Donner 80%, ou la loi de Paréto appliquée aux métiers des idées

[en] A year ago at SoloCamp, we were asking Dennis Howlett how much to do for free (knowing that stuff done freely is actually our marketing budget). His answer was to give 80% IP away for free, and charge (lots ;-) hehe) for the 20% that's left.

A few months ago I was asked by the Swiss Sales Director of Universal Music if I was used to working 100% and being paid 50% (the assumption being that I don't want artists to be paid for their work -- which is completely wrong, of course). I should have told him "Of course, more even than you imagine -- what, you mean that's not how it works in the music industry yet?".

On est tous familiers avec la loi de Pareto: 20% d’effort pour 80% de l’effet, etc.

L’an dernier, à SoloCamp, Dennis Howlett nous en a proposé une application en réponse à la question (qui torturait plusieurs d’entre nous): sachant que donner gratuitement est une forme de marketing très efficace, surtout dans les métiers des social medias, où mettre la limite? Combien donner? Quand commencer à faire payer? Comment ne pas se faire avoir, sans pour autant devenir radins?

Eh bien, sa réponse m’a stupéfaite, j’avoue, et bien tranquillisée. D’après lui, quand on est dans les métiers de la “propriété intellectuelle” (en gros, ce qu’on offre à nos clients, ce sont principalement des idées), une bonne ligne de conduite est de considérer qu’on va donner gratuitement (ou presque) 80% et faire payer (cher) les 20% restants.

Donner 80%!

Je suis presque tombée de ma chaise.

Puis, sachant que Dennis est quelqu’un qui réussit plutôt bien en affaires, que j’avais depuis un moment le sentiment désagréable que je donnais de moins en moins et que mon business en pâtissait, je me suis un peu détendue, et j’ai décidé de garder en tête ce principe.

Et si j’y réfléchis et que je fais un peu l’inventaire de mon “travail gratuit”, je me rends compte qu’on y est assez vite:

  • tout ce que je publie sur ce blog et ailleurs sur internet
  • les Bloggy Fridays
  • l’eclau
  • les repas, pots, “petites discussions” où je fais du “consulting gratuit” en échange d’une pizza ou de la reconnaissance éternelle de mon interlocuteur
  • organiser Going Solo et SoloCamp (c’était pas censé, mais ça a fini par l’être, du travail “gratuit”)
  • les personnes que je dépanne à l’oeil, en ligne et hors ligne
  • les interviews accordés aux journalistes, participations non rémunérées à tables rondes et autres événements…

Je pourrais continuer encore la liste.

Bien entendu, il y a un retour sur investissement, là. C’est mon budget marketing, si on veut, toute l’énergie que je mets dans ces diverses activités. C’est “ce qui me fait”, aussi, et j’en suis bien consciente. Mais rien de tout ça ne remplit directement le compte en banque: ça fait partie des 80% grosso modo de mon temps-énergie que je ne facture à personne, et durant lequel je “travaille gratuitement”, suivant quelle définition on donne à “travailler” et “gratuitement”.

Me voici donc à répondre enfin à M. Fontana d’Universal, mon interlocuteur contradictoire lors du “débat” sur le piratage à la RSR1 il y a quelques mois, lorsqu’il demandait (ironiquement et sûr de sa réponse) si j’avais l’habitude de travailler à 100% et de n’être payée qu’à 50%. (L’homme de paille favori de mes détracteurs concernant les questions de partage de fichiers semble être que je ne veux pas que les artistes soient payés pour leur travail…)

Oui, oui, Monsieur — et même plus que ce que vous imaginez. C’est comme ça que ça fonctionne, dans mon métier.

Vous me voyez venir: si l’on accepte de sortir d’une mentalité d’employés (ou pire, de rentiers), on pourrait sans beaucoup de difficulté appliquer ce genre de raisonnement au monde des oeuvres de l’esprit en général, y compris la musique. Pour les détails, il faudra repasser, car je ne les ai pas (j’en entends déjà qui hurlent) — mais n’y a-t-il pas là quelque chose à creuser?

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4 Responses to Donner 80%, ou la loi de Paréto appliquée aux métiers des idées

  1. Frédéric says:

    Oui, c’est évident. En fait, la majorité des métiers sont comme ça, avec une part plus ou moins large d’improductivité, mais pour la plupart des gens, ça ne se voit pas, car en tant que salariés, leur salaire est “lissé”: leur employeur les paie une somme fixe chaque mois, que leurs heures soient productives ou non (il s’y retrouve généralement, ce qu’il retire des heures productives compensant les heures payées mais non-productives). Et même là, il y a des exceptions, petite pique au passage: même à l’Université de Lausanne, organisme étatique, un grand nombre de chercheurs salariés (avec un doctorat — pas des étudiants ou doctorants) sont payés à 80% ou 90%, avec une attente explicite qu’ils travaillent à plus de 100% !

    Mais tous les indépendants (ou bénévoles !) savent qu’au contraire, une majorité de leurs heures ne sont pas productives (càd payées): que ce soit le temps passé pour du marketing, comme tu le dis, pour l’administration (comptabilité, etc, toutes ces choses que d’autres personnes sont payées pour faire dans une entreprise), des déplacements, voire du travail qui ne sera pas payé à l’arrivée.

    Mais les représentants des majors ont un penchant bien ancré pour les comparaisons douteuses (à commencer par l’égalité “copie = vol”), et, il faut le dire, à se prendre un peu pour l’hôpital qui se fout de la charité. S’ils voulaient salarier leurs artistes, et donc leur payer toutes leurs heures de travail, beaucoup de ces derniers en seraient ravis. Mais non, ils les paient au forfait ou au pourcentage sur leur disques, ce qui n’a absolument aucun rapport direct avec les heures de travail investies dans la composition et l’enregistrement. Est-ce qu’au total la majeure partie de ces artistes sont payés pour chacune de leurs heures de travail ? Il faudrait le demander à M. Fontana, mais j’ai une vague idée de la réponse…

    Frédéric

  2. Bonjour Stephanie

    Premier post que je lis de toi, tres interessant.

    On peut aussi faire une autre constation concernant la loi 80/20 , c est que l’on est progressivement entrain de basculer dans une économie du don , il faut donner aujourd’hui beaucoup avant de recevoir et de recevoir peu mais le peu que l on recoit compense de beaucoup ce que l’on donne.

    Car recevoir quoi en fait ? Nous sommes encore dans une économie traditionnelle base sur des flux monétaires mais la motivation d un individu ne se juge plus a la somme d’argent qu’il va recevoir.

    Il y a dailleur une presentation de Dan Pink qui parle justement de l’énigme de la motivation, tous les sociologues le savent bien mais la plupart des managers l’ignorent ou ne veulent pas l’entendre: les récompenses traditionnelles ne sont plus aussi efficaces qu’elles ont pu l etre dans le passe. .

    A ce sujet les conferences TED arrivent en suisse pour la 1ere fois, le 7 décembre.

    J ai rencontre l’instigateur de cette heureuse initiative qui m’a explique le concept de la licence TED X : 80 % d’énergie gratuite, 20% de bonification personnelle. Espérons que les présentateurs seront au niveau de leurs homologues aux US et qu’il aura réalisé son pari de popularite.

    Patrick Nouhailler

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