Pédophiles et hébéphiles

[en] Listen to Dan Savage's podcast episode about pedophilia. Enlightening.

Si vous n’avez jamais écouté le podcast de Dan Savage où lu ses chroniques, je vous encourage à y remédier tout de suite. Attention cependant, si le franc-parler autour de la sexualité vous heurte, ou que vous avez une vision très traditionnelle de ce que devrait être une relation amoureuse, vous risquez de trouver parfois dérangeant. Mais des fois c’est bien d’être dérangé.

Dan prodigue ses conseils sur tout ce qui touche au sexe et aux relations depuis 1999. Il prend des appels de gens venant de tous horizons, il est extrêmement ouvert et je trouve ses conseils très avisés (même si pas toujours très polis ;-) ).

Il n’est donc pas surprenant qu’il soit parfois approché de ceux ou celles qui ne savent plus vers qui se tourner. Ce fut le cas dans l’épisode 272, avec l’appel d’une femme dont le compagnon est pédophile et qui — ça se comprend — ne sait pas quoi faire.

Pédophile, c’est un mot qui me dérange. Il me dérange parce qu’il est usé à toutes les sauces dans les médias, et a fini par devenir synonyme de “prédateur sexuel”. Revenons un peu au sens premier: un pédophile, c’est quelqu’un qui est attiré sexuellement par les enfants pré-pubères. C’est tout.

Le lecteur consciencieux aura noté qu’on parle ici d’attirance (ou de désir) et non pas de passage à l’acte.

Je ne crois pas que l’on choisit son orientation sexuelle. Pas plus qu’on ne choisit quel genre d’homme ou de femme nous attire. Et je ne crois pas non plus que l’on choisit d’être sexuellement attiré par de jeunes enfants.

Ecoutez cet épisode (du moins le début) dans lequel Dan fait appel à un spécialiste de la pédophilie pour faire le point. Qu’il y ait une crispation telle (compréhensible lors de passage à l’acte!) qu’il est impossible aux Etats-Unis pour une personne sujette à ce genre de pulsions d’aller consulter pour chercher du soutien afin de les garder sous contrôle, c’est terriblement attristant, je trouve. Aussi intéressant, la distinction entre “pédophile” (attiré par les enfants pré-pubères, moins de 11 ans) et “hébéphile” (attirée par les enfants pubères, 11-14 ans) — a force de brandir le mot “pédophile” quand un ado de 16 fréquente un adulte de 28, on finit par le vider de son sens.

Bref, écoutez ce spécialiste. C’est si facile de se contenter de condamner en bloc.

#back2blog challenge (3/10):

Similar Posts:

This entry was posted in Understanding life and the world and tagged advice, dan savage, hébéphilie, pédophilie, savage podcast. Bookmark the permalink.

13 Responses to Pédophiles et hébéphiles

  1. “Le lecteur consciencieux aura noté qu’on parle ici d’attirance (ou de désir) et non pas de passage à l’acte.” Un des problèmes est que malheureusement, le passage à l’acte est relativement fréquent. Et que l’enfant objet du désir de l’adulte est alors confronté à des situations, des émotions, des actes qui sont celles de l’adulte, pas ceux d’un enfant de son âge. Les pédophiles se retranchent souvent sur le fait qu’ils “aiment” l’enfant. Si c’était vrai, ils n’imposeraient pas leurs univers et leurs fantasmes à un enfant.

    “je ne crois pas non plus que l’on choisit d’être sexuellement attiré par de jeunes enfants.” sans doute, comme on ne choisit pas d’avoir une maladie mentale! L’adulte ne fait peut-être que reproduire une situation vécue dans son enfance, comme si quelque chose au niveau du développement de sa personnalité était bloqué.

    Qu’on cherche à comprendre les personnes attirées par de jeunes enfants, c’est nécessaire pour les aider. Qu’on excuse leurs prédations envers des enfants souvent très jeunes, qui ne parlent pas encore, qui n’ont pas les mots pour exprimer leurs troubles, par “ils n’ont pas choisi cette sexualité” serait aller beaucoup trop loin à mon sens. {my2cents}

  2. Anna says:

    Je suis d’accord avec Michelle. Même en face de certains points valable (et peut-être d’une argumentation générale attirante car novatrice), il ne faut en aucun cas perdre de vue les aspects les plus importants d’une thématique. Ce qui est vrai en général l’est encore beaucoup plus avec des sujets qui traitent d’abus. D’ailleurs, cet automne, un article sur Gawker qui reflète certaines des positions que Savage semble avancer, a suscité beaucoup de réactions – dont l’une des plus sensées (IMHO) thématise la position d e l’éthique quand on thématise l’abus. Il ne faut pas se faire avoir par une argumentation logique qui n’est peut-être pas si logique que ça… {my2cents} (<— Parfait – merci Michelle)

  3. Où as-tu lu que j’excusais les passages à l’acte? Quant à sa fréquence, comme l’explique l’intervenant, comme on a relativement peu de données sur les pédophiles “qui ne passent pas à l’acte”, justement, c’est dur de dire, il me semble. Non?

  4. Aussi (Michelle, je viens de relire ton commentaire) — il semblerait, de nouveau d’après l’intervention de l’expert dans le podcast, que ce genre de “circuiterie” se mette en place encore bien plus tôt (on est donc dans quelque chose qui a une composante biologique et pas juste circonstancielle).

  5. Anna (&Michelle): lisant ton commentaire après celui de Michelle, je me dis que mon article de tard-le-soir ne doit pas être clair. Nulle part je ne parle de justifier les abus commis par des adultes sur des enfants! Non mais quand même! Ça me choque un peu qu’on m’attribue ce genre de position (ou alors vous êtes en train de répondre à un homme de paille plutôt qu’à ce dont je parle).

  6. Toujours un peu compliqué de réagir sur ces sujets! Disclaimer: je n’ai pas écouté l’intervenant, ni lu Savage, je réagis juste à ce que tu as écrit. J’imagine bien que tu ne justifie par les abus!

    Mais je me méfie aussi des spécialistes de ces questions. Certaines théories sont … juste des théories. Confrontées à la pratique, à la situation réelle d’enfants qui ont a subir des comportements d’adultes perturbés, c’est très différents. Et des vies sont brisées parce que des “spécialistes” théorisent les comportements des adultes, au détriment des enfants.

  7. Anna says:

    Réponse uniquement à ton commentaire adressé à moi: Peut-être qu’on n’a pas été assez clair les deux… Non, je ne t’attribue pas “ce genre de position” à toi. Et oui, mon commentaire se réfère non seulement à tes phrases mais plus généralement au sujet que tu évoques – mais ça ne veut pas dire que je réponds à un “homme de paille”. (Par contre, de ne présenter que ces deux options d’interprétation est un peu noir-et-blanc ;-) ) Il me semble tout à fait valide qu’un commentaire (à l’occurrence le mien – et à ne pas à confondre avec une réponse directe dans un débat, donc!) puisse proposer une lecture supplémentaire sur un sujet évoqué dans ton article – et je suppose que tu es d’accord avec moi sur ce principe.

    Nouvel essai, donc: Malgré certains points valables (p.ex. qu’il faut être vigilant à l’utilisation des termes, ou que fantasme n’est pas à associer incontestablement à passage à l’acte, etc.), je trouve inapproprié de discuter la pédophilie de manière “compartimentalisée”, centrée uniquement sur l’abuser – comme le fait notamment le podcast! Le lien que je proposais dit pourquoi beaucoup mieux que je n’arriverais à le faire… ;-) Et merci d’avoir ouvert la discussion: il est important de briser le tabou – pour tout le monde.

  8. Mais… ne discute-t-on pas de pédophilie généralement en ne s’occupant que de la victime? Ça te dérange autant? (tu dis “centrée sur l’abuseur”, ce qui entent déjà qu’il y a eu abus; moi, j’essaie d’en parler en amont, alors qu’il n’y a ni abuseur ni victime).

  9. Philippe says:

    Je note bien que personne ici ne justifierait un passage à l’acte sur un enfant de moins de 11 ans, et j’espère aussi sur un enfant de 11 à 14 ans. Un problème de la pédophilie est l’inégalité du rapport entre un adulte et un autre sujet désigné comme “l’enfant”. L’enfant n’a pas le degré de liberté de l’adulte parce qu’il n’a pas le degré de maturation affective et intellectuelle de l’adulte, autrement dit le degré d’expérience émotionnelle et le vécu d’une personne adulte censé maîtriser son corps, de sorte que toute relation sexuelle devient une relation d’exploitation où le désir de l’adulte prime sur celui de l’enfant. Le désir de l’enfant, dans sa confusion, est nécessairement “interprété” par l’adulte et par le désir de l’adulte, et donc trop facilement selon le désir de l’adulte. De plus, l’adulte jouit sur l’enfant d’une autorité qui est celle que tout enfant reconnaît à l’adulte et qui fait que l’enfant ne comprend pas qu’il pourrait dire “non”.

    Après ce que je considère comme une sorte de mise au clair, j’ajouterais qu’un point me reste peu clair: il est dit quelque part que nous ne choisissons pas notre sexualité. Je pense que le monde serait bien triste si nous n’avions pas cette possibilité de choisir. Je n’ai aucun préjugé contre l’homosexualité masculine ou féminine, et peu m’importe qu’un homosexuel le soit en raison d’un jeu de la nature ou de son libre choix. De fait, je pense que tout rapport peut être permis du moment qu’il est basé au moins sur un respect sincère des uns et des autres, voire même de l’amour. Je pense que l’amour est une mixture impliquant toutes les dimensions de l’être humain, y compris intellectuel, et je pense donc que dans toute relation d’amour, il doit y avoir une dimension de responsabilité et, donc, de choix. Nous ne sommes pas des machines même dans le domaine de la sexualité. Par conséquent, je ne crois pas qu’on naît pour être attiré par des enfants de 3 à 5 ans, ou de 6 à 8 ans, opu de 11 à 14 ans. Tout cela me semble ridicule. On fantasme et, quant toute notion de respect humain disparaît, on passe à l’acte sans s’intéresser de ce que pense l’objet, la victime, un point c’est tout.

    Il est bon qu’on s’intéresse aux personnes qui ont une attirance pour les enfants et qu’on essaie de les aider, car je veux bien croire que certaines personnes souffrent réellement de cela. Ceci dit, je pense aussi qu’ils sont une minorité et qu’une majorité de personnes s’intéressant de cette façon aux enfants devraient se payer un psy au lieu de le faire payer aux futurs adultes qui sont leurs victimes d’aujourd’hui. J’ai moi-même été victime et je dois maintenant aller d’un psy à l’autre et me débrouiller avec les conséquences. Je pense donc qu’il faut faire très attention à théoriser sur des questions de ce genre: les conséquences de la permissivité des années 60-70 se font sentir 15 à 20 ans après seulement. Vous me direz, cela assure un bon avenir pour la gente des psys de tous bords, mais les psys pourraient aussi s’occuper des personnes de l’autre bord, sans qu’on ait à “naturaliser” des tendances qui ne sont pas plus naturelles que l’anorexie des modèles féminins. Car en fin de compte, ce qui me manque aussi dans les remarques qui précèdent, c’est l’apport d’une certaine partie du monde culturel, une certaine vision de la liberté qui se fait aux dépens de la liberté des autres et d’une certaine société où les individus, enfants ou adultes, ne sont somme toute que des pions avec des pouvoirs plus ou moins étendus.

  10. Philippe, il y a quelque chose qui me dérange profondément dans ce que tu dis: l’idée qu’on choisit son orientation sexuelle, qu’on choisit d’être attiré par des hommes, des femmes, d’être excité par la domination, d’être une femme dans un corps d’homme, ou encore de trouver sexuellement attirant des enfants.

    Cet argument du “choix” est utilisé pour justifier l’homophobie, la transphobie, la kinkphobie et que sais-je. C’est cet argument qui mène à des “thérapies de rééducation” pour gays afin de les “rendre hétérosexuels”. On ne contrôle pas ses fantasmes. Tu crois vraiment que des gens CHOISIRAIENT d’être sexuellement attirés par des enfants? Que c’est la libération sexuelle qui tout d’un coup “change” les orientations sexuelles des gens?

    Après, il y a une distinction énorme à faire entre le désir et le passage à l’acte (je le répète encore). Et oui, si on a ce genre d’attirance, pouvoir consulter pour ne pas passer à l’acte est la chose à faire. Sauf que dans des pays comme les USA où le thérapeute à l’obligation de dénoncer toute consultation de ce type, eh bien ça pousse les gens à ne pas consulter, à se dépêtrer tous seuls avec leurs pulsions, avec les conséquences que l’on sait.

  11. Philippe says:

    Je ne dis pas que certaines personnes ne sont pas disons constitutionnellement attirées par leur propre sexe, je dis que, en sus de ceux-là il y en à d’autres, beaucoup d’autres. Mais pour moi, le problème n’est pas là: le problème est de croire que la sexualité humaine a encore quelque chose de naturel. Pour moi, le mariage et l’homosexualité n’ont rien de naturel et je ne crois pas que l’humanité, c’est-à-dire chaque être humain, doive rechercher une forme “naturelle” d’être. Nous sommes tous, même dans nos corps, entièrement “artificiels”. Pour moi donc, qu’un homme choisisse de vivre avec un autre homme par amour ne me pose aucun problème, du moment qu’il y a amour et respect mutuel, et de même pour les femmes. Que certains le fassent parce que leur corps le leur dicte, ou que d’autres le fassent pour d’autres raisons, peu importe, du moment qu’ils sont bien dans leur peau et qu’ils sont bien avec les autres.

    Par contre, il y a une différence essentielle entre le sexe (ou plutôt le genre) et l’enfance: le genre relève du corps tandis que l’enfance est un stade de développement. Il y a donc une différence de catégorie. On ne peut pas assimiler l’attirance vers un sexe en particulier et attirance vers une classe d’âge en particulier, le principe (et pour moi le seul principe) étant celui de la libre détermination des individus qui sous-entend une égalité entre eux. Bref, que deux personnes adultes sortent ensemble, quelle que soit la différence d’âge, peu importe. Qu’un adolescent sorte avec une personne de deux ou trois ans plus vieille que lui, ce n’est pas si grave. Mais qu’une personne encore trop jeune tombe sous la coupe d’une autre qui sait pertinemment ce qu’elle veut dès le départ, j’appelle cela de l’exploitation, et plus l’enfant est jeune, plus cela est vrai. Un enfant sous emprise peut croire pendant quelques années que cela est de l’amour, mais la vérité est qu’il est dans l’incapacité de l’établir et qu’il est donc totalement sans défense face l’adulte. Je le répète, j’ai moi-même cru aimer et être aimé, jusque tard dans ma vie, et j’ai souffert plus que vous ne pouvez l’imaginer. Vous ne savez pas tout ce qu’un enfant est prêt à croire tout simplement pour se rassurer. Un adulte conscient n’a donc qu’un choix: ne jamais toucher à un enfant, sous aucun prétexte, même pas celui d’une attirance quelle qu’elle soit.

    Je le répète, je veux bien croire (car j’ai vu des témoignages à ce sujet) que certaines personnes aient une attirance spécifique pour les enfants. On ne peut nier que, dans de nombreux cas, les causes sont liées à l’histoire de ces personnes. Je reconnais que nombre de ces personnes refusent le passage à l’acte, quoi qu’il leur en coûte, et c’est tout à leur honneur. Mais on ne peut pas nier non plus le problème de la pédophilie, ne serait-ce que parce que derrière chaque internaute scrutant les images pédophiles sur Internet, il y a des enfants qui souffrent. Mais il ne faut pas oublier que tout le tintamarre que l’on fait sur Internet est très superficiel lorsqu’on sait que près des trois-quarts des crimes pédophiles sont le fait de parents (et pas seulement les pères et les grands-pères, mais aussi les mères et les grands-mères).

    Mon commentaire voulait surtout éviter quelque chose qui me paraît tenir plus d’une confusion, à savoir la tendance à “naturaliser” que mettent tant en avant les pédophiles qui, eux, sont passés à l’acte sous le coup d’une “pulsion”. Si l’être humain devait rester victime de ses pulsions, où en serions-nous. C’est tout ce que je voulais dire. Par ailleurs, je sais qu’au Canada, un gros travail est fait sur l’aide aux personnes ressentant une attirance pour les enfants, et même pour les personnes ayant abusé d’enfants, et je trouve que nous devrions en faire autant en France. Il vaut mieux aider les personnes qui souffrent avant que celles-ci ne passent à l’acte, cela me semble clair comme le jour. Mais de là à comparer cette attirance à l’homosexualité, jamais. D’ailleurs, on a trop souvent accusé les homosexuels de pédophilie, cela ne ferait que raviver cette vieille plaie.

  12. Aimée says:

    je ne sais quelle ait la fréquence de ceux qui passent à l’acte, mais ce n’est pas la question non? je connais plusieurs adultes qui ont été abusés enfant, sachant combien il est difficile de l’exprimer, je pense qu’il s’agit de la partie émergée de l’ iceberg.

    difficile de ne pas passer à l’acte quand on a des pulsions sexuelles…et quand on se réprime (par exemple les homosexuels qui n’osent sortir de placard) ça fait tout plein de dégats psychologiques.

    je trouve qu’on est obligé de condamner tout acte sexuel qui n’est pas consenti. les enfants de 5 ans sont violés (âge des adultes violés à l’époque par des membres de leur famille), point barre, car il n’est pas possible de parler de consentement. je trouve que c’est effectivement facile de condamner, facile dans le sens “sain”

  13. Il faut condamner le passage à l’acte. Le problème c’est qu’on condamne d’emblée la pulsion, ce qui fait que — comme tu l’as suggéré toi-même dans un tweet — une personne se sentant attirée sexuellement par des enfants ne peut pas imaginer chercher de l’aide sans risquer de tout perdre. La personne sera rejetée par ses proches, sa famille, étiquetée “pervers”, “criminel”, “abuseur d’enfants”, même si elle n’a jamais passé à l’acte. C’est ça le problème. Et c’est pour ça que je dis que c’est “facile” de condamner. On ne se rend pas compte qu’en condamnant si largement et immédiatement un “crime de pensée”, on fertilise le terrain pour plus de passages à l’acte.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>