La course aux chiffres [fr]

[en] I write a weekly column for Les Quotidiennes, which I republish here on CTTS for safekeeping.

Chroniques du monde connecté: cet article a été initialement publié dans Les Quotidiennes (voir l’original).

Quand j’ai commencé à écrire sur internet, en 1999, ce n’était pas avec un quelconque objectif de rentabilité en tête. J’aimais écrire, je désirais partager idées et trouvailles avec autrui.

Quand mon site web a pris la voie du blog, un an plus tard, c’était toujours dans le même état d’esprit. Et au fond, aujourd’hui, dix ans de vie et de mots plus tard, c’est encore le cas. J’écris parce que j’aime écrire, j’aime réfléchir, j’aime le contact et les échanges avec les autres. Mon métier à rejoint de façon assez directe ces intérêts depuis quelques années, mais ce n’est finalement qu’une évolution de surface dans mon parcours.

Les blogueurs qui occupent aujourd’hui le devant de la scène sont en grande partie obsédés par l’optimisation de leur blog. Titres efficaces, longueur d’article optimale, le tout assaisonné de mots-clés et de boutons “sociaux” pour favoriser l’arrivée de lecteurs via les moteurs de recherche et la diffusion de l’article à travers les réseaux sociaux.

Ce qui compte aujourd’hui c’est le nombre d’abonnés, d’amis sur facebook, de followers sur Twitter, de commentaires sur chaque article. Cette volonté de voir nos activités et notre succès reflété par des chiffres n’est pas nouvelle (nombre de visites sur un site, ça ne date pas d’hier) — mais je suis toujours attristée de voir à quel point cette course aux chiffres finit par pervertir (au sens premier) notre utilisation des outils dont il est question.

Dès qu’on mesure quelque chose, on change notre comportement pour tenter d’influer sur les chiffres. Du coup, les chiffres perdent une bonne partie de leur sens.

Le phénomène n’est pas nouveau, il n’y a qu’à regarder la course à l’audience dans les médias traditionnels.

Un exemple très simple à comprendre est celui de nombre de commentaires sur un article de blog. Certes, un article intéressant qui génère des réactions est une bonne chose. Mais si on décide que le succès de notre blog sera mesuré par le nombre de commentaires sur chaque article, qu’est-ce qui se passe? On commence à écrire des articles qui ont pour but de provoquer des réactions.

Plus on a de followers sur Twitter, mieux c’est? On se met à suivre tout et n’importe qui dans l’espoir d’être suivis en retour. On distribue des bonbons à ceux qui nous suivent. On utilise des stratégies ayant pour but de gonfler nos chiffres. Mais la valeur de ce qu’on fait sur Twitter a-t-elle augmenté pour autant? Et est-ce que la valeur qu’on en retire est vraiment un facteur direct de ces chiffres que l’on peut manipuler artificiellement?

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