Des mots perdus sur un clavier [fr]

Il y a des choses qui me trottent dans la tête. L’importance de la perception qu’on a des choses, même si elle ne colle pas à ce qu’on pourrait appeler la “réalité objective” (allô Merleau-Ponty). Que nos actes et silences communiquent, eux aussi (allô Watzlawick). Que la communication est interactionnelle (allô je ne suis pas sûre précisément qui, mais à l’IGB on baigne là-dedans). L’importance du vécu intérieur et sa réalité inaliénable; la nécessité de le prendre en compte dans nos relations.

Mais aussi, les âges de la vie: qui je suis aujourd’hui par rapport à qui j’étais il y a 20 ans (plus même), quand j’ai commencé ce blog, ou même il y a 10-15 ans, au coeur de ma carrière d’indépendante dans un domaine innovant. Aujourd’hui, j’ai moins envie d’innover, j’ai aussi moins envie de créer. Est-ce derrière moi? Est-ce une phase? Je suis moins en lutte avec le monde, plus acceptante, est-ce lié?

Alors que d’un côté je pense être un peu plus en paix avec le monde et avec moi-même, je me trouve plus facilement irritable avec les gens. C’est pas quelque chose qui me plait, et c’est le vilain petit secret que je tente de bien cacher, mais la réalité est que je me sens devenir moins tolérante, moins patiente. Je pense que c’est la pandémie. J’espère, en fait, parce que je n’aime pas être comme ça. Du coup je me replie un peu dans mon petit cocon, un peu trop peut-être, je fuis les sujets polarisants, j’attends que ça passe. Ma vie maintenant a moins de lien qu’avant, et je suis sûre que ça me fait quelque chose. Ne pas voir de visages, ou si peu, ne pas pouvoir être en contact sans insouciance. Je sens que tout ça est un poids, un poids sournois qui ne me fait pas du bien.

J’attends, donc, tout en me disant qu’il ne faut pas que j’attende trop pour vivre, parce que la vie c’est maintenant quand même, même si c’est pas la vie qu’on voulait ou le monde qu’on voulait. Ces années de pandémie, on ne va pas les récupérer. Je tente de me tourner vers l’intérieur: apprendre, me former, mieux gérer mon quotidien, mieux me connaître, écrire, écrire plus. Méditer à coups de mots sur le monde et la vie, faire quelque chose de constructif et peut-être même de créatif de ce que le hasard ou le sort nous ont servi. Tant bien que mal.

Mais je vois bien que la vie au temps de la pandémie ne convient pas à mon équilibre. J’ai la chance et le luxe que ce soit “juste” mon équilibre. Pour d’autres, c’est leur gagne-pain, leur santé physique, leur monde qui s’écroule ou même prend faim. Dans mon privilège, je cherche toutefois à “être mieux” et “faire mieux”, à regarder le verre à moitié plein, à ne pas juste attendre que ce soit fini. Parce qu’à force d’attendre que ça passe, on court le risque de se retrouver au bout du chemin en n’ayant pas fini d’attendre.

Alors aujourd’hui j’écris, même si je ne suis pas trop sûre quoi dire, même si les idées sont mal formées dans ma tête, même si ça me semble un peu vain, d’étaler sur un clavier un peu de mon mal-être et du sens que j’essaie de trouver dans le monde. Parfois j’ai le sentiment que les mots ont le pouvoir de dissiper le mal-être et d’en faire quelque chose qui peut compter, qui peut toucher une vie autre que la mienne, et ainsi créer du sens et du lien.

Peut-être.

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Grey Sky [en]

Another grey day outside. Another day of rain and rain and rain. A single day off, and back to work. Working an irregular schedule is not making things easy for me. Other than that, work is good. There are ups and downs, but globally it’s an enriching experience and these last days have worked out fine.

I’m sick and tired of the pandemic, like everyone I know. I’m lucky that the only direct impact it has on me is on my daily and social life. My life has shrunk. I have shrunk too.

The loss of variety, freedom, and unmasked social interactions is starting to get to me. I feel as grey as the sky, and my heart is permanently on the edge of rain. At least give us spring and outdoor life, long light evenings to enjoy the world.

For now, I will try not to sink between the walls of my flat. Use the day I have for myself in a meaningful way. Take a deep breath and wait some more.

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Influence [en]

When I was a teenager I had a strong desire to change the world. Make a mark, have an impact. When I was 16 I joined the scouts and learned some organising skills. I discovered I could give directions to a crowd. Organise a summer camp.

I went to university, a student like any other, still wanting to do something big with my life. I chose chemistry. I would do research and make ground-breaking discoveries. Reality was sobering. I lost my motivation, and failed in my third year.

I switched to Arts, deciding it was better to do something I enjoyed rather than hang on to pie-in-the-sky ideals for my future that didn’t match with the reality of the world. My focus became understanding. The world, language, people, myself. I tried to let go of wanting the change the world, put less pressure on myself, and be satisfied with changing myself and living my life.

Because I decided to go and spend a year in India, I discovered the web. The web of people, on top of the web of information. My world expanded, fiercely. During my first year or so online, I made two ground-breaking experiences, which I realise now set the path for these last two decades of my life.

I had a little website (the ancestor of this one) on a shared hosting platform. That platform had a community support forum. I used it. I contributed. With a few other users, we actually started a user support site that had a certain degree of popularity. We were changing things for people.

Later on, I was an active member in a few forums, elsewhere online. One in particular. I remember giving the founder some feedback based on good practices I had picked up reading Practical Internet Groupware. To my amazement, he implemented the change.

I was 25. I learned that my words on a screen could have influence.

Around the same time, I had my first real work experiences. I learned that my spoken words could have influence too.

Twenty years later, it is clear that writing and speaking is my way of “changing the world”. Moving ideas around online and offline, and also, of course, transforming some of these into action. My words gave me a career in the burgeoning digital space, they built relationships, created online communities, had an impact on people’s lives.

Being an agent of change is a large part of what gives meaning to my life. I see problems. I see solutions. I try and fix things. I try and say things. I have learned that I have power, in a way. And I have done (good, I hope) things with it.

It’s no wonder, knowing that, that I am training in an approach which leans heavily upon the idea that one cannot not communicate, and therefore one cannot not influence (Watzlawick et al.).

But today I am working hard at learning to function (healthily!) in an environment were my influence is limited. I am learning not only that there are things I cannot fix (that isn’t new, of course, there are plenty of things I cannot fix), but that it is OK to leave things alone even when I think I can fix or influence them. I am learning to step back, and trying to do that without disengaging. It is far from easy, as such a large part of my identity is tied to how much I can influence the world around me and how I can be of service to others.

It is a good thing to learn: my focus on others, on changing things for the community, being the one who makes things happen, is something that draws me away from focusing on myself and my needs. Something I am working on changing – but it’s not easy when the urge to rush in and do for others is so strong. So I’m taking this experience as an opportunity to learn to manage that urge, manage my energy and my priorities, and really choose what I do and do not do.

And maybe, who knows, learn a different style of influence.

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J’ai testé pour vous le self-checkout en France [fr]

Aujourd’hui j’ai fait quelque chose de presque incroyable: j’ai passé la frontière. Un petit rendez-vous de dentiste pour une dent qui m’avais fait un mauvais coup il y a quelque temps. Genre, je mords dessus, et je décide dans la foulée que je ne vais pas refaire ça de sitôt. Il y avait une carie. Comme quoi, j’ai beau être “douillette”, comme on dit, j’ai quand même un assez bon radar.

Mais passons sur le dentiste et la carie. Je ne suis pas une grande “touriste d’achats”, mais quand je vais en France, je profite pour acheter 2-3 petits trucs. Donc, je passe à Carrefour. Et moi, ne vous déplaise, je suis des self-scanning et autres self-checkout (ceci n’est pas une invitation au débat, déjà moult fois fait et refait). A défaut de self-scanning (où l’on se balade dans le magasin son petit scanner à la main), je me rebats sur le self-checkout (la borne où l’on scanne patiemment tous ses articles les uns après les autres).

Donc, en France, ou plus précisément à Carrefour, ça se passe comme ça:

  • interdiction d’y aller avec un caddie, même s’il est quasi vide (j’ai du transvaser mes petites courses dans un panier)
  • pas de touche “fois deux” ou “répéter l’article”; il faut vraiment scanner chaque article
  • chaque article scanné doit être posé dans le “bac”, à droite, avant de pouvoir scanner le suivant. Chaque. Article. Donc quand tu as 6 tubes de dentifrice, tu scannes un tube, tu le poses, tu scannes le suivant, tu le poses, etc. Six fois.
  • impossible, donc, de prendre 2-3 articles à scanner dans les mains, les scanner, puis les poser ensemble
  • impossible aussi de faire “scan, scan” sur le même article quand on l’a à double
  • la machine arrête pas de causer pendant qu’on scanne (ne me demandez pas ce qu’elle dit, c’est complètement inintelligible pour moi)
  • l’hôtesse/assistante a dû venir au moins deux fois débloquer la machine qui ne voulait pas prendre mon scan suivant (sur une trentaine d’articles)

Clairement, ils ont tenté d’économiser sur le budget UX (expérience utilisateur). D’ailleurs, pour un grand magasin, il n’y a que 3-4 de ces bornes (dont une en panne).

Pour mes amis français, en Suisse (à la Migros en tous cas):

  • il n’y a pas besoin de poser un article scanné dans une zone définie avant de pouvoir scanner le suivant
  • il y a une touche “+” pour ajouter encore une fois le même article
  • on peut scanner un article et le rescanner 2 secondes plus tard
  • on peut venir avec son caddie
  • on peut mettre ses articles direct dans le sac qu’on tient à la main (si on n’a que 2-3 articles, par exemple)
  • la machine est complètement silencieuse sauf pour le joli “blip” quand on réussit à scanner un article
  • on peut donc scanner aussi vite qu’on veut
  • on peut scanner de droite à gauche si ça nous chante
  • on n’a pas besoin de déclarer en début de session si on a un sac ou non pour mettre nos courses
  • ça “marche”… je n’ai jamais dû faire appel à une hôtesse…

Voilà, c’était la petite humeur ronchonnante du jour!

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Désapprendre la peur [fr]

Voilà où on en est: désapprendre la peur. L’arrivée de la crise sanitaire nous a appris, en très peu de temps, à avoir peur. Aujourd’hui, avec le recul de la pandémie dans notre pays, le “déconfinement” (même si nous n’avons pas eu à proprement parler de confinement), on doit apprendre à se détendre. Reprendre une vie “normale”, mais pas tout à fait normale quand même.

Aller voir une copine. Prendre un passager dans sa voiture. Cesser de faire des écarts quand on croise les gens sur le trottoir. Se rappeler qu’avec une poignée de nouveaux cas détectés chaque jour dans le canton, les chances de se casser le nez sur une personne infectée sont très réduites. Comprendre où sont les risques de transmission (lire l’original en anglais): les espaces clos comprenant beaucoup de monde, les activités qui nous font vider nos poumons (chant, sport, toux, éternuements).  Le temps passé à proximité.

Echanger trois mots avec quelqu’un d’asymptomatique qu’on croise dehors: zéro souci. S’enfermer avec 100 autres personnes dans une salle pour chanter durant deux heures: souci.

Pour ma part, voilà où j’en suis:

  • je mets sagement mon masque là où c’est demandé, mais pas autrement (typiquement, pas pour marcher dans la rue ou aller à la pharmacie)
  • je continue à me laver les mains, mais peut-être un peu moins frénétiquement (la grande majorité des transmissions sont par voie aérienne)
  • j’évite de prendre les transports publics
  • je vais bientôt retourner au judo, mais chanter, faudra attendre…
  • j’évite d’aller faire mes courses à la Migros et je commande plutôt via LeShop, surtout parce que mes expéditions courses de 3h durant la période confinée m’ont donné envie de ne plus mettre pied dans un magasin pour un moment
  • je n’aime pas que les gens portent des gants, c’est en fait contre-productif (le virus colle mieux aux gants qu’aux mains qu’on peut facilement laver ou désinfecter)
  • je vais volontiers au restau en terrasse, mais pas encore prête à m’installer à l’intérieur
  • pas encore prête à aller au cinéma – ce serait un bon été pour faire un Open Air, non?
  • je suis frustrée de ne pas pouvoir faire la bise à mes amis et ma famille, ou serrer la main aux gens – on pourra quand?
  • les gens qui portent leur masque de travers m’embêtent beaucoup moins, maintenant qu’on nage dans les masques et que le virus ne traine plus partout
  • je vais installer SwissCovid
  • je suis toujours très contente de rester chez moi et d’être relativement asociale!

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Où j’en suis [fr]

J’en suis que ça va. Je crois que je me suis habituée à cette nouvelle normalité et que je m’y fais bien (parce que j’ai la chance que la version qui m’est proposée ne soit pas trop pénible). Ce qui me fait un peu flipper, c’est la possibilité que l’immunité après infection ne soit pas bonne, ou qu’on ne parvienne pas à produire un vaccin efficace. C’est pas du tout dit qu’on soit dans ce cas de figure, il faut patienter en attendant que la recherche avance, mais je sais que c’est une possibilité et c’est celle qui m’inquiète.

Je suis fatiguée des réactions outrées concernant les déclarations faites lors du point presse du CF sur la capacité des enfants à être infectés et vecteurs de la maladie. Pour moi ils ont clairement merdé la comm sur ce point, et on voit déjà quelques tentatives de rattrapage. Je pense que ça continuera en début de semaine – ce serait sage, en tous cas, vu les réactions que je vois dans mon entourage. Alors bon, avec “l’oreiller de paresse” l’histoire des enfants va peut-être passer au deuxième plan… C’était pas malin, cette expression-là, pour dire le moins.

M’enfin, je trouve que nos dirigeants font dans l’ensemble un très bon boulot, je pense qu’ils bossent comme des malades depuis plus longtemps qu’on ne l’imagine, et comme une amie à moi l’exprimait dans un tout autre contexte, le seul moyen de ne pas faire d’erreurs c’est de ne rien faire, et plus on fait, plus il y a des chances de béder quelque part. Ce que j’ai compris c’est qu’on va vers un assouplissement des mesures un peu “agile”, dans le sens où on fera quelques changements, on observe les résultats, on valide les prochains changements, on regarde ce que ça donne, etc. Et parmi ces changements il y a le fait de rendre aux cantons le pouvoir qu’ils ont perdu lorsque le Conseil Fédéral a déclaré que nous étions en “situation extraordinaire”. Il aura fallu cette crise pour que je commence à m’intéresser d’un peu plus près (et à suivre) la politique suisse!

J’ai découvert (redécouvert, en fait, j’avais oublié) qu’une de mes “maxime morales” était en fait le rasoir de Hanlon. Ma façon de le formuler c’est que quand on a le choix entre la maladresse et la malveillance, ou bien l’ignorance/l’incompétence ou le complot, on se trompe moins souvent en choisissant systématiquement le premier, jusqu’à preuve du contraire. Ce qui explique que je sois très peu complotiste (ce qui ne m’empêche pas d’être convaincue que les Russes, entre autres, fourrent les doigts dans nos médias sociaux pour accroitre la polarisation politique et idéologique dans la population, afin de servir leurs intérêts).

Hier j’ai fait ma première pizza maison (à passé 45 ans, c’est le moment, vous me direz) avec le surplus de mon levain. J’ai fait du sérieux rangement dans ma salle de bains (nouveau meuble de rangement, merci IKEA Clic&Collect), continué à avancer avec ma cuisine et mes réserves, j’ai enfin réussi à reprendre la lecture du livre que j’avais entamé… il y a tellement longtemps que je ne sais plus quand c’était. Je réalise que moins de contacts humains dans ma vie signifie plus de temps pour moi. Je trouve ça reposant et ça m’effraie un peu. Est-ce que je risque de découvrir qu’en fait j’aime l’isolement, après toutes ces années d’abord à fuir la solitude, quand j’étais jeune, puis à me perdre dans une overdose effrénée d’interaction humaine?

En cherchant dans mes photos quelque chose pour illustrer cet article, j’ai eu l’idée d’aller regarder mes photos d’il y a un an (vu qu’aujourd’hui je n’en ai pas encore faites). Et je tombe sur les photos de mon accident de voiture. Oui, mon accident de voiture, c’était il y a un an exactement, le 19 avril.

Un an.

Un an et ce n’est toujours pas complètement derrière moi. J’ai de la chance évidemment, car ça aurait pu être bien pire et il y a des gens qui trainent les conséquences d’accidents pendant bien plus longtemps que ça, mais à l’échelle de ma vie, cet accident a quand même été une bien grosse pourriture.

Mon chirurgien a déclaré que j’étais suffisamment “réparée” pour reprendre le travail (enfin ma recherche de travail) début mai. Qu’on s’entende, je suis entièrement d’accord avec cette décision, mais pour ce qui est du “reste” de ma vie, mon poignet n’a pas fini sa convalescence. J’ai encore mal (pas tout le temps, pas quand je suis à l’ordi, mais il suffit que je le plie ou torde un peu hors de sa zone de confort et c’est douloureux). Le sport qui sollicite le poignet (judo, voile), on n’y pense pas encore. J’arrive à me mettre à quatre pattes, mais avec le poids entier sur le poignet, c’est limite. L’autre jour j’ai perdu l’équilibre sur mon balcon (le sol était un peu encombré et je me suis encoublée), je me suis rattrapée à la barrière avec ma main droite, et j’ai compris ma douleur.

Cet accident, qui m’est tombée dessus sans crier gare Vendredi Saint 2019, il est encore là aujourd’hui. Heureusement les séquelles ne sont que physiques (et financières… parce que j’y ai laissé ma voiture) et limitées au poignet. Mais à cause de cet accident je n’ai pas pu poursuivre ma reprise du judo, pas fait de voile la saison passé, je n’ai pas pu skier cet hiver, j’ai eu mal au quotidien, j’ai subi une intervention lourde au poignet droit dont la convalescence n’a pas été une mince affaire et m’a valu presque six mois d’incapacité de travail. Je me souviendrai toute ma vie du premier mois après l’opération, où j’attendais l’heure de ma prochaine prise de tramadol, l’arrivée du soir où je pourrais dormir, le jour de ma prochaine séance de physio, le tout dans un brouillard médicamenteux total et sur fond de douleur constante au moindre mouvement – et parfois même sans mouvement.

Je me souviendrai aussi de l’anxiété constante (maintenant disparue) concernant ma récupération. Se retrouver avec le poignet de sa main dominante qui ne tourne plus, qui ne plie plus, qui fait mal… mine de rien j’ai eu peur pendant de longs mois, même si je réussissais à m’accrocher aux (lents) progrès et à la confiance de ma merveilleuse physio que tout allait bien aller.

Être sur la touche, aussi, ça n’a pas été facile – d’autant plus que je l’étais doublement, l’opération étant arrivée alors que j’étais en recherche d’emploi, après la fin de mon contrat à durée déterminée à Fribourg. J’ai du apprendre à vivre dans les limbes. C’est jamais agréable, les limbes.

Là, on est un peu tous dans les limbes, collectivement. Personne ne sait vraiment où on va. A quoi ressemblera notre vie dans un mois, dans trois mois, dans six mois? Dans un an ou deux, même? Il faut accepter de ne pas pouvoir se projeter, ou alors de ne pouvoir se projeter qu’avec incertitude, en suspens.

Si on y réfléchit bien, la vie au fond est comme ça, en temps normal. On est toujours à la merci d’une voiture qui nous bille dedans dans un giratoire. Alors certes, la part d’imprévisible aujourd’hui est augmentée, mais elle n’était pas inexistante avant. On choisit simplement de vivre comme si elle n’était pas là – parce qu’avoir le contrôle nous rassure.

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La normalité reprend ses droits [fr]

L’habituel commence gentiment à reprendre ses droits. Le temps reste mou; hier j’étais convaincue qu’on était samedi, au point que quand une personne que je devais voir lundi m’a dit “à demain!” j’étais à deux doigts de la rectifier. La sensation de crise aiguë m’a quittée. J’ai trié mes tupperware.

Mes objectifs quotidiens sont modestes: m’installer pour lire mon roman, finir ma journée assez tôt pour regarder ma série, faire des boulettes de viande avec le kg de viande hâchée que j’ai achetée en action à la Migros. Et, la normalité revenant au galop, je procrastine. Bref, je me retrouve face aux mêmes challenges qu’il y a 2 mois, qu’il y a deux ans.

Je fais partie des grands privilégiés de cette crise, vu que je peux me payer le luxe de me débattre avec mes difficultés habituelles.

Ce qui n’est pas habituel, par contre, c’est que je me trouve extrêmement irritable. Je pars au quart de tour. Alors que d’habitude j’arrive à garder une saine distance émotionnelle par rapport aux choses qui ont tendance à m’énerver (les gens “qui font faux”, “qui ont tort”, “qui réfléchissent pas”, bref, vous voyez le schéma, c’est pas très glorieux), maintenant c’est un peu comme si je n’avais plus de fusible pour ça. Un effet de bord du confinement, rien d’anormal, mais c’est ennuyeux. La solution est assez simple, heureusement. Dormir assez (j’ai le luxe de pouvoir), sortir et bouger assez (idem), garder un rythme au quotidien (plus difficile). Et limiter un peu les contacts sociaux.

Je suis clairement sortie de ma phase “tout lire, tout apprendre” au sujet de coronavirus. Maintenant, ça m’ennuie même un peu. Je crois avoir fait le tour, j’attends surtout que la science avance (mais ça, ça sert à rien d’être au taquet dessus chaque jour), les décisions au niveau politique ont été faites et je me doute bien de ce qui nous attend, encore des semaines ou des mois de la même chose. Sur Vaud les chiffres commencent à se stabiliser, ce qui veut dire que la courbe grimpe moins raide, alors on tient bon, on pense fort à ceux qui sont au front, on évite de prendre des risques ou d’en faire courir à autrui, et on attend. Je suis consciente que c’est facile pour moi de dire ça, je n’ai que ça à faire, de toute façon, attendre, pas d’urgence.

J’ai fait des semis. Je suis allée chercher du levain, qui bulle à côté de celui que je tente de démarrer ici. J’essaie de me mettre chaque matin au soleil sur mon balcon, avec les chats. J’essaie de manger correctement, ni trop ni trop peu.

A ce propos, j’ai installé MyFitnessPal. Alors c’est très bien, la base de données de nourriture est super (on y trouve même les brownies de la Migros), on peut scanner les codes-barres… Mais le problème est que même si je me suis dit que j’allais juste noter ce que je mange pour prendre meilleure conscience de où sont les calories (je n’ai jamais fait de régime de ma vie, donc je suis assez peu au fait de la densité énergétique de ce que je mange), je me retrouve à regarder cet objectif total journalier et à me stresser pour essayer de l’atteindre. Et ça, c’est pas le but. Alors j’ai changé mon fusil d’épaule: je rentre les choses mangées le soir, après-coup. Et j’arrête d’essayer de faire attention – juste manger raisonnablement, comme je fais d’habitude (et comme je ne l’ai pas fait cette dernière année…).

Je trouve difficile de ne pas me mettre de pression, de façon générale. Tant pis si je ne “profite” pas de cette période. Ça aussi, c’est pas le but. Le but c’est de vivre. Et c’est pas si facile.

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Mes top tips pour les courses en temps de pandémie [fr]

Histoire d’éviter les crises cardiaques, cette photo date du 16 mars 2020

Par les temps qui courent, faire les courses pour plusieurs personnes quand on y va (seule ou seul!) c’est une bonne idée. Ça permet aux personnes à risque d’éviter une sortie, ça fait une personne de moins qui se balade dans le magasin, bref, les courses groupées ont la cote.

Deux petits “trucs” pour vous simplifier la vie:

  1. Utilisez Google Keep pour les listes de courses. On peut y faire une liste avec des petites cases à cocher, et partager cette liste avec qui on veut. La personne peut mettre à jour sa liste quand elle veut, et on a toujours accès à la dernière version à jour. Quand on fait les achats, on coche, et les achats cochés disparaissent de la liste. Super pratique!
  2. Demandez aux personnes pour qui vous faites les courses de vous envoyer un bonne photo du code-barres de leur Cumulus (ou Supercard, ou…) et utilisez-les pour prendre autant de scanners que de personnes. Cela permet de scanner séparément, de faire des tickets de caisse séparés, et d’éviter (littéralement!) des comptes d’épicerie une fois les courses faites.

Sinon, pour les personnes que mes “pratiques d’hygiène” intéresseraient:

  • Je me lave les mains avant de partir de chez moi, je les désinfecte à l’entrée du magasin avec le désinfectant fourni, je passe aux WC les laver après avoir chargé la voiture, je les lave en arrivant chez moi, et encore une fois après avoir rangé mes courses.
  • Je ne désinfecte pas mes courses.
  • Je ne porte pas de gants. Le virus s’accroche mieux et survit plus longtemps sur les gants que sur la peau, et il ne peut pas rentrer dans le corps via la peau.
  • Je ne porte pas de masque. Dans un contexte où nous manquons de masques, il faut les laisser en priorité aux soignants, qui de par leur métier, ne peuvent respecter la distanciation sociale dans leur travail, et sont en contact avec des personnes malades ou particulièrement vulnérables (hôpitaux, EMS, soins à domicile), et aux personnes malades (pour éviter de contaminer autrui ou de faire paniquer l’assemblée en toussant). Ce serait différent si nous avions un stock de masques suffisant pour couvrir toute la population, en plus des soignants.
  • Je scanne et je paie avec Twint.
  • Je fais les courses une fois par semaine au max pour limiter mon exposition.

Pour terminer, un tuyau “rangement”: pour vos denrées non périssables, si vous fonctionnez comme moi un peu aux stocks, rangez-les par année de date de péremption (un étage pour 2019 et avant – oui vous pouvez sans autres manger une conserve “périmée”, un autre pour 2020, puis pour 2021, et 2022 et plus ça peut aller dans le placard du couloir ou la réserve de la cave). Ça vous aidera à utiliser les aliments les plus anciens en premier.

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La texture du confinement [fr]

Ce qui a changé, c’est la texture du temps qui passe. Ce n’est plus un temps qui me file entre les doigts et que je cherche désespérément à retenir. C’est un temps bien plus immobile, qui ressemble un peu à celui du premier mois après mon opération, où il n’y a pas grand chose d’autre à faire que d’attendre qu’il passe, en tentant de vivre agréablement son quotidien. C’est un temps sombre, et au bout il y aura de la lumière, donc ce sera bien, après, mieux, probablement, mais si, un jour, plus tard.

C’est un peu le temps de l’attente, l’attente peu agréable d’un futur qui va nous en libérer.

Et dans ce temps un peu étrange, bizarrement, je me trouve fort capable de vivre.

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