Forum Santé 2019: mes notes [fr]

Avertissement: ceci sont mes notes du Forum Santé 2019, je ne garantis pas d’avoir tout compris 100% et de n’avoir pas fait d’erreur!

Brigitte Rorive (dir fin HUG): 3 bonnes raisons d’espérer

Les coûts de la santé augmentent plus vite que la croissance économique. Mais les solutions existent! Exemple: Nouvelle-Zélande. Centré sur la personne. 

Au centre, personne qui vit dans une maison, pas dans un hôpital! Trois niveaux d’intervention autour de la population. Garder les gens le plus longtemps possible dans leur cercle: bonne santé; services dans la communauté, médecine de vie, services sociaux => éviter une dégradation de l’état de santé. Prévenir le mieux possible la dégradation de l’état de santé lorsqu’il y a un souci.

M. E, 76 ans, deux AVC, séquelles neuro/cognitives. Perdu un rein (tumeur) => IR. Médics pour l’hypertension. Plaques qui démangent dans le cou un matin => appelle le médecin, absent, va à l’hôpital. Dx zona. Prescrit antalgiques + antiviral. 15 jours plus tard M. E va mal et va chez son médecin traitant => hôpital 10j. Confusion due aux antalgiques, reins qui ont morflé, surinfection car n’avait pas compris comment traiter son zona.

Dans un système genre NZ: M. E est connu des structures de premier recours. Il appelle la maison de santé, la personne consulte le dossier et voit qu’il s’agit d’un cas compliqué, appelle le médecin de service dans la maison de santé, et approche non pas juste du zona mais de la personne entière (que puis-je donner comme antalgiques vu l’IR, etc) + met en place une infirmière durant la première semaine pour s’assurer qu’il gère son traitement.

Deuxième bonne nouvelle: on s’inspire déjà de ce qui existe, des initiatives. Exemple: chutes personne âgée. Grave problème de santé publique. 45% des hospitalisations de personnes de plus de 65 ans en Suisse sont dûes aux chutes. 1400 décès par an. Trois fois plus de risque de se retrouver en EMS si on a chuté. 6.8 milliards de CHF. Mais la grande majorité de ces chutes sont évitables. HUG et certains cantons alémaniques: mis ensemble dépistage et prévention. (Il y a aussi des patients qui chutent dans les hôpitaux!) Mise au point d’une échelle de dépistage (patients chuteurs) et mesures de prévention. Pilote aux HUG. Déposé projet pour avoir financement pour sortir le projet de dépistage de l’hôpital et l’amener à domicile via soins à domicile. Deuxième temps: EMS.

Trois: on a des ressources, et pas juste financières. Intelligence collective. Exemple: projet qui a fait beaucoup de petits. Spécialistes en épidémiologie populationnelle + géographes + bio-informaticiens: cartographier le risque de développer une maladie en fonction d’où on vit. Carte avec lien entre habitat et obésité. La structure même de certains quartiers est porteuse de la pathologie. Permet de cibler la prévention et le dépistage. Idem avec dépression, insuffisance cardiaque… Du coup si on met une maison de santé dans un quartier, on va pouvoir cibler le genre de professionnels de la santé qu’il sera important d’inclure.

Slogan Highlands où ils ont réorganisé le système de santé dans ce sens: “The best bed is your own bed.”

Nicolas Senn: Traiter la maladie ne suffit pas

Petit film, projet MOCCA: Inclusion d’infirmière dans le cabinet médical (Chexbres, Chauderon). Médecin + infirmière (Cindy Lehmann) + assistante médicale. Temps de consultation souvent limité pour le médecin généraliste. L’infirmière va jouer un rôle là, plus de temps, prévention. Ex: patient avec diabète décompensé, fortes douleurs de hanche qui diminuent son activité physique. N’avait pas pensé à le dire au médecin mais c’est apparu au fil de la discussion avec l’infirmière. Patient type: maladies chroniques. Approche populationnelle: séances d’info, lectures dans la salle d’attente. Transformer le cabinet en un centre de santé. 

Exemple: M. Favre, 78 ans, fume 2 paquets, sort peu, vit seul, diabétique, hospit pour pertes de connaissance à plusieurs reprises, refuse le vaccin pour la grippe. 

Enjeux pour sa santé? Il y a 50 ans, insuline pour le diabète. Maintenant: prévention tabac, grippe, isolement social, consultations, multimorbidité (coordination de soins), 720 minutes de consultation par an. 

Complexité du système: TARMED, facturation au temps, à la minute! Avantage: permet de passer du temps avec le patient, prestations ultra performantes point de vue médico-technique. Mais difficile de réaliser des interventions hors catalogue, auprès d’un groupe de population, coordination des soins, prévention…

Le débat actuel est centré sur les coûts. Une mesure intéressante, l’article relatif aux projets pilotes, car il permet de dépasser le cadre et de chercher une meilleure prise en charge. Mais sinon ces mesures vont pas tellement aider le patient. 

Limites du système: soins fragmentés, prestations autour de la maladie, etc.

On est dans une voie de médicalisation de la santé: les problèmes de santé ont une solution médico-technique.

Mieux: socialisation de la médecine, on cherche des solutions autres que strictement dans le domaine bio-médical. Prise en compte des déterminants environnementaux de la santé pour pouvoir agir dessus (on fait ça assez peu maintenant). Agir sur l’environnement!

Actuellement, système de santé avec soins ambulatoires assez cloisonnés. Décloisonner.

Il y a des chercheurs pour développer les nouveaux médicaments, il en faut aussi pour développer des nouveaux systèmes de santé et les tester.

MOCCA (modèle de coordination des cabinets). 2 ans de préparation avec experts (y compris patients). Trois éléments:

  1. liste de patients, savoir qui on suit dans le cabinet, y compris leur contexte, description
  2. infirmier ou infirmière en soins primaires. Coordination de soins, prévention, suivi de maladies chroniques, éducation thérapeutique, urgences.
  3. Plan de soins individualisé: suivi longitudinal, coordination…

Pour la Suisse, assez innovant. En Belgique, en France, assez courant.

Projet pilote: renforcer localement la médecine générale. (Pas une grosse usine à gaz pour la gouvernance.) Premier pas pour intégrer les enjeux globaux de la santé (déterminants sociaux et environnementaux, équité, prévention, promotion de la santé, coordination et continuité des soins, centré sur la santé et non la maladie).

“La santé c’est la capacité pour un être humain à donner un sens à sa vie dans son environnement, et pas juste de réduire la santé à la chimie et biologie de la personne” (citation de mémoire, Marie Gaille, philosophe française).

Question: pharmaciens comme professionels de la santé de premier recours? Faire faire les mêmes actes par différentes personnes, pas super, mais intégrer les pharmaciens dans l’équipe de soins, pharmacies dans maisons de soins. Doivent être plus présents mais intégrés dans une réflexion globale.

Patrick Durisch: Prix des nouveaux médicaments/traitements (Public Eye)

Vidéo: Fixés comment? le fabricant fixe un prix initial (R&D etc). Mais aussi value-based pricing. Sovaldi (Gilead) pour l’hépatite C. 84k $ pour 3 mois de traitement, basé sur le tarif d’une greffe de foie, jusque-là seul traitement disponible. Ensuite l’OFSP va voir ce qu’ils remboursent — mais peu de marge de manoeuvre pour limiter les prix. Prix en Suisse = prix vitrine pour l’industrie pharmaceutique. Et coût de R&D = secret industriel. Brevets. Industrie en position de force.

Les autorités sont garantes de la constitution et ont donc des obligations concernant l’accès aux soins. Maintenir la pérennité du système (mutualisation des coûts) car sinon certains n’auront plus accès aux soins. 

OFSP: on sait que les prix sont trop hauts mais c’est légal. 

Coûts: 7 milliards pour les médicaments ambulatoires. 8 milliards pour les médics en tout sur les 32 de l’assurance de base. Les trois quarts sont dûs aux médicaments brevetés. Progression constante des coûts pour les médicaments contre le cancer. +54% depuis 2014. 

A la base: brevet octroyé avec l’idée d’un équilibre des intérêts privés (exclusivité, profit) et publics (publication, accessibilité). En multipliant les brevets sur une molécule on rallonge la période de protection (pire aux USA bien sûr), alors même que les coûts de recherche sont récupérés depuis longtemps (Herceptin par exemple). Résultat: traitements anticancéreux très chers, OFSP négocie des rabais peu transparents… Patients hépatite C n’ont pas eu leur traitement remboursé durant 3 ans!

Retour sur investissement dans l’industrie pharmaceutique: plus élevé que les banques, voitures, pétrole. Agir sur les marges injustifiées. 

Moyen d’autoriser la concurrence (levée de monopole temporaire). Exemple: thérapie génique développée par Novartis. 370k et brevets illégitimes car la technologie était déjà connue. Les hôpitaux universitaires Suisses s’allient pour développer des traitements similaires.

Message-clé: le public doit reprendre la main, fixer des prix équitables qui prennent en compte R&D et financements publics (stop au value-based).

Christine Bienvenu: ce médicament cher qui m’a sauvé la vie

Film. Herceptin-Perjeta. 100k CHF/an. Pendant combien de temps notre système de santé pourra-t-il encore absorber ces coûts? Ambivalence. 

Tabou car reconnaissance d’avoir la chance de bénéficier du traitement, mais culpabilité de ce qu’on coûte à la collectivité. Important que les patients puissent s’intéresser à ces questions pour pouvoir participer au débat. Etre partenaire de ces discussions. Peur de ne plus avoir accès au traitement? Garder la tête basse pour ne pas risquer de perdre l’accès… Vulgariser les informations pour les patients. 

Autonomisation des patients, patient empowerment. Quelle place le patient doit-il prendre? En fait, quelle place doit-on lui laisser? Patient qui n’ose pas prendre sa place, même si ça change avec le fait que le patient ait accès à des informations auparavant réservées aux professionnels. Collaboration, partenariat, accepter un deuxième avis.

Le patient vit 24h/24 avec sa maladie. Les stratégies mises en place par les patients pour pouvoir vivre leur vie peuvent être intéressante. Communautés de patients contenant beaucoup d’informations vulgarisées.

Manuella Maury: Seuls à bord de notre corps

Lettre à son généraliste. On vient au monde seul, et on le quitte aussi seul. Délégation de responsabilité. Importance du médecin de famille, à l’écoute. (Très joli texte, pas tellement propice à la prise de notes.) Hypothyroïdie. 3 mois en Espagne. Difficultés de la vie, détour par l’acupuncture, désastre, démarrage du médic. Tout va bien. 2 ans plus tard, changement de formulation du médic, cata, augmentation de dose. Pilule impossible car conséquences catastrophiques (dépression), mais pour le médic contre la thyroïde on veut la faire rentrer dans un tableau excel? Déléguer sa santé à la pharma. Retourner en Valais, prendre soin de soi…

Table ronde (jamais facile de prendre des notes)

Si le médic n’est pas répertorié (trop nouveau), exception possible si le patient bénéficie du traitement. Donc analyse, et évaluation. Mais ça peut varier d’une caisse à l’autre (plus ou moins de volonté de trouver des solutions).

On a le deuxième système de santé le plus cher au monde, après les USA. Surmédicalisation: interventions qui n’ont pas de bénéfice pour le patient. Ex: médicaments pour le cholestérol, chir de la thyroïde, interventions sur la colonne vertébrale (10 fois plus à Berne qu’à Genève!) — on discute de mesures économiques mais pas de comment réduire les soins inutiles.

Ecart de 48% des prix des génériques entre l’Europe et la Suisse (taille du marché). Les importations parallèles sont déjà autorisées.

Dossier électronique du patient.

Innovation, pas de la science-fiction. Attention aux bulles du côté startup qui trouvent du financement. Important de former les infirmier/infirmières en Haute Ecole, pour collaborer il faut parler le même language.

Question: dans les cas particuliers, certains assurances acceptent, pas d’autres, pourquoi? Si le processus d’évaluation est supposé être un peu rationnel?

Maladies rares: système de réassurance.

Importance de la nutrition. Mais la prévention prend plus de temps. Confier la prévention aux infirmières.

Question: préoccupation concernant la confidentialité avec le DEP. Le DEP permettra de cacher certaines infos, mais attention, on ne pourra pas se retourner contre le fournisseur de soin si on dissimule une information.

Margaux Saudan: Moi, future médecin

Plus grand employeur de médecins en Suisse: la Migros. Un problème? Attractif pour les médecins, mais:

  1. Données sensibles (grands magasins qui savent quand leurs clientes sont enceintes). Pas d’étanchéité.
  2. Conflit d’intérêt: faire de l’argent vs soigner.

André Grimaldi: plaidoyer pour une médecine égalitaire et solidaire

Deux défis auxquels sont confrontés nos systèmes de santé: innovation et maladies chroniques.

Coût des médicaments: pas le coût de développement, mais le service médical rendu. A ce moment-là l’insuline et le vaccin contre la polio devraient coûter très très cher. L’industrie fixe ses coûts en fonction de ce qu’on est prêt à payer.

450 millions de diabétiques dans le monde. Ça coûte cher! Prévention… mais on a conçu des systèmes de soin et non des systèmes de santé. Progrès de la médecine => maladies chroniques.

Indicateurs de qualité? On soigne l’indicateur et non le malade.

La bonne porte d’entrée: il faut une troisième médecine pour les maladies chroniques.

Première médecine: maladies aigues bénignes et gestes techniques simples. Médecine de cabinet.

Deuxième médecine: maladies aiguës graves, soins complexes. Avec les hôpitaux universitaires ça fonctionne.

Troisième: dans les maladies chroniques le patient doit changer de comportement dans la durée. Quid de l’observance? 40-50%, corrélé à la mortalité.

Obstacles à l’observance:

  • pas de symptômes => pas d’observance
  • traitement: si on a l’impression qu’il est inefficace ou qu’il y a des effets secondaires
  • système de santé: si on doit payer pour les soins chroniques et pas les aigus… ou si le gravité de la maladie chronique rapporte à l’assureur…
  • médecin: n’explique pas, paternalisme médical, “je suis un technicien supérieur” (important: décision médicale partagée)

La vraie question: le patient qui sait faire (observance), mais qui ne fait pas? Transformer le malade en son propre médecin. Comment se traitent les médecins compétents quand ils sont malades? Ils se soignent très mal…

Pourquoi?! Clairement une troisième médecine. Homéostasie émotionnelle. Quand les besoins primaires sont assurés, la priorité absolue est l’homéostasie émotionnelle, quitte à prendre des risques pour sa santé. Traumatisme psychique du diagnostic: ce sera jamais plus comme avant; vous serez différent des autres. Premier mécanisme, déni, refus, clivage (diabétiques clandestins qui ne disent pas à leur entourage), addiction (ado qui manipule sa dose d’insuline pour rester mince). Pensée magique (charlatans etc).

Ces mécanismes de “rejet” deviennent une maladie à leur tour. “Je sais que c’est stupide mais c’est plus fort que moi.” On ne s’en sort pas seul de cette deuxième maladie. L’autonomie a des limites. Aider le patient à changer de représentation.

Je regarde tomber ces hommes les uns après les autres [fr]

Il y a eu #metoo, et des histoires qui sont sorties concernant quelques hommes que je connais (et même apprécie) dans le milieu de la Silicon Valley. Maintenant, c’est Epstein, et là aussi, beaucoup trop de noms que je connais, et une personne en particulier que je tenais en haute estime, qui dégringole.

Ça m’atteint, tout ça. A plusieurs niveaux. Déjà, c’est la suite d’un gros éclatement qu’a subi ma vision du monde à l’élection du dernier président des Etats-Unis. Quelque chose s’est cassé, pour moi, à ce moment-là. J’avais toujours eu une foi assez inébranlable en la résilience de l’humain en général, de notre société, de notre civilisation — ou de celles qui suivraient. Je l’ai toujours, mais j’ai perdu une certaine naïveté concernant l’époque où nous vivons. Certes, si l’on est une femme, maintenant est la meilleure époque à laquelle avoir vécu. Il ne faut pas tout peindre en noir.

Mais on est en train de crever des abcès, et ce qui en sort est moche, moche, et je me retrouve, j’avoue un peu prise par surprise. De moins en moins, malheureusement, mais quand même.

Je crois que les gens, fondamentalement, sont relativement bons. (On laisse de côté les psychopathes, mais même là, il y a matière à discussion.) Après, il y a les parcours de vie, les décisions prises, les priorités mal mises, la souffrance qui s’exprime parfois de drôles de façons. Et surtout, on est faillibles.

Comme l’a dit une connaissance commune concernant la démission de Joi: suis-je certaine que j’à sa place, je n’aurais pas aussi pris l’argent? Né en 17 à Leidenstadt, et tout ça… Mais avant tout, on est faillibles.

Les erreurs doivent se payer. Je n’ai aucun doute à ce propos. Que des hommes riches et influents, même si je les admire et les apprécie, même si j’ai somme toute bénéficié de leur influence, voient leur carrière s’écrouler, leur réputation partir en fumée, c’est quelque chose avec lequel je peux vivre.

Mais quand on connaît les gens, c’est dur, je trouve. De réconcilier la personne qu’on connaît avec les squelettes qu’on découvre. La tentation est grande de tout couper, d’amputer ces relations devenues dérangeantes, de partir le dos tourné. C’est simple et c’est propre, mais est-ce juste? Peut-on appréhender l’autre dans sa complexité, failles, crimes, faiblesse morale et échecs éthiques y compris? Jusqu’où peut-on encore dire “tu as merdé, je ne te pardonne pas, mais je te garde dans ma vie”?

L’actualité met ces questions en relief à grande échelle pour moi juste maintenant, mais ce sont des questions du quotidien. Pour faire avancer les choses, il faut de l’intransigeance sur certains points. Où mettre la ligne rouge, là est toute la question. La question d’une vie, peut-être. Je sais que je me débats avec, ces temps, en tous cas.

Et là-dessous, il y a les hommes. Ma confiance dans le genre masculin, surtout sa version “influente”, est en chute libre, juste là. Oui, oui, #notallmen (merci de nous épargner ça). Mais de plus en plus, je commence à voir les hommes d’une certaine catégorie comme en sursis, en sursis du scandale sexuel ou financier qui va éclater, ou du squelette brinquebalant dans un placard. Je me prépare à être déçue. J’attends.

Et c’est très inconfortable. Parce que je veux croire qu’il y a des gens bien. Et chaque candidat à ce titre qui se casse la gueule me fait douter un peu plus.

Un partage n’est pas forcément une invitation au débat [fr]

Il y a des thématiques qui me tiennent à coeur. Des thématiques sur lesquelles j’ai une position assez établie, parce que j’ai plongé dedans, réfléchi, lu, discuté, et je me suis forgée une opinion. J’aime croire que mes opinions prennent racine dans les faits, dans une certaine rationalité, mais je ne suis pas dupe, je sais que comme pour tout le monde, la part de croyance et d’idéologie dans mes prises de position est certainement bien plus grande qu’il ne m’est agréable de l’admettre.

Ce sont des thématiques que je nomme parfois “religieuses” — celles qui ne génèrent le plus souvent que des débats stériles, qui polarisent, et qu’on évite soigneusement avec ses amis si l’on se trouve de part et d’autre du gouffre idéologique… parce qu’on veut rester amis malgré tout. Ou alors, ce sont les thématiques qui défont les amitiés. Ça arrive.

Largement, je ne suis pas intéressée à en débattre. Alors oui, j’adorerais convaincre les gens, parce que je pense que j’ai raison, mais je sais aussi que malheureusement ce ne sont la plupart du temps pas les arguments rationnels qui font changer d’avis.

Deux exemples parmi d’autres: les vaccins et les OGM. Pour moi, et je suis convaincue d’avoir la science et la raison de mon côté (et donc “l’objectivité” du monde), les vaccins sont sûrs et efficaces pour lutter contre toute une collection de maladies dont on a parfois oublié les horreurs (la polio, ça vous dit?). De même, il est clair pour moi que ce qu’on appelle les OGM, qui sont parmi les organismes les plus testés et contrôlés à finir dans nos assiettes, sont aussi sûrs (si ce n’est plus) que d’autres variétés obtenues par d’autres méthodes (mutagenèse, hybridation) que ne font sourciller personne.

Je crois aussi qu’il n’y a pas de dieux ou de Dieu, pas d’esprit indépendant de la matière, pas “d’ondes” ou “d’énergies” mystérieuses entre les êtres ou ceux-ci et la nature.

Donc de même qu’on ne me convaincra pas de croire en Dieu, et que je ne convaincrai pas un croyant d’abandonner sa foi, on ne me convaincra pas de rejeter les vaccins ou les OGM. (J’ai conscience que ces trois exemples ne sont pas tout à fait sur le même plan, hein. Je les mets côte-à-côte pour insister sur ce qui les rassemble, pas sur ce qui les sépare.)

Et donc, pourquoi “un partage n’est pas une invitation au débat”?

C’est autant un rappel pour moi qu’une annonce pour les autres: si je partage un article, ce n’est pas forcément pour convaincre celles et ceux qui seraient convaincus du contraire. C’est peut-être juste pour les curieux, pour ceux qui sont déjà d’accord, ou ceux qui cherchent encore. Ce n’est pas une invitation à tenter de réfuter le point de vue exposé.

Mais j’ai remarqué que sur Facebook, le message subliminal du partage est compris ainsi: ouvrez le débat. Tentez de convaincre l’autre qu’il a tort.

Alors non. Parfois, on ne veut pas débattre sur des sujets “religieux” ou sur lesquels on a un avis bien tranché. On veut juste mettre quelque chose à disposition, à prendre ou à laisser.

Ceci dit, j’aime les échanges où au-delà du désaccord, on peut être sereinement d’accord d’avoir des points de vue différents et tenter honnêtement de comprendre comment l’autre voit le monde et pourquoi. Sans juger, sans vouloir faire changer d’avis l’autre, juste regarder de plus près comment nos croyances et convictions se rejoignent et divergent.

The Importance of Being Active [en]

I’ve already noticed that I fare better when I am active. My mood is better, I’m more easily motivated, I have more energy. Doing things is easier.

Activity brings motivation. I had that key.

But I still remained stuck in non-activity: how and where do I find the will to jumpstart the machine and be active again?

On Monday morning I understood a key point I’d been missing. A shift of focus, actually. It’s funny how so many of the most important realisations in life are shifts of focus. Looking at things differently.

My mission is not to get things done, because X and Y are on my list and need to be done so I reach my goal or stay out of trouble.

My mission is to be active. That is the important thing. Not doing the things. Being active. Process over outcome. And, well, I might as well keep myself active with things I need or want to do.

It may seem minor, but looking at things this way makes a big difference.

“How am I going to keep myself active today?” versus “how many of my to-dos can I cram in today?”

Things I need to do become a means to fulfil my mission of ensuring a certain level of activity in my day. And thus it becomes much easier to do them.

Le message vocal, entre amour et haine [fr]

A la base, je déteste les messages vocaux. Mais j’ai appris à les aimer. Je vous raconte.

Premièrement, le message vocal souffre du défaut propre à l’audio et à la vidéo, par rapport au texte: on ne peut pas y jeter un rapide coup d’oeil ou l’écouter en diagonale. Soit on l’écoute, soit on ne l’écoute pas. L’écouter monopolise l’entier de notre attention. Et avant de l’écouter, on ne sait pas ce qu’il y a dedans.

Impossible de “trier”, de décider s’il mérite ou non une consultation immédiate, s’il va nous remuer ou simplement nous donner une information anodine. Le message vocal, comme la séquence audio ou vidéo, est simple à produire, mais impose à celui qui le reçoit une plus grande charge pour y accéder.

Deuxièmement, et ça c’est un élément personnel, comme je suis malentendante, écouter un message vocal représente potentiellement toute une gymnastique: ôter mes appareils, trouver mon mains libres, etc. Et il y a toujours la crainte que la qualité audio ne soit pas suffisamment bonne et que je doive réécouter des bouts.

Voilà pour le message vocal “haine”: celui qui débarque sans explications ni annonce, imprévu, une boîte noire qui réclame que je lâche tout pour je-ne-sais-quoi.

Et l’amour alors?

Le message vocal, c’est de la voix. On entend l’autre. On s’exprime parfois plus facilement qu’à l’écrit. Pour raconter quelque chose, ou rentrer dans des subtilités, c’est génial. C’est moins prenant qu’un appel, mais il y a une proximité similaire. Il y a des gens avec qui j’ai des conversations par messages vocaux. J’adore.

Mais le pré-requis, c’est le consentement. Vérifier que je vais pouvoir écouter, par exemple. C’est aussi le message vocal envoyé avec un peu de contexte: “je te raconte ça, tu écouteras à l’occasion”.  C’est le message vocal poli, au final, qui tient compte de l’autre, et pas juste de la grande facilité qu’il y a à le produire.

Et vous, comment vivez-vous les messages vocaux?

I need to write [en]

I’ve felt in “survival mode” for the last few years. More on that later. I had a wonderful professional experience in Fribourg. More on that later. I’ve been largely off sports due to an injury that messed with my back, and that hasn’t helped. And I haven’t been writing, for various reasons.

I read Thierry yesterday. I remembered that I used to write, not just “talk” on Facebook.

It’s more silent around here. There is time to think while I write. It’s less immediate. There are less people hanging around ready to pounce on every word (though I have to say, I consider myself very lucky to be blessed with the “Facebook crowd” I have — smart, reasonable, intelligent people).

My old Quintus is still hanging in there, though he’s been a bit off lately. He’s going to be 19 in February. He has a lot of old man ailments but nothing that is killing him.

After six months silent, where do I start? A few articles have been knocking around in my head. One on voice messages. Another one, for the WDS blog, will be advice I would have liked to give 32-year-old me when I went freelance. I might do a French version for the eclau blog, if I haven’t written it already.

Eclau is empty, but I’m keeping the space, it’s still open, and I’m on the lookout for a small company or non-profit who would like to settle there. Let me know.

Let’s not overdo it. This will be enough for today.

Making Memories [en]

I’ve recently started watching TV series (Doctor Who!) and listening to podcasts again, partly in an attempt to pull myself out of some activities or preoccupations that were on the way to becoming a little obsessive. And amongst those podcasts I listened to recently, one episode seems to have had a lasting impact on how I view the world and life: Hidden Brain’s Yum and Yuck.

It’s funny how you don’t always realise on the moment that a new idea is going to be an important milestone in your worldview. I’ve groaned about this before, concerning podcasts. But in this case, I’m lucky, I did manage to lay my hands on the podcast to show it to you.

So, what’s this about? The episode is about food. But the idea that struck me has to do with how we “make” memories. The podcast was describing how memories of meals are created. For example, if you eat a meal of just one thing, you will remember that one thing. But if you eat the same amount of food, in the form of five different things, you will have memories for those five things. See where this is going?

It seems quite obvious, but it’s not something I had ever given much thought to. So, if I eat three slices of toast for breakfast, and put honey on all three, my memory of breakfast is going to be “honey on toast”. But say I put honey on one toast, jam on the second, and cenovis on the last: my memory of my breakfast will be much richer.

The podcast went on to talk about ordering strategies at the restaurant: do you order your favorite dish, or take the risk of trying something else? If you eat something different each time you go to the restaurant, or your favorite dish each time, you will not have the same memories. There is a tension between immediate enjoyment and the creation of memories.

In the same way, if you spend three weeks of holiday at the beach, you won’t have much to tell. But you will certainly have enjoyed each day (if you like the beach). But if you did all sorts of things during your holiday, there are certainly days where you would have had more pleasure sticking with the beach — but your memories of your holidays will be much richer.

I tend to stick in my comfort zone. I’ll order the same thing again and again. I’ll do the same thing over and over. I stick with what I know and what I like.  I go to the same places. I’ve been in the same flat nearly 20 years, have been doing judo for 25, sailing for 10… I go to India regularly, but don’t really travel around or visit new places.

I had never realised the impact this way of living my life was having on the memories I am building of my life. I sometimes feel adrift in time, in some sort of limbo, and I’m now considering explicitly trying to add more “peak experiences” to my life.

Regarding food, because meal-memory seems to have an impact on whether you feel hungry or not, this insight is also encouraging me to make sure I have less “mono-meals” and more meals with a collection of different foods composing them.

Biais d’attribution: ne jugeons pas autrui aussi sévèrement [fr]

Tous les jours, je me retrouve face à un biais cognitif (chez les autres et moi-même) qui commence à sérieusement me casser les pieds, y compris quand c’est moi qui m’y laisse prendre: le biais d’attribution (voir aussi: l’erreur fondamentale d’attribution).

Si vous googlez ces deux termes vous trouverez tout un tas d’articles pour en savoir plus. De mon côté, je vais tenter d’expliquer simplement où je vois ce biais se manifester, et pourquoi je le trouve aussi casse-bonbons.

Si je devais trivialiser ce biais pour l’expliquer, c’est un peu l’erreur de pensée qui consiste à considérer que l’autre est soit un maladroit soit un connard, tandis que nous, nous avons toujours de bonnes raisons pour faire ce qu’on fait.

Quelques exemples:

  • la personne qui coupe la file d’attente, clairement c’est un connard (alors que peut-être qu’il y avait une très bonne raison à son comportement, indépendante de sa valeur propre en tant que personne); les rares fois où c’est nous qui nous retrouvons à couper la file, on a toujours conscience du caractère exceptionnel de cette action et du fait qu’on a une vraie bonne raison pour le faire
  • je suis cycliste et automobiliste: quand je suis à vélo, je peste contre ces abrutis d’automobilistes qui ne tiennent pas compte des vélos; quand je suis en voiture, je peste contre ces abrutis de cyclistes qui ne respectent rien. Alors que quand c’est moi qui tiens le volant ou le guidon, je ne suis pas une abrutie, j’optimiste ma conduite, ou peut-être, je n’ai pas vu l’autre parce qu’il était dans mon angle mort, ou encore, j’ai pris un raccourci car j’étais en retard
  • la personne que j’interpelle ne me répond pas: c’est certainement un malappris, ou une autre variété de connard — alors qu’en fait la personne est sourde ou malentendante et ne m’a simplement pas entendue
  • dans une expérience, on donne à un participant la télécommande d’un train électrique qu’il doit conduire; un autre participant doit observer et évaluer le conducteur. Sans que les participants le sachent, les expérimentateurs font varier la vitesse et la puissance du train. La personne qui tente de le conduire se rend bien compte qu’il y a des facteurs en-dehors de son contrôle qui lui rendent la tâche difficile, tandis que l’observateur, lui, va juste voir que l’autre est un mauvais conducteur, un maladroit incompétent

Vous voyez le schéma? On est prompts à juger les autres pour leur comportement, alors que notre comportement a toujours une explication rationnelle et valable.

L’explication via cette “erreur fondamentale d’attribution” est la suivante: on considère que les raisons qui poussent l’autre à agir sont “intérieures”, sans tenir compte des circonstances extérieures, qui ont pourtant une bien plus grande influence sur nos actions. On s’en rend bien compte quand il s’agit de nous: on est en retard, on ne peut pas faire autrement, quelque chose est venu nous mettre des bâtons dans les roues – mais on l’oublie promptement lorsqu’il s’agit d’expliquer les actions d’autrui.

C’est pour ça qu’un de mes mantras personnels (et que je demande également aux membres du groupe Diabète Félin d’appliquer les uns envers les autres) est “accorder à l’autre le bénéfice du doute”. Il s’agit d’activement combattre ce réflexe de la pensée qui étiquette de façon jugeante l’autre parce qu’il a fait ceci ou cela. Il s’agit de se souvenir que de son point de vue, ses intentions sont certainement bonnes, et qu’il y a aussi certainement des facteurs extérieurs à son contrôle qui motivent son action.

(Laissons de côté pour le moment la question des – rares – personnes véritablement malfaisantes. Leur existence n’est pas une raison pour soupçonner l’humanité tout entière.)

Je trouve que dans l’ensemble, surtout avec la course à l’indignation que sont devenus les médias sociaux aujourd’hui, on est beaucoup trop prompts à juger notre prochain et à lui attribuer des intentions négatives, et qu’un peu de générosité de générosité vis-à-vis de ce qui motive autrui, ça ne fera de mal à personne.

Bienheureux ceux qui pleurent car ils seront consolés (Mt 5.4) [fr]

C’est l’inscription que l’on peut voir à l’entrée du Cimetière du Bois-de-Vaux, lorsque l’on déboule de la Vallée de la Jeunesse pour arriver sur la route de Chavannes. C’est un des mes trajets courants ces temps, et je ne peux bien entendu m’empêcher de lire cette inscription, un peu mécaniquement.

Elle m’irrite, d’abord. Ah, la religion qui rassure, le croyance dans le surnaturel qui nous permet de faire l’économie d’accepter l’absurdité du monde! La religion qui évite d’être trop triste, parce que les gens ne meurent pas vraiment, enfin si ils meurent, mais ils sont là-haut, et nous attendent!

Une lecture bien superficielle, bien entendu, parce que je n’y réfléchis pas, je suis sur mon vélo, je vais à la physio, je la lis du coin de l’oeil.

Et il y a quelques semaines, je l’ai lu autrement, ce verset. Ou plus précisément: il m’est apparu autrement.

Pleurer, non pas pour qu’on vienne nous consoler, mais parce que c’est l’acte de pleurer qui console.

Trois regards se croisent dans cette apparition.

Celui d’André Comte-Sponville, premièrement, “athée fidèle”, qui sans croire en Dieu va vouloir sauvegarder les vérités profondes contenues dans la religion (et la révélation) chrétienne. (Il faut vraiment que je relise L’esprit de l’athéisme.) Un peu comme Stephen Batchelor avec le bouddhisme.

Celui de Michaël Fossel, deuxièmement, dont je dois toujours lire le livre Le temps de la consolation.

Et enfin, celui de mon “vieux psy”, qui m’avait ouvert les yeux sur un mécanisme fondamental du deuil: c’est à travers les larmes que vient l’acceptation. Les larmes sont la mesure de notre attachement, et notre tristesse est notre réaction à la réalité de l’absence, la reconnaissance de notre douleur, et par là même, le chemin vers son apaisement.

Bienheureux ceux qui pleurent car ils seront consolés. (Mt 4.5)

N’ayez pas peur de vos larmes, elles sont là pour vous aider, si vous voulez bien les laisser faire.

Un bullet journal peut être simple (5 minutes chrono) [fr]

[en] A bullet journal can be simple. I just started one.

Ça fait longtemps que j’ai vu passer l’idée du Bullet Journal, qui n’est pas sans me rappeler le Hipster PDA d’antan, en passant. Instagram et Pinterest sont saturés d’images toutes plus belles et “design” les unes que les autres de ces journaux, et franchement, même si j’aime les belles choses, je ne suis pas douée pour les faire, et l’idée de passer autant de temps à reproduire sur papier l’agenda que Google Calendar gère si merveilleusement pour moi ne m’attirait pas.

Ce qui m’a mise pour de vrai sur la piste du bullet journal, c’est l’idée d’avoir un système pour “tracker” les habitudes que j’essaie de (re)mettre en place. L’équivalent de la croix dans le calendrier ou dans le cahier, de la chaîne à ne pas briser. De plus, avec la surcharge de ce deuxième semestre 2018, je me suis remise aux cahiers. Pendant des années, j’avais toujours un cahier que je trimballais avec moi pour tout y noter en vrac. Le smartphone l’a peu à peu remplacé, mais de temps en temps j’y reviens. Et là, j’y suis revenue.

Bref, je suis tombée sur un article qui insiste sur le fait qu’à la base, le bullet journal est sensé être un système simple, et qu’il ne faut pas se laisser décourager (ou influencer) par les oeuvres d’art qu’on voit passer. C’est clair que c’est les gens qui font des magnifiques journaux qui vont les mettre sur Instagram!

Après un peu de lecture, je me suis dit que ça valait la peine de tenter le coup, même si tout ce que j’allais mettre dans mon bullet journal était le fameux tracker. On verrait bien le reste, à l’usage.

A partir du moment où j’ai pris un cahier (qui trainait par là) et mon crayon, il m’a fallu environ 5 minutes pour avoir quelque chose de fonctionnel. Et assez vite, j’ai commencé à avoir d’autres idées de choses qui pourraient “habiter” dans mon journal (moche mais pratique).

Voici, donc.

J’ai pris un cahier quadrillé que j’avais acheté à la Migros (pas de Leuchtturm 1917 prévu exprès pour, trop de pression). Et un porte-mines, parce que c’est ce que je préfère pour écrire (j’écris comme un crabe), et je m’en suis félicitée, parce que j’ai aussi une gomme, et j’ai été bien contente de pouvoir gommer dans mon tout jeune bullet journal. J’ai suivi les instructions, avec un peu de trépidation. J’expliquerai après ce que j’ai compris en le faisant de l’intérêt de ces diverses instructions.

  1. numéroter les pages (je me suis arrêtée à 20)
  2. faire un index sur la première double page
  3. faire un future log sur la double page suivante (je vous avoue que j’ai laissé ça vide parce que ça me bloquait donc j’ai juste écrit “Future log” en haut des pages, et basta – mais après-coup j’ai trouvé quoi en faire)
  4. page suivante: monthly log pour le mois de décembre, avec tout simplement les nombres de 1 à 31 écrits en colonne pour pouvoir rajouter des choses à côté
  5. sur la page d’en face, j’ai fait un tracker (tout bête) pour décembre, avec les 2-3 choses qui me préoccupent en ce moment dans la liste (aller au judo, faire du gainage, de la méditation)
  6. sur la double page suivante j’ai écrit “Daily log” et comme on était le soir, j’ai écrit dessous “V 30 nov” et une mini-liste des tâches/rendez-vous importants de la journée
  7. j’ai complété l’index au fur et à mesure
  8. puis j’ai réalisé que ma liste de tâches (j’utilise plus ou moins le système Final Version) pouvait aller sur la page suivante – hop, un titre, puis rajouté à l’index
  9. puis une liste de films à voir ou livres à lire…

Bon, allez, ça m’a peut-être pris 10 minutes.

Vous remarquerez que j’ai sauté la “liste de tâches du mois” (parce que juste là ça me parle pas, je fonctionne plutôt par semaine ou en continu). Je ne me suis pas vraiment intéressée non plus aux “keys et signifiers“, ce système de symboles pour distinguer, classer, hiérarchiser, organiser tout ce qu’on note dans le Daily log. Je me souviens d’ailleurs que quand j’avais croisé le bullet journal pour la première fois c’était un des trucs sur lesquels j’avais bloqué. Ça me semblait trop compliqué.

Juste là, en cherchant pour vous, lecteurs francophones, j’ai trouvé cet article de Buzzfeed qui est assez bien fait. Il couvre les bases, va droit au but, et vous montre des tas de photos d’un bullet journal pas artistique pour vous décomplexer. Ici un autre article avec des explications simples mais moi je stresse rien qu’à voir comme l’écriture dans le bullet journal est propre et jolie. Parce que j’écris toujours comme un crabe et j’ai la flemme de prendre la règle pour souligner, ça m’avait d’ailleurs valu une très mauvaise note de tenue de cahier de sciences quand j’avais 12 ans.

Alors, quelques remarques.

L’index

Ça n’a l’air de rien, cet index, mais en fait c’est la clé de tout le truc. Grâce à l’index, le cahier n’est pas une suite un peu cacophonique au fil du temps de tout ce qui croise notre route. Il est organisé. Et organisé super souplement: pas besoin de mettre les choses dans l’ordre, si on veut arracher des pages on les biffe de l’index, si j’ai commencé une liste de films à voir sur la page 13 et que quand elle commence à déborder j’en suis à la page 25, pas de souci, j’ajoute dans l’index. Mon monthly log de décembre est à la page 6, mais celui de janvier sera peut-être à la page 28. Pas grave. Et du coup, on peut mettre tout ce qu’on veut dans notre journal, et le retrouver.

Le bullet journal est un canevas qui est fait pour être flexible, et s’adapter à vos besoins. Rappelez-vous, j’étais partie sur l’idée de faire un truc hyper minimaliste avec (limite) juste un tracker. Après un peu de lecture je me suis dit que ça valait peut-être la peine de rajouter 2-3 trucs, mais j’ai vraiment approché la chose sans grande ambition.

Le future log

Là, on entre dans le côté “bah, je suis en train de recopier mon calendrier”. Donc franchement, en démarrant le journal, parce que je voulais surtout arriver au tracker, j’ai fait la bonne élève et consacré deux pages à ça, mais rien mis dedans, en me disant que je pouvais le faire après. Ou pas.

Et effectivement, la nuit portant conseil, je me suis dit qu’avoir un moyen de voir au-delà de la semaine serait pas mal. J’ai tendance à vivre de semaine en semaine. Et ça fait longtemps que j’aimerais une vision un peu plus “grand angle” de ma vie.

Mais j’ai hésité: et si j’organisais mon future log par semaine plutôt que par mois? J’ai failli. Et finalement j’ai fait des mois, 8 mois, divisant chaque page en quatre, et j’ai noté un peu en vrac, les choses importantes (janvier: commencer à chercher du travail; juin: Bol d’Or), les dates déjà prévues (16 janvier: dentiste).

Je suis pas sûre de mon coup, mais c’est pas grave. Mon journal n’est pas une oeuvre d’art. Si dans deux semaines je me rends compte que cette double page avec les 8 prochains mois ne me sert à rien, je peux arrêter de l’utiliser, je peux même l’effacer (crayon!!), je peux faire un autre future log ailleurs dans le cahier et mettre à jour l’index. Flexible, flexible.

Le monthly log

Là, j’ai fait tout bête, parce que je ne savais (et ne sais pas encore vraiment) comment j’allais l’utiliser. En fait, c’est de ça qu’il faut se libérer: avant d’avoir un bullet journal, on ne peut pas vraiment savoir comment on va l’utiliser. Alors faisons une mise en place basique, et voyons ce que l’usage nous apprend.

Un exemple, ici: ce matin, j’ai mis des lignes pour mieux visualiser les semaines dans mon log de décembre. Du coup, j’ai sur la gauche de la page les dates, les unes sous les autres, avec les moments-clés. Et à droite, j’ai des petits “blocs” par semaine où je peux mettre des notes pour la semaine. J’ai fait ça parce que c’est comme ça que je fonctionne, je me dis “hmm, semaine prochaine je vais faire xyz, donc abc ce sera la suivante”.

Ce qui est cool c’est que si cette mise en page ne me convient pas, le prochain mois je peux le faire complètement autrement. Et même, en cours de route, si c’était la cata, je peux tuer cette page en refaire décembre ailleurs dans le cahier (en mettant à jour l’index).

Le tracker

Le clou du spectacle! A nouveau, j’ai fait simple de chez simple. Je dois pouvoir préparer une page en 30 secondes, une minutes. Alors oui, j’aimerais un tracker plein de couleurs et tout, mais soyons pragmatiques. J’ai mis 2-3 activités pour démarrer mais je pense que ça se remplira au fil des semaines et des habitudes/routines que j’essaie de mettre en place.

Le daily log

Normalement le daily log est l’endroit où on met, jour après jour, les événements, tâches, et choses importantes de la journée. Au fil des jours. Un premier point important que j’ai compris en lisant le fameux article mentionné ci-dessus c’est qu’un jour prendra autant ou aussi peu de place que ce qu’il lui faut. C’est libérant. Pas besoin de se caser dans une case.

Alors j’ai commencé: j’ai fait une liste des 2-3 choses que je voulais faire aujourd’hui, avec un point devant. J’avais deux rendez-vous, je les ai notés, avec un rond devant. J’ai noté le traitement avec lequel je suis sortie de chez le vétérinaire, avec un tiret devant. Jusque-là, c’est assez simple. Je pense qu’au fil du temps j’exploiterai mieux ce daily log, mais ça se fera en cours de route, au fil des jours.

Ce qui m’enquiquine c’est de ne pas vraiment pouvoir mettre le lendemain avant d’avoir fini la veille. Parce qu’on ne sait pas combien de place prendra aujourd’hui avant d’arriver au soir… Mais c’est pas grave. On verra.

Des idées

Maintenant que le système est en place, je commence à avoir des idées. Si j’ai des notes à prendre, je peux très bien les prendre dans mon bullet journal, et les rajouter à l’index. Je pourrais avoir une page par chat pour noter mes observations les concernant. Je pourrais avoir une page pour… noter mes idées. Tout est possible. Et ça, je ne l’avais pas vu, avant. Je voyais le bullet journal comme un système un peu contraignant. Mais non, en fait, il y a beaucoup d’espace dedans pour en faire ce qu’on veut.

Le temps

Au début je me disais… ça peut prendre un temps fou! Mais en fait, est-ce une si mauvaise chose? Du temps réflexif, du temps à faire des choses qui aident le cerveau à débrancher… Ce n’est pas forcément mauvais. Prendre un moment chaque jour pour préparer le lendemain, prendre du temps pour regarder les semaines et les mois à venir… C’est comme ça qu’on évite de finir le nez dans le guidon, ou dans le mur. Qui sait, dans 2 mois je serai peut-être en train de poster les photos de mon bullet journal sur instagram…