commencent à devenir, justement, des habitudes. J’essaie d’éviter les transports publics si je peux. Je me demande si la petite toux que je traine depuis 2-3 semaines justifie que je me mette en auto-isolement. Elle date “d’avant”, c’est courant pour moi d’avoir ce genre de petite affection respiratoire, et je n’ai pas de fièvre, mais vu qu’il semble de plus en plus clair que le virus se propage également de façon asymptomatique ou peu symptomatique, je me pose des questions. Mais j’hésite à engorger la hotline pour ça, j’avoue. Coronacheck me dit que oui, mais coronacheck n’a pas mon contexte. Si c’est ma toux “normale”, ça peut durer des semaines et des semaines…

Bon, du coup j’ai appelé la hotline. Et non, petite toux superficielle (je toussote en fait), ça ne justifie pas que je m’enferme. Par contre si ça s’aggrave, si c’est une toux qui commence à m’empêcher de respirer, là oui. Ce qui me mène à la réflexion suivante: vu qu’on a des porteurs asymptomatiques ou peu symptomatiques… est-on plus contagieux si on a de la fièvre et la super-méga-toux? Vu qu’on n’isole pas les porteurs sains ou peu malades (il faudrait tester la population entière à tour de bras et souvent pour les identifier tous), quel est le sens d’isoler les “gros tousseurs”?

Sur ce, le chalet se réchauffe et le soleil est sorti, je vais aller faire un tour au jardin avec Quintus!

Similar Posts:

Trouver un équilibre [en]

C’est pas facile la convalescence. Même quand on se sent mieux, on n’arrive pas à faire “comme avant”. Il faut doser l’effort et reconstruire petit à petit la résistance – physique comme mentale. Parfois j’ai l’impression qu’un rien m’épuise.

Pour sortir des limbes il faut construire les marches que l’on empruntera, l’une après l’autre. S’assurer de leur solidité. Ne pas vouloir se précipiter au risque de tout dégringoler.

J’apprends à écouter mes limites (je dis ça mais… ça fait 20 ans que je dis ça… le travail de toute une vie?), à non seulement avoir conscience de mes besoins mais leur donner sciemment la priorité (pas une mince affaire, et j’échoue encore souvent), à avoir de l’indulgence avec moi-même. Ça prend le temps que ça prend.

A part ça, je me sens “mieux” que je ne l’ai été depuis des années. Pas physiquement, ça c’est clair, mais mentalement. Je retrouve le sentiment que j’avais perdu je ne sais où de gérer ma vie, même si ce n’est pour le moment qu’imparfaitement, au lieu de lui courir après. Mon cerveau fonctionne. Mon état émotionnel est plutôt stable, même si je dois rester vigilante. Ça me fait vraiment plaisir de me voir “fonctionner” à nouveau comme ça.

Maintenant, le challenge est de consolider tout ça et de le rendre durable. Un jour à la fois. Une chose à la fois.

Similar Posts:

Quelques mots du jour [fr]

C’est jamais facile de remettre en branle quelque chose après une longue pause. Lundi, je suis retournée au dojo où je pratique le judo depuis 25 ans, j’ai mis mon judogi et je suis montée sur les tapis pour la première fois depuis une année. Une année d’arrêt (et c’est pas fini) après une bête blessure à laquelle s’est enchaînée un accident de voiture et une opération.

Alors je ne peux pas pratiquer le judo, clairement. Il faut encore que je patiente de longs mois avant que mon poignet soit prêt à “faire du sport”. Mais je m’installe sur un coin des tatamis, je fais ce que je peux de l’échauffement, puis je m’étire, je fais un peu de “physio” pour mon poignet, quelques vagues exercices de condition physique qui me laissent catastrophée par mon état de larve sédentaire, je regarde les autres pratiquer.

Déjà ça, ça fait du bien.

Ici aussi, ça a été la pause. Pour tout dire (si je ne l’ai pas déjà dit), ces dernières années, ça a été un peu la galère dans ma tête. A trop courir sans avoir de bonne direction. C’est en train de changer, là, et pour la première fois depuis longtemps, j’ai l’impression que ma tête fonctionne comme elle doit et que me vie n’est pas en train de m’échapper. Et je recommence à avoir envie d’écrire. De me donner le temps pour le faire, parce que j’aime ça.

Similar Posts:

Post-Funk [en]

Yesterday I was in a bit of a funk. Went back to sleep after breakfast (literally collapsed) and slept till noon. Then, vegged most of the afternoon.

This means I’m starting today with a backlog of productivity. Stuff I’d planned on doing yesterday and the stuff I’d planned on doing today. (I don’t plan much for week-ends, but I still do, particularly things I should have done during the week and didn’t get around to doing.)

So I find myself in what I call priority paralysis: where do I start? How do I prioritise? This is particularly tricky for me when nothing absolutely needs to get done today. Not enough urgency. And there is a tension between what I want to do and what I feel I should do. And stress because the list of what I’d like to do today is too long for today.

The solution is to pick one and get started. It sounds easy, but in fact there is a great resistance to picking one over the others. What if I’m making the wrong choice? What if I don’t have time for the rest? Will I be happy I picked this thing? Isn’t something else more important, more urgent? What if I spend way more time than I anticipated on this one thing?

That is the kind of background noise that goes through my mind at that moment.

But on another level I know that as soon as I pick one and start doing it, most of the anxiety evaporates. Even if I only manage to do that one thing, I’m out of my funk, and can resume doing things.

It’s a little switch to flip. I just need to free a finger to do it.

Similar Posts:

I Can’t Think of a Title [en]

I did something silly a week ago and got bitten by a cat I was fostering during the holidays. Not her fault – I grabbed her and she was scared. But the result is my right hand has been variously bandaged up (I left the hospital with a finger and wrist cast, I had to negotiate to leave my pinkie and ring finger free), my arthroscopy planned for the 25th is postponed, and I’ve been thrown off whatever I was thinking of doing this week and these days.

I have a lot to write about but first, I need to limit my typing (sprained finger and the wounds are still healing), and second, I feel like I have such a backlog of unwritten thoughts that I don’t know where to start. It’s the same old problem, I know I’ve written about it dozens of times, but I’m still stuck with it.

Yesterday whilst listening to a podcast I had a flashback to the days when I discovered Facebook. A long time ago now. I remember this feeling that it was “like the internet inside the internet”. I was super excited. Now, it feels like it has taken over the internet, and though I’m stuck fast in it, I am way less excited.

Euan’s post this morning resonates a lot with me, of course. Not having to chase clients or market oneself, and not wanting to, and seeing business start drying up. Right now, as I look for my next (employed) job here, my mind wanders off to completely different things I could be doing. Things that have nothing to do with what I’ve done up till now. I have so many interests that sometimes I don’t know where to start. And of course, “making lots of money” is not one of them. (I’m not against making money, I’m just not that commercially-minded.)

Podcast recommendation: The Passenger List.

Similar Posts:

Autumn blogginess [en]

Time for another “I need to blog” post. Sigh. Here’s what happens (I might have described it before). I think of something to write. I have other more important things to do. I plan to make time for it. I don’t. Then I think of another thing to write. That’s now two things on the backlog. And it just goes downhill from there.

When did I start procrastinating blogging?

So, on with the here and now. There are two strange cats in my kitchen. For another week. Old Quintus is still around, though I had a bit of a scare with him last week-end (he doesn’t like Tramadol). I’m still looking for my next job in Lausanne, but it’s going to be a bit on hold right now because I’m getting an arthroscopy done to my right wrist next week (damage from the car accident I had in April).

I made holes in the wall this morning, part of a DIY operation to give Erica a cat-flap. Well, the first hole I drilled was great, but with the other five I hit something hard 2-3cm in. I’ll give them another go this afternoon with a smaller drill bit. And pray.

I bought a ticket to go and see Elton John in Zurich next year. And heard him interviewed on Fresh Air. I’m walking more, as sports are off the table until February (thanks, car accident). And taking photos. I went to France to give a talk on feline diabetes (in French). I’m following the impeachment news. I voted, mainly for women. I listen to too many podcasts and read too many interesting things. My mind is a bit all over the place at times. I think of algorithms, cats, people, politics, my next job, and what my place in the world is.

 

Similar Posts:

Je regarde tomber ces hommes les uns après les autres [fr]

Il y a eu #metoo, et des histoires qui sont sorties concernant quelques hommes que je connais (et même apprécie) dans le milieu de la Silicon Valley. Maintenant, c’est Epstein, et là aussi, beaucoup trop de noms que je connais, et une personne en particulier que je tenais en haute estime, qui dégringole.

Ça m’atteint, tout ça. A plusieurs niveaux. Déjà, c’est la suite d’un gros éclatement qu’a subi ma vision du monde à l’élection du dernier président des Etats-Unis. Quelque chose s’est cassé, pour moi, à ce moment-là. J’avais toujours eu une foi assez inébranlable en la résilience de l’humain en général, de notre société, de notre civilisation — ou de celles qui suivraient. Je l’ai toujours, mais j’ai perdu une certaine naïveté concernant l’époque où nous vivons. Certes, si l’on est une femme, maintenant est la meilleure époque à laquelle avoir vécu. Il ne faut pas tout peindre en noir.

Mais on est en train de crever des abcès, et ce qui en sort est moche, moche, et je me retrouve, j’avoue un peu prise par surprise. De moins en moins, malheureusement, mais quand même.

Je crois que les gens, fondamentalement, sont relativement bons. (On laisse de côté les psychopathes, mais même là, il y a matière à discussion.) Après, il y a les parcours de vie, les décisions prises, les priorités mal mises, la souffrance qui s’exprime parfois de drôles de façons. Et surtout, on est faillibles.

Comme l’a dit une connaissance commune concernant la démission de Joi: suis-je certaine que j’à sa place, je n’aurais pas aussi pris l’argent? Né en 17 à Leidenstadt, et tout ça… Mais avant tout, on est faillibles.

Les erreurs doivent se payer. Je n’ai aucun doute à ce propos. Que des hommes riches et influents, même si je les admire et les apprécie, même si j’ai somme toute bénéficié de leur influence, voient leur carrière s’écrouler, leur réputation partir en fumée, c’est quelque chose avec lequel je peux vivre.

Mais quand on connaît les gens, c’est dur, je trouve. De réconcilier la personne qu’on connaît avec les squelettes qu’on découvre. La tentation est grande de tout couper, d’amputer ces relations devenues dérangeantes, de partir le dos tourné. C’est simple et c’est propre, mais est-ce juste? Peut-on appréhender l’autre dans sa complexité, failles, crimes, faiblesse morale et échecs éthiques y compris? Jusqu’où peut-on encore dire “tu as merdé, je ne te pardonne pas, mais je te garde dans ma vie”?

L’actualité met ces questions en relief à grande échelle pour moi juste maintenant, mais ce sont des questions du quotidien. Pour faire avancer les choses, il faut de l’intransigeance sur certains points. Où mettre la ligne rouge, là est toute la question. La question d’une vie, peut-être. Je sais que je me débats avec, ces temps, en tous cas.

Et là-dessous, il y a les hommes. Ma confiance dans le genre masculin, surtout sa version “influente”, est en chute libre, juste là. Oui, oui, #notallmen (merci de nous épargner ça). Mais de plus en plus, je commence à voir les hommes d’une certaine catégorie comme en sursis, en sursis du scandale sexuel ou financier qui va éclater, ou du squelette brinquebalant dans un placard. Je me prépare à être déçue. J’attends.

Et c’est très inconfortable. Parce que je veux croire qu’il y a des gens bien. Et chaque candidat à ce titre qui se casse la gueule me fait douter un peu plus.

Similar Posts: