Twitter Exodus and Mastodon [en]

My online world is abuzz with people leaving Twitter, discussing Twitter, discussing what Elon Musk is doing with Twitter and its employees, and how Mastodon is going to deal with the influx of Twitter refugees, in a September that never ended kind of way.

Clearly, my Twitter usage has seriously dwindled over the years. I joined early – December 2006. A few internet lifetimes ago. Facebook has clearly taken over my online presence, and if I’m making an overt effort to be present elsewhere, it’s here, on this blog. TikTok makes me feel old, and miss the good ol’ days we had with Seesmic.

So I’m not “leaving” Twitter. I honestly rarely saw the point of ever “leaving” anything. I tend to fade away. But I’ve had a mastodon account, on octodon.social, since April 17th 2017, my mailbox tells me. It was the first time in a long time that a new platform started showing up on my radar and it felt worth trying it out. I even wrote about it in my newsletter (looks like this is a post I forgot to import here… note for later). But I didn’t use it much. I’d drop in every now and again to see how things were, like I was doing with Twitter these last years.

Given so many people are joining Mastodon now, I looked for an easier way to find the people I’m following on Twitter there: fedfinder really helped (tip: add your Mastodon handle somewhere in your username or description so that scrapers such as this one can find it) and allowed me to follow a good hundred people or so I knew on Mastodon, in a few clicks and a few minutes of patience. So, now my Mastodon news feed feels a bit more like a familiar place. It still has the feel of the social media platforms of old, in the early days, but I’m not sure it will last.

What is happening with Twitter is making me think of other social situations where the good people leave because bad things are happening, and the only ones left in the room at the end are the bullies or the extremists. That’s one of the reasons I’m not leaving. I’m not fighting for the platform either, but I don’t want to remove myself and contribute to creating the void into which ugliness can freely pour.

I feel sad about what’s happening. The sadness of the favorite park or field of your childhood being bulldozed to build apartment blocks. The sadness of a restaurant you used to hang out with changing owners and becoming unrecognisable. The sadness of the world changing, whether it’s leaving you behind, or you leaving it behind.

I honestly don’t think Twitter will survive this, at least not in a form that will be recognisable as the Twitter we knew and loved. But it’s not time for me to pull the plug on it yet.

Traitez d’abord les mails récents au retour de vacances! [fr]

Quand vous revenez de vacances ou d’absence et que vous êtes devant une pile de mails, traitez les mails les plus récents en premier.

Je réalise régulièrement que cette façon de procéder ne va pas forcément de soi. C’est vrai qu’on a tendance à penser chronologiquement, ou bien commencer par le début, et donc se dire qu’on va faire les choses dans l’ordre.

Mais la réalité c’est que le mail d’il y a trois semaines a bien des chances d’être caduque, surtout s’il était un peu urgent. Les urgences d’il y a trois semaines ne sont plus des urgences, par contre les urgences d’aujourd’hui le sont encore. Il vaut donc mieux commencer par elles.

Ce mail d’il y a trois semaines a peut-être aussi été suivi par un mail il y a une semaine qui dit “laisse tomber, j’ai trouvé une solution”. Ne vaut-il donc pas la peine de voir ce mail-là en premier?

A plus forte raison si vous êtes en copie d’une “discussion mail” à plusieurs, il vaut mieux voir l’état de la discussion aujourd’hui (qui est peut-être close) plutôt que de répondre d’abord au premier mail, puis au deuxième, etc. – pour ensuite découvrir que nos réponses sont inutiles parce que la situation a évolué entre-temps.

Il arrive aussi que l’on ait tellement de mails qu’on n’arrive pas à tout rattraper. Dans la plupart des cas de figure, ce n’est pas un désastre, pour autant que l’on traite d’abord les mails récents! Si un mail envoyé reste sans réponse et était important, la personne va se manifester à nouveau et donc se retrouver en haut de votre boîte de réception, et son mail sera traité.

Il vaut aussi la peine, avant de passer beaucoup de temps sur une ancienne demande, de vérifier avec l’expéditeur si celle-ci est toujours d’actualité.

Bonne reprise!

Paradoxe ou punition? [fr]

Que faire quand on a tendance à “zapper” des choses qu’on devrait faire, quotidiennement par exemple? La vaisselle, se doucher, préparer ses affaires, passer le fil dentaire, répéter son voc allemand…

Généralement, on tente par tous les moyens de se pousser à “faire”. On met des rappels. On construit des habitudes. On essaie de se motiver. On se récompense. Mais des fois ça ne suffit pas. Et si on a un TDAH, la difficulté est encore augmentée, car le passage de l’intention à l’action présente un challenge particulier.

L’autre jour, je mentionnais qu’une approche “paradoxale” pouvait aussi fonctionner pour ce genre de problème. C’est d’ailleurs grâce à ça que j’ai mis en place l’habitude (maintenant solide) de faire ma vaisselle au moins tous les soirs. De façon très résumée, l’approche est la suivante: si je “zappe” ma vaisselle, alors je n’ai pas le droit de la faire durant 4 jours.

A mon étonnement, cette façon de faire a été comprise comme punitive. J’aimerais expliquer ici en quoi elle ne l’est pas.

La situation de départ, c’est que la personne ne fait pas la tâche X. Elle ne fait pas sa vaisselle, ou ne se douche pas, ou ne prépare pas ses affaires. Elle aimerait, ou pense qu’elle devrait, mais n’arrive pas. Elle se dit “il faut que je le fasse! je vais le faire! je veux le faire! je devrais le faire!” – bref, tout va dans le sens de “faire”.

Le grand et simple enseignement de l’approche systémique de Palo Alto (à laquelle je me forme) est que si une situation indésirable persiste, malgré nos efforts répétés pour y remédier, c’est de toute évidence que ce que nous faisons pour tenter d’en sortir ne marche pas. Si ça marchait, le problème serait résolu. Si me dire “promis, à partir de maintenant je fais ma vaisselle tous les soirs” marchait, je ne me retrouverais plus jamais devant une pile de 4 jours de vaisselle. On croit souvent avoir “tout essayé”, mais notre “tout essayé” va toujours dans le même sens. Il y a un thème commun à toutes nos “tentatives de solution”. Ici: “je peux et je dois faire”.

Pire que de ne pas résoudre le problème auquel on se confronte, ces “tentatives de solution” participent à l’entretenir. (Ça, c’est un peu complexe à expliquer simplement, donc je ne vais pas le faire ici, mais ça a à voir avec la théorie des systèmes.)

Un moyen “punitif” d’essayer de se pousser à faire serait: “si je ne me douche pas aujourd’hui, je n’ai pas le droit de regarder la télé”. Mais on reste toujours dans le même thème “je dois faire”. Alors qu’en réalité on est (souvent activement) en train de ne pas faire.

L’approche paradoxale, qu’on retrouve dans l’idée de “prescrire le symptôme”, cherche à nous sortir de ce thème du “je dois faire”. Le but, c’est de changer la dynamique “énergétique” (pas au sens ésotérique, hein vous me connaissez) de notre posture face au problème. On sort de “je dois faire” et on va vers “en fait non, je dois pas faire”. Ça ôte la pression. C’est OK de ne pas faire. Et d’un autre côté, ça en met (et donc ça change la motivation) car on va dire: “c’est OK de pas faire, mais si tu fais pas, c’est sans doute que pour le moment c’est trop pour toi de le faire, donc prends un break et ne fais pas pendant x jours”. On prend la logique de ce que fait la personne (elle dit qu’elle veut faire mais en réalité, dans ses actes, elle ne fait pas) et on la met à plat sur la table, on dit “OK”, alors voyons ce qui se passe si on va dans ce sens, si on pousse cette logique plus loin au lieu de lutter contre. Ne faisons pas! Et voyons où ça nous mène.

L’autre levier qu’actionne cette approche c’est que ça neutralise le discours qu’on se tient souvent quand on “ne fait pas”: on se dit “bah, tant pis, je fais pas aujourd’hui mais je ferai demain; aujourd’hui j’ai pas le courage; je saute juste un jour, c’est pas grave, un jour.” C’est en se racontant cette histoire, qu’on va se raconter également le lendemain, qu’on se retrouve à ne pas avoir touché son voc allemand pendant une semaine. Parce que sur le moment, à chaque fois qu’on renonce ou abandonne, on se dit “c’est juste une fois, c’est pas grave”.

Mais si on dit “tu peux ne pas faire, c’est OK, mais alors quand tu ne fais pas, vas-y à fond quoi, ne fais pas pendant 3 jours”, alors on ne peut plus se dire “je fais pas aujourd’hui mais je ferai demain.” Ça devient: je fais aujourd’hui, ou bien je saute les 3 prochains jours? Les deux sont OK. Il n’y a pas de punition. Ne pas faire, c’est la situation par défaut. C’est ce que la personne fait déjà. Donc au pire, elle est pas moins avancée qu’avant, avec le bonus qu’on déculpabilise le fait de ne pas faire. Et au mieux, ça marche.

Vous aurez compris que le succès de cette méthode dépend de la logique interne qui sous-tend la procrastination. Elle ne peut donc pas s’appliquer à l’aveugle. Mais si vous sentez que la pression que vous vous mettez à faire a plutôt tendance à empirer le problème que l’arranger, c’est peut-être une piste à envisager. Mais je vous préviens: il faut du courage.

Heatwave [en]

It’s 9am, Sunday morning. I’m back in my flat to check the temperature. It’s creeping up already. I close everything up and shed a tear.

I got the temperature under 27°C this morning. Downstairs, in the coworking space I’m lucky to be able to hang out in, it’s nearly 1°C cooler, but also rising. At 8:30, it was already too hot to have breakfast on my balcony, like I usually do.

Lausanne is hardly the worst-hit place. I guess the lake helps a bit. Other parts of the country are suffering way worse. France, Spain… India of course.

I’ve dealt with worse heat than now when I was in India, of course. But buildings here aren’t designed for heat. My flat covers the south side of the building. Even at night when the temperature goes down (not that far down) the walls are still packed with heat they ate up during the day. The bathroom downstairs is close to 30°, though it’s on the inside of the building, because it shares a wall with the heating room.

The heating room is an oven. Now I understand (maybe) why in India we just heat the water we need when we need it, instead of having permanent hot water running around in the taps. But that’s not all of it: a few days ago I realised the radiators weren’t cold. I’d turned of the central thermostat, but clearly, the central heating was still keeping them warm. I turned them all off manually, of course, but WTF. Shouldn’t central heating be turned off in June when we already had troublesome heat in May? SMH.

I remember my first real heatwave here, back in 2003. I was writing (dictating) my dissertation. I was living and sleeping on my balcony. It was exciting.

For a few years now, we’ve had these “exceptional heatwaves” every summer. They are not exciting at all now. It’s clear they are not going away. I bought a portable A/C two years ago. I have a bunch of fans. I’m seriously thinking about putting up a ceiling fan in my bedroom. I’m wondering if heat will drive me up in the mountains ten, fifteen years from now. The fact that this will not get better is sinking in.

Until recently, I’d managed to not feel too panicky about climate change. Not that I was in denial that it was happening, but rather that I had other stuff to get worked up about. I know that solutions to a global problem like this are not individual but collective, and there are people fighting the fight. But it’s not working. I read an opinion piece the other day that actually helped me understand Extinction Rebellion – particularly the “unauthorised demonstration” part that I previously looked upon rather disapprovingly. Governments and institutions need public pressure to prioritise climate change. It’s sad, but that’s how it is. Those whose interests do not go in the direction of protecting the environment have their own ways of putting pressure on governments, and they are not shy of using them.

So today, as I closed the windows in my flat to keep the heat out, some of the hope I used to have rolled down my cheeks.

Regarder passer le monde [fr]

En anglais, on dit “watching the world go by”. J’aime beaucoup cette expression. Elle sent les vacances, le repos, la sérénité de celui ou celle qui peut se permettre de s’arrêter un moment, perdu dans ses pensées, regardant sans vraiment regarder ces instants de la vie des autres qui défilent devant soi.

J’ai fait ça aujourd’hui. Je suis allée au parc, me poser sur un banc. L’idée m’est venue après un repas sur le balcon d’une voisine, qui habite plusieurs étages au-dessus de moi. Depuis son balcon, on voit la vie du pâté d’immeubles, les gens qui vont et viennent, les voitures qui passent, s’arrêtent, repartent. Depuis le mien, j’ai plutôt une vision un peu myope de ce qui se passe juste sous mon nez, dominée par un grand arbre plein de feuilles.

Regarder passer le monde. Regarder défiler la vie. J’ai réalisé que j’avais peu d’opportunités de faire ça. L’oisiveté ne me vient pas facilement, et je me rends compte qu’il est important pour moi de cultiver des “temps morts”, pour me reposer, me ressourcer, récupérer.

Même quand je ne fais rien, quand je ne veux rien faire, je suis comme tractée vers l’action. La vie numérique dans mon téléphone, évidemment, mais aussi lire, écrire, photographier, documenter, observer attentivement, cogiter… Ça m’est arrivé, dans le parc. D’abord, j’ai éteint le podcast que j’écoutais en marchant. Après quelques minutes de rien, j’ai voulu enregistrer mes réflexions et impressions. J’ai pensé à quelque chose qui nécessitait l’envoi d’un message à une connaissance. J’ai fait un effort explicite pour ranger mon téléphone dans mon sac, et juste regarder autour de moi. J’ai eu rapidement envie de prendre mon carnet pour écrire. Je me suis retenue. J’ai regardé passer les gens et les pigeons, regardé les bateaux minuscules sur le lac, humé l’odeur de l’été, et laissé mon esprit vagabonder.

Je me suis dit qu’il fallait que je revienne. Que peut-être, une fois, je fasse le saut de venir sans téléphone, ni cahier, ni appareil photo. Ce n’est pas évident comme idée, surtout de venir sans appareil photo.

Ça s’est plutôt bien passé, en somme. J’ai pu apprécier d’être là et de ne rien faire. C’est assez étonnant pour moi, de pouvoir faire ça. Toute ma vie, j’ai été courbée sous le poids de cette longue liste de choses à faire que je n’arrivais pas à faire. Un poids coupable qui venait appuyer sur mes rares moments de répit, parce que je devrais plutôt d’abord faire ceci ou cela. Et me reposer ensuite. Mais je savais bien que je ne pouvais jamais en voir le bout, de cette liste de choses à faire. Je n’arrivais même pas à entamer le début.

Depuis six mois, tout a changé. Je “gère” enfin. La liste existe toujours, elle est toujours longue (et le sera certainement toujours, merci hyperactivité). Mais j’avance. Les choses importantes et urgentes sont faites. Et même plus. C’est sous contrôle. Je n’avance peut-être pas aussi vite que je voudrais, mais j’avance, je vois où je vais, et je sais qu’il n’y a pas d’horribles mauvaises surprises qui m’attendent au détour d’un chemin. J’arrive maintenant à prendre du temps pour moi, du temps de repos et de plaisir, sans mauvaise conscience. C’est une libération.

Mais voilà, je suis encore en train d’apprendre à faire ça. C’est nouveau. Malgré moi, je me retrouve souvent un peu automatiquement à faire. Et mon cerveau a besoin de passer plus de temps en mode par défaut, j’en ai conscience. Juste là, me poser sur un banc au parc semble être une bonne piste.

The Job Market: Finding Where To Fit In [en]

I’ve been looking for a new job for a while now. And with time – and a few interviews – and rejections – I’ve come to an understanding of one thing that is making things tricky for me. Any good problem has multiple causes, so this is of course just one of them, but it’s the one that has to do with me, how my life played out, decisions I made, my experience, my skillset.

It’ll be a surprise to no reader of this blog that I have a rather atypical career path. Just having been self-employed for over ten years does that to you (and there is more). I don’t know about other job markets, but here, although everybody will tell you that having an atypical profile is an asset, recruiters are not readily going to pounce on you to hire you. And honestly, I don’t blame them: if you have interested and motivated candidates that ideally fit your “persona” for the job, why take a risk with somebody who doesn’t, however promising? We don’t like risks that much.

It quickly became clear to me that there was a big difference between jobs I would be capable of doing and jobs I had a chance of being hired for. There are many jobs I could do. But not that many where, in comparison with all the other candidates applying for that position, I would seem like the best person to hire.

Most of the time, it boils down to experience. Especially at my age and seniority level, they’ll often be looking for somebody who has “occupied a similar position for 5 years or more”. I haven’t, obviously. I have the skillset, but I don’t have the indicator in my career path that one would expect to confirm it. One of the reasons is that I have been self-employed most of my career, and the other one is that I learn fast. My experience goes a long way. But that’s not a very convincing argument on a job application.

The corollary is, of course, that when I apply for more junior positions, where less experience is expected, I don’t get in either, because I’m overqualified.

Now, where do I stand the best chance of “fitting the profile” when it comes to work experience? The answer is, as far as I can see, in digital communications/communication strategy, as this is the core of the work I did while I was self-employed, and the first two years after that. Digital transformation also fits the bill, but most positions in that area require more enterprise/organisational change management than I can demonstrate. So, I’ve been focusing my efforts on Communications Manager/Digital Communications Manager positions.

The problem seems to remain, however. Other candidates for the same positions often have more formal management experience, which is reassuring for a recruiter. I have to say this is starting to seem more and more like a catch-22. And knowing the value that I can bring an employer, not being able to get a foot in the door is quite frustrating.

Whether you’re in recruitment or not, I’m interested in your thoughts about this. Am I onto something, or am I “finding excuses” and I just need to try harder – or try differently? Have you found yourself in a similar or parallel position? What am I missing?

I’d like to add (because people who see me as The Freelancer, which I was indeed for most of my career, sometimes have trouble coming around to this) that I really want to find an employed position. I don’t particularly want to become self-employed again. I guess this is something I might detail in an other article!

I’m also aware that networking is the key. And I’m starting to think that in my case, it really is the only key.

Chez qui laisser l’inconfort? [fr]

Vous les femmes qui me lisez, je pense que vous connaissez bien ce scénario: on vous fait une remarque sexiste ou paternaliste, un compliment non sollicité, un truc qui s’apparente à de la drague lourdingue ou au sexisme ordinaire.

Généralement, mal à l’aise, on part sur la pointe des pieds. L’auteur de la remarque ou de la drague mal placée a toutes les chances de ne pas recevoir de “feedback” de la part des femmes qu’il met mal à l’aise. (Je dis “il”, car généralement, n’en déplaise au ceux qui s’écrieront “#notallmen!😭”, ce sont des hommes.)

Alors au lieu de juste disparaître, ou bloquer, ou fuir: dire les choses. Confronter l’autre, même maladroitement. Il ne s’est pas privé d’être maladroit, alors donc? Il n’avait pas de mauvaises intentions? Il a quand même le droit de savoir qu’il a foutu mal la personne en face.

Ce n’est pas à nous de garder l’inconfort. Il faut le remettre chez l’autre.

Il s’excuse? Est consterné, horrifié? Eh bien, il a peut-être appris quelque chose aujourd’hui sur l’effet que ça fait aux autres, et qui sait, peut-être que ça rendra service à la prochaine femme à qui il serait tenté de dire quelque chose de semblable. Laissons-le avec son malaise. Ce n’est pas à nous de le tirer de là.

(Soit dit en passant, ce qui s’applique aux remarques sexistes et aux approches lourdingues peut aussi s’appliquer aux compétences exercées entre les draps. Le gars qui ne sait pas s’y prendre pour deux sous et qui vous assure que toutes les femmes ayant passé entre ses mains étaient satisfaites… Peut-être que si l’une d’entre elles avait pris le risque de le mettre mal à l’aise en lui donnant un feedback honnête… Passons. Je précise que ce n’est pas pour rejeter la responsabilité pleine et entière sur les femmes, hein! Mais ouvrons notre gueule.)

Un autre cas de figure qui sort des rapports entre les sexes mais qui touche à cette notion d’inconfort. Vous fournissez des prestations en indiquant clairement que vous ne faites ni crédit, ni facture. Qu’on paie sur place, direct. Une personne arrive et demande, la bouche en coeur, une facture. Est-ce à vous de vous plier en disant “mais bien sûr”, pour ne pas la mettre mal à l’aise (et donc prendre le malaise sur vous), ou bien n’est-il peut-être pas plus approprié de lui renvoyer l’inconfort: “non, nous ne faisons pas de facture, nous avons bien précisé que cette prestation se payait comptant. Que proposez-vous?”

En prenant sur soi l’inconfort de la situation, on garantit à peu près qu’elle se répètera, avec nous ou autrui. En laissant la personne qui n’a pas respecté le cadre (implicite ou explicite) avec son inconfort, il y a une chance que les choses changent.

Pour beaucoup de personnes, c’est dur de ne pas prendre l’inconfort sur soi, pour épargner l’autre, même quand c’est l’autre qui nous met dans l’embarras. Ça vous parle?

How Your Struggles Can Shape Your Strengths [en]

How come I am so good at setting priorities in a work context, or helping others sort through their priorities, when I can spend a whole Sunday faffing around because I can’t decide what I want to do the most?

When it comes to my personal interests, I struggle with setting priorities. There are so many things I would like to do! The world is so interesting! Which book do I want to start with? Will I write or work on my photography? Shall I spend time on refining the documentation for my existing support group, or dive into a new communications project on the margins of that community? I’m sure some of you can relate.

So, I tend to view myself, internally, as somebody who has trouble setting priorities. But that is not how others see me. They often see me as decisive, clear-headed, rapidly capable of teasing out what needs to be done first or what is most important.

How come?

As with many things in life, it is my personal struggles that have honed these skills. I have spent an immense amount of energy trying to figure out how to help myself decide if I would rather go for a walk on my free day or sort through my holiday photos (two activities I enjoy). I have come up with countless strategies to break down projects into manageable tasks, and determine what must be done before what. I have spent hours thinking through the consequences of doing or not doing, so that where to start would become clearer. Because if I do not take the trouble to do this, when I’m alone with myself and with few constraints, I tend to slip and slide.

So, I have had a lot of practice doing this, because it didn’t come naturally to me. I’ve had to think it through. I’ve had to devise methods. I’ve done it again and again and again.

Put me in an easier setting, like work or facing somebody else’s priorities: I have a huge toolbox, and I probably don’t even need to use all of it.

The very fact that I have a personal struggle with – in this example – setting priorities in my personal life means that I have developed strong skills in that area. Skills that are an asset in my professional life.

Think of a young man who has to carry a heavy load of rocks on his back everywhere he goes. He might struggle compared to his peers when they go hiking. He may actually stumble and risk falling more, he will be tired, he will be slow. But if he can put down the load of rocks to go and run an errand, he will be the quickest and the strongest of them all.

What superpowers do you have that were born from your personal struggles?

Il y a mouvement et mouvement [fr]

J’ai toujours vu dans mon rapport au corps et au mouvement un paradoxe: autant je suis parfaitement à l’aise dans le sport, autant quand il s’agit de danser ou de marcher en rythme, c’est une toute autre histoire.

Ça ne se résume pas juste à la question de “sentir”, comme on pourrait croire. Quand on dévale une piste de ski à toute allure, ou qu’on est dans un combat de judo, on n’a pas d’autre choix que de sentir le mouvement. Le sien, celui de l’autre.

J’adore la musique, j’adore chanter, mais il y a quelque chose du registre de “sentir le rythme” et le manifester à travers mon corps qui m’est très difficile.

Ce soir, lors d’une discussion de fin de cours avec ma prof de chant (on avait justement fait un exercice très difficile pour moi, bouger et chanter en même temps), j’ai mis le doigt sur une caractéristique qui distingue ces deux sortes de mouvements, ceux qui me sont faciles et ceux qui me rendent toute pataude. Dans le mouvement sportif, ou le mouvement de tous les jours, on est dans du mouvement “intentionnel”. On cherche à faire quelque chose. Une action. A amener notre corps ailleurs ou autrement dans l’espace. C’est, d’une certaine façon utilitaire.

Quand on danse ou qu’on marque un rythme avec ses pieds et ses mains (une forme de danse, en fait?), on est dans un mouvement qui est plutôt expressif, je dirais. On ne cherche pas à accomplir quelque chose, on cherche à accompagner, soutenir ou marquer quelque chose d’intérieur.
Tiens, je me dis que ça doit sûrement exister, des typologies du mouvement.

Je me demande aussi s’il y a un élément “neuropsy” dans mon rapport très différent à ces deux familles de mouvements. Je sais, par exemple, qu’un exercice particulièrement difficile pour moi est de maintenir ma vigilance durant des temps morts de longueur variable, et d’agir ou non ensuite en fonction d’un stimulus (une lettre apparaît à l’écran: appuie sur la barre d’espace; si c’est un X, n’appuie pas). Je me suis demandé si ça pouvait avoir un lien avec ma difficulté de sens du rythme.

Par exemple, quand je chante une chanson, à moins d’être très entrainée, je rate tous les départs. Une fois dans la phrase, le rythme ça va. Mais savoir quand commencer, c’est toujours un problème. Si je tape des mains et que je chante en même temps je perds très vite le rythme des mains – ou alors je me concentre sur les mains et j’oublie de chanter.

Voilà. quelques réflexions que je voulais capturer. Si c’est un sujet que vous connaissez, je serais ravie d’en apprendre plus, j’avoue.